Acte préparatoire52025DC0181

RAPPORT DE LA COMMISSION AU PARLEMENT EUROPÉEN, AU CONSEIL, AU COMITÉ ÉCONOMIQUE ET SOCIAL EUROPÉEN ET AU COMITÉ DES RÉGIONS Rapport sur la politique de concurrence 2024

CELEX52025DC0181
TypeActe préparatoire
Datevendredi 25 avril 2025

Résumé IA

Ce rapport annuel de la Commission européenne présente un bilan de la politique de concurrence menée en 2024. Il détaille les actions en matière de contrôle des concentrations, d'ententes et d'abus de position dominante, ainsi que le contrôle des aides d'État, en mettant un accent particulier sur les enjeux liés aux marchés numériques et à la transition verte. Pour un professionnel du droit français, ce document offre une vision d'ensemble des priorités et de l'application du droit de la concurrence de l'UE, servant de référence pour anticiper les évolutions jurisprudentielles et réglementaires.

Texte intégral

Bruxelles, le 25.4.2025

COM(2025) 181 final

RAPPORT DE LA COMMISSION AU PARLEMENT EUROPÉEN, AU CONSEIL, AU COMITÉ ÉCONOMIQUE ET SOCIAL EUROPÉEN ET AU COMITÉ DES RÉGIONS

Rapport sur la politique de concurrence 2024

{SWD(2025) 102 final}


Table des matières

1. Introduction

2. Moderniser et simplifier les règles de concurrence afin de contribuer à la compétitivité de l’UE, aux transitions écologique et numérique et au renforcement du marché unique

2.1. Évaluation et révision des règles en matière de pratiques anticoncurrentielles et de concentrations

2.2. Évaluation et révision des règles et orientations en matière d’aides d’État

2,3. La politique en matière d’aides d’État, clé de la résilience en temps de crise

Encadrement temporaire de crise et de transition afin de soutenir la transition vers une économie à zéro émission nette

Mise en œuvre de la facilité pour la reprise et la résilience

3. L’application effective des règles de concurrence a contribué aux transitions écologique et numérique de l’UE et au renforcement du marché unique

3.1. Préserver l’équité et le jeu de la concurrence sur les marchés et renforcer le marché unique

Application des règles en matière de pratiques anticoncurrentielles

Contrôle des concentrations

Contrôle des aides d’État

3.2 Soutenir la transition écologique

Application des règles en matière de pratiques anticoncurrentielles

Contrôle des concentrations

Contrôle des aides d’État

3.3. Soutenir une économie au service des personnes

Secteur des services financiers

Fiscalité

4. Application effective de la législation sur le marché numérique et du règlement relatif aux subventions étrangères

4.1. Relever les défis et répondre à la dynamique des marchés numériques en faisant respecter la législation sur les marchés numériques

4.2. Protéger le marché unique contre les subventions étrangères génératrices de distorsions en appliquant le règlement sur les subventions étrangères (RSE)

5. Incidence de la politique de concurrence et mise en œuvre

5.1. Avantages de la mise en œuvre des règles de concurrence pour les consommateurs et les citoyens

5.2. Protéger la concurrence dans un monde en mutation

5.3. Incidence de la politique en matière d’aides d’État sur le marché unique

6. Communication et plaidoyer en faveur de la politique de concurrence

7. Relations avec les autres institutions de l’UE

8. La politique de concurrence dans un contexte européen et mondial

8.1. Promouvoir une culture européenne de la concurrence par l’intermédiaire du réseau européen de la concurrence

8.2. Aider les États membres à se réformer au moyen de l’instrument d’appui technique

8.3. Relations internationales



1.Introduction

Depuis le tout début du projet européen, la politique de concurrence joue un rôle fondamental dans la construction du marché unique. La politique de concurrence permet aux entreprises de toutes tailles d’être compétitives et de se développer grâce à leurs propres atouts dans l’UE, tout en favorisant l’innovation et la croissance et en contribuant à la compétitivité et à la résilience globales de l’économie de l’UE.

La politique de concurrence de l’UE ainsi que l’application effective des règles de concurrence participent à la maîtrise des prix, renforcent la qualité des produits et accélèrent l’innovation, avec, à la clé, une amélioration générale du bien-être des consommateurs et des entreprises. L’objectif de la politique de concurrence de l’UE est de maintenir les marchés ouverts et concurrentiels, notamment en éliminant et en sanctionnant les pratiques qui faussent le jeu de la concurrence et en autorisant uniquement des aides d’État ne générant que peu de distorsions.

En 2024, deux rapports ont été publiés par Enrico Letta 1 et Mario Draghi 2 . Le rapport de M. Letta présente des recommandations sur la manière d’améliorer le marché unique, tandis que le rapport de M. Draghi formule des propositions sur la manière d’accroître la compétitivité de l’UE. Ces deux rapports soulignent que le marché unique est le meilleur atout dont dispose l’UE pour se construire un avenir compétitif, propre et numérique, et que la mise en œuvre efficace des règles de concurrence est un moteur essentiel du renforcement de la productivité et de la compétitivité en Europe. L’existence d’une concurrence effective est une caractéristique clé du bon fonctionnement des marchés.

Dans ce contexte, en 2024, la Commission européenne (ci-après la «Commission») et sa direction générale de la concurrence ont continué de développer la politique de concurrence de l’UE afin d’atteindre les objectifs d’une économie européenne verte, numérique et résiliente, ainsi que de faire respecter activement les règles de concurrence. L’existence d’une concurrence effective est une caractéristique clé du bon fonctionnement des marchés. La politique de concurrence n’opère toutefois pas dans le vide. La réglementation sectorielle et l’application des règles de concurrence œuvrent de concert et se renforcent mutuellement.

L’édition 2024 du rapport sur la politique de concurrence est adressée par la Commission au Parlement européen, au Conseil de l’Union européenne, au Comité économique et social européen et au Comité des régions. Ce rapport décrit les principales évolutions de la politique de concurrence de l’UE et de sa mise en œuvre en 2024. Un compte rendu plus complet de l’évolution des politiques, des mesures d’application et de la jurisprudence importante figure dans le document de travail des services de la Commission qui accompagne le rapport.

2.Moderniser et simplifier les règles de concurrence afin de contribuer à la compétitivité de l’UE, aux transitions écologique et numérique et au renforcement du marché unique

Un travail considérable a été accompli en 2024 pour faire en sorte que tous les instruments de mise en œuvre des règles de concurrence (contrôle des concentrations, des pratiques anticoncurrentielles et des aides d’État) restent aptes à garantir une concurrence loyale et soient conformes aux objectifs d’une économie européenne verte, numérique et résiliente.

2.1. Évaluation et révision des règles en matière de pratiques anticoncurrentielles et de concentrations

En février 2024, la Commission a adopté la communication révisée sur la définition du marché. Celle-ci adapte la définition des marchés aux nouvelles réalités de ceux-ci, ainsi qu’à l’évolution de la pratique décisionnelle et de la jurisprudence de l’UE 3 . La définition du marché nécessite de déterminer le périmètre à l’intérieur duquel s’exerce la concurrence entre entreprises lors de l’examen des concentrations et de la plupart des affaires de pratiques anticoncurrentielles. La communication révisée renforce la transparence et la sécurité juridique pour les entreprises, facilite le respect des règles et contribue à une mise en œuvre plus efficace des règles de concurrence. Cette communication fournit des orientations actualisées et plus accessibles. Elle décrit les principes généraux et souligne l’importance des paramètres autres que le prix pour la définition du marché, dont l’innovation, la qualité, la fiabilité de l’approvisionnement et la durabilité. En outre, la directive contient des orientations spécifiques concernant l’application des concepts de définition du marché dans des circonstances spécifiques, y compris les marchés numériques, les industries à forte intensité d’innovation et les marchés faisant l’objet de transitions structurelles. Elle couvre également les techniques quantitatives utilisées pour définir les marchés et calculer les parts de marché.

L’évaluation du cadre procédural en matière de pratiques anticoncurrentielles a été achevée en 2024. Le règlement (CE) nº 1/2003 4 et son acte d’exécution, le règlement (CE) nº 773/2004 5 , établissent un cadre procédural visant à garantir l’application effective et uniforme des articles 101 et 102 du TFUE. Après une vaste collecte de données probantes, une consultation publique et une enquête, la Commission a publié en septembre 2024 un document de travail des services de la Commission 6 présentant les résultats de l’évaluation. Tout au long du processus d’évaluation, les services de la Commission sont restés en contact avec les autorités nationales de concurrence des États membres (ci-après les «ANC»). Les services de la Commission ont conclu que, d’une manière générale, les règlements évalués avaient obtenu de bons résultats en ce qui concerne la réalisation de leurs objectifs, à savoir l’application efficace et uniforme des articles 101 et 102 du TFUE, grâce, à la fois, aux modifications apportées aux pouvoirs d’exécution de la Commission et aux capacités données aux ANC de faire respecter les règles de concurrence de l’UE. L’évaluation a également mis en évidence des domaines à approfondir pour faire en sorte que la mise en œuvre des règles de concurrence suive le mouvement de la transition numérique et garantir une application cohérente et rapide des règles en matière de pratiques anticoncurrentielles.

Les pratiques d’éviction abusives des entreprises dominantes nuisent tant aux entreprises qu’aux consommateurs. Elles conduisent à une hausse des prix, à une diminution de l’innovation et à une dégradation de la qualité des biens et des services. En 2024, la Commission a continué d’élaborer de nouvelles lignes directrices sur les pratiques d’éviction abusives. L’objectif de cet exercice consiste à systématiser la jurisprudence relative aux pratiques d’éviction au regard de l’article 102 du TFUE en vue de garantir la sécurité juridique et la prévisibilité et de fournir des orientations opérationnelles aux entreprises. Les lignes directrices visent également à promouvoir une approche viable fondée sur les effets, conforme à la pensée économique et propice à l’application effective de l’article 102 du TFUE. La Commission a publié, en août 2024, son projet de lignes directrices sur les pratiques d’éviction abusives en vue de recueillir des observations 7 . Le réseau européen de la concurrence (ci-après le «REC») a ensuite approuvé le projet de lignes directrices dans une déclaration commune publiée en septembre 2024 8 .

En janvier 2024, la Commission a amorcé l’évaluation du règlement d’exemption par catégorie applicable au secteur automobile (ci-après le «RECSA»). L’objectif de cette évaluation consiste à examiner dans quelle mesure ce règlement est toujours adapté à son objectif. En avril 2023, la Commission avait prorogé le RECSA pour une période de cinq ans, jusqu’au 31 mai 2028 9 . Cette prolongation limitée a donné à la Commission plus de temps pour évaluer les tendances émergentes, telles que celles résultant de l’utilisation croissante des fonctionnalités numériques dans les nouveaux véhicules. La Commission a également mis à jour les lignes directrices complémentaires pour le secteur 10 , avec la même période de validité.

L’évaluation des règles relatives aux accords de transfert de technologie a été finalisée. Le règlement d’exemption par catégorie en matière de transfert de technologie 11 exempte certaines catégories d’accords et de pratiques de l’application des règles de concurrence de l’UE. Le règlement actuel, qui expirera le 30 avril 2026, a fait l’objet d’une évaluation (de même que les lignes directrices qui l’accompagnent) 12 visant à examiner la manière dont les règles ont fonctionné dans la pratique, afin d’aider la Commission à décider s’il convient de laisser expirer le règlement, de le prolonger ou d’élaborer un règlement révisé et les lignes directrices connexes. Les résultats de cette évaluation ont été publiés en novembre 2024 13 . L’évaluation a montré que le règlement et les lignes directrices sur les accords de transfert de technologie avaient largement réussi à garantir l’application effective, efficiente et uniforme des règles de concurrence de l’UE aux accords de transfert de technologie et que leurs objectifs restaient pertinents. Elle a également démontré que le règlement et les lignes directrices qui l’accompagnent pouvaient être améliorés et simplifiés afin de renforcer la sécurité juridique et de tenir compte de l’évolution récente du marché. La Commission révisera le cadre relatif aux accords de transfert de technologie afin de garantir aux entreprises des règles claires, simples et actualisées sur les accords de licence de technologie propices à la concurrence et, ainsi, de faciliter la diffusion des technologies, d’encourager la R&D initiale et de promouvoir l’innovation.

En novembre 2024, la Commission a publié une étude d’évaluation ex post commandée par la DG Concurrence et portant sur les «acquisitions prédatrices» dans le secteur pharmaceutique 14 . Aux fins de cette étude, les acquisitions prédatrices ont été définies comme les acquisitions de produits pharmaceutiques innovants en cours de développement qui ont pour objet ou pour effet de mettre un terme à l’un des projets de R&D qui se chevauchent. Il existe un risque important que de telles acquisitions prédatrices réduisent la concurrence en matière d’innovation dans le cadre de l’opération et, en fin de compte, dans l’ensemble du marché. L’étude a évalué non seulement les opérations de F&A, mais aussi d’autres types d’opérations, y compris les accords de licence et les accords de coopération en matière de R&D 15 . Selon l’étude, entre 2014 et 2018, en moyenne, 48 opérations par an portaient sur l’acquisition de projets de R&D présentant des chevauchements importants au niveau des essais cliniques. Dans un grand nombre de cas, l’un des projets de R&D menés par les parties a ensuite été abandonné. Faute d’accès aux documents internes, l’étude n’a pas été en mesure de recenser des exemples spécifiques d’opérations dont il a été confirmé («prouvé») qu’il s’agissait d’acquisitions prédatrices, mais il a été conclu que 18 opérations par an «méritaient un examen plus approfondi». En d’autres termes, rien, sur le plan de la technique ou de la sécurité, ne permettait d’expliquer l’abandon du projet en question. L’étude a évalué l’application passée de la législation par la Commission en ce qui concerne les acquisitions prédatrices potentielles et le cadre juridique guidant les actions de la Commission à cet égard. Elle a constaté que la Commission avait correctement apprécié les théories du préjudice dans cinq affaires de concentration portant sur des acquisitions prédatrices 16 . En outre, l’étude contenait des suggestions visant à améliorer la conception de solutions. Enfin, l’étude a analysé le caractère approprié des outils relatifs aux concentrations et aux pratiques anticoncurrentielles utilisés pour faire face aux acquisitions prédatrices pour lesquelles la Commission n’est pas compétente 17 .

2.2. Évaluation et révision des règles et orientations en matière d’aides d’État

En mai 2024, la Commission a modifié les lignes directrices concernant les aides d’État à finalité régionale 18 . La possibilité pour les États membres d’octroyer des aides au titre de ces lignes directrices est un instrument important pour soutenir les investissements dans les régions moins favorisées d’Europe et pour renforcer la cohésion sociale et économique. La modification des lignes directrices 19 a permis aux États membres de revoir leurs cartes des aides à finalité régionale afin d’octroyer des montants d’aide à finalité régionale plus élevés pour les projets d’investissement relevant de la plateforme «Technologies stratégiques pour l’Europe» (STEP) 20 jusqu’à concurrence de 10 points de pourcentage dans les régions pouvant bénéficier d’aides en vertu de l’article 107, paragraphe 3, point a), du TFUE (dites «zones “a”»), et de 5 points de pourcentage dans les régions pouvant bénéficier d’aides en vertu de l’article 107, paragraphe 3, point c), du TFUE (dites «zones “c”»). L’objectif de la plateforme STEP consiste à soutenir le développement et la production de technologies critiques pertinentes pour les transitions écologique et numérique de l’UE, ainsi que la souveraineté stratégique de l’UE.

Le financement des risques joue un rôle crucial dans le financement de l’économie, en particulier pour les jeunes pousses, les PME et les sociétés à moyenne capitalisation. En janvier 2024, la Commission a fourni aux États membres des orientations pratiques sur la manière d’apprécier l’existence d’aides en faveur de mesures de financement des risques lorsqu’ils examinent si des mesures publiques visant à faciliter l’accès des entreprises au financement constituent ou non des aides d’État 21 .

Le 1er janvier 2024, deux règlements de minimis révisés sont entrés en vigueur. Un troisième règlement de minimis a été adopté en décembre 2024.

Le règlement de minimis général 22 révisé restera en vigueur jusqu’au 31 décembre 2030. En vertu de ce règlement, les aides de faible montant ne sont pas soumises au contrôle des aides d’État exercé par l’UE étant donné qu’elles sont réputées n’avoir aucune incidence sur les échanges entre États membres et ne faussent pas ou ne menacent pas de fausser la concurrence. Le plafond de l’exemption a été porté de 200 000 EUR à 300 000 EUR par entreprise sur une période de trois ans. Les États membres seront tenus d’enregistrer les aides de minimis dans un registre central établi au niveau national ou au niveau de l’UE. Cette obligation s’appliquera à partir du 1er janvier 2026.

Le règlement de minimis révisé relatif aux services d’intérêt économique général (SIEG) 23 est également entré en vigueur le 1er janvier 2024. Le plafond d’exemption pour les aides de minimis relatives aux SIEG a été porté de 500 000 EUR à 750 000 EUR par entreprise sur une période de trois ans. Tout comme dans le cadre du règlement de minimis général, les États membres seront tenus d’enregistrer les aides de minimis relatives aux SIEG dans un registre central établi au niveau national ou au niveau de l’UE. Cette obligation s’appliquera à partir du 1er janvier 2026.

En décembre 2024, la Commission a adopté une modification du règlement de minimis dans le secteur agricole 24 . Grâce aux règles modifiées, les États membres peuvent, dans une plus large mesure, soutenir les agriculteurs de manière simple, rapide, directe et efficace. Les principales modifications sont les suivantes: 1) un relèvement du plafond de minimis maximal par entreprise de 25 000 EUR à 50 000 EUR sur trois ans, 2) une augmentation du «plafond national» (montant maximal des aides de minimis cumulées autorisées par État membre) de 1,5 % à 2 % de la valeur de la production agricole de l’État membre concerné, 3) la suppression du «plafond sectoriel» (plafond des mesures par État membre ciblant un seul marché de produits), 4) l’introduction d’un registre central obligatoire des aides de minimis au niveau national ou européen et 5) la prolongation de la validité du règlement révisé jusqu’au 31 décembre 2032.

Le relèvement du plafond de minimis et l’introduction d’un registre central des aides de minimis dans les trois règlements simplifient considérablement les règles applicables. Les plafonds relevés permettent aux États membres de fournir un soutien plus rapide et plus simple, tandis que les registres centraux réduisent les obligations de déclaration pour les parties prenantes.

En outre, en juin 2024, la Commission a publié pour consultation son nouveau projet de règles pour le transport terrestre et multimodal, à savoir les lignes directrices pour le transport terrestre et multimodal (ci-après les «lignes directrices TTM») et le règlement d’exemption par catégorie dans le secteur des transports (ci-après le «RECT»). Le RECT vise à exempter de l’obligation de notification préalable certaines catégories d’aides dans le secteur du transport ferroviaire, fluvial et multimodal. Il complétera les lignes directrices TTM, qui remplaceront les lignes directrices actuelles concernant le secteur ferroviaire 25 , et fixera les conditions permettant d’évaluer la compatibilité avec le marché unique des aides au transport terrestre durable qui ne bénéficient pas d’une exemption par catégorie. Ces deux ensembles de règles constitueront un corpus réglementaire complet et actualisé pour les aides en faveur du transport terrestre durable. Le processus de révision de ces deux instruments est en cours.

2,3. La politique en matière d’aides d’État, clé de la résilience en temps de crise

Les règles en matière d’aides d’État garantissent que les aides ciblent les défaillances du marché et qu’elles évitent la surcompensation, l’éviction du financement privé et d’autres types de distorsions de concurrence au sein du marché unique. Ces dernières années, la politique en matière d’aides d’État a aidé l’économie de l’UE à faire face aux crises successives et à en sortir plus résiliente.

Encadrement temporaire de crise et de transition afin de soutenir la transition vers une économie à zéro émission nette

En 2024, la Commission a continué d’appliquer l’encadrement temporaire de crise et de transition 26 (ETCT) afin de soutenir l’économie de l’UE à la suite de la guerre d’agression menée par la Russie contre l’Ukraine et de soutenir davantage les secteurs essentiels à la transition vers une économie à zéro émission nette.

La possibilité d’accélérer le déploiement de régimes en faveur des énergies renouvelables, du stockage de l’énergie et de la décarbonation des procédés de production industriels (sections 2.5 et 2.6 de l’ETCT) et d’adopter des mesures permettant d’accélérer les investissements en faveur de la transition vers une économie à zéro émission nette (section 2.8) reste en vigueur jusqu’à la fin de 2025. Les sections permettant aux États membres d’accorder des montants d’aide limités (section 2.1 de l’ETCT) et des aides destinées à compenser les prix élevés de l’énergie (section 2.4 de l’ETCT) sont restées en vigueur jusqu’au 30 juin 2024. Le 2 mai 2024, à la suite d’une consultation des États membres, la Commission a modifié l’encadrement temporaire de crise à la lumière de la situation spécifique des entreprises actives dans la production primaire de produits agricoles ainsi que dans les secteurs de la pêche et de l’aquaculture. La Commission a adopté une prolongation limitée des dispositions permettant aux États membres de continuer à accorder aux entreprises de ces secteurs des montants d’aide limités (section 2.1 de l’ETCT) jusqu’au 31 décembre 2024 27 .

En 2024, la Commission a adopté 127 décisions (dont 55 décisions de modification) dans le cadre de l’ETCT ou sur la base de ses principes, autorisant ainsi 77 mesures nationales notifiées par 24 États membres. Le budget global que les États membres ont notifié à la Commission au titre de ces mesures d’aide d’État s’élevait à 68,03 milliards d’EUR.

Mise en œuvre de la facilité pour la reprise et la résilience

La mise en œuvre par la Commission des plans nationaux pour la reprise et la résilience adoptés au titre de la facilité pour la reprise et la résilience (FRR) 28 , pièce maîtresse de l’initiative NextGenerationEU 29 , s’est poursuivie en 2024. La FRR, à côté et en plus de la politique de cohésion, promeut la cohésion entre les États membres en atténuant les conséquences sociales et économiques de la pandémie de COVID-19 et en soutenant les transitions écologique et numérique. La plupart des mesures financées par la FRR ne constituent pas des aides d’État. Quant à celles qui sont considérées comme des aides d’État, la majorité pourrait être mise en œuvre directement par les États membres, soit dans le cadre d’un règlement d’exemption par catégorie 30 , soit dans le cadre d’un règlement de minimis 31 . Toutefois, certaines mesures d’aide d’État financées par la FRR doivent être notifiées à la Commission pour autorisation préalable. En 2024, la Commission a adopté au moins 40 décisions en matière d’aides d’État autorisant des mesures financées par la FRR. Certaines de ces décisions concernaient des projets importants d’intérêt européen commun (PIIEC), car, dans certains cas, les fonds de la FRR ont été utilisés pour cofinancer de tels projets.

3. L’application effective des règles de concurrence a contribué aux transitions écologique et numérique de l’UE et au renforcement du marché unique

L’application des règles de concurrence contribue à la suppression des barrières à l’entrée et des obstacles à l’expansion dans le marché unique. Dans une économie de marché, il n’y a pas de compétitivité sans concurrence effective. En améliorant le fonctionnement des marchés et en préservant la discipline de marché, les règles de concurrence favorisent l’innovation, l’investissement et la diversification des chaînes d’approvisionnement. Cela contribue aux transformations numérique et écologique, ainsi qu’à la résilience de l’économie de l’UE, et soutient la politique industrielle de l’UE.

3.1. Préserver l’équité et le jeu de la concurrence sur les marchés et renforcer le marché unique

Application des règles en matière de pratiques anticoncurrentielles

En ce qui concerne les pratiques anticoncurrentielles, la Commission a, en 2024, continué de mener plusieurs procédures sur les marchés numériques contre de grandes entreprises numériques et de veiller ainsi à ce que ces entreprises n’abusent pas de leur pouvoir sur le marché. Les marchés numériques présentent des caractéristiques spécifiques et posent des défis concrets en raison des modèles économiques qui y prévalent et de la dynamique typique de ces marchés. Par exemple, les entreprises peuvent acquérir des données ou des technologies pour accroître les barrières à l’entrée ou utiliser les données de leurs concurrents à leur propre profit (par exemple, sur les plateformes ayant une double fonction, à savoir une position d’intermédiaire et de concurrent).

En mars 2024, la Commission a infligé à Apple une amende de plus de 1,8 milliard d’EUR pour avoir abusé de sa position dominante sur le marché de la distribution d’applications de diffusion de musique en continu utilisées par les utilisateurs d’iPhone et d’iPad (collectivement ci-après les «utilisateurs d’iOS») par l’intermédiaire de son App Store 32 . La Commission a notamment constaté qu’Apple appliquait des restrictions aux développeurs d’applications les empêchant d’informer les utilisateurs d’iOS d’autres services d’abonnement musicaux moins chers disponibles en dehors de l’application (dispositions anti-steering).

En novembre 2024, la Commission a infligé à Meta une amende de 797,72 millions d’EUR pour abus de position dominante 33 . Le produit phare de l’entreprise est son réseau social personnel Facebook. En outre, Facebook propose «Facebook Marketplace», un service d’annonces publicitaires classifiées en ligne par l'intermédiaire lequel les utilisateurs peuvent acheter et vendre des biens. La Commission a conclu que Meta avait enfreint les règles de l’UE en matière de pratiques anticoncurrentielles en liant Facebook Marketplace à son réseau social personnel Facebook. Étant donné que tous les utilisateurs de Facebook ont accès à Facebook Marketplace et y sont exposés, qu’ils le souhaitent ou non, Facebook Marketplace se voit conférer des avantages substantiels avec lesquels les concurrents ne peuvent pas rivaliser. En outre, Facebook impose unilatéralement des conditions de transaction non équitables aux autres annonceurs sur les plateformes de Meta, en particulier Facebook et Instagram, ce qui permet à Meta d’utiliser les données relatives aux publicités générées par les autres annonceurs au seul profit de Facebook Marketplace.

En juin 2024, la Commission a informé Microsoft de son avis préliminaire selon lequel l’entreprise avait enfreint l’article 102 du TFUE en liant son produit de communication et de collaboration Teams à ses applications populaires de productivité incluses dans ses suites Office 365 et Microsoft 365 pour les entreprises 34 .

Outre les enquêtes portant sur le comportement des grandes entreprises numériques sur le marché, la Commission a agi contre des pratiques anticoncurrentielles dans un certain nombre d’autres secteurs, par exemple les téléphones portables et l’habillement.

En novembre 2024, la Commission a ouvert une procédure formelle d’examen afin de déterminer si Corning, un grand producteur de verre résistant à la rupture pour appareils électroniques portatifs, avait abusé de sa position dominante sur le marché mondial de ces appareils 35 . La Commission examine actuellement si Corning a conclu des accords anticoncurrentiels de fourniture exclusive avec des fabricants de téléphones mobiles et avec des entreprises qui transforment le verre brut à cette fin. La Commission craint que les accords que Corning a conclus avec des constructeurs de téléphones portables et des transformateurs de verre brut aient évincé ses rivaux de vastes segments du marché, réduisant ainsi le choix des clients, augmentant les prix et étouffant l’innovation au détriment des consommateurs.

En novembre 2024, la Commission a infligé une amende de 5,7 millions d’EUR à la maison de mode Pierre Cardin et à son plus grand titulaire de licence Ahlers pour avoir enfreint le droit de la concurrence de l’UE 36 . La Commission a constaté que Pierre Cardin et Ahlers avaient enfreint l’article 101 du TFUE en restreignant les ventes passives de produits sous licence Pierre Cardin au sein de l’UE et en limitant les clients auxquels ces produits pouvaient être vendus. En empêchant les consommateurs de faire leurs achats pour obtenir une meilleure offre et de bénéficier d’un choix plus large, le comportement de Pierre Cardin et d’Ahlers a illégalement fragmenté le marché unique.

En 2024, la Commission a continué d’enquêter sur le secteur alimentaire, qui constitue une préoccupation majeure pour les citoyens de l’UE. La hausse des prix de l’alimentation, accélérée par l’inflation, contribue de manière importante à l’augmentation du coût de la vie dans l’UE.

En mai 2024, la Commission a infligé à Mondelez une amende de 337,5 millions d’EUR pour avoir entravé le commerce transfrontière de produits à base de chocolat, de biscuits et de café 37 . Mondelez avait conclu 22 accords en violation de l’article 101 du TFUE et avait abusé de sa position dominante en violation de l’article 102 du TFUE.

En janvier 2024, la Commission a adopté une communication des griefs concernant une entente présumée sur le saumon norvégien 38 . La Norvège produit plus de la moitié du saumon atlantique d’élevage à l’échelle mondiale, et les entreprises de l’UE en sont les principaux clients. La Commission soupçonne les producteurs norvégiens de saumon d’avoir enfreint les règles de l’UE en matière de pratiques anticoncurrentielles en s’entendant pour fausser la concurrence sur le marché européen des ventes au comptant de saumons atlantiques d’élevage norvégiens.

En outre, la Commission a poursuivi ses efforts pour que les produits pharmaceutiques restent abordables pour tous. En préservant et en élargissant le choix des traitements et en stimulant l’innovation conduisant au développement de médicaments nouveaux et de meilleure qualité, l’application des règles de concurrence par la Commission a profité aux systèmes de santé nationaux, aux pharmacies, aux patients et, en fin de compte, aux consommateurs en général.

À cette fin, en juillet 2024, la Commission a rendu juridiquement contraignants les engagements proposés par Vifor afin de remédier à la disparité présumée qui existait avec le produit intraveineux à base de fer qui était son concurrent le plus proche dans l’UE, le médicament Monofer 39 de Pharmacosmos. Vifor s’est engagée à mener une campagne de communication globale, multicanaux, dont l’objectif principal est de rectifier et d’annuler les effets des messages potentiellement trompeurs diffusés précédemment par Vifor en ce qui concerne la sécurité du Monofer. Vifor a également promis de ne pas produire de communications promotionnelles et médicales externes dénigrant la sécurité d’emploi de Monofer pendant une période de 10 ans.

En octobre 2024, la Commission a infligé à l’entreprise pharmaceutique mondiale Teva une amende de 462,6 millions d’EUR pour avoir abusé de sa position dominante en retardant les concurrents du Copaxone (acétate de glatiramer), le médicament «vedette» de l’entreprise pour le traitement de la sclérose en plaques 40 . Teva était titulaire d’un brevet de base pour l’acétate de glatiramer jusqu’en 2015. La Commission a constaté que Teva avait artificiellement étendu la protection par brevet de l’acétate de glatiramer en créant un réseau de brevets secondaires concernant le procédé de fabrication et le régime de dosage et, par la suite, en les mettant en œuvre contre ses concurrents, ce qui a entraîné de longues batailles juridiques et entravé l’entrée sur le marché de médicaments concurrents. En outre, Teva diffuse systématiquement des informations trompeuses sur la sécurité, l’efficacité et l’équivalence thérapeutique du produit concurrent du Copaxone, afin d’entraver l’entrée et l’adoption du produit concurrent sur le marché. Teva a abusé de sa position dominante sur les marchés de l’acétate de glatiramer en Allemagne, en Belgique, en Espagne, en Italie, aux Pays-Bas, en Pologne et en Tchéquie. Les effets graves du comportement anticoncurrentiel de Teva sont corroborés par le fait qu’une fois que le produit concurrent est entré sur le marché, les barèmes de prix de l’acétate de glatiramer ont baissé de 80 %.

Source: Commission européenne

Le règlement nº 1/2003 habilite la Commission à procéder à des inspections inopinées dans les locaux d’entreprises soupçonnées d’enfreindre les règles de concurrence de l’Union. En 2024, la Commission a effectué des inspections inopinées dans plusieurs secteurs, par exemple les pneumatiques (à deux reprises) 41 , la construction de centres de données 42 et les services financiers 43 . En juin 2024, la Commission a infligé à International Flavors & Fragrances Inc. et à International Flavors & Fragrances IFF France SAS une amende de 15,9 millions d’EUR pour avoir entravé une enquête de la Commission en supprimant des données d’un téléphone portable au cours d’une inspection 44 .

En 2024, la Cour de justice et le Tribunal ont rendu plusieurs arrêts importants relatifs aux activités menées par la Commission dans le domaine de l’application des règles en matière de pratiques anticoncurrentielles, confirmant certaines des décisions les plus importantes que la Commission a adoptées ces dernières années:

Le Tribunal a largement confirmé l’amende infligée à Qualcomm par la Commission

En 2019, la Commission a adopté une décision concluant que Qualcomm, une entreprise active dans la production de puces, avait abusé de sa position dominante en fournissant des puces UMTS à deux de ses principaux clients, à savoir Huawei et ZTE, à des prix inférieurs à ses coûts, dans l’objectif d’éliminer sa concurrente Icera. La Commission a défini le marché pertinent comme celui des puces de bande de base autonomes et intégrées compatibles avec la technologie «Universal Mobile Telecommunications System» (UMTS). La Commission a constaté que Qualcomm occupait une position dominante sur ce marché au niveau mondial, et ce à tout le moins entre le 1er janvier 2009 et le 31 décembre 2011, et a infligé à cette entreprise une amende de 242 042 000 EUR. Dans son pourvoi, Qualcomm avait demandé au Tribunal de l’Union européenne d’annuler ou de réduire substantiellement le montant de l’amende infligée. Dans son arrêt du 18 septembre 2024, le Tribunal a rejeté les griefs de Qualcomm, à l’exception d’un moyen concernant le calcul du montant de l’amende. Le Tribunal a constaté que la Commission s’était écartée, sans justification, de la méthode prescrite par ses lignes directrices de 2006. Par conséquent, le Tribunal a réduit l’amende infligée à Qualcomm à 238 732 659 EUR 45 .

La Cour de justice a confirmé la décision de la Commission dans l’affaire Google Shopping

Dans une décision de 2017, la Commission a constaté que Google avait privilégié, sur sa page de résultats de recherche générale, les résultats de son propre comparateur de produits par rapport à ceux des comparateurs de produits concurrents. Google avait ainsi présenté les résultats de recherche de son comparateur de produits en première position et les avait mis en valeur dans des «boxes», en les assortissant d’informations visuelles et textuelles. En revanche, les résultats de recherche des comparateurs de produits concurrents n’apparaissaient que comme de simples résultats génériques présentés sous forme de liens bleus. Google s’est livrée à ce comportement dans 13 pays de l’Espace économique européen. La Commission a conclu que Google avait abusé de sa position dominante en adoptant un comportement d’éviction sur le marché des services de recherche générale sur Internet ainsi que sur celui des services de recherche spécialisée de produits lui et a infligé une amende de 2 424 495 000 EUR. Google et sa société mère Alphabet ont contesté la décision de la Commission devant le Tribunal. Dans un arrêt de novembre 2021, le Tribunal a pour l’essentiel rejeté ce recours et confirmé l’amende. À la suite du pourvoi formé par Google et Alphabet contre cet arrêt, la Cour a également confirmé la décision de la Commission 46 . La Cour a précisé que, en principe, le fait qu’une entreprise dominante applique à ses produits ou à ses services un traitement plus favorable que celui qu’elle accorde à ceux de ses concurrents ne saurait être considéré comme étant en soi abusif. Toutefois, la Cour a estimé qu’eu égard aux caractéristiques du marché et aux circonstances spécifiques du cas d’espèce, le comportement de Google était discriminatoire et ne relevait pas de la concurrence par les mérites. La Cour de justice a confirmé l’amende infligée par la Commission.

Le Tribunal a annulé la décision de la Commission dans l’affaire Google AdSense

Le 18 septembre 2024, le Tribunal a annulé la décision de la Commission concernant Google AdSense 47 . La Commission avait estimé dans sa décision que Google avait abusé de sa position dominante en ayant recours à une clause d’exclusivité, une clause de placement et une clause d’autorisation préalable dans l’accord de services que Google utilisait pour sa plateforme publicitaire AdSense, afin de restreindre ou d’interdire l’affichage de publicités provenant de services concurrents. Google a ensuite supprimé ou modifié les clauses en question. Si le Tribunal a confirmé la majorité des conclusions de la Commission, il a annulé la décision de la Commission d’infliger à Google une amende de près de 1,5 milliard d’EUR au motif que la Commission n’avait pas pris en considération toutes les circonstances pertinentes lors de l’appréciation de la portée et de la durée des trois clauses litigieuses. Partant, le Tribunal a conclu que la Commission n’avait pas établi que les trois clauses constituaient, chacune, un abus de position dominante et, ensemble, une infraction unique et continue à l’article 102 du TFUE.

Contrôle des concentrations

En 2024, la Commission a continué de faire appliquer ses règles en matière de contrôle des concentrations afin de protéger les entreprises et les consommateurs contre les hausses de prix, mais aussi contre la détérioration d’autres paramètres importants de la concurrence, tels que la qualité, le choix et l’innovation dans de nombreux pans importants de l’économie de l’Union. Le contrôle des concentrations empêche la création d’un pouvoir de marché excessif, les verrouillages du marché et l’élimination des nouveaux arrivants sur le marché, soutenant ainsi les priorités de la Commission.

En 2024, les activités de contrôle des concentrations de la Commission sont restées à un niveau élevé. La Commission a adopté 398 décisions en matière de concentrations dans différents secteurs, contre 333 en 2023. La grande majorité des concentrations (351) ont été autorisées par procédure simplifiée. La Commission est intervenue 48 dans dix projets d’acquisition, dont huit ont été autorisés à certaines conditions. Il n’y a pas eu d’interdiction en 2024, mais deux concentrations notifiées ont été abandonnées par les parties et retirées au cours de la phase II 49 . Les affaires ayant donné lieu à une décision d’autorisation assortie d’engagements sont résumées ci-dessous, en commençant par les trois affaires clôturées à l’issue d’enquêtes approfondies.

En février 2024, la Commission a autorisé le projet d’acquisition d'Asiana Airlines par Korean Air, sous certaines conditions 50 . La Commission craignait que l’opération ne porte atteinte à la concurrence sur les marchés des services de transport aérien de marchandises entre l’Europe et la Corée du Sud et des services de transport aérien de passagers sur les liaisons entre Séoul et quatre destinations de l’UE. Pour répondre aux préoccupations de la Commission en matière de concurrence, Korean Air a proposé de céder les activités mondiales d’Asiana dans le secteur du fret et de mettre à la disposition de la compagnie aérienne concurrente T’way les actifs nécessaires pour lui permettre de commencer ses vols sur les quatre liaisons sur lesquelles les activités se chevauchent.

En juillet 2024, la Commission a autorisé le projet de prise de contrôle conjoint d’ITA par Lufthansa et le ministère italien de l’économie et des finances (MEF), sous réserve du respect de certaines conditions 51 . Pour répondre aux préoccupations de la Commission en matière de concurrence, Lufthansa et le MEF ont proposé i) de mettre à la disposition d’une ou de deux compagnies aériennes concurrentes les actifs nécessaires pour leur permettre de démarrer des vols sans escale entre Rome ou Milan et certains aéroports d’Europe centrale, et de veiller à ce qu’une de ces compagnies aériennes concurrentes ait accès au réseau national d’ITA afin d’offrir des liaisons indirectes entre certains aéroports d’Europe centrale et certaines villes italiennes autres que Rome et Milan, ii) de conclure des accords avec des concurrents afin d’améliorer leur compétitivité sur les liaisons long-courriers qui suscitent des préoccupations, par exemple des accords interligne ou d’échange de créneaux, et iii) de transférer des créneaux de décollage et d’atterrissage à l’aéroport de Linate (Milan) aux bénéficiaires des mesures correctives pour les liaisons court-courriers entre l’Italie et les pays d’Europe centrale.

En février 2024, la Commission a autorisé le projet de création d’une entreprise commune en Espagne entre Orange et MásMóvil, sous réserve du respect de certaines conditions 52 . Les entreprises ont proposé de céder le spectre mobile détenu par MásMóvil à sa concurrente Digi dans trois bandes de fréquences (deux bandes de fréquences moyennes et une bande de haute fréquence). Cela aidera Digi à construire son propre réseau et à exercer une forte pression concurrentielle sur l’entreprise commune. En outre, les entreprises concluront un accord d’itinérance national facultatif, que Digi peut décider d’utiliser ou non.

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