COMMISSION EUROPÉENNE
Bruxelles, le 25.6.2025
COM(2025) 336 final
COMMUNICATION DE LA COMMISSION AU PARLEMENT EUROPÉEN, AU CONSEIL, AU COMITÉ ÉCONOMIQUE ET SOCIAL EUROPÉEN ET AU COMITÉ DES RÉGIONS
Une vision pour l’économie spatiale européenne
| CELEX | 52025DC0336 |
| Type | Acte préparatoire |
| Date | mercredi 25 juin 2025 |
COMMISSION EUROPÉENNE
Bruxelles, le 25.6.2025
COM(2025) 336 final
COMMUNICATION DE LA COMMISSION AU PARLEMENT EUROPÉEN, AU CONSEIL, AU COMITÉ ÉCONOMIQUE ET SOCIAL EUROPÉEN ET AU COMITÉ DES RÉGIONS
Une vision pour l’économie spatiale européenne
UNE VISION POUR L’ÉCONOMIE SPATIALE EUROPÉENNE
1.INTRODUCTION
L’économie spatiale englobe toutes les activités économiques, tant sur Terre que dans l’espace, qui sont rendues possibles par les technologies, les services et les infrastructures spatiaux. Ces activités comprennent la conception et la fabrication d’infrastructures spatiales, les opérations et services dans l’espace, l’accès à l’espace, l’exploration et l’utilisation des ressources, et les applications et services de données spatiales dans d’autres secteurs de l’économie.
L’économie spatiale mondiale évolue rapidement, sous l’effet de la concurrence internationale, de l’innovation technologique et des tensions géopolitiques. Sa valeur économique devrait atteindre 1 800 milliards d’USD d’ici à 2035 1 . En 2024, les investissements publics dans le domaine spatial se sont élevés à 122 milliards d’EUR dans le monde et à 12,6 milliards d’EUR en Europe, soit 10 % du total. Les investissements privés dans ce domaine se sont chiffrés à 7 milliards d’EUR dans le monde et à 1,5 milliard d’EUR en Europe, soit 22 % du total. S’agissant de la valeur de marché, la part de l’Europe sur le marché mondial non captif en amont était de 33 %, contre 19 % sur le marché en aval 2 .
Dans sa communication intitulée «Une boussole pour la compétitivité de l’UE» 3 , la Commission européenne reconnaît l’importance de combler le déficit d’innovation par un soutien aux nouveaux secteurs tels que l’espace. Dans les conclusions du Conseil de mai 2024 sur la contribution de l’espace à la compétitivité de l’Europe 4 , il est souligné qu’un secteur spatial européen plus compétitif peut contribuer à relever les défis économiques et sociaux de l’Union et renforcer son rôle dans le monde. L’Union devrait donc permettre à ses États membres, à ses entreprises et à ses citoyens de tirer parti de l’économie spatiale mondiale, en continuant à investir dans les infrastructures spatiales et au sol et en intégrant les services spatiaux dans tous les secteurs de l’économie.
Les puissances spatiales de premier plan, telles que les États-Unis et la Chine, utilisent l’espace pour atteindre leurs objectifs stratégiques au service d’intérêts militaires, économiques, scientifiques et politiques, et mènent des programmes spatiaux ambitieux à destination de la Lune et de Mars. Cette ambition donne lieu à une vague d’investissements et stimule l’innovation dans le domaine spatial dans toute une série de domaines, du transport spatial à la robotique, en passant par la fabrication dans l’espace et les services d’entretien en orbite. Outre les objectifs d’exploration, la concurrence ne cesse également de croître en orbite terrestre, où un nombre croissant de nations spatiales établies et émergentes apportent des technologies innovantes au service des industries sur Terre, telles que la défense, la navigation, les communications, l’agriculture, la banque et l’assurance.
L’Europe occupe depuis longtemps un rôle de premier plan dans le domaine des technologies satellitaires et spatiales, malgré des niveaux de financement beaucoup plus faibles. Elle est réputée pour ses produits de haute qualité, ses compétences en sciences et en technologies spatiales, ses talents uniques, son industrie et ses capacités. L’Union continue d’investir dans ses propres infrastructures de classe mondiale dans les domaines du positionnement, de la navigation et de la synchronisation, de l’observation et de la connectivité sécurisée (avec les systèmes Galileo, EGNOS, Copernicus et IRIS2 respectivement).
Dans le cadre de la stratégie «Global Gateway», l’Union et ses États membres, ainsi que le secteur privé de l’Union nouent des partenariats internationaux et investissent dans les domaines de la connectivité sécurisée, de la navigation par satellite et de l’observation de la Terre, qui servent les intérêts mutuels de l’Union et de ses partenaires en matière de sécurité, de prospérité et de compétitivité.
La mise au point de lanceurs lourds réutilisables et la production massive de milliers de satellites regroupés en mégaconstellations sont en train de révolutionner l’accès à l’espace. Les satellites en orbite terrestre basse ont généralement une durée de vie plus courte et nécessitent donc d’être remplacés plus fréquemment.
Ces besoins soulignent l’importance d’adopter des technologies et des services dans l’espace durables pour assurer la viabilité à long terme des activités spatiales. De même, l’adoption de l’informatique en nuage, de l’intelligence artificielle et des techniques d’analyse des données remodèle les applications et services de données et permet ainsi un traitement, une interprétation et une fourniture plus efficaces des données satellitaires, en fonction des besoins propres à l’industrie.
Alors que ces évolutions rapides modifient l’économie spatiale mondiale, l’Union a vu sa part de marché s’éroder dans des domaines clés 5 . L’intensification de la concurrence mondiale et l’évolution de la dynamique du marché ont exercé une pression considérable sur le secteur de l’industrie spatiale de l’Union. L’Europe a perdu sa position de premier plan sur le marché des fusées commerciales et de la communication par satellite. En outre, une actualisation des réglementations en matière de gouvernance et d’investissement, ainsi qu’une meilleure coordination des dépenses publiques aboutissant à un véritable marché unique de l’espace seraient bénéfiques pour le marché spatial européen.
L’Union possède néanmoins tous les éléments nécessaires pour jouer un rôle de premier plan: des instituts de recherche d’envergure mondiale, de solides capacités industrielles et une main-d’œuvre formée. Les rapports Letta 6 , Draghi 7 et Niinistö 8 ont établi que l’espace était un secteur clé pour la croissance, la compétitivité, la résilience et la préparation futures. Alors que la dépendance à l’égard des technologies spatiales s’intensifie, l’Union doit réaffirmer sa place dans cette course spatiale mondiale. Dans l’environnement géopolitique actuel, la perte de cette place aurait de lourdes conséquences pour la sécurité économique, l’autonomie stratégique et la compétitivité de l’Europe. Une approche globale contribuerait à maximiser l’effet des objectifs de l’Union en matière d’économie spatiale.
L’objectif de la présente communication est donc d’établir une stratégie globale permettant à l’Union de jouer un rôle de premier plan dans l’économie spatiale mondiale d’ici à 2050, en tirant parti des technologies et services spatiaux sur Terre et dans l’espace pour renforcer la compétitivité, la résilience, la sécurité et l’autonomie de l’Union, et en s’appuyant sur la stratégie spatiale de l’Union européenne pour la sécurité et la défense 9 et sur la stratégie pour une union de la préparation 10 , tout en accélérant la croissance économique, la création de débouchés commerciaux et d’emplois de qualité.
Cela nécessitera de mobiliser pleinement les investissements publics et privés à l’échelle de l’Union et à l’échelle nationale. Sur la base du cadre juridique existant de l’Union, il est essentiel de recourir à des procédures de passation de marchés innovantes et dynamiques, dont les contrats de location avec des clients stratégiques 11 , étant donné que les infrastructures spatiales et les services qui en découlent dépendent dans une large mesure de la prévisibilité des investissements et de la flexibilité.
La présente communication met l’accent sur le développement global de l’économie spatiale européenne. Tout d’abord, elle considère l’espace comme un secteur de marché et examine les conditions d’une croissance efficace et robuste, en définissant les axes d’intervention nécessaires pour stimuler la croissance économique en Europe. Elle analyse ensuite les aspects thématiques de l’économie spatiale dans les différents domaines spatiaux, en commençant par les activités terrestres avant de passer à l’activité économique «dans l’espace» à proprement parler, qui englobe les activités dans l’orbite terrestre et les activités au-delà de l’orbite terrestre. En particulier, la communication souligne l’importance de la continuité et de l’évolution des infrastructures et des services spatiaux, reconnaissant que ces dépenses en capital sont une condition sine qua non de la croissance de l’emploi dans l’économie européenne tout entière.
2.UN SECTEUR DE MARCHÉ QUI FAVORISE LA COMPÉTITIVITÉ EUROPÉENNE
Bien qu’elle dispose de capacités de classe mondiale, l’Union n’exploite pas encore pleinement le potentiel de son économie spatiale. Le financement limité des investissements et de la croissance, la complexité des modèles de passation de marchés, la nécessité d’une meilleure coordination à l’échelon de l’Union, la lenteur de la mise sur le marché et une approche cloisonnée entre l’espace et la défense entravent le potentiel de croissance du secteur.
Les dépenses publiques étrangères dépassent celles de l’Union. L’investissement de l’Union oscille entre 15 % et 20 % des niveaux américains. En 2023, les dépenses publiques consacrées à l’espace se sont élevées à 15 milliards d’USD en Europe, contre 73 milliards d’USD aux États-Unis 12 . Les dépenses spatiales civiles représentaient environ 85 % du total des dépenses spatiales dans l’Union en 2023, ce qui contraste fortement avec l’approche des autres grandes puissances spatiales 13 . Les dépenses de la Chine devraient dépasser celles de l’Europe au cours des prochaines années, pour atteindre quelque 20 milliards d’USD d’ici à 2030. Cette évolution modifie la dynamique du marché et élargit la répartition des contrats entre les acteurs commerciaux (jeunes pousses, entreprises en expansion, petites et moyennes entreprises, entreprises à moyenne capitalisation, y compris celles de petite taille, entreprises traditionnelles).
L’Union doit progresser plus vite dans des domaines stratégiques tels que l’accès à l’espace, les communications par satellite, l’observation de la Terre, le positionnement, la navigation et la synchronisation, la sécurité spatiale, l’intelligence artificielle, les technologies quantiques, les synergies avec le secteur de la défense, ainsi que les opérations et services dans l’espace. D’autres nations spatiales progressent rapidement dans ces domaines, ou disposent déjà de technologies qui ont fait leurs preuves.
L’Union doit s’appuyer sur son secteur spatial (industrie manufacturière et services) pour assurer la continuité et l’évolution de ses capacités. Elle doit également optimiser la valeur économique des services spatiaux dans d’autres secteurs du marché, en proposant des solutions plus adaptées et en relevant les défis technologiques pour répondre aux besoins des utilisateurs. Dès lors, les autres secteurs du marché bénéficiant de services spatiaux devraient prévoir, lorsqu’ils modernisent leurs infrastructures ou leurs terminaux utilisateurs, l’interopérabilité avec les solutions provenant des systèmes de l’Union et les normes correspondantes.
En adoptant une vision plus large du secteur de marché que constitue l’espace, et en adéquation avec l’approche de la boussole pour la compétitivité, l’Union apportera un soutien selon six axes:
I.créer un marché unique de l’espace, qui complétera l’acte législatif de l’UE sur l’espace 14 et servira de fondement général, permettant aux entreprises de fonctionner sans encombre et avec davantage d’efficacité au-delà des frontières;
II.accélérer la recherche et l’innovation spatiales en faisant progresser les technologies innovantes et en renforçant la compétitivité à l’échelon mondial;
III.renforcer l’état de préparation de l’industrie et l’indépendance technologique en consolidant la base industrielle de l’Union, en garantissant la souveraineté technologique et en réduisant la dépendance à l’égard des chaînes d’approvisionnement externes;
IV.encourager la commercialisation de l’espace au sein de l’Union et la soutenir au moyen de procédures souples de passation de marchés publics, de contrats signés avec des clients stratégiques et d’une hausse des investissements, afin de favoriser une économie spatiale européenne plus dynamique;
V.continuer d’accorder la priorité à une coopération internationale forte afin de garantir un écosystème spatial connecté et paré pour l’avenir;
VI.renforcer les compétences d’une main-d’œuvre hautement qualifiée en adéquation avec les principes de l’union des compétences 15 , tout en tirant parti de la numérisation et de l’automatisation pour accroître la productivité et l’efficacité.
Axe I: un marché unique de l’espace
Le marché unique spatial de l’Union sera renforcé par l’acte législatif de l’UE sur l’espace, qui simplifiera le cadre réglementaire et permettra aux entreprises d’exercer leurs activités dans le marché unique avec une meilleure visibilité. Cela stimulera la croissance compte tenu de la sécurité, de la résilience et de la durabilité des activités spatiales, ce qui stimulera à son tour l’économie spatiale. Le secteur spatial de l’Union fait face actuellement à un environnement réglementaire complexe et fragmenté, caractérisé par de multiples obligations nationales dans les différents États membres de l’Union. S’appuyant sur les actions horizontales visant à éliminer les obstacles mentionnées dans la récente stratégie pour le marché unique, l’acte législatif de l’UE sur l’espace établira un ensemble commun de règles, réduira les charges administratives et facilitera les activités transfrontières. Les opérateurs spatiaux pourront ainsi innover et faire face à la concurrence plus efficacement, tant sur le marché unique que sur les marchés d’exportation.
Compte tenu de l’importance stratégique de l’élargissement de l’Union dans un paysage géopolitique changeant, l’UE devrait encourager activement l’intégration progressive des pays candidats dans les politiques européennes pertinentes. Leur alignement sur les normes de l’Union en matière numérique, industrielle et de sécurité en fait des partenaires précieux permettant d’élargir le marché et la base d’innovation de l’Union. Leur participation aux programmes de l’Union et l’amélioration de la coopération en matière de normalisation et de marchés publics renforceraient l’interopérabilité et la résilience régionale, ainsi que la compétitivité et la sécurité de l’Union, en agrandissant l’écosystème spatial européen et en le rendant mieux intégré.
Dans le domaine spatial, le spectre constitue une ressource essentielle et limitée. L’accès à un spectre suffisant est nécessaire pour que les satellites puissent fonctionner dans différentes régions, y compris dans les territoires de l’Union et des pays tiers. Le marché unique spatial de l’Union s’appuiera sur le futur acte législatif sur les réseaux numériques, qui devrait prévoir des prescriptions communes concernant l’accès au marché unique de l’Union.
Pour renforcer encore l’influence mondiale de l’Union, il est essentiel de prendre activement part aux activités de prénormalisation et de normalisation et d’en assurer le suivi, en particulier à l’échelon international (Organisation internationale de normalisation/ Commission électrotechnique internationale) et mondial (consortiums privés, tels que 3GPP 16 ). De grandes économies en dehors Union (en particulier les États-Unis et la Chine) considèrent depuis longtemps qu’il existe un lien intrinsèque entre, d’une part, la normalisation technique et, d’autre part, leur développement économique et leurs ambitions géopolitiques 17 .
L’Union a également adopté cette approche dans le cadre de la stratégie renouvelée en matière de normalisation 18 , dont une révision a été annoncée dans la stratégie pour le marché unique. La participation des organismes de recherche et le renforcement du lien entre la recherche, l’innovation et la normalisation seront bénéfiques pour le secteur spatial de l’Union 19 . L’essentiel des travaux dans ce domaine devrait être axé sur la simplification des prescriptions et la normalisation: intégration de la normalisation, interopérabilité, réglementations et protocoles de sécurité visant à apporter de la clarté, de la sécurité juridique et de la prévisibilité pour les activités des entreprises.
Le rôle actif de l’Union dans la définition des normes (en coordination avec les États membres et leurs organismes nationaux de normalisation) contribue à promouvoir les normes européennes à l’échelle mondiale, favorisant ainsi les intérêts et les valeurs de l’Union et, par extension, sa compétitivité à l’échelon mondial.
En lien avec l’engagement de l’Union en faveur d’une production durable et résiliente en Europe, comme le prévoit le pacte pour une industrie propre 20 , la durabilité et la réutilisabilité seront au cœur de cette vision à long terme, qui favorisera une économie spatiale circulaire et la création de systèmes éco-efficaces qui réduisent les coûts, limitent l’incidence sur l’environnement et renforcent la productivité.
L’Union devrait mettre en œuvre une stratégie coordonnée pour les dépenses publiques, en regroupant la demande et les investissements afin de réaliser des économies d’échelle et de renforcer son autonomie, sa sécurité et sa résilience dans l’espace. Cela permettrait au marché unique spatial de l’Union de réduire efficacement la fragmentation, de favoriser une culture de l’innovation et de faire en sorte que les solutions les plus compétitives et les plus avancées soient créées et mises sur le marché, ce qui, en fin de compte, procurerait des avantages très tangibles aux citoyens de l’Union et à la société.
La Commission coopérera avec les États membres au niveau des experts et avec les acteurs du marché présents du côté de l’offre et de la demande des infrastructures et services spatiaux pour déterminer la meilleure manière d’encourager les investissements conjoints dans les technologies spatiales de l’Union, de réduire les doubles emplois dans les projets et les dépenses et d’encourager des évolutions technologiques aux répercussions plus importantes, qui profitent à tous les citoyens de l’Union. Cette démarche devrait être complétée par une forte augmentation de la demande et des contrats conclus avec des clients stratégiques (y compris pour les petites et grandes entreprises), afin de soutenir les évolutions en amont et en aval tout en évitant les distorsions de concurrence.
L’émergence d’un modèle favorable aux entreprises et à l’innovation devrait également être appuyée à l’échelon européen, régional et national par des initiatives telles que des pôles spatiaux regroupant le secteur spatial, le secteur du numérique et d’autres secteurs, ainsi que les utilisateurs. Ces pôles spatiaux devraient viser à développer l’entrepreneuriat et les compétences dans le cadre de synergies avec les pôles d’innovation numérique. Pour stimuler la demande publique et l’innovation dans le secteur public, l’Union doit encourager l’utilisation des données, des informations et des services provenant de ses systèmes spatiaux, afin de soutenir la création de solutions personnalisées par l’industrie et les petites et moyennes entreprises (PME) à l’échelon régional et local, au moyen de partenariats d’innovation liés à l’espace.
| Encadré 1 — Actions prévues |
| La Commission, en s’appuyant sur les procédures de normalisation européennes et nationales en vigueur, encouragera l’élaboration de spécifications techniques portant sur les différentes dimensions de l’économie spatiale et leur adoption en tant que normes européennes par les organismes compétents. |
| Afin de renforcer l’économie spatiale, la Commission, au moyen de l’acte législatif de l’UE sur l’espace: – chargera l’Agence de l’Union européenne pour le programme spatial (EUSPA) de garantir la fluidité des procédures du marché intérieur et de convenir avec l’Agence spatiale européenne (ESA) d’un plan à cet effet; – proposera des mesures de soutien pour aider les opérateurs spatiaux à se conformer aux règles de l’Union et pour faciliter le renforcement des capacités technologiques; – soutiendra la mise au point et l’adoption par le marché de nouveaux services de gestion du trafic spatial au sein de l’Union et sur les marchés d’exportation; – cherchera à parvenir à la reconnaissance mutuelle et à l’équivalence des règles et des évaluations techniques avec les pays tiers. |
Axe II: accélérer la recherche et l’innovation
Il est essentiel d’accélérer la recherche et l’innovation pour stimuler la mise au point de nouvelles technologies, de nouveaux services et de nouvelles applications dans le domaine de l’espace, afin de garantir la compétitivité et l’autonomie de l’Union dans le secteur spatial. La rapidité de l’innovation aux États-Unis et en Chine a entraîné d’importantes pertes de parts de marché dans des domaines clés tels que le transport spatial, les télécommunications et les solutions en nuage par satellite 21 . En outre, les progrès rapides réalisés par les puissances spatiales mondiales dans des domaines émergents tels que les services d’entretien en orbite, l’utilisation avancée de la robotique, l’intelligence artificielle et les technologies quantiques pourraient conduire l’Union à prendre du retard.
L’Union devrait donc tirer parti du vaste réservoir de technologies innovantes dont elle dispose dans ses États membres et encourager davantage de synergies entre l’espace, la défense et d’autres industries. Une approche plus ambitieuse en matière de recherche et d’innovation est nécessaire pour convertir les innovations en capacités de nouvelle génération et stimuler la compétitivité industrielle de l’Union sur les marchés commerciaux mondiaux. Cette approche devrait combiner des initiatives ciblées descendantes avec des instruments ouverts ascendants, à l’aide de différents moyens et modèles de financement, tels que des subventions, des investissements, des passations de marchés et des prix. Des mécanismes de partenariat avec des acteurs privés et publics devraient également être étudiés, dans le respect des principes du droit de la concurrence.
L’objectif premier est de parvenir à l’autonomie pour la prochaine génération de capacités et de services spatiaux. L’accent sera mis sur l’introduction sur le marché de technologies de rupture, y compris, mais pas exclusivement, les technologies quantiques, l’intelligence artificielle, l’apprentissage automatique, les chaînes de blocs, la 5G et la 6G, l’internet des objets, la connectivité directe à l’appareil, les opérations et services dans l’espace, et les capacités de lancement.
En outre, un cadre de coopération renforcé, y compris la mise en commun des ressources, est essentiel pour faciliter une interaction fluide et le partage des connaissances entre les diverses parties prenantes du secteur spatial de l’Union. Ce cadre devrait favoriser une coopération plus étroite entre les autorités publiques, les agences, l’industrie, le monde universitaire et les instituts de recherche, et leur permettre de mettre en commun leurs connaissances, leurs ressources et leurs capacités 22 .
| Encadré 2 — Actions prévues |
| Dans le contexte du prochain programme-cadre de l’Union pour la recherche et l’innovation, la Commission proposera: – de renforcer le soutien à la recherche et à l’innovation dans le domaine de l’espace pour ses différentes composantes, sur la base, entre autres, d’un programme stratégique de recherche et d’innovation actualisé; – de renforcer le partenariat consacré à la recherche et à l’innovation dans le domaine de l’espace, afin de soutenir la mise au point, l’acquisition et le déploiement de technologies spatiales innovantes tout au long de la chaîne de valeur de la filière spatiale. |
| La Commission s’appuiera sur des feuilles de route et un programme stratégique de recherche et d’innovation actualisé pour: – prévoir des synergies dans le domaine de la recherche et de l’innovation entre le secteur spatial et celui de la défense, en vue de renforcer la sécurité et la résilience des infrastructures, systèmes et services spatiaux et satellitaires de l’Union et de réduire la dépendance excessive à l’égard des capacités spatiales des pays tiers; – planifier des initiatives en matière de recherche et d’innovation. |
Axe III: état de préparation de l’industrie et indépendance technologique
Sur le plan industriel, une économie spatiale européenne prospère repose sur une base industrielle solide et durable, dont l’objectif principal est de préserver, de sécuriser et de renforcer encore la capacité de classe mondiale de l’Europe à concevoir, mettre au point, lancer, faire fonctionner et exploiter les systèmes spatiaux dont l’Union a besoin pour l’application de ses politiques publiques, sa sécurité et sa croissance économique. Il est donc impératif que cette base industrielle atteigne une certaine taille pour pouvoir affronter les concurrents internationaux qui bénéficient d’un volume d’investissement public considérablement plus important.
Sur le plan technologique, l’Union doit veiller à ce que l’accès aux technologies spatiales essentielles, telles que les composants, équipements et systèmes électriques, électroniques et électromécaniques, soit adéquat 23 .
Il s’agit d’une condition préalable au fonctionnement dynamique du secteur, ainsi qu’à une mise en œuvre réussie des missions spatiales de l’Union, en particulier celles ayant un rapport avec la sécurité. Par conséquent, l’Union devrait prendre des mesures dans le cadre de la préférence qu’elle envisage en matière de marchés publics pour les secteurs et les technologies stratégiques 24 , afin de garantir son autonomie stratégique et sa sécurité grâce à une base industrielle technologique compétitive fondée sur l’innovation.
La complexification du paysage géopolitique souligne la nécessité de renforcer la résilience des chaînes de valeur de la filière spatiale de l’Union, qui sont vulnérables à tout un éventail de risques, y compris la dépendance à l’égard de pays tiers pour les matières premières critiques, les matériaux avancés, les composants et les technologies liées aux équipements. L’Observatoire européen des technologies critiques, créé en 2021 par la Commission, surveille ces risques et établit, en concertation et en coordination avec l’industrie et les États membres de l’Union, des feuilles de route technologiques pour combler les lacunes recensées.
La plateforme «Technologies stratégiques pour l’Europe» (STEP), mise en place dans le cadre de 11 programmes de l’Union, fournit un cadre pour orienter les investissements vers les technologies spatiales critiques, renforçant ainsi la résilience industrielle et l’innovation. Toutefois, les investissements européens dans ce domaine sont nettement inférieurs aux sommes nécessaires, d’après les estimations des feuilles de route technologiques, pour réduire la dépendance à l’égard des technologies spatiales critiques.
Les États membres pourraient utiliser les fonds mis à disposition au titre de la politique de cohésion et du programme NextGenerationEU. Comme proposé dans l’examen à mi-parcours de la politique de cohésion 25 , les autorités de gestion pourraient recourir, sur la base de mesures incitatives et des marges de manœuvre disponibles, à la possibilité de réaffecter des fonds notamment vers des investissements en faveur d’objectifs STEP ou dans des capacités et infrastructures de défense ou à double usage résilientes. Lorsque les États membres ne peuvent pas mettre en œuvre des investissements dans le cadre de leurs plans pour la reprise et la résilience actuels, ils peuvent envisager, entre autres, les possibilités décrites dans la communication de la Commission intitulée «NextGenerationEU — La voie vers 2026» 26 , et apporter des contributions volontaires, à leur propre profit, au développement de composantes du programme spatial de l’Union ou du programme de l’Union pour une connectivité sécurisée. Ces programmes sous-tendent les systèmes satellitaires de l’Union tels que Galileo (navigation par satellite), Copernicus (observation de la Terre), Govsatcom ou IRIS² (communications et connectivité par satellite). La facilité pour la reprise et la résilience autorise les États membres à réaliser des contributions volontaires à ces programmes, lorsque la convention de contribution entre la Commission et un État membre permet que la contribution de l’État membre soit utilisée au titre de ces programmes au profit de l’État membre en question.
Depuis 2024, l’Union est confrontée à des situations d’accès restreint ou de source d’approvisionnement unique dans des pays tiers présentant des risques géopolitiques, et ce pour 47 technologies spatiales critiques recensées par le groupe de travail conjoint formé par la Commission, l’Agence spatiale européenne (ESA) et l’Agence européenne de défense (AED). Il s’agit notamment de composants électriques, électroniques, électromécaniques et microélectroniques et de matériaux avancés.
Il convient d’accorder une attention particulière à la définition des niveaux de sécurité et de limiter les dépendances à ces niveaux, d’éviter le recours à des pays n’ayant pas les mêmes valeurs et de garantir un approvisionnement suffisant en technologies spatiales critiques.
| Encadré 3 — Actions prévues |
| La Commission élaborera un plan à long terme pour garantir un approvisionnement multisources en technologies spatiales critiques, en s’appuyant sur la liste d’actions dressée par le groupe de travail conjoint Commission européenne-ESA-AED, dans laquelle figurent le soutien à la maturation technologique dans le domaine de la recherche et de l’innovation, le déploiement de chaînes de valeur multisources et les adaptations nécessaires (modernisations, par exemple). |
| La Commission continuera de soutenir l’Observatoire européen des technologies critiques sur les points suivants: – assurer un suivi et une évolution continus des tendances technologiques et des chaînes d’approvisionnement; – détecter les dépendances et les lacunes; – actualiser les feuilles de route technologiques et surveiller leur application. |
Axe IV: soutenir la commercialisation de l’espace
L’Union doit appuyer la commercialisation de son industrie spatiale, car sa compétitivité recule de plus en plus par rapport à celle des acteurs mondiaux. Il est essentiel de tirer parti du rôle crucial que peuvent jouer les jeunes pousses, les entreprises en expansion, les PME et les entreprises à moyenne capitalisation, y compris celles de petite taille.
Ces petits acteurs, souvent très dynamiques, mettent sur le marché des produits innovants et compétitifs tout en faisant baisser les coûts. Ils constituent donc un complément essentiel aux grandes entreprises spatiales établies et contribuent à renforcer l’écosystème global. L’écosystème spatial de l’Union peut ainsi gagner en dynamisme et en efficacité, avec des conditions-cadres adéquates pour inciter les entreprises à concevoir, à construire et à exploiter des infrastructures et des services spatiaux. Une meilleure coopération, alignée sur les règles de concurrence de l’Union, entre les acteurs établis et les nouveaux venus doit résulter de ces incitations. L’initiative «Cassini» de l’Union sur l’entrepreneuriat dans le domaine spatial a permis de créer un tel cadre pour les jeunes pousses sur la période 2021-2025, grâce à des capitaux d’investissement, au renforcement des compétences des entreprises et à la réforme des procédures de passation de marchés. Toutefois, il est nécessaire de concevoir une initiative «Cassini 2.0» qui soutienne les entreprises au stade suivant.
L’Union ne disposait d’aucun fonds d’investissement privé axé sur l’investissement spatial avant 2019, mais les initiatives «Cassini» et InvestEU ont permis la création de cinq fonds de capital-risque qui sont entièrement consacrés à l’investissement spatial et ont apporté des capitaux à 11 autres fonds de capital-risque dont les investissements sont plus variés. Ces fonds investissent principalement aux stades du financement d’amorçage et de série A, mais l’Union manque d’investisseurs capables de mener des cycles d’investissement permettant la croissance.
Un déficit de financement manifeste persiste en ce qui concerne le financement de la phase d’expansion des technologies à haut risque et à forte intensité de capital nécessitant des investissements supérieurs à 100 millions d’EUR. La demande de financement des jeunes pousses reste également élevée. Même si, en seulement quatre ans, le Fonds du Conseil européen de l’innovation (CEI) est devenu l’un des principaux investisseurs dans les très hautes technologies en Europe, il n’est pas possible à l’heure actuelle de satisfaire la demande des jeunes pousses d’excellence qui souhaitent obtenir un soutien de la part du CEI. En 2024, le CEI a soutenu près de 50 projets dans le secteur spatial, à tous les stades de maturité technologique.
Malgré une solide base de talents, les jeunes pousses de l’Union bénéficient de huit à dix fois moins de capital-risque que celles des États-Unis et de la Chine. L’Union n’attire que 5 % du financement mondial en capital-risque (contre 52 % pour les États-Unis et 40 % pour la Chine) 27 . Le renforcement du soutien en faveur d’un meilleur fonctionnement du marché des capitaux au cours des phases de croissance est donc essentiel à la compétitivité de l’industrie spatiale de l’Union. Cela permettra de contrecarrer la tendance qui voit les entreprises spatiales européennes se faire racheter par des entreprises américaines.
La communication intitulée «Stratégie de l’UE en faveur des start-up et des scale-up» 28 , adoptée en mai 2025, et l’initiative plus large «Choisir l’Europe» visent à aider les innovateurs, les entrepreneurs et les investisseurs en améliorant les conditions applicables aux jeunes pousses et aux entreprises en expansion, en leur permettant de tirer parti des nouvelles possibilités géopolitiques et en limitant les raisons qui les incitent à se délocaliser hors de l’Union. Cette communication prévoit des mesures de soutien sur le plan législatif, de la part des pouvoirs publics et d’ordre financier visant à lever les obstacles réglementaires et financiers auxquels sont confrontées les jeunes pousses et les entreprises en expansion européennes, à l’échelon de l’Union comme à l’échelon des États membres, et à répondre aux besoins des entreprises innovantes tout au long de leur développement.
Les pouvoirs publics jouent un rôle important en concluant des contrats avec les entreprises privées pour la fourniture de biens et de services. Faire en sorte que les marchés soient attribués à un large éventail de prestataires de services— entreprises établies, jeunes pousses, entreprises en expansion, PME et entreprises à moyenne capitalisation — peut aider l’Union à atteindre ses objectifs dans le domaine spatial, faire baisser les coûts, mais aussi stimuler la production de valeur, l’innovation et la durabilité, tout en atténuant les risques et en favorisant les priorités de l’Union.
| Encadré 4 — Actions prévues |
| La Commission accélérera et élargira l’accès au financement: – par la mise à disposition de capitaux d’investissement privés au moyen d’une facilité d’investissement au stade de l’amorçage (Cassini), d’une facilité d’investissement en phase de croissance et d’une facilité de financement non dilutive/d’emprunt, après avoir réalisé un essai pilote pour sélectionner les fonds de capital-risque à l’aide des capacités existantes de la facilité d’investissement «Cassini». |
| La Commission mettra en œuvre toutes les actions connexes figurant dans la communication intitulée «Stratégie de l’Union en faveur des start-up et des scale-up», y compris des actions liées au Conseil européen de l’innovation, au fonds «Scale-up Europe» et à l’acte législatif européen sur l’innovation en faveur du secteur spatial. |
| La Commission adoptera des méthodes de passation de marchés innovantes et favorables aux entreprises, afin d’accroître la concurrence et de permettre aux produits les plus rentables et les plus innovants de se développer sur le marché. Pour que cela fonctionne, les procédures de passation de marchés doivent garantir des conditions de concurrence équitables pour tous les opérateurs économiques, y compris les nouveaux entrants, les entreprises en expansion, les entreprises à moyenne capitalisation, en particulier de petite taille, et les PME. |
| La Commission stimulera la croissance du marché en encourageant la demande publique par le recours stratégique à la passation électronique de marchés publics, de manière à réduire l’aversion au risque, et en combinant des programmes d’intégration, des places de marché, des achats anticipés et des contrats avec des clients stratégiques, afin de permettre une expansion rapide et de gagner en crédibilité sur le marché pour les activités en amont et en aval. La mise en place de contrats de centrale d’achat et de systèmes d’achat dynamiques peut permettre d’atteindre cet objectif. |
| La Commission stimulera les écosystèmes locaux en reliant le secteur spatial, le secteur du numérique et d’autres secteurs pour encourager l’innovation dans le domaine spatial, avec la participation d’incubateurs et d’accélérateurs, et en favorisant l’esprit d’entreprise et le développement de compétences. |
Axe V: encourager la coopération internationale et la diplomatie économique
Les activités internationales ont principalement pour objet de favoriser, d’établir et de maintenir une coopération dans le domaine spatial avec des pays tiers et des organisations internationales, au moyen: i) de contacts bilatéraux réguliers (au niveau technique et dans le cadre d’un dialogue dans le domaine spatial); ii) de conventions de coopération et d’accords internationaux sur la participation aux systèmes et programmes de l’Union avec des pays d’importance stratégique pour les intérêts et les priorités de l’Union.
La stratégie «Global Gateway» offre l’occasion de faire progresser les partenariats, les dialogues stratégiques et les investissements avec des pays du monde entier. Dans le cadre de cette stratégie, l’Union s’emploiera à accroître les investissements de l’UE dans les pays partenaires, notamment en ce qui concerne la connectivité par satellite et les services spatiaux, en établissant des liens avec des centres de croissance numérique et en contribuant à la sécurité économique de l’UE.
L’accès aux marchés des pays partenaires de l’Union est une priorité pour lutter contre l’influence étrangère hostile et pour encourager la croissance et la prospérité dans ces pays, deux éléments essentiels pour préserver la sécurité de l’Europe. Une base industrielle solide, des chaînes d’approvisionnement sûres et des règles appropriées permettant aux entreprises de l’Union de faire face efficacement à des pratiques de concurrence inégales ou déloyales sont les éléments qui sous-tendent la résilience et l’autonomie de l’Union.
La coopération internationale peut donc faciliter et optimiser les actions nécessaires pour soutenir la compétitivité du secteur spatial de l’Union. Une bonne coopération dans le domaine spatial offre également, par effet d’entraînement, la possibilité d’instaurer des relations commerciales durables dans d’autres secteurs économiques et de consolider des affinités politiques plus stratégiques dans les affaires mondiales.
Une première étape cruciale consiste à recenser les besoins et les éventuelles lacunes. S’appuyant sur l’acquis existant en matière d’accords et de conventions avec des pays tiers, ce recensement permettrait de recueillir des renseignements qui améliorent la compétitivité des entreprises de l’Union et leur envergure à l’échelle mondiale. En étroite coopération avec les délégations de l’Union dans les marchés stratégiques, une plateforme de partage d’informations peut réunir des renseignements sur les passations de marchés publics à venir, afin de soutenir l’écosystème spatial de l’Union. Une telle plateforme profiterait aux entreprises de l’Union, qui pourraient obtenir de nouveaux contrats, établir une forte présence sur les marchés internationaux et stimuler la croissance et l’innovation. Elle aiderait également les organisations de pays tiers à déterminer les possibilités d’investissement en Europe.
| Encadré 5 — Actions prévues |
| Dans le cadre de ses sommets bilatéraux et de ses dialogues dans le domaine spatial, la Commission proposera: – des mesures de renforcement des capacités aux nations spatiales émergentes qui promeuvent les normes techniques de l’Union; – l’interopérabilité de ses systèmes à l’échelle mondiale. |
| La Commission, avec la participation des délégations de l’Union, créera une plateforme relative aux possibilités en matière de marchés publics dans les pays tiers. |
Axe VI: une main-d’œuvre qualifiée
Une main-d’œuvre qualifiée est un élément décisif commun aux cinq axes précédents; elle constitue l’épine dorsale d’une économie spatiale prospère et stimule l’innovation et le progrès dans un domaine en constante évolution qui est exigeant sur le plan technique. L’Union est toutefois confrontée à la menace d’une fuite des cerveaux, car de nombreux professionnels talentueux du secteur spatial trouvent de meilleurs débouchés professionnels en Amérique du Nord, au Moyen-Orient ou en Asie et émigrent vers ces régions, mettant ainsi en péril la sécurité technologique et économique de l’Union.
Comme annoncé dans la communication sur l’union des compétences 29 , l’Union mettra au point un système de veille stratégique sur les besoins en compétences propres au secteur et donnera la priorité à la création, au recrutement et à la rétention des meilleurs talents, en offrant des parcours professionnels attrayants et des possibilités de croissance dans l’Union, ainsi qu’en soutenant les programmes de reconversion professionnelle. La méthode de veille stratégique sur les besoins en compétences propres au secteur spatial s’appuiera, entre autres, sur les alliances sectorielles pour les compétences et les partenariats relevant du pacte pour les compétences d’Erasmus, et servira de base au nouvel Observatoire européen de veille stratégique sur les besoins en compétences.
L’union des compétences s’est accompagnée du lancement du plan stratégique pour l’éducation dans les STIM (sciences, technologies, ingénierie et mathématiques), qui expose diverses mesures visant à faire progresser l’éducation et la formation dans le domaine des STIM, afin d’accroître les talents dans l’ensemble de l’Union. Ce plan comprend des objectifs ambitieux visant à augmenter, à l’horizon 2030, les inscriptions dans les filières d’enseignement et de formation professionnels et les cursus de l’enseignement supérieur relatifs aux STIM, et plus spécifiquement l’inscription de jeunes filles et de femmes.
Des compétences avancées dans le domaine des STIM sont essentielles aux capacités de défense et aux capacités aérospatiales. Toutefois, la croissance de la main-d’œuvre de l’Union spécialisée dans les STIM accuse un retard par rapport à la demande, notamment dans des secteurs clés tels que la cybersécurité, la défense et l’aérospatiale. Dans l’Union, près de quatre PME sur cinq ont du mal à trouver des travailleurs possédant les compétences nécessaires, en particulier dans les technologies de pointe telles que l’IA et l’informatique quantique, et ce problème touche fortement les jeunes pousses et les entreprises en expansion. Ces pénuries ont également une incidence sur le secteur spatial, dont la croissance économique et l’innovation se trouvent freinées.
Pour remédier à ce problème, des initiatives dans l’enseignement supérieur sont nécessaires, mais aussi la participation active des prestataires d’enseignement et de formation professionnels, qui jouent un rôle essentiel dans le domaine de la recherche appliquée et dans l’acquisition de compétences pratiques par la main-d’œuvre. Par conséquent, le plan met fortement l’accent sur le renforcement de la coopération entre l’éducation, la recherche et les entreprises afin d’améliorer l’apprentissage des STIM et de faire connaître les débouchés professionnels disponibles. En tissant des liens plus étroits entre ces secteurs, le plan vise à créer des synergies et à faciliter le transfert de connaissances qui peuvent inspirer les étudiants et les préparer à de futures carrières dans les STIM.
L’existence de formations et de programmes d’enseignement supérieur adéquats est impérative. À cet effet, une coopération entre tous les acteurs concernés est nécessaire. Les partenariats relevant du pacte pour les compétences, les alliances sectorielles pour les compétences d’Erasmus s’y rapportant et la Copernicus Academy, qui a fait ses preuves, peuvent s’avérer bénéfiques à cet égard. Dans le domaine cyber, les entreprises et les universités de l’Union dans la filière spatiale pourraient se joindre au réseau «Industrie-Académie» de l’Académie des compétences en matière de cybersécurité.
En outre, il convient d’encourager les initiatives en faveur de la diversité, de l’égalité et de l’inclusion, pour remédier aux lacunes en matière d’équité et de talent et aux disparités entre les hommes et les femmes 30 . Il est également essentiel de relever les défis démographiques en répondant à l’évolution des besoins de l’économie spatiale. À cet effet, une coopération étroite entre les universités, l’industrie et les établissements d’enseignement et de formation est nécessaire, afin que les programmes d’éducation et de formation soient adaptés aux besoins du secteur. À titre d’exemple, la nécessité pour les professionnels de la cybersécurité de renforcer la sécurité des systèmes satellitaires et spatiaux de l’Union fait figure de priorité en ce moment.
Toutefois, étant donné que le secteur spatial évolue rapidement, ces domaines prioritaires changent constamment pour suivre le rythme de l’évolution du secteur. Les lycées, les universités et les prestataires de programmes d’enseignement et de formation professionnels doivent donc être équipés pour réagir rapidement aux besoins du secteur, et fournir aux étudiants les compétences spécialisées et transversales nécessaires pour réussir. Un large éventail de parties prenantes doit être réuni dans des écosystèmes de compétences, tels que les centres d’excellence professionnelle et les alliances entre universités européennes dans le domaine des compétences avancées, par exemple.
| Encadré 6 — Actions prévues |
| La Commission élaborera des méthodes propres au secteur spatial: – pour soutenir la veille stratégique de l’Union sur les besoins en compétences, y compris par des contributions à l’Observatoire européen de veille stratégique sur les besoins en compétences; – pour appuyer la classification des compétences spatiales dans l’Union, notamment par une prise en considération adéquate du secteur spatial dans la classification européenne des aptitudes, compétences, certifications et professions (ESCO). |
| La Commission encouragera la coopération entre les parties prenantes, le monde universitaire, y compris les alliances entre universités européennes, les établissements d’enseignement et de formation professionnels, les prestataires de formation et les entreprises, en mettant l’accent sur la mise en place de cursus, d’échanges, de partenariats et de bourses dans le domaine spatial. |
| La Commission, en coopération avec les universités, les centres d’enseignement et de formation professionnels et les établissements d’enseignement secondaire: – soutiendra l’apprentissage tout au long de la vie, le renforcement des compétences et la reconversion professionnelle, y compris par un projet pilote de garantie de compétences visant à faciliter la reconversion des travailleurs dans les secteurs en cours de restructuration ou exposés au risque de chômage, qui pourront poursuivre leur carrière dans le secteur spatial; – contribuera à doter les élèves de l’enseignement secondaire, des filières d’enseignement et de formation professionnels et de l’enseignement supérieur des compétences en STIM essentielles pour le secteur spatial, grâce à l’initiative d’initiation aux STIM pour les talents technologiques. |
| La Commission œuvrera en faveur de la mobilité des chercheurs dans le domaine spatial au moyen d’instruments de l’Union tels que les actions Marie Skłodowska-Curie, le programme Erasmus+, Europass et le portail en ligne Euraxess, et de programmes d’échange pour les études de la filière spatiale dans l’ensemble des États membres. |
| La Commission fera progresser l’égalité entre les hommes et les femmes dans les STIM en contribuant au plan stratégique pour l’éducation dans les STIM, par l’introduction d’un module d’apprentissage sur le thème de l’espace dans l’initiative «Girls Go STEM» et le lancement d’une campagne «Back to School» dans le cadre du programme «STEM Futures», afin d’inspirer et de mobiliser les jeunes filles dès le début de l’année universitaire. |
3.SOUTENIR LES SOLUTIONS SPATIALES EN FAVEUR DE L’ÉCONOMIE EUROPÉENNE
Compte tenu de l’expansion rapide de l’économie spatiale mondiale, il est essentiel de favoriser un environnement résilient et compétitif pour les infrastructures et les services spatiaux de l’Union. C’est d’autant plus vrai que l’UE détient actuellement 6 % du marché mondial en amont et 19 % du marché mondial en aval 31 . La prolifération de satellites et d’installations de fabrication de l’industrie spatiale dans le monde entier met en exergue la commercialisation rapide du secteur.
Parallèlement à cette croissance, les technologies satellitaires évoluent grâce à des innovations telles que les satellites définis par logiciel, la connectivité par satellite directe à l’appareil, les communications quantiques, l’intelligence artificielle embarquée et l’apprentissage automatique embarqué. Ces évolutions améliorent certes la flexibilité et l’efficacité opérationnelle (dans l’espace comme au sol), mais imposent aussi de nouvelles contraintes aux infrastructures de soutien au sol.
Plusieurs nations et opérateurs privés mettent au point des lanceurs lourds ou réutilisables, capables de déployer des charges utiles considérables ou des centaines de satellites lors d’une seule mission. Étant donné que les autres puissances spatiales continuent d’affiner la fiabilité de leurs lanceurs de nouvelle génération, les prix des lancements continueront probablement de diminuer, ce qui intensifiera la concurrence pour les fournisseurs de services de lancement de l’Union. Sans un soutien important à la diversification et au renforcement de son propre secteur du lancement, l’Union pourrait voir son autonomie stratégique en matière d’accès à l’espace être compromise.
Les tensions géopolitiques modifient en profondeur les investissements dans les capacités spatiales 32 . La guerre d’agression menée par la Russie contre l’Ukraine met en lumière l’importance stratégique des capacités spatiales pour la sécurité et la défense et l’importance de la protection des moyens spatiaux, y compris par des contre-mesures permettant de lutter contre les interférences électromagnétiques. Les gouvernements et les entreprises privées investissent massivement dans des communications sécurisées, dans la surveillance et dans des infrastructures spatiales résilientes afin d’assurer la continuité des activités en temps de crise. Les organisations privées ont joué un rôle essentiel dans le maintien des communications et de la coordination opérationnelle sur le terrain en Ukraine. Il est d’autant plus nécessaire, pour l’Union, d’améliorer ses propres capacités spatiales à l’appui de son autonomie stratégique et de sa sécurité, y compris pour la défense et la résilience de l’Ukraine, et d’assurer la sécurité de ses infrastructures satellitaires et spatiales.
L’Union renforcera également ses produits et services découlant du secteur spatial, en appuyant l’adoption généralisée des solutions spatiales par les utilisateurs dans différents secteurs (dont les pouvoirs publics, les industries commerciales et les organismes de recherche). L’Union peut donc optimiser les avantages économiques des technologies spatiales, créant ainsi un effet d’entraînement sur la croissance et l’innovation dans plusieurs secteurs d’activité.
3.1.INFRASTRUCTURE ET FABRICATION
Il est essentiel, pour l’autonomie stratégique de l’Union, de disposer d’installations de fabrication et de chaînes d’approvisionnement établies dans l’Union, car celles-ci permettent de produire des infrastructures spatiales, y compris des systèmes pour l’accès à l’espace, les véhicules spatiaux ou les systèmes au sol, conformément aux normes de l’Union, ce qui garantit leur fiabilité, leur sécurité et un degré adéquat d’autonomie dans l’économie spatiale mondiale.
Le nombre de lancements de satellites au cours de cette décennie devant être d’environ 100 000, d’après les projections, le secteur spatial de l’Union doit rapidement développer ses capacités de fabrication de satellites. La construction d’infrastructures spatiales modernes et de constellations modulables nécessite la production de véhicules spatiaux en série, ce qui peut faciliter la commercialisation et l’accès aux marchés d’exportation, tout en garantissant le déploiement rapide de nouvelles capacités.
Dans le contexte géopolitique et de compétitivité actuel, il importe que l’Union joue un rôle de premier plan dans les domaines suivants: connectivité sécurisée (IRIS2), positionnement, navigation et synchronisation (Galileo, EGNOS et système de positionnement, de navigation et de synchronisation en orbite terrestre basse), connaissance de la situation spatiale, opérations et services dans l’espace, observation de la Terre à très haute résolution et à haute fréquence de revisite, renseignement, surveillance, reconnaissance, systèmes d’alerte rapide en matière de missiles et robotique.
Les investissements publics sont nécessaires dans un secteur aussi stratégique et souverain, mais l’Union devra aussi, en coopération avec les États membres, renforcer et intensifier les conditions-cadres du marché unique afin d’augmenter les investissements privés dans de nouvelles installations de fabrication et chaînes d’approvisionnement de l’Union dans des lieux stratégiques, en veillant à ce que les États membres coopèrent plus étroitement pour mettre au point des satellites, des véhicules de lancement, des robots et du matériel au sol sûrs (y compris des antennes, des terminaux utilisateurs et d’autres technologies critiques).
Pour y parvenir, il faudra adopter largement les systèmes de fabrication avancée, en recourant à la robotique, à l’intelligence artificielle et à l’automatisation, afin de garantir une production intelligente et efficace et de rester compétitif à l’échelle mondiale, sans aucune dépendance. En outre, l’intégration de jumeaux numériques, la simulation et la modélisation sont des éléments clés pour la conception, la réalisation d’essais et l’optimisation de la construction de satellites et de véhicules spatiaux, ainsi que pour la planification de missions spatiales complexes. Cette approche est essentielle pour éviter les difficultés rencontrées par l’industrie automobile, qui, malgré des volumes de production élevés, s’est retrouvée dans une situation problématique en raison de pratiques de fabrication peu compétitives, de coûts de main-d’œuvre élevés et de cycles de développement trop longs.
Pour tirer parti de ces nouveaux débouchés, le secteur spatial commercial de l’Union doit stimuler l’innovation 33 et la croissance économique, tout en préservant son autonomie grâce à la mise au point de satellites souverains, compétitifs et indépendants et de capacités de lancement qui répondent efficacement aux demandes actuelles et futures du marché.
| Encadré 7 — Actions prévues |
| La Commission, en concertation avec les États membres, facilitera l’expansion et la modernisation des installations de fabrication et d’essai dans l’ensemble de l’Union, conformément aux règles en matière d’aides d’État. |
| La Commission, en concertation avec les États membres et l’ESA, poursuivra et augmentera les investissements dans les technologies satellitaires de nouvelle génération (satellites définis par logiciel, satellites quantiques, satellites de navigation commerciaux, cybersécurité des satellites, etc.), au moyen d’une combinaison de subventions en faveur de la recherche et du développement, de marchés publics et d’investissements privés. |
| La Commission mettra en place un accélérateur de fabrication «Cassini» proposant des services de conseil à l’industrie spatiale pour l’optimisation des procédés de fabrication, la logistique et les stratégies d’approvisionnement. |
Accès à l’espace
L’accès européen à l’espace est un élément stratégique qui est essentiel à la liberté d’action de l’Europe dans l’espace. Il permet le déploiement autonome et sûr de moyens spatiaux qui soutiennent un large éventail d’activités économiques, sociales, environnementales et de sécurité, dans l’intérêt de la société. Obtenir un accès européen autonome, fiable et rentable à l’espace relève donc de la responsabilité collective de tous les acteurs publics européens, parallèlement aux initiatives du secteur privé visant à renforcer la compétitivité et la résilience des services de transport spatial européens.
Les lanceurs opérationnels mis au point par l’ESA, à savoir Ariane 6 et Vega C, continueront de jouer un rôle essentiel dans les années à venir. De nouvelles solutions de transport spatial en cours d’élaboration par des acteurs privés renforceront l’accès européen à l’espace. Ces solutions sont susceptibles de réduire les coûts de lancement et d’ouvrir la voie à de nouveaux services plus souples. Elles sont nécessaires pour répondre à l’évolution de la demande commerciale et institutionnelle, qui devrait augmenter dans les années à venir, notamment en matière de sécurité et de défense.
L’Union joue un rôle essentiel pour garantir cet accès, en facilitant la concentration des besoins du secteur public en matière de services de lancement et en favorisant la création d’une industrie du lancement forte, compétitive et résiliente, en mesure de fournir des services durables et tournés vers l’avenir. La Commission entend consolider la demande de services de lancement émanant de divers acteurs publics, afin d’offrir au secteur des perspectives sur le marché institutionnel et d’encourager la création de nouvelles solutions répondant aux besoins actuels et à venir. Toutefois, l’accès à l’espace présuppose une activité économique durable, dans l’orbite terrestre et au-delà, pour répondre à sa finalité intrinsèque.
La concurrence mondiale féroce, associée à une demande captive et à des incertitudes géopolitiques, met en évidence la nécessité impérieuse de renforcer les capacités de transport spatial autonomes, résilientes et compétitives de l’Europe. Le secteur public européen s’éloigne progressivement du modèle de systèmes de lancement mis au point par les acteurs publics, au profit d’une approche axée sur les services et la passation de marchés avec des clients stratégiques.
L’Europe doit remédier de toute urgence à l’écart croissant en matière de services de lancement pour les opérateurs de satellites commerciaux. Les capacités européennes doivent être au service d’un éventail plus large de missions, réduire les coûts de lancement et renforcer leur position sur le marché mondial, tout en ouvrant des perspectives sur les marchés émergents.
L’accès à l’espace et la création de solutions de lancement, du concept à la commercialisation, nécessitent la mise en place d’un ensemble complet d’instruments, tels que des prix, des subventions et des mécanismes de passation de marchés de solutions innovantes.
La Commission et l’ESA examinent actuellement la manière de définir une vision à long terme de l’accès à l’espace permettant de faciliter la collaboration, de déterminer les possibilités de coopération et de définir des actions concrètes de manière coordonnée et complémentaire.
| Encadré 8 — Actions prévues |
| La Commission, en concertation avec les États membres et l’ESA, proposera une vision à long terme du transport spatial européen. |
| Dans le cadre de la révision en cours des directives sur les marchés publics et conformément à la boussole pour la compétitivité, la Commission définira des conditions favorisant la préférence de l’Union en matière d’accès à l’espace, tout en garantissant le recours à une procédure concurrentielle pour la passation de marchés de services de lancement institutionnels de l’Union, y compris par l’agrégation et la passation conjointe de marchés. |
| La Commission, en coopération avec les États membres et l’ESA, contribuera au maintien, à la sécurisation et à l’accroissement des capacités des infrastructures terrestres (dont les installations d’essai et de lancement), afin de renforcer l’autonomie globale, la résilience et la compétitivité de l’accès de l’Union à l’espace. |
| La Commission, en coopération avec les États membres et l’ESA, contribuera à accélérer les accès futurs aux solutions spatiales, par exemple par la réutilisabilité. |
Infrastructure numérique pour l’espace
À mesure que les systèmes spatiaux évoluent, les innovations technologiques des industries numériques, telles que l’intelligence artificielle (IA), l’apprentissage automatique, les technologies quantiques, l’informatique en nuage et de périphérie, la connectivité et l’interopérabilité, sont de plus en plus adoptées dans le secteur spatial. Le passage au numérique révolutionne la manière dont les missions spatiales sont conçues, exploitées et optimisées. L’Union doit donner la priorité à la création d’une infrastructure numérique solide pour soutenir ces avancées.
Le volume croissant de données satellitaires renforce encore ce besoin. Il nécessitera une capacité de stockage nettement plus importante, l’accès au calcul à haute performance, des capacités de traitement plus rapides, et un accès plus efficace à l’interface de programmation des applications pour la diffusion et l’analyse des données. Une partie de ces données est gérée par des centres de données traditionnels, mais un nombre croissant d’entre elles est déjà transféré vers des plateformes en nuage, ce qui permet d’accroître l’extensibilité, la flexibilité et l’accessibilité en temps réel pour répondre aux besoins des applications spatiales modernes. Une initiative remarquable à cet égard est l’écosystème d’espaces de données Copernicus, une plateforme européenne en nuage qui offre des capacités de stockage et de traitement pour un large éventail d’applications, et qui est utilisée par plus de 380 000 utilisateurs enregistrés dans le monde entier.
La numérisation des infrastructures du segment terrestre est essentielle à la prise en charge de la prochaine génération de satellites, tels que les satellites définis par logiciel et les constellations à grande échelle. Ces satellites modernes, très dynamiques et reprogrammables, nécessitent une communication flexible en temps réel avec les systèmes au sol. Seules des infrastructures numériques, compatibles avec l’informatique en nuage et virtualisées peuvent fournir ces capacités. La numérisation totale du segment terrestre permet une automatisation, une extensibilité rapide et une réactivité en temps réel qui sont essentielles pour gérer des mises à jour logicielles fréquentes, des reconfigurations en orbite et des missions de plus en plus complexes. Elle permet également une intégration harmonieuse avec l’analyse fondée sur l’IA, renforce les mesures de cybersécurité et garantit l’interopérabilité sur un large éventail de plateformes satellitaires. Dans ce contexte, la numérisation du segment terrestre n’est pas une simple mise à niveau, mais une nécessité fondamentale pour les systèmes spatiaux à venir et pour répondre aux besoins d’une économie spatiale évolutive et à forte intensité de données.
En outre, grâce à de puissants processeurs embarqués, le traitement du signal peut désormais avoir lieu directement sur le satellite (transpondeur régénératif). De plus en plus, les satellites deviennent des nœuds de l’infrastructure d’information mondiale, et sont en mesure de constituer un réseau spatial de traitement de données capable de traiter de grandes quantités d’informations directement en orbite, sans recourir à aucune infrastructure au sol.
Pour garantir un stockage, une disponibilité et une protection efficaces du volume croissant de données spatiales, il est indispensable de disposer de capacités d’informatique en nuage et de périphérie sûres, souveraines et modulables. Une grande partie de ces données est actuellement conservée et traitée sur des plateformes en nuage de pays tiers. Le futur acte législatif sur le développement de l’informatique en nuage et de l’IA 34 devrait au moins tripler la capacité des centres de données de l’Union au cours des cinq à sept prochaines années. Il devrait également renforcer la disponibilité et l’utilisation de services en nuage hautement sécurisés établis dans l’Union et réduire les dépendances externes. Il convient que ces plateformes offrent un accès en temps réel et une extensibilité et qu’elles soient optimisées pour répondre aux besoins des systèmes spatiaux modernes, y compris des constellations à grande échelle et des satellites définis par logiciel.
L’acte législatif sur le développement de l’informatique en nuage et de l’IA s’accompagnera d’une politique unique en matière d’informatique en nuage, applicable aux administrations publiques et aux marchés publics à l’échelle de l’Union, qui guidera les pouvoirs publics dans leurs décisions concernant les marchés publics et leur donnera les moyens d’utiliser leur pouvoir d’achat de manière plus stratégique. Il est indispensable de tirer parti de ces évolutions en cours afin d’améliorer la compétitivité des solutions de l’Union en matière de stockage, de traitement et d’analyse des données spatiales provenant de fournisseurs mondiaux.
Au-delà de l’informatique en nuage et de périphérie, les espaces de données de l’Union sont essentiels pour permettre un partage fiable et souverain des données satellitaires entre les pouvoirs publics, les instituts de recherche et les acteurs commerciaux, dans des cadres de gouvernance clairs. Parallèlement, les laboratoires de données joueront un rôle important en constituant des environnements collaboratifs sûrs dans lesquels les chercheurs, les développeurs et les entreprises pourront réaliser des expérimentations avec les données spatiales, former des modèles d’IA et mettre au point de nouvelles applications.
| Encadré 9 — Actions prévues |
| La Commission, au moyen de son acte législatif sur le développement de l’informatique en nuage et de l’IA, et de la politique en matière d’IA qui en découlera, encouragera la mise en place de solutions en nuage souveraines en matière de données spatiales, afin de réduire la dépendance à l’égard de plateformes de pays tiers pour le stockage, le traitement et la diffusion des données satellitaires et de renforcer la compétitivité des solutions de l’Union. |
| Dans ses politiques en matière de numérisation et les plans d’action s’y rapportant, la Commission appuiera la modernisation des segments terrestres en poursuivant la transition vers des infrastructures numériques, compatibles avec l’informatique en nuage et virtualisées, y compris les antennes, les émetteurs et récepteurs radio, les équipements de traitement des signaux, les systèmes de contrôle des missions, les liaisons réseau, les salles de contrôle et les interfaces de surveillance. |
| Dans le cadre de ses politiques en matière de numérisation et du plan d’action s’y rapportant, et en s’appuyant notamment sur les fabriques d’IA de l’Union, la Commission mettra en place des espaces et des laboratoires de données spatiales pour: – faciliter le partage sécurisé des données satellitaires entre les pouvoirs publics, les instituts de recherche et les acteurs commerciaux; – soutenir la création de laboratoires de données spatiales afin de fournir un environnement collaboratif permettant aux chercheurs, aux développeurs et aux entreprises de réaliser des expérimentations avec les données, de former des modèles d’IA et de mettre au point de nouvelles applications. |
3.2.SERVICES SPATIAUX
Une part importante de la croissance de l’économie spatiale mondiale proviendra des données, produits et services spatiaux en aval. Au-delà de leurs répercussions économiques, les technologies et services spatiaux sont essentiels à la sécurité, à la résilience et la sûreté des citoyens, à l’échelon national et de l’Union. S’appuyant sur une infrastructure physique et numérique solide, la présente section examine la manière d’optimiser l’utilisation des services spatiaux, y compris les services d’observation de la Terre, de navigation, de communications et de connaissance de la situation spatiale, afin de répondre efficacement à l’évolution des besoins des utilisateurs finaux publics et privés dans de nombreux secteurs économiques.
La connectivité par satellite, qui sera encore augmentée grâce à IRIS2, continue de jouer un rôle de plus en plus important dans la convergence des réseaux non terrestres avec les infrastructures terrestres. La fourniture de services d’internet à haut débit et de services de réseau de collecte est essentielle pour connecter les zones reculées et pour que l’Union soit en mesure de réagir efficacement aux situations d’urgence, de protéger sa souveraineté numérique et de soutenir son autonomie, sa compétitivité et sa croissance économique. La connectivité par satellite est incluse dans une partie des normes 5G et bénéficiera d’une prise en charge native par la 6G, qui devrait être normalisée d’ici à 2030.
Les systèmes spatiaux de l’Union (Copernicus, Galileo et EGNOS) sont déjà intégrés dans les activités de presque tous les secteurs clés: sécurité et défense, transports, énergie, agriculture, gestion des situations d’urgence et aide humanitaire, surveillance de l’environnement et du climat, urbanisme, etc. Toutefois, le plein potentiel économique de leurs données et services reste inexploité en raison d’un accès fragmenté, de normes incohérentes, d’une intensification de la concurrence à l’extérieur de l’Europe et d’obstacles réglementaires. En outre, la résilience de ces systèmes est essentielle pour garantir la continuité des services dans les secteurs critiques clés. En ce qui concerne la navigation par satellite, le renforcement du système Galileo par une composante de positionnement, de navigation et de synchronisation (PNS) en orbite terrestre basse permettra à ces secteurs clés d’exploiter pleinement les services de PNS. Dans le même ordre d’idées, la résilience des systèmes d’observation de la Terre sera renforcée par un futur service gouvernemental en la matière, qui fournira des données d’intelligence géographique. Enfin, le système de connectivité sécurisée IRIS² renforcera la résilience des autres systèmes spatiaux en créant une liaison de données sécurisée entre plusieurs satellites. Plus important encore, l’exploitation ininterrompue, l’évolution et la mise à niveau continues des systèmes Copernicus et Galileo/EGNOS demeurent une priorité absolue dans le cadre juridique qui régira ultérieurement ces systèmes.
Pour relever ces défis et tirer pleinement parti des avantages des services spatiaux, l’Union doit adopter une approche stratégique axée sur l’utilisateur, qui aligne les infrastructures, l’innovation et la politique sur les besoins propres aux utilisateurs finaux. Une attention particulière doit être accordée au domaine de la sécurité et de la défense, avant d’être étendue à d’autres domaines essentiels tels que l’énergie, la préparation aux crises et la gestion des crises, les transports, les infrastructures critiques, le climat et l’agriculture.
L’espace pour la sécurité et la défense
L’importance stratégique du secteur spatial pour l’économie au sens large est l’une des principales raisons pour lesquelles de nombreux pays investissent des milliards dans les infrastructures spatiales, qui intègrent des objectifs militaires, de sécurité, socio-économiques et technologiques. Historiquement, les investissements dans l’espace ont été motivés par la demande des pouvoirs publics et des forces armées. Les tendances récentes indiquent que cette dynamique s’intensifie, avec une augmentation notable des investissements militaires dans l’espace. En outre, la distinction entre les programmes de dépenses dans le domaine spatial à visée commerciale, civile et militaire est floue.
En réponse à la montée des tensions géopolitiques, les puissances spatiales ne cessent de mettre en place des constellations de satellites à des fins gouvernementales et militaires, en appui aux activités de communication, de suivi de missiles et d’appréciation de la situation en temps réel lors d’opérations militaires. Le secteur spatial commercial joue un rôle de plus en plus central dans la mise en œuvre de ces capacités. Toutefois, dans l’Union, l’absence d’approche unifiée des dépenses publiques dans le domaine de l’espace et de la défense a entraîné une fragmentation industrielle persistante 35 . Cette situation, conjuguée à une demande publique limitée, a contribué à créer un déficit de capacités dans des domaines clés tels que le renseignement, la surveillance et la reconnaissance, qui a rendu l’Union dépendante de fournisseurs de pays tiers pour certains services de défense critiques. Pour combler ces déficits, il faudra un effort stratégique coordonné entre les États membres de l’Union, les acteurs de la défense et les parties prenantes de l’industrie spatiale. Le recensement des capacités existantes et manquantes constitue une étape nécessaire à la mise en place d’un écosystème spatial et de défense de l’Union plus autonome et plus résilient.
La participation croissante des acteurs commerciaux du domaine spatial aux conflits géopolitiques a suscité de fortes réactions de la part des nations spatiales. Certaines ont menacé de cibler et de détruire des satellites. Cette situation met en évidence la vulnérabilité croissante des infrastructures spatiales aux attaques cinétiques et aux cyberattaques, qui peuvent avoir des effets dévastateurs à long terme sur l’économie 36 et les civils. La recrudescence récente des cyberattaques contre les systèmes satellitaires accroît l’urgence de renforcer la résilience et la sécurité des moyens spatiaux de l’Union face à toute forme d’attaque, y compris les attaques hybrides, les attaques de missiles et les cyberattaques, par le passage à une architecture à vérification systématique pour la cybersécurité des satellites et de l’espace et par la capacité de remplacer rapidement les moyens spatiaux (moyens de secours). En outre, les interférences électromagnétiques (naturelles, du fait d’éruptions solaires par exemple, ou anthropiques, comme le brouillage et l’usurpation de signaux) compromettent la sécurité des services de transport européens, notamment aériens et maritimes, et peuvent nuire au bon fonctionnement et à la sécurité des infrastructures critiques européennes. Ces interférences préjudiciables aux États membres de l’Union s’intensifient depuis le début de la guerre menée par la Russie en Ukraine. Les mesures prises par des régimes adverses présentent un risque de dommages pour différents secteurs: aviation, transports maritimes et terrestres, télécommunications, agriculture et autres. Des contre-mesures et des investissements de l’Union sont nécessaires pour protéger les infrastructures et de nombreux acteurs économiques.
Dans le contexte géopolitique actuel et compte tenu des capacités militaires disponibles, la préparation en matière de défense est impossible sans la préparation dans l’espace. Par conséquent, il sera essentiel de mettre au point des systèmes de résilience pour renforcer la sûreté et la sécurité des systèmes spatiaux existants de l’Union, ainsi que le fonctionnement ininterrompu des services spatiaux essentiels dans les secteurs civils, tels que les transports, l’énergie et la réaction d’urgence. Ces capacités spatiales renforcées, essentielles à la préparation de la défense dans les guerres modernes, comprendraient donc:
·des données d’intelligence géographique provenant de l’espace, accompagnées de capacités d’imagerie à très haute résolution fonctionnant par tous les temps et dotées d’une fréquence de revisite élevée, idéalement 30 minutes;
·une connectivité par satellite hautement sécurisée et résiliente;
·des services sécurisés de positionnement, de navigation et de synchronisation de haute précision, capables de résister au brouillage et à l’usurpation de signaux.
Certains de ces services spatiaux, essentiels à la préparation de la défense, existent à l’échelon national. Certains services et certaines données peuvent être fournis par des prestataires commerciaux. Toutefois, ces derniers n’ont pas l’envergure nécessaire pour répondre aux besoins collectifs de l’Europe, et leurs services ne sont pas nécessairement interopérables, ce qui entraîne une perte d’efficacité du point de vue de leur champ d’application, au regard des menaces qui pèsent à l’échelle européenne.
Il est donc devenu évident que, pour être résilients, nous devons accroître les capacités de défense pour l’espace, mais aussi les capacités de l’espace pour la défense, par l’utilisation des systèmes existants et la mise au point de nouveaux systèmes qui fourniront les capacités spatiales les plus avancées à l’échelon de l’Union.
| Encadré 10 — Actions prévues |
| La Commission, en coopération avec les États membres, réalisera un recensement des lacunes en matière de capacités commerciales spatiales à des fins de défense, conformément à l’approche plus large adoptée pour la préparation de la défense. |
| La Commission, en coopération avec les États membres, encouragera la demande publique de services à double usage et des technologies s’y rapportant par l’agrégation et la passation conjointe de marchés, et par la conclusion de contrats de location avec des clients stratégiques. |
| La Commission poursuivra et renforcera sa politique de «sécurité dès la conception» pour la mise au point de ses systèmes spatiaux et la fourniture des services qui en découlent, en intégrant le principe du double usage. |
| La Commission, en coopération avec les États membres et l’ESA, étudiera les possibilités liées aux systèmes spatiaux à double usage augmentés, à savoir le service gouvernemental d’observation de la Terre, le positionnement, la navigation et la synchronisation en orbite terrestre basse, IRIS², la surveillance des interférences électromagnétiques et la connaissance de la situation spatiale. |
L’espace pour l’énergie
Les données satellitaires jouent un rôle de plus en plus indispensable dans la transition énergétique. Elles facilitent la planification des énergies renouvelables en permettant de prévoir la production solaire et éolienne, d’optimiser la sélection des sites et de suivre les performances des infrastructures. Ainsi, les données Copernicus sont utilisées par les opérateurs dans l’ensemble de l’Union pour anticiper les ruptures d’approvisionnement et gérer l’équilibrage du réseau face aux risques liés au climat. Des solutions de connectivité fondées sur IRIS² pour les infrastructures énergétiques (les réseaux intelligents, par exemple) et d’autres infrastructures critiques seront évaluées. L’Agence internationale de l’énergie estime que les données satellitaires peuvent permettre une réduction des coûts de planification des infrastructures renouvelables pouvant atteindre 50 % 37 . Alors que l’Europe accélère sa transition vers une énergie propre, il est essentiel d’exploiter pleinement le potentiel des services par satellite pour garantir la résilience, l’efficacité et la durabilité du secteur de l’énergie.
L’espace pour la préparation aux crises et la gestion des crises
Les technologies spatiales sont essentielles pour renforcer les capacités de l’Union en matière de préparation et de réaction aux crises. La stratégie pour une union de la préparation souligne que des services tels que le service Copernicus de gestion des urgences et Galileo fournissent des données permettant d’apprécier la situation en temps réel, des alertes précoces et des services de communication fiables en cas de défaillance des réseaux terrestres. Ces capacités sont indispensables pour coordonner les interventions d’urgence, atténuer les conséquences des catastrophes naturelles ou d’origine humaine et assurer la protection des civils, notamment en permettant d’accéder en temps utile aux informations spatiales d’alerte précoce pour diffuser directement des messages d’alerte à la population.
À titre d’exemple, le déploiement d’IRIS² appuiera la mise en place du système de communication critique de l’UE, qui permettra de transmettre des communications essentielles à la mission des autorités publiques chargées de la sécurité et de la sûreté dans l’ensemble de l’Union et de l’espace Schengen. Le programme IRIS² jouera un rôle crucial dans l’extension de la couverture du système de communication critique de l’UE dans les zones dépourvues de réseau mobile terrestre et dans l’amélioration de sa résistance en cas de perturbations causées par des aléas naturels ou des interférences malveillantes. En appui à cette initiative, le schéma directeur en matière de cybersécurité traitera des questions de préparation et de réponse aux crises de cybersécurité dans l’ensemble des secteurs, telles que la nécessité d’améliorer le partage de l’appréciation de la situation entre les États membres et les entités de l’Union, y compris lorsque l’architecture de réaction aux menaces spatiales est utilisée.
L’espace pour les transports
L’Union joue un rôle de premier plan dans le couplage des transports et de l’espace. La météorologie opérationnelle, le positionnement, la navigation et la synchronisation, ainsi que la connectivité sécurisée constituent des systèmes essentiels pour tous les modes de transport: aviation civile (approches et choix des itinéraires, par exemple), transport maritime (navires connectés/automatisés), transport routier (véhicules autonomes) et transport ferroviaire (système européen de gestion du trafic ferroviaire). Le plan d’action industriel en faveur du secteur automobile européen préconise que les logiciels et équipements automobiles soient conçus de manière à utiliser les données et les services spatiaux de navigation, de positionnement de haute précision, d’observation de la Terre et de connectivité sécurisée (fournis respectivement par les systèmes Galileo/EGNOS, Copernicus et bientôt IRIS²). Le programme IRIS² sera inclus dans les plans directeurs dans le domaine des transports pour l’aviation, le transport maritime et le transport ferroviaire.
Le rôle essentiel des services spatiaux dans les transports nécessite que ces systèmes soient protégés contre les aléas naturels et les autres menaces. Par conséquent, l’Union élaborera des solutions de surveillance des interférences électromagnétiques, qui produiront des rapports et des cartes à partir du traitement de données provenant de différentes sources, telles que des données ouvertes, des capteurs au sol et des satellites (commerciaux et détenus par l’Union), afin d’avertir en temps utile les communautés d’utilisateurs de l’incidence sur les signaux de PNS. En outre, l’Union renforcera la résilience et la robustesse de ses systèmes et services spatiaux par l’introduction d’une composante complémentaire fonctionnant en orbite terrestre basse (LEO-PNS) et capable de fournir des services de PNS avec une résistance bien meilleure aux interférences, ce qui constitue un avantage direct pour les transports. De même, le relais de données effectué par le système de connectivité sécurisée IRIS² renforcera la résilience des différents modes de transport et infrastructures (dont le transport ferroviaire, le transport maritime, l’aviation civile et les ports) et favorisera le fonctionnement continu et sûr de ces infrastructures critiques.
L’espace pour les infrastructures critiques
Les systèmes spatiaux apportent un soutien essentiel aux infrastructures critiques de l’Union. L’observation de la Terre aide à surveiller les corridors de transport, les oléoducs/gazoducs et les ports en détectant les anomalies et les premiers signes de dégradation. En ce qui concerne la navigation par satellite, l’application Greenlane Galileo a permis une circulation transfrontalière efficace des biens essentiels pendant la pandémie de COVID-19. Les systèmes Galileo et EGNOS renforcent également la sécurité et l’efficacité des transports. Les communications par satellite assurent la continuité du service lorsque les systèmes terrestres sont compromis.
Les opérateurs de différents secteurs s’appuient de plus en plus sur les services satellitaires pour les infrastructures critiques (telles que les installations nucléaires ou de production d’énergie). Dans les zones urbaines, les services d’observation de la Terre par satellite appuient les stratégies d’adaptation au changement climatique en détectant les îlots de chaleur, les changements d’affectation des sols et les problèmes de gestion de l’eau. Le déploiement d’IRIS² renforcera encore les infrastructures critiques de l’Union en offrant une connectivité résiliente et sûre, en particulier dans les régions déconnectées ou touchées par des catastrophes. En outre, ce déploiement doit être compatible avec l’intégration des réseaux 5G et 6G (terrestres et non terrestres). À cet effet, il convient de coordonner la normalisation avec 3GPP, ce qui est fondamental pour garantir l’interopérabilité, l’extensibilité et la sécurité des réseaux intégrés terrestres et non terrestres. Le portefeuille de projets de l’entreprise commune «Réseaux et services intelligents», l’initiative de l’Union en matière de recherche et d’innovation dans le domaine de la 6G, comprend déjà un certain nombre de projets d’intégration des réseaux terrestres et non terrestres.
L’espace pour l’environnement et le climat
Les satellites d’observation de la Terre sont indispensables à la protection de l’environnement, aux sciences climatiques, aux stratégies de résilience et à l’adaptation au changement climatique. Ils apportent aux décideurs politiques des données précises et en temps réel sur la déforestation, la qualité de l’air et de l’eau, les niveaux de pollution, les fuites de méthane, les modes d’utilisation des sols, ainsi que des paramètres utiles aux modélisations climatiques et aux évaluations des tendances. La stratégie pour la résilience dans le domaine de l’eau 38 présente une application concrète de ces satellites, à savoir la mise en place d’un «guichet unique» des produits d’observation de la Terre utiles à la gestion de l’eau, qui vise à rassembler les données, produits et outils de Copernicus liés à l’eau et à faciliter l’accès à ces données et leur utilisation. Associé à d’autres services existants tels que le réseau européen d’observation et de données du milieu marin, l’initiative «Destination Terre» et le «jumeau numérique de l’océan», Copernicus fournit des services de haute qualité à l’échelle mondiale pour évaluer l’état de l’océan, favorisant ainsi la bonne santé de celui-ci au bénéfice d’une économie bleue durable. En outre, Copernicus réduit l’incidence des transports sur le climat, en permettant par exemple d’étudier la formation des traînées de condensation dans le secteur de l’aviation. Ces informations servent à l’élaboration de législations en matière de gouvernance environnementale, de décarbonation et d’atténuation du changement climatique, à partir de données probantes. Les systèmes Galileo et EGNOS améliorent la précision des enquêtes, ce qui permet d’augmenter l’efficience des routes maritimes ou aériennes, de prévoir plus précisément les conditions météorologiques, de surveiller la biodiversité et de lancer des alertes rapidement en cas de catastrophe naturelle. Dans l’ensemble, ces systèmes aident l’Union à atteindre les objectifs du pacte vert et du pacte pour une industrie propre, à savoir soutenir la décarbonation de l’industrie et conserver un rôle de premier plan à l’échelon mondial dans l’action pour le climat, grâce aux solutions d’adaptation proposées (une évaluation européenne des risques climatiques plus large et plus précise ou la modélisation de scénarios d’adaptation, par exemple) et à des capacités supplémentaires (pour la détection de la modification du rayonnement solaire, par exemple).
L’espace pour l’agriculture
L’utilisation croissante de l’espace dans l’agriculture soutient différents services qui favorisent une utilisation efficace des ressources et leur durabilité. L’agriculture de précision fondée sur des données spatiales optimise l’efficacité des exploitations. Les données intelligentes permettront d’adopter le principe «faire mieux avec moins», étant donné que l’agriculture serait en mesure d’utiliser moins de carburant, d’eau et de produits chimiques. Les prévisions en matière d’alimentation et de cultures qui reposent sur l’observation de la Terre favorisent la sécurité alimentaire et les investissements. Le développement rural durable s’appuie sur les informations spatiales relatives aux différents paramètres environnementaux.
Selon l’initiative «Vision pour l’agriculture et l’alimentation», l’intégration de la technologie satellitaire entraîne une meilleure utilisation des ressources, une réduction des coûts des intrants et une amélioration de la durabilité. Ainsi, la continuité et l’évolution des moyens spatiaux de l’Union, tels que Copernicus et Galileo, favoriseront davantage la simplification et la compétitivité. L’ajout d’une composante LEO-PNS au système Galileo améliorera également l’efficacité des services de navigation à haute précision, qui sont essentiels pour l’agriculture. En outre, les technologies de partage des données pourraient réduire les formalités administratives, en offrant des possibilités de déclaration automatisées plus rationalisées.
Stimuler les services spatiaux et la simplification
Outre les cas d’utilisation de l’espace dans les domaines susmentionnés, il est impératif d’encourager l’utilisation de moyens génériques qui soutiennent davantage l’adoption de solutions spatiales sur le marché de manière horizontale. Il peut s’agir de systèmes de passation de marchés de solutions innovantes ou de labels de qualité. L’utilisation des données satellitaires et des applications spatiales peut également contribuer aux initiatives de simplification en cours, en particulier dans le domaine de la communication d’informations. La Commission continuera d’étudier la manière de déployer tous les outils disponibles à cette fin.
| Encadré 11 — Actions prévues |
| La Commission aura recours à des marchés de solutions innovantes concernant l’espace, en appliquant notamment des stratégies dans ce domaine qui permettent aux pouvoirs publics d’acheter des données et des services spatiaux, à l’aide d’un système d’achat dynamique qui regroupe les demandes des pouvoirs publics et allège les lourdes procédures de passation de marchés à l’échelon local et régional au moyen d’une démarche centralisée simple. Cela permettra de faciliter et d’accélérer l’achat de solutions spatiales en aval qui répondent aux problématiques du secteur public, tout en contribuant à augmenter la demande de données et de services spatiaux dans l’Union. |
| La Commission lancera le programme «Make it with Space» pour aider: i) les utilisateurs qui achètent des données et des services spatiaux; et ii) les entreprises en aval de la filière spatiale de l’Union, au stade final de la commercialisation. Cette initiative sera axée sur la stimulation de la demande de données spatiales et de services en aval dans les secteurs non spatiaux, au moyen d’un mécanisme de financement spécifique de l’Union permettant à de nouveaux utilisateurs de tester, d’évaluer et de mettre en œuvre des solutions spatiales dans leurs procédés opérationnels, de manière à accroître leur efficacité, leur durabilité et leur résilience, tout en évitant les distorsions de concurrence. |
| La Commission œuvrera en faveur de l’intégrité et de la qualité des données et services spatiaux en aval: elle étudiera les possibilités de normalisation et d’élaboration d’un label de qualité afin de garantir la fiabilité, la sécurité et la précision des données et services spatiaux, dans le but de renforcer la demande de services spatiaux dans des domaines plus sensibles. L’intégrité des données et services spatiaux pour les utilisateurs finaux tiendra compte de l’augmentation des cybermenaces due à l’évolution du contexte géopolitique. |
| La Commission étudiera des solutions pour la protection et la sécurité des systèmes spatiaux, y compris un système de surveillance des interférences électromagnétiques générant en temps utile des informations relatives à l’incidence sur les systèmes spatiaux, à l’appui des autorités compétentes. |
| La Commission intégrera les solutions spatiales dans les politiques sectorielles de l’Union: en s’appuyant sur des solutions couronnées de succès, telles que e-Call 39 et le numéro 112, l’Union s’efforcera d’intégrer les solutions spatiales dans diverses politiques, y compris les aspects liés à la fabrication (les normes, l’interopérabilité et les terminaux utilisateurs, par exemple) et les aspects liés aux services (les démonstrations et les projets pilotes associant les communautés d’utilisateurs, par exemple). |
| La Commission augmentera l’adoption par les utilisateurs en facilitant la coopération avec les administrations nationales, au moyen de programmes nationaux de collaboration, et en encourageant l’intégration des données Copernicus dans les processus décisionnels afin d’optimiser les avantages des services Copernicus pour les politiques nationales et de réduire la charge administrative, notamment dans des domaines tels que le changement climatique, l’atmosphère et les environnements marin et terrestre. |
3.3.APPRÉHENDER L’ACTIVITÉ ÉCONOMIQUE DANS L’ESPACE
En vertu de l’article 189 du TFUE, l’Union peut élaborer des politiques et des stratégies dans le domaine spatial afin de favoriser la coopération, le progrès technologique et l’utilisation pacifique de l’espace extra-atmosphérique. Les activités spatiales nécessitent souvent une coopération multinationale et multipartite. L’Union peut donc: i) encourager et soutenir la démarche collaborative inhérente aux activités de l’économie spatiale, y compris les activités dans l’orbite terrestre et au-delà; et ii) intégrer et coordonner les activités spatiales entre les États membres, ce qui réduit les doubles emplois et améliore l’efficience et l’efficacité globales des initiatives liées à l’espace.
L’activité économique dans l’espace se subdivise globalement en deux segments principaux: les activités dans l’orbite terrestre et les activités au-delà de l’orbite terrestre, notamment cislunaires et lunaires. À l’heure actuelle, l’activité dans l’orbite terrestre repose principalement sur l’industrie des satellites, qui promeut des pratiques plus durables, en déplaçant la production de la Terre vers l’environnement orbital. L’économie cislunaire et lunaire est axée sur des activités telles que l’exploration, l’exploitation minière, l’extraction et l’utilisation des ressources, le développement des infrastructures et la mise en place de chaînes logistiques et d’approvisionnement essentielles pour les missions commerciales et scientifiques à venir.
L’intérêt scientifique, stratégique, militaire, économique et politique que présente l’exploration lunaire a incité les grandes nations spatiales, en particulier les États-Unis et la Chine, à investir de manière considérable dans la robotique, les lanceurs lourds, le fret et les équipages, ainsi que les infrastructures lunaires. Ces deux nations ont consolidé leur position de leader par des partenariats internationaux et en faisant progresser leurs programmes de stations de recherche lunaires. Parmi les 55 partenaires mondiaux qui ont signé les accords Artemis sous l’égide des États-Unis, on compte 21 États membres de l’Union, ce qui témoigne de l’importance croissante attachée, dans l’Union et dans le reste du monde, à l’exploration de la Lune.
Ces évolutions internationales bouleversent le paysage technologique dans l’orbite terrestre. De nombreuses avancées technologiques (les plateformes robotiques, les dépôts de propergol, la fabrication dans l’espace et le recyclage, par exemple) sont à l’origine des mesures visant à réduire les coûts de lancement et à accroître l’efficacité des missions d’exploration cislunaire et planétaire. La durabilité étant devenue un enjeu majeur, on observe également une volonté croissante de veiller à la sécurité des satellites et de déplacer les activités terrestres consommant de l’énergie (le stockage et le traitement des données, par exemple) pour les installer en orbite. Ces tendances s’appuient sur des investissements publics importants. Les programmes d’exploration et les programmes lunaires représentent une part importante des budgets des agences spatiales. Les avancées dans les communications par satellite, l’interopérabilité, la fabrication dans l’espace, les capacités de lancement et les opérations au sol sont liées entre elles.
Opérations et services dans l’espace
La capacité d’intervenir dans l’espace est une capacité indispensable et stratégique pour l’Union en tant que puissance spatiale. Les capacités relatives aux opérations et services dans l’espace (ISOS) concernent de nombreux aspects liés à l’entretien et à la logistique des satellites, tels que l’extension de la durée de vie, la maintenance, la réparation et la modernisation des satellites. Les opérations et services dans l’espace comportent également toute une gamme d’activités nouvelles, telles que l’enlèvement actif des débris, l’assemblage et la fabrication dans l’espace, les plateformes de services robotiques et automatisées, les dépôts de propergol et les infrastructures spatiales de grande taille destinées à des applications particulières (centres de données et récupération d’énergie, par exemple), reliant ainsi les activités depuis une orbite terrestre basse jusqu’à l’espace cislunaire.
Ces services présentent non seulement un vaste potentiel commercial, mais aussi une valeur stratégique essentielle pour les gouvernements, notamment dans des domaines tels que la défense et la maintenance des satellites et moyens spatiaux militaires de l’Union. Ces capacités, qui renforcent la durabilité, l’interopérabilité, la résilience et la sécurité des satellites et des infrastructures de nouvelle génération, constituent les fondements de la future activité économique dans l’espace. Pour préserver son autonomie et sécuriser ses moyens spatiaux, l’Union doit éviter à tout prix de dépendre de pays tiers et investir de manière décisive dans le développement de ses propres capacités ISOS.
À l’avenir, les opérations et services dans l’espace devront s’articuler autour d’applications essentielles qui présentent un intérêt à la fois commercial et stratégique: inspection par satellite, allongement de la durée de vie, ravitaillement, logistique en orbite, maintenance, réparation et modernisation. Il existe d’autres applications, telles que les opérations en fin de vie, l’enlèvement des débris, l’assemblage et la fabrication dans l’espace, la réutilisation et le recyclage des moyens en orbite, et l’entreposage et la manutention des marchandises.
Afin d’accélérer la mise au point et la démonstration de ces services, la Commission a lancé la mission ISOS4I en coopération avec les États membres, les pays de l’Espace économique européen et l’Agence spatiale européenne. Ce projet pilote a pour objectif de faire la démonstration des services essentiels dans l’espace, de stimuler de nouveaux débouchés commerciaux et de jeter les bases d’une infrastructure de service adaptative en orbite. Le projet ISOS4I est conçu pour rester opérationnel au-delà de sa phase de démonstration, de sorte que, à l’horizon 2030, il servira de précurseur à une architecture permanente d’entretien dans l’espace, pleinement intégrée dans l’écosystème spatial de l’Union et capable de fournir des services à la demande aux clients commerciaux et institutionnels, y compris pour les missions phares de l’Union.
La maîtrise des opérations et services dans l’espace permettra en fin de compte de déployer de grandes plateformes spatiales sans équipage qui fonctionneront grâce à la robotique, l’automatisation et l’IA. Ces structures modulaires pourraient être assemblées en orbite et soutenir un large éventail de services, tels que la production d’énergie solaire, le traitement de données dans l’espace (le nuage spatial), l’entreposage et les dépôts de propergol, jetant ainsi les bases d’une présence véritablement autonome de l’Union dans l’espace.
Infrastructures numériques dans l’espace
La transmission, le stockage et le traitement de grandes quantités de données spatiales présentent d’importants défis technologiques et environnementaux. La progression de la numérisation dans l’espace dans le cadre de la transformation des infrastructures et des services spatiaux de nouvelle génération contribuera à la souveraineté en matière de données et renforcera la résilience et l’adaptabilité des initiatives phares de l’Union. En parallèle, elle accroîtra le volume et la prévisibilité de la demande (client stratégique de l’Union) et stimulera la création de nouveaux marchés, ouvrant ainsi la voie à un écosystème spatial plus souple et plus durable. Ce dernier créera à son tour de nouvelles perspectives commerciales pour les acteurs européens, renforçant ainsi la position de puissance spatiale durable de l’Union.
Les fonctions de traitement embarqué par satellite permettent le traitement et l’analyse automatiques de données brutes, ce qui réduit le volume sur la liaison descendante et accroît l’efficacité et la rapidité des opérations. Certains concepts novateurs (comme l’informatique distribuée dans l’espace, qui exploite les ressources de plusieurs satellites et permet la fusion de données au moyen de liaisons entre satellites) améliorent la capacité de calcul et la redondance du système en orbite. Les centres de données spatiaux peuvent devenir une réalité à l’avenir, mais ils dépendent de la maturation des technologies génériques et soulèvent des questions en matière de cybersécurité. Ces centres tireraient parti de l’abondance de l’énergie solaire et des avantages naturels de l’environnement spatial, tels que des besoins en refroidissement moindres. Grâce à des avancées en matière d’assemblage, de maintenance et de traitement en orbite, ils pourraient répondre aux besoins informatiques élevés des applications tant commerciales qu’institutionnelles. Tout cela dépendra de la maturation des technologies génériques (les concepts de gestion thermique, le calcul avancé fondé sur des puces robustes à basse consommation telles que les GPU, les liaisons optiques, les communications sécurisées, les technologies quantiques et la cybersécurité, par exemple) et de l’élaboration de concepts opérationnels, y compris d’éventuelles démonstrations de prototypes.
Exploitation minière et utilisation des ressources
Étant donné que les activités orbitales continuent d’évoluer et sont étroitement liées à des ambitions spatiales plus larges, elles constituent un point pivot évident dans l’économie spatiale mondiale qui s’étend au-delà de l’orbite terrestre. Jusqu’à présent, les États membres de l’Union ont essentiellement manifesté leur intérêt pour l’espace lointain par l’intermédiaire de l’Agence spatiale européenne (ESA), principalement dans le cadre de missions scientifiques visant à améliorer notre compréhension de l’univers. Toutefois, l’exploitation minière dans l’espace et l’utilisation des ressources spatiales suscitent désormais un grand intérêt, à mesure que les puissances spatiales mondiales se lancent dans une course vers la Lune et l’espace lointain.
Selon les estimations, l’utilisation des ressources spatiales devrait générer des recettes de marché de 73 à 170 milliards d’EUR entre 2018 et 2045. Les utilisateurs finaux pourraient économiser entre 54 et 135 milliards d’EUR grâce à une réduction des coûts d’exploration. Les retombées des technologies et des connaissances sont évaluées à environ 2,5 milliards d’EUR sur 50 ans.
La Commission soutiendra les activités préparatoires en matière de recherche et d’innovation (études de concept, mise au point d’instruments scientifiques, d’actionneurs de mécanismes ou de robots coopératifs, prélèvement d’échantillons à des fins d’extraction et d’utilisation des ressources, par exemple). Elle étudiera également le cadre juridique le plus approprié pour l’extraction et l’utilisation des ressources.
| Encadré 12 — Actions prévues |
| En coordination avec l’ESA, la Commission renforcera la coopération en matière d’activité économique dans l’espace avec les États membres de l’Union, concernant notamment les activités spatiales orbitales, cislunaires et lunaires, en appui à l’industrie, à la recherche et au monde universitaire dans l’Union. |
| La Commission, en coordination avec les États membres et l’ESA: – examinera les possibilités de lancement d’une mission pilote ISOS4I d’ici à 2030; – préparera le terrain pour une nouvelle initiative stratégique à l’horizon 2035, portant sur la prestation de services à la demande dans l’espace liés à la maintenance, la modernisation, l’assemblage, la fabrication, la réparation, l’enlèvement, le recyclage et la logistique des satellites et autres objets dans l’espace; et – soutiendra la transformation des infrastructures spatiales pour qu’elles deviennent plus durables, plus évolutives et plus résilientes. |
| La Commission contribuera à la mise au point de la nouvelle génération d’infrastructures spatiales pour les services dans l’espace, en collaboration avec des partenaires partageant les mêmes valeurs. |
| La Commission préparera le terrain et œuvrera en faveur de la maturation des technologies génériques pour les démonstrateurs de centres de données spatiaux et de calcul distribué dans l’espace. |
| La Commission coordonnera, avec les États membres et l’ESA, les activités de recherche relatives aux études sur l’extraction et l’utilisation des ressources, et à la mise au point d’instruments scientifiques ainsi que de robots coopératifs et interopérables, en s’appuyant sur des initiatives pertinentes telles que les partenariats public-privé dans les domaines de l’IA, des données et de la robotique. |
PERSPECTIVES
L’Union dispose d’atouts solides dans les domaines des sciences, de la recherche et des technologies spatiales, des systèmes, des données et des services spatiaux, ainsi que de capacités industrielles de pointe et d’une main-d’œuvre hautement qualifiée. Compte tenu du nouveau paysage de l’économie spatiale, qui voit l’enchaînement rapide d’innovations de rupture, un renforcement des rôles des acteurs gouvernementaux et militaires et l’apparition de nouvelles entreprises spatiales, ces atouts doivent désormais être réalignés au sein de partenariats publics et privés dynamiques qui favorisent l’agilité, la flexibilité, la proactivité et la capacité d’adaptation.
L’expérience tirée du programme NextGenerationEU, telle qu’elle est appliquée au secteur spatial et qui appelle à créer des synergies et à combiner les ressources à l’échelon de l’Union et à l’échelon national, a déjà joué un rôle déterminant dans la valorisation de la participation inclusive de toutes les parties prenantes de l’écosystème spatial, et dans l’adoption et la mise en œuvre de politiques et de programmes servant des objectifs communs. Par conséquent, ce nouveau paradigme de participation et de coopération inclusives devrait être institutionnalisé par la création d’une Équipe Europe concernant l’espace, forum de haut niveau réunissant toutes les parties prenantes de l’écosystème spatial européen: les États membres, la Commission, l’Agence du programme spatial de l’UE, l’Agence spatiale européenne, l’industrie spatiale, les PME et les organismes de recherche. Grâce à ce mécanisme, l’Union dirigera les efforts visant à fédérer l’excellence et les capacités spatiales européennes d’une manière cohérente et efficace.
Dans cette optique, l’outil de coordination de la boussole pour la compétitivité de l’Union, qui permet de coordonner les politiques de l’Union avec les politiques nationales, inclura l’espace dans les domaines clés qui sont considérés comme stratégiques et présentant un intérêt pour l’Union dans son ensemble. L’outil de coordination visera à aligner les politiques et les investissements dans le domaine industriel et de la recherche, à l’échelon de l’Union et à l’échelon national, en vue d’encourager la transformation économique structurelle, la productivité, la croissance à long terme et des emplois de qualité, au bénéfice du marché unique.
L’espace présente un potentiel intrinsèque élevé en matière d’innovation, de décarbonation et de sécurité économique. Il constitue un catalyseur majeur de l’économie, qui génère d’importants investissements publics et privés. Il s’agit donc d’un vecteur essentiel pour la compétitivité de l’Union et, partant, d’un secteur pilote valable pour l’outil de coordination de la compétitivité.
Par conséquent, la Commission, sur avis de l’Équipe Europe concernant l’espace, proposera une méthode spécifique à l’espace qui permettra de suivre sa contribution à la compétitivité de l’Union, ainsi que la part de l’Union dans l’économie spatiale mondiale. Cette méthode s’appuiera sur la coopération permanente avec l’ESA pour ce qui concerne les toutes premières statistiques officielles sur l’économie spatiale européenne. Ces statistiques, dans le cadre des comptes nationaux, peuvent constituer les données scientifiques nécessaires pour étayer des politiques plus ciblées dans le secteur spatial de l’Union.
L’Union doit soutenir de manière décisive la commercialisation, l’innovation et l’industrialisation de son secteur spatial. Cela nécessite de renforcer l’autonomie de la fabrication, d’élargir les contrats avec des clients stratégiques et d’adopter des modèles de passation de marchés de solutions innovantes qui attirent les investissements privés. Ces mesures accéléreront les progrès en matière de capacités spatiales (y compris les missions scientifiques, les systèmes de lancement, les constellations de satellites et la robotique spatiale). Afin de concrétiser cette vision, la Commission associera l’Équipe Europe concernant l’espace à l’élaboration d’un plan directeur européen pour l’espace, qui servira de feuille de route pour la mise en œuvre des actions énumérées dans la présente communication.
En alignant le développement industriel sur ces priorités, l’Europe peut construire une économie spatiale plus résiliente, plus durable et plus compétitive à l’échelle mondiale.
| Encadré 13 — Actions prévues |
| La Commission mettra en place une Équipe Europe concernant l’espace qui contribuera au processus décisionnel de l’Union dans le secteur spatial, notamment en vue de l’élaboration d’un plan directeur de l’Union pour l’espace. |
| La Commission élaborera, à partir de 2025, une méthode spécifique permettant d’effectuer un suivi du secteur spatial de l’Union et de sa part dans l’économie spatiale mondiale, dans le cadre de l’outil de coordination de la boussole pour la compétitivité de l’Union. |
«Space: The $1.8 Trillion Opportunity for Global Economic Growth», Insight Report, Forum économique mondial, avril 2024.
Agence spatiale européenne, «Report on the Space Economy 2025», mars 2025.
Document COM(2025) 30.
Conclusions du Conseil intitulées «Renforcer la compétitivité de l’Europe grâce à l’espace», mai 2024.
Draghi, M., «The future of European competitiveness» (L’avenir de la compétitivité européenne), septembre 2024, p. 62.
Letta, E., «Much more than a market», (Bien plus qu’un marché), avril 2024.
Draghi, M., The future of European competitiveness (L’avenir de la compétitivité européenne), septembre 2024.
Niinistö, S., «Safer together — Strengthening Europe’s Civilian and Military Preparedness and Readiness» (Plus en sécurité ensemble – renforcer la préparation et l’état de préparation civils et militaires de l’Europe), octobre 2024.
JOIN(2023) 9.
JOIN(2025) 130.
Garantissant une part substantielle d’un contrat pour maintenir l’activité de l’entreprise et attirer d’autres clients.
Draghi, M., «The future of European competitiveness» (L’avenir de la compétitivité européenne), septembre 2024, p. 60.
Agence spatiale européenne, «Report on the Space Economy 2024», décembre 2024.
COM(2025) 335.
COM(2025) 90.
Le projet de partenariat de troisième génération (3GPP) réunit sept organismes qui élaborent de normes dans le domaine des télécommunications (ARIB, ATIS, CCSA, ETSI, TSDSI, TTA et TTC) et offre à ses membres un environnement stable pour produire les rapports et spécifications qui définissent les technologies 3GPP.
Avec la stratégie «Normes 2035», la Chine entend dominer la normalisation des technologies émergentes à l’échelle internationale. Ces dernières années, les propositions soumises par la Chine à l’Organisation internationale de normalisation (ISO) et à la Commission électrotechnique internationale (CEI) ont augmenté de 20 % par an.
COM(2022) 31.
Recommandation (UE) 2023/498 de la Commission.
COM(2025) 85.
Draghi, M., «The future of European competitiveness» (L’avenir de la compétitivité européenne), septembre 2024.
Le centre de connaissances sur l’observation de la Terre, qui permet d’exploiter les connaissances de pointe en matière d’observation de la Terre pour élaborer les politiques de l’Union et améliorer la réglementation, en est un exemple.
«Stratégie européenne de sécurité économique», JOIN(2023) 20.
«Une boussole pour la compétitivité de l’UE», COM(2025) 30.
«Une politique de cohésion modernisée: l’examen à mi-parcours», COM(2025) 163.
COM(2025) 310
Draghi, M., «The future of European competitiveness» (L’avenir de la compétitivité européenne), septembre 2024, p. 29.
COM(2025) 270
COM(2025) 90.
Bien qu’elles représentent 53,7 % des étudiants inscrits dans l’enseignement supérieur en 2022, les femmes ne constituaient que 30,9 % des étudiants dans le domaine des STIM. En ce qui concerne l’enseignement et la formation professionnels, l’écart est encore plus important, les femmes ne représentant que 16,1 % des étudiants inscrits dans les filières STIM de niveau moyen.
Agence spatiale européenne, «Report on the Space Economy 2025», mars 2025.
« Global Counterspace Capabilities», Secure World Foundation, avril 2025.
«Towards a European policy for technology infrastructures – Building bridges to competitiveness», Commission européenne (2025), et «Stratégie de l’UE en faveur des start-up et des scale-up», COM(2025) 270.
«Plan d’action pour un continent de l’IA», COM(2025) 165.
Draghi, M., «The future of European competitiveness» (L’avenir de la compétitivité européenne), septembre 2024, partie A, p. 60.
Forum économique mondial, «Global Cybersecurity Outlook 2025», janvier 2025.
Agence internationale de l’énergie, «Renewables 2024 – Analysis and forecast to 2030», octobre 2024.
COM(2025) 280
eCall est un système, utilisé à bord des véhicules dans l’ensemble de l’Union, qui lance automatiquement un appel d’urgence gratuit au numéro d’urgence unique européen 112 en cas d’accident de la route grave.
Non-opposition à une concentration notifiée (Affaire M.12187 — SMFG / JEFFERIES / JAPANESE EQUITIES JV)
23/12/2025
COMMUNICATION DE LA COMMISSION AU PARLEMENT EUROPÉEN, AU CONSEIL, AU COMITÉ ÉCONOMIQUE ET SOCIAL EUROPÉEN ET AU COMITÉ DES RÉGIONS Accélérer la transition de l'Europe vers une économie circilaire: un projet pilote pour renforcer la circularité des plastiques
23/12/2025
Notification préalable d’une concentration (Affaire M.12205 — UMICORE / HSAM / EMM) — Cas susceptible d’être traité selon la procédure simplifiée
22/12/2025
COMMUNICATION DE LA COMMISSION AU PARLEMENT EUROPÉEN, AU CONSEIL, AU COMITÉ ÉCONOMIQUE ET SOCIAL EUROPÉEN ET AU COMITÉ DES RÉGIONS relative au retrait de la proposition de RÈGLEMENT DU PARLEMENT EUROPÉEN ET DU CONSEIL modifiant les règlements (UE) 2021/522, (UE) 2021/1057, (UE) 2021/1060, (UE) 2021/1139, (UE) 2021/1229, et (UE) 2021/1755 en ce qui concerne les modifications apportées aux montants des fonds destinés à certains programmes et fonds
22/12/2025