Acte préparatoire52025DC0440

COMMUNICATION DE LA COMMISSION AU PARLEMENT EUROPÉEN, AU CONSEIL, AU COMITÉ ÉCONOMIQUE ET SOCIAL EUROPÉEN ET AU COMITÉ DES RÉGIONS Feuille de route en vue de mettre un terme aux importations d’énergie russe

CELEX52025DC0440
TypeActe préparatoire
Datemardi 6 mai 2025

Résumé IA

Cette communication de la Commission européenne présente une feuille de route stratégique visant à éliminer progressivement les importations d'énergie en provenance de Russie d'ici 2027. Elle propose des mesures concrètes pour diversifier les sources d'approvisionnement, accélérer le déploiement des énergies renouvelables et renforcer l'efficacité énergétique, tout en assurant la sécurité d'approvisionnement et la compétitivité des prix pour les États membres. Ce document non législatif constitue une base d'orientation politique pour les futures initiatives réglementaires et les négociations entre les institutions européennes.

Texte intégral

Strasbourg, le 6.5.2025

COM(2025) 440 final

COMMUNICATION DE LA COMMISSION AU PARLEMENT EUROPÉEN, AU CONSEIL, AU COMITÉ ÉCONOMIQUE ET SOCIAL EUROPÉEN ET AU COMITÉ DES RÉGIONS

Feuille de route en vue de mettre un terme aux importations d’énergie russe


1.Introduction

En réponse à l’agression menée par la Russie contre l’Ukraine en février 2022 et conformément à la déclaration de Versailles des chefs d’État ou de gouvernement, la Commission a lancé le plan REPowerEU 1 en mai 2022. Ce plan appelait à mettre fin à la dépendance de l’Europe à l’égard de l’énergie russe en améliorant l’efficacité énergétique, en accélérant le déploiement des énergies renouvelables et en diversifiant les approvisionnements. Depuis lors, le déploiement d’efforts supplémentaires dans le domaine des énergies renouvelables et la réalisation d’économies d’énergie ont permis de réduire les importations de gaz de plus de 60 milliards de m³ par an entre 2022 et 2024 2 , ce qui contribue à l’abandon progressif du gaz russe.

Malgré ces efforts, l’UE a encore importé 52 milliards de m³ de gaz russe en 2024, [32 milliards de m³ par gazoduc et 20 milliards de m³ sous forme de gaz naturel liquéfié (GNL), ce qui correspond à environ 19 % des importations totales de gaz de l’Union], ainsi que 13 millions de tonnes de pétrole brut et plus de 2 800 tonnes d’uranium 3 sous forme enrichie ou sous forme de combustible. Dix États membres ont importé du gaz russe en 2024, trois États membres 4 ont continué à importer du pétrole russe et sept États membres ont importé de l’uranium enrichi d’origine russe ou recouru à des services d’enrichissement de l’uranium fournis en Russie.

La dépendance à l’égard des importations d’énergie russe entraîne des risques graves pour la sécurité et l’économie de l’Union et de ses États membres, étant donné que la Russie n’a cessé d’utiliser l’approvisionnement énergétique existant comme arme pour menacer la stabilité et la prospérité de l’Union.

La présente feuille de route expose la stratégie de l’UE visant à supprimer progressivement les importations d’énergie restantes en provenance de Russie. Elle définit également une vision commune de l’Europe qui collabore de manière solidaire afin de garantir des approvisionnements énergétiques de substitution et abordables pour tous les États membres, tout en engageant une action commune pour réduire les recettes russes, qui alimentent sa machine de guerre et mettent en péril la stabilité du continent 5 . La réduction de la dépendance à l’égard des combustibles fossiles renforcera encore la sécurité et la souveraineté énergétiques de l’UE, conformément à l’objectif de neutralité climatique de l’Union.

La présente feuille de route s’inscrit dans notre stratégie visant à stimuler la compétitivité et la résilience de l’UE et à accélérer la transition vers une énergie propre. Avec l’adoption de la boussole pour la compétitivité le 29 janvier 2025, la Commission a défini une trajectoire globale et ambitieuse pour permettre à l’Europe de regagner son avance industrielle. Le pacte pour une industrie propre, le plan d’action pour une énergie abordable et la stratégie pour une union de la préparation renforcent encore cet engagement. Ces initiatives reconnaissent l’incidence négative des importations d’énergie russe sur la sécurité économique et la compétitivité de l’Europe.

Conjugué au déploiement accéléré des énergies renouvelables 6 , y compris les gaz renouvelables, ainsi qu’à une électrification et une efficacité énergétique accrues et à davantage de sources d’approvisionnement de substitution, l’abandon progressif des combustibles russes contribuera à la réalisation des objectifs du pacte pour une industrie propre et du plan d’action pour une énergie abordable. La présente feuille de route est sans préjudice d’éventuelles futures sanctions de l’UE.

Actions entreprises pour réduire la dépendance à l’égard de l’énergie russe

L’UE a déjà considérablement réduit ses dépendances et ses importations d’énergie en provenance de Russie, grâce à seize trains de sanctions 7 . Les sanctions ont effectivement interdit les importations de charbon et de pétrole russes vers l’UE et le rechargement dans les ports de l’UE de GNL en provenance de Russie. Il convient d’accorder une attention particulière à la question du contournement des sanctions de l’UE en matière de pétrole par l’utilisation de «flottes fantômes».

La mise en œuvre du plan REPowerEU a également contribué de manière significative à la réduction de la demande de gaz 8 . La mise en œuvre intégrale de la transition énergétique et le récent plan d’action pour une énergie abordable devraient permettre de remplacer jusqu’à 100 milliards de m³ de gaz naturel d’ici à 2030. Cela correspond à une économie pour l’UE de plus de 15 milliards de m³ de gaz par an, ou à une nouvelle réduction de la demande de gaz de 40 à 50 milliards de m³ d’ici à 2027 9 , ce qui facilitera également la suppression progressive des importations de gaz russe.

À la suite de l’action coordonnée entre la Commission et les États membres et du renforcement de la diplomatie énergétique de l’UE vis-à-vis des partenaires internationaux, les importations de gaz (sous forme de GNL et par gazoduc) en provenance de Russie ont diminué, passant de 45 % en 2021 à 19 % en 2024. Ces importations ont été remplacées par des approvisionnements provenant de sources plus fiables, à savoir de l’énergie issue de la production intérieure, la baisse de ces importations ayant également été possible grâce à une réduction de la consommation. Selon les projections, ces importations baisseraient encore jusqu’à 13 % en 2025, en raison de la fin du transit ukrainien. La part des importations de pétrole russe a aussi diminué, passant de 27 % début 2022 à 3 % aujourd’hui. Malgré des progrès significatifs, les approvisionnements russes en gaz, en pétrole et en nucléaire continuent de faire partie du bouquet énergétique de l’UE, ce qui fait peser des risques sur notre sécurité économique et qui permet de soutenir financièrement l’économie de guerre de la Russie.

S’appuyant sur la récente synchronisation des États baltes avec le système électrique européen et la fin de l’accord ukrainien sur le transit de gaz, la présente feuille de route vise à renforcer encore l’indépendance de l’UE à l’égard de l’énergie russe en supprimant progressivement les importations de gaz, d’énergie nucléaire et de pétrole afin de réduire les risques d’instrumentalisation de l’approvisionnement énergétique et d’éviter que des recettes originaires de l’UE n’alimentent le budget russe.

La Commission et les États membres ont collaboré étroitement pour faire en sorte que la sécurité de l’approvisionnement ne soit pas affectée par la fin du transit de gaz russe par l’Ukraine en décembre 2024 10 . Bien que les retombées aient été différentes selon les régions, la sécurité globale de l’approvisionnement et les prix n’ont pas été affectés de manière significative à l’échelle de l’UE. Cela montre que des actions préparatoires coordonnées à l’échelle de l’UE, des efforts de diversification et une approche graduelle de la suppression progressive des importations russes sont essentiels pour préserver la stabilité des prix, la prévisibilité du marché et la sécurité de l’approvisionnement dans l’UE.

Les actions définies dans la présente feuille de route devraient être mises en œuvre au niveau de l’UE et de manière coordonnée, afin de réduire au minimum l’incidence sur les prix de l’énergie, de stabiliser les marchés de l’énergie grâce à des approvisionnements de substitution sûrs et prévisibles et de s’efforcer d’assurer la sécurité juridique.

2.Nécessité d’une action

2.1 Dépendances à l’égard des importations de gaz russe

La Russie a menacé à plusieurs reprises la sécurité de l’approvisionnement de l’UE en réduisant de manière unilatérale les flux de gaz vers ses clients européens en 2006, en 2009, en 2014 et plus récemment en 2022, après son agression contre l’Ukraine, ainsi qu’au cours de la période ayant précédé l’invasion. La suppression progressive des importations de gaz russe est donc essentielle pour renforcer la sécurité énergétique de l’UE contre l’instrumentalisation des importations d’énergie. Elle réduirait également les recettes de la Russie utilisées pour financer la guerre injustifiée contre l’Ukraine et pour poursuivre son renforcement des forces militaires.

Entre 2021 et 2023, l’UE a réduit ses importations de gaz russe de plus de 70 %, passant de 150 milliards de m³ à 43 milliards de m³. En 2024, cette tendance à la baisse s’est interrompue et les importations en provenance de Russie ont augmenté. Les importations de GNL ont augmenté de 12 % par rapport à 2023, passant de 18 à 20 milliards de m³, et celles de gaz par gazoduc de 26 %, passant de 25 à 32 milliards de m³.

Plusieurs États membres ont pris des mesures précoces pour réduire, voire interdire, les importations de gaz russe, notamment en résiliant les contrats existants avec les fournisseurs de gaz russe 11 . Toutefois, même après la fin du transit du gaz russe par l’Ukraine en 2025, celui-ci représente encore environ 13 % des importations totales de gaz de l’UE. Actuellement, environ deux tiers des importations de gaz russe se font sur la base de contrats à long terme, avec une destination dans l’UE, tandis qu’environ un tiers est fourni au comptant (contrat «spot» à court terme). Les volumes restants ne devraient pas être éliminés sans autre action européenne, compte tenu de l’absence d’incitants commerciaux et de l’existence de contrats à long terme toujours en cours.

Une action au niveau de l’UE est nécessaire pour supprimer progressivement ces approvisionnements en gaz et, dans le même temps, garantir des sources d’approvisionnements de substitution auprès de partenaires internationaux pour le GNL ou pour le gaz par gazoduc, sans créer de nouvelles dépendances. Dans ce contexte, il sera important de veiller à ce que les capacités d’infrastructure réservées sur le long terme pour les importations russes soient mises à la disposition des importations de gaz provenant d’autres sources. L’UE a déjà soutenu de manière significative les efforts de diversification à hauteur de 184,7 milliards d’euros en faveur d’initiatives liées à l’énergie dans le cadre des plans nationaux pour la reprise et la résilience et du mécanisme pour l’interconnexion en Europe (MIE), avec 5,84 milliards d’euros (2021-2027) pour le financement d’infrastructures transfrontières et 55 milliards d’euros au titre du budget de la politique de cohésion de l’UE 12 .

Malgré les progrès enregistrés dans la transition énergétique, le gaz continuera à faire partie du bouquet énergétique de l’UE au cours des prochaines décennies 13 . Afin de garantir la stabilité des approvisionnements, les mesures visant à abandonner progressivement le gaz russe devraient s’accompagner d’efforts de diversification du portefeuille d’approvisionnement de l’UE. Cet objectif pourrait être atteint au moyen d’actions conjointes comprenant l’agrégation de la demande au niveau de l’UE et la conclusion d’accords d’approvisionnement à long terme à des prix compétitifs 14 avec d’autres fournisseurs, le cas échéant. Le futur nouveau pacte pour la Méditerranée et l’initiative transméditerranéenne en matière d’énergie, en particulier, offriront des possibilités concrètes de renforcer encore la diversification de l’approvisionnement énergétique.

Les efforts de diversification ne devraient pas être compromis par des accords dits «swap», impliquant des échanges, à savoir des achats auprès de tiers de gaz qui est en réalité russe. Ces pratiques contrediraient les objectifs de REPowerEU, car elles maintiendraient les flux de recettes vers la Russie, ainsi que la vulnérabilité de l’UE face à la manipulation des prix.

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