COMMISSION EUROPÉENNE
Bruxelles, le 2.10.2025
COM(2025) 585 final
RAPPORT DE LA COMMISSION AU CONSEIL
conformément à l’article 105 bis, paragraphe 6, de la directive 2006/112/CE du Conseil sur les dérogations aux taux de TVA appliquées par les États membres
dérogations aux taux
Préface
La Commission présente le présent rapport conformément à l’article 105 bis, paragraphe 6, de la directive 2006/112/CE (ci-après la «directive TVA»), qui détaille les livraisons de biens et les prestations de services relevant de l’article 105 bis, paragraphes 1 et 3, et de l’article 105 ter. Le rapport explique comment les États membres appliquent des dérogations comportant des taux réduits, y compris des taux inférieurs au minimum fixé à l’article 98, paragraphe 1 (ci-après les «taux super-réduits»), et des exonérations avec droit à déduction de la TVA payée au stade antérieur (ci-après les «taux zéro»).
Les détails fournis dans le présent rapport se fondent exclusivement sur les informations reçues des États membres. Par conséquent, la Commission ne saurait assumer la responsabilité d’éventuelles inexactitudes dans les données. Les conclusions ou explications contenues dans le présent rapport ne reflètent pas nécessairement l’avis officiel de la Commission. Ni la Commission ni aucune personne agissant en son nom ne peut assumer la responsabilité de l’utilisation ultérieure des informations contenues dans le présent rapport.
Table des matières
1.Résumé
2.Contexte
3.Biens et services pour lesquels les États membres appliquent des dérogations aux taux de TVA
3.1Observations générales sur toutes les dérogations
3.2Dérogations pour les biens et les prestations de services énumérés à l’annexe III
3.3Dérogations pour les biens et les prestations de services non énumérés l’annexe III
3.4Dérogations pour le logement ne relevant pas du cadre d’une politique sociale
3.5Dérogations impliquant des choix effectués en vertu de l’article 105 bis, paragraphe 5
4.Perspectives
Annexe 1: liste simplifiée des dérogations
Annexe 2: liste simplifiée des dérogations par secteur
Annexe 3: liste détaillée des dérogations par État membre
Liste des figures
Figure 1: nombre de dérogations appliquées par les États membres 7
Figure 2: opérations faisant l’objet de dérogations multiples 8
Figure 3: nombre de dérogations par type de taux de TVA 8
Figure 4: dérogations par secteur économique 9
Figure 5: dérogations avec taux super-réduit par État membre 10
Figure 6: dérogations choisies par les États membres en vertu de l’article 105 bis, paragraphe 5 13
Glossaire
Taux réduit: taux de TVA non inférieur au seuil minimal de 5 %.
Taux super-réduit: taux réduit inférieur au seuil minimal de 5 %.
Taux zéro: exonération avec droit à déduction de la TVA payée au stade antérieur.
Taux parking: taux réduit non inférieur à 12 %.
Dérogation: aux fins du présent rapport, on entend par «dérogation» l’application d’un taux de TVA inférieur au taux normal conformément à l’article 105 bis, paragraphes 1 et 3, ou à l’article 105 ter de la directive TVA.
Informations juridiques
Le présent rapport se fonde exclusivement sur les informations fournies par les États membres dans leurs communications au comité de la TVA.
Conformément à l’article 105 bis, paragraphe 6, de la directive TVA, la Commission doit présenter, au plus tard le 1er juillet 2025 et sur la base des informations fournies par les États membres, un rapport contenant une liste exhaustive indiquant les biens et services visés aux paragraphes 1 et 3 de l’article 105 bis et à l’article 105 ter auxquels les taux réduits, y compris les taux super-réduits, ou les taux zéro sont appliqués dans les États membres.
Au plus tard le 7 juillet 2022, les États membres devaient communiquer au comité de la TVA le texte des dispositions essentielles de droit interne ainsi que les conditions de leur application telles qu’appliquées au 1er janvier 2021 en ce qui concerne:
·les taux super-réduits et les taux zéro visés à l’article 105 bis, paragraphe 1
([biens et services énumérés à l’annexe III, à l’exclusion des points 1) à 6) et 10 quater)]
·les taux parking visés à l’article 105 bis, paragraphe 3, premier alinéa
(biens et prestations de services non énumérés à l’annexe III)
·les taux réduits visés à l’article 105 ter, paragraphe 1
(opérations relatives au logement ne relevant pas du cadre d’une politique sociale).
Les États membres qui n’appliquaient pas de taux parking, super-réduit ou zéro aux opérations susmentionnées au 1er janvier 2021, mais qui souhaitaient le faire, devaient adopter les modalités d’exercice de ces options au plus tard le 7 octobre 2023. Ils devaient également communiquer au comité de la TVA le texte des dispositions essentielles de droit interne qu’ils avaient adopté. Ces États membres doivent appliquer ces taux aux mêmes livraisons de biens et prestations de services et dans les mêmes conditions que celles applicables au 1er janvier 2021 dans les États membres qui ont communiqué, au plus tard le 7 juillet 2022, leurs dispositions essentielles et conditions dérogatoires déjà appliquées.
Comme indiqué à l’article 105 bis, paragraphe 6, de la directive TVA, le champ d’application du présent rapport ne couvre que les dérogations permanentes.
Il existe d’autres dérogations, telles que celles mentionnées à l’article 105 bis, paragraphe 2, de la directive TVA, couvrant les opérations non énumérées à l’annexe III, pour lesquelles les États membres appliquent un taux de TVA inférieur à 12 %, y compris les taux super-réduits et zéro. Ces dérogations sont temporaires, étant donné que les États membres ne peuvent appliquer des taux réduits de TVA inférieurs à 12 % ou des taux super-réduits ou zéro que jusqu’au 1er janvier 2032, ou jusqu’à l’adoption d’un régime définitif en vertu de l’article 402 de la directive TVA. Le rapport ne fait pas référence à ces dérogations temporaires.
1.Résumé
Le présent rapport passe en revue la manière dont les États membres appliquent des dérogations aux taux de TVA et révèle une répartition inégale. Sur un total de 64 dérogations, le Luxembourg, l’Irlande et l’Italie couvrent à eux seuls 75 % d’entre elles. Le reste concerne sept autres États membres, à savoir Malte, Chypre, la Grèce, la France, le Portugal, l’Espagne et l’Autriche.
Il existe 54 types d’opérations différents, dont dix se chevauchent dans huit États membres. Plus de 90 % des dérogations concernent l’application de taux super-réduits (31 dérogations) et de taux parking (28 dérogations).
Le secteur du logement et de la construction domine les dérogations à près de 30 %, suivi par des secteurs, tels que la culture et le tourisme, les services publics, l’alimentation et l’hôtellerie et les services financiers, qui représentent ensemble 40 %. Les autres secteurs concernés sont l’agriculture, le bien-être animal et la radiodiffusion.
Sept États membres ont appliqué un total de 33 dérogations couvrant les biens et les prestations de services énumérés à l’annexe III dans les conditions fixées à l’article 105 bis, paragraphe 1, de la directive TVA, le Luxembourg représentant à lui seul 45 %. L’Irlande est la seule à appliquer des taux zéro de TVA aux vêtements pour enfants et aux services maritimes. L’Italie, Chypre, la France, l’Espagne et la Grèce appliquent également des dérogations pour cette catégorie couvrant des taux super-réduits allant de 2,1 % à 4 %.
En outre, 28 dérogations appliquées par six États membres concernent des biens et prestations de services non énumérés à l’annexe III, qui exigent qu’un taux minimal de 12 % reste permanent. L’Irlande figure en tête de la liste dans cette catégorie, puisqu’elle a demandé la moitié de l’ensemble des dérogations. Le Luxembourg, Malte, le Portugal, l’Autriche et la Grèce partagent la moitié restante des dérogations dans cette catégorie. Les taux parking appliqués dans cette catégorie vont de 12 % à 14 %.
L’Italie est le seul pays à appliquer la troisième catégorie de dérogations relatives au logement non social. Elle utilise un taux de TVA de 10 % pour diverses opérations liées à la construction et à la rénovation de bâtiments, ce qui peut se poursuivre au-delà du 1er janvier 2042 si l’exigence d’un taux minimal de 12 % est respectée.
La possibilité de choisir parmi les dérogations appliquées par d’autres États membres le 1er janvier 2021 a été très peu utilisée. Une raison plausible est que les États membres concernés n’ont pas toujours considéré que les conditions d’application spécifiques étaient adaptées à leurs besoins. Seuls Chypre, la Grèce et Malte ont opté pour un total de neuf dérogations appliquées par six autres États membres, ces dérogations étant réparties de manière assez uniforme entre les taux super-réduits et les taux parking.
2.Contexte
La sixième directive TVA de 1977 a ouvert la voie à un système commun de TVA dans l’UE. Elle a harmonisé des aspects essentiels tels que l’assiette fiscale et la responsabilité, mais a laissé aux États membres une marge de manœuvre considérable dans la fixation des taux de TVA. Des pratiques nationales diverses sont apparues en conséquence, y compris de multiples taux réduits et taux zéro, souvent maintenues par des mesures transitoires accordées aux nouveaux États membres au moment de leur adhésion.
L’achèvement du marché unique en 1993 a rendu nécessaire un rapprochement plus étroit des systèmes de TVA en raison de la suppression des frontières fiscales. À cette fin, l’introduction de règles transitoires prévoyant une exonération des livraisons intracommunautaires de biens et la taxation correspondante des acquisitions à destination garantissaient que les opérations étaient soumises à la TVA dans l’État membre de consommation, réduisant ainsi le risque de distorsions des échanges dues à des taux de TVA différents. De nouvelles mesures de simplification ont soutenu cette modification, le champ d’application des taux de TVA ayant été modifié afin d’inclure un taux normal minimal de 15 % ainsi qu’un ou deux taux réduits d’au moins 5 % pour les éléments énumérés à l’annexe III.
Toutefois, dans le cadre de certaines dérogations, les États membres pourraient maintenir des taux réduits ou des taux zéro introduits avant 1991. Dans un premier temps, ces dérogations auraient dû être temporaires, dans l’attente de la mise en place d’un système de TVA définitif, mais elles ont perduré pendant des décennies. Au fil du temps, l’accumulation d’exceptions individuelles a entraîné une fragmentation et une complexité du paysage de la TVA, ce qui complique la mise en conformité et crée une insécurité juridique au sein du marché unique. La transition vers un système de TVA fondé sur la destination, progressivement étendu aux services, a ouvert la voie à une plus grande flexibilité dans la fixation des taux. La TVA étant désormais due dans l’État membre de consommation, les différences entre les taux nationaux de TVA sont devenues moins susceptibles de fausser les échanges transfrontaliers.
Ce rapport marque une étape importante à la suite de la première réforme majeure des taux de TVA dans l’UE depuis le début des années 1990. Sur la base de cette réforme, de nouvelles règles relatives aux taux de TVA sont entrées en vigueur le 6 avril 2022.
La réforme offre une flexibilité accrue aux États membres et aligne les taux de TVA sur les objectifs européens plus larges, y compris la santé publique, la transformation numérique et la durabilité environnementale. Les nouvelles règles permettent aux États membres d’appliquer jusqu’à deux taux réduits de TVA d’au moins 5 % aux biens et prestations de services énumérés à l’annexe III révisée de la directive TVA. Ils ont également la possibilité d’appliquer un taux réduit de moins de 5 % (taux super-réduit) ou un taux zéro de TVA (exonération avec déductibilité au stade antérieur) à des biens et services essentiels spécifiques, tels que les denrées alimentaires et les médicaments, mais aussi aux panneaux solaires. En outre, ces règles fixent des délais pour la suppression progressive des taux réduits pour les produits nocifs pour l’environnement, tels que les combustibles fossiles et les pesticides chimiques, respectivement d’ici 2030 et 2032.
La réforme des taux de TVA a également assuré une plus grande égalité de traitement dans la mesure où elle a permis aux États membres d’opter pour certaines exonérations ou taux réduits qui étaient accordés à d’autres États membres au moment de leur adhésion à l’UE et qui n’ont pas été proposés aux États membres qui ont adhéré plus récemment.
Dans ce cadre, le présent rapport, élaboré conformément à l’article 105 bis, paragraphe 6, de la directive TVA, donne un aperçu des dérogations permanentes aux taux de TVA actuellement appliquées par les États membres. Ces dérogations sont réparties en trois groupes: l’un relatif aux biens et prestations de services énumérés à l’annexe III; l’un relatif aux biens et prestations de services non énumérés à l’annexe III; et l’autre portant sur les opérations de logement non social.
Le rapport fournit des informations précieuses qui peuvent être utilisées pour mener une analyse plus approfondie et parvenir à des conclusions supplémentaires sur la manière dont ces dérogations s’alignent sur les objectifs plus généraux du cadre révisé de l’UE en matière de TVA et soutiennent ces objectifs.
3.Biens et services pour lesquels les États membres appliquent des dérogations aux taux de TVA
3.1Observations générales sur toutes les dérogations
L’application des dérogations aux taux de TVA est inégale. Les informations fournies par dix États membres montrent qu’ils appliquent un total de 64 dérogations. Le Luxembourg applique le plus grand nombre de dérogations (21), ce qui représente près d’un tiers du total. L’Irlande suit avec 16 et l’Italie avec 11. Ensemble, ces trois États membres couvrent 48 dérogations, soit 75 % du nombre total.
Les 16 dérogations restantes, représentant 25 % du total, concernent Malte (4), Chypre (3), la France (2), la Grèce (2), le Portugal (2), l’Espagne (2) et l’Autriche (1).
Seuls Malte, Chypre et la Grèce ont indiqué qu’ils avaient choisi d’appliquer les dérogations particulières appliquées par d’autres États membres conformément à l’article 105 bis, paragraphe 5, de la directive TVA.
Figure 1:

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