COMMISSION EUROPÉENNE
Bruxelles, le 7.7.2025
SWD(2025) 309 final
DOCUMENT DE TRAVAIL DES SERVICES DE LA COMMISSION
Examen de la mise en œuvre de la politique environnementale 2025
Rapport par pays - FRANCE
accompagnant le document:
Communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil, au Comité économique et social européen et au Comité des régions
Examen de la mise en œuvre de la politique environnementale pour la prospérité et la sécurité 2025
{COM(2025) 420 final} - {SWD(2025) 300 final} - {SWD(2025) 301 final} - {SWD(2025) 302 final} - {SWD(2025) 303 final} - {SWD(2025) 304 final} - {SWD(2025) 305 final} - {SWD(2025) 306 final} - {SWD(2025) 307 final} - {SWD(2025) 308 final} - {SWD(2025) 310 final} - {SWD(2025) 311 final} - {SWD(2025) 312 final} - {SWD(2025) 313 final} - {SWD(2025) 314 final} - {SWD(2025) 315 final} - {SWD(2025) 316 final} - {SWD(2025) 317 final} - {SWD(2025) 318 final} - {SWD(2025) 319 final} - {SWD(2025) 320 final} - {SWD(2025) 321 final} - {SWD(2025) 322 final} - {SWD(2025) 323 final} - {SWD(2025) 324 final} - {SWD(2025) 325 final} - {SWD(2025) 326 final}
Contenu
Résumé
Partie I: Domaines thématiques
1. Économie circulaire et gestion des déchets
Transition vers une économie circulaire
Gestion des déchets
2. Biodiversité et capital naturel
Cadres mondiaux et européens en faveur de la biodiversité
Protection et restauration de la nature – Natura 2000
Reconstitution des espèces
Rétablissement des écosystèmes
Prévention et gestion des espèces exotiques envahissantes
Évaluation et comptabilité des écosystèmes
3. Stratégie zéro pollution
Un air pur
Émissions industrielles
Prévention des accidents industriels majeurs – Seveso
Règlement relatif au mercure
Bruit
Qualité et gestion de l’eau
Substances chimiques
4. Action pour le climat
Le système d’échange de quotas d’émission de l’UE
Répartition de l’effort
Utilisation des terres, changement d’affectation des terres et foresterie
Adaptation au changement climatique
Partie II: Cadre facilitateur – outils de mise en œuvre
5. Financement
Principaux repères concernant le financement de l’action climatique
Financements et investissements en faveur de l’environnement
Gestion des finances publiques
6. Gouvernance environnementale
Information, participation du public et accès à la justice
Assurance du respect de la législation
Renforcement des capacités environnementales soutenu par l’UE
Résumé
En mai 2016, la Commission européenne a lancé l’examen de la mise en œuvre de la politique environnementale («EIR»), un outil de rapport régulier fondé sur l’analyse, le dialogue et la collaboration avec les États membres de l’UE afin d’améliorer la mise en œuvre de la politique et de la législation environnementales existantes de l’UE . À la suite des précédents EIR réalisés en 2017, 2019 et 2022, le présent rapport évalue les progrès accomplis tout en décrivant les principaux défis et possibilités qu’il reste à aborder en ce qui concerne la mise en œuvre de la législation environnementale en France. L’objectif du présent rapport est de fournir des informations sur les résultats en matière de mise en œuvre et de mettre en lumière les moyens les plus efficaces de combler les lacunes en matière de mise en œuvre qui ont une incidence sur la santé humaine et l’environnement et nuisent au développement économique et à la compétitivité du pays. Le présent rapport s’appuie sur des rapports de mise en œuvre sectoriels détaillés recueillis par la Commission ou publiés par celle-ci en vertu de la législation environnementale spécifique.
Les principaux problèmes exposés ci-dessous ont été sélectionnés dans la partie I du présent rapport, intitulée «Domaines thématiques», en tenant compte de facteurs tels que la gravité du problème de mise en œuvre de la législation environnementale compte tenu de l’incidence sur la qualité de la vie des citoyens, l’écart entre les résultats et les objectifs et les implications financières.
La France est en bonne voie en ce qui concerne sa transition vers une économie circulaire, sur le plan de l’utilisation secondaire des matières, de la productivité des ressources et de la promotion du label écologique de l’UE. Les critères environnementaux en matière de marchés publics écologiques ont également augmenté de manière significative, une réussite saluée par la Cour des comptes française à la fin de 2024. Sur une note moins positive, la gestion des déchets demeure problématique, comme dans de nombreux autres États membres. La France risque de ne pas atteindre l’objectif de réemploi et de recyclage des déchets municipaux fixé pour 2025, ce qui a conduit à l’ouverture d’une procédure d’infraction en juillet 2024.
La protection de la biodiversité et du capital naturel reste particulièrement préoccupante, malgré l’ambition de la stratégie nationale en faveur de la biodiversité à l’horizon 2030 et malgré les engagements internationaux pris par la France. Les mesures effectivement prises par la France ne sont pas à la hauteur de ses ambitions. Certaines déficiences ont donné lieu à une procédure d’infraction. Comme dans de nombreux autres États membres, les pratiques agricoles intensives et l’artificialisation des terres exercent une pression sur les écosystèmes. Les mesures adoptées pour soutenir le reboisement, bien qu’appropriées pour lutter contre le changement climatique et les dommages causés à la santé des forêts, ne tenaient pas suffisamment compte des considérations liées à la biodiversité. Sur un plan positif, la France obtient de bons résultats dans la lutte contre les espèces exotiques envahissantes.
En ce qui concerne la pollution, des progrès sont en train d’être accomplis en ce qui concerne la qualité de l’air, bien que des mesures soient encore nécessaires pour réduire les polluants. La prévention des accidents industriels s’améliore également, malgré une procédure d’infraction en cours concernant l’information et la participation des citoyens dans ce domaine. En juillet 2024, la Commission a assigné la France devant la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) pour non-respect des exigences de la directive sur le bruit, compte tenu de l’absence de plans d’action pour les agglomérations et les grands axes routiers. Dans le domaine de la qualité de l’eau, la France est confrontée aux mêmes problèmes que de nombreux autres États membres, comme le prouve l’évaluation par la Commission de la troisième série de plans de gestion de district hydrographique et de la deuxième série de plans de gestion des risques d’inondation. Plus précisément, il est nécessaire d’améliorer la continuité des cours d’eau et les débits écologiques ainsi que de réduire la pollution due aux pesticides et aux nutriments libérés par l’agriculture intensive. Dans le même ordre d’idées, la Commission a décidé de saisir la CJUE d’un recours contre la France pour pollution par les nitrates dans l’eau potable. L’évaluation des substances per- et polyfluoroalkylées (PFAS) dans l’eau potable débutera en 2026. Enfin, en 2024, la CJUE a constaté que la France n’avait pas respecté ses obligations en matière de traitement et de surveillance des eaux urbaines résiduaires dans 78 zones, ce qui a eu une incidence sur plus de 6 millions d’habitants. En ce qui concerne la protection du climat, la Commission a engagé une procédure d’infraction contre la France le 25 janvier 2024 pour transposition incomplète de la directive relative au système d’échange de quotas d’émission.
En ce qui concerne le financement de la transition écologique, la France obtient de bons résultats pour ses pratiques de budgétisation verte. La suppression progressive des subventions préjudiciables à l’environnement demeure une préoccupation structurelle, exacerbée par la crise énergétique. L’investissement environnemental global nécessaire pour permettre à la France d’atteindre ses objectifs environnementaux est estimé à 63,8 milliards d’EUR par an. Le déficit d’investissement représente 21,1 milliards d’EUR par an.
Enfin, pour améliorer la gouvernance, il est nécessaire de disposer de davantage de données concernant la durée des évaluations des incidences sur l’environnement.
Partie I: Domaines thématiques
1. Économie circulaire et gestion des déchets
Transition vers une économie circulaire
Faire progresser la transition vers une économie circulaire dans l’UE permettra d’atténuer l’incidence environnementale et climatique de nos systèmes industriels en réduisant l'utilisation de matières premières, en gardant plus longtemps les produits et matériaux en circulation et en diminuant la production de déchets, ce qui permettra de découpler la croissance économique de la consommation de ressources. Une économie circulaire peut permettre d’augmenter considérablement la compétitivité et la création d’emplois tout en encourageant l’innovation et en ouvrant l'accès à de nouveaux marchés. Les mesures du plan d’action pour une économie circulaire de 2020sont désormais en place ou se trouvent en plein processus législatif et les États membres de l’UE doivent donc désormais se concentrer sur leur mise en œuvre rapide et efficace.
Le plan d’action pour une économie circulaire de 2020 a lancé le processus législatif d’adoption d’un ensemble d’initiatives qui doivent à présent être mises en œuvre par les gouvernements nationaux dans l’ensemble de l’UE. Ces initiatives ont toutes été introduites selon une approche globale fondée sur le cycle de vie, avec des mesures couvrant les différentes étapes du cycle de vie d’un produit, de la conception à la fin de vie en passant par l’utilisation.
Dans le plan d’action pour une économie circulaire, l’UE s’est fixé comme objectif principal de doubler son taux d’utilisation circulaire des matériaux d’ici à 2030.
Le taux d’utilisation circulaire des matériaux mesure l’un des aspects de la circularité, à savoir la part que représentent les déchets recyclés dans la quantité totale de matières utilisées dans l’économie. Un taux d’utilisation circulaire des matériaux plus élevé signifie que davantage de matières secondaires ont été utilisées en remplacement de matières premières, ce qui permet de réduire les incidences environnementales de l’extraction de matières primaires.
L’utilisation circulaire des matières par la France est et a été supérieure à la moyenne de l’UE, avec 17,6 % du total des matières utilisées en 2023, contre 11,8 % en moyenne dans l’UE (illustration 1). Ce taux est relativement stable depuis plus de 10 ans, avec une légère augmentation depuis 2013.
Illustration 1: taux d’utilisation circulaire des matériaux (en %), 2013-2023
Source: Eurostat, «Taux d’utilisation circulaire de matières», env_ac_cur, dernière mise à jour du 13 novembre 2024, consulté le 10 décembre 2024, https://ec.europa.eu/eurostat/databrowser/view/env_ac_cur/default/table?lang=fr .
La productivité des ressources mesure la quantité totale de matières utilisées directement dans une économie par rapport à son produit intérieur brut (PIB). Améliorer la productivité des ressources peut contribuer à réduire au minimum les incidences négatives sur l’environnement et à diminuer la dépendance vis-à-vis de marchés de matières premières volatils.
La productivité des ressources de la France a été légèrement supérieure à la moyenne de l’UE, puisque 3,16 EUR par kg de matière consommée ont été générés en 2023, contre 2,23 EUR par kg en moyenne au niveau de l’UE (illustration 2).
Illustration 2: productivité des ressources (en EUR/kg), 2013-2023
Remarque: L’unité de mesure utilisée est le volume chaîné en EUR/kg (2015).
Source: Eurostat, «Productivité des ressources», dernière mise à jour du 7 août 2024, consulté le 10 décembre 2024, https://ec.europa.eu/eurostat/databrowser/product/view/env_ac_rp .
Politiques et mesures
Parallèlement aux initiatives européennes menées dans le cadre du plan d’action pour une économie circulaire, les États membres sont encouragés à adopter et à mettre en œuvre des stratégies circulaires aux niveaux national, régional et municipal. Ces stratégies devraient être adaptées à chaque réalité nationale et locale, afin d’exploiter les possibilités offertes par l’économie de proximité tout en suivant les principes d’une approche globale tenant compte de l’ensemble de la chaîne de valeur.
Depuis le lancement de la plateforme en ligne des acteurs européens de l’économie circulaire en 2017, les autorités nationales, régionales et locales ont utilisé la plateforme pour partager leurs stratégies, feuilles de route et bonnes pratiques, par exemple d’autres modèles d’entreprise et des technologies innovantes.
La France a adopté une feuille de route pour l’économie circulaire en 2018et un plan de gestion des déchets en 2019. La feuille de route vise à réduire l’utilisation et la consommation des ressources de 30 % d’ici à 2030 (par rapport à 2010), à réduire la mise en décharge des déchets non dangereux de 50 % d’ici à 2025 (par rapport à 2010) et à atteindre le taux ambitieux de 100 % de recyclage des plastiques d’ici à 2025. Sur cette base et à la suite des progrès réalisés dans le cadre du plan national pour la reprise et la résilience (PRR) diverses initiatives sont en cours de déploiement afin de permettre la transition vers une économie circulaire, y compris des régimes de responsabilité élargie des producteurs pour un large éventail de secteurs. Les objectifs en matière d’écoconception sont actuellement étendus à un plus grand nombre de secteurs
La politique climatique de la France comporte également une dimension axée sur l’économie circulaire. La loi Climat et résilienceadoptée en août 2021 contient de nombreuses références à l’économie circulaire et de nombreuses mesures qui s’y rapportent, telles que des marchés publics durables et des informations environnementales sur les produits pour les consommateurs, bien que des critiques aient été formulées concernant le label «haute valeur environnementale».
Afin de poursuivre l’intégration de la transition écologique dans tous les secteurs de l’action publique, la France a mis en place en 2022 un processus de planification écologique. Cette approche permet de mener une action coordonnée et repose sur le déploiement de plans d’action axés sur des domaines d’action spécifiques. Un certain nombre de projets sont en cours afin d’affiner et d’enrichir le plan, notamment sur les thèmes de l’économie circulaire et de l’adaptation.
Depuis la réorganisation des régions en 2015, les nouvelles stratégies régionales de développement économique, d’innovation et d’internationalisation font souvent figurer le soutien à l’économie circulaire parmi leurs priorités.
Marchés publics écologiques
Les marchés publics constituent une part importante de la consommation européenne, le pouvoir d’achat des administrations publiques représentant environ 14 % du PIB de l’UE. Les marchés publics utilisant des critères écologiques ou circulaires (analyse du cycle de vie, plateforme à la demande, seconde main) peuvent contribuer à stimuler la demande de produits durables qui satisfont aux normes de réparabilité et de recyclabilité.
Plus de 160 milliards d’EUR sont consacrés chaque année à la passation de marchés publics par l’État français, les collectivités locales et les municipalités; ces marchés publics sont encouragés par le plan de gestion des déchets susmentionné. Depuis 2021, des dispositions spécifiques en matière de marchés publics obligent les pouvoirs adjudicateurs à acheter certains produits issus de la réutilisation ou du réemploi de matières ou des produits contenant des matières recyclées. Conformément au nouveau décret publié en 2024, les teneurs obligatoires augmenteront progressivement jusqu’en 2030. En outre, les acquisitions gratuites au moyen de dons sont désormais incluses dans ce système. Un plan national pour des achats durables (PNAD) 2022-2025 aide les acheteurs publics à s’acquitter de ces obligations en fournissant des outils, des formations et des conseillers afin de tenir compte des enjeux de durabilité dans le cadre des processus d’achat.
Dans son rapport du 6 décembre 2024 la Cour des comptes française a souligné le succès de l’intégration des critères environnementaux dans les marchés publics, qui est passée de 20 % en 2022 à 55 % en 2023. La loi Climat et résilience prévoit un objectif de 100 % d’ici à août 2026.
Le label écologique de l’Union et le système de management environnemental et d’audit
Le nombre de groupes de produits portant le label écologique de l’Union et le nombre d’organisations enregistrées dans le système de management environnemental et d’audit (EMAS) dans un pays donné donnent une idée de la mesure dans laquelle le secteur privé et les parties prenantes nationales de ce pays sont activement engagés dans la transition vers une économie circulaire. Le label écologique de l’UE est attribué aux produits affichant les meilleures performances environnementales. L’EMAS est un système de management environnemental volontaire qui vise à réduire les incidences environnementales des organisations.
En septembre 2024, la France comptait 12 539 produits (sur 98 977) et 490 licences (sur 2 983) enregistrés dans le système de label écologique de l’Union européenne La France fait ainsi partie des meilleurs élèves en ce qui concerne l’adoption du label écologique de l’UE.
En novembre 2022, la France comptait 14 organisations enregistrées au titre de l’EMAS, ce qui est très faible pour un grand État membre. La France n’a pas de vérificateur EMAS accrédité.
Les actions prioritaires figurant dans le rapport de mise en œuvre de la politique environnementale (EIR) de 2022 se concentraient uniquement sur les déchets et non sur l’économie circulaire en général. Si la France est en train de renforcer son cadre d’action en faveur de l’économie circulaire, il est essentiel qu’elle adopte une approche cohérente pour mettre en œuvre les mesures en place.
Action prioritaire en 2025
·Accélérer la transition vers une économie circulaire en mettant en œuvre une stratégie nationale actualisée ainsi que le cadre et les recommandations de l’UE, notamment afin de la compléter par des mesures de circularité en amont.
Gestion des déchets
La transformation des déchets en ressources est favorisée par les éléments suivants:
i) prise en compte de l’ensemble du cycle de vie des produits, de la conception à la fin de vie, en définissant des exigences relatives à la conception des produits afin de garantir qu’ils sont plus durables;
ii) mise en œuvre intégrale de la législation de l’Union sur les déchets, ce qui inclut la hiérarchie des déchets, l’obligation de veiller à une collecte séparée des déchets, les objectifs de réduction de la mise en décharge, etc.;
iii) réduction de la production de déchets par habitant et en termes absolus;
iv) en augmentant les taux de recyclage des déchets contenant des matières premières critiques, afin de réduire les dépendances et de mettre en place des chaînes de valeur résilientes, et en encourageant la demande de contenus recyclés dans tous les produits;
v) limitation de la valorisation énergétique aux matériaux non recyclables; et
vi) suppression progressive de la mise en décharge des déchets recyclables ou valorisables.
L’un des principaux objectifs de la législation de l’UE en matière de déchets est de dissocier la croissance économique de ses incidences sur l’environnement.
L’approche de l’UE en matière de gestion des déchets repose sur la hiérarchie du traitement des déchets: prévention, préparation en vue du réemploi, recyclage, valorisation et, option de dernier recours, élimination (qui inclut la mise en décharge et l’incinération sans valorisation énergétique).
Toutes les propositions législatives présentées par la Commission depuis 2021 dans le domaine de la gestion des déchets visent à encourager les États membres à promouvoir une meilleure conception des produits, à obliger les producteurs à prendre en charge les coûts de gestion des déchets résultant de leurs produits et à veiller à ce que les déchets soient gérés aux niveaux supérieurs de la hiérarchie des déchets.
En 2022, 345 millions de tonnes de déchets ont été produites en France, soit presque la même quantité qu’en 2018. En 2020, la pandémie de COVID-19 a entraîné une diminution des déchets dans tous les secteurs de l’économie, principalement dans l’industrie et la construction, tandis que les déchets ménagers ont augmenté en raison des confinements et du télétravail. L’augmentation constatée après 2020 peut être imputée principalement aux catégories de déchets les plus volumineuses, à savoir les déchets terreux et minéraux provenant de la construction et de la démolition. Si l’on exclut les principaux déchets minéraux, la production globale de déchets se stabilise. Le PIB de la France a connu une croissance constante, mais a chuté de manière significative en 2020, très probablement en raison de la pandémie de COVID-19, et la production totale de déchets a suivi la même tendance.
Dans l’ensemble, il ne semble y avoir qu’un léger découplage entre croissance économique et production de déchets et, depuis 2016 environ, la production totale de déchets suit la tendance du PIB.
Illustration 3: Production de déchets (total et hors déchets minéraux majeurs), population et PIB, 2010-2022
Source: Eurostat, «Produit intérieur brut (PIB) et principales composantes (production, dépenses et revenu)», nama_10_gdp, consulté le 15 octobre 2024, https://ec.europa.eu/eurostat/databrowser/view/nama_10_gdp__custom_9301905/default/table ; Eurostat, «Déchets générés par catégorie de déchets, dangerosité et activité de la NACE Rév. 2», env_wasgen, dernière mise à jour le 30 septembre 2024, consulté le 22 octobre 2024, https://ec.europa.eu/eurostat/databrowser/view/env_wasgen/default/table ; Eurostat, «Évolution de la population – Bilan démographique et taux bruts au niveau national», demo_grind, consulté le 15 octobre 2024, https://ec.europa.eu/eurostat/databrowser/view/demo_gind/default/table?category=demo.demo_ind .
Matières premières critiques
La valorisation des matières premières critiques est couverte par la feuille de route de la France pour l’économie circulaire et fait également l’objet d’une stratégie spécifique sur la recyclabilité, le recyclage et la réincorporation des métaux précieux Cet aspect a également fait l’objet d’un financement spécifique au moyen de différents instruments notamment dans le cadre du plan d’investissement «France 2030». De nombreuses mesures visant à favoriser le réemploi ou le recyclage accru des matières premières critiques sont mises en œuvre au moyen de régimes de responsabilité élargie des producteurs.
Déchets de construction et de démolition
Les déchets de construction et de démolition représentent près de 40 % du total des déchets produits dans l’UE. Une étude récente du Centre commun de recherchemontre que, d’un point de vue environnemental, les activités de recyclage et de préparation en vue du réemploi sont préférables à l’incinération et à la mise en décharge pour la plupart des différents flux de déchets de construction et de démolition. Toutefois, les aspects économiques de ces activités sont souvent désavantageux par rapport à l’incinération et à la mise en décharge. Si la technologie disponible était mise en œuvre, on estime que l’augmentation des activités de recyclage et de préparation en vue du réemploi permettrait d’éviter l’émission de 33 millions de tonnes de gaz à effet de serre (GES) supplémentaires chaque année (soit plus que, par exemple, les émissions annuelles cumulées de l’Estonie, de la Lettonie et du Luxembourg).
Le taux de recyclage et de préparation en vue du réemploi des déchets minéraux de construction et de démolition en France était de 65 % en 2022, contre 79,8 % en moyenne pour l’UE. Les mesures visant à accroître encore le taux de recyclage et de préparation en vue du réemploi des déchets de construction et de démolition comprennent la collecte séparée à la source, par exemple au moyen d’audits de prédémolition numérisés(«évaluations des ressources»), des régimes de responsabilité élargie des producteurs et d’autres instruments économiques ainsi que des mesures en amont telles que l’augmentation des contenus recyclés dans les produits de construction et la conception circulairedes travaux de construction.
Stimuler la mise en œuvre de la politique environnementale – le rapport d’alerte sur les déchets de 2023
La présente section se concentre sur la gestion des déchets municipaux pour laquelle le droit de l’Union fixe des objectifs de recyclage obligatoires. En juin 2023, la Commission a publié le rapport d’alerte sur les déchets , qui recense les tendances générales en matière de gestion des déchets et indique quels sont les États membres qui risquent de ne pas atteindre les objectifs fixés pour 2025 en matière de déchets (voir illustration 4). La France fait partie de la catégorie de pays qui risquent de ne pas atteindre les objectifs de recyclage des déchets municipaux, mais pas l’objectif relatif aux déchets d’emballages.
Illustration 4: probabilité que les États membres atteignent les objectifs fixés en matière de recyclage et de préparation en vue du réemploi des déchets municipaux et des déchets d’emballages
| | États membres non à risque de ne pas atteindre l’objectif en matière de recyclage et de préparation en vue du réemploi de 55 % pour les déchets municipaux et l’objectif de recyclage de 65 % pour les déchets d’emballages |
| | États membres à risque de ne pas atteindre l’objectif en matière de recyclage et de préparation en vue du réemploi pour les déchets municipaux mais non à risque de ne pas l’atteindre pour les déchets d’emballages |
| | États membres à risque de ne pas atteindre les deux objectifs |
| | Couverture extérieure |
Source: Agence européenne pour l’environnement (AEE), «Many EU Member States not on track to meet recycling targets for municipal waste and packaging waste», briefing nº 28/2022, Copenhague, 2023. Données de référence © ESRI.
Sous certaines conditions, la législation de l’UE sur les déchets permet aux États membres de reporter les délais fixés pour atteindre certains objectifs de gestion des déchets, notamment dans les domaines des déchets municipaux, des déchets d’emballages et de la mise en décharge. Les États membres ont le droit de bénéficier de ce report s’ils en font la demande à la Commission dans le délai fixé par la législation de l’UE en matière de déchets et s’ils présentent un plan de mise en œuvre décrivant les mesures qu’ils prendront pour atteindre les objectifs reportés dans un nouveau délai. En ce qui concerne les objectifs pour 2025, 11 États membres, dont ne fait pas partie la France, ont fait usage de cette prérogative.
Dans le rapport d’alerte sur les déchets, la Commission a recommandé aux États membres d’accélérer leurs efforts visant à améliorer leurs performances en matière de recyclage. D’une part, la Commission travaille avec les autorités nationales et les parties prenantes en vue d’accélérer la mise en œuvre des mesures nécessaires à la réalisation des objectifs, y compris au moyen d’un financement spécifique. D’autre part, la Commission prend actuellement des mesures coercitives à l’encontre des États membres, dont fait partie la France, qui, sur la base des données qui lui ont été communiquées, n’atteignent pas les objectifs de la directive-cadre sur les déchets, de la directive relative aux emballages et aux déchets d’emballages et de la directive relative aux déchets d’équipements électriques et électroniques
Déchets municipaux
La production de déchets municipaux en France a légèrement diminué entre 2010 et 2016 (illustration 5). Après une augmentation en 2016, due à l’élargissement de la portée des rapports et aux changements intervenus dans la collecte de données sur le traitement, la production de déchets par habitant est restée relativement stable. En 2022, le pays a généré 535 kg de déchets municipaux par habitant, ce qui est très proche de la moyenne de l’UE à 27, estimée à 513 kg par habitant.
Illustration 5: Gestion et recyclage des déchets municipaux (y compris préparation en vue du réemploi), 2010-2022
Source: Eurostat, «Déchets municipaux par opérations de gestion des déchets», consulté le 22 octobre 2024, https://ec.europa.eu/eurostat/databrowser/view/ENV_WASMUN/default/table .
Le taux de recyclage des déchets municipaux a légèrement augmenté, passant de 36 % en 2010 à 41 % en 2022 (illustration 6), ce qui est inférieur à la moyenne (estimée) de l’UE à 27, qui était de 49 % pour la même année. Le taux d’incinération en France est resté stable, à 31 % en 2022. Sur la même période, le taux de mise en décharge est passé de 29 % en 2010 à 23 % en 2022.
Illustration 6: Taux de recyclage (y compris préparation en vue du réemploi) et de mise en décharge (en %), 2010-2022
Source: Eurostat, «Déchets municipaux par opérations de gestion des déchets», consulté le 22 octobre 2024, https://ec.europa.eu/eurostat/databrowser/view/ENV_WASMUN/default/table .
Depuis 2016, les quantités de déchets traités sont directement tirées d’une enquête sur les installations de traitement, au lieu de provenir des collecteurs de déchets. Depuis l’année de référence 2020, de nouvelles règles de déclaration s’appliquent pour le calcul du taux de recyclage des déchets municipaux conformément aux objectifs fixés à l’article 11, paragraphe 2, points c) à e), de la directive 2008/98/CE. Il est toutefois difficile de savoir, sur la base des informations disponibles, si ces nouvelles règles de déclaration ont déjà été mises en œuvre en France.
À cet égard, la Commission a engagé une procédure d’infraction en juillet 2024 à l’encontre de la France pour non-respect des objectifs en matière de déchets fixés dans la directive-cadre relative aux déchets et dans la directive relative aux déchets d’équipements électriques et électroniques
Une transposition adéquate de la législation de l’UE en matière de déchets est également primordiale pour garantir sa bonne mise en œuvre. À cet égard, la Commission a engagé des procédures d’infraction contre la France pour transposition incorrecte de la directive-cadre relative aux déchets modifiée (directive 2018/851)et de la directive sur les plastiques à usage unique [directive (UE) 2019/904]
Déchets d’emballages
La production de déchets d’emballages en France est restée relativement stable depuis 2010 (illustration 7). Le pays a généré 188 kg de déchets municipaux par habitant en 2022, ce qui est très proche de la moyenne (estimée) de l’UE à 27, de 186 kg par habitant pour la même année . Ce volume provient principalement des déchets d’emballages en papier, en carton et en verre, qui représentent la part la plus élevée des déchets d’emballages.
Illustration 7: production de déchets d’emballages, 2010-2022

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