COMMISSION EUROPÉENNE
Strasbourg, le 8.7.2025
SWD(2025) 901 final
DOCUMENT DE TRAVAIL DES SERVICES DE LA COMMISSION
Rapport 2025 sur l’état de droit
Chapitre consacré à la situation de l’état de droit en Belgique
accompagnant le document:
Communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil, au Comité économique et social européen et au Comité des régions
Rapport 2025 sur l'état de droit
La situation de l’état de droit dans l’Union européenne
{COM(2025) 900 final} - {SWD(2025) 902 final} - {SWD(2025) 903 final} - {SWD(2025) 904 final} - {SWD(2025) 905 final} - {SWD(2025) 906 final} - {SWD(2025) 907 final} - {SWD(2025) 908 final} - {SWD(2025) 909 final} - {SWD(2025) 910 final} - {SWD(2025) 911 final} - {SWD(2025) 912 final} - {SWD(2025) 913 final} - {SWD(2025) 914 final} - {SWD(2025) 915 final} - {SWD(2025) 916 final} - {SWD(2025) 917 final} - {SWD(2025) 918 final} - {SWD(2025) 919 final} - {SWD(2025) 920 final} - {SWD(2025) 921 final} - {SWD(2025) 922 final} - {SWD(2025) 923 final} - {SWD(2025) 924 final} - {SWD(2025) 925 final} - {SWD(2025) 926 final} - {SWD(2025) 927 final} - {SWD(2025) 928 final} - {SWD(2025) 929 final} - {SWD(2025) 930 final} - {SWD(2025) 931 final}
Résumé
Le niveau de perception de l’indépendance du système de justice en Belgique reste élevé. Le gouvernement maintient son intention de transférer des pouvoirs de gestion budgétaire pour l’administration de la justice de l’exécutif au pouvoir judiciaire. À la suite de l’adoption de directives interdisant l’enregistrement des réunions entre les avocats et leurs clients, les avocats ont demandé des garanties procédurales supplémentaires pour protéger la confidentialité des communications entre avocats et clients. Des mesures supplémentaires ont été prises pour combler les lacunes structurelles en matière de ressources dans le système de justice, telles que la publication de tous les postes vacants de magistrats et de personnel des tribunaux, bien qu’une approche structurelle à long terme soit nécessaire. Le gouvernement répond aux critiques de la Cour des comptes concernant la gestion de la numérisation de la justice. Des mesures supplémentaires ont été prises pour améliorer l’efficience de la justice, notamment en réduisant la durée des procédures sur la base de données statistiques complètes.
De nouvelles structures d’enquête et de poursuites ciblant également la corruption seront mises en place. La bonne coopération entre l’Office central pour la répression de la corruption et les parquets se poursuit, bien que des inquiétudes aient été formulées quant au traitement de certaines affaires importantes de corruption à haut niveau. Certaines mesures sont envisagées pour renforcer les procédures d’intégrité au sein de la police. Des lacunes persistent dans le suivi et l’application des politiques existantes en matière d’intégrité, ainsi que dans la vérification et la transparence des déclarations de patrimoine et d’intérêts. Le nouveau gouvernement n’a pas encore pris de décision sur l’opportunité d’élaborer des règles en matière de lobbying. La Chambre des représentants a légèrement mis à jour ses règles en matière de cadeaux et d’avantages, tandis que des lacunes subsistent dans les règles relatives au «(rétro)pantouflage». Une attention accrue est accordée à la lutte contre les risques élevés de corruption à la fois au niveau local et liés à la criminalité organisée.
Malgré des difficultés, les autorités de régulation des médias du pays ont pris des mesures pour adapter leurs stratégies tout en maintenant une base juridique solide pour leur indépendance. En Belgique, les médias de service public sont confrontés à divers défis dans les trois communautés, notamment en ce qui concerne les structures de gouvernance et les pressions budgétaires. L’évolution récente de la législation a entraîné certaines améliorations en ce qui concerne l’accès aux documents publics, mais d’autres améliorations procédurales sont nécessaires. Le gouvernement a pris des mesures pour renforcer la protection juridique des journalistes, telles que la dépénalisation de la diffamation et l’introduction de sanctions plus sévères pour les crimes commis à l’encontre de journalistes.
L’Institut fédéral des droits humains a fait part de ses préoccupations concernant le budget de l’organe interfédéral de promotion de l’égalité. Des mesures limitées ont été prises pour veiller à ce que les autorités publiques se conforment aux décisions définitives des juridictions nationales, tandis que la surveillance exercée par le Conseil de l’Europe sur les problèmes structurels recensés par la Cour européenne des droits de l’homme se poursuit. Malgré un niveau élevé de protection en vertu de la loi, l’espace civique reste restreint et les parties prenantes font part de leurs préoccupations quant aux nouveaux obstacles au droit de manifester.
Recommandations
Dans l’ensemble, en ce qui concerne les recommandations figurant dans le rapport 2024 sur l’état de droit, la Belgique:
·a accompli certains progrès supplémentaires en ce qui concerne les efforts visant à combler les lacunes structurelles en matière de ressources dans le système de justice, en tenant compte des normes européennes sur les ressources du système de justice;
·a accompli certains progrès supplémentaires en ce qui concerne les efforts déployés pour améliorer l’efficience de la justice, notamment en réduisant la durée des procédures sur la base de données statistiques complètes;
·a accompli certains progrès dans le renforcement du cadre d’intégrité passant par l’adoption de règles sur les cadeaux et les avantages accordés aux membres du Parlement et des progrès limités dans le cadre du renforcement des règles sur le (rétro)pantouflage pour le gouvernement et ses cabinets;
·n’a·accompli aucun progrès pour achever la réforme législative sur le lobbying, en établissant un cadre comprenant un registre de transparence et une empreinte législative applicables à la fois aux membres du Parlement et du gouvernement;
·a accompli certains progrès supplémentaires en ce qui concerne les efforts visant à renforcer le cadre régissant l’accès aux documents officiels, notamment en améliorant les procédures de demande et de recours, tout en tenant compte des normes européennes sur l’accès aux documents officiels;
·a accompli des progrès limités en ce qui concerne les mesures prises pour assurer l’exécution, par les pouvoirs publics, des décisions définitives des juridictions nationales et de la Cour européenne des droits de l’homme.
Sur cette base, et eu égard aux autres évolutions intervenues au cours de la période de référence, et outre les engagements pertinents pris au titre du plan national pour la reprise et la résilience, il est recommandé à la Belgique de prendre les mesures suivantes:
·poursuivre les efforts visant à combler les lacunes structurelles en matière de ressources dans le système de justice, en tenant compte des normes européennes sur les ressources du système de justice;
·poursuivre les efforts déployés pour améliorer l’efficience de la justice, notamment en réduisant la durée des procédures sur la base de données statistiques complètes;
·renforcer le cadre d’intégrité, notamment en adoptant des règles sur les cadeaux et les avantages accordés aux membres du Parlement, ainsi que des règles sur le (rétro)pantouflage pour le gouvernement et ses cabinets;
·achever la réforme législative sur le lobbying, en établissant un cadre comprenant un registre de transparence et une empreinte législative applicables à la fois aux membres du Parlement et du gouvernement;
·poursuivre encore les efforts visant à renforcer le cadre régissant l’accès aux documents officiels, notamment en améliorant les procédures de demande et de recours, tout en tenant compte des normes européennes sur l’accès aux documents officiels;
·prendre des mesures pour assurer l’exécution, par les pouvoirs publics, des décisions définitives des juridictions nationales et de la Cour européenne des droits de l’homme.
I.Système de justice
Indépendance
Le niveau d’indépendance de la justice en Belgique reste perçu comme étant élevé par le grand public et par les entreprises. Au total, 64 % du grand public et 72 % des entreprises avaient une perception «plutôt satisfaisante» ou «très satisfaisante» du degré d’indépendance des juridictions et des juges en 2025 . Le degré de perception de l’indépendance de la justice parmi le grand public a augmenté par rapport à 2024 (61 %) et a légèrement diminué par rapport à 2021 (66 %). L’indépendance perçue de la justice par les entreprises a fortement augmenté par rapport à 2024 (64 %), de même que par rapport à 2021 (58 %).
Le gouvernement maintient son intention de transférer des pouvoirs de gestion budgétaire pour l’administration de la justice de l’exécutif au pouvoir judiciaire. Une fois le transfert achevé, les organes directeurs des trois «piliers» du pouvoir judiciaire (la Cour de cassation, le Collège des cours et tribunaux et le Collège des procureurs généraux) seront directement responsables de la gestion des budgets et de la politique du personnel. Les discussions se poursuivent sur les modalités exactes du transfert. Avant le transfert, une réflexion sera menée sur la manière d’améliorer le cadre d’affectation du personnel judiciaire et des magistrats, par exemple sur la base de mesures régulières de la charge de travail. Selon le gouvernement, cette augmentation de l’autonomie de gestion du pouvoir judiciaire ne peut être mise en œuvre sans une réforme du système d’évaluation et de discipline . Le Conseil supérieur de la justice et la Cour de cassation ont toutefois critiqué le gouvernement pour avoir fait un lien entre l’efficacité et les questions disciplinaires.
À la suite de l’adoption de directives interdisant l’enregistrement des réunions entre les avocats et leurs clients, les avocats ont demandé des garanties procédurales supplémentaires pour protéger la confidentialité des communications entre avocats et clients. Comme indiqué dans le rapport 2024 sur l’état de droit, les directives interdisant l’enregistrement des réunions entre les avocats et leurs clients ont renforcé la confidentialité de leurs échanges. Le gouvernement a souligné la nécessité de prévoir certaines limitations à la confidentialité des communications entre les avocats et leurs clients afin de préserver l’intérêt public (par exemple, la protection des lanceurs d’alerte). Les ordres des barreaux ont toutefois demandé des garanties procédurales supplémentaires. En particulier, ils estiment que les juges d’instruction qui décident si la communication entre les avocats et leurs clients est confidentielle (et qui devraient donc être exclus du dossier) ne devraient pas traiter l’affaire au fond. Les ordres des barreaux et la Cour de cassation ont en outre critiqué le recours à la visioconférence dans les affaires civiles et pénales, en raison de son éventuelle incidence négative sur la confidentialité des échanges entre les avocats et leurs clients. Les ordres des barreaux ont également manifesté leur inquiétude quant aux critiques publiques formulées à l’encontre du pouvoir judiciaire et des avocats par certains responsables politiques, qui, selon eux, sapent le rôle fondamental qu’ils doivent jouer dans le cadre du respect de l’état de droit.
Qualité
Des progrès ont été accomplis en vue de combler les lacunes structurelles en matière de ressources dans le système de justice, telles que la publication de tous les postes vacants de magistrats et de personnel des tribunaux, bien qu’une approche structurelle à long terme soit nécessaire. Le budget consacré au système de justice et le nombre de juges professionnels pour 100 000 habitants restent inférieurs à la moyenne de l’UE et, étant donné que la Belgique avait un gouvernement en affaires courantes entre juin 2024 et février 2025, des ressources budgétaires supplémentaires n’ont pu être octroyées au cours de cette période. Le nouveau gouvernement a exempté le pouvoir judiciaire des coupes budgétaires. En outre, le nombre de juges et de procureurs a augmenté de 5 % entre 2020 et 2024 et tous les postes vacants de magistrats et de personnel des tribunaux ont été publiés, même si un nombre important de ceux-ci n’ont pas pu être pourvus. À cet égard, la Cour de cassation et le Conseil supérieur de la justice pointent les salaires trop peu attrayants et les conditions de travail difficiles dans le système de justice . Les ordres des barreaux regrettent en outre la suppression du privilège de compétence pour les avocats exerçant en tant que juges suppléants, compte tenu de la volonté de nombreux avocats de remédier à la pénurie de juges en exerçant comme substitut . Tout en reconnaissant les efforts déployés, le Comité des ministres du Conseil de l’Europe a demandé à plusieurs reprises une perspective structurelle à long terme pour le budget du système de justice et du personnel judiciaire . Dans l’ensemble, des progrès supplémentaires ont été accomplis en ce qui concerne la recommandation de 2024.
Le gouvernement répond aux critiques de la Cour des comptes concernant la gestion de la numérisation de la justice. En décembre 2024, la Cour des comptes belge a relevé de graves lacunes dans la stratégie de numérisation de la justice. Elle cite notamment l’absence d’approche globale, une utilisation inefficace des ressources et le recours excessif à des consultants externes, ainsi qu’un manque de contrôle générant des risques de fraude . Le gouvernement a communiqué un premier plan d’action à la Cour des comptes le 2 septembre 2024 en réponse à son projet de recommandations. Il indique que de nombreuses actions ont déjà été engagées ou finalisées pour améliorer la gouvernance, la coordination, la responsabilité (financière) et l’exclusion des risques de fraude. Les ordres des barreaux appellent à la création d’un point de contact centralisé au sein du ministère de la justice, chargé de suivre la vision et l’avancement des projets de numérisation en collaboration avec les acteurs de la justice.
Efficience
Des progrès ont été accomplis en vue d’améliorer l’efficience de la justice, notamment en réduisant la durée des procédures sur la base de données statistiques complètes. La longueur des procédures et l’arriéré judiciaire en Belgique sont des problèmes de longue date. Le 28 novembre 2024, le Conseil supérieur de la justice a publié un rapport complémentaire consacré à la Cour d’appel de Bruxelles, où l’arriéré et le délai de traitement restent très problématiques . Aucune vue d’ensemble complète de l’efficience de la justice n’est encore disponible, en raison d’un manque persistant de données sur les procédures judiciaires. Le Collège des cours et tribunaux déploie des efforts supplémentaires pour améliorer les statistiques et la cartographie de l’arriéré judiciaire. Au début de l’année 2025, il a publié des données sur la durée des affaires pénales traitées par les cours d’appel. Un projet de gestion de dossiers financé au titre de la facilité pour la reprise et la résilience facilitera la collecte de statistiques . Le délai de jugement dans les affaires civiles et commerciales devant les juridictions de première instance était de 246 jours en 2023. Aucune donnée n’est disponible pour les années précédentes. Le délai estimé pour statuer dans les affaires administratives devant les tribunaux de première instance a augmenté (passant de 288 jours en 2022 à 360 en 2023). Le gouvernement indique que la création de chambres de règlement amiable devrait également contribuer à réduire encore l’arriéré . Dans l’ensemble, des progrès supplémentaires ont été accomplis en ce qui concerne la recommandation de 2024.
II.Cadre de lutte contre la corruption
Les experts, les citoyens et les dirigeants d’entreprises estiment que le niveau de corruption demeure relativement faible dans le secteur public. Dans l’indice de perception de la corruption de Transparency International, publié en 2024, la Belgique obtient un score de 69/100 et se classe au 9e rang dans l’Union européenne et au 22e rang dans le monde . Cette perception du niveau de corruption s’est considérablement accrue au cours des cinq dernières années. L’enquête «Eurobaromètre spécial» de 2025 sur la corruption montre que 59 % des personnes interrogées estiment que la corruption est répandue dans leur pays (moyenne de l’UE: 69 %) et que 18 % des personnes interrogées se sentent personnellement touchées par la corruption dans leur vie quotidienne (moyenne de l’UE: 30 %). En ce qui concerne les entreprises, 54 % d’entre elles estiment que la corruption est répandue (moyenne de l’UE: 63 %) et 30 % estiment que la corruption est un problème dans le monde des affaires (moyenne de l’UE: 35 %). En outre, 49 % des personnes interrogées estiment qu’il existe un nombre suffisant d’actions pénales ayant abouti à des condamnations pour décourager les pratiques de corruption (moyenne de l’UE: 36 %), tandis que 40 % des entreprises estiment que les personnes et les entreprises poursuivies pour corruption d’un haut fonctionnaire sont sanctionnées de manière appropriée (moyenne de l’UE: 33 %) .
De nouvelles structures d’enquête et de poursuites, qui viseront en particulier la corruption, seront mises en place. Le nouveau gouvernement a l’intention de créer un nouveau service d’enquête financière (le SRFF) et un parquet spécialisé dans la criminalité financière et la corruption, qui serait mis en place au sein des structures de poursuite actuelles. Cette mesure s’inscrit dans le cadre d’une approche globale «suivez l’argent» ciblant la criminalité organisée. Les propositions détaillées sont encore attendues, notamment en ce qui concerne la répartition exacte des compétences, étant donné que des discussions sont toujours en cours entre le gouvernement et les parquets.
La bonne coopération entre l’Office central pour la répression de la corruption et les parquets se poursuit, bien que des inquiétudes subsistent quant au traitement de certaines affaires importantes de corruption à haut niveau. La bonne coopération entre l’Office central pour la répression de la corruption (OCRC) et les parquets se poursuit, tout comme le travail effectué dans plusieurs affaires complexes de corruption à haut niveau. Le ministère public continue d’élaborer des orientations spécifiques à l’intention des procureurs dans le domaine de la criminalité économique et fiscale . La société civile fait part de ses préoccupations quant aux ressources affectées aux instances chargées de faire respecter la loi et au ministère public. Les allégations de fuites d’informations dans des enquêtes sensibles en matière de corruption et d’influence politique indue liées aux travaux de l’OCRC constituent une source de préoccupation et, selon la société civile, elles pourraient avoir une incidence sur la confiance du public dans l’OCRC. En réponse à ces allégations, les services répressifs réaffirment l’indépendance de l’OCRC telle qu’elle est consacrée par la loi. En 2024, les parquets ont signalé 367 nouveaux dossiers de corruption , dont 90 ont été classés sans suite, tandis que 7 ont fait l’objet d’un acte d’accusation (en janvier 2025) . Le Parquet européen a signalé sept affaires de corruption parmi ses affaires en cours (ce qui représente 5,1 % du total de ses affaires en cours) en 2024 en Belgique . Les enquêtes et les poursuites dans les affaires de corruption transnationale restent limitées. Un nouveau rapport de l’OCDE critique en particulier le faible nombre d’enquêtes et de poursuites pour des faits de corruption transnationale, la faible sensibilisation des entreprises aux risques de corruption transnationale, ainsi que le peu d’enquêtes et le faible niveau de sanctions ciblant spécifiquement les personnes morales. Le ministère public n’a signalé que quatre affaires de corruption transnationale enregistrées entre 2022 et 2024 .
Certaines améliorations concernant l’intégrité de la police sont à l’étude pour relever les défis en matière de prévention de la corruption au sein de la police. Les 181 zones de police locale appliquent des politiques d’intégrité distinctes et les zones de police plus petites n’ont pas de politique d’intégrité efficace . Les autorités n’ont pas progressé dans l’élaboration d’un code de déontologie destiné à l’ensemble de la police intégrée, telle que recommandée par le GRECO et, surtout, les parties prenantes considèrent que la politique d’intégrité des services de police est insuffisante . Néanmoins, plusieurs actions sont envisagées pour lutter contre le risque de corruption au sein de la police. Le nouveau gouvernement a annoncé qu’il autoriserait les fusions volontaires des zones de police locale afin qu’elles puissent opérer à plus grande échelle, ce qui pourrait également offrir des possibilités d’améliorer la politique d’intégrité. Des projets de mise en place d’examens et de contrôles d’intégrité tout au long de la carrière d’un fonctionnaire de police sont à l’étude, une proposition qui n’avait jamais été avancée auparavant. Le comité P a signalé, de manière générale, un manque d’attention portée à l’intégrité lors du recrutement, de la sélection et de la formation des nouveaux fonctionnaires de police.
Des lacunes subsistent dans le suivi et l’application des politiques existantes en matière d’intégrité en ce qui concerne les ministres, leurs cabinets et les membres du Parlement. Des lacunes subsistent dans les politiques d’intégrité existantes, notamment en raison de l’absence de tout mécanisme de suivi et d’exécution . Le renforcement des contrôles de l’application du code de déontologie des mandataires publics fédéraux est une priorité du nouveau ministre de la fonction publique. Toutefois, en l’absence de tout mécanisme de suivi, la manière dont ces contrôles seront effectués dans la pratique n’est pas claire. La formation et la sensibilisation à l’intégrité doivent encore être renforcées. La Commission fédérale de déontologie s’est inquiétée de la dispersion des compétences en matière de politique d’intégrité entre différents organes et a recommandé le renforcement de son propre rôle en tant qu’organe consultatif. En ce qui concerne la fonction publique fédérale, le Bureau Intégrité poursuit ses travaux avec le réseau fédéral des coordinateurs d’intégrité, tous les ministères ayant désormais désigné un coordinateur d’intégrité.
Des lacunes subsistent en ce qui concerne la vérification et la transparence des déclarations de patrimoine et d’intérêts. Comme indiqué dans les rapports précédents sur l’état de droit, le système de déclarations de patrimoine ne garantit pas une vérification et une transparence adéquates, étant donné que la Cour des comptes reçoit les déclarations sous pli fermé et que seuls les juges d’instruction y ont accès dans le cadre d’enquêtes pénales. Le Parlement a fait part de son intention d’œuvrer à l’élaboration de règles plus complètes sur les déclarations de patrimoine des parlementaires à long terme, mais aucun projet immédiat n’a été présenté par le gouvernement ou le Parlement . Le niveau de respect de l’obligation de présenter des déclarations est très élevé, étant donné que 99 % des personnes tenues de s’y conformer l’ont fait dans les délais. En l’absence de vérification adéquate, l’exactitude de la déclaration relève de la seule responsabilité individuelle de la personne qui la fait . Les organisations de la société civile continuent à critiquer le manque de transparence des déclarations de patrimoine ainsi que l’organisation du système dans son ensemble .
Aucun progrès n’a été accompli en ce qui concerne l’achèvement de la réforme du cadre législatif relatif au lobbying, étant donné que le nouveau gouvernement n’a pas encore pris de décision sur le projet de règles en la matière applicables aux membres du gouvernement. Le précédent gouvernement avait présenté des projets de loi et d’arrêté prévoyant des règles régissant les contacts entre les lobbyistes et les membres de l’exécutif fédéral et il avait reçu l’avis du Conseil d’État et de l’autorité chargée de la protection des données. Le nouveau gouvernement examine actuellement ces projets et doit encore décider s’il entend poursuivre cette réforme. La société civile ne s’attend pas à une décision prochainement et a critiqué le gouvernement pour son manque d’ambition dans ce domaine. Le Parlement sortant s’était engagé à procéder à sa propre réforme en utilisant des définitions similaires à celles du gouvernement et en évitant les doubles enregistrements , mais il n’est pas certain que le nouveau Parlement ait l’intention d’adopter la même approche. Étant donné qu’aucune autre mesure n’a été prise par le gouvernement ou le Parlement, aucun progrès n’a été accompli par rapport à la recommandation formulée les années précédentes.
Des progrès ont été accomplis en ce qui concerne les règles sur les cadeaux et les avantages accordés aux membres du Parlement, par une mise à jour mineure du code de déontologie de la Chambre. Les membres du Sénat et de la Chambre des représentants sont soumis à une interdiction générale de recevoir des cadeaux en contrepartie de mesures prises au cours de leur mandat. Conformément à l’avis de la Commission fédérale de déontologie, la Chambre des représentants a clarifié une incohérence entre son code de déontologie et la législation applicable en matière de financement des partis politiques en mars 2024, afin de veiller à ce que les dons de citoyens à un parti politique ne soient pas considérés comme des cadeaux. Les lacunes recensées dans les précédents rapports sur l’état de droit n’ont pas été entièrement comblées, étant donné qu’il n’existe pas d’orientations concrètes à l’intention des membres du Parlement concernant le type de cadeaux qui serait acceptable (c’est-à-dire un seuil monétaire). Les informations relatives aux cadeaux acceptés et à leur origine ne sont pas enregistrées et, par conséquent, ne sont pas non plus visibles du public. Bien que les deux chambres du Parlement aient fait part de leur intention de continuer à traiter ces questions, aucune autre action ou texte concret n’a été présenté, et la Chambre des représentants a explicitement décidé de ne pas introduire de registre des cadeaux. Les ministres et les membres des cabinets ministériels demeurent soumis à des politiques distinctes en matière de cadeaux , tandis que la Commission fédérale de déontologie continue de fournir – sur demande – des avis individuels aux membres du Parlement, aux membres du gouvernement et aux titulaires de charges publiques de haut niveau sur les conflits d’intérêts potentiels. Eu égard aux efforts fournis pour clarifier les règles en matière de cadeaux et d’avantages à l’intention des membres du Parlement, des progrès ont été accomplis en ce qui concerne cette partie de la recommandation du rapport 2024 sur l’état de droit.
Des progrès limités ont été accomplis en ce qui concerne les règles relatives au «(rétro)pantouflage». Dans une circulaire de juin 2024, le ministre sortant de la fonction publique a attiré l’attention sur le risque de conflits d’intérêts après la cessation de fonctions et de «(rétro)pantouflage» dans la fonction publique fédérale et a brossé un tableau des mesures existantes. La circulaire présente également les éléments possibles d’une politique préventive concernant les conflits d’intérêts après la cessation des fonctions et le (rétro)pantouflage, y compris l’interdiction légale existante pour les anciens fonctionnaires de participer à des marchés publics pendant les deux ans qui suivent la fin de leur emploi . S’il est important de sensibiliser le public à cette question, cette circulaire non contraignante n’a pas introduit de nouvelles règles ni remédié aux lacunes existantes pour les membres du gouvernement, leurs cabinets ou, plus généralement, les fonctionnaires. Le service fédéral d’audit interne réalise un audit thématique sur la manière dont les différents ministères et agences du service public fédéral traitent la question du (rétro)pantouflage dans les procédures de passation de marchés publics. Les recommandations contenues dans l’avis d’initiative de la Commission fédérale de déontologie sur le sujet n’ont été suivies par aucune institution . Par conséquent, étant donné que des mesures préliminaires ont été prises pour combler ces lacunes, des progrès limités ont été accomplis sur cette partie de la recommandation formulée dans le rapport 2024 sur l’état de droit.
Il n’existe pas d’autre projet de réforme du cadre de financement des partis politiques. Le gouvernement et le Parlement sortants ne sont pas parvenus à se mettre d’accord sur une réforme du financement des partis politiques, malgré de longs préparatifs et les préoccupations des parties prenantes . En l’absence d’un tel accord, le nouveau gouvernement n’a pas l’intention de poursuivre l’examen de la question.
La protection des lanceurs d’alerte est largement en place, tandis que des règles spécifiques applicables à certaines catégories d’employés publics doivent encore être adoptées. Bien que des règles de protection des lanceurs d’alerte aient été largement mises en place, des règles spécifiques applicables aux employés du système de justice et des services de sécurité de l’État sont toujours attendues. En 2025, une loi a été adoptée pour réglementer la protection des lanceurs d’alerte au sein de la Chambre des représentants et du Sénat . Le champ d’application matériel de cette loi a été limité aux violations du droit de l’Union compte tenu de la particularité des activités parlementaires et afin de prévenir les abus. L’Institut fédéral des droits humains et les parties prenantes ont critiqué le champ d’application limité de cette loi, étant donné qu’elle prévoit un champ d’application matériel plus restreint pour les fonctionnaires travaillant au Parlement que le régime général applicable aux fonctionnaires travaillant au niveau du gouvernement fédéral. Le médiateur fédéral et l’Institut fédéral des droits humains ont publié un guide pratique à l’intention des lanceurs d’alerte afin de les aider à naviguer dans la législation et les différents systèmes. Le médiateur fédéral (en tant que canal de signalement externe) indique que les signalements dans le secteur privé sont généralement déclarés irrecevables (actuellement 87 %) parce qu’ils concernent des questions ne relevant pas du champ d’application de la loi. Par ailleurs, les mécanismes de signalement du secteur public semblent bien fonctionner .
Une attention accrue est accordée à la lutte contre les risques élevés de corruption à la fois au niveau local et liés à la criminalité organisée. Le rapport Eurobaromètre Flash sur l’attitude des entreprises à l’égard de la corruption dans l’UE indique que 27 % des entreprises en Belgique (25 % en moyenne dans l’UE) considèrent que la corruption les a empêchées en pratique de remporter un appel d’offres ou un marché public au cours des trois dernières années . 67 % estiment que le degré d’indépendance de l’organe d’évaluation en matière de marchés publics (Conseil d’État) est très bon ou assez bon. Le tableau de bord du marché unique et de la compétitivité sur l’accès aux marchés publics en Belgique indique que la part des soumissionnaires uniques est de 26 % pour 2023 [moyenne de l’UE: 29 %]. Les marchés publics demeurent un domaine présentant un risque élevé de corruption et les parties prenantes font état d’une faible transparence des marchés publics . La faible prise de conscience de la notion de conflit d’intérêts au niveau local continue de représenter un risque élevé de corruption, à la suite d’un certain nombre d’allégations de conflits d’intérêts impliquant des bourgmestres et des échevins, souvent liés à des transactions immobilières, détectés au cours de la période 2022-2025 . Le nouveau gouvernement flamand a fait de ces affaires une priorité. La société civile met en évidence les différences entre les capacités d’audit au niveau régional. Les autorités admettent que les cas de corruption de fonctionnaires sont souvent liés aux groupes criminels organisés et à la criminalité liée à la drogue. Parmi les cas récurrents, il convient de citer les fonctionnaires qui accèdent à des bases de données, sans y être autorisés, afin d’obtenir des données spécifiques qu’ils transmettent à des groupes criminels en échange de paiements substantiels . La police souligne la nécessité d’accroître les opérations de vérification des antécédents des employés.
III.Pluralisme et liberté des médias
Les autorités de régulation des médias ont accompli des progrès dans l’adaptation de leurs stratégies tout en maintenant une base juridique solide pour leur indépendance. En Flandre, l’autorité flamande de régulation des médias (VRM) continue de fonctionner en tant qu’agence autonome externe, jouissant de garanties juridiques, financières et opérationnelles renforcées. Elle a été désignée en tant qu’autorité compétente au titre du règlement sur les services numériques (DSA) et jouera un rôle clé dans la supervision de la mise en œuvre du règlement européen sur la liberté des médias (EMFA), y compris dans des domaines tels que la transparence de la propriété des médias et la réglementation des plateformes. Bien qu’aucun nouveau financement n’ait encore été alloué à la mise en œuvre du règlement européen sur la liberté des médias, les effectifs de la VRM ont été renforcés à la fin 2023 afin de gérer de nouvelles tâches liées au règlement sur les services numériques et à d’autres responsabilités. Un changement juridique récent a également introduit un mécanisme de prolongation de six mois afin d’assurer la continuité des commissions de la VRM, renforçant ainsi son autonomie décisionnelle. En Communauté française, le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) reste un organe indépendant et doté de ressources suffisantes, jouissant de pouvoirs accrus au titre du règlement sur les services numériques et jouant un rôle central dans la préparation de la mise en œuvre du règlement européen sur la liberté des médias. Le Medienrat de la Communauté germanophone a subi un renforcement structurel important. En 2024, le Conseil de déontologie journalistique francophone (CDJ) a lancé sa première campagne de sensibilisation du public afin d’accroître la reconnaissance auprès du grand public et de souligner l’importance de la déontologie journalistique. Les relations entre le CDJ et le CSA suscitent de plus en plus de préoccupations. Bien que leurs compétences respectives soient formellement définies dans le décret de 2009, le chevauchement de leurs mandats dans la pratique a entraîné des tensions juridiques et procédurales qui ont conduit à l’ouverture d’une procédure devant le Conseil d’État. Des discussions sont en cours au niveau ministériel pour examiner le lien entre l’autorégulation journalistique et la régulation des médias. En Flandre, la relation entre le Raad voor de Journalistiek (RvJ) et la VRM est définie de manière plus claire et n’a pas entraîné les mêmes problèmes. Le RvJ et la VRM estiment qu’une plus grande reconnaissance est essentielle pour préserver la liberté de la presse et soutenir la fourniture d’informations fiables dans un environnement de l’information de plus en plus difficile.
En Belgique, les médias de service public sont confrontés à divers défis dans les trois communautés, notamment en ce qui concerne les structures de gouvernance et les pressions budgétaires. En Flandre, la Vlaamse Radio- en Televisieomroeporganisatie (VRT) a bénéficié de ressources supplémentaires dans le cadre du plan d’action 2024-2029 pour les médias . Le gouvernement flamand a réaffirmé le mandat de la VRT et a mis l’accent sur l’indépendance journalistique, l’impartialité et l’autonomie éditoriale. Toutefois, des préoccupations ont été exprimées quant à la composition du nouveau conseil d’administration et au renforcement du contrôle politique, y compris concernant des interpellations parlementaires sur des questions internes. La VRT invoque également la charge réglementaire croissante qui influe sur sa capacité à demeurer compétitive . En Fédération Wallonie-Bruxelles, le nouveau gouvernement a adopté en juillet 2024 une déclaration politique qui prévoit une révision prochaine du cadre juridique de la Radio-Télévision Belge de la communauté Française (RTBF) afin de se recentrer sur les missions de service public telles que l’information, la culture et l’éducation tout au long de la vie . Des contraintes budgétaires vont geler le financement de la RTBF aux niveaux de 2024 jusqu’en 2029, ce qui entraînera un déficit prévu de 78 millions d’EUR et un plan d’économies correspondant. Dans la Communauté germanophone, la Belgischer Rundfunk (BRF) continue de fonctionner dans un cadre stable et son contrat de gestion a été prolongé dans l’attente de nouvelles négociations . Bien que la composition de son conseil d’administration résulte de nominations politiques, la BRF est ouverte à une réforme de sa gouvernance, y compris à l’introduction éventuelle d’administrateurs indépendants, sur le modèle de la VRT . Dans les trois communautés, les radiodiffuseurs de service public soulignent la nécessité d’une clarté réglementaire, d’une viabilité financière et de l’autonomie pour maintenir leur mission de service public. Le rapport 2025 de l’instrument de surveillance du pluralisme des médias fait état d’un risque faible (17 %) sur le plan de l’indépendance politique des médias de service public, en augmentation par rapport à un niveau encore plus faible (3 %) en 2024.
L’évolution récente de la législation a entraîné certaines améliorations en ce qui concerne l’accès aux documents publics , mais des améliorations procédurales demeurent nécessaires. En 2024, une loi fédérale modifiant le cadre de 1994 sur la transparence administrative a été adoptée et est partiellement entrée en vigueur en juillet 2024. En outre, la Belgique a signé, mais n’a pas ratifié, la convention du Conseil de l’Europe sur l’accès aux documents publics. Toutefois, la publication de la loi fédérale se fait attendre et la Région wallonne doit encore adopter les arrêtés d’exécution. Si ces étapes constituent une tendance positive, les parties prenantes mettent en évidence certaines lacunes persistantes. Au niveau fédéral, trois régimes de publicité parallèles et deux instances de recours non contraignantes (dont une commission fédérale d’accès aux documents administratifs, la CADA) créent de l’incertitude et limitent l’efficacité. Compte tenu de leur caractère non contraignant, les décisions prises par ces organismes ne sont souvent pas suivies par les autorités publiques. La société civile continue de plaider en faveur de procédures simplifiées, de la fusion ou de la réforme des instances de recours et de l’habilitation de la CADA fédérale, dotée d’une autorité contraignante et de ressources adéquates, et soumise à la publication systématique de ses décisions. Les organisations de défense des droits de l’homme et des journalistes ont également fait part de leurs préoccupations quant à ce qu’elles estiment être des définitions peu claires du délit de divulgation de secrets d’État, dans le cadre d’une révision plus large du code pénal en mars 2024. Les représentants du gouvernement ont toutefois défendu la nouvelle disposition, affirmant qu’elle vise à moderniser des définitions obsolètes et que des garanties sont en place pour assurer la proportionnalité et protéger les activités journalistiques légitimes. En octobre 2024, les syndicats de journalistes et la Ligue des droits humains ont contesté cette disposition devant la Cour constitutionnelle, faisant valoir qu’elle pourrait ériger en infraction pénale la communication d’informations relevant de l’intérêt général. Globalement, quelques progrès ont été accomplis en ce qui concerne la recommandation formulée dans le rapport 2024 sur l’état de droit.
Le gouvernement a pris des mesures pour renforcer la protection juridique des journalistes. Il a notamment dépénalisé la diffamation et instauré des sanctions plus sévères pour les crimes commis à l’encontre de journalistes, reconnaissant ainsi leur rôle d’intérêt public. Des progrès ont également été accomplis en ce qui concerne les poursuites stratégiques altérant le débat public (SLAPP), la Belgique travaillant activement à la transposition de la directive de l’UE contre les poursuites-bâillons. La ministre de la justice envisage de présenter une proposition législative transposant la directive de l’UE sur les poursuites-bâillons pour examen au sein du gouvernement et, ultérieurement, pour adoption au Parlement. Le projet de loi propose des protections larges, couvrant les procédures civiles et pénales, et prévoit des mécanismes de soutien. Il a été élaboré en collaboration avec les associations de journalistes, en s’inspirant des travaux du groupe de travail national anti-SLAPP. Dans le même temps, les associations de journalistes et les radiodiffuseurs de service public font état d’intimidations juridiques et d’ingérences politiques croissantes. Les poursuites visant les principaux médias ont suscité des inquiétudes quant à la liberté de la presse et à l’usage abusif du dossier pénal. Le climat à l’égard des journalistes serait de plus en plus difficile, en particulier en ligne et pendant les manifestations, les médias faisant de plus en plus état de harcèlement, prenant notamment la forme de menaces et de pressions visant les journalistes et, parfois, leurs familles. Si des initiatives telles que PersVeilig.be offrent un appui, les parties prenantes insistent sur la nécessité d’un soutien institutionnel accru, de garanties plus solides et d’une meilleure coopération en matière d’application de la loi afin que les journalistes puissent travailler en toute sécurité et en toute indépendance. Depuis le rapport 2024 sur l’état de droit, six nouvelles alertes concernant la Belgique ont été enregistrées sur la plateforme du Conseil de l’Europe pour renforcer la protection du journalisme et la sécurité des journalistes. Le mécanisme Media Freedom Rapid Response a recensé 17 alertes, dont des menaces telles que des poursuites-bâillons, des ingérences politiques, des campagnes de diffamation, des arrestations arbitraires, des cyberattaques et des restrictions à l’accès des journalistes aux événements.
IV.Autres questions institutionnelles en rapport avec l’équilibre des pouvoirs
Les parties prenantes sont pour la plupart satisfaites des possibilités de participer à l’élaboration des politiques. Les représentants des associations professionnelles indiquent qu’ils sont généralement satisfaits de la manière dont ils sont consultés, bien qu’ils soient préoccupés par la fragmentation et les incohérences entre le cadre juridique au niveau fédéral et au niveau régional. L’Institut fédéral des droits humains met également en évidence un environnement institutionnel complexe. Le gouvernement ou le Parlement fédéral lui demande fréquemment son avis sur les initiatives législatives. Toutefois, en l’absence d’une obligation claire de consulter l’Institut, la fréquence et la nature de ce contact peuvent varier en fonction du mandataire public concerné.
Plus de la moitié des entreprises interrogées en Belgique expriment leur confiance dans l’efficacité de la protection des investissements. 60 % des entreprises sont «tout à fait convaincues» ou «plutôt convaincues» que les investissements sont protégés par la loi et les juridictions . Les parties prenantes ont confirmé qu’elles estimaient que la protection des investissements ne constituait pas un problème en Belgique. En ce qui concerne les autorités compétentes pour les opérateurs économiques, 53 % des entreprises perçoivent le degré d’indépendance de l’autorité de la concurrence comme très bon ou plutôt bon . Un certain nombre de mécanismes judiciaires sont en place au niveau du Conseil d’État pour assurer l’exécution des décisions des tribunaux administratifs, y compris des mesures disciplinaires à l’encontre des fonctionnaires responsables, la possibilité de remplacer les actes administratifs annulés et la possibilité d’accorder des dommages directs et indirects ainsi qu’une indemnisation.
L’Institut fédéral des droits humains a fait part de ses préoccupations concernant le budget de l’organe interfédéral de promotion de l’égalité. L’accord de gouvernement prévoyait une réduction de 25 % du budget du Centre interfédéral pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme et les discriminations (Unia). L’IFDH avertit que cette réduction du budget entraînera une diminution du niveau de protection des droits humains . Le gouvernement vise un statut A pour l’IFDH, ce qui nécessite la mise en place d’une structure compétente pour les questions relatives aux droits de l’homme entre les entités fédérées ainsi qu’au niveau fédéral. En outre, la Ligue des droits humains a réitéré son appel pour que les autorités belges veillent à ce que tous les organes de contrôle des droits de l’homme respectent les principes de Paris sur l’indépendance et l’efficacité, en particulier l’autorité chargée de la protection des données, le comité permanent de contrôle des services de police et l’organe de contrôle de l’information policière.
Des progrès limités ont été accomplis pour veiller à ce que les autorités publiques se conforment aux décisions définitives des juridictions nationales, tandis que la surveillance exercée par le Conseil de l’Europe sur les problèmes structurels recensés par la Cour européenne des droits de l’homme se poursuit. Le respect par le gouvernement des décisions définitives des juridictions nationales et des ordonnances infligeant des astreintes reste problématique, malgré un mémorandum commun des trois plus hautes juridictions (Cour constitutionnelle, Cour de cassation et Conseil d’État) adopté en juillet 2024 lui enjoignant de respecter les décisions de justice. En novembre 2024, l’IFDH a ouvert une enquête sur la non-exécution des décisions de justice rendues à l’encontre des autorités belges. Le gouvernement reste sous la surveillance du Comité des ministres du Conseil de l’Europe concernant les questions structurelles recensées par la Cour européenne des droits de l’homme. Il s’est engagé dans ce processus et a souligné sa détermination à remédier sans délai aux violations constatées tant au niveau individuel qu’au niveau général dans les arrêts de la Cour européenne des droits de l’homme, comme indiqué dans les plans d’action régulièrement mis à jour et communiqués au Comité des ministres . Toutefois, en septembre 2024, le Comité des Ministres a constaté que les mesures prises par le gouvernement belge étaient insuffisantes pour remédier aux problèmes systématiques identifiés dans l’arrêt Camara c. Belgique . Dans l’ensemble, des progrès limités ont été accomplis en ce qui concerne la recommandation de 2024.
Au 1er janvier 2025, la Belgique comptait 17 arrêts de référence de la Cour européenne des droits de l’homme en attente d’exécution, soit une diminution de quatre unités par rapport à l’année précédente . À cette date, la proportion d’arrêts de référence des dix dernières années qui avaient été exécutés en Belgique était de 70 % (contre 61 % en 2024; 30 % restaient en attente d’exécution) et les arrêts étaient en attente d’exécution depuis 4 ans et 9 mois en moyenne (contre 3 ans et 11 mois en 2024) . L’arrêt de référence le plus ancien, en attente d’exécution depuis 16 ans, concerne la durée excessive des procédures civiles en première instance . En ce qui concerne le respect des délais de paiement, au 31 décembre 2024, 4 affaires au total étaient en attente de confirmation des paiements (contre 5 en 2023) . Au 16 juin 2025, le nombre d’arrêts de référence en attente d’exécution était passé à 18 .
Malgré un niveau élevé de protection en vertu de la loi, l’espace civique reste restreint et les parties prenantes font part de leurs préoccupations quant aux nouveaux obstacles au droit de manifester. Les parties prenantes continuent de faire part de leurs préoccupations concernant les mesures préventives et répressives disproportionnées prises par les autorités publiques, qui portent atteinte au droit de manifester. Afin d’éviter la perturbation de l’ordre public et de garantir la sécurité publique, le gouvernement a l’intention d’introduire dans le code pénal la possibilité d’imposer une sanction supplémentaire d’interdiction de participer à des manifestations à l’encontre de personnes condamnées pour des actes illicites commis lors de manifestations précédentes. L’Institut fédéral des droits humains a fait référence à un avis négatif qu’il avait émis sur un projet antérieur d’interdiction judiciaire de manifester, proposé sous le gouvernement précédent, qui, selon l’IFDH, soulevait déjà des questions quant à sa proportionnalité et à son applicabilité pratique . Le 7 octobre 2024, les syndicats et plusieurs OSC ont déposé une plainte constitutionnelle concernant l’infraction pénale d’«atteinte méchante à l’autorité de l’État». La Cour constitutionnelle a rendu deux arrêts présentant une importance particulière pour l’espace civique. Le 19 septembre 2024, la Cour constitutionnelle a annulé une disposition d’un décret de la Communauté flamande relatif au subventionnement de l’animation socioculturelle, qui excluait certaines organisations du bénéfice des subventions. Le 14 novembre 2024, la Cour a souligné la nécessité de limiter le recours à la procédure civile sur la base de laquelle les présidents des juridictions de première instance peuvent rendre une ordonnance par voie de référé sans entendre la partie adverse à un nombre limité d’affaires, à l’exclusion de son utilisation pour contester une grève.
Annexe I: liste des sources par ordre alphabétique*
* La liste des contributions reçues dans le cadre de la consultation préalable à l’élaboration du rapport 2025 sur l’état de droit peut être consultée à l’adresse suivante: https://commission.europa.eu/publications/2025-rule-law-report-targeted-stakeholder-consultation_en
Gouvernement belge (2025a), accord de coalition fédérale 2025-2029, https://www.belgium.be/sites/default/files/resources/publication/files/Regeerakkoord-Bart_De_Wever_nl.pdf , https://www.belgium.be/sites/default/files/resources/publication/files/Accord_gouvernemental-Bart_De_Wever_fr.pdf.
Audit Vlaanderen (2024), audit thématique — Analyse du système d’intégrité des collectivités locales ((Thema-audit Analyse van het integriteitssysteem van lokale besturen), https://www.auditvlaanderen.be/lokale-besturen/auditplanning/thema-audit-analyse-van-het-integriteitssysteem-van-lokale-besturen .
Comité P (2024), rapport d’enquête sur le recrutement, la sélection et la formation au sein de l’organisation policière ((Rekrutering, selectie en opleiding binnen de politieorganisatie), https://comitep.be/document/onderzoeksrapporten/onderzoeksrapport%20over%20de%20rekrutering,%20selectie%20en%20opleiding%20binnen%20de%20politieorganisatie.pdf .
Cour constitutionnelle (2024), arrêt de la Cour constitutionnelle du 13 novembre 2024 dans l’affaire nº 123/2024, https://www.const-court.be/public/n/2024/2024-123n.pdf .
Conseil de l’Europe, Comité des Ministres, H46-6 Groupe Bell c. Belgique (requête nº 44826/05), surveillance de l’exécution des arrêts de la Cour européenne, 11-13 juin 2024, https://hudoc.exec.coe.int/eng#{%22execidentifier%22:[%22004-1201%22]} .
Conseil de l’Europe, Comité des Ministres (2024b), H46-6 Camara c. Belgique (requête nº 49255/22), surveillance de l’exécution des arrêts de la Cour européenne, 17-19 septembre 2024, CM/Del/Dec(2024)1507/H46-6 .
Conseil de l’Europe (2025), fiche d’information «Belgique — Principales questions devant le Comité des ministres — Surveillance en cours», https://rm.coe.int/mi-belgium-eng/1680a23c80.
Conseil de l’Europe, Comité des Ministres (2025), surveillance de l’exécution des décisions de la Cour européenne des droits de l’homme – 18e rapport annuel du Comité des ministres, https://rm.coe.int/gbr-2001-18e-rapport-annuel-2024/1680b4d77d .
Conseil de l’Europe, Plateforme pour renforcer la protection du journalisme et la sécurité des journalistes – Belgique.
Cour des comptes, Federal steering policy for the digital transformation of the justice system, décembre 2024, https://www.ccrek.be/en/publication/federal-steering-policy-for-the-digital-transformation-of
Cour des comptes (2025), La grande majorité des fonctionnaires ont présenté leurs déclarations de patrimoine et de mandat à la Cour des comptes (Overgrote meerderheid mandatarissen diende in 2024 mandatenlijsten en vermogensaangiften in bij het Rekenhof), https://www.ccrek.be/sites/default/files/PDF/20250214_Persbericht.pdf .
Cumuleo (2025), contribution écrite reçue à la suite de la visite dans le pays.
Déclaration des représentants du pouvoir judiciaire (2025), déclaration des représentants du pouvoir judiciaire et appel aux pouvoirs exécutif et législatif, 27 juin 2025, disponible à l’adresse suivante: https://courdecassation.be .
Parquet européen (2025a), rapport annuel 2024, https://www.eppo.europa.eu/assets/annual-report-2024/index.html.
Parquet européen (2025b), contribution annuelle au rapport 2025 sur l’état de droit.
Fédération européenne des journalistes (2024), Belgique: retour sans précédent de la censure préventive, Belgique: retour sans précédent de la censure préventive – Fédération européenne des journalistes .
Réseau européen de mise en œuvre (EIN) (2025), contribution écrite au rapport 2025 sur l’état de droit.
Commission fédérale de déontologie (2025), contribution écrite reçue à la suite de la visite dans le pays
Police fédérale (2025a), contribution écrite reçue à la suite de la visite dans le pays.
Service fédéral d’audit interne (2025), contribution écrite reçue à la suite de la visite dans le pays.
IFDH (2023), avis du 20 février 2023 sur l’interdiction judiciaire de manifester FIRM - IFDH Advies 05-2023 Betogingsverbod_0.pdf ; FIRM - IFDH Advies 05-2023 Betogingsverbod_fr.pdf .
IFDH (2025), lettre à la Chambre des représentants concernant la proposition de loi nº 656/1 visant à transposer la directive (UE) 2019/1937 sur la protection des personnes qui signalent des violations du droit de l’Union, en ce qui concerne la Chambre des représentants et le Sénat [Brief FIRM/IFDH aan de Kamer over het Wetsvoorstel nr. 656/1 tot omzetting van Richtlijn (EU) 2019/1937 (…) inzake de bescherming van personen die inbreuken op het Unierecht melden, wat de Kamer van volksvertegenwoordigers en de Senaat betreft], 25 février 2025.
Ministre flamand de l’intérieur (2025), mesures supplémentaires visant à améliorer l’intégrité et la déontologie des collectivités locales (Extra maatregelen om integriteit en deontologie bij lokale besturen te verbeteren), https://www.hildecrevits.be/extra_maatregelen_om_integriteit_en_deontologie_bij_lokale_besturen_te_verbeteren .
Conseil flamand pour les réfugiés (2025), dashboard politique de non-accueil (Dashboard niet-opvangbeleid), https://www.caritasinternational.be/wp-content/uploads/2025/03/NL-Dashboard-Beleid-van-niet-opvang-maart-2025.pdf?x24972.
GRECO (2022a), cinquième cycle d’évaluation — Rapport de conformité, Belgique, https://rm.coe.int/fifth-evaluation-round-preventing-corruption-and-promoting-integrity-i/1680a53b99 .
GRECO (2022b), quatrième cycle d’évaluation – 3e rapport de conformité intermédiaire, Belgique, https://rm.coe.int/fourth-evaluation-round-corruption-prevention-in-respect-of-members-of/1680a7eada .
GRECO (2024a), cinquième cycle d’évaluation — Deuxième rapport de conformité, Belgique, https://rm.coe.int/grecorc5-2024-3-final-eng-2nd-compliance-report-belgium-conf-2775-2677/1680af94d7 .
GRECO (2024b), quatrième cycle d’évaluation — Addendum au deuxième rapport de conformité, Belgique, https://rm.coe.int/grecorc4-2024-1-final-eng-add-to-the-2nd-compliance-report-belgium-con/1680af9498 .
Ministère de la justice (2025a), contribution écrite reçue à la suite de la visite dans le pays.
Ministère de la justice (2025b), exposé d’orientation politique — Justice, 13 mars 2025, doc. 56 0767/017.
Ministère de la fonction publique (2024), circulaire du 16 juin 2024 — Conflits d’intérêts (Omzendbrief Belangenconflicten), https://bosa.belgium.be/nl/news/omzendbrief-belangenconflicten .
Ministère de la fonction publique (2025), déclaration de politique — Budget, 11 mars 2025, doc. 56 0767/011.
OCDE (2025), convention anti-corruption de l’OCDE, Rapport d’évaluation de phase 4 de la Belgique, 25 mars 2025, https://www.oecd.org/en/publications/2025/03/oecd-anti-bribery-convention-phase-4-report-on-belgium_39a2856e.html .
Médiateur (2024), guide à l’intention des lanceurs d’alerte, décembre 2024 (Gids voor klokkenluiders), https://www.federaalombudsman.be/fr/guide-du-lanceur-dalerte/ https://www.federaalombudsman.be/nl/gids-voor-klokkenluiders .
Ministère public (2025a), contribution écrite reçue à la suite de la visite dans le pays.
Fondation marchés publics (2024), mémorandum 2024, 8 mesures visant à renforcer l’efficacité des marchés publics sous la prochaine législature (8 actiepunten om performanter aan te besteden tijdens deze legislatuur), https://www.stichtingoverheidsopdrachten.org/initiatieven/memorandum/ .
Assemblée générale des Nations unies (1993), principes concernant le statut des institutions nationales (les principes de Paris), adoptés par la résolution 48/134 de l’Assemblée générale des Nations unies du 20 décembre 1993, https://ganhri.org/paris-principles/ .
Vlaamse Vereniging van Journalisten (2024), Persveilig.be: annual review 2024, Persveilig.be: annual review 2024 | Association flamande des journalistes .
VRTNWS (2025a), perquisition chez un enquêteur anti-corruption (Huiszoeking bij anti-corruptiedienst van federale politie, topman verhoord), https://www.vrt.be/vrtnws/nl/2025/02/06/huiszoeking-bij-anticorruptiespeurder-federale-politie/ .
VRTNWS (2025b), Un enquêteur en chef dans la lutte anticorruption alerte le comité P par crainte d’une influence politique dans des dossiers sensibles (Hoofd anti-corruptiespeurders stapt naar Comité P, uit angst voor politieke inmenging bij gevoelige dossiers), https://www.vrt.be/vrtnws/nl/2025/02/12/speurders/ .
Annexe II: visite en Belgique
Les services de la Commission ont tenu des réunions virtuelles en mars 2025 avec les entités suivantes:
·Amnesty International Belgique
·Bureau Intégrité
·Collège des cours et tribunaux
·Comité P
·Autorités communautaires chargées des médias
·Cour constitutionnelle
·Conseil d’État
·Cour de cassation
·Commission fédérale de déontologie
·Institut fédéral des droits humains
·Médiateur fédéral
·Police fédérale
·Fédération des entreprises de Belgique (FEB)
·Association flamande des journalistes (VVJ)
·Ordre des barreaux flamands
·Autorité flamande de régulation des médias
·Ordre des barreaux francophones et germanophone de Belgique
·Conseil supérieur de la justice
·Conseil supérieur de l’audiovisuel
·Conseil de déontologie journalistique
·Liga voor Mensenrechten
·Ligue des droits humains
·Ministère de l’intérieur
·Ministère de la justice
·Ministère public
·Médias de service public
·Transparency International Belgique
* La Commission a également rencontré les organisations suivantes dans le cadre d’un certain nombre de réunions horizontales:
·Amnesty International
·Araminta
·Union des libertés civiles pour l’Europe
·Société civile Europe
·Forum civique européen
·Partenariat européen pour la démocratie
·Forum européen de la jeunesse
·Commission internationale de juristes
·Fédération internationale pour les droits humains (FIDH)
·JEF Europe
·Philea – Philanthropy Europe Association.
·Transparency International