Jurisprudence CJUE62018TJ0724_RES

Arrêt du Tribunal (quatrième chambre) du 28 mai 2020.#Aurea Biolabs Pte Ltd contre Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle.#Marque de l’Union européenne – Procédure d’opposition – Demande de marque figurative de l’Union européenne AUREA BIOLABS – Marque verbale antérieure de l’Union européenne AUREA – Motif relatif de refus – Risque de confusion – Similitude des produits – Article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement (UE) 2017/1001 – Rectification de la décision de la chambre de recours – Article 102 du règlement 2017/1001.#Affaires T-724/18 et T-184/19.

CELEX62018TJ0724_RES
TypeJurisprudence CJUE
Datejeudi 28 mai 2020

Résumé IA

Le Tribunal de l'Union européenne a rejeté le recours d'Aurea Biolabs contre le refus d'enregistrement de sa marque figurative « AUREA BIOLABS », en raison d'un risque de confusion avec la marque verbale antérieure « AUREA » pour des produits identiques ou similaires. L'arrêt précise les conditions d'appréciation de la similitude des produits et confirme que la chambre de recours peut rectifier une erreur matérielle dans sa décision sur le fondement de l'article 102 du règlement 2017/1001. Pour le praticien français, cette décision illustre l'application stricte du critère de risque de confusion en droit des marques de l'UE, notamment lorsque l'élément dominant de la marque complexe reprend intégralement la marque antérieure.

Texte intégral

Affaires T‑724/18 et T-184/19

Aurea Biolabs Pte Ltd

contre

Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle

Arrêt du Tribunal (quatrième chambre) du 28 mai 2020

« Marque de l’Union européenne – Procédure d’opposition – Demande de marque figurative de l’Union européenne AUREA BIOLABS – Marque verbale antérieure de l’Union européenne AUREA – Motif relatif de refus – Risque de confusion – Similitude des produits – Article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement (UE) 2017/1001 – Rectification de la décision de la chambre de recours – Article 102 du règlement 2017/1001 »

  1. Marque de l’Union européenne – Dispositions de procédure – Décisions de l’Office – Rectification – Date pertinente pour déterminer la législation applicable – Date d’adoption de la décision rectificative

    (Règlement de la Commission no 2868/95, art. 1er, règle 53 ; règlement de Parlement européen et du Conseil 2017/1001, art. 102)

    (voir points 18, 19)

  2. Actes des institutions – Choix de la base juridique – Erreur – Annulation de l’acte – Conditions

    (voir point 20)

  3. Marque de l’Union européenne – Dispositions de procédure – Décisions de l’Office – Rectification – Oubli manifeste – Notion

    (Règlement de la Commission no 2868/95, art. 1er, règle 53 ; règlement du Conseil no 207/2009, art. 80 ; règlement de Parlement européen et du Conseil 2017/1001, art. 102 et 103)

    (voir points 22, 25-33, 35)

Résumé

Dans son arrêt du 28 mai 2020, Aurea Biolabs/EUIPO – Avizel (AUREA BIOLABS) (T‑724/18 et T‑184/19), le Tribunal a rejeté les recours formés contre les décisions de la chambre de recours de l’Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO), par lesquelles cette dernière a, dans une première décision, conclu à l’existence d’un risque de confusion et, dans une seconde décision, rectifié la première décision en supprimant un point relevant de l’appréciation globale du risque de confusion. Dans cet arrêt, le Tribunal a été amené à préciser le type d’erreur susceptible de donner lieu à une rectification.

En l’espèce, Aurea Biolabs Pte Ltd, la requérante, avait demandé l’enregistrement de la marque figurative AUREA BIOLABS pour des compléments alimentaires. Avizel SA a formé opposition sur le fondement de sa marque verbale antérieure de l’Union européenne AUREA, enregistrée notamment pour des crèmes de soin pour la peau à usage médical. Par décision du 11 septembre 2018 (ci-après la « décision attaquée »), la chambre de recours de l’EUIPO a fait droit à l’opposition au motif qu’il existait un risque de confusion et a rejeté la demande d’enregistrement. Elle a notamment estimé que les produits visés par les marques en conflit étaient similaires, à tout le moins à un faible degré. Toutefois, lors de l’appréciation globale du risque de confusion, elle a indiqué que les produits en cause avaient été considérés comme identiques. Par décision du 29 janvier 2019, la deuxième chambre de recours a rectifié la décision attaquée en supprimant le point relatif à l’identité des produits.

Dans son recours, la requérante faisait valoir que l’erreur en cause ne pouvait faire l’objet d’une rectification. Selon elle, en cas d’« erreurs manifestes », seule la révocation des décisions de l’EUIPO est possible.

À cet égard, le Tribunal a tout d’abord précisé que la disposition applicable à la rectification de la décision attaquée était l’article 102 du règlement 2017/1001 ( 1 ). Or, ledit article mentionne uniquement les « oublis manifestes ». Seul l’article 103 du même règlement ( 2 ), régissant la révocation des décisions de l’EUIPO, fait référence aux « erreurs manifestes ».

Ensuite, le Tribunal a observé que, dans leurs versions antérieurement applicables, les dispositions régissant la rectification et la révocation des décisions de l’EUIPO faisaient référence respectivement aux « erreurs manifestes » ( 3 ) et aux « erreurs de procédure manifestes » ( 4 ). Il résulte de ces dispositions une différence dans le type d’erreur susceptible de donner lieu à une rectification ou à une révocation, et ce en raison de la distinction entre la procédure de rectification et la procédure de révocation.

En effet, la procédure de rectification n’implique pas la suppression de la décision rectifiée, mais conduit uniquement à la correction des erreurs qui y sont contenues par une décision rectificative. Ainsi, les rectifications sont limitées aux erreurs manifestes d’ordre formel, lesquelles n’affectent pas la portée et la substance de la décision prise, mais uniquement sa forme. Sont concernées des erreurs qui présentent un tel degré d’évidence qu’aucun autre texte que celui qui résulte de la rectification ne pourrait être envisagé et qui ne justifient pas d’invalider ou de révoquer la décision qui en est entachée. Justifient en revanche l’adoption d’une décision de révocation les erreurs qui ne permettent pas le maintien du dispositif de la décision en cause, sans une nouvelle analyse qui sera menée ultérieurement par l’instance ayant pris ladite décision.

Enfin, le Tribunal a considéré que la différence entre les cas de rectification et les cas de révocation n’a pas été remise en cause par le remplacement de l’expression « erreurs manifestes » par « oublis manifestes » dans l’article 102 du règlement 2017/1001. En effet, ce remplacement s’explique précisément par la nécessité de maintenir la distinction entre les erreurs justifiant une rectification et les erreurs justifiant une révocation.

Par conséquent, le Tribunal a jugé qu’une erreur constatée dans une décision peut être rectifiée, en application de l’article 102 du règlement 2017/1001, lorsqu’il s’agit d’un élément incongru dans une décision qui, pour le reste, est cohérente et non ambiguë, à savoir s’il apparaît, avec évidence, que l’erreur procède d’un oubli ou d’un lapsus qui doit être corrigé manifestement dans le sens retenu, au point qu’aucun autre libellé que celui qui résulte de la rectification n’aurait pu être envisagé.

En l’espèce, la circonstance que la rectification ait consisté, non en l’ajout d’un point qui aurait été omis, mais en la suppression d’un point de la décision attaquée, ne permet pas en tant que tel de déduire que ladite rectification aurait été effectuée en méconnaissance de l’article 102 du règlement 2017/1001.

Afin de déterminer si l’erreur en cause était susceptible de donner lieu à une rectification, le Tribunal a observé qu’elle figurait dans un point rappelant le résultat de l’analyse comparative des produits en cause aux fins de procéder à l’appréciation globale du risque de confusion. Or, ce rappel devait nécessairement être conforme à l’analyse qui est reprise et ainsi faire état d’une similitude à tout le moins faible au lieu d’une identité des produits en cause. L’erreur ainsi commise ne pouvait, dès lors, à l’évidence, être corrigée que dans le sens de l’analyse effectivement réalisée par la chambre de recours, concluant à une similitude des produits. La suppression du point relatif à l’identité des produits dans la décision attaquée s’imposait ainsi à l’évidence, de sorte qu’elle peut être qualifiée de rectification d’une erreur valablement effectuée au titre de l’article 102 du règlement 2017/1001.

Par ailleurs, le Tribunal a confirmé que les produits concernés étaient similaires et a conclu à l’existence d’un risque de confusion.


( 1 ) L’article 102, paragraphe 1, du règlement (UE) 2017/1001 du Parlement européen et du Conseil, du 14 juin 2017, sur la marque de l’Union européenne (JO 2017, L 154, p. 1), intitulé « Rectification des erreurs et des oublis manifestes », est ainsi libellé : « 1. L’[EUIPO] rectifie, de sa propre initiative ou à la demande d’une partie, les erreurs linguistiques ou les erreurs de transcription et les oublis manifestes figurant dans ses décisions, ou les erreurs techniques survenues lors de l’enregistrement d’une marque de l’Union européenne ou de la publication de cet enregistrement qui lui sont imputables ».

( 2 ) L’article 103, paragraphe 1, du règlement 2017/1001, intitulé « Révocation des décisions », dispose : « 1. Lorsque l’[EUIPO] effectue une inscription dans le registre ou prend une décision entachées d’une erreur manifeste qui lui est imputable, il se charge de supprimer une telle inscription ou de révoquer cette décision […] ».

( 3 ) Règle 53 du règlement (CE) no 2868/95 de la Commission, du 13 décembre 1995, portant modalités d’application du règlement (CE) no 40/94 du Conseil sur la marque communautaire (JO 1995, L 303, p. 1).

( 4 ) Article 80 du règlement (CE) no 207/2009 du Conseil, du 26 février 2009, sur la marque de l’Union européenne (JO 2009, L 78, p. 1), tel que modifié.

Documents similaires

Jurisprudence CJUE62016TB0146

Affaire T-146/16: Ordonnance du Tribunal du 18 décembre 2020 — Vereniging tot Behoud van Natuurmonumenten in Nederland e.a./Commission («Aides d’État – Annulation de l’acte attaqué – Disparition de l’objet du litige – Non-lieu à statuer»)

18/12/2020

Jurisprudence CJUE62018CJ0693

Arrêt de la Cour (deuxième chambre) du 17 décembre 2020.#CLCV e.a. (Dispositif d’invalidation sur moteur diesel).#Demande de décision préjudicielle, introduite par des juges d'instruction du tribunal de grande instance de Paris.#Renvoi préjudiciel – Rapprochement des législations – Règlement (CE) no 715/2007 – Article 3, point 10 – Article 5, paragraphe 2 – Dispositif d’invalidation – Véhicules à moteur – Moteur diesel – Émissions de polluants – Programme agissant sur le calculateur de contrôle moteur – Technologies et stratégies permettant de limiter la production des émissions de polluants.#Affaire C-693/18.

17/12/2020

Jurisprudence CJUE62018CJ0693_SUM

Arrêt de la Cour (deuxième chambre) du 17 décembre 2020.#CLCV e.a. (Dispositif d’invalidation sur moteur diesel).#Renvoi préjudiciel – Rapprochement des législations – Règlement (CE) no 715/2007 – Article 3, point 10 – Article 5, paragraphe 2 – Dispositif d’invalidation – Véhicules à moteur – Moteur diesel – Émissions de polluants – Programme agissant sur le calculateur de contrôle moteur – Technologies et stratégies permettant de limiter la production des émissions de polluants.#Affaire C-693/18.

17/12/2020

Jurisprudence CJUE62018CJ0808_RES

Arrêt de la Cour (grande chambre) du 17 décembre 2020.#Commission européenne contre Hongrie.#Manquement d’État – Espace de liberté, de sécurité et de justice – Politiques relatives aux contrôles aux frontières, à l’asile et à l’immigration – Directives 2008/115/CE, 2013/32/UE et 2013/33/UE – Procédure d’octroi d’une protection internationale – Accès effectif – Procédure à la frontière – Garanties procédurales – Placement obligatoire dans des zones de transit – Rétention – Retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier – Recours introduits contre les décisions administratives rejetant la demande de protection internationale – Droit de demeurer sur le territoire.#Affaire C-808/18.

17/12/2020