Jurisprudence CJUE62020CJ0459_RES

Jurisprudence CJUE — 62020CJ0459_RES

CELEX62020CJ0459_RES
TypeJurisprudence CJUE
Datejeudi 22 juin 2023

Texte intégral

Affaire C‑459/20

X

contre

Staatssecretaris van Justitie en Veiligheid

(demande de décision préjudicielle,
introduite par le rechtbank Den Haag, zittingsplaats Utrecht)

Arrêt de la Cour (première chambre) du 22 juin 2023

« Renvoi préjudiciel – Citoyenneté de l’Union – Article 20 TFUE – Droit de libre circulation et de libre séjour sur le territoire des États membres – Décision de refus de séjour opposée par un État membre à un ressortissant d’un pays tiers parent d’un enfant mineur, ayant la nationalité de cet État membre – Enfant se trouvant en dehors du territoire de l’Union européenne et n’ayant jamais séjourné sur le territoire de celle-ci »

  1. Citoyenneté de l’Union – Dispositions du traité – Droit de libre circulation et de libre séjour sur le territoire des États membres – Mineur, citoyen de l’Union, se trouvant en dehors du territoire de l’Union et n’ayant jamais séjourné sur celui-ci – Droit de séjour dérivé de l’un de ses parents, ressortissant d’un pays tiers – Conditions d’octroi – Existence d’une relation de dépendance entre l’enfant et ce parent – Entrée et séjour de l’enfant dans l’État membre de sa nationalité en compagnie de ce parent

    (Art. 20 TFUE)

    (voir points 28-31, 33-36, 38, disp. 1)

  2. Citoyenneté de l’Union – Dispositions du traité – Droit de libre circulation et de libre séjour sur le territoire des États membres – Mineur, citoyen de l’Union, se trouvant en dehors du territoire de l’Union et n’ayant jamais séjourné sur celui-ci – Droit de séjour dérivé de l’un de ses parents, ressortissant d’un pays tiers – Refus dudit droit au motif de l’absence d’intérêt, pour l’enfant, de se déplacer vers l’État membre de sa nationalité – Inadmissibilité

    (Art. 20 TFUE)

    (voir points 40-45, disp. 2)

  3. Citoyenneté de l’Union – Dispositions du traité – Droit de libre circulation et de libre séjour sur le territoire des États membres – Mineur, citoyen de l’Union, ayant un parent ressortissant d’un pays tiers – Droit de séjour dérivé dudit parent – Conditions d’octroi – Existence d’une relation de dépendance entre l’enfant et ce parent – Critères d’appréciation – Appréciation devant être fondée sur la prise en compte de l’ensemble des circonstances de l’espèce

    (Art. 20 TFUE)

    (voir points 48, 52, 53, 55-61, disp. 3)

Résumé

X, une ressortissante thaïlandaise, a séjourné de manière régulière aux Pays-Bas, où elle était mariée à A, un ressortissant néerlandais. Leur enfant, de nationalité néerlandaise, est né en Thaïlande où il a toujours habité. Après la naissance de l’enfant, X est retournée aux Pays-Bas. En 2017, à la suite de la séparation de fait du couple, les autorités néerlandaises ont révoqué le droit de séjour de X. Après le divorce, X a demandé, en 2019, à séjourner aux Pays-Bas auprès d’un autre ressortissant de cet État membre. Dans ce cadre, les autorités néerlandaises ont vérifié d’office si elle pouvait obtenir un droit de séjour dérivé au titre de l’article 20 TFUE afin de pouvoir séjourner avec son enfant mineur, citoyen de l’Union, sur le territoire de l’Union. Le Staatssecretaris van Justitie en Veiligheid (secrétaire d’État à la Justice et à la Sécurité, Pays-Bas) a rejeté cette demande le 8 mai 2019. Le même jour, X a été expulsée vers la Thaïlande.

Saisi par X à l’encontre de cette décision de rejet, le rechtbank Den Haag, zittingsplaats Utrecht (tribunal de La Haye, siégeant à Utrecht, Pays-Bas), qui est la juridiction de renvoi, s’interroge sur l’interprétation à donner à l’article 20 TFUE en l’occurrence.

Dans son arrêt, la Cour précise les conditions dans lesquelles un ressortissant d’un pays tiers peut bénéficier d’un droit de séjour dérivé fondé sur l’article 20 TFUE lorsque l’enfant mineur dudit ressortissant est citoyen de l’Union, mais se trouve en dehors du territoire de l’Union et n’a jamais séjourné sur le territoire de celle-ci.

Appréciation de la Cour

À titre liminaire, la Cour rappelle que l’article 20 TFUE s’oppose à des mesures nationales, y compris à des décisions refusant le droit de séjour aux membres de la famille d’un citoyen de l’Union, qui ont pour effet de priver les citoyens de l’Union de la jouissance effective de l’essentiel des droits conférés par leur statut. Encore faut-il, dans ces situations, qu’il existe entre le ressortissant d’un pays tiers et le citoyen de l’Union, membre de sa famille, une relation de dépendance telle qu’une décision refusant le droit de séjour au ressortissant du pays tiers priverait le membre de sa famille de la jouissance effective de l’essentiel des droits attachés à son statut de citoyen de l’Union. Il en va ainsi lorsque ce dernier se voit contraint d’accompagner le ressortissant d’un pays tiers en cause et de quitter le territoire de l’Union pris dans son ensemble ou de ne pas pouvoir entrer et séjourner sur le territoire de l’État membre dont il a la nationalité.

Or, en l’espèce, l’enfant mineur, citoyen de l’Union, vit, depuis sa naissance, dans un pays tiers, sans avoir jamais séjourné dans l’Union. Dans ces circonstances, la Cour considère, en premier lieu, que le refus du droit de séjour opposé au parent, ressortissant d’un pays tiers, d’un tel enfant n’est susceptible d’avoir des conséquences sur l’exercice des droits de ce dernier, au titre de l’article 20 TFUE, que s’il est établi qu’il va entrer et séjourner sur le territoire de l’État membre dont il possède la nationalité en compagnie du parent ou va rejoindre celui-ci sur ce territoire. Il revient à la juridiction de renvoi d’apprécier si tel est le cas et s’il existe une relation de dépendance entre le parent ressortissant d’un pays tiers et son enfant mineur.

En deuxième lieu, la Cour relève que la demande de droit de séjour dérivé dudit parent, dont l’enfant citoyen de l’Union est dépendant, ne peut être rejetée au motif que le déplacement vers l’État membre dont l’enfant possède la nationalité, que suppose l’exercice par cet enfant de ses droits en tant que citoyen de l’Union, n’est pas dans l’intérêt, réel ou plausible, dudit enfant. En effet, le droit de circuler et de séjourner librement sur le territoire des États membres, conféré à chaque citoyen de l’Union, découle directement du statut de citoyen de l’Union, sans que son exercice soit subordonné à la démonstration d’un intérêt quelconque à en invoquer le bénéfice ou à la condition que l’intéressé ait atteint l’âge requis pour avoir la capacité juridique d’exercer lui-même ses droits en tant que citoyen de l’Union.

Certes, la Cour a précédemment considéré qu’il incombait aux autorités compétentes pour se prononcer sur une demande de titre de séjour au titre de l’article 20 TFUE de prendre en considération l’intérêt supérieur de l’enfant concerné ( 1 ). Or, une telle prise de position visait non pas à rejeter une demande de titre de séjour, mais, au contraire, à faire obstacle à l’adoption d’une décision contraignant cet enfant à quitter le territoire de l’Union.

En dernier lieu, la Cour apporte des précisions quant à l’appréciation, dans le cadre d’une demande de droit de séjour dérivé, du point de savoir si un enfant mineur, citoyen de l’Union, est dépendant à l’égard de son parent ressortissant d’un pays tiers. Elle précise, notamment, que les autorités compétentes doivent tenir compte de la situation telle qu’elle se présente au moment où elles sont appelées à statuer, dans la mesure où ces autorités doivent apprécier les conséquences prévisibles de leur décision sur la jouissance effective, par l’enfant concerné, de l’essentiel des droits qu’il tire du statut que lui confère l’article 20 TFUE.

En outre, cette appréciation doit toujours reposer sur un examen d’ensemble des circonstances pertinentes du cas d’espèce. En particulier, le fait que le parent ressortissant d’un pays tiers n’a pas toujours assumé l’entretien quotidien de cet enfant, mais dispose désormais de sa garde exclusive, ou le fait que l’autre parent, citoyen de l’Union, pourrait assumer la charge quotidienne et effective dudit enfant, ne peuvent pas être considérés comme étant déterminants à cet égard.


( 1 ) Voir, en ce sens, arrêts du 10 mai 2017, Chavez-Vilchez e.a. (C‑133/15, EU:C:2017:354, point 71), et du 5 mai 2022, Subdelegación del Gobierno en Toledo (Séjour d’un membre de la famille - Ressources insuffisantes) (C‑451/19 et C‑532/19, EU:C:2022:354, point 53).