Jurisprudence CJUE62021CA0057

Jurisprudence CJUE — 62021CA0057

CELEX62021CA0057
TypeJurisprudence CJUE
Datejeudi 12 janvier 2023

Texte intégral

27.2.2023

FR

Journal officiel de l'Union européenne

C 71/5


Arrêt de la Cour (deuxième chambre) du 12 janvier 2023 (demande de décision préjudicielle du Nejvyšší soud — République tchèque) — RegioJet a. s. / České dráhy a.s.

(Affaire C-57/21) (1)

(Renvoi préjudiciel - Concurrence - Abus de position dominante - Règles régissant les actions en dommages et intérêts en droit national pour les infractions aux dispositions du droit de la concurrence des États membres et de l’Union européenne - Directive 2014/104/UE - Articles 5 et 6 - Production de preuves - Preuves figurant dans le dossier d’une autorité de concurrence - Procédure pendante devant la Commission européenne relative à une infraction aux règles de concurrence - Procédure nationale relative à une action en réparation visant la même infraction - Conditions relatives à la production des preuves)

(2023/C 71/05)

Langue de procédure: le tchèque

Juridiction de renvoi

Nejvyšší soud

Parties dans la procédure au principal

Partie requérante: RegioJet a. s.

Partie défenderesse: České dráhy a.s.

En présence de: Česká republika, Ministerstvo dopravy

Dispositif

1)

L’article 5, paragraphe 1, de la directive 2014/104/UE du Parlement européen et du Conseil, du 26 novembre 2014, relative à certaines règles régissant les actions en dommages et intérêts en droit national pour les infractions aux dispositions du droit de la concurrence des États membres et de l’Union européenne,

doit être interprété en ce sens que:

il ne s’oppose pas à ce qu’une juridiction nationale ordonne la production de preuves aux fins d’une procédure nationale engagée devant cette juridiction et relative à une action en dommages et intérêts portant sur une infraction au droit de la concurrence, bien qu’une procédure concernant cette infraction soit pendante devant la Commission européenne, aux fins de l’adoption d’une décision en application du chapitre III du règlement (CE) no 1/2003 du Conseil, du 16 décembre 2002, relatif à la mise en œuvre des règles de concurrence prévues aux articles [101] et [102 TFUE], ayant conduit la juridiction nationale à suspendre la procédure pendante devant elle. Il appartient, toutefois, à la juridiction nationale de s’assurer que la production des preuves sollicitée à ce stade de la procédure, qui doit remplir les conditions énoncées aux articles 5 et 6 de la directive 2014/104, ne dépasse pas ce qui est nécessaire au regard de la demande indemnitaire dont elle est saisie.

2)

L’article 6, paragraphe 5, de la directive 2014/104

doit être interprété en ce sens que:

la suspension par une autorité nationale de concurrence de la procédure administrative engagée par celle-ci, au motif que la Commission européenne a ouvert une procédure en vertu du chapitre III du règlement no 1/2003, ne saurait être assimilée à une clôture de cette procédure administrative par cette autorité «en adoptant une décision ou d’une autre manière», au sens de cette disposition.

3)

L’article 5, paragraphe 8, l’article 6, paragraphe 5, sous a), et l’article 6, paragraphe 9, de la directive 2014/104

doivent être interprétés en ce sens que:

ils s’opposent à une réglementation nationale qui limite temporairement, au titre de l’article 6, paragraphe 5, de cette directive, non seulement la production des informations «préparées» expressément aux fins de la procédure engagée par l’autorité de concurrence, mais également celle de toutes les informations «soumises» à ces fins.

4)

L’article 5, paragraphe 1, de la directive 2014/104, lu en combinaison avec l’article 6, paragraphe 5, sous a), de celle-ci,

doit être interprété en ce sens que:

ces dispositions ne s’opposent pas à ce qu’une juridiction nationale, en application d’un instrument procédural de droit national, se prononce sur la production de preuves et ordonne de mettre celles-ci sous séquestre, en reportant l’examen de la question de savoir si ces preuves contiennent des «informations préparées par une personne physique ou morale expressément aux fins d’une procédure engagée par une autorité de concurrence», au sens de cette dernière disposition, au moment où cette juridiction aura accès à ces preuves. Le recours à un tel instrument doit toutefois respecter les exigences découlant du principe de proportionnalité, telles qu’elles sont précisées à l’article 5, paragraphe 3, et à l’article 6, paragraphe 4, de la directive 2014/104.

5)

L’article 6, paragraphe 5, sous a), de la directive 2014/104

doit être interprété en ce sens que:

lorsqu’une juridiction nationale, en application d’un instrument procédural de droit national, reporte l’examen de la question de savoir si les preuves dont la production est demandée contiennent des «informations préparées par une personne physique ou morale expressément aux fins d’une procédure engagée par une autorité de concurrence», cette juridiction doit veiller à ce que le demandeur ou d’autres parties à la procédure ainsi que leurs représentants n’aient pas accès à ces preuves, lorsque celles-ci relèvent de la liste blanche, avant qu’elle n’ait complété cette vérification ou, lorsque lesdites preuves relèvent de la liste grise, avant que l’autorité de concurrence compétente n’ait clos sa procédure.


(1) JO C 148 du 26.04.2021