Jurisprudence CJUE62021CA0158

Jurisprudence CJUE — 62021CA0158

CELEX62021CA0158
TypeJurisprudence CJUE
Datemardi 31 janvier 2023

Texte intégral

13.3.2023

FR

Journal officiel de l'Union européenne

C 94/2


Arrêt de la Cour (grande chambre) du 31 janvier 2023 (demande de décision préjudicielle du Tribunal Supremo — Espagne) — procédure pénale contre Lluís Puig Gordi e.a.

(Affaire C-158/21 (1), Puig Gordi e.a.)

(Renvoi préjudiciel - Espace de liberté, de sécurité et de justice - Coopération judiciaire en matière pénale - Mandat d’arrêt européen - Décision-cadre 2002/584/JAI - Procédures de remise entre États membres - Conditions d’exécution - Compétence de l’autorité judiciaire d’émission - Article 47, deuxième alinéa, de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne - Droit d’accès à un tribunal établi préalablement par la loi - Possibilité d’émettre un nouveau mandat d’arrêt européen visant une même personne)

(2023/C 94/02)

Langue de procédure: l’espagnol

Juridiction de renvoi

Tribunal Supremo

Parties dans la procédure pénale au principal

Lluís Puig Gordi, Carles Puigdemont Casamajó, Antoni Comín Oliveres, Clara Ponsatí Obiols, Meritxell Serret Aleu, Marta Rovira Vergés, Anna Gabriel Sabaté

En présence de: Ministerio Fiscal, Abogacía del Estado, Partido político VOX

Dispositif

1)

La décision-cadre 2002/584/JAI du Conseil, du 13 juin 2002, relative au mandat d’arrêt européen et aux procédures de remise entre États membres, telle que modifiée par la décision-cadre 2009/299/JAI du Conseil, du 26 février 2009,

doit être interprétée en ce sens que:

une autorité judiciaire d’exécution ne dispose pas de la faculté de refuser l’exécution d’un mandat d’arrêt européen en se fondant sur un motif de non-exécution qui procède non pas de la décision-cadre 2002/584, telle que modifiée, mais du seul droit de l’État membre d’exécution. En revanche, cette autorité judiciaire peut appliquer une disposition nationale prévoyant que l’exécution d’un mandat d’arrêt européen est refusée lorsque cette exécution conduirait à une violation d’un droit fondamental consacré par le droit de l’Union, pour autant que la portée de cette disposition n’excède pas celle de l’article 1er, paragraphe 3, de la décision-cadre 2002/584, telle que modifiée, tel qu’interprété par la Cour de justice de l’Union européenne.

2)

L’article 1er, paragraphes 1 et 2, ainsi que l’article 6, paragraphe 1, de la décision-cadre 2002/584, telle que modifiée par la décision-cadre 2009/299,

doivent être interprétés en ce sens que:

l’autorité judiciaire d’exécution ne peut pas vérifier si un mandat d’arrêt européen a été émis par une autorité judiciaire qui était compétente à cette fin et refuser l’exécution de ce mandat d’arrêt européen lorsqu’elle estime que tel n’est pas le cas.

3)

L’article 1er, paragraphe 3, de la décision-cadre 2002/584, telle que modifiée par la décision-cadre 2009/299, lu en combinaison avec l’article 47, deuxième alinéa, de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne,

doit être interprété en ce sens que:

l’autorité judiciaire d’exécution appelée à décider de la remise d’une personne faisant l’objet d’un mandat d’arrêt européen ne peut pas refuser d’exécuter ce dernier au motif que cette personne risque, à la suite de sa remise à l’État membre d’émission, d’être jugée par une juridiction dépourvue de compétence à cette fin sauf si,

d’une part, cette autorité judiciaire dispose d’éléments objectifs, fiables, précis et dûment actualisés témoignant de l’existence de défaillances systémiques ou généralisées du fonctionnement du système juridictionnel de l’État membre d’émission ou de défaillances affectant la protection juridictionnelle d’un groupe objectivement identifiable de personnes auquel appartiendrait la personne concernée, au regard de l’exigence d’un tribunal établi par la loi, qui impliquent que les justiciables concernés sont, de manière générale, privés, dans cet État membre, d’une voie de droit effective permettant de contrôler la compétence de la juridiction pénale appelée à les juger, et

d’autre part, ladite autorité judiciaire constate qu’il existe, dans les circonstances particulières de l’affaire en cause, des motifs sérieux et avérés de croire que, compte tenu, notamment, des éléments fournis par la personne faisant l’objet de ce mandat d’arrêt européen relatifs à sa situation personnelle, à la nature de l’infraction pour laquelle celle-ci est poursuivie, au contexte factuel dans lequel ledit mandat d’arrêt européen s’inscrit ou à toute autre circonstance pertinente, la juridiction vraisemblablement appelée à connaître de la procédure dont fera l’objet cette personne dans l’État membre d’émission est, de manière manifeste, dépourvue de compétence à cette fin.

La circonstance que la personne concernée a pu, devant les juridictions de l’État membre d’émission, se prévaloir de ses droits fondamentaux en vue de contester la compétence de l’autorité judiciaire d’émission et le mandat d’arrêt européen dont elle fait l’objet ne revêt pas une importance décisive à cet égard.

4)

L’article 1er, paragraphe 3, de la décision-cadre 2002/584, telle que modifiée par la décision-cadre 2009/299, lu en combinaison avec l’article 47, deuxième alinéa, de la charte des droits fondamentaux,

doit être interprété en ce sens que:

dans une situation où une personne faisant l’objet d’un mandat d’arrêt européen allègue qu’elle risque, à la suite de sa remise à l’État membre d’émission, d’être jugée par une juridiction dépourvue de compétence à cette fin, l’existence d’un rapport du Groupe de travail sur la détention arbitraire ne portant pas directement sur la situation de cette personne ne peut pas justifier, à elle seule, que l’autorité judiciaire d’exécution refuse d’exécuter ce mandat d’arrêt européen, mais qu’un tel rapport peut, en revanche, être pris en compte par cette autorité judiciaire, parmi d’autres éléments, en vue d’apprécier l’existence de défaillances systémiques ou généralisées du fonctionnement du système juridictionnel de cet État membre ou de défaillances affectant la protection juridictionnelle d’un groupe objectivement identifiable de personnes auquel appartiendrait ladite personne.

5)

L’article 15, paragraphe 2, de la décision-cadre 2002/584, telle que modifiée par la décision-cadre 2009/299,

doit être interprété en ce sens que:

il s’oppose à ce que l’autorité judiciaire d’exécution refuse l’exécution d’un mandat d’arrêt européen au motif que la personne faisant l’objet de celui-ci risque, à la suite de sa remise à l’État membre d’émission, d’être jugée par une juridiction dépourvue de compétence à cette fin, sans avoir préalablement demandé à l’autorité judiciaire d’émission des informations complémentaires.

6)

La décision-cadre 2002/584, telle que modifiée par la décision-cadre 2009/299,

doit être interprétée en ce sens que:

elle ne s’oppose pas à l’émission de plusieurs mandats d’arrêt européens successifs contre une personne recherchée en vue d’obtenir sa remise par un État membre après que l’exécution d’un premier mandat d’arrêt européen visant cette personne a été refusée par cet État membre, pour autant que l’exécution d’un nouveau mandat d’arrêt européen n’aboutirait pas à une violation de l’article 1er, paragraphe 3, de la décision-cadre 2002/584, telle que modifiée, et que l’émission de ce dernier mandat d’arrêt européen revêt un caractère proportionné.


(1) JO C 217 du 07.06.2021