Jurisprudence CJUE62021TJ0079_RES

Arrêt du Tribunal (neuvième chambre) du 14 juin 2023 (Extraits).#Ryanair DAC et Airport Marketing Services Ltd contre Commission européenne.#Aides d’État – Accords conclus avec la compagnie aérienne Ryanair et sa filiale Airport Marketing Services – Services de marketing – Décision déclarant l’aide incompatible avec le marché intérieur et ordonnant sa récupération – Avantage – Critère du besoin réel – Articles 41 et 47 de la charte des droits fondamentaux – Droit d’accès au dossier – Droit d’être entendu.#Affaire T-79/21.

CELEX62021TJ0079_RES
TypeJurisprudence CJUE
Datemercredi 14 juin 2023

Résumé IA

Cet arrêt du Tribunal de l'UE rejette le recours de Ryanair contre une décision de la Commission ayant déclaré des aides d'État incompatibles avec le marché intérieur et ordonné leur remboursement. Le Tribunal confirme notamment que la Commission a correctement appliqué le critère du "besoin réel" pour identifier un avantage économique indu et rejette les griefs tirés de la violation des droits de la défense.

Texte intégral

Affaire T‑79/21

Ryanair DAC
et
Airport Marketing Services Ltd

contre

Commission européenne

Arrêt du Tribunal (neuvième chambre) du 14 juin 2023

« Aides d’État – Accords conclus avec la compagnie aérienne Ryanair et sa filiale Airport Marketing Services – Services de marketing – Décision déclarant l’aide incompatible avec le marché intérieur et ordonnant sa récupération – Avantage – Critère du besoin réel – Articles 41 et 47 de la charte des droits fondamentaux – Droit d’accès au dossier – Droit d’être entendu »

  1. Aides accordées par les États – Procédure administrative – Obligations de la Commission – Possibilité pour le bénéficiaire des aides de se prévaloir de droits aussi étendus que les droits de la défense en tant que tels – Absence – Droit du bénéficiaire des aides d’être associé à la procédure dans une mesure adéquate – Portée – Droit d’accès au dossier administratif de la Commission et droit d’être entendu par cette dernière – Absence

    (Art. 108, § 2, TFUE ; charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, art. 41)

    (voir points 36-51)

  2. Aides accordées par les États – Examen par la Commission – Procédure administrative – Obligation de la Commission de mettre les intéressés en demeure de présenter leurs observations – Portée

    (Art. 108, § 2, TFUE)

    (voir points 52-59)

  3. Actes des institutions – Motivation – Obligation – Portée – Décision de la Commission en matière d’aides d’État – Appréciation du respect de l’obligation de motivation en fonction du contenu de la décision attaquée – Changement de position de la Commission relative à l’applicabilité du critère de l’opérateur privé au cours de la procédure administrative – Absence de pertinence

    (Art. 296 TFUE)

    (voir points 77-84)

  4. Aides accordées par les États – Notion – Mesures visant à compenser le coût des missions de service public assumées par une entreprise – Première condition énoncée dans l’arrêt Altmark – Obligations de service public clairement définies – Absence d’entreprise bénéficiaire effectivement chargée de l’exécution d’obligations de service public

    (Art. 107 et 108 TFUE)

    (voir points 93-102)

  5. Aides accordées par les États – Notion – Appréciation selon le principe de l’opérateur privé – Appréciation au regard de tous les éléments pertinents de l’opération litigieuse et de son contexte – Détermination de l’entité publique pertinente aux fins de l’application du principe de l’opérateur privé

    (Art. 107, § 1, TFUE)

    (voir points 108-125)

  6. Aides accordées par les États – Notion – Appréciation selon le principe de l’opérateur privé – Entité publique poursuivant des objectifs de politique publique – Biens ou services acquis par l’entité publique ne répondant pas à un besoin réel – Circonstances n’excluant pas l’applicabilité du principe de l’opérateur privé

    (Art. 107, § 1, TFUE)

    (voir points 139-155)

  7. Actes des institutions – Motivation – Obligation – Portée – Décision de la Commission en matière d’aides d’État – Contradiction dans la motivation – Admissibilité – Conditions – Connaissance par le destinataire des motifs réels de la décision et existence d’un support juridique pour son dispositif

    (Art. 107, § 1, et 296 TFUE)

    (voir points 156-159)

  8. Aides accordées par les États – Notion – Appréciation selon le principe de l’opérateur privé – Prise en compte du besoin réel d’acquérir les biens ou les services concernés – Admissibilité

    (Art. 107, § 1, TFUE)

    (voir points 164-175)

  9. Aides accordées par les États – Notion – Appréciation selon le principe de l’opérateur privé – Appréciation économique complexe – Pouvoir d’appréciation de la Commission – Contrôle juridictionnel – Limites

    (Art. 107, § 1, TFUE)

    (voir points 179-181, 192-195)

  10. Aides accordées par les États – Notion – Appréciation au regard de l’article 107, paragraphe 1, TFUE – Prise en compte d’une pratique antérieure – Exclusion

    (Art. 107, § 1, TFUE)

    (voir points 182, 318)

  11. Aides accordées par les États – Notion – Appréciation selon le principe de l’opérateur privé – Services de marketing – Détermination du prix du marché – Acquisition des services suite à une procédure d’appel d’offres – Prix du marché correspondant à l’offre la plus élevée – Conditions

    (Art. 107, § 1, TFUE)

    (voir points 284-296)

  12. Aides accordées par les États – Notion – Caractère sélectif de la mesure – Distinction entre l’exigence de sélectivité et la détection concomitante d’un avantage économique ainsi qu’entre un régime d’aides et une aide individuelle – Aide individuelle – Contrats de marketing induisant un avantage en faveur d’une compagnie aérienne – Présomption de sélectivité

    (Art. 107, § 1, TFUE)

    (voir points 324-333)

  13. Procédure juridictionnelle – Mesures d’organisation de la procédure – Demande de production de documents – Pouvoir d’appréciation du juge de l’Union – Obligations du demandeur – Indication des raisons de nature à justifier les mesures sollicitées

    (Règlement de procédure du Tribunal, art. 88, § 2)

    (voir points 344-346)

Résumé

En 2017, la Commission européenne a été saisie d’une plainte déposée par Air France alléguant que la compagnie aérienne Ryanair DAC avait reçu une aide d’État illégale pour soutenir ses opérations de transport aérien vers et au départ de l’aéroport de Montpellier.

Au terme de la procédure formelle d’examen, la Commission a constaté qu’une aide d’État avait été octroyée à Ryanair et sa filiale Airport Marketing Services Ltd (ci-après « AMS ») sous forme de contrats de services de marketing conclus entre ces dernières et l’association de promotion des flux touristiques et économiques (ci-après l’« APFTE »), dont les décisions étaient imputables à l’État français. Estimant que l’aide ainsi octroyée était illégale et incompatible avec le marché intérieur, la Commission a ordonné, par décision du 2 août 2019 ( 1 ), son recouvrement par la France.

Ryanair et AMS ont introduit un recours tendant à l’annulation de cette décision, qui est néanmoins rejeté par le Tribunal. Dans ce contexte, celui-ci apporte des précisions concernant l’applicabilité du critère de l’opérateur privé en économie de marché afin d’apprécier si une mesure étatique confère un avantage au sens de l’article 107, paragraphe 1, TFUE.

Appréciation du Tribunal

Au soutien de leur recours en annulation, Ryanair et AMS, les requérantes, contestaient notamment l’analyse figurant dans la décision attaquée selon laquelle les contrats de services de marketing conclus avec l’APFTE leur conféraient un avantage économique.

À cet égard, le Tribunal rappelle que seules peuvent être qualifiées d’aides d’État au sens de l’article 107, paragraphe 1, TFUE les interventions étatiques qui sont susceptibles de favoriser directement ou indirectement des entreprises ou qui doivent être considérées comme un avantage économique que l’entreprise bénéficiaire n’aurait pas obtenu dans des conditions normales de marché. L’appréciation des conditions dans lesquelles un tel avantage a été accordé s’effectue, en principe, par application du critère de l’opérateur privé en économie de marché.

Dans la décision attaquée, la Commission avait néanmoins considéré que le critère de l’opérateur privé en économie de marché était inapplicable pour deux motifs tenant, en substance, pour le premier, au fait que l’APFTE avait conclu les contrats de services de marketing en tant que puissance publique et, pour le second, au fait que l’achat desdits services par l’APFTE ne répondait pas à un besoin réel de cette dernière.

Or, ainsi que le faisaient valoir les requérantes, aucun desdits motifs n’était de nature à exclure l’applicabilité du principe de l’opérateur privé en économie de marché en l’espèce.

En effet, en ce qui concerne, d’une part, le motif lié au fait que l’APFTE agissait en tant que puissance publique, il ressort de la jurisprudence que, si l’application du critère de l’opérateur privé en économie de marché doit être examinée en faisant abstraction des objectifs de politique publique, la poursuite de tels objectifs n’exclut pas l’applicabilité de ce critère.

S’agissant, d’autre part, du motif relatif à l’achat de services de marketing qui ne répondaient pas à un besoin réel par l’APFTE, le Tribunal observe que l’examen du besoin réel de l’État d’acquérir des biens et des services implique par définition d’analyser si un opérateur privé se trouvant dans une situation la plus proche possible de celle de l’État aurait adopté le même comportement dans des conditions normales du marché. Une telle appréciation relève, par conséquent, de l’application du critère de l’opérateur privé en économie de marché.

Il s’ensuit que, en concluant que le critère de l’opérateur privé en économie de marché n’était pas applicable en l’espèce, la Commission avait commis une erreur de droit.

Cependant, dans la mesure où, d’une part, la Commission avait également examiné, dans la décision attaquée, si l’achat des services de marketing répondait à un besoin réel de l’APFTE, et, d’autre part, son appréciation à cet égard était dépourvue d’erreur, l’erreur de droit constatée n’était pas de nature à entraîner l’annulation de cette décision.

À cet égard, le Tribunal constate, en premier lieu, que l’ambivalence caractérisant l’analyse de l’existence d’un avantage économique dans la décision attaquée n’était pas de nature à entacher cette dernière d’une contradiction susceptible d’affecter sa validité, dans la mesure où, conformément à la jurisprudence, les requérantes ont été en mesure de connaître ses motifs réels et de contester son bien-fondé, notamment dans le contexte de leur recours en annulation. En rejetant, en second lieu, les différents griefs contestant l’absence de besoin réel de l’APFTE d’acheter les services de marketing des requérantes, le Tribunal conclut que ce motif était susceptible de fonder le dispositif de la décision attaquée quant à l’existence d’un avantage économique que les requérantes n’auraient pas obtenu dans des conditions normales de marché.

Les autres moyens soulevés par les requérantes s’étant également révélés non fondés, le Tribunal rejette le recours dans son intégralité.


( 1 ) Décision (UE) 2020/1671 de la Commission, du 2 août 2019, concernant l’aide d’État SA.47867 2018/C (ex 2017/FC) mise à exécution par la France en faveur de Ryanair et d’Airport Marketing Services (JO 2020, L 388, p. 1, ci-après la « décision attaquée »).