Arrêt du Tribunal (deuxième chambre) du 15 février 2023.#Aquind Ltd e.a. contre Agence de l’Union européenne pour la coopération des régulateurs de l’énergie.#Énergie – Compétence de l’ACER – Retrait du Royaume-Uni de l’Union – Erreur de droit – Article 2, point 1, du règlement (UE) 2019/943 – Article 92 de l’accord de retrait – Régime d’exemption ad hoc de l’article 308 et de l’annexe 28 de l’accord de commerce et de coopération.#Affaire T-492/21.
| CELEX | 62021TJ0492_RES |
| Type | Jurisprudence CJUE |
| Date | mercredi 15 février 2023 |
Résumé IA
Texte intégral
Affaire T‑492/21
Aquind Ltd e.a.
contre
Agence de l’Union européenne pour la coopération des régulateurs de l’énergie
Arrêt du Tribunal (deuxième chambre) du 15 février 2023
« Énergie – Compétence de l’ACER – Retrait du Royaume-Uni de l’Union – Erreur de droit – Article 2, point 1, du règlement (UE) 2019/943 – Article 92 de l’accord de retrait – Régime d’exemption ad hoc de l’article 308 et de l’annexe 28 de l’accord de commerce et de coopération »
-
Recours en annulation – Arrêt d’annulation – Effets – Obligation d’adopter des mesures d’exécution – Portée – Annulation par le Tribunal d’une décision de la commission de recours de l’Agence de l’Union européenne pour la coopération des régulateurs de l’énergie (ACER) rejetant une demande de dérogation pour l’interconnexion électrique reliant les réseaux de transport d’électricité britannique et français – Adoption d’une nouvelle décision à la suite du retrait du Royaume-Uni de l’Union – Absence de base juridique en vigueur à la date d’adoption – Incompétence de la commission de recours de l’ACER
(Art. 266 TFUE ; accord sur le retrait du Royaume-Uni de l’Union européenne et d’Euratom, art. 92, § 1 ; accord de commerce et de coopération UE et CEEA-Royaume-Uni, art. 306 à 309 et annexe 28 ; règlements du Parlement européen et du Conseil no 714/2009, art. 2, § 1, et 17, 2019/942, art. 10 et 28, et 2019/943, art. 2, point 1, et 63, § 5)
(voir points 19-25, 29-31, 33-38, 41, 44, 46-59)
-
Actes des institutions – Application dans le temps – Règles de procédure – Entrée en vigueur immédiate
(voir point 32)
-
Recours en annulation – Moyens – Violation des formes substantielles – Annulation ne pouvant que donner lieu à une nouvelle décision identique quant au fond – Moyen inopérant
(Art. 263 TFUE)
(voir points 63-66)
Résumé
La société Aquind Ltd est la promotrice d’un projet d’interconnexion électrique reliant les réseaux de transport d’électricité britannique et français (ci-après l’« interconnexion Aquind »). Aux fins de ce projet, Aquind Ltd a introduit, auprès des autorités de régulation françaises et britanniques, une demande de dérogation temporaire aux principes généraux régissant l’utilisation des recettes, la dissociation des réseaux de transport et des gestionnaires de réseaux de transport ainsi que l’accès de tiers aux réseaux de transport ou de distribution, au titre du règlement no 714/2009 sur les conditions d’accès au réseau pour les échanges transfrontaliers d’électricité ( 1 ).
Les autorités de régulation nationales n’étant pas parvenues à un accord, l’Agence de l’Union européenne pour la coopération des régulateurs de l’énergie (ACER) a rejeté la demande de dérogation, au motif que Aquind Ltd ne satisfaisait pas à la condition selon laquelle le degré de risque associé à l’investissement pour la nouvelle interconnexion est tel que cet investissement ne serait pas effectué si la dérogation n’était pas accordée (ci-après la « décision de l’ACER »).
Sur recours introduit par Aquind Ltd, la décision de l’ACER a été confirmée par la commission de recours de l’ACER ( 2 ) (ci-après la « commission de recours »). Ainsi, Aquind Ltd a saisi le Tribunal d’un recours en annulation de la décision de la commission de recours, qui a été accueilli par arrêt du 18 novembre 2020, Aquind/ACER ( 3 ) (ci-après l’« arrêt d’annulation »).
Après avoir repris la procédure, la commission de recours a déclaré le recours d’Aquind Ltd contre la décision de l’ACER irrecevable au motif que, consécutivement au Brexit, elle n’avait plus la compétence pour statuer sur la demande de dérogation pour l’interconnexion Aquind (ci-après la « décision attaquée »).
Les sociétés Aquind Ltd, Aquind Energy Sàrl et Aquind SAS ont ainsi saisi le Tribunal d’un recours en annulation de la décision attaquée. Dans son arrêt, le Tribunal rejette ce recours, en se prononçant sur les conséquences du Brexit dans le domaine de l’énergie.
Appréciation du Tribunal
À titre liminaire, le Tribunal rappelle que, en vertu de l’article 266 TFUE, l’institution, l’organe ou l’organisme dont émane un acte annulé est tenu de prendre des mesures comportant l’exécution de l’arrêt ayant prononcé l’annulation. Cette obligation d’agir ne constitue, toutefois, pas une source de compétence ni ne permet de fonder les mesures d’exécution sur une base juridique qui a entre-temps été abrogée. Ainsi, l’institution, l’organe ou l’organisme en cause est obligé de fonder l’acte contenant les mesures d’exécution sur une base juridique qui l’habilite à adopter cet acte et qui est en vigueur à la date de son adoption.
Il ressort, en outre, de la jurisprudence que, si aucune base juridique valide n’est en vigueur au moment où une institution, un organe ou un organisme cherche à prendre une décision particulière, il n’est pas possible de s’appuyer sur les principes qui régissent la succession des règles dans le temps afin d’appliquer les dispositions matérielles qui étaient auparavant applicables à des actes adoptés dans le passé.
À la lumière de ces considérations, le Tribunal vérifie si, consécutivement au Brexit, la commission de recours était habilitée à statuer sur la décision de l’ACER en prenant les mesures que comportait l’exécution de l’arrêt d’annulation.
Après avoir relevé que, suite à l’arrêt d’annulation, la commission de recours était tenue de soumettre la décision de l’ACER à un nouveau contrôle qui ne se limitait pas à celui de l’erreur manifeste d’appréciation, le Tribunal examine s’il existait, à la date de l’adoption de la décision attaquée, à savoir le 4 juin 2021, une base juridique habilitant la commission de recours à effectuer un tel contrôle.
À cet égard, le Tribunal constate que, si le règlement instituant l’ACER ( 4 ) et le règlement 2019/943 sur le marché intérieur de l’électricité ( 5 ), en vigueur au moment de l’adoption de la décision attaquée, habilitent, d’une part, l’ACER à examiner les demandes de dérogation relatives à une interconnexion et, d’autre part, la commission de recours à apprécier les décisions de l’ACER sur de telles demandes, il n’en reste pas moins que ces habilitations ne peuvent trouver application que dans l’hypothèse où la ligne de transport concernée traverse ou enjambe une frontière entre des États membres et relie les réseaux de transport nationaux des États membres. Or, le projet d’interconnexion Aquind étant devenu, à la suite du Brexit, une interconnexion entre un État membre et un État tiers, ni l’ACER ni la commission de recours n’étaient en mesure de fonder un acte contenant les mesures d’exécution de l’arrêt d’annulation sur les dispositions de ces règlements.
Par ailleurs, l’ACER et la commission de recours n’étaient pas non plus en mesure d’adopter un acte contenant les mesures d’exécution de l’arrêt d’annulation sur la base des accords régissant la relation entre l’Union et le Royaume-Uni depuis le Brexit.
Sur ce point, le Tribunal relève que l’ACER et la commission de recours ne pouvaient pas adopter un tel acte sur la base de l’article 92 de l’accord sur le retrait du Royaume-Uni de l’Union européenne et d’Euratom ( 6 ), dans la mesure où cette disposition n’octroie des compétences aux institutions, aux organes et aux organismes de l’Union que dans certaines procédures administratives en cours qui ont été engagées avant la fin de la période de transition et qui mettent en cause les institutions du Royaume-Uni ou des personnes physiques ou morales résidant ou établies au Royaume-Uni au sujet du respect du droit de l’Union. Dans ce contexte, le Tribunal souligne que ladite disposition constitue une exception au principe général selon lequel le droit de l’Union et, par conséquent, la compétence des organes de l’Union, ne s’applique plus au Royaume-Uni après son retrait de l’Union.
En ce qui concerne l’accord de commerce et de coopération entre l’Union et le Royaume-Uni ( 7 ), le Tribunal ajoute que l’article 309 dudit accord, qui concerne les dérogations accordées aux interconnexions entre l’Union et le Royaume-Uni en vertu du règlement 2019/943 sur le marché intérieur de l’électricité, ne vise que les dérogations existantes et donc pas les demandes de dérogation pendantes, telles que la demande de dérogation pour l’interconnexion Aquind. Par ailleurs, si ledit accord prévoit un régime de dérogation à ses propres règles relatives à l’accès des tiers aux réseaux de transport et de distribution ainsi qu’à la gestion de réseau et à la dissociation des gestionnaires de réseau de transport, il ne confère aucune compétence à l’ACER ni, en conséquence, à la commission de recours pour se prononcer sur des demandes de dérogations pour des interconnexions électriques.
Au regard de tout ce qui précède, le Tribunal conclut que la commission de recours n’a pas commis d’erreur de droit en se déclarant incompétente, à la suite du Brexit, pour statuer sur la décision de l’ACER en prenant les mesures que comportait l’exécution de l’arrêt d’annulation.
( 1 ) Article 17 du règlement (CE) no 714/2009 du Parlement européen et du Conseil, du 13 juillet 2009, sur les conditions d’accès au réseau pour les échanges transfrontaliers d’électricité et abrogeant le règlement (CE) no 1228/2003 (JO 2009, L 211, p. 15).
( 2 ) Décision de la commission de recours de l’ACER no A 001 2018, du 17 octobre 2018.
( 3 ) Arrêt du 18 novembre 2020, Aquind/ACER (T‑735/18, sous pourvoi, EU:T:2020:542).
( 4 ) Articles 10 et 28 du règlement (UE) 2019/942 du Parlement européen et du Conseil, du 5 juin 2019, instituant une agence de l’Union européenne pour la coopération des régulateurs de l’énergie (JO 2019, L 158, p. 22).
( 5 ) Article 63, paragraphe 5, du règlement (UE) 2019/943 du Parlement européen et du Conseil, du 5 juin 2019, sur le marché intérieur de l’électricité (JO 2019, L 158, p. 54).
( 6 ) Accord sur le retrait du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord de l’Union européenne et de la Communauté européenne de l’énergie atomique (JO 2020, L 29, p. 7).
( 7 ) Accord de commerce et de coopération entre l’Union européenne et la Communauté européenne de l’énergie atomique, d’une part, et le Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord, d’autre part (JO 2021, L 149, p. 10).
Documents similaires
Affaire T-1187/23: Recours introduit le 31 décembre 2023 — Funline Intenational/EUIPO — MS Trade (AMSTERDAM POPPERS)
31/12/2023
Affaire T-1194/23: Recours introduit le 30 décembre 2023 — Apc Europe e. a./Commission
30/12/2023
Affaire T-1188/23: Recours introduit le 30 décembre 2023 — Rain Carbon Germany/EUIPO — Novaresine (NOVARESINE INNOVATION GOES GREEN)
30/12/2023
Affaire C-805/23 P: Pourvoi formé le 29 décembre 2023 par Piamark, Lda (Zona Franca da Madeira) contre l’ordonnance du Tribunal (cinquième chambre) rendue le 27 octobre 2023 dans les affaires T-714/22 et T-715/22, Nutmark et Piamark/Commission (Zone franche de Madère)
29/12/2023