Jurisprudence CJUE62022CA0402

Affaire C-402/22, Staatssecretaris van Justitie en Veiligheid (Crime particulièrement grave): Arrêt de la Cour (première chambre) du 6 juillet 2023 (demande de décision préjudicielle du Raad van State — Pays-Bas) — Staatssecretaris van Justitie en Veiligheid / M.A. (Renvoi préjudiciel – Directive 2011/95/UE – Normes relatives aux conditions d’octroi du statut de réfugié ou du statut conféré par la protection subsidiaire – Article 14, paragraphe 4, sous b) – Révocation du statut de réfugié – Ressortissant d’un pays tiers condamné en dernier ressort pour un crime particulièrement grave – Menace pour la société – Contrôle de proportionnalité)

CELEX62022CA0402
TypeJurisprudence CJUE
Datejeudi 6 juillet 2023

Résumé IA

Cet arrêt précise les conditions de révocation du statut de réfugié pour un crime particulièrement grave au titre de l'article 14, paragraphe 4, sous b), de la directive 2011/95/UE. La Cour de justice interprète la notion de "menace pour la société" et impose un contrôle de proportionnalité strict, obligeant l'autorité nationale à évaluer individuellement la gravité de la menace et à tenir compte de la durée de la peine d'emprisonnement déjà purgée.

Texte intégral

21.8.2023

FR

Journal officiel de l'Union européenne

C 296/10


Arrêt de la Cour (première chambre) du 6 juillet 2023 (demande de décision préjudicielle du Raad van State — Pays-Bas) — Staatssecretaris van Justitie en Veiligheid / M.A.

(Affaire C-402/22 (1), Staatssecretaris van Justitie en Veiligheid (Crime particulièrement grave))

(Renvoi préjudiciel - Directive 2011/95/UE - Normes relatives aux conditions d’octroi du statut de réfugié ou du statut conféré par la protection subsidiaire - Article 14, paragraphe 4, sous b) - Révocation du statut de réfugié - Ressortissant d’un pays tiers condamné en dernier ressort pour un crime particulièrement grave - Menace pour la société - Contrôle de proportionnalité)

(2023/C 296/11)

Langue de procédure: le néerlandais

Juridiction de renvoi

Raad van State

Parties dans la procédure au principal

Partie requérante: Staatssecretaris van Justitie en Veiligheid

Partie défenderesse: M.A.

Dispositif

1)

L’article 14, paragraphe 4, sous b), de la directive 2011/95/UE du Parlement européen et du Conseil, du 13 décembre 2011, concernant les normes relatives aux conditions que doivent remplir les ressortissants des pays tiers ou les apatrides pour pouvoir bénéficier d’une protection internationale, à un statut uniforme pour les réfugiés ou les personnes pouvant bénéficier de la protection subsidiaire, et au contenu de cette protection,

doit être interprété en ce sens que:

constitue un «crime particulièrement grave», au sens de cette disposition, un crime présentant, eu égard à ses traits spécifiques, une gravité exceptionnelle, en tant qu’il fait partie des crimes qui portent le plus atteinte à l’ordre juridique de la société concernée. Aux fins d’apprécier si un crime pour lequel un ressortissant d’un pays tiers a été condamné en dernier ressort présente un tel degré de gravité, il y a lieu de tenir compte, notamment, de la peine encourue et de la peine prononcée pour ce crime, de la nature de celui-ci, d’éventuelles circonstances aggravantes ou atténuantes, du caractère intentionnel ou non dudit crime, de la nature et de l’ampleur des dommages causés par le même crime ainsi que de la procédure appliquée pour réprimer celui-ci.

2)

L’article 14, paragraphe 4, sous b), de la directive 2011/95

doit être interprété en ce sens que:

l’existence d’une menace pour la société de l’État membre dans lequel se trouve le ressortissant concerné d’un pays tiers ne peut être regardée comme étant établie en raison du seul fait que celui-ci a été condamné en dernier ressort pour un crime particulièrement grave.

3)

L’article 14, paragraphe 4, sous b), de la directive 2011/95

doit être interprété en ce sens:

que l’application de cette disposition est subordonnée à ce qu’il soit établi, par l’autorité compétente, que la menace représentée par le ressortissant concerné d’un pays tiers pour un intérêt fondamental de la société de l’État membre dans lequel il se trouve revêt un caractère réel, actuel et suffisamment grave et que la révocation du statut de réfugié constitue une mesure proportionnée à cette menace.


(1) JO C 368 du 26.09.2022