Jurisprudence CJUE62022CB0289

Affaire C-289/22, A.T.S. 2003: Ordonnance de la Cour (cinquième chambre) du 9 janvier 2023 (demande de décision préjudicielle du Fővárosi Törvényszék — Hongrie) — A.T.S. 2003 Vagyonvédelmi és Szolgáltató Zrt., en liquidation / Nemzeti Adó- és Vámhivatal Fellebbviteli Igazgatósága [Renvoi préjudiciel – Article 99 du règlement de procédure – Fiscalité – Taxe sur la valeur ajoutée (TVA) – Directive 2006/112/CE – Articles 167, 168 et 178 – Droit à déduction de la TVA acquittée en amont – Fraude – Preuve – Obligation de diligence de l’assujetti – Prise en considération d’une violation des dispositions nationales régissant les prestations de services en cause]

CELEX62022CB0289
TypeJurisprudence CJUE
Datelundi 9 janvier 2023

Résumé IA

Cette ordonnance de la Cour de justice traite des conditions de déduction de la TVA en amont en cas de soupçons de fraude. Elle précise que les autorités fiscales nationales peuvent refuser le droit à déduction si elles prouvent que l'assujetti savait ou aurait dû savoir qu'il participait à une transaction frauduleuse, en tenant compte notamment du non-respect des obligations nationales applicables au service fourni. La Cour rappelle que la charge de la preuve de la fraude incombe à l'administration fiscale.

Texte intégral

8.5.2023

FR

Journal officiel de l'Union européenne

C 164/23


Ordonnance de la Cour (cinquième chambre) du 9 janvier 2023 (demande de décision préjudicielle du Fővárosi Törvényszék — Hongrie) — A.T.S. 2003 Vagyonvédelmi és Szolgáltató Zrt., en liquidation / Nemzeti Adó- és Vámhivatal Fellebbviteli Igazgatósága

(Affaire C-289/22 (1), A.T.S. 2003)

(Renvoi préjudiciel - Article 99 du règlement de procédure - Fiscalité - Taxe sur la valeur ajoutée (TVA) - Directive 2006/112/CE - Articles 167, 168 et 178 - Droit à déduction de la TVA acquittée en amont - Fraude - Preuve - Obligation de diligence de l’assujetti - Prise en considération d’une violation des dispositions nationales régissant les prestations de services en cause)

(2023/C 164/29)

Langue de procédure: le hongrois

Juridiction de renvoi

Fővárosi Törvényszék

Parties dans la procédure au principal

Partie requérante: A.T.S. 2003 Vagyonvédelmi és Szolgáltató Zrt., en liquidation

Partie défenderesse: Nemzeti Adó- és Vámhivatal Fellebbviteli Igazgatósága

Dispositif

1)

La directive 2006/112/CE du Conseil, du 28 novembre 2006, relative au système commun de taxe sur la valeur ajoutée,

doit être interprétée en ce sens que:

elle s’oppose à une pratique nationale consistant à qualifier d’«exercice d’un droit non conforme à la destination de ce droit» le choix d’un assujetti d’exercer une activité économique sous la forme qui lui permet de réduire ses coûts économiques et à refuser, pour ce motif, à cet assujetti le bénéfice du droit à déduction de la taxe sur la valeur ajoutée acquittée en amont, lorsque n’est pas établie l’existence d’un montage purement artificiel, dépourvu de réalité économique, effectué à la seule fin, ou, à tout le moins, dans le but essentiel, d’obtenir un avantage fiscal dont l’octroi serait contraire aux objectifs de cette directive.

2)

La directive 2006/112

doit être interprétée en ce sens que:

elle ne s’oppose pas à ce que l’autorité fiscale refuse à un assujetti le bénéfice du droit à déduction de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) afférente à une prestation de services, en se fondant sur des constatations résultant de témoignages au vu desquelles cette autorité fiscale a remis en cause la réalité de cette prestation de services ou a considéré que celle-ci était impliquée dans une fraude à la TVA, si, dans le premier cas, il n’est pas établi par l’assujetti que ladite prestation de services a effectivement été réalisée ou si, dans le second cas, il est établi par ladite autorité fiscale, conformément aux règles de preuve du droit national, que cet assujetti a commis une fraude à la TVA ou savait ou aurait dû savoir que l’opération invoquée pour fonder le droit à déduction était impliquée dans une telle fraude.

3)

La directive 2006/112

doit être interprétée en ce sens que:

elle s’oppose à ce que l’autorité fiscale refuse à un assujetti le bénéfice du droit à déduction en considérant comme un élément de preuve suffisant de l’existence d’une fraude à la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) le fait que cet assujetti, ou d’autres opérateurs intervenant en amont dans la chaîne des prestations, ont violé les règles nationales régissant les prestations de services en cause, sans que soit établie l’existence d’un lien entre cette violation et le droit à déduction de la TVA;

une telle violation peut cependant, selon les circonstances de fait de l’espèce, constituer un indice parmi d’autres de l’existence d’une telle fraude ainsi qu’un élément de preuve pouvant être retenu, dans le cadre de l’appréciation globale de toutes ces circonstances, pour établir que l’assujetti en est l’auteur ou y a participé activement, ou pour établir que cet assujetti savait ou aurait dû savoir que l’opération invoquée pour fonder le droit à déduction était impliquée dans cette fraude;

il incombe à l’autorité fiscale de caractériser les éléments constitutifs de la fraude à la TVA, de rapporter la preuve des agissements frauduleux et d’établir que l’assujetti est l’auteur de cette fraude ou y a participé activement, ou savait ou aurait dû savoir que l’opération invoquée pour fonder le droit à déduction était impliquée dans cette fraude;

cette exigence n’implique pas nécessairement d’identifier tous les acteurs de la fraude ainsi que tous les agissements respectifs de ceux-ci.

4)

La directive 2006/112, lue en combinaison avec le principe de proportionnalité,

doit être interprétée en ce sens que:

il n’incombe pas, en principe, à l’assujetti souhaitant exercer le droit à déduction de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) de vérifier que le fournisseur et les autres opérateurs intervenant en amont dans la chaîne de prestations ont respecté les règles nationales régissant les prestations de services en cause ainsi que les autres règles nationales qui s’appliquent à leur activité. Toutefois, en présence d’indices, qui résultent de la violation de ces règles et qui sont de nature à faire naître chez l’assujetti, au moment de l’acquisition qu’il effectue, des soupçons quant à l’existence d’irrégularités ou d’une fraude, il peut être exigé de cet assujetti qu’il fasse preuve d’une diligence accrue et qu’il prenne les mesures pouvant raisonnablement être attendues de lui pour s’assurer que, par cette acquisition, il ne participe pas à une opération impliquée dans une fraude à la TVA.


(1) JO C 266 du 11.07.2022