Arrêt du Tribunal (sixième chambre) du 7 juin 2023.#Société des produits Nestlé SA contre Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle.#Marque de l’Union européenne – Procédure de révocation de décisions ou de suppression d’inscriptions – Révocation d’une décision entachée d’une erreur manifeste imputable à l’EUIPO – Article 103, paragraphe 1, du règlement (UE) 2017/1001 – Absence d’erreur manifeste.#Affaire T-519/22.
| CELEX | 62022TJ0519_RES |
| Type | Jurisprudence CJUE |
| Date | mercredi 7 juin 2023 |
Résumé IA
Texte intégral
Affaire T‑519/22
Société des produits Nestlé SA
contre
Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle
Arrêt du Tribunal (sixième chambre) du 7 juin 2023
« Marque de l’Union européenne – Procédure de révocation de décisions ou de suppression d’inscriptions – Révocation d’une décision entachée d’une erreur manifeste imputable à l’EUIPO – Article 103, paragraphe 1, du règlement (UE) 2017/1001 – Absence d’erreur manifeste »
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Marque de l’Union européenne – Dispositions de procédure – Suppression ou révocation – Condition – Erreur manifeste – Notion – Citation d’une disposition relative à une procédure d’opposition dans le cadre d’une procédure de nullité – Absence d’incidence – Exclusion – Application par analogie d’une jurisprudence relative à une procédure d’opposition dans le cadre d’une procédure de nullité – Exclusion
(Règlement du Parlement européen et du Conseil 2017/1001, art. 103, § 1 ; règlement de la Commission no 2868/95, art. 1er, règles 22, § 2, et 50, § 1)
(voir points 34, 35, 38, 39, 44, 49-52, 54)
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Actes des institutions – Motivation – Obligation – Portée – Régularisation d’un défaut de motivation au cours de la procédure contentieuse – Inadmissibilité
(Art. 296 TFUE)
(voir point 55)
Résumé
Depuis le 20 novembre 2001, la Société des produits Nestlé SA est titulaire de la marque de l’Union européenne verbale FITNESS, enregistrée auprès de l’Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO) pour différents produits ( 1 ). Le 2 septembre 2011, la société European Food SA a présenté une demande en nullité de ladite marque ( 2 ), qui a été rejetée.
Au cours de la procédure de recours, European Food a produit de nouvelles preuves à l’appui de sa revendication. Cependant, la quatrième chambre de recours de l’EUIPO les a rejetées comme tardives, sans les prendre en considération. Saisi d’un recours, le Tribunal ( 3 ) a ensuite annulé cette décision et l’affaire a été renvoyée à la deuxième chambre de recours de l’EUIPO qui, en tenant compte desdites preuves, a estimé que la marque contestée était descriptive. Néanmoins, cette décision a également été annulée par un deuxième arrêt du Tribunal ( 4 ). L’affaire a donc été renvoyée devant la première chambre de recours de l’EUIPO qui, après avoir exercé son pouvoir d’appréciation, a considéré que European Food n’avait pas justifié de manière adéquate la production tardive des éléments de preuve et, par conséquent, a rejeté le recours.
Cette dernière décision a été révoquée (ci-après la « décision révoquée ») par la décision du 27 juin 2022 (ci-après la « décision attaquée ») de la première chambre de recours de l’EUIPO, en raison de plusieurs erreurs de droit.
Dans cet arrêt, le Tribunal examine l’application de l’article 103, paragraphe 1, du règlement 2017/1001, relatif aux pouvoirs de l’EUIPO de révoquer ses décisions, et met en œuvre les critères déjà formulés dans la jurisprudence ( 5 ).
Appréciation du Tribunal
Dans un premier temps, le Tribunal se prononce sur la considération de la chambre de recours selon laquelle il était manifestement erroné de se fonder sur la règle 50, paragraphe 1, du règlement no 2868/95 ( 6 ), relative à la procédure d’opposition, et de l’appliquer, par analogie, dans le cadre d’une procédure de nullité. À cet égard, il relève que, s’il n’est pas contesté que cette règle n’est pas applicable dans le cadre d’une procédure de nullité fondée sur des causes de nullité absolue, il ne ressort ni de la décision attaquée ni de la décision révoquée que la référence à ladite règle aurait eu une influence sur les conclusions de la chambre de recours en ce qui concerne la possibilité d’accepter les éléments de preuve nouvellement produits, de sorte que l’erreur commise ne permettait pas le maintien du dispositif de la décision révoquée sans une nouvelle analyse.
En effet, la conclusion de la chambre de recours dans la décision révoquée selon laquelle, en l’absence de toute justification acceptable concernant la production tardive des éléments de preuve, elle était tenue d’exercer son pouvoir d’appréciation de manière négative et de ne pas accepter les éléments de preuve supplémentaires découle du second arrêt d’annulation du Tribunal ( 7 ). Pour arriver à cette conclusion, la chambre de recours s’est tout d’abord référée à cet arrêt, dont il ressortait que les éléments de preuve présentés tardivement n’étaient pas automatiquement recevables et qu’il appartenait à la partie qui présentait ces preuves de justifier les raisons pour lesquelles celles-ci avaient été introduites à ce stade de la procédure, ainsi que de démontrer l’impossibilité d’une telle présentation au cours de l’instance devant la division d’annulation. Ensuite, elle a considéré que, bien que les éléments présentés pour la première fois au stade du recours étaient de prime abord pertinents, rien ne prouvait qu’ils n’aient pas pu être produits devant la division d’annulation. Enfin, elle a estimé que la constatation, par la division d’annulation, de l’insuffisance des éléments de preuve initialement soumis ne saurait être considérée comme un élément nouveau justifiant la présentation de preuves supplémentaires.
Il ressort de ces considérations qu’il n’a pas été démontré que la référence erronée à la règle 50, paragraphe 1, du règlement no 2868/95 ait eu un impact sur le raisonnement mené par la chambre de recours dans la décision révoquée ou sur sa conclusion.
Dans un second temps, le Tribunal examine l’appréciation de la chambre de recours, dans la décision révoquée, selon laquelle il était erroné de se référer à l’arrêt Cesea Group/OHMI - Mangini & C. (Mangiami) ( 8 ), portant sur l’application de la règle 22, paragraphe 2, du règlement no 2868/95, qui s’appliquait à la preuve de l’usage, et de considérer que cette jurisprudence était pleinement transposable au contexte de nullité en cause. À ce sujet, le Tribunal rappelle que la chambre de recours a estimé que les principes énoncés dans cet arrêt étaient pleinement transposables au contexte de la nullité et que, par conséquent, admettre des preuves supplémentaires produites pour la première fois au stade du recours sans justification valable priverait de leur effet la règle 37, sous b), iv), et la règle 39, paragraphe 3, du règlement no 2868/95. La chambre de recours s’est également référée audit arrêt lorsqu’elle a indiqué qu’elle devait examiner si la demanderesse en nullité avait justifié la présentation tardive de preuves supplémentaires, ainsi que lorsqu’elle a considéré que la décision de la division d’annulation ne pouvait pas être considérée comme un élément nouveau justifiant la présentation de telles preuves.
Or, le Tribunal estime que, à supposer que les considérations relatives à la justification de la présentation de preuves supplémentaires dans un contexte d’application de la règle 22, paragraphe 2, du règlement no 2868/95 ne soient pas transposables à une procédure en nullité, l’éventuelle erreur commise par la chambre de recours dans la décision révoquée ne saurait être qualifiée de manifeste au sens de l’article 103, paragraphe 1, du règlement 2017/1001. En effet, premièrement, dans la décision révoquée, la chambre de recours n’a pas fait application de cette règle, mais s’est référée, par analogie, à une jurisprudence relative à l’application de cette disposition. Deuxièmement, la règle 22, paragraphe 2, du règlement no 2868/95, d’une part, et les règles 37, sous b), iv), et 39, paragraphe 3, dudit règlement, d’autre part, concernent des contextes procéduraux comparables, étant donné que, dans les deux, l’EUIPO fixe un délai pour la présentation des éléments de preuve et rejette les demandes lorsque ces preuves ne sont pas présentées. Partant, cette différence de procédures ne saurait constituer, en soi, une raison suffisante pour considérer que la jurisprudence relative à la preuve de l’usage serait manifestement non transposable aux procédures de nullité.
Par conséquent, le Tribunal conclut que la seule application par analogie de la jurisprudence relative à l’interprétation de la règle 22, paragraphe 2, du règlement no 2868/95 en l’espèce ne constitue pas une erreur manifeste au sens de l’article 103, paragraphe 1, du règlement 2017/1001.
( 1 ) Produits relevant des classes 29, 30 et 32 au sens de l’arrangement de Nice concernant la classification internationale des produits et des services aux fins de l’enregistrement des marques, du 15 juin 1957, tel que révisé et modifié.
( 2 ) Fondée sur l’article 52, paragraphe 1, sous a), du règlement (CE) no 207/2009 du Conseil, du 26 février 2009, sur la marque communautaire (JO 2009, L 78, p. 1), lu conjointement avec l’article 7, paragraphe 1, sous b) et c), du même règlement [devenus article 59, paragraphe 1, sous a), et article 7, paragraphe 1, sous b) et c), du règlement (UE) 2017/1001 du Parlement européen et du Conseil, du 14 juin 2017, sur la marque de l’Union européenne (JO 2017, L 154, p. 1)].
( 3 ) Arrêt du 28 septembre 2016, European Food/EUIPO - Société des produits Nestlé (FITNESS) (T‑476/15, EU:T:2016:568).
( 4 ) Arrêt du 10 octobre 2019, Société des produits Nestlé/EUIPO - European Food (FITNESS) (T‑536/18, non publié, EU:T:2019:737).
( 5 ) Notamment, dans l’arrêt du 22 septembre 2021, Marina Yachting Brand Management/EUIPO - Industries Sportswear (MARINA YACHTING) (T‑169/20, EU:T:2021:609).
( 6 ) Règlement no 2868/95 de la Commission, du 13 décembre 1995, portant modalités d’application du règlement (CE) no 40/94 du Conseil sur la marque communautaire (JO 1995, L 303, p. 1).
( 7 ) Arrêt du 10 octobre 2019, Société des produits Nestlé/EUIPO - European Food (FITNESS) (T‑536/18, non publié, EU:T:2019:737).
( 8 ) Arrêt du 22 septembre 2011, Cesea Group/OHMI - Mangini & C. (Mangiami) (T‑250/09, non publié, EU:T:2011:516).
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