Jurisprudence CJUE62022TO0050

Ordonnance du Tribunal (quatrième chambre) du 17 janvier 2023.#AL contre Conseil de l'Union européenne et Commission européenne.#Fonction publique – Fonctionnaires – Rémunération – Allocations familiales – Allocations pour enfant à charge – Article 2 de l’annexe VII du statut – Conditions d’octroi – Retrait du bénéfice de l’allocation – Répétition de l’indu – Article 91 bis du statut – Délégation au PMO de la Commission – Recours dirigé contre l’institution délégante – Irrecevabilité.#Affaire T-50/22.

CELEX62022TO0050
TypeJurisprudence CJUE
Datemardi 17 janvier 2023

Résumé IA

Cette ordonnance du Tribunal de l'Union européenne statue sur l'irrecevabilité d'un recours introduit par un fonctionnaire concernant le retrait d'allocations familiales et la répétition de l'indu. Le Tribunal confirme que le recours doit être dirigé contre l'Office du personnel (PMO) de la Commission, autorité délégataire ayant pris la décision contestée, et non contre le Conseil ou la Commission en tant qu'institutions délégantes. Cette décision précise les règles de compétence juridictionnelle dans le contentieux de la fonction publique européenne lorsque des pouvoirs de décision ont été délégués.

Texte intégral

DOCUMENT DE TRAVAIL

ORDONNANCE DU TRIBUNAL (quatrième chambre)

17 janvier 2023 (*)

« Fonction publique – Fonctionnaires – Rémunération – Allocations familiales – Allocations pour enfant à charge – Article 2 de l’annexe VII du statut – Conditions d’octroi – Retrait du bénéfice de l’allocation – Répétition de l’indu – Article 91 bis du statut – Délégation au PMO de la Commission – Recours dirigé contre l’institution délégante – Irrecevabilité »

Dans l’affaire T‑50/22,

AL, représenté par Me R. Rata, avocate,

partie requérante,

contre

Conseil de l’Union européenne, représenté par MM. M. Bauer et M. Alver, en qualité d’agents,

et

Commission européenne, représentée par MM. T. Bohr et L. Hohenecker, en qualité d’agents,

parties défenderesses,

LE TRIBUNAL (quatrième chambre),

composé de M. R. da Silva Passos, président, Mmes N. Półtorak (rapporteure) et T. Pynnä, juges,

greffier : M. E. Coulon,

vu la phase écrite de la procédure,

rend la présente

Ordonnance

1 Par son recours fondé sur l’article 270 TFUE, le requérant, AL, demande l’annulation partielle de la décision du directeur général des ressources humaines et de la sécurité de la Commission européenne du 22 octobre 2021 par laquelle celui-ci a partiellement rejeté la réclamation introduite contre la décision de l’Office « Gestion et liquidation des droits individuels » (PMO) du 22 mars 2021 de cesser le versement des allocations familiales qu’il percevait pour sa fille adoptive et d’ordonner le recouvrement de plusieurs allocations familiales qu’il touchait (ci-après la « décision du 22 mars 2021 »).

Antécédents du litige

2 Le requérant est fonctionnaire au secrétariat général du Conseil de l’Union européenne (ci-après le « SGC ») [confidentiel] (1).

3 Après que le requérant en a formulé la demande, diverses allocations lui ont été accordées entre 2009 et 2019, dans la mesure où sa mère ainsi que trois autres personnes ont été assimilées à des enfants à sa charge au sens de l’article 2, paragraphe 4, de l’annexe VII du statut des fonctionnaires de l’Union européenne (ci-après le « statut »).

4 Le 13 mai 2019, en vertu de l’article 2, paragraphe 2, du statut, le Conseil a adopté la décision (UE) 2019/792, confiant à la Commission – au PMO – l’exercice de certains pouvoirs dévolus à l’autorité investie du pouvoir de nomination et à l’autorité habilitée à conclure les contrats d’engagement (JO 2019, L 129, p. 3).

5 Au mois de décembre 2020, le requérant a été informé par l’Office européen de lutte antifraude (OLAF) qu’une enquête le visant, liée à des soupçons de fraudes au sujet de sa déclaration relative à la composition de sa famille et aux conditions dans lesquelles il avait obtenu les allocations familiales correspondantes, avait été clôturée. En outre, l’OLAF l’informait notamment que deux recommandations avaient été transmises au SGC. La première concernait le recouvrement de sommes que l’OLAF estimait avoir été versées indûment au requérant au titre desdites allocations, et la seconde concernait l’ouverture d’une procédure disciplinaire.

6 Le 22 mars 2021, au regard des recommandations de l’OLAF, le PMO a ordonné le recouvrement des sommes qu’il estimait devoir être dues par le requérant, en application de l’article 85 du statut, relatif à la répétition de l’indu.

7 Le 22 octobre 2021, le directeur général des ressources humaines et de la sécurité de la Commission a partiellement rejeté la réclamation formée par le requérant à l’encontre de la décision du 22 mars 2021, en maintenant qu’il convenait de cesser le versement des allocations familiales que celui-ci percevait pour sa fille adoptive et d’ordonner le recouvrement de plusieurs allocations familiales touchées par ce dernier.

Conclusions des parties

8 Le requérant conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :

– annuler partiellement la décision du 22 octobre 2021 ;

– condamner le Conseil et la Commission aux dépens.

9 Dans l’exception d’irrecevabilité soulevée au titre de l’article 130 du règlement de procédure du Tribunal, le Conseil conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :

– rejeter le recours comme irrecevable en ce qui le concerne ;

– condamner le requérant aux dépens.

En droit

10 En vertu de l’article 130, paragraphes 1 et 7, du règlement de procédure, si la partie défenderesse le demande, le Tribunal peut statuer sur l’irrecevabilité ou l’incompétence sans engager le débat au fond. En l’espèce, le Conseil ayant demandé qu’il soit statué sur l’irrecevabilité du recours en ce qui le concerne, le Tribunal, s’estimant suffisamment éclairé par les pièces du dossier, décide de statuer sur cette demande.

11 Dans son exception d’irrecevabilité, le Conseil fait valoir, en substance, que la décision attaquée a été adoptée par le PMO de la Commission sur la base des pouvoirs qu’il lui a délégués en vertu de la décision 2019/792. Ainsi, selon le Conseil, le présent recours doit être dirigé contre la Commission et rejeté comme irrecevable pour autant qu’il le concerne.

12 Dans ses observations sur l’exception d’irrecevabilité, le requérant conteste les arguments du Conseil. En substance, premièrement, il soutient que, dans la mesure où il a demandé la jonction du présent recours et de l’affaire T‑692/21 (AL/Commission), il conviendrait d’adopter une décision à cet égard avant de déterminer si le Conseil doit être partie à ces affaires. Deuxièmement, il fait valoir qu’il existe une relation étroite entre la présente affaire, liée au recouvrement des allocations litigieuses, et l’affaire T‑22/22 (AL/Conseil) liée à la procédure disciplinaire au terme de laquelle le Conseil a décidé de le révoquer. Par conséquent, il estime que, puisque le Conseil est le défendeur dans cette dernière, il devrait logiquement être partie dans la présente affaire pour laquelle il nourrit un intérêt particulier. Troisièmement, il considère que le PMO n’a adopté aucune décision visant à cesser le versement des allocations pour sa fille adoptive, et que ladite cessation découle en réalité de l’exécution d’une décision imputable au Conseil. À cet égard, il souligne ne pas avoir eu accès à l’accord de niveau de service mentionné au considérant 3 de la décision 2019/792, et estime ne pas pouvoir répondre à l’exception d’irrecevabilité du Conseil dans ces conditions.

13 À titre liminaire, il convient de rappeler qu’un recours juridictionnel doit être dirigé contre l’institution dont émane l’acte faisant grief (voir, en ce sens, arrêt du 4 octobre 2018, Constantinescu/Parlement, T‑17/17, EU:T:2018:645, point 30, et ordonnance du 17 décembre 2020, IM/BEI et FEI, T‑80/20, non publiée, EU:T:2020:636, point 25).

14 Ainsi, un recours dirigé contre une institution autre que celle dont émane l’acte faisant grief contesté doit être rejeté comme étant irrecevable (voir, en ce sens, ordonnance du 17 décembre 2020, IM/BEI et FEI, T‑80/20, non publiée, EU:T:2020:636, point 25).

15 Par ailleurs, aux termes de l’article 2, paragraphe 2, du statut, une ou plusieurs institutions peuvent confier à l’une d’entre elles ou à un organisme interinstitutionnel l’exercice de tout ou partie des pouvoirs dévolus à l’autorité investie du pouvoir de nomination, à l’exception des décisions relatives aux nominations, aux promotions ou aux mutations de fonctionnaires. Conformément à l’article 91 bis du statut, les recours dans les domaines pour lesquels il a été fait application de l’article 2, paragraphe 2, sont dirigés contre l’institution dont l’autorité investie du pouvoir de nomination délégataire dépend.

16 À cet égard, il ressort de l’article 1er, paragraphe 1, sous a) et d), de la décision 2019/792, adoptée sur la base de l’article 2, paragraphe 2, du statut, que le Conseil a délégué au PMO, qui relève de la Commission, l’exercice des pouvoirs dévolus par le statut à l’autorité investie du pouvoir de nomination concernant le personnel du SGC en matière de droits individuels prévus aux articles 1er à 13 de l’annexe VII du statut ainsi qu’en matière de répétition de l’indu, conformément à l’article 85 du statut, s’agissant de tels droits individuels.

17 Or, en l’espèce, par la décision du 22 mars 2021, le PMO a ordonné, d’une part, en application de l’article 85 du statut, le recouvrement de sommes correspondant à des allocations familiales que le requérant avait perçues sur la base de l’article 2, paragraphe 4, de l’annexe VII du statut et, d’autre part, la cessation du versement d’une telle allocation familiale que le requérant percevait pour sa fille adoptive.

18 En conséquence, la décision du 22 mars 2021 a été adoptée par le PMO, en tant qu’institution délégataire, de sorte que le présent recours doit être dirigé uniquement contre la Commission.

19 Cette conclusion n’est pas remise en cause par les arguments du requérant.

20 En effet, en ce que le requérant affirme que le Conseil a un intérêt particulier à la solution du présent recours, dans la mesure où il existe une relation étroite entre ce dernier et l’affaire T‑22/22 (AL/Conseil) dans laquelle il est partie principale, force est de constater que l’intérêt éventuel d’une institution de l’Union européenne à intervenir dans un recours ne saurait en rien préjuger de l’identité du défendeur contre lequel ledit recours doit être dirigé.

21 En outre, le requérant allègue qu’il ne saurait être considéré que la décision du 22 mars 2021 a été adoptée par le PMO, car celui-ci se serait en réalité contenté d’exécuter des suggestions qui lui avaient été adressées par le Conseil dans une lettre du 1er janvier 2021.

22 Or, il ressort clairement du texte de ladite décision que, à travers celle-ci, le PMO qui l’a adoptée, signée et transmise au requérant a décidé de mettre fin au versement des allocations familiales que celui-ci percevait pour sa fille adoptive et d’ordonner le recouvrement de diverses allocations familiales qu’il avait perçues.

23 Enfin, à travers l’argument par lequel le requérant fait valoir qu’il a été privé d’accès à l’accord de niveau de service du 3 mai 2019 qui est mentionné au considérant 3 de la décision 2019/792, celui-ci vise, en substance, à remettre en cause la compétence de la Commission pour adopter la décision du 22 mars 2021. Toutefois, il convient de constater à ce sujet que de telles considérations ne sont pas susceptibles d’établir que le présent recours aurait dû être dirigé contre le Conseil.

24 Il en découle que ledit recours est irrecevable en ce qu’il est dirigé contre le Conseil et doit, dès lors, être rejeté dans cette mesure.

Sur les dépens

25 Selon l’article 133 du règlement de procédure, le Tribunal statue sur les dépens dans l’arrêt ou l’ordonnance qui met fin à l’instance. La présente ordonnance mettant fin à l’instance à l’égard du Conseil, il convient de statuer sur les dépens en ce qui concerne ladite instance.

26 Aux termes de l’article 134, paragraphe 1, du règlement de procédure, toute partie qui succombe est condamnée aux dépens, s’il est conclu en ce sens. Le requérant ayant succombé, il y a lieu de le condamner aux dépens, conformément aux conclusions du Conseil.

Par ces motifs,

LE TRIBUNAL (quatrième chambre)

ordonne :

1) Le recours est rejeté comme irrecevable en tant qu’il est dirigé contre le Conseil de l’Union européenne.

2) AL supporte ses propres dépens et est condamné à supporter les dépens exposés par le Conseil dans le cadre de la procédure sur l’exception d’irrecevabilité.

3) Les dépens sont réservés pour le surplus.

Fait à Luxembourg, le 17 janvier 2023.

Le greffier

Le président

E. Coulon

R. da Silva Passos


* Langue de procédure : l’anglais.


1 Données confidentielles occultées.