Jurisprudence CJUE62022TO0719

Ordonnance du Tribunal (sixième chambre) du 29 juin 2023.#Puma SE contre Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle.#Recours en annulation – Marque de l’Union européenne – Procédure d’opposition – Demande de marque de l’Union européenne verbale HERZO – Marque de l’Union européenne figurative antérieure HERNO – Motif relatif de refus – Risque de confusion – Article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement (UE) 2017/1001 – Recours manifestement dépourvu de tout fondement en droit.#Affaire T-719/22.

CELEX62022TO0719
TypeJurisprudence CJUE
Datejeudi 29 juin 2023

Résumé IA

Cette ordonnance rejette le recours de Puma SE contre une décision de l'EUIPO confirmant le refus d'enregistrement de la marque verbale "HERZO" en opposition avec la marque figurative antérieure "HERNO". Le Tribunal constate l'absence manifeste de risque de confusion entre les signes, notamment en raison de leurs différences phonétiques et visuelles marquées, rendant le recours irrecevable. La décision illustre l'application stricte des conditions de l'article 8(1)(b) du règlement sur la marque de l'Union lorsque les éléments distinctifs prédominent sur les similitudes.

Texte intégral

DOCUMENT DE TRAVAIL

ORDONNANCE DU TRIBUNAL (sixième chambre)

29 juin 2023 (*)

« Recours en annulation – Marque de l’Union européenne – Procédure d’opposition – Demande de marque de l’Union européenne verbale HERZO – Marque de l’Union européenne figurative antérieure HERNO – Motif relatif de refus – Risque de confusion – Article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement (UE) 2017/1001 – Recours manifestement dépourvu de tout fondement en droit »

Dans l’affaire T‑719/22,

Puma SE, établie à Herzogenaurach (Allemagne), représentée par Mes M. Schunke et P. Trieb, avocats,

partie requérante,

contre

Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO), représenté par M. J. Ivanauskas, en qualité d’agent,

partie défenderesse,

l’autre partie à la procédure devant la chambre de recours de l’EUIPO ayant été

Herno SpA, établie à Lesa (Italie),

LE TRIBUNAL (sixième chambre),

composé de Mmes M. J. Costeira, présidente, M. Kancheva et M. P. Zilgalvis (rapporteur), juges,

greffier : M. V. Di Bucci,

vu la phase écrite de la procédure,

rend la présente

Ordonnance

1 Par son recours fondé sur l’article 263 TFUE, la requérante, Puma SE, demande l’annulation de la décision de la première chambre de recours de l’Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO) du 19 juillet 2022 (affaire R 297/2022‑1) (ci-après la « décision attaquée »).

Antécédents du litige

2 Le 11 février 2020, la requérante a présenté une demande d’enregistrement de marque de l’Union européenne à l’EUIPO en vertu du règlement (UE) 2017/1001 du Parlement européen et du Conseil, du 14 juin 2017, sur la marque de l’Union européenne (JO 2017, L 154, p. 1).

3 La marque dont l’enregistrement a été demandé est le signe verbal HERZO.

4 Les produits pour lesquels l’enregistrement a été demandé relèvent des classes 18, 25 et 28 au sens de l’arrangement de Nice concernant la classification internationale des produits et des services aux fins de l’enregistrement des marques, du 15 juin 1957, tel que révisé et modifié, et correspondent notamment, pour chacune de ces classes, à la description suivante :

– classe 18 : « Sacs de tous les jours ; sacs pour faire les courses ; filets à provisions ; sacs à main ; sacs pochettes ; sacs pochettes ; sacs à bandoulière ; sacs banane ; bourses, portefeuilles, étuis de clés ; sacs de voyage, de transport, sacs de sport et pochettes de sport, compris dans cette classe, sacs de paquetage, sacs à dos, cartables, sacs pour la taille, trousses de toilette ; sacs, sacs à dos, pochettes ; parapluies, parasols et cannes » ;

– classe 25 : « Vêtements ; chapellerie ; chaussures » ;

– classe 28 : « Appareils de gymnastique et de sport ; articles de gymnastique et de sport compris dans cette classe ; balles de golf, balles de jeu ; protège-tibias, genouillères, coudières et chevillères pour le sport ; gants de sport compris dans cette classe ; raquettes de tennis, battes de cricket, clubs de golf, crosses de hockey, raquettes de tennis de table, raquettes de badminton et de squash ; sacs pour articles de sport adaptés à l’article qu’ils sont supposés contenir ; sacs adaptés et housses pour raquettes de tennis, de badminton et de squash, raquettes de tennis de table et battes de cricket ; cannes de golf et crosses de hockey ; patins à roulettes, patins à glace et patins à roulettes en ligne [rollers], tables et filets pour le tennis de table ».

5 La demande de marque a été publiée au Bulletin des marques de l’Union européenne no 61/2020, du 30 mars 2020.

6 Le 30 juin 2020, Herno SpA, l’autre partie à la procédure devant la chambre de recours, a formé opposition, au titre de l’article 46 du règlement 2017/1001, à l’enregistrement de la marque demandée pour l’ensemble des produits visés par celle-ci.

7 L’opposition était notamment fondée sur la marque de l’Union européenne figurative antérieure, telle que reproduite ci-après, déposée le 31 juillet 2014 et enregistrée le 22 décembre 2014 sous le numéro 13 132 477, désignant notamment les produits relevant des classes 18 et 25 et correspondant, pour chacune de ces classes, à la description suivante :

– classe 18 : « Sacs de tous les jours ; sacs à main ; housses à vêtements de voyage ; sacs à dos ; portefeuilles ; bagage ; cartables d’écoliers anciens ; porte-documents en peau et en imitation de peaux ; sacs à main ; malles ; peaux d’animaux ; articles de maroquinerie ; cuir et articles en cuir ; imitations de peaux d’animaux et de cuir et articles en ces matières ; ombrelles ; parasols ; parapluies ; cannes ; harnais et autres articles de sellerie » ;

– classe 25 : « Vêtements pour hommes, femmes et jeunes en général, y compris les vêtements en peau ; chemises ; chemisettes à porter sous des vêtements décolletés ; jupes ; tailleurs ; vestes ; slips ; pantalons et shorts ; pulls ; maillots de corps ; pyjamas ; bas ; débardeurs ; corsets ; fixe-chaussettes ; slips ; soutiens-gorge ; dessous [sous-vêtements] ; chapellerie ; foulards ; cravates ; imperméables [Mackintoshes] ; pardessus ; manteaux ; costumes de bain [maillots de bain] ; tenues de sport ; vestes coupe-vent ; pantalons de ski ; ceintures ; pelisses ; écharpes ; gants ; robes de chambre ; chaussures en général, y compris pantoufles, chaussures, chaussures de sport, bottes et sandales » :

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8 Le motif invoqué à l’appui de l’opposition était celui visé à l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001.

9 Par décision du 17 décembre 2021, la division d’opposition a accueilli l’opposition pour les produits visés au point 4 ci-dessus.

10 Le 15 février 2022, la requérante a formé un recours auprès de l’EUIPO, sur le fondement des articles 66 à 71 du règlement 2017/1001, contre la décision de la division d’opposition.

11 Par la décision attaquée, la chambre de recours a rejeté le recours. En substance, elle a considéré qu’il existait un risque de confusion au sens de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001 au moins pour le public espagnol pertinent. En particulier, ladite chambre a estimé, premièrement, que le public pertinent était composé du grand public de l’Union dont le niveau d’attention était moyen, en fondant son appréciation sur la partie espagnole du public, deuxièmement, que les produits en cause étaient en partie identiques et en partie similaires à différents degrés, troisièmement, que les signes en conflit présentaient un degré élevé de similitude sur les plans visuel et phonétique et que leur comparaison sur le plan conceptuel était impossible et, quatrièmement, que la marque antérieure jouissait d’un caractère distinctif normal pour le public espagnol.

Conclusions des parties

12 La requérante conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :

– annuler la décision attaquée ;

– condamner l’EUIPO aux dépens, y compris ceux exposés devant la chambre de recours.

13 L’EUIPO conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :

– rejeter le recours ;

– condamner la requérante aux dépens qu’il a exposés en cas de convocation à une audience.

En droit

14 Aux termes de l’article 126 du règlement de procédure du Tribunal, lorsqu’un recours est manifestement irrecevable ou manifestement dépourvu de tout fondement en droit, le Tribunal peut, sur proposition du juge rapporteur, à tout moment décider de statuer par voie d’ordonnance motivée, sans poursuivre la procédure.

15 En l’espèce, le Tribunal s’estime suffisamment éclairé par les pièces du dossier et décide, en application de cet article, de statuer sans poursuivre la procédure, et ce même si une partie a demandé la tenue d’une audience [voir ordonnance du 29 juillet 2022, Santos/EUIPO (Forme de presse-agrumes), T‑51/22, non publiée, EU:T:2022:490, point 17 et jurisprudence citée].

16 À l’appui de son recours, la requérante invoque un moyen unique, tiré de la violation de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001.

17 La requérante soutient, en substance, qu’il n’existe aucun risque de confusion en l’espèce. En particulier, elle conteste les considérations de la chambre de recours relatives à la définition du niveau d’attention du public pertinent, à la comparaison des produits et à la comparaison des signes.

18 L’EUIPO conteste les allégations de la requérante.

19 Aux termes de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001, sur opposition du titulaire d’une marque antérieure, la marque demandée est refusée à l’enregistrement lorsque, en raison de son identité ou de sa similitude avec la marque antérieure et en raison de l’identité ou de la similitude des produits ou des services que les deux marques désignent, il existe un risque de confusion dans l’esprit du public du territoire sur lequel la marque antérieure est protégée. Le risque de confusion comprend le risque d’association avec la marque antérieure.

20 Constitue un risque de confusion le risque que le public puisse croire que les produits ou les services en cause proviennent de la même entreprise ou d’entreprises liées économiquement. Le risque de confusion doit être apprécié globalement, selon la perception que le public pertinent a des signes et des produits ou des services en cause, et en tenant compte de tous les facteurs pertinents en l’espèce, notamment de l’interdépendance de la similitude des signes et de celle des produits ou des services désignés [voir arrêt du 9 juillet 2003, Laboratorios RTB/OHMI – Giorgio Beverly Hills (GIORGIO BEVERLY HILLS), T‑162/01, EU:T:2003:199, points 30 à 33 et jurisprudence citée].

21 Aux fins de l’application de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001, un risque de confusion présuppose à la fois une identité ou une similitude des marques en conflit et une identité ou une similitude des produits ou des services qu’elles désignent. Il s’agit là de conditions cumulatives [voir arrêt du 22 janvier 2009, Commercy/OHMI – easyGroup IP Licensing (easyHotel), T‑316/07, EU:T:2009:14, point 42 et jurisprudence citée].

22 C’est à la lumière des principes susmentionnés qu’il convient d’examiner le présent moyen.

Sur le public pertinent et son niveau d’attention

23 Dans le cadre de l’appréciation globale du risque de confusion, il convient de prendre en compte le consommateur moyen de la catégorie de produits concernée, normalement informé et raisonnablement attentif et avisé. Il y a également lieu de prendre en considération le fait que le niveau d’attention du consommateur moyen est susceptible de varier en fonction de la catégorie de produits ou de services en cause [voir arrêt du 13 février 2007, Mundipharma/OHMI – Altana Pharma (RESPICUR), T‑256/04, EU:T:2007:46, point 42 et jurisprudence citée].

24 La requérante fait valoir que la chambre de recours n’a pas pris en compte le fait que la marque antérieure était une marque de luxe. Or, le consommateur qui achète des produits onéreux « apporte[rait] généralement à son achat un degré de soin supérieur » et n’achèterait les produits qu’après mûre réflexion. Ainsi, le degré d’attention du public pertinent serait supérieur à la moyenne.

25 L’EUIPO conteste les affirmations de la requérante et, à cet égard, fait valoir que le libellé des produits couverts par la marque antérieure ne contient aucune indication quant au prix ou à la qualité des produits désignés. Partant, la chambre de recours était fondée à considérer que le niveau d’attention du grand public sera moyen.

26 En l’espèce, la chambre de recours a approuvé l’appréciation de la division d’opposition selon laquelle les produits en cause étaient destinés au grand public et que le niveau d’attention de celui-ci était moyen. Par ailleurs, ladite chambre a décidé de se concentrer sur la perception des signes par le grand public espagnol.

27 Il convient de relever que la requérante ne conteste pas les considérations de la chambre de recours selon lesquelles le public pertinent est le grand public, ni le fait qu’elle se concentre, pour des raisons d’économie de procédure, sur la perception des signes par le public espagnol. Ces appréciations sont dépourvues d’erreur d’appréciation et doivent être approuvées.

28 Quant à l’argument de la requérante selon lequel la marque antérieure couvrirait des produits de luxe, de sorte que le niveau d’attention du public pertinent pour ces produits serait accru, il convient de rappeler, à l’instar de l’EUIPO, que, dans le cadre de la procédure d’opposition, la comparaison des produits doit porter sur le libellé des produits couverts par les marques en présence et non sur les produits pour lesquels les marques sont effectivement utilisées [arrêt du 7 septembre 2006, Meric/OHMI – Arbora & Ausonia (PAM-PIM’S BABY-PROP), T‑133/05, EU:T:2006:247, point 30]. Or, il ne ressort pas de la description des produits couverts par la marque antérieure, telle que reproduite au point 7 ci-dessus, qu’il s’agirait de produits onéreux et haut de gamme comme le soutient la requérante. À défaut d’indication spécifique contraire, ils peuvent relever de n’importe quelle gamme et ne sont pas nécessairement des biens coûteux ou de luxe [voir, en ce sens, arrêt du 18 janvier 2023, Rolex/EUIPO – PWT (Représentation d’une couronne), T‑726/21, non publié, EU:T:2023:6, point 33 et jurisprudence citée].

29 Dans ces conditions, la chambre de recours n’a manifestement pas commis d’erreur d’appréciation dans la définition du public pertinent et de son niveau d’attention.

Sur la comparaison des produits

30 Pour apprécier la similitude entre les produits ou les services en cause, il y a lieu de tenir compte de tous les facteurs pertinents qui caractérisent le rapport entre eux. Ces facteurs incluent, en particulier, leur nature, leur destination, leur utilisation ainsi que leur caractère concurrent ou complémentaire. D’autres facteurs peuvent également être pris en compte, tels que les canaux de distribution des produits concernés [voir arrêt du 14 mai 2013, Sanco/OHMI – Marsalman (Représentation d’un poulet), T‑249/11, EU:T:2013:238, point 21 et jurisprudence citée].

31 La requérante soutient que les produits visés par la marque demandée relevant de la classe 28 et les produits relevant de la classe 25 couverts par la marque antérieure sont différents. Elle ajoute que ces produits ne sont ni fabriqués par la même entreprise, ni complémentaires ou concurrents par nature, ne cibleraient pas les mêmes consommateurs, ne seraient pas de même nature et n’auraient pas la même destination. En outre, la requérante se réfère à une décision de la division d’opposition dont il ressortirait que les « articles de gymnastique et de sport » et les « vêtements » appartiendraient à des catégories différentes et reproche, à la chambre de recours, de ne pas avoir justifié les raisons pour lesquelles il était nécessaire de s’écarter de la pratique décisionnelle de l’EUIPO en l’espèce.

32 L’EUIPO conteste les arguments de la requérante.

33 Quant à l’invocation de la décision de la division d’opposition, l’EUIPO rappelle que chaque affaire doit être jugée en fonction de ses particularités, que la chambre de recours ne serait pas liée par des décisions rendues dans d’autres affaires et que la légalité des décisions des chambres de recours doit être appréciée uniquement sur la base du règlement 2017/1001 et non sur celle d’une pratique antérieure.

34 En l’espèce, s’agissant, premièrement, des produits relevant des classes 18 et 25, la chambre de recours a approuvé la conclusion de la division d’opposition selon laquelle ces produits étaient en partie identiques et en partie similaires. Ces appréciations, au demeurant non contestées par la requérante, sont exemptes d’erreur d’appréciation et doivent être approuvées.

35 S’agissant, deuxièmement, des produits visés par la marque demandée relevant de la classe 28, la chambre de recours a conclu qu’il existait un faible degré de similitude entre ces produits et les produits couverts par la marque antérieure relevant de la classe 25.

36 D’une part, pour parvenir à cette conclusion, la chambre de recours a relevé que la catégorie générale des « vêtements pour hommes, femmes et enfants en général », couverts par la marque antérieure incluait également les vêtements de sport, notamment les « costumes de bain [maillots de bain] », les « tenues de sport », les « vestes coupe-vent », les « pantalons de ski » et d’autres vêtements ou articles d’habillement conçus spécifiquement pour être utilisés dans le cadre de diverses activités sportives. De l’avis de ladite chambre, la marque antérieure incluait des vêtements de sport, qui étaient indispensables à la pratique du sport, comme par exemple le patinage, le ski et la voile.

37 D’autre part, la chambre de recours a estimé que les produits visés par la marque demandée relevant de la classe 28 étaient complémentaires des produits couverts par la marque antérieure relevant de la classe 25, étant donné qu’ils devaient être utilisés ensemble pour la pratique d’un sport et répondaient aux mêmes besoins de l’utilisateur final. De l’avis de ladite chambre, ces produits étaient souvent vendus sous la même marque ou dans les mêmes points de vente, de sorte que les consommateurs pourraient penser que la responsabilité de leur fabrication incombait à la même entreprise.

38 À cet égard, force est de relever qu’il a déjà été jugé que la catégorie des produits de la classe 25 désignés par la marque antérieure pouvait également inclure les articles d’habillement utilisés pour diverses disciplines sportives [voir, en ce sens, arrêt du 27 octobre 2021, Jiruš/EUIPO – Nile Clothing (Racing Syndicate), T‑356/20, non publié, EU:T:2021:736, point 51 et jurisprudence citée]. Par ailleurs, en l’espèce, les produits relevant de la classe 25 et couverts par la marque antérieure incluent explicitement des produits d’habillement destinés au sport, tels que les maillots de bain, les tenues de sport, les pantalons de ski et les chaussures de sport.

39 De même, les vêtements de sport de la classe 25 peuvent être produits par les mêmes fabricants et commercialisés sous la même marque que les appareils et les articles de gymnastique et de sport relevant de la classe 28 et désignés par la marque demandée. Par ailleurs, les produits en cause peuvent partager les mêmes canaux de distribution, et peuvent notamment être vendus dans les mêmes magasins spécialisés. En outre, il s’agit de produits complémentaires pour certaines disciplines sportives, dont la pratique exige d’utiliser ensemble des articles de sport et de protection corporelle ainsi que des vêtements spécifiques (voir arrêt du 27 octobre 2021, Racing Syndicate, T‑356/20, non publié, EU:T:2021:736, point 52 et jurisprudence citée).

40 En outre, il a déjà été jugé que les « vêtements, chaussures et chapellerie » relevant de la classe 25 et les « articles de sport et de gymnastique non compris dans d’autres classes » relevant de la classe 28 certes étaient de nature différente, mais qu’ils pouvaient néanmoins être complémentaires et pouvaient être achetés par le même public [voir, en ce sens, arrêt du 19 octobre 2017, Leopard/EUIPO – Smart Market (LEOPARD true racing), T‑7/15, non publié, EU:T:2017:731, points 45 et 46].

41 S’agissant de l’allégation selon laquelle la chambre de recours n’aurait pas justifié la nécessité de s’écarter de la pratique de l’EUIPO, il y a lieu de rappeler que l’obligation de motivation n’impose pas aux chambres de recours de fournir un exposé qui suivrait exhaustivement et un par un tous les raisonnements articulés par les parties devant elles. Il leur suffit d’exposer les faits et les considérations juridiques revêtant une importance essentielle dans l’économie de la décision [arrêt du 15 janvier 2015, MEM/OHMI (MONACO), T‑197/13, EU:T:2015:16, point 19]. Or, tel est le cas en l’espèce.

42 Il s’ensuit que les appréciations de la chambre de recours relatives à la comparaison des produits sont manifestement exemptes d’erreur d’appréciation.

Sur la comparaison des signes

43 L’appréciation globale du risque de confusion doit, en ce qui concerne la similitude visuelle, phonétique ou conceptuelle des signes en conflit, être fondée sur l’impression d’ensemble produite par ceux-ci, en tenant compte, notamment, de leurs éléments distinctifs et dominants. La perception des marques qu’a le consommateur moyen des produits ou des services en cause joue un rôle déterminant dans l’appréciation globale dudit risque. À cet égard, le consommateur moyen perçoit normalement une marque comme un tout et ne se livre pas à un examen de ses différents détails (voir arrêt du 12 juin 2007, OHMI/Shaker, C‑334/05 P, EU:C:2007:333, point 35 et jurisprudence citée).

44 En l’espèce, il convient de comparer la marque verbale demandée HERZO et la marque figurative représentée ci-après :

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45 S’agissant, premièrement, de la comparaison des signes sur le plan visuel, la chambre de recours a considéré que les signes en conflit étaient similaires à un degré élevé. Elle a relevé qu’ils avaient la même structure et la même longueur, qu’ils partageaient les lettres « h », « e », « r » et « o » et qu’ils ne différaient que par leur quatrième lettre, à savoir « n » pour la marque antérieure et « z » pour la marque demandée. De surcroît, ladite chambre a repris à son compte l’argument de l’autre partie devant elle selon lequel la lettre « z » était une rotation à 90 degrés de la lettre majuscule « n ».

46 La requérante soutient qu’il n’existe pas de similitude visuelle en l’espèce. D’une part, elle reproche à la chambre de recours d’avoir omis de prendre en compte l’importance de la stylisation de la marque antérieure. En particulier, elle souligne que les lettres « h », « e » et « r » comprises dans l’élément verbal unique de la marque antérieure seraient particulières et conçues d’une façon tout à fait unique et destinée à attirer l’attention du public qui accorderait une attention accrue au début du signe. D’autre part, la requérante estime que la chambre de recours a accueilli, à tort, l’argument de l’autre partie à la procédure selon lequel la lettre « z » serait une rotation à 90 degrés de la lettre majuscule « n ». À cet égard, elle fait valoir que le consommateur perçoit une marque dans son ensemble et « ne s’inquiète pas de la possibilité de transformer un mot en un autre en faisant pivoter une lettre ».

47 L’EUIPO conteste les arguments de la requérante.

48 À cet égard, il convient de relever que lorsqu’une marque figurative comportant un élément verbal est comparée sur le plan visuel à une marque verbale, les marques sont jugées similaires sur le plan visuel si cet élément verbal et la marque verbale ont en commun un nombre significatif de lettres dans la même position et si ledit élément verbal n’est pas hautement stylisé, nonobstant la représentation graphique des lettres dans des polices de caractères différentes, en italiques ou en caractères gras, en minuscules ou en majuscules, ou encore en couleur [voir arrêt du 27 janvier 2021, Olimp Laboratories/EUIPO – OmniVision (Hydrovision), T‑817/19, non publié, EU:T:2021:41, point 77 et jurisprudence citée].

49 En l’espèce, force est de constater que, contrairement aux allégations de la requérante, la chambre de recours a tenu compte de la stylisation de la marque antérieure, ainsi qu’il ressort des points 47, 48 et 52 de la décision attaquée. Certes, elle a considéré que cet aspect de la marque avait une finalité décorative et ne détournerait pas l’attention du public de l’élément verbal. Toutefois cette position de la chambre de recours est manifestement exempte d’erreur d’appréciation. En effet, ainsi que le soutient l’EUIPO, les éléments graphiques de la marque antérieure, qui se limitent à une police de caractères légèrement stylisée, à une taille un peu plus grande de la première lettre « h » et au soulignement du signe, sont principalement décoratifs et n’attireront donc pas l’attention des consommateurs.

50 De surcroît, il importe de souligner que la police de caractères utilisée dans la marque antérieure, même si elle comporte quelques éléments de stylisation, n’empêchera pas le public pertinent de percevoir l’ensemble des lettres composant l’élément « herno ».

51 Quant aux deux éléments verbaux des marques en conflit, il convient de constater, à l’instar de la chambre de recours, que ceux-ci partagent quatre des cinq lettres qu’ils comportent et que ces lettres sont dans le même ordre, de sorte que ces éléments ne diffèrent que par leur quatrième lettre, à savoir « n » dans la marque antérieure et « z » dans la marque demandée. Or, la différence résultant des lettres « n » et « z » n’est manifestement pas suffisante pour neutraliser toute similitude des signes qui coïncident dans leur partie initiale à laquelle le public est susceptible de prêter davantage d’attention, étant donné qu’il lit de gauche à droite.

52 S’agissant de la considération de la chambre de recours selon laquelle la lettre « z » était une rotation à 90 degrés de la lettre majuscule « n », elle doit être comprise comme un argument visant à démontrer que ces lettres sont similaires et non comme « une hypothèse d’une rotation inconsciente des lettres au moment pertinent de la perception initiale d’un signe par le consommateur », comme le soutient la requérante.

53 Dans ces conditions, la chambre de recours a manifestement considéré à juste titre que les signes en cause étaient similaires à un degré élevé sur le plan visuel.

54 S’agissant, deuxièmement, de la comparaison des signes sur le plan phonétique, la chambre de recours a estimé que les signes en conflit étaient similaires à un degré élevé. En particulier, elle a relevé que la prononciation des signes en cause ne différait que par la quatrième lettre de ceux-ci, à savoir « n » pour la marque antérieure et « z » pour la marque demandée. En outre, de l’avis de ladite chambre, les signes avaient un rythme et une intonation très similaires étant donné qu’ils avaient une séquence de voyelles « e » et « o » identique.

55 La requérante soutient qu’il n’existe pas de similitude des signes sur le plan phonétique. Selon elle, étant donné que les éléments verbaux en cause sont constitués de deux syllabes, la différence d’une lettre aurait une incidence considérable sur l’impression globale et conférerait à chaque élément un caractère unique. De surcroît, s’agissant de l’élément « herno » l’accent serait principalement mis sur la première syllabe, étant donné que la lettre « n » correspondrait un son faible qui se fonderait dans l’arrière-plan sonore de l’ensemble. En revanche, la lettre « z » dans l’élément verbal « herzo » jouerait un rôle dominant, de sorte que, dans cet élément, l’accent plus important serait mis sur la seconde syllabe. La chambre de recours n’aurait donc pas reconnu que les lettres « n » et « z » étaient différentes et qu’elles conduiraient à une prononciation différente des éléments verbaux « herno » et « herzo ».

56 L’EUIPO conteste les arguments de la requérante.

57 Il convient de relever, à l’instar de la chambre de recours, que la prononciation des signes en cause coïncide par le son de quatre des cinq lettres qui les composent, à savoir « h », « e », « r » et « o », et que la prononciation des éléments verbaux en cause a un rythme et une intonation très similaires en raison de la séquence identique de voyelles « e » et « o ». En revanche, les signes en cause diffèrent au niveau de leur quatrième lettre.

58 À cet égard, il doit toutefois être relevé que l’argument de la requérante selon lequel l’incidence des lettres « z » et « n » dans les signes en cause conduirait à une prononciation différente du mot entier n’est aucunement étayé.

59 Partant, c’est manifestement à juste titre que la chambre de recours a considéré que les signes étaient similaires à un degré élevé sur le plan phonétique.

60 S’agissant, troisièmement, de la comparaison des signes sur le plan conceptuel, la chambre de recours a estimé que celle-ci était impossible en l’espèce, étant donné qu’aucun des signes n’avait de signification pour le public espagnol.

61 La requérante soutient, en substance, qu’il n’existe aucune similitude conceptuelle en l’espèce et avance que les signes seraient conceptuellement différents pour la partie du public qui aurait connaissance de la signification des deux termes les composant. Ainsi, le terme « herzo » serait connu en tant qu’abréviation du nom de la ville allemande Herzogenaurach dans laquelle se trouve le siège de la requérante, tandis que le terme « herno » ferait référence à la vallée de l’Erno, située en Italie.

62 L’EUIPO conteste les arguments de la requérante.

63 En l’espèce, il n’a pas été démontré que le public espagnol aurait connaissance de la signification des deux marques comme une référence à des lieux géographiques, de sorte que la chambre de recours était manifestement fondée à considérer que la comparaison conceptuelle n’était pas possible.

Sur l’appréciation globale du risque de confusion

64 L’appréciation globale du risque de confusion implique une certaine interdépendance des facteurs pris en compte et, notamment, de la similitude des marques et de celle des produits ou des services désignés. Ainsi, un faible degré de similitude entre les produits ou les services désignés peut être compensé par un degré élevé de similitude entre les marques, et inversement [arrêts du 29 septembre 1998, Canon, C‑39/97, EU:C:1998:442, point 17, et du 14 décembre 2006, Mast-Jägermeister/OHMI – Licorera Zacapaneca (VENADO avec cadre e.a.), T‑81/03, T‑82/03 et T‑103/03, EU:T:2006:397, point 74].

65 La requérante soutient qu’il n’existe aucun risque de confusion en l’espèce étant donné que les signes en cause sont différents sur les plans visuel et phonétique et que la comparaison conceptuelle n’est pas possible en l’espèce. Le simple fait que les signes en cause contiennent les lettres « h » « e » « r » et « o » ne suffirait pas pour créer une similitude entre eux, car les composants supplémentaires ne sauraient être négligés. S’agissant des produits relevant de la classe 28 visés par la marque demandée, elle estime qu’ils sont différents de ceux couverts par la marque antérieure, de sorte que tout risque de confusion pour ces produits seraient exclu. Quant aux produits relevant des classes 18 et 25, la requérante rappelle que la similitude visuelle des signes revêt une importance particulière pour ces produits, de sorte que, même s’il existait une similitude phonétique, il n’existerait pas de risque de confusion en l’absence de similitude visuelle.

66 Par ailleurs, la requérante avance que l’autre partie à la procédure devant la chambre de recours n’avait pris aucune mesure à caractère défensif contre les marques HERZO, enregistrées en France. Il en découlerait qu’aucun risque de confusion ne saurait exister s’agissant des marques en conflit.

67 L’EUIPO conteste les arguments de la requérante.

68 En l’espèce, la chambre de recours a considéré que, compte tenu de la notion de « souvenir imparfait » et de l’interdépendance des différents facteurs, il existait un risque de confusion au sens de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001.

69 Il ressort manifestement des appréciations ci-dessus que les produits en cause sont partiellement identiques et partiellement similaires (voir points 34 et 42 ci-dessus), que les signes en cause sont similaires à un degré élevé sur les plans visuel et phonétique (voir points 53 et 59 ci-dessus) et que leur comparaison conceptuelle n’est pas possible en l’espèce (voir point 63 ci-dessus). En outre, la marque antérieure dispose manifestement d’un caractère distinctif intrinsèque normal, ainsi que l’a estimé la chambre de recours.

70 Dans ces conditions c’est manifestement sans commettre d’erreur d’appréciation que la chambre de recours a pu conclure à l’existence d’un risque de confusion.

71 À cet égard, il doit être relevé que l’argumentation de la requérante selon laquelle il n’existerait pas de risque de confusion est fondée sur les prémisses selon lesquelles, d’une part, les signes sont visuellement et phonétiquement différents et, d’autre part, les produits relevant de la classe 28 visés par la marque demandée sont différents de ceux couverts par la marque antérieure relevant de la classe 25. Or, ces prémisses sont manifestement erronées, ainsi qu’il ressort des considérations ci-dessus (voir points 42, 53 et 59 ci-dessus).

72 S’agissant de l’argument de la requérante selon lequel, dans le contexte des produits relevant des classes 18 et 25, il conviendrait d’accorder une importance prépondérante à la similitude visuelle entre les signes en conflit, il est, en tout état de cause, manifestement inopérant en l’espèce. En effet, étant donné que, en l’espèce, le degré des similitudes visuelle et phonétique des signes en conflit est le même, à savoir élevé, une plus grande importance accordée à l’aspect visuel de la comparaison serait sans incidence sur l’appréciation du risque de confusion.

73 Quant à l’argument de la requérante selon lequel l’autre partie à la procédure devant la chambre de recours n’aurait pris aucune mesure contre les marques HERZO, enregistrées en France, il est manifestement dénué de toute pertinence. En effet, le public pertinent pris en compte par la chambre de recours pour apprécier l’existence du risque de confusion est le grand public espagnol dont la perception n’est pas nécessairement identique à celle du public français.

74 Enfin, en ce qui concerne les différentes marques enregistrées pour les produits relevant de la classe 25, qui ne différeraient que par une lettre, citées par la requérante, il doit être rappelé que l’examen de toute demande d’enregistrement doit être strict et complet afin d’éviter que des marques ne soient enregistrées de manière indue. Cet examen doit avoir lieu dans chaque cas concret. En effet, l’enregistrement d’un signe en tant que marque dépend de critères spécifiques, applicables dans le cadre des circonstances factuelles du cas d’espèce, destinés à vérifier si le signe en cause ne relève pas d’un motif de refus [arrêts du 10 mars 2011, Agencja Wydawnicza Technopol/OHMI, C‑51/10 P, EU:C:2011:139, point 77, et du 9 mars 2017, Maximum Play/EUIPO (MAXPLAY), T‑400/16, non publié, EU:T:2017:152, point 49].

75 Il résulte de toutes les appréciations qui précèdent que le moyen unique à l’appui du présent recours est manifestement infondé, de sorte qu’il y a lieu de rejeter ledit recours, dans son ensemble, comme étant manifestement dépourvu de tout fondement en droit.

Sur les dépens

76 Aux termes de l’article 134, paragraphe 1, du règlement de procédure, toute partie qui succombe est condamnée aux dépens, s’il est conclu en ce sens.

77 En l’espèce, bien que la requérante ait succombé, l’EUIPO n’a conclu à la condamnation de celle-ci qu’en cas de convocation des parties à une audience. En l’absence d’organisation d’une audience, il convient de décider que chaque partie supportera ses propres dépens.

Par ces motifs,

LE TRIBUNAL (sixième chambre)

ordonne :

1) Le recours est rejeté comme étant manifestement dépourvu de tout fondement en droit.

2) Chaque partie supportera ses propres dépens.

Fait à Luxembourg, le 29 juin 2023.

Le greffier

La présidente

V. Di Bucci

M. J. Costeira


* Langue de procédure : l’anglais.