Ordonnance du Tribunal (cinquième chambre) du 20 juin 2023.#NO contre Commission européenne.#Recours en annulation – Aides d’État – Secteur judiciaire irlandais – Paiement des honoraires de l’ancien solicitor d’un client par le nouveau solicitor de ce client – Rejet d’une plainte – Décision constatant l’absence d’aide d’État – Ressources d’État – Irrecevabilité manifeste partielle – Recours en partie manifestement dépourvu de tout fondement en droit.#Affaire T-771/22.
| CELEX | 62022TO0771 |
| Type | Jurisprudence CJUE |
| Date | mardi 20 juin 2023 |
Résumé IA
Texte intégral
DOCUMENT DE TRAVAIL
ORDONNANCE DU TRIBUNAL (cinquième chambre)
20 juin 2023 (*)
« Recours en annulation – Aides d’État – Secteur judiciaire irlandais – Paiement des honoraires de l’ancien solicitor d’un client par le nouveau solicitor de ce client – Rejet d’une plainte – Décision constatant l’absence d’aide d’État – Ressources d’État – Irrecevabilité manifeste partielle – Recours en partie manifestement dépourvu de tout fondement en droit »
Dans l’affaire T‑771/22,
NO, représenté par M. E. Smartt, solicitor,
partie requérante,
contre
Commission européenne, représentée par M. I. Barcew et Mme L. Nicolae, en qualité d’agents,
partie défenderesse,
LE TRIBUNAL (cinquième chambre),
composé de MM. J. Svenningsen, président, J. Martín y Pérez de Nanclares (rapporteur) et Mme M. Stancu, juges,
greffier : M. V. Di Bucci, greffier,
vu la phase écrite de la procédure,
rend la présente
Ordonnance
1 Par son recours fondé sur l’article 263 TFUE, le requérant, NO, demande au Tribunal d’annuler la décision de la Commission européenne du 27 septembre 2022 rejetant sa plainte du 12 septembre 2022 (ci-après la « décision attaquée »).
Antécédents du litige
2 Le requérant est un solicitor établi en Irlande qui exerce dans cet État en tant que solicitor généraliste dont l’activité est principalement axée sur le contentieux lié au droit des personnes lésées à obtenir réparation de leur préjudice. Il exerce notamment son activité devant la High Court of Ireland (Haute Cour d’Irlande).
3 En avril 2014, dans le cadre d’un litige portant sur une demande de réparation d’un préjudice personnel, un solicitor a informé son client du fait que le défendeur proposait de lui verser la somme de 25 000 euros, frais compris, à titre d’indemnisation. Le solicitor a indiqué à son client que ses frais et honoraires s’élevant à 35 000 euros, son client lui serait encore redevable de 10 000 euros, s’il acceptait la proposition d’indemnisation.
4 Le client a rejeté la proposition d’indemnisation présentée par son solicitor (ci-après l’« ancien solicitor ») et a changé de solicitor. Le requérant est, ainsi, devenu son nouveau solicitor. À l’issue du procès mené par le requérant, le client a obtenu une indemnisation d’un montant de 55 000 euros, augmentée des dépens.
5 À la même période, l’ancien solicitor s’est plaint auprès de la Law Society of Ireland (ordre professionnel des solicitors d’Irlande, ci-après la « Law Society »), en faisant valoir, en substance, que le requérant était tenu de lui verser la somme correspondant aux dépens des parties, ou une partie de ceux-ci, recouvrés par le client dans le cadre de son recours en réparation.
6 Le 1er octobre 2015, le client a formé une plainte auprès de la Law Society contre les agissements de l’ancien solicitor, qui avait obtenu un jugement d’une juridiction irlandaise pour le paiement de ses frais et honoraires par le client. À cette occasion, il indiquait qu’il était le bénéficiaire des dépens recouvrés et que le requérant l’avait informé de ses obligations à l’égard de l’ancien solicitor.
7 Le 13 octobre 2015, la Law Society a rejeté la plainte du client en indiquant, notamment, qu’elle n’était pas compétente pour donner des directives en ce qui concernait l’exécution du jugement obtenu par l’ancien solicitor.
8 Par lettre du 14 février 2020, la Law Society a adressé au requérant un ordre de rembourser à son concurrent, l’ancien solicitor, ses honoraires liés au travail qu’il avait effectué pour le client.
9 En novembre 2020, la Law Society a introduit devant le Solicitors Disciplinary Tribunal (conseil de discipline des solicitors, Irlande, ci-après le « SDT ») une plainte contre le requérant dans le cadre du litige l’opposant à l’ancien solicitor, s’agissant du remboursement des honoraires liés au travail qu’il avait effectué pour le client. Le 18 janvier 2022, le SDT a considéré la plainte de la Law Society comme étant recevable et qu’il existait, à première vue, des charges sérieuses contre le requérant.
10 Le 12 septembre 2022, le requérant a, en utilisant le formulaire figurant à l’annexe IV du règlement (CE) no 794/2004 de la Commission, du 21 avril 2004, concernant la mise en œuvre du règlement 2015/1589 (UE) du Conseil portant modalités d’application de l’article 108 TFUE (JO 2004, L 140, p. 1), déposé une plainte auprès de la Commission (ci-après la « plainte »). Par cette plainte, le requérant entendait dénoncer un régime d’aides d’État illégal mis en œuvre par le SDT.
11 Selon le requérant, la procédure se déroulant devant le SDT, décrite au point 9 ci-dessus, aboutissait à l’octroi d’une aide d’État illégale au bénéfice de l’ancien solicitor (ci-après la « mesure litigieuse »). Celle-ci s’inscrirait dans un régime consistant, notamment, en un transfert d’argent du requérant vers des concurrents en affaires et en une amélioration des conditions d’activité et de marché de ses concurrents. Ainsi, l’objectif de ce régime, mis en œuvre par le SDT au travers de ses décisions, serait d’avantager un solicitor membre de la Law Society et concurrent du requérant (et d’autres solicitors) grâce au soutien fourni par la Law Society dans le cadre de son action à l’endroit du requérant pour la récupération de ses honoraires auprès du requérant.
12 Par la décision attaquée, la Commission a rejeté la plainte du requérant. À titre principal, elle a considéré, en substance, que la plainte ne permettait pas d’établir que la mesure litigieuse constituait une aide d’État, au sens de l’article 107, paragraphe 1, TFUE, dès lors qu’elle ne faisait pas apparaître que ladite mesure impliquait le transfert de ressources d’État. À titre subsidiaire, la Commission a relevé que, même si la mesure dénoncée par le requérant devait être considérée comme une aide d’État, celle-ci aurait dû être considérée comme relevant du champ d’application de l’article 3 du règlement (UE) no 1407/2013 de la Commission, du 18 décembre 2013, relatif à l’application des articles 107 et 108 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne aux aides de minimis (JO 2013, L 352, p. 1), de sorte qu’elle n’aurait pas pu constituer une aide d’État illégale. Enfin, la Commission a relevé que, en ce qui concerne de futures décisions du SDT ordonnant le paiement d’honoraires similaires à d’autres avocats, celles-ci ne pouvaient pas être considérées comme des aides d’État illégales, au sens de l’article 1er, sous f), du règlement (UE) 2015/1589 du Conseil, du 13 juillet 2015, portant modalités d’application de l’article 108 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (JO 2015, L 248, p. 9), car elles n’étaient pas encore mises à exécution. Dans ces conditions, la Commission a conclu qu’elle n’envisageait pas d’examiner, ni d’enquêter davantage sur le sujet.
13 Le 28 septembre 2022, le requérant a présenté des observations à la Commission sur la décision attaquée, visant à ce que celle-ci revoie sa position quant à la mesure litigieuse.
14 Le 10 octobre 2022, le requérant a adressé à la Commission une mise en demeure, afin que celle-ci prenne position sur sa lettre du 28 septembre 2022.
15 Par lettre du 27 octobre 2022, la Commission a confirmé sa position, telle qu’elle est exprimée dans la décision attaquée (ci-après la « lettre du 27 octobre 2022 »).
Conclusions de la partie requérante
16 Le requérant conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :
– annuler la décision attaquée et, si nécessaire, la lettre du 27 octobre 2022 ;
– condamner la Commission aux dépens.
En droit
17 Aux termes de l’article 126 du règlement de procédure du Tribunal, lorsque le Tribunal est manifestement incompétent pour connaître d’un recours ou lorsque celui-ci est manifestement irrecevable ou manifestement dépourvu de tout fondement en droit, le Tribunal peut, sur proposition du juge rapporteur, à tout moment décider de statuer par voie d’ordonnance motivée, sans poursuivre la procédure.
18 En l’espèce, le Tribunal s’estime suffisamment éclairé par les pièces du dossier et décide, en application de l’article 126 du règlement de procédure, de statuer sans poursuivre la procédure.
19 À l’appui de son recours, le requérant soulève six moyens tirés, en substance, le premier, d’une erreur manifeste d’appréciation et de la violation de l’article 24, paragraphe 2, du règlement 2015/1589, le deuxième, d’une erreur manifeste d’appréciation lors de l’examen de la légalité de l’aide au regard des conditions posées par le règlement no 1407/2013, le troisième, de l’existence de difficultés sérieuses et de la violation des droits procéduraux du requérant, le quatrième, de la violation de l’obligation de motivation, le cinquième, de l’absence de prise en compte du manquement de l’Irlande à l’obligation de garantir les droits fondamentaux du requérant, en violation de l’article 19, paragraphe 1, deuxième alinéa, TUE, et, le sixième, de la violation du principe de non-discrimination, de la libre prestation de services et du principe d’égalité devant la loi.
Sur le premier moyen, tiré d’une erreur manifeste d’appréciation et de la violation de l’article 24, paragraphe 2, du règlement 2015/1589
20 Le premier moyen se divise en deux branches.
Sur la première branche du premier moyen, tirée d’une erreur manifeste d’appréciation
21 Par la première branche du premier moyen, le requérant soutient que la Commission a erronément qualifié de « somme d’argent » et non d’« avantage » la mesure litigieuse, qu’elle sous-entend que la mesure litigieuse n’était pas imputable à l’Irlande, qu’elle nie, dans sa lettre du 27 octobre 2022, que la plainte du requérant soit une plainte, qu’elle fait erreur quant à l’effet de précédent d’une décision du SDT et qu’elle adopte une motivation qui est soit inexistante, soit tautologique, soit contradictoire.
22 Il convient de rappeler que, en vertu de l’article 21, premier alinéa, du statut de la Cour de justice de l’Union européenne, applicable à la procédure devant le Tribunal conformément à l’article 53, premier alinéa, du même statut, et de l’article 76 du règlement de procédure, la requête doit, notamment, contenir l’objet du litige, les moyens et arguments invoqués ainsi qu’un exposé sommaire desdits moyens.
23 Ces éléments doivent être suffisamment clairs et précis pour permettre à la partie défenderesse de préparer sa défense et au Tribunal de statuer sur le recours, le cas échéant sans autres informations. Afin de garantir la sécurité juridique et une bonne administration de la justice, il est nécessaire, pour qu’un recours soit recevable, que les éléments essentiels de fait et de droit, sur lesquels celui-ci se fonde, ressortent, à tout le moins sommairement, mais d’une façon cohérente et compréhensible, du texte de la requête elle-même (voir, en ce sens, ordonnance du 28 avril 1993, De Hoe/Commission, T‑85/92, EU:T:1993:39, point 20 et jurisprudence citée). La requête doit, de ce fait, expliciter en quoi consiste le moyen sur lequel le recours est fondé, de sorte que sa seule énonciation abstraite ne répond pas aux exigences du règlement de procédure. Des exigences analogues sont requises lorsqu’un grief est invoqué au soutien d’un moyen (voir arrêt du 25 mars 2015, Belgique/Commission, T‑538/11, EU:T:2015:188, point 131 et jurisprudence citée ; ordonnance du 27 novembre 2020, PL/Commission, T‑728/19, non publiée, EU:T:2020:575, point 64).
24 Il s’ensuit que la partie requérante est tenue d’exposer d’une manière suffisamment systématique les développements relatifs à chaque moyen qu’elle présente, sans que le Tribunal puisse être contraint, du fait d’un manque de structure de la requête ou de rigueur de cette partie, de reconstituer l’articulation juridique censée soutenir un moyen en rassemblant divers éléments épars de la requête, au risque de reconstruire ce moyen en lui donnant une portée qu’il n’avait pas dans l’esprit de ladite partie. En décider autrement serait contraire à la fois à une bonne administration de la justice, au principe dispositif ainsi qu’aux droits de la défense de la partie défenderesse [arrêt du 2 avril 2019, Fleig/SEAE, T‑492/17, EU:T:2019:211, point 44 (non publié)].
25 En l’espèce, le requérant se contente d’annoncer, dans le cadre de la première branche du premier moyen, les griefs qu’il entend soulever contre la décision attaquée, sans pour autant les développer. En ce sens, il n’a présenté aucun argument permettant de comprendre pourquoi, selon lui, la Commission aurait dû qualifier la mesure litigieuse d’« avantage » et non de « somme d’argent ». Il ne précise pas non plus les conséquences, pour la légalité de la décision attaquée, du fait que la Commission aurait erronément sous-entendu que la mesure litigieuse n’était pas imputable à l’Irlande, ni du fait d’avoir nié, dans sa lettre du 27 octobre 2022, que la plainte du requérant fût une plainte. Enfin, il n’a pas davantage expliqué en quoi consistait l’erreur de la Commission en ce qui concernait l’effet de précédent d’une décision du SDT, ni en quoi la motivation de la décision attaquée serait inexistante, tautologique ou contradictoire.
26 Dans ces conditions, le requérant n’a pas mis en mesure la Commission de préparer sa défense, ni le Tribunal en mesure de statuer, de sorte qu’il convient de rejeter la première branche du premier moyen comme étant manifestement irrecevable.
Sur la seconde branche du premier moyen, tirée de la violation de l’article 24, paragraphe 2, du règlement 2015/1589
27 Par la seconde branche du premier moyen, le requérant soutient que la Commission a méconnu les exigences de l’article 24, paragraphe 2, du règlement 2015/1589, dans la mesure où, dans la décision attaquée et dans sa lettre du 27 octobre 2022, la Commission n’a pas invité le requérant à présenter ses observations dans un délai déterminé.
28 L’article 24, paragraphe 2, du règlement 2015/1589 dispose :
« Toute partie intéressée peut déposer une plainte pour informer la Commission de toute aide présumée illégale ou de toute application présumée abusive d’une aide. À cet effet, la partie intéressée remplit en bonne et due forme un formulaire figurant dans une disposition d’application visée à l’article 33 et fournit les renseignements obligatoires qui y sont demandés.
Lorsque la Commission estime que la partie intéressée ne respecte pas l’obligation de recourir au formulaire de plainte ou que les éléments de fait et de droit invoqués par la partie intéressée ne suffisent pas à démontrer, sur la base d’un examen à première vue, l’existence d’une aide d’État illégale ou l’application abusive d’une aide, elle en informe la partie intéressée et l’invite à présenter ses observations dans un délai déterminé qui ne dépasse normalement pas un mois. […]
La Commission envoie au plaignant une copie de toute décision adoptée dans une affaire concernant le sujet de sa plainte. »
29 En l’espèce, premièrement, il n’est pas contesté que le requérant a dûment rempli le formulaire et a fourni les renseignements obligatoires qui y sont demandés. De plus, le requérant a produit ce formulaire en tant qu’annexe d’un document dans lequel il a longuement présenté ses arguments, visant à faire constater l’existence d’une aide d’État illégale. Il a aussi produit d’autres pièces pour venir appuyer sa thèse.
30 Deuxièmement, il convient de rappeler que, selon une jurisprudence constante, la qualification d’aide d’État au sens de l’article 107, paragraphe 1, TFUE requiert que toutes les conditions visées à cette disposition soient remplies. Ainsi, pour qu’une mesure puisse être qualifiée d’aide d’État, premièrement, il doit s’agir d’une intervention de l’État ou au moyen de ressources d’État, deuxièmement, cette intervention doit être susceptible d’affecter les échanges entre les États membres, troisièmement, elle doit accorder un avantage à son bénéficiaire et, quatrièmement, elle doit fausser ou menacer de fausser la concurrence (voir arrêt du 12 novembre 2013, MOL/Commission, T‑499/10, EU:T:2013:592, point 51 et jurisprudence citée).
31 Or, en l’espèce, ainsi qu’il a été rappelé au point 12 ci-dessus, la Commission a adopté la décision attaquée après avoir examiné la plainte du requérant et considéré, à titre principal, que celle-ci ne permettait pas d’établir l’existence de ressources d’État et donc, conformément à la jurisprudence citée au point 30 ci-dessus, de qualifier d’aide d’État la mesure litigieuse.
32 La mesure litigieuse ne pouvant être qualifiée d’aide d’État, elle ne saurait, a fortiori, être qualifiée d’aide illégale ou donner lieu à une application abusive, au sens de l’article 1er, sous f) et g), du règlement 2015/1589.
33 Ainsi, la présente affaire concerne une plainte qui n’entre pas dans le champ d’application de l’article 24, paragraphe 2, du règlement 2015/1589 au motif qu’elle ne porte pas sur les aides ou modalités d’application d’aides visées par cette disposition.
34 Dans ces conditions, la Commission n’était pas tenue de communiquer au requérant son intention de rejeter sa plainte préalablement à l’adoption de la décision attaquée.
35 Le requérant n’avançant aucun argument supplémentaire relatif à la violation de l’article 24, paragraphe 2, du règlement 2015/1589 et le contenu de la décision attaquée ne laissant pas de place au doute quant à la position de la Commission sur la question de l’existence de ressources d’État, il y a lieu de rejeter la présente branche comme étant manifestement non fondée.
36 Partant, il y a lieu de rejeter le premier moyen pour partie comme étant manifestement irrecevable et pour partie comme étant manifestement non fondé.
Sur le deuxième moyen, tiré d’une erreur manifeste d’appréciation lors de l’examen de la légalité de l’aide au regard des conditions posées par le règlement no 1407/2013
37 Premièrement, le requérant soutient que la Commission confond « aide illégale » et « aide devant être notifiée » et, en considérant que la mesure litigieuse ne devait pas être notifiée, conclut en substance qu’elle n’est pas illégale ou qu’elle est légale. Elle interpréterait également de manière erronée, mais non sans une certaine justification, les accusations intégrées par le SDT dans ses procédures. Dans sa lettre du 27 octobre 2022, la Commission répéterait en substance les erreurs de la décision attaquée. En particulier, elle confondrait les procédures du SDT, qui confèrent un avantage aux bénéficiaires, avec la question du paiement d’une somme d’argent par le requérant.
38 Deuxièmement, le requérant fait valoir que les défauts de la décision attaquée qui résultent de l’examen insuffisant et incomplet par la Commission attestent que celle-ci, lors de cet examen, s’est heurtée à des difficultés sérieuses qui auraient dû la conduire à ouvrir une procédure formelle d’examen. Cette irrégularité procédurale justifierait l’annulation de la décision attaquée, car la procédure administrative de la Commission aurait pu connaître une issue différente en l’absence de cette irrégularité.
39 À cet égard, il suffit de relever que, par son deuxième moyen, le requérant entend remettre en cause un motif de la décision attaquée présenté à titre subsidiaire par la Commission. En effet, comme cela a été indiqué au point 12 ci-dessus, le motif principal avancé par la Commission afin de rejeter la plainte du requérant est l’absence de ressources d’État, ce qui empêche de considérer la mesure litigieuse comme étant une aide d’État au sens de l’article 107, paragraphe 1, TFUE.
40 Le motif relatif à l’application de l’article 3 du règlement no 1407/2013 n’a été présenté par la Commission qu’à titre surabondant, dans l’hypothèse, non réalisée en l’espèce, où il y aurait lieu de considérer qu’il y avait une aide d’État.
41 Or, il importe de rappeler que, selon une jurisprudence établie, un motif erroné ne saurait justifier l’annulation de l’acte qui en est entaché s’il revêt un caractère surabondant et qu’il existe d’autres motifs qui suffisent à le fonder (voir arrêt du 7 avril 2011, Grèce/Commission, C‑321/09 P, non publié, EU:C:2011:218, point 61 et jurisprudence citée).
42 Par conséquent, le deuxième moyen doit être déclaré comme étant inopérant.
Sur le troisième moyen, tiré de l’existence de difficultés sérieuses et de la violation des droits procéduraux du requérant
43 Le requérant reproche à la Commission de ne pas avoir ouvert de procédure formelle d’examen malgré les difficultés sérieuses et d’avoir violé ses droits procéduraux à présenter des observations sur les éléments qui soulèvent des doutes sérieux quant à la compatibilité de l’aide avec le marché intérieur. À cet égard, le requérant allègue que les accusations portées contre lui par la Law Society devant le SDT sont d’ordre purement économique et ne constituent pas des raisons impérieuses d’intérêt général justifiant une limitation à l’exercice de professions réglementées. Il ajoute que, bien qu’il n’ait pas cité, dans sa plainte, l’article 6, paragraphe 3, de la directive (UE) 2018/958 du Parlement européen et du Conseil, du 28 juin 2018, relative à un contrôle de proportionnalité avant l’adoption d’une nouvelle réglementation de professions (JO 2018, L 173, p. 25), il faut considérer que la Commission s’est enquise elle-même de son application, car il s’agit du droit applicable, et qu’elle s’est fourvoyée à cette occasion.
44 Tout d’abord, force est de constater que le requérant ne précise pas la nature des difficultés sérieuses qui auraient dû conduire la Commission à ouvrir la procédure formelle d’examen, de sorte que, en vertu des dispositions et de la jurisprudence rappelées aux points 22 à 24 ci-dessus, ce grief doit être rejeté comme étant manifestement irrecevable.
45 Ensuite, s’agissant de la violation des droits procéduraux du requérant en ce qu’il n’a pas été invité à soumettre des observations, ce grief se rattache à la seconde branche du premier moyen. Ainsi, pour les mêmes raisons que celles exposées aux points 28 à 35 ci-dessus, ce grief doit être rejeté comme étant manifestement non fondé.
46 De plus, quant au grief lié à la nature des accusations portées contre le requérant par la Law Society, il y a lieu de relever que celui-ci manque de clarté, de sorte que, en vertu des dispositions et de la jurisprudence rappelées aux points 22 à 24 ci-dessus, il doit être rejeté comme étant manifestement irrecevable.
47 Enfin, le requérant n’est manifestement pas fondé à reprocher à la Commission d’avoir erronément appliqué l’article 6, paragraphe 3, de la directive 2018/958, alors que, d’une part, il admet lui-même ne pas l’avoir mentionné dans sa plainte et, d’autre part, cet article n’est pas mentionné dans la décision attaquée.
48 Au vu de ce qui précède, il y a lieu de rejeter le troisième moyen pour partie comme étant manifestement irrecevable et pour partie comme étant manifestement non fondé.
Sur le quatrième moyen, tiré de la violation de l’obligation de motivation
49 Le requérant considère que la Commission a violé son obligation de motivation dans la mesure où, premièrement, elle n’a pas vérifié si l’aide était non discriminatoire et respectait les principes de libre prestation de services et de liberté d’établissement, deuxièmement, elle n’a pas évalué la valeur de l’avantage concurrentiel octroyé à l’ancien solicitor ou aux autres concurrents du requérant, ni n’a motivé son appréciation du montant de l’aide, ni encore n’a évalué le préjudice causé au requérant et, troisièmement, n’a pas évalué l’impact de la procédure abusive formée contre le requérant sur l’ancien solicitor ou les autres concurrents du requérant.
50 Il est de jurisprudence constante que la motivation exigée par l’article 296 TFUE doit être adaptée à la nature de l’acte en cause et doit faire apparaître de façon claire et non équivoque le raisonnement de l’institution qui en est l’auteur, de manière à permettre aux intéressés d’en comprendre les justifications et au juge d’en contrôler le bien-fondé. Elle doit être appréciée en fonction des circonstances de l’espèce, et notamment du contenu de l’acte en cause, de la nature des motifs invoqués et de l’intérêt que ses destinataires ou d’autres personnes concernées peuvent avoir à recevoir des explications. Il n’est cependant pas exigé qu’elle spécifie tous les éléments de droit et de fait pertinents, puisque la question de savoir si elle satisfait à l’article 296 TFUE s’apprécie en tenant compte tant du libellé de cet acte que de son contexte juridique et factuel (arrêts du 13 mars 1985, Pays-Bas et Leeuwarder Papierwarenfabriek/Commission, 296/82 et 318/82, non publié, EU:C:1985:113, point 19, et du 21 juillet 2011, Alcoa Trasformazioni/Commission, C‑194/09 P, EU:C:2011:497, point 96). Il suffit ainsi que l’institution qui en est l’auteur expose les faits et les considérations juridiques revêtant une importance essentielle dans l’économie de sa décision (arrêts du 14 juillet 1972, Cassella Farbwerke Mainkur/Commission, 55/69, EU:C:1972:76, points 22 et 23, et du 6 mars 2003, Westdeutsche Landesbank Girozentrale et Land Nordrhein-Westfalen/Commission, T‑228/99 et T‑233/99, EU:T:2003:57, point 280).
51 En l’espèce, dans la décision attaquée, la Commission a expliqué pour quelles raisons, selon elle, la mesure litigieuse n’était pas une aide d’État, à savoir qu’il n’y avait pas de ressources d’État transférées.
52 Or, ainsi qu’il a été rappelé au point 30 ci-dessus, selon une jurisprudence constante, la qualification d’aide d’État au sens de l’article 107, paragraphe 1, TFUE requiert que toutes les conditions visées à cette disposition soient remplies.
53 Par conséquent, dès lors que la Commission considérait que la mesure litigieuse n’impliquait pas l’intervention de ressources d’État, elle n’était pas tenue d’examiner si les autres conditions visées à l’article 107, paragraphe 1, TFUE étaient remplies et, a fortiori, elle n’avait pas à vérifier si l’aide prétendument accordée à l’ancien solicitor était ou non discriminatoire, respectait les principes de libre prestation de services et de liberté d’établissement, ni à évaluer la valeur de l’avantage concurrentiel octroyé à l’ancien solicitor ou aux autres concurrents du requérant, ni à motiver son appréciation du montant de l’aide, ni à évaluer le préjudice causé au requérant, ni même encore l’impact de la procédure abusive formée contre le requérant sur l’ancien solicitor ou les autres concurrents du requérant.
54 Partant, le présent moyen doit être rejeté comme étant manifestement non fondé.
Sur le cinquième moyen, tiré de l’absence de prise en compte du manquement de l’Irlande à l’obligation de garantir les droits fondamentaux du requérant, en violation de l’article 19, paragraphe 1, deuxième alinéa, TUE
55 Le requérant affirme que la Commission n’avait pas le droit de rejeter sa plainte, alors qu’il avait dénoncé, en substance, le fait que ses droits fondamentaux n’avaient pas été adéquatement sauvegardés par le SDT, un organe étatique déjà saisi et prétendument compétent dans le cadre de la procédure formée par la Law Society contre le requérant.
56 Il ajoute que la procédure introduite par la Law Society devant le SDT à son endroit est abusive et viole les articles 101 et 102 TFUE ainsi que les articles 1er et 2 du règlement (CE) no 1/2003 du Conseil, du 16 décembre 2002, relatif à la mise en œuvre des règles de concurrence prévues aux articles [101] et [102 TFUE] (JO 2003, L 1, p. 1). D’ailleurs, il aurait alerté la Commission sur le fait que le SDT n’était pas compétent pour prendre la décision du 18 janvier 2022 (voir point 9 ci-dessus) et qu’il avait excédé ses pouvoirs en ne motivant pas sa décision.
57 Enfin, selon le requérant, le SDT, en favorisant l’ancien solicitor, membre de la Law Society, bénéficiaire de l’aide qu’il lui a octroyée, s’est implicitement fondé sur l’origine de la « fortune » du requérant. Le fait que la Commission s’est trompée sur la propriété de la « fortune » en cause attesterait l’existence de doutes sérieux en ce qui la concerne. La décision du SDT du 18 janvier 2022 aurait été, en soi, une discrimination fondée sur la « fortune ».
58 D’une part, s’agissant des arguments du requérant visant à dénoncer la violation de ses droits fondamentaux et des articles 101 et 102 TFUE, respectivement par le SDT et la Law Society, force est de constater qu’ils ne permettent pas de remettre en cause la conclusion à laquelle la Commission est parvenue dans la décision attaquée, à savoir que les fonds impliqués ne sont pas des ressources d’État, de sorte qu’il n’existe pas d’aide d’État. Par conséquent, de tels arguments doivent être rejetés comme étant inopérants.
59 D’autre part, en ce qui concerne l’erreur prétendument commise par la Commission en ce qui concerne la propriété de la « fortune » du requérant, il y a lieu de relever que le requérant n’explique pas en quoi cette erreur consiste exactement. À cet égard, il n’avance aucun argument permettant d’aboutir à la conclusion qu’il existait des doutes sérieux que les fonds impliqués étaient des ressources d’État. De surcroît, il convient de noter que le requérant lui-même a expliqué, tant dans sa plainte que dans sa requête, que les fonds concernés provenaient de dépens versés au client par le défendeur dans le cadre d’un litige portant sur une demande de réparation d’un préjudice personnel. Il en ressort que les fonds concernés étaient manifestement des fonds d’origine privée. Dès lors, le grief du requérant est manifestement non fondé.
60 Au vu de ce qui précède, il y a lieu de rejeter le cinquième moyen comme étant manifestement non fondé.
Sur le sixième moyen, tiré de la violation du principe de non-discrimination, de la libre prestation de services et du principe d’égalité devant la loi
61 Le requérant soutient que, en s’abstenant d’apprécier la compatibilité de la mesure d’aide avec les principes fondamentaux du marché unique ancrés dans les traités UE et TFUE, tels que le principe de non-discrimination, celui de la libre prestation de services ainsi que la liberté d’établissement, la Commission a violé ces principes et commis une erreur de droit. À cet égard, ni les caractéristiques constitutives de la mesure d’aide, ni le motif spécifique invoqué en l’espèce, ni la jurisprudence de la Cour ne sauraient exonérer la Commission de son obligation d’apprécier la compatibilité de la mesure d’aide avec ces principes.
62 Ainsi qu’il a été rappelé au point 30 ci-dessus, la qualification d’aide d’État au sens de l’article 107, paragraphe 1, TFUE requiert que toutes les conditions visées à cette disposition soient remplies. Par conséquent, il suffit que l’une d’entre elles ne soit pas remplie pour écarter la qualification d’aide d’État.
63 En l’espèce, d’une part, comme cela a été rappelé aux points 51 et 53 ci-dessus, la Commission a considéré que la condition liée à l’existence de ressources d’État n’était pas remplie. D’autre part, il a été établi au point 59 ci-dessus que le requérant n’a pas démontré que la Commission avait commis une erreur en considérant que les fonds impliqués étaient d’origine privée.
64 Partant, contrairement à ce que soutient le requérant, dès lors qu’elle constatait l’absence de ressources d’État, la Commission n’était pas tenue d’apprécier la compatibilité de l’aide d’État alléguée avec le principe de non-discrimination, celui de la libre prestation de services ainsi que la liberté d’établissement. Il convient donc de constater que le présent moyen est inopérant.
65 Au vu de l’ensemble de ce qui précède, le présent recours doit être rejeté comme étant pour partie manifestement irrecevable et pour partie manifestement non fondé.
Sur les dépens
66 Aux termes de l’article 133 du règlement de procédure, le Tribunal statue sur les dépens dans l’arrêt ou l’ordonnance qui met fin à l’instance. La présente ordonnance mettant fin à l’instance, il convient de condamner le requérant aux dépens.
Par ces motifs,
LE TRIBUNAL (cinquième chambre)
ordonne :
1) Le recours est rejeté pour partie comme étant manifestement irrecevable et pour partie comme étant manifestement non fondé.
2) NO supportera les dépens.
Fait à Luxembourg, le 20 juin 2023.
| Le greffier | Le président |
| V. Di Bucci | J. Svenningsen |
* Langue de procédure : l’anglais.
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