| CELEX | 62023CJ0209_RES |
| Type | Jurisprudence CJUE |
| Date | jeudi 16 juillet 2026 |
Affaire C‑209/23
FT
et
RRC Sports GmbH
contre
Fédération internationale de football association (FIFA)
(demande de décision préjudicielle, introduite par le Landgericht Mainz)
Arrêt de la Cour (cinquième chambre) du 16 juillet 2026
« Renvoi préjudiciel – Marché intérieur – Concurrence – Football professionnel – Réglementation de la Fédération Internationale de Football Association (FIFA) relative aux agents – Règles portant sur la rémunération des agents, la licence d’agent, la représentation multiple, les “approches” ainsi que sur la communication de certaines informations à la FIFA, aux autres agents, aux clubs et aux joueurs – Article 101, paragraphe 1, TFUE – Interdiction des ententes – Accords entre entreprises, décisions d’associations d’entreprises et pratiques concertées – Restrictions de la concurrence – Notions d’“objet” et d’“effet” anticoncurrentiels – Exception à l’interdiction énoncée à l’article 101, paragraphe 1, TFUE – Conditions – Exemption au titre de l’article 101, paragraphe 3, TFUE – Conditions – Notion de “gains d’efficacité” – Article 102 TFUE – Abus de position dominante – Justification – Conditions – Article 56 TFUE – Entrave à la libre prestation des services – Objectifs – Proportionnalité – Protection des données à caractère personnel – Règlement (UE) 2016/679 – Article 6, paragraphe 1, premier alinéa, sous f) – Licéité du traitement »
1. Droit de l’Union européenne – Champ d’application – Exercice du sport en tant qu’activité économique – Inclusion – Règles adoptées uniquement pour des motifs non économiques et portant sur des questions exclusivement d’ordre sportif – Exclusion – Règles émanant d’une association sportive visant à établir un régime juridique applicable à tout agent de joueurs et d’entraineurs – Règles ayant une incidence sur l’activité économique engendrée par les compétitions et la concurrence entre les clubs sportifs concernés – Inclusion
(Art. 56, 101, 102 et 165 TFUE)
(voir points 64-73)
2. Droit de l’Union européenne – Champ d’application – Exercice du sport en tant qu’activité économique – Inclusion – Règles relatives à l’organisation et au déroulement de compétitions sportives – Règles émanant d’une association sportive visant à encadrer les relations entre ses membres et les entreprises susceptibles d’avoir un intérêt économique à l’égard de l’organisation desdites compétitions – Admissibilité – Limites – Conformité au droit de l’Union
(Art. 101, 102 et 165 TFUE)
(voir points 77-80)
3. Ententes – Décisions d’associations d’entreprises – Notion d’association d’entreprises – Association ayant pour membres des associations nationales de football – Associations nationales concernées ayant elles-mêmes pour membres des entités exerçant une activité économique – Inclusion
(Art. 101, § 1, TFUE)
(voir points 81-85)
4. Ententes – Décisions d’associations d’entreprises – Notion – Règles émanant d’une association sportive visant à établir un régime juridique applicable à tout agent de joueurs et d’entraineurs – Règles ayant une incidence directe sur les conditions d’exercice de l’activité économique des entreprises membres – Inclusion
(Art. 101, § 1, TFUE)
(voir points 88-91)
5. Ententes – Affectation du commerce entre États membres – Règles émanant d’une association sportive visant à établir un régime juridique applicable à tout agent de joueurs et d’entraineurs – Règles s’appliquant à tous les clubs, ligues centralisées, joueurs, entraineurs et agents de joueurs actifs dans les États membres – Condition remplie
(Art. 101, § 1, TFUE)
(voir points 92, 93, 243)
6. Ententes – Atteinte à la concurrence – Critères d’appréciation – Teneur et objectif d’une entente ainsi que contexte économique et juridique de développement de celle-ci – Distinction entre restrictions par objet et par effet – Intention des parties à un accord de restreindre la concurrence – Critère non nécessaire – Infraction par objet – Degré suffisant de nocivité
(Art. 101, § 1, TFUE)
(voir points 94-108, 113-116, 120-136, 141-149, 150-156, 158-168)
7. Ententes – Atteinte à la concurrence – Critères d’appréciation – Distinction entre restrictions par objet et par effet – Restriction par effet – Examen du jeu de la concurrence en l’absence de l’accord litigieux – Prise en compte de la concurrence actuelle et potentielle
(Art. 101, § 1, TFUE)
(voir points 169-172)
8. Ententes – Atteinte à la concurrence – Décisions d’associations d’entreprises – Règles émanant d’une association sportive visant à établir un régime juridique applicable à tout agent de joueurs et d’entraineurs – Justification au regard d’objectifs légitimes d’intérêt général – Condition – Absence de restriction par objet – Exemption – Conditions
(Art. 101, § 1 et 3, TFUE)
(voir points 174-216)
9. Ententes – Interdiction – Exemption – Conditions – Amélioration de la production ou de la distribution des produits ou contribution au progrès technique ou économique – Avantages objectifs sensibles de nature à compenser les inconvénients résultant de l’accord pour la concurrence – Caractère indispensable ou nécessaire du comportement en cause – Absence d’élimination de toute concurrence effective pour une partie substantielle des produits ou des services concernés – Charge de la preuve – Caractère cumulatif des conditions d’exemption
(Art. 101, § 3, TFUE)
(voir points 217-232, disp. 1)
10. Concurrence – Règles de l’Union – Entreprise – Notion – Exercice d’une activité économique – Organisation par une association sportive de compétitions de football et exploitation des droits liés à celles-ci – Inclusion
(Art. 101 et 102 TFUE)
(voir points 235, 236)
11. Position dominante – Notion – Entreprise exerçant un pouvoir de réglementation, de contrôle et de sanction à l’égard d’une partie significative d’un ou de plusieurs marchés – Inclusion
(Art. 102 TFUE)
(voir points 237, 238)
12. Position dominante – Abus – Notion – Notion objective visant les comportements de nature à influencer la structure du marché et ayant pour effet de faire obstacle au maintien ou au développement de la concurrence – Obligations incombant à l’entreprise dominante – Exercice de la concurrence par les seuls mérites – Critères d’appréciation – Preuve de pratiques contraires à la concurrence par les seuls mérites – Circonstances pouvant être prises en considération
(Art. 102 TFUE)
(voir points 244-251)
13. Position dominante – Abus – Notion – Capacité à restreindre la concurrence et effet d’éviction – Comportements ayant pour objet ou pour effet actuel ou potentiel d’empêcher l’accès au marché des entreprises potentiellement concurrentes – Inclusion
(Art. 102 TFUE)
(voir points 255-264)
14. Position dominante – Abus – Notion – Abus d’exploitation – Conditions de transaction non équitables – Appréciation
(Art. 102 TFUE)
(voir points 266-271)
15. Position dominante – Abus – Justification objective – Conditions – Portée de la charge probatoire
(Art.102 TFUE)
(voir points 273-281, disp. 2)
16. Libre prestation des services – Restrictions – Règles émanant d’une association sportive visant à établir un régime juridique applicable à tout agent de joueurs et d’entraineurs – Règles encadrant la rémunération des agents et des entraineurs ou les modalités de calcul ou de versement de celle-ci – Admissibilité
(Art. 56 TFUE)
(voir points 282-284, 287, 288)
17. Libre prestation des services – Restrictions – Règles émanant d’une association sportive visant à établir un régime juridique applicable à tout agent de joueurs et d’entraineurs – Règles relatives à l’obtention de la licence d’agent et restreignant la représentation multiple – Impossibilité pour les agents de continuer à prester leurs services aux clients établis sur le territoire d’États membres non soumis, par le passé, à la réglementation de cette activité – Justification – Nécessité d’assurer un meilleur niveau de protection aux clients et aux agents et d’éviter des conflits d’intérêts – Appréciation par la juridiction de renvoi
(Art. 56 TFUE)
(voir points 286, 294-303, disp. 3)
18. Libre prestation des services – Restrictions – Règles émanant d’une association sportive visant à établir un régime juridique applicable à tout agent de joueurs et d’entraineurs – Règles organisant la collecte de certaines informations sur une plateforme numérique – Règles n’ayant pas pour objet de régler les conditions d’exercice du droit à la libre prestation des services ni de prohiber, de gêner ou de rendre moins attrayant l’exercice de ce droit par les agents – Admissibilité
(Art. 56 TFUE)
(voir points 289-291)
19. Libre prestation des services – Restrictions – Règles émanant d’une association sportive visant à établir un régime juridique applicable à tout agent de joueurs et d’entraineurs – Règles interdisant aux agents d’approcher ou de conclure un contrat de représentation avec un client déjà lié à un autre agent par un contrat de représentation exclusive en dehors de certaines périodes – Nécessité de garantir la stabilité des contrats entre les agents de joueurs et leurs clients – Objectif de nature purement économique – Inadmissibilité – Nécessité de protéger les joueurs manquant d’expérience ou d’information concernant le fonctionnement du système de transferts dans le football – Objectif non conforme au principe de proportionnalité – Justification au regard d’autres objectifs non purement économiques et conformes au principe de proportionnalité – Appréciation par la juridiction de renvoi
(Art. 56 TFUE)
(voir points 304-307, disp. 3)
20. Protection des personnes physiques à l’égard du traitement des données à caractère personnel – Règlement 2016/679 – Conditions de licéité d’un traitement de données à caractère personnel – Traitement nécessaire aux fins des intérêts légitimes poursuivis par le responsable du traitement ou par un tiers, à condition de la non-prévalence des intérêts ou des libertés et droits fondamentaux de la personne concernée exigeant une protection des données – Notion – Règles émanant d’une association sportive visant à établir un régime juridique applicable à tout agent de joueurs et d’entraineurs – Règles organisant la collecte de certaines informations concernant les activités économiques ou sportives exercées par les agents, les joueurs et les entraîneurs – Admissibilité – Conditions – Appréciation par la juridiction de renvoi
[Règlement du Parlement européen et du Conseil 2016/679, art. 5 et 6, § 1, 1er al., f)]
(voir points 313-324, 326-340, 342, 343)
21. Protection des personnes physiques à l’égard du traitement des données à caractère personnel – Règlement 2016/679 – Traitement de données à caractère personnel relatives aux condamnations pénales et aux infractions – Règles émanant d’une association sportive visant à établir un régime juridique applicable à tout agent de joueurs et d’entraineurs – Règles prévoyant la communication de toute sanction prononcée à l’encontre des agents et de leurs clients – Traitement de données à caractère personnel devant être réalisé sous le contrôle d’une autorité publique émanant d’un État membre
(Règlement du Parlement européen et du Conseil 2016/679, art.10)
(voir points 344-348)
22. Protection des personnes physiques à l’égard du traitement des données à caractère personnel – Règlement 2016/679 – Conditions de licéité d’un traitement de données à caractère personnel – Traitement nécessaire aux fins des intérêts légitimes poursuivis par le responsable du traitement ou par un tiers, à condition de la non-prévalence des intérêts ou des libertés et droits fondamentaux de la personne concernée exigeant une protection des données – Règles émanant d’une association sportive visant à établir un régime juridique applicable à tout agent de joueurs et d’entraineurs – Règles prévoyant la communication des informations portant sur l’ensemble des transactions impliquant les agents – Violation du principe de minimisation des données – Inadmissibilité – Règles prévoyant la communication de toute sanction prononcée à l’encontre des agents et de leurs clients indépendamment de leur gravité – Inadmissibilité
[Règlement du Parlement européen et du Conseil 2016/679, art. 6, § 1, 1er al., f)]
(voir points 350-354, 361-369, 372-380, disp. 4)
Résumé
Saisie à titre préjudiciel par le Landgericht Mainz (tribunal régional de Mayence, Allemagne), la Cour précise les conditions dans lesquelles certaines règles encadrant l’activité des agents sportifs fixées par une fédération sportive peuvent être qualifiées d’entente anticoncurrentielle au sens de l’article 101 TFUE ou d’abus de position dominante au sens de l’article 102 TFUE, et examine la compatibilité de ces règles avec la libre prestation des services garantie par l’article 56 TFUE ainsi qu’avec le RGPD (1).
La Fédération internationale de football association (FIFA) est une organisation faîtière qui regroupe de nombreuses fédérations internationales et nationales de football. Conformément à ses statuts, les associations membres sont tenues de s’engager à respecter les règles édictées par cette fédération et à reconnaître les décisions adoptées par celle-ci.
En 2022, la FIFA a adopté le règlement sur les agents de la FIFA (ci-après le « RAF »), qui établit les conditions-cadres applicables aux personnes fournissant des services d’agents dans le cadre du système international des transferts des joueurs et des entraîneurs mis en place par cette fédération. En particulier, ce règlement détermine les modalités selon lesquelles ces personnes peuvent offrir et fournir des services d’intermédiation à l’égard des joueurs, des entraîneurs, des clubs et des ligues centralisées, ainsi qu’obtenir une rémunération pour ces services.
Les requérants, un agent de joueurs de football et RRC Sport, une société établie en Allemagne exerçant elle-même une activité d’agent de joueurs, ont saisi la juridiction de renvoi d’une action en cessation tendant notamment à faire interdiction à la FIFA de mettre en œuvre plusieurs dispositions du RAF, au motif que celles-ci méconnaîtraient les articles 56, 101 et 102 TFUE, ainsi que le RGPD.
Appréciation de la Cour
En premier lieu, la Cour constate que l’article 101, paragraphe 1, TFUE est susceptible de s’appliquer au RAF.
En effet, celui-ci, ainsi que les règles y contenues, peuvent être regardés comme constituant une décision d’association d’entreprises susceptible d’affecter le commerce entre les États membres, dès lors que la réglementation visée s’impose aux clubs, aux ligues centralisées, aux joueurs, aux entraîneurs et aux agents de joueurs actifs dans les États membres à chaque fois qu’il existe un accord de représentation de dimension internationale ou une activité liée à un transfert international ou à une transaction internationale. De plus, il ne saurait être exclu que certaines des règles mises en évidence par la juridiction de renvoi puissent constituer des restrictions de la concurrence soit par objet, soit par effet, ce qu’il lui appartient de déterminer.
Néanmoins, en vertu de la jurisprudence de la Cour (2), certains comportements anticoncurrentiels, ayant pour effets inhérents de restreindre la concurrence, sont susceptibles de ne pas tomber sous le coup de l’interdiction édictée à l’article 101, paragraphe 1, TFUE, pour autant qu’ils se justifient par la poursuite d’un ou de plusieurs objectifs légitimes d’intérêt général dénués, en soi, de caractère anticoncurrentiel, que les moyens employés soient véritablement nécessaires pour atteindre ces objectifs et que l’effet anticoncurrentiel inhérent à ces moyens n’aille pas au-delà du nécessaire.
S’agissant de la première de ces conditions, un objectif de nature purement économique ne peut ni constituer une raison impérieuse d’intérêt général de nature à justifier une entrave à une liberté fondamentale garantie par le TFUE, ni être invoqué sur le fondement de ladite jurisprudence. Cela étant, la circonstance qu’une réglementation soit dictée par un ou plusieurs motifs d’ordre économique n’exclut pas qu’elle puisse être justifiée s’il apparaît que, par l’intermédiaire de ces motifs, cette réglementation poursuit, en définitive, un ou plusieurs objectifs légitimes d’intérêt général de nature non économique, dont l’existence doit être prouvée par la partie qui les invoque et vérifiée par la juridiction nationale compétente.
Ainsi, il appartient à la juridiction de renvoi de déterminer si le RAF poursuit effectivement les objectifs légitimes d’intérêt général invoqués par la FIFA, tels que l’établissement de normes professionnelles et éthiques minimales, la protection des clients et des joueurs ou encore le renforcement de la stabilité contractuelle entre clubs, joueurs et entraîneurs.
Pour ce qui est des comportements ayant un objet anticoncurrentiel, ceux-ci peuvent bénéficier, tout comme ceux ayant pour effets inhérents de restreindre la concurrence, d’une exemption en application de l’article 101, paragraphe 3, TFUE. Dans ce cadre, il incombe à la FIFA de démontrer que l’adoption du RAF remplit quatre conditions cumulatives. Ainsi, ce règlement doit permettre, avec un degré de probabilité suffisant, la réalisation de gains d’efficacité tout en réservant aux utilisateurs une partie équitable des profits qui résultent de ces gains, sans imposer de restrictions qui ne sont pas indispensables à la réalisation de tels gains et sans éliminer toute concurrence effective pour une partie substantielle des produits ou des services concernés.
Concernant la première de ces conditions, la circonstance que les règles en cause restreignent les possibilités, pour les agents, de tirer profit de certaines anomalies de marché pourrait impliquer l’existence de gains d’efficacité sur le marché des services d’agents en vue du transfert international de joueurs ou d’entraîneurs professionnels d’une entité à une autre ou sur celui de l’emploi des joueurs ou des entraîneurs. En effet, la correction d’une défaillance de marché est en principe de nature à générer de tels gains d’efficacité économique, ce qu’il appartient néanmoins à la juridiction de renvoi de vérifier.
En deuxième lieu, la Cour examine si l’adoption du RAF peut être qualifiée notamment d’abus d’éviction ou d’abus d’exploitation au sens de l’article 102 TFUE.
L’existence d’un éventuel abus d’éviction repose sur l’examen de ce que, d’une part, le comportement en cause s’écarte de la concurrence par les mérites et de ce que, d’autre part, ce comportement est de nature à produire des effets actuels ou potentiels susceptibles de restreindre la concurrence, en évinçant des entreprises concurrentes aussi efficaces du ou des marchés concernés ou en empêchant leur développement sur ces marchés, étant observé que ces derniers peuvent être aussi bien ceux où la position dominante est détenue que ceux, connexes ou voisins, où ledit comportement a vocation à produire ses effets actuels ou potentiels.
Dans le cas l’espèce, si la FIFA devait utiliser les pouvoirs qu’elle détient, notamment ses pouvoirs de réglementation, afin de limiter, d’orienter ou de discipliner le développement de la concurrence sur le marché des services d’agents en fonction de ses propres intérêts ou des intérêts économiques ou concurrentiels des ligues centralisées et des clubs qui sont membres des fédérations nationales qui lui sont affiliées, de tels comportements pourraient être qualifiés d’abus d’éviction, même s’ils se produisent sur des marchés connexes ou voisins de celui où la FIFA exerce ses propres activités économiques.
Ainsi, il appartient à la juridiction de renvoi de procéder à une analyse détaillée, complète et globale du comportement en cause, ce qui suppose d’examiner la nature, le contenu et les effets actuels ou potentiels, sur les marchés concernés, des règles adoptées par une telle association en vue de régir, de contrôler ou de sanctionner les différents aspects des activités économiques concernées.
Quant à l’existence d’un éventuel abus d’exploitation, celui-ci peut être caractérisé lorsqu’une entreprise tire abusivement profit de sa position dominante sur un marché au détriment de ses clients ou de ses fournisseurs et, in fine, des consommateurs, en leur imposant des conditions commerciales, tarifaires ou non tarifaires, qui n’auraient pas été celles appliquées en cas de concurrence praticable et donc suffisamment efficace.
En l’occurrence, même si les agents ne fournissent aucun bien ou service à la FIFA, le RAF les oblige, pour exercer leur activité sur le marché des services d’agents en vue du transfert international des joueurs ou des entraîneurs professionnels, à s’acquitter, auprès de cette fédération, des frais annuels destinés au maintien de leur licence ainsi que des frais afférents au passage de l’examen requis pour l’obtention de cette licence.
En outre, ce marché est intrinsèquement lié à celui de l’emploi des joueurs ou des entraîneurs, deux marchés sur lesquels opèrent les ligues centralisées et les clubs qui sont membres des associations nationales de football, elles-mêmes regroupées au sein de la FIFA et soumises à son pouvoir de réglementation, de contrôle et de sanction. Ainsi, les agents sont à la fois soumis aux pouvoirs détenus par la FIFA et dépendants, pour l’exercice de leur activité, de partenaires commerciaux indirectement affiliés à elle, ce qui les expose à un éventuel abus d’exploitation de la FIFA.
Cela étant, pour caractériser un éventuel abus d’exploitation, il est nécessaire de démontrer que l’entreprise en position dominante a imposé, dans son intérêt, à ses clients, à ses fournisseurs ou à d’autres partenaires commerciaux, des conditions d’exercice de leur activité qui sont dépourvues de justification économique, technique ou juridique objective. Ainsi, l’existence d’un tel abus pourrait être établie en démontrant qu’une fédération sportive raisonnablement efficace, placée dans une situation comparable, aurait été conduite à adopter des règles différentes de celles en cause, lesquelles, tout en étant aptes à atteindre les objectifs poursuivis, auraient été significativement moins préjudiciables aux intérêts propres des agents.
En troisième lieu, la Cour vérifie si les règles contenues dans le RAF constituent une entrave à la liberté de prestation de services consacrée par l’article 56 TFUE.
À cet égard, la Cour relève que les règles limitant la représentation multiple, celles soumettant l’obtention d’une licence d’agent à la condition que les agents n’aient fait l’objet d’aucune des mesures pénales ou disciplinaires mentionnées dans le RAF ainsi que les règles interdisant aux agents d’aborder un client potentiel et de conclure avec lui un contrat en dehors de certaines périodes ont compliqué l’exercice d’une activité à l’étranger pour les agents établis dans certains États membres, où cette profession n’était pas réglementée ou faisait l’objet de règles moins strictes.
Si les deux premières catégories de règles semblent susceptibles d’être justifiées par la poursuite de certains objectifs légitimes d’intérêt général, la Cour constate que, pour ce qui est de la troisième catégorie de règles, la FIFA a justifié celles-ci par la nécessité de garantir la stabilité des contrats entre les agents de joueurs et leurs clients.
Or, la poursuite d’un tel objectif, qui est différent de celui consistant à assurer la continuité des contrats entre les joueurs et les clubs dans l’intérêt du bon déroulement des compétitions sportives, apparaît comme étant de nature purement économique et, dès lors, comme n’étant pas susceptible de justifier une entrave à la libre prestation des services. Il revient, en tout état de cause, à la juridiction de renvoi de déterminer si, eu égard à d’éventuels autres objectifs avancés par la FIFA, de telles règles sont néanmoins susceptibles d’être considérées comme justifiées par un objectif légitime d’intérêt général ne présentant pas un caractère purement économique et comme poursuivant un tel objectif dans le respect des exigences découlant du principe de proportionnalité.
En revanche, les règles qui encadrent la rémunération des agents et des entraîneurs, ainsi que celles imposant la collecte d’informations sur une plateforme numérique, ne sauraient être regardées comme étant des restrictions, l’effet de telles règles sur la propension des agents à prester leurs services dans un autre État membre étant trop aléatoire et indirect.
En quatrième et dernier lieu, la Cour examine la compatibilité, avec l’article 6, paragraphe 1, sous f), du RGPD, des règles du RAF exigeant la mise à disposition par la FIFA des informations relatives à l’ensemble des agents et des clients qu’ils représentent, notamment toute sanction prononcée à leur endroit.
À cet égard, la Cour rappelle que, conformément à cette disposition, le traitement des données à caractère personnel est licite pour autant que le responsable du traitement ou un tiers poursuive un intérêt légitime, que le traitement soit nécessaire à la réalisation de l’intérêt légitime poursuivi et que les intérêts ou les libertés et les droits fondamentaux des personnes concernées par la protection des données ne prévalent pas sur l’intérêt légitime du responsable du traitement ou d’un tiers à leur traitement.
Après avoir constaté que les deux premières conditions apparaissent remplies, ce qu’il appartient toutefois à la juridiction de renvoi de vérifier, la Cour examine la troisième.
Elle estime que, si la divulgation et la publication des sanctions prononcées à l’égard des agents et des clients sont susceptibles d’exposer la personne concernée à une certaine forme d’exclusion, ces traitements peuvent néanmoins être regardés comme constituant un élément de la sanction elle-même, destinés à rétablir la confiance sur les marchés concernés ainsi qu’à faciliter l’exercice, par les personnes susceptibles d’avoir été lésées, de leur droit à réparation. Un tel objectif est susceptible d’être considéré comme relevant d’intérêts supérieurs à ceux des agents ayant méconnu le RAF, pour autant que les règles dont la méconnaissance a entraîné une sanction ne soient pas contraires au droit de l’Union.
Ainsi, de tels traitements peuvent, dans certaines situations, relever d’une mise en balance adéquate entre l’intérêt légitime poursuivi et les intérêts, droits fondamentaux et libertés des personnes concernées, notamment lorsqu’il s’agit de la mise à disposition de sanctions d’une certaine gravité. En revanche, tel n’est pas le cas lorsque le RAF impose une obligation de divulgation de toute sanction prononcée à l’égard des agents et des clients indépendamment de leur gravité.
1 Règlement (UE) 2016/679 du Parlement européen et du Conseil, du 27 avril 2016, relatif à la protection des personnes physiques à l’égard du traitement des données à caractère personnel et à la libre circulation de ces données, et abrogeant la directive 95/46/CE (règlement général sur la protection des données) (JO 2016, L 119, p. 1) (RGPD).
2 Arrêts du 21 décembre 2023, European Superleague Company, C‑333/21, EU:C:2023:1011, et du 30 avril 2026, CD Tondela e.a., C‑133/24, EU:C:2026:36.
Ordonnance du président du Tribunal du 4 août 2026.#Christoph Klein contre Commission européenne.#Référé – Clause de sauvegarde – Dispositif médical – Demande de sursis à exécution – Demande de mesures provisoires – Défaut d’urgence.#Affaire T-267/26 R.
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Ordonnance du président du Tribunal du 3 août 2026.#Broadcom Inc. et VMware International Unlimited Company contre Commission européenne.#Référé – Concurrence – Article 18, paragraphe 3, du règlement (CE) no 1/2003 – Demande de renseignements – Demande de sursis à exécution et de mesures provisoires – Non-lieu à statuer partiel – Défaut de fumus boni juris – Mise en balance des intérêts.#Affaire T-280/26 R.
03/08/2026
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22/07/2026
Ordonnance du président du Tribunal du 22 juillet 2026.#Marek Lovás contre Parquet européen.#Référé – Rejet du recours principal – Non-lieu à statuer.#Affaire T-272/26 R.
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