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AccueilDroit européen62023CJ0559_RES
Jurisprudence CJUE62023CJ0559_RES

Arrêt de la Cour (cinquième chambre) du 16 juillet 2026.#International Management Group (IMG) contre Commission européenne.#Pourvoi – Responsabilité non contractuelle – Enquêtes de l’Office européen de lutte antifraude (OLAF) – Confidentialité – Divulgation non autorisée du rapport d’enquête dans la presse – Imputabilité des fuites – Article 10, paragraphe 3, du règlement (UE, Euratom) no 883/2013 – Préjudices matériel et moral – Charge de la preuve – Prescription du recours en indemnité – Article 46, premier alinéa, du statut de la Cour de justice de l’Union européenne – Confidentialité des avis juridiques.#Affaire C-559/23 P.

CELEX62023CJ0559_RES
TypeJurisprudence CJUE
Datejeudi 16 juillet 2026

Texte intégral

Affaire C‑559/23 P

International Management Group (IMG)

contre

Commission européenne

Arrêt de la Cour (cinquième chambre) du 16 juillet 2026

« Pourvoi – Responsabilité non contractuelle – Enquêtes de l’Office européen de lutte antifraude (OLAF) – Confidentialité – Divulgation non autorisée du rapport d’enquête dans la presse – Imputabilité des fuites – Article 10, paragraphe 3, du règlement (UE, Euratom) no 883/2013 – Préjudices matériel et moral – Charge de la preuve – Prescription du recours en indemnité – Article 46, premier alinéa, du statut de la Cour de justice de l’Union européenne – Confidentialité des avis juridiques »

1. Institutions de l’Union européenne – Droit d’accès du public aux documents – Règlement no 1049/2001 – Exceptions au droit d’accès aux documents – Protection des avis juridiques – Intérêt public supérieur de transparence justifiant la divulgation de documents – Notion – Divulgation d’un avis juridique de la Commission européenne motivée par les intérêts propres d’une partie au litige – Exclusion

(Art. 1er, 2e al., et 10, § 3, TUE ; art. 15, § 1, et 298, § 1, TFUE ; règlement du Parlement européen et du Conseil no 1049/2001, art. 4, § 2, 2e tiret)

(voir points 56-61, 63, 64)

2. Procédure juridictionnelle – Incident de procédure – Demande de retrait de documents du dossier – Critères d’appréciation – Documents internes des institutions de l’Union – Obligation du juge de l’Union de mettre en balance les intérêts des parties au regard de leur droit à un procès équitable – Portée

(Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, art. 47 ; règlement du Parlement européen et du Conseil no 1049/2001, art. 4, § 2, 2e tiret)

(voir points 66-71)

3. Responsabilité non contractuelle – Conditions – Illégalité – Préjudice – Lien de causalité – Charge de la preuve incombant au requérant – Exception – Préjudice résultant de la divulgation non autorisée d’un rapport d’enquête de l’Office européen de lutte antifraude (OLAF) – Charge de la preuve incombant à la Commission européenne – Absence de preuves – Engagement de la responsabilité de la Commission

(Art. 339 et 340, 2e al., TFUE ; règlement du Parlement européen et du Conseil no 883/2013, art. 10, § 1 à 3)

(voir points 88-93)

4. Recours en indemnité – Responsabilité non contractuelle – Délai de prescription – Point de départ

(Art. 340, 2e al., TFUE ; statut de la Cour de justice, art. 46)

(voir points 104, 106-111)

5. Responsabilité non contractuelle – Conditions – Illégalité – Violation suffisamment caractérisée d’une règle de droit conférant des droits aux particuliers – Règle de droit conférant des droits aux particuliers – Notion – Divulgation non autorisée d’un rapport d’enquête de l’Office européen de lutte antifraude (OLAF) imputable à la Commission européenne – Inclusion

(Art. 339 et 340, 2e al., TFUE ; règlement du Parlement européen et du Conseil no 883/2013, art. 10, § 1 à 3)

(voir points 112-120)

Résumé

Saisie d’un pourvoi, la Cour annule l’arrêt IMG/Commission (1) du Tribunal en raison d’une erreur de droit concernant la charge de la preuve qui pèse sur la partie qui allègue une violation de l’obligation de confidentialité des enquêtes effectuées par l’Office européen de lutte antifraude (OLAF).

International Management Group (IMG), le requérant, est une entité dédiée à la reconstruction de la Bosnie-Herzégovine. Dans le cadre de ses activités, il a conclu plusieurs conventions avec la Commission européenne en application du mode d’exécution du budget de l’Union européenne dit « de gestion indirecte ou conjointe ».

Dans son rapport du 9 décembre 2014, l’OLAF a considéré que le requérant n’était pas une organisation internationale au sens de la réglementation financière de l’Union et qu’il pourrait ne pas avoir de personnalité juridique propre. En 2015, le contenu de ce rapport a fait l’objet d’une fuite dans la presse, dont la source n’a pas pu être identifiée par la Commission.

Le 21 décembre 2020, le requérant a introduit devant le Tribunal un recours en réparation des préjudices, qui a été rejeté par l’arrêt attaqué. Il a alors formé un pourvoi devant la Cour.

Appréciation de la Cour

En premier lieu, la Cour constate que le requérant est en droit de former un pourvoi contre l’arrêt attaqué. En effet, si la Commission a soulevé la fin de non-recevoir tirée de la prescription du recours du requérant devant le Tribunal, ce dernier a décidé d’examiner le bien-fondé des conclusions sans statuer préalablement sur la prescription du recours.

En deuxième lieu, s’agissant du retrait du dossier de l’avis du service juridique de la Commission du 16 janvier 2015 annexé à la requête, la Cour relève, d’une part, que cet avis n’a pas été rendu dans le cadre d’une procédure législative et, d’autre part, que le requérant n’a pas fait valoir que la production de celui-ci se justifiait par un intérêt public supérieur. Dès lors, c’est à bon droit que le Tribunal a écarté cet avis du dossier.

Par ailleurs, la divulgation de l’avis juridique dans la presse avant la production de ce dernier devant le Tribunal et l’absence de responsabilité du requérant sur ce point sont sans pertinence à cet égard. Seule importe la question de savoir si la divulgation d’un tel document a été autorisée par l’institution concernée ou ordonnée par le juge de l’Union, ce qui n’a pas été le cas en l’occurrence. En outre, le requérant ne saurait se prévaloir d’une méconnaissance du principe du contradictoire, car la question de savoir si une partie est en droit de produire devant le juge de l’Union un avis juridique rédigé à la demande d’une institution de l’Union et divulgué sans son autorisation se situe en amont de l’appréciation du respect de ce principe. Dans ce contexte, la Cour note que le Tribunal a soupesé les intérêts des parties et a tenu compte du fait que la production de l’avis juridique par le requérant n’apparaissait pas guidée par un intérêt public supérieur.

En troisième lieu, la Cour souligne que le respect de l’obligation de confidentialité des rapports de l’OLAF découlant de l’article 339 TFUE et de l’article 10, paragraphes 1 à 3, du règlement no 883/2013 (2) revêt une importance particulière pour les personnes visées par les enquêtes concernées. En effet, la divulgation des allégations les concernant qui figurent dans ces rapports est susceptible de porter gravement atteinte à leur réputation, alors qu’elles ne peuvent pas contester de tels rapports en justice tant que des mesures concrètes n’ont pas été prises pour donner suite aux recommandations y contenues. La Commission doit ainsi garantir que ses propres services ne divulguent pas ces rapports au public, s’assurer que les destinataires desdits rapports connaissent leur obligation de ne pas les divulguer et prendre des mesures permettant d’identifier la source dans l’éventualité d’une fuite.

Par conséquent, en cas de fuite d’un rapport de l’OLAF contenant des allégations préjudiciables à l’égard d’une personne, il n’incombe pas à cette dernière d’apporter la preuve que la fuite provient de la Commission, dont relève l’OLAF, pour pouvoir lui demander la réparation du préjudice subi. Les fuites de documents confidentiels intervenant dans la plupart des cas sans que le grand public ne puisse connaître leur origine, un aménagement des règles relatives à la charge et à l’administration de la preuve s’impose dans ces situations. La Commission est en effet la mieux placée pour apporter des preuves permettant d’identifier l’origine de la fuite, de sorte que, si elle ne le fait pas, l’incertitude quant à cette origine doit être mise à sa charge et la fuite engage sa responsabilité.

En dernier lieu, la Cour constate que le préjudice moral allégué par le requérant en raison de la publication du rapport de l’OLAF dans la presse en ligne le 11 décembre 2015 s’est concrétisé lors de la consultation de ce rapport par chaque personne intéressée, tandis que le préjudice matériel allégué s’est concrétisé au moment où chaque donateur a décidé de ne plus contribuer aux activités du requérant.

Le recours du requérant ayant été introduit le 21 décembre 2020, à savoir plus de cinq ans après la date de cette publication, il est prescrit en tant qu’il vise tout préjudice concrétisé avant le 21 décembre 2015. Toutefois, il ne ressort pas du dossier que ledit rapport a cessé d’être accessible en ligne après sa publication, des préjudices moraux et matériels ayant pu se concrétiser après cette dernière date. Partant, le recours n’est pas prescrit en ce qu’il vise des préjudices concrétisés à partir du 21 décembre 2015.


1 Arrêt du 28 juin 2023, IMG/Commission (T‑752/20, EU:T:2023:366, ci-après « l’arrêt attaqué »).


2 Règlement (UE, Euratom) no 883/2013 du Parlement européen et du Conseil, du 11 septembre 2013, relatif aux enquêtes effectuées par l’Office européen de lutte antifraude (OLAF) et abrogeant le règlement (CE) no 1073/1999 du Parlement européen et du Conseil et le règlement (Euratom) no 1074/1999 du Conseil (JO 2013, L 248, p. 1).

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