| CELEX | 62023CJ0748_RES |
| Type | Jurisprudence CJUE |
| Date | jeudi 16 juillet 2026 |
Affaire C‑748/23 [Gekus] (i)
C. Limited
contre
M. S
(demande de décision préjudicielle, introduite par Sąd Najwyższy)
Arrêt de la Cour(quatrième chambre) du 16 juillet 2026
« Renvoi préjudiciel – État de droit – Indépendance des juges – Article 19, paragraphe 1, second alinéa, TUE – Article 47 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne – Réglementation nationale permettant de vérifier le respect des exigences d’indépendance et d’impartialité d’un juge en poste au sein du Sąd Najwyższy (Cour suprême, Pologne) – Composition de la formation de jugement appelée à contrôler le respect de ces exigences – Irrégularité des conditions de nomination d’un membre d’une telle formation – Conséquences à tirer de cette irrégularité – Impartialité – Primauté du droit de l’Union »
1. Questions préjudicielles – Compétence de la Cour – Limites – Obligation des États membres d’établir les voies de recours nécessaires pour assurer une protection juridictionnelle effective – Questions concernant des règles nationales relatives à l’organisation et au fonctionnement d’un organe judiciaire – Inclusion
(Art. 19, § 1, TUE ; art. 267 TFUE ; charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, art. 47)
(voir point 27)
2. États membres – Obligations – Établissement des voies de recours nécessaires pour assurer une protection juridictionnelle effective – Respect du principe de l’indépendance des juges – Droit à un tribunal indépendant et impartial établi préalablement par la loi – Règles nationales relatives à la composition des formations de jugement – Circonstances entourant la nomination d’un juge pouvant, à elles seules, entraîner une violation du droit à un tribunal indépendant et impartial établi préalablement par la loi – Condition – Circonstances impliquant une irrégularité d’une nature et d’une gravité suscitant un doute légitime, dans l’esprit des justiciables, quant à l’indépendance ou à l’impartialité de ce juge
(Art. 19, § 1, 2d al., TUE ; charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, art. 47)
(voir points 28-43, disp. 1)
3. États membres – Obligations – Établissement des voies de recours nécessaires pour assurer une protection juridictionnelle effective – Respect du principe de l’indépendance des juges – Droit à un tribunal indépendant et impartial établi préalablement par la loi – Réglementation nationale permettant de vérifier le respect des exigences d’indépendance et d’impartialité d’un juge en poste au sein d’une juridiction – Composition de la formation de jugement appelée à contrôler le respect de ces exigences – Formation de jugement concernée comprenant un ou plusieurs juges se trouvant, en raison des conditions de leur nomination, dans une situation identique à celle du juge faisant l’objet de cette vérification – Inadmissibilité
(Art. 19, § 1, 2d al., TUE ; charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, art. 47)
(voir points 45-62, disp. 2)
4. États membres – Obligations – Établissement des voies de recours nécessaires pour assurer une protection juridictionnelle effective – Respect du principe de l’indépendance des juges – Droit à un tribunal indépendant et impartial établi préalablement par la loi – Primauté – Obligations des juridictions nationales – Obligation de laisser inappliquée, de leur propre autorité, toute réglementation ou pratique nationale contraire à une disposition du droit de l’Union d’effet direct – Réglementation nationale permettant de vérifier le respect des exigences d’indépendance et d’impartialité d’un juge en poste au sein d’une juridiction – Composition de la formation de jugement appelée à contrôler le respect de ces exigences – Méconnaissance, par cette formation de jugement, du droit à un tribunal établi préalablement par la loi – Juridiction concernée devant veiller à l’absence de participation d’un juge ne respectant pas ces exigences à l’examen d’une telle demande de test d’indépendance et d’impartialité – Juridiction devant également écarter l’application des règles nationales déterminant la composition de cette formation – Ordre juridique de l’État membre concerné devant régler les modalités procédurales permettant d’assurer le respect, par la formation de jugement entendant une telle demande, de ces exigences
(Art. 4, § 3, et 19, § 1, 2d al., TUE ; charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, art. 47)
(voir points 64-72, disp. 3)
Résumé
Saisie à titre préjudiciel par le Sąd Najwyższy (Cour suprême, Pologne), la Cour précise notamment, au regard du droit à un tribunal indépendant et impartial, établi préalablement par la loi, les conséquences que l’ordre juridique d’un État membre doit tirer de la composition irrégulière d’une formation de jugement appelée à connaître d’une demande visant à vérifier le respect des exigences d’indépendance et d’impartialité d’un juge.
Par un arrêt rendu en juin 2021, une juridiction polonaise a condamné M. S., un ressortissant irlandais, à payer une somme d’argent à C. Limited, une société irlandaise.
M. S. s’est pourvu en cassation contre cet arrêt devant la juridiction de renvoi. Une formation à trois juges, comprenant le juge JG, a été désignée pour examiner ce pourvoi.
Éprouvant des doutes quant aux circonstances entourant la nomination de ce juge, C. Limited a introduit une demande de test d’indépendance et d’impartialité le concernant, conformément à la procédure prévue par la loi sur la Cour suprême.
Cinq juges de la juridiction de renvoi ont été tirés au sort pour constituer la formation chargée d’examiner cette demande, dont trois ont été nommés sur proposition de la Krajowa Rada Sądownictwa (Conseil national de la magistrature, Pologne) (ci-après la « KRS ») dans sa nouvelle composition, à l’instar du juge faisant l’objet de la demande de test.
Examinant la recevabilité de ladite demande, la juridiction de renvoi, composée d’un juge unique qui est aussi le président de cette formation à cinq juges, interroge la Cour sur la façon d’assurer la compatibilité du mécanisme de test d’indépendance et d’impartialité prévu par la loi sur la Cour suprême avec l’article 19, paragraphe 1, second alinéa, TUE, et avec l’article 47 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne (ci-après la « Charte »).
Appréciation de la Cour
Tout d’abord, s’agissant du processus de nomination des juges, la Cour rappelle que, eu égard à ses conséquences sur le fonctionnement et la légitimité du pouvoir judiciaire dans un État de droit, un tel processus constitue nécessairement un élément inhérent à la notion de « tribunal établi préalablement par la loi », au sens de l’article 47 de la Charte. Si toute erreur susceptible d’intervenir dans la procédure de nomination d’un juge n’est pas de nature à faire naître un doute sur son indépendance et son impartialité, certaines défaillances dans le processus de nomination des juges peuvent, à elles seules, indiquer que les juges concernés ne satisfont pas aux exigences d’indépendance et d’impartialité. Dans ces derniers cas, il ne saurait être exigé d’une partie à la procédure qui soulève la question du respect de ces exigences, en demandant par exemple un test d’indépendance et d’impartialité d’un juge faisant partie d’une formation de jugement, qu’elle apporte des éléments supplémentaires, tenant notamment au comportement de ce juge après sa nomination. La partie qui introduit une telle demande devrait donc pouvoir s’en tenir à invoquer des arguments qui reposent sur les seules circonstances entourant la nomination de ce juge et démontrant qu’a été commise, à cette occasion, une irrégularité d’une nature et d’une gravité telles qu’elle fait naître, dans l’esprit des justiciables, des doutes quant à son indépendance et à son impartialité à l’égard du pouvoir exécutif ou législatif. En conséquence, les circonstances entourant la nomination d’un juge peuvent, à elles seules, entraîner une violation du droit à un tribunal indépendant et impartial, établi préalablement par la loi, au sens de l’article 19, paragraphe 1, second alinéa, TUE, lu à la lumière de l’article 47 de la Charte, si elles impliquent une irrégularité d’une nature et d’une gravité telles qu’elle suscite un doute légitime dans l’esprit des justiciables quant à l’indépendance ou à l’impartialité dece juge.
Ensuite, s’agissant de la composition de la formation de jugement appelée à examiner une demande de test d’indépendance et d’impartialité d’un juge, la Cour précise que les membres de cette formation ne sauraient eux-mêmes se trouver dans une situation identique à celle du juge faisant l’objet du test. En effet, l’identité des circonstances entourant leur propre nomination en tant que juges et celles du juge faisant l’objet du test est susceptible de susciter des doutes légitimes chez les justiciables quant à la neutralité de cette formation par rapport aux intérêts qui s’affrontent. Ainsi, la formation de jugement de la juridiction de renvoi appelée à examiner la question de l’indépendance et de l’impartialité d’un juge de cette juridiction doit elle-même satisfaire aux exigences d’un tribunal indépendant et impartial, établi préalablement par la loi. Or, en l’occurrence, il apparaît que trois des juges de la formation chargée d’examiner la demande de test d’indépendance et d’impartialité en cause au principal ont été nommés dans des circonstances identiques à celles entourant la nomination du juge faisant l’objet du test demandé, impliquant la KRS dans sa nouvelle composition, et que l’un d’eux a été récusé dans une autre affaire, à l’issue de la même procédure que celle dont l’application est demandée dans le litige au principal. Par conséquent, eu égard à l’article 19, paragraphe 1, second alinéa, TUE, lu à la lumière de l’article 47 de la Charte, il ne saurait être admis que la vérification du respect des exigences d’indépendance et d’impartialité concernant un juge en poste au sein d’une juridiction soit confiée à une formation de jugement de cette juridiction comprenant un ou plusieurs juges qui, en raison des conditions de leur nomination, se trouvent dans une situation identique à celle du juge faisant l’objet de cette vérification.
Enfin, la Cour énonce que, en vertu de ces mêmes dispositions, dans le cas où la formation de jugement appelée à statuer sur une demande de test d’indépendance et d’impartialité d’un juge méconnaît elle-même le droit à un tribunal établi préalablement par la loi en raison de la présence en son sein d’un juge ne satisfaisant pas aux exigences d’indépendance et d’impartialité, la juridiction en cause est tenue de veiller à ce qu’un tel juge ne participe pas à l’examen de cette demande. Le cas échéant, elle doit écarter l’application des règles nationales déterminant la composition de cette formation afin que ladite demande puisse être examinée par une instance conforme auxdites dispositions. L’ordre juridique de l’État membre concerné doit régler les modalités procédurales permettant d’assurer qu’une telle demande soit entendue par une formation de jugement respectant les exigences découlant du droit fondamental à un recours effectif et à accéder à un tribunal impartial.
i Le nom de la présente affaire est un nom fictif. Il ne correspond au nom réel d’aucune partie à la procédure.
Ordonnance du président du Tribunal du 4 août 2026.#Christoph Klein contre Commission européenne.#Référé – Clause de sauvegarde – Dispositif médical – Demande de sursis à exécution – Demande de mesures provisoires – Défaut d’urgence.#Affaire T-267/26 R.
04/08/2026
Ordonnance du président du Tribunal du 3 août 2026.#Broadcom Inc. et VMware International Unlimited Company contre Commission européenne.#Référé – Concurrence – Article 18, paragraphe 3, du règlement (CE) no 1/2003 – Demande de renseignements – Demande de sursis à exécution et de mesures provisoires – Non-lieu à statuer partiel – Défaut de fumus boni juris – Mise en balance des intérêts.#Affaire T-280/26 R.
03/08/2026
Jurisprudence CJUE — 62026TO0017
22/07/2026
Ordonnance du président du Tribunal du 22 juillet 2026.#Marek Lovás contre Parquet européen.#Référé – Rejet du recours principal – Non-lieu à statuer.#Affaire T-272/26 R.
22/07/2026