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AccueilDroit européen62023TJ0399_RES
Jurisprudence CJUE62023TJ0399_RES

Arrêt du Tribunal (neuvième chambre élargie) du 29 octobre 2025 (Extraits).#ClientEarth et Collectif Nourrir contre Commission européenne.#Agriculture – Plan stratégique relevant de la PAC – Règlement (UE) 2021/2115 – Règles régissant l’aide aux plans stratégiques établis par les États membres dans le cadre de la PAC – Approbation de la Commission – Rejet de la demande de réexamen interne – Article 10, paragraphe 1, du règlement (CE) no 1367/2006 – Article 13 du règlement 2021/2115 – Erreur de droit – Erreur manifeste d’appréciation.#Affaire T-399/23.

CELEX62023TJ0399_RES
TypeJurisprudence CJUE
Datemercredi 29 octobre 2025

Résumé IA

Le Tribunal de l'Union européenne a rejeté le recours de ClientEarth et du Collectif Nourrir contre la Commission, qui contestaient le refus de réexamen interne de l'approbation du plan stratégique relevant de la PAC. Les requérants invoquaient une violation du droit environnemental, mais le Tribunal a jugé que la Commission n'avait commis ni erreur de droit ni erreur manifeste d'appréciation en approuvant le plan. Cette décision confirme la marge d'appréciation de la Commission dans l'évaluation de la conformité des plans stratégiques nationaux avec le règlement (UE) 2021/2115.

Texte intégral

Affaire T‑399/23

ClientEarth
et
Collectif Nourrir
contre
Commission européenne

Arrêt du Tribunal (neuvième chambre élargie) du 29 octobre 2025 (Extraits)

« Agriculture – Plan stratégique relevant de la PAC – Règlement (UE) 2021/2115 – Règles régissant l’aide aux plans stratégiques établis par les États membres dans le cadre de la PAC – Approbation de la Commission – Rejet de la demande de réexamen interne – Article 10, paragraphe 1, du règlement (CE) no 1367/2006 – Article 13 du règlement 2021/2115 – Erreur de droit – Erreur manifeste d’appréciation »

  1. Environnement – Convention d’Aarhus – Application aux institutions de l’Union – Faculté pour les organisations non gouvernementales de demander le réexamen interne d’actes administratifs dans le domaine de l’environnement – Rejet d’une demande comme non fondée – Contrôle juridictionnel – Limites

    (Règlement du Parlement européen et du Conseil no 1367/2006, art. 10 et 12)

    (voir points 17-20)

  2. Environnement – Convention d’Aarhus – Application aux institutions de l’Union – Faculté pour les organisations non gouvernementales de demander le réexamen interne d’actes administratifs dans le domaine de l’environnement – Précision des motifs du réexamen – Recours devant le juge de l’Union visant une décision de rejet d’une demande de réexamen – Invocation de moyens visant à faire constater des erreurs d’appréciation identiques dans l’acte à l’origine de la demande et dans la réponse à cette dernière – Admissibilité

    (Règlement du Parlement européen et du Conseil no 1367/2006, art. 10, § 1 et 2, et 12)

    (voir points 26-28, 33, 34)

  3. Environnement – Convention d’Aarhus – Application aux institutions de l’Union – Faculté pour les organisations non gouvernementales de demander le réexamen interne d’actes administratifs dans le domaine de l’environnement – Précision des motifs du réexamen – Recours devant le juge de l’Union visant une décision de rejet d’une demande de réexamen – Arguments et moyens non présentés dans la demande de réexamen – Notion

    (Règlement du Parlement européen et du Conseil no 1367/2006, art. 10, § 1 et 2, et 12)

    (voir points 37-40)

  4. Environnement – Convention d’Aarhus – Application aux institutions de l’Union – Faculté pour les organisations non gouvernementales de demander le réexamen interne d’actes administratifs dans le domaine de l’environnement – Portée de l’obligation de réexamen – Limites – Grief relatif au refus de l’institution concernée de reconnaître l’obligation pour ledit acte administratif de respecter les éléments essentiels de l’acte de base – Exclusion

    (Règlement du Parlement européen et du Conseil no 1367/2006, art. 10 et 12)

    (voir points 63-65)

  5. Actes des institutions – Réglementation de base et réglementation d’exécution – Réglementation d’exécution ne pouvant ni modifier ni compléter les éléments essentiels de la réglementation de base – Qualification des éléments essentiels – Prise en compte des caractéristiques et des particularités du domaine concerné – Acte d’exécution approuvant un plan stratégique relevant de la politique agricole commune – Refus de la Commission de considérer les objectifs spécifiques environnementaux et climatiques comme des éléments essentiels du règlement de base – Admissibilité

    (Art. 291 TFUE ; règlement du Parlement européen et du Conseil 2021/2115, art. 118, § 4)

    (voir points 69-71)

  6. Agriculture – Politique agricole commune – Financement par le FEAGA et le Feader – Plan stratégique relevant de la PAC (PSPAC) – Approbation de la Commission – Évaluation – Contrôle de compatibilité des propositions avec les exigences tirées du droit de l’Union – Formulation d’observations – Conséquences – Obligation incombant à l’État membre de modifier la proposition de PSPAC en cas d’incompatibilité avec ces exigences

    (Règlement du Parlement européen et du Conseil 2021/2115, art. 118, § 3 et 4)

    (voir points 85-91, 102, 103)

  7. Agriculture – Politique agricole commune – Financement par le FEAGA et le Feader – Plan stratégique relevant de la PAC (PSPAC) – Approbation de la Commission – Évaluation – Contrôle de compatibilité des propositions avec les exigences tirées du droit de l’Union – Portée – Obligation pour la Commission de faire siennes les analyses du contexte agricole réalisées par les États membres et de les compléter par d’autres analyses – Absence – Possibilité pour la Commission d’utiliser d’autres informations que celles fondant les propositions

    (Règlement du Parlement européen et du Conseil 2021/2115, art. 118, § 4)

    (voir points 114-121, 191)

  8. Agriculture – Politique agricole commune – Financement par le FEAGA et le Feader – Plan stratégique relevant de la PAC (PSPAC) – Approbation de la Commission – Évaluation – Contrôle de compatibilité des propositions avec les exigences tirées du droit de l’Union – Portée – Contrôle de la contribution effective de la proposition de PSPAC à la réalisation des objectifs généraux et spécifiques – Contrôle de l’absence de contrariété des mesures du PSPAC avec les exigences minimales – Examen de la stratégie d’intervention à l’égard de son niveau d’ambition et de sa capacité à produire les effets attendus

    (Règlement du Parlement européen et du Conseil 2021/2115, art. 6, § 1 et 2, 105, 109 et 118, § 2)

    (voir points 126-135, 246, 299, 306, 351)

  9. Agriculture – Politique agricole commune – Financement par le FEAGA et le Feader – Plan stratégique relevant de la PAC (PSPAC) – Approbation de la Commission – Évaluation – Contrôle de compatibilité des propositions avec les exigences tirées du droit de l’Union – Portée – Examen de la contribution de la stratégie d’intervention aux valeurs cibles nationales à long terme – Examen des interventions substantiellement rattachées aux objectifs spécifiques environnementaux et climatiques

    [Règlement du Parlement européen et du Conseil 2021/2115, art. 1er, c), 8, 108, 109, 111, 1er al., c) et d), et 118, § 4]

    (voir points 201-204, 327, 343)

  10. Agriculture – Politique agricole commune – Financement par le FEAGA et le Feader – Plan stratégique relevant de la PAC (PSPAC) – Exigences communes – Conditionnalité – Obligation des États membres de veiller au maintien des surfaces agricoles dans de bonnes conditions agricoles et environnementales (BCAE) – Portée – Obligation d’établir des normes minimales pour chaque norme relative aux BCAE – Étendue de la marge d’appréciation des États membres

    (Règlement du Parlement européen et du Conseil 2021/2115, art. 13, § 1, et annexe III)

    (voir points 252-257)

  11. Agriculture – Politique agricole commune – Financement par le FEAGA et le Feader – Plan stratégique relevant de la PAC (PSPAC) – Exigences communes – Conditionnalité – Obligation des États membres de veiller au maintien des surfaces agricoles dans de bonnes conditions agricoles et environnementales (BCAE) – Portée – Norme BCAE 7 relative à la préservation du potentiel des sols – Obligation de rotation des cultures – PSPAC limitant la part des terres arables concernées par ladite obligation – Inadmissibilité – Plan prévoyant la possibilité de choisir entre une rotation pluriannuelle de la culture principale ou une rotation annuelle de la culture secondaire – Inadmissibilité

    (Règlement du Parlement européen et du Conseil 2021/2115, art. 13, § 1, et annexe III)

    (voir points 257-266)

  12. Recours en annulation – Objet – Annulation partielle – Condition – Caractère détachable des dispositions contestées – Critère objectif – Condition non remplie

    (Art. 263 TFUE)

    (voir points 381-385)

Résumé

Par son arrêt, le Tribunal annule la décision de la Commission européenne du 5 mai 2023 rejetant une demande de réexamen interne de la décision approuvant le projet de plan stratégique relevant de la politique agricole commune (ci-après le « PSPAC ») élaboré par la France pour la période 2023-2027 ( 1 ). Ce faisant, le Tribunal précise l’étendue de la marge d’appréciation des États membres dans le choix des mesures qu’ils estiment les plus adaptées aux besoins spécifiques de leur agriculture sur la base d’objectifs et de types d’interventions fixés au niveau de l’Union européenne ( 2 ).

En novembre 2022, ClientEarth et Collectif Nourrir, des associations œuvrant notamment pour la protection de l’environnement, ont introduit auprès de la Commission une demande de réexamen interne de la décision d’approbation, en application de l’article 10 du règlement Aarhus ( 3 ). Elles faisaient valoir que la Commission avait excédé sa compétence en approuvant le PSPAC français alors qu’il était incompatible avec les exigences essentielles du règlement 2021/2115. À titre subsidiaire, elles soutenaient que la Commission avait commis plusieurs erreurs manifestes d’appréciation, notamment en raison de l’incapacité du PSPAC français à contribuer efficacement à la réalisation des objectifs spécifiques environnementaux et climatiques figurant à l’article 6, paragraphe 1, sous d) à f), du règlement 2021/2115 ( 4 ) (ci-après l’« objectif spécifique D », l’« objectif spécifique E » et l’« objectif spécifique F »).

À la suite du rejet de cette demande de réexamen interne par la Commission, ClientEarth et Collectif Nourrir ont saisi le Tribunal d’une demande visant à annuler cette décision.

Appréciation du Tribunal

S’agissant de la recevabilité des moyens, le Tribunal observe que le fait que la Commission ait commis les mêmes erreurs d’appréciation dans l’acte dont le réexamen est demandé et dans sa réponse à cette demande n’est pas de nature à rendre irrecevables les moyens dénonçant de telles erreurs, pour autant que ces moyens s’appuient sur des motifs déjà soulevés dans le cadre de cette même demande et qu’ils visent spécifiquement l’annulation de la décision la rejetant.

S’agissant de l’interprétation et de l’application de l’article 118 du règlement 2021/2115, le Tribunal commence par rappeler que le nouveau mode de gestion de la PAC mis en place par le législateur de l’Union repose sur un système de collaboration qui laisse aux États membres une marge de manœuvre afin d’adapter les interventions aux nécessités et aux besoins spécifiques de leur agriculture nationale tout en prévoyant un contrôle de l’Union pour en assurer la compatibilité avec la PAC.

En réponse aux arguments des requérantes, le Tribunal précise la nature et l’étendue du contrôle exercé par la Commission dans le cadre du processus d’approbation des PSPAC. Ainsi, à l’issue d’un dialogue avec l’État membre, la Commission adopte une décision d’exécution sur l’approbation de la proposition de PSPAC, éventuellement modifiée à la suite de ses observations, à condition que cette dernière soit compatible avec les exigences énoncées dans la réglementation de l’Union mentionnées à l’article 118, paragraphe 4, du règlement 2021/2115. En effet, la Commission exerce un double contrôle sur la proposition de PSPAC au titre de l’article 118, paragraphe 4, du règlement 2021/2115, à savoir, d’une part, sa complétude au regard de l’ensemble des informations nécessaires et, d’autre part, sa compatibilité par rapport à des exigences limitativement énumérées tirées du droit de l’Union. Dans ce cadre, les observations formulées par la Commission au titre de l’article 118, paragraphe 3, du règlement 2021/2115 ne présentent pas un caractère contraignant par elles-mêmes, mais leur contenu doit conduire l’État membre auteur de la proposition de PSPAC à y apporter des modifications si elles révèlent la présence d’incompatibilités avec les exigences énoncées à l’article 118, paragraphe 4, dudit règlement constituant des obstacles à l’approbation dudit plan.

S’agissant de l’étendue du contrôle exercé par la Commission sur la stratégie d’intervention au titre de l’article 118, paragraphe 4, du règlement 2021/2115, le Tribunal considère qu’il ressort de la décision attaquée que la Commission a correctement exercé son contrôle qui doit porter sur l’ensemble des éléments qui composent la proposition de PSPAC dès lors qu’elle est tenue d’apprécier non seulement les effets individuels des mesures, mais également leurs effets coordonnés. Le Tribunal relève que la Commission doit apprécier, selon une approche globale, dans le cadre de son contrôle de compatibilité, la contribution effective de la proposition de PSPAC à la réalisation des objectifs généraux et spécifiques en examinant la stratégie d’intervention à l’égard à la fois de son niveau d’ambition et de sa capacité à produire les effets attendus pour satisfaire à l’obligation de moyens à la charge des États membres, y compris les objectifs spécifiques environnementaux et climatiques. À cet égard, le Tribunal rappelle que le nouveau modèle de mise en œuvre sur lequel repose le règlement 2021/2115 entend favoriser une plus grande subsidiarité en conférant aux États membres une marge d’appréciation supplémentaire dans l’arrangement particulier des interventions contenues dans chaque PSPAC.S’agissant de la contribution du PSPAC français à la réalisation de l’objectif spécifique D en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre (ci-après les « émissions de GES ») et aux valeurs cibles nationales à long terme ( 5 ) relatives à cet objectif, le Tribunal relève, en premier lieu, qu’il n’existe pas de contradiction entre les besoins identifiés dans le PSPAC français, la stratégie d’intervention et la mise en œuvre de l’aide couplée bovine par les autorités françaises dans le cadre de l’intervention 32.04 du PSPAC (ci-après l’« intervention 32.04 »). Au contraire, celui-ci établit une relation entre la réduction des émissions de GES et l’élevage bovin par le biais d’interventions fondées sur la qualité du sol tout en assurant la complémentarité entre les interventions visant des objectifs spécifiques socio-économiques et celles participant aux objectifs spécifiques environnementaux et climatiques.

Le Tribunal constate en effet, premièrement, que l’intervention 32.04 pouvait poursuivre à titre principal un ou plusieurs objectifs spécifiques socio-économiques. Deuxièmement, compte tenu de la flexibilité dont bénéficient les États membres dans la conception de leurs interventions, il pouvait être choisi, dans le PSPAC français, de fonder en priorité la stratégie d’intervention visant la satisfaction du besoin de réduction des émissions de GES du secteur agricole sur des interventions liées à l’enjeu de la qualité du sol y compris pour le secteur de l’élevage. Troisièmement, bien que l’intervention 32.04 contribue, à titre principal, à la satisfaction d’objectifs spécifiques socio-économiques grâce au maintien de l’élevage, elle participe également, à titre accessoire, à l’objectif spécifique lié à la réduction des émissions de GES en favorisant l’élevage extensif.

En second lieu, le Tribunal estime que la Commission n’a pas commis d’erreur manifeste d’appréciation à propos de la contribution du PSPAC français à la réalisation de la valeur cible nationale à long terme relative à l’objectif de réduction des émissions de GES du secteur agricole fixé par la stratégie nationale bas carbone (ci-après la « SNBC »).

Le Tribunal constate premièrement que la Commission a correctement évalué la cohérence entre l’architecture environnementale et climatique du PSPAC français avec la SNBC dans la mesure où le PSPAC français ne constitue pas l’unique outil pour atteindre l’objectif de réduction des émissions de GES du secteur agricole.

Deuxièmement, la Commission a correctement identifié l’ensemble des données pertinentes devant être prises en compte dans le cadre de la procédure d’approbation de la proposition de PSPAC français. Il ne peut être déduit de l’absence d’utilisation d’informations extérieures que la Commission a commis une erreur à cet égard dans la mesure où elle a reconnu dans la décision attaquée qu’elle en avait la possibilité en cas de nécessité.

Troisièmement, le Tribunal considère que la stratégie d’intervention du PSPAC français peut contribuer de manière cohérente à l’objectif de la SNBC dans le secteur agricole.

D’une part, le Tribunal souligne que, selon la logique du contrôle confié à la Commission par les dispositions du règlement 2021/2115, il incombe à cette institution d’examiner la cohérence et l’effectivité d’un PSPAC au regard des interventions choisies par l’État membre concerné en fonction des besoins et des priorités qu’il a lui-même définies.

Ainsi, dans la mesure où le seul objectif spécifique en lien avec la réduction des émissions de GES contribuant à la réalisation de la SNBC, telle que conçue par le PSPAC français, s’avère être l’objectif spécifique D, la Commission n’a pas commis d’erreur manifeste d’appréciation en examinant les interventions liées à celui-ci.

D’autre part, les requérantes n’ont pas apporté d’éléments de preuve au soutien de leurs allégations selon lesquelles les modalités du maintien des prairies permanentes prévues par le PSPAC français étaient insuffisantes pour contribuer à l’augmentation de la capacité française de stockage de carbone.

S’agissant de l’objectif spécifique E en matière de protection des ressources en eau et des valeurs cibles nationales à long terme relatives à cet objectif, les requérantes faisaient valoir, en premier lieu, une erreur manifeste d’appréciation quant à la contribution effective de la stratégie d’intervention du PSPAC français à ladite protection. Selon ces dernières, cette stratégie ne permet pas une réduction de l’utilisation des pesticides en raison du non-respect des normes relatives aux bonnes conditions agricoles et environnementales (ci-après les « BCAE ») et de l’éco-régime tels que définis par le règlement 2021/2115.

Premièrement, le Tribunal observe que la réduction de l’utilisation des pesticides n’était ni le seul ni le principal besoin devant être pris en compte en vue de la satisfaction de l’objectif spécifique E, de sorte que cebesoin n’était pas présenté dans le PSPAC français comme une priorité essentielle pour atteindre cet objectif.

Deuxièmement, le Tribunal juge que la Commission a entaché la décision attaquée d’une erreur manifeste d’appréciation en rejetant comme non fondé le motif de réexamen interne tiré de ce que les conditions de mise en œuvre de la norme BCAE 7 prévues par le PSPAC français et entérinées par la décision d’approbation, méconnaissaient les exigences minimales de l’article 13, paragraphe 1, du règlement 2021/2115 ainsi que de son annexe III.

Troisièmement, le Tribunal considère que l’éco-régime mis en place par le PSPAC français respecte les exigences minimales de l’article 31 du règlement 2021/2115.

À cet égard, le Tribunal souligne tout d’abord que le PSPAC français précise en quoi la voie des pratiques de diversification des cultures dépasse les exigences minimales prévues par ledit règlement, d’autres dispositions de l’Union et le droit national. Le simple constat selon lequel le PSPAC français prévoit qu’environ 87 % de la surface de terres arables est potentiellement primable au niveau de base, dont environ 69 % au niveau supérieur, ne démontre pas, à lui seul, que ce système de notation ne permet pas d’en garantir l’efficacité afin d’atteindre les valeurs cibles.

Ensuite, le Tribunal observe que, dans le PSPAC français, il est expliqué en quoi les exigences de l’éco-régime par la voie de la certification Haute valeur environnementale (HVE) révisée sont supérieures aux exigences fixées par la conditionnalité sur quatre aspects, à savoir la biodiversité, l’utilisation des produits phytosanitaires, la fertilisation et la gestion de la ressource en eau. Dans le cadre de l’indicateur intitulé « Stratégie phytosanitaire », seul l’item relatif aux surfaces non traitées permet d’atteindre le seuil de dix points requis pour valider l’indicateur. Les neuf autres items de cet indicateur doivent obligatoirement être combinés afin d’atteindre le seuil minimal de dix points, mais ils poursuivent tous l’objectif d’une utilisation durable et réduite des pesticides.

En outre, le Tribunal relève que les critères fixés afin d’obtenir la certification environnementale de niveau 2 (CE2+) reposent sur la satisfaction de l’un des quatre indicateurs de la certification HVE révisée, qui comporte un niveau d’exigence supérieur à celui de la conditionnalité.

Enfin, étant donné que l’éco-régime par la voie de la certification ne constitue pas, dans le PSPAC français, la seule intervention visant la réduction et l’utilisation durable des pesticides ou la qualité de l’eau, une insuffisance éventuelle de cette intervention pourrait être compensée par l’effet cumulé des autres interventions prévues pour le même objectif.

En second lieu, le Tribunal estime que la Commission n’a pas commis d’erreur manifeste d’appréciation s’agissant de la contribution de PSPAC français à la réalisation des valeurs cibles nationales à long terme en matière de protection des ressources en eau ( 6 ).

En effet, les requérantes n’ont pas apporté d’éléments susceptibles de priver de plausibilité l’appréciation faite par la Commission du soutien global à l’agriculture biologique. D’une part, le rapport de la Cour des comptes (France) produit au soutien de l’argumentation des requérantes ne remet pas en cause la plausibilité de l’appréciation faite par la Commission selon laquelle la dynamique de conversion n’a pas montré d’infléchissement notable et les dé-conversions restent stables. D’autre part, la durée de l’aide à la conversion a été allongée, le montant du crédit d’impôt pour l’agriculture biologique a augmenté et il existe des mesures spécifiques pour les régions périphériques.

Par ailleurs, le Tribunal constate que le cahier des charges de l’intervention 70.06 reflète le code des bonnes pratiques agricoles, allant ainsi au-delà des seules exigences de l’exigence réglementaire en matière de gestion en ce qui concerne la directive 91/676 ( 7 ). Dès lors, le fait que le code des bonnes pratiques agricoles ne soit pas rendu obligatoire par l’intervention 70.06 en toutes circonstances ne prive pas de plausibilité l’appréciation de la Commission selon laquelle cette intervention satisfait aux exigences de l’article 118, paragraphe 4, du règlement 2021/2115.

S’agissant de la contribution du PSPAC français à la réalisation de l’objectif spécifique F relatif à la préservation et à la restauration de la biodiversité, le Tribunal souligne, en premier lieu, que les requérantes ne sont pas fondées à établir un lien direct entre un besoin et une valeur cible quantifiée pour apprécier son caractère approprié.

Le Tribunal rappelle à cet égard que, premièrement, les États membres conservent une large marge d’appréciation dans la fixation des valeurs cibles quantitatives sur le fondement de l’évaluation des besoins, deuxièmement, un besoin peut être satisfait par l’action complémentaire de plusieurs interventions, elles-mêmes reliées à plusieurs indicateurs de résultats, et, troisièmement, la détermination d’une valeur cible quantitative liée à un ou plusieurs objectifs spécifiques environnementaux et climatiques découle de l’architecture environnementale et climatique dans son ensemble.

Or, les requérantes se sont bornées à considérer que la valeur cible associée à l’indicateur de résultat R.34 ( 8 ) n’est pas adaptée aux besoins identifiés dans le PSPAC français sans démontrer, à suffisance de droit, en quoi la Commission a commis une erreur manifeste d’appréciation.

En second lieu, les requérantes faisaient valoir que les interventions les plus susceptibles de contribuer à l’objectif F qui sont liées aux besoins F.2, F.3 et F.4 ( 9 ) seraient insuffisantes et inadaptées.

À cet égard, le Tribunal relève, premièrement, que l’éco-régime par la voie des pratiques de diversification ne contribue pas directement à l’indicateur de résultat R.31 sur la préservation des habitats et des espèces. Or, seules peuvent être liées à un indicateur de résultat donné les interventions qui y apportent une contribution directe et significative ( 10 ).

Deuxièmement, les requérantes n’ont pas démontré, à suffisance de droit, en quoi la Commission a commis une erreur manifeste d’appréciation en considérant que les conditions d’admissibilité à l’éco-régime par la voie d’éléments favorables à la biodiversité permettaient de contribuer effectivement à la réalisation de l’objectif spécifique F et à la valeur cible de l’indicateur de résultat R.31. Les motifs tirés de l’absence de complémentarité entre les différentes voies d’accès à l’éco-régime ne remettent pas en cause la plausibilité de l’argumentation de la Commission.

Troisièmement, les requérantes n’ont pas démontré, à suffisance de droit, en quoi la Commission a commis une erreur manifeste d’appréciation en considérant que la compensation des coûts supplémentaires résultant de l’engagement lié au « bonus haies » du PSPAC français produisait un effet incitatif pour les agriculteurs, à savoir rémunérer la présence de haies.

Dans ces conditions, en raison d’une erreur manifeste d’appréciation entachant la décision attaquée relative à la conformité des conditions de mise en œuvre de la norme BCAE 7 prévues par le PSPAC français avec le règlement 2021/2115 et en l’absence de caractère détachable des dispositions contestées, le Tribunal accueille le recours et annule la décision attaquée dans son intégralité.


( 1 ) Décision d’exécution C(2022) 6012 final de la Commission, du 31 août 2022, portant approbation du plan stratégique relevant de la PAC‑2023-2027 de la France en vue d’un soutien de l’Union financé par le Fonds européen agricole de garantie et le Fonds européen agricole pour le développement rural (ci-après la « décision d’approbation »).

( 2 ) Règlement (UE) 2021/2115 du Parlement européen et du Conseil, du 2 décembre 2021, établissant des règles régissant l’aide aux plans stratégiques devant être établis par les États membres dans le cadre de la politique agricole commune (plans stratégiques relevant de la PAC) et financés par le Fonds européen agricole de garantie (FEAGA) et par le Fonds européen agricole pour le développement rural (Feader), et abrogeant les règlements (UE) no 1305/2013 et (UE) no 1307/2013 (JO 2021, L 435, p. 1).

( 3 ) Règlement (CE) no 1367/2006 du Parlement européen et du Conseil, du 6 septembre 2006, concernant l’application aux institutions et organes de la Communauté européenne des dispositions de la convention d’Aarhus sur l’accès à l’information, la participation du public au processus décisionnel et l’accès à la justice en matière d’environnement (JO 2006, L 264, p. 13), tel que modifié par le règlement (UE) 2021/1767 du Parlement européen et du Conseil, du 6 octobre 2021 (JO 2021, L 356, p. 1) (ci-après le « règlement Aarhus »).

( 4 ) Ces objectifs spécifiques tendent à l’atténuation du changement climatique, à la protection des ressources naturelles par la réduction de la dépendance chimique ainsi qu’à l’arrêt et à l’inversion de la perte de biodiversité.

( 5 ) Ces valeurs sont mentionnées à l’article 109, paragraphe 2, du règlement 2021/2115.

( 6 ) Ces valeurs sont fixées par la directive 2000/60/CE du Parlement européen et du Conseil, du 23 octobre 2000, établissant un cadre pour une politique communautaire dans le domaine de l’eau (JO 2000, L 327, p. 1) et la directive 91/676/CEE du Conseil, du 12 décembre 1991, concernant la protection des eaux contre la pollution par les nitrates à partir de sources agricoles (JO 1991, L 375, p. 1).

( 7 ) Directive 91/676/CEE du Conseil, du 12 décembre 1991, concernant la protection des eaux contre la pollution par les nitrates à partir de sources agricoles (JO 1991, L 375, p. 1).

( 8 ) L’indicateur de résultat R.34 vise à mesurer la part de la surface agricole utile faisant l’objet d’engagements bénéficiant d’une aide en faveur de la gestion des particularités topographiques, y compris les haies et les arbres.

( 9 ) Le besoin F.2 est intitulé « Accompagner les leviers globaux », le besoin F.3 vise la promotion de la conservation et l’utilisation durable de la biodiversité dans les pratiques agricoles et forestières et le besoin F.4 porte sur la réduction des facteurs de pression sur la biodiversité d’origine agricole dans les pratiques agricoles.

( 10 ) Conformément à l’article 111, premier alinéa, sous e), du règlement 2021/2115.

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Affaire C-871/25, Greif Hungary: Demande de décision préjudicielle présentée par le Győri Ítélőtábla (Hongrie) le 30 décembre 2025 – Greif Hungary Hordógyártó és Forgalmazó Kft./ISD DUNAFERR Dunai Vasmű Zrt. en liquidation

30/12/2025

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