Jurisprudence CJUE62023TJ0444

Jurisprudence CJUE — 62023TJ0444

CELEX62023TJ0444
TypeJurisprudence CJUE
Datemercredi 13 novembre 2024

Texte intégral

DOCUMENT DE TRAVAIL

ARRÊT DU TRIBUNAL (sixième chambre)

13 novembre 2024 (*)

« Marque de l’Union européenne – Procédure d’opposition – Demande de marque de l’Union européenne figurative Tina – Marque de l’Union européenne figurative antérieure Bibi & Tina – Motif relatif de refus – Risque de confusion – Article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement (UE) 2017/1001 »

Dans l’affaire T‑444/23,

SC Certinvest SRL, établie à Păntăşeşti (Roumanie), représentée par Me I. Speciac, avocate,

partie requérante,

contre

Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO), représenté par Mme D. Stoyanova-Valchanova, en qualité d’agent,

partie défenderesse,

l’autre partie à la procédure devant la chambre de recours de l’EUIPO ayant été

Kiddinx Studios GmbH, établie à Berlin (Allemagne),

LE TRIBUNAL (sixième chambre),

composé de Mmes M. J. Costeira, présidente, M. Kancheva et M. U. Öberg (rapporteur), juges,

greffier : M. V. Di Bucci,

vu la phase écrite de la procédure,

vu l’absence de demande de fixation d’une audience présentée par les parties dans le délai de trois semaines à compter de la signification de la clôture de la phase écrite de la procédure et ayant décidé, en application de l’article 106, paragraphe 3, du règlement de procédure du Tribunal, de statuer sans phase orale de la procédure,

rend le présent

Arrêt

1 Par son recours fondé sur l’article 263 TFUE, la requérante, SC Certinvest SRL, demande l’annulation et la réformation de la décision de la cinquième chambre de recours de l’Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO) du 17 mai 2023 (affaire R 1979/2022-5) (ci-après la « décision attaquée »).

Antécédents du litige

2 Le 10 juillet 2020, la requérante a présenté à l’EUIPO une demande d’enregistrement de marque de l’Union européenne pour le signe figuratif suivant :

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3 La marque demandée désignait les produits relevant des classes 3 et 5 au sens de l’arrangement de Nice concernant la classification internationale des produits et des services aux fins de l’enregistrement des marques, du 15 juin 1957, tel que révisé et modifié, et correspondant, pour chacune de ces classes, à la description suivante :

– classe 3 : « Produits cosmétiques et préparations de toilette non médicamenteux ; préparations pour blanchir et autres substances pour laver le linge ; produits nettoyants polyvalents ; préparations décolorantes ; détergents ; produits pour laver le linge ; additifs pour la lessive ; détachants pour tissus et tapis ; produits nettoyants pour les toilettes ; nettoyants pour fenêtres ; liquides vaisselle ; assouplisseurs ; produits de toilette non médicinaux ; savons ; barres de savon ; savons liquides pour les mains ; produits de toilettes ; produits lavants pour les mains ; gels douche pour le corps ; mousses et gels de douche ; bains moussants [à usage cosmétique] ; produits nettoyants pour la peau ; shampooings et après-shampooings ; talc pour la toilette ; préparations pour le soin de la peau ; hydratants pour la peau ; produits de rasage ; savon à barbe ; produits de prérasage et d’après-rasage ; déodorants et anti-perspirants à usage personnel ; dentifrices, bains de bouche ; produits de parfumerie ; parfums d’ambiance ; tissus, serviettes, tampons et éponges imprégnés de produits nettoyants ; ouate ; bâtonnets ouatés ; tampons, serviettes ou lingettes cosmétiques ; compresses, serviettes ou lingettes nettoyantes préhumidifiées ; huiles essentielles, cosmétiques, lotions capillaires ; substances à récurer ; préparations pour polir ; abrasifs ; produits de nettoyage » ;

– classe 5 : « Produits et préparations hygiéniques ; désinfectants, produits antibactériens et antiseptiques, y compris liquides et vaporisateurs ; germicides ; fongicides ; lingettes imprégnées de produits antibactériens ou désinfectants ; lingettes désinfectantes ; sparadraps incorporant des substances médicamenteuses ; produits de toilette médicinaux ; produits de soin médicinaux pour les cheveux et la peau ; savons et nettoyants pour la peau médicinaux ; savons et nettoyants pour la peau antibactériens ; produits pour l’hygiène des mains ; savon et nettoyants pour les mains médicinaux sous forme de gel ou de mousse ; gel médicinal pour la douche et le bain ; shampooing et après-shampooing médicinaux pour les cheveux et le corps ; poudre de talc à usage médical ; sparadraps et compresses à usage médical ; matières pour pansements ; kits de premiers soins ».

4 Le 23 novembre 2020, l’autre partie à la procédure devant la chambre de recours, Kiddinx Studios GmbH, a formé opposition à l’enregistrement de la marque demandée pour les produits visés au point 3 ci-dessus.

5 L’opposition était, notamment, fondée sur la marque de l’Union européenne figurative antérieure no 14996871, enregistrée le 23 octobre 2018, reproduite ci-après :

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6 La marque antérieure désignait notamment des produits relevant des classes 3 et 5 et correspondant, pour chacune de ces classes, à la description suivante :

– classe 3 : « Préparations pour blanchir et autres substances pour lessiver ; préparations pour nettoyer, polir, dégraisser et abraser ; savons ; parfumerie, huiles essentielles, cosmétiques, lotions pour les cheveux ; dentifrices ; lotions après-rasage ; antisudoraux ; huiles pour aromathérapie ; huiles pour bébés ; lingettes pour bébés ; gels de bain ; sels de bain, non à usage médical ; rouge à joues ; crèmes, lotions et poudres pour le corps ; produits pour rafraîchir l’haleine ; bain moussant ; eau de Cologne ; produits de toilette contre la transpiration ; talc pour la toilette ; huiles essentielles à usage personnel ; eye-liners ; fards à paupières ; crayons pour les sourcils ; poudres pour le visage ; crèmes pour le visage à usage cosmétique ; lotions pour le visage à usage cosmétique ; masques pour le visage ; masques gommants pour le visage ; diffuseurs à mèche pour parfums d’intérieur ; parfums à usage personnel ; gels coiffants ; après-shampooings ; shampooings ; mousses capillaires ; crèmes pour les cheveux ; spray pour les cheveux ; crème pour les mains ; lotions pour les mains ; savons pour les mains ; baumes labiaux [non médicamenteux] ; rouge à lèvres ; étuis pour rouges à lèvres ; brillant à lèvres ; savons liquides ; produits de maquillage ; mascara ; bains de bouche ; produits de soin des ongles ; paillettes pour les ongles ; durcisseurs d’ongles ; vernis à ongles ; parfums ; pots-pourris odorants ; parfums d’ambiance ; crèmes à raser ; savons pour la peau ; talc en poudre ; eaux de toilette ; crèmes pour la peau ; hydratants pour la peau ; protections solaires ; produits antisolaires ; paillettes décoratives ; les articles précités excepté les articles pour les enfants de moins de 3 ans » ;

– classe 5 : « Matériel pour pansements ; emplâtres, matériel pour pansements ; pharmacies mobiles ; préparations alimentaires pour nourrissons ; vitamines pour enfants ; thés aux herbes médicinales ; désinfectants ».

7 Le motif invoqué à l’appui de l’opposition était celui visé à l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement (UE) 2017/1001 du Parlement européen et du Conseil, du 14 juin 2017, sur la marque de l’Union européenne (JO 2017, L 154, p. 1).

8 Le 8 août 2022, la division d’opposition a fait droit à l’opposition sur le fondement de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001, pour tous les produits visés au point 3 ci-dessus, au motif qu’il existait un risque de confusion.

9 Le 10 octobre 2022, la requérante a formé un recours auprès de l’EUIPO contre la décision de la division d’opposition.

10 Par la décision attaquée, la chambre de recours a rejeté le recours, au motif qu’il existait un risque de confusion, en ce qui concerne l’ensemble des produits visés au point 3 ci-dessus.

Conclusions des parties

11 La requérante conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :

– annuler la décision attaquée ;

– faire droit à son recours contre la décision de la division d’opposition ;

– enjoindre à l’EUIPO de poursuivre la procédure d’enregistrement de la marque demandée pour l’ensemble des produits.

12 L’EUIPO conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :

– rejeter le recours ;

– condamner la requérante aux dépens, dans l’hypothèse où une audience serait organisée.

En droit

13 La requérante invoque, en substance, un moyen unique, tiré de la violation de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001. À l’appui de son moyen unique, la requérante fait valoir qu’il n’existe pas de risque de confusion et conteste la comparaison des signes en conflit effectuée par la chambre de recours.

14 L’EUIPO conteste les arguments de la requérante.

15 Aux termes de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001, sur opposition du titulaire d’une marque antérieure, la marque demandée est refusée à l’enregistrement lorsque, en raison de son identité ou de sa similitude avec une marque antérieure et en raison de l’identité ou de la similitude des produits ou des services que les deux marques désignent, il existe un risque de confusion dans l’esprit du public du territoire sur lequel la marque antérieure est protégée. Le risque de confusion comprend le risque d’association avec la marque antérieure.

16 Selon une jurisprudence constante, constitue un risque de confusion le risque que le public puisse croire que les produits ou les services en cause proviennent de la même entreprise ou, le cas échéant, d’entreprises liées économiquement. Le risque de confusion doit être apprécié globalement, selon la perception que le public pertinent a, des signes et des produits ou des services en cause, et en tenant compte de tous les facteurs pertinents en l’espèce, notamment de l’interdépendance de la similitude des signes et de celle des produits ou des services désignés (arrêt du 4 juillet 2019, FTI Touristik/EUIPO, C‑99/18 P, EU:C:2019:565, point 20 ; voir, également, arrêt du 5 mars 2020, Foundation for the Protection of the Traditional Cheese of Cyprus named Halloumi/EUIPO, C‑766/18 P, EU:C:2020:170, point 67 et jurisprudence citée).

17 Aux fins de l’application de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001, un risque de confusion présuppose à la fois une identité ou une similitude des marques en conflit et une identité ou une similitude des produits ou des services qu’elles désignent. Il s’agit là de conditions cumulatives (voir arrêt du 20 septembre 2017, The Tea Board/EUIPO, C‑673/15 P à C‑676/15 P, EU:C:2017:702, point 47 et jurisprudence citée).

18 C’est à la lumière de ces considérations qu’il convient d’examiner si la chambre de recours a, à juste titre, considéré qu’il existait, en l’espèce, un risque de confusion au sens de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001.

Sur le public pertinent

19 En l’espèce, la chambre de recours a considéré, au point 28 de la décision attaquée, que le territoire pertinent était l’Union européenne.

20 La chambre de recours a retenu que le public pertinent pour les produits en cause était composé du grand public et des consommateurs professionnels, qui sont susceptibles de faire preuve d’un niveau d’attention moyen en ce qui concerne les produits compris dans la classe 3 et d’un niveau supérieur à la moyenne en ce qui concerne les produits compris dans la classe 5.

21 Il n’y a pas lieu de remettre en cause ces appréciations, au demeurant non contestées par la requérante.

Sur la comparaison des produits

22 La requérante fait valoir que les marques en conflit ne pourraient être considérées comme étant similaires qu’en ce qui concerne les produits expressément désignés par la marque antérieure, étant donné que, conformément à l’article 33, paragraphe 7, du règlement 2017/1001, « des produits et services ne sont pas considérés comme similaires au motif qu’ils apparaissent dans la même classe de la classification de Nice ».

23 L’EUIPO conteste les arguments de la requérante.

24 Selon une jurisprudence constante, pour apprécier la similitude entre les produits ou les services en cause, il y a lieu de tenir compte de tous les facteurs pertinents qui caractérisent le rapport entre eux. Ces facteurs incluent, en particulier, leur nature, leur destination, leur utilisation, les canaux de distribution et les points de vente, ainsi que leur caractère concurrent ou complémentaire, sachant qu’il s’agit de critères autonomes, susceptibles de fonder, à eux seuls, l’existence d’une telle similitude [arrêts du 21 janvier 2016, Hesse/OHMI, C‑50/15 P, EU:C:2016:34, points 21 à 23, et du 2 juin 2021, Himmel/EUIPO – Ramirez Monfort (Hispano Suiza), T‑177/20, EU:T:2021:312, point 53].

25 En l’espèce, il suffit de constater que ni la chambre de recours ni la division d’opposition n’ont considéré que les produits en cause étaient similaires ou différents au motif qu’ils figuraient dans la même classe ou dans des classes différentes de la classification Nice, contrairement à ce que soutient la requérante.

26 En effet, au point 43 de la décision attaquée, la chambre de recours a noté que la division d’opposition avait procédé à la comparaison des produits conformément à l’article 33, paragraphe 7, du règlement 2017/1001, en tenant compte des facteurs pertinents relatifs à la comparaison des produits, notamment la nature et la destination des produits, les canaux de distribution, les points de vente, les producteurs, l’utilisation et leur caractère concurrent ou complémentaire. Audit point, elle a également relevé que la division d’opposition avait correctement apprécié la similitude, en prenant en considération les produits expressément désignés par la marque antérieure, sans considérer les produits en cause comme similaires ou différents les uns des autres au motif qu’ils figurent dans la même classe ou dans des classes différentes de la classification de Nice.

27 Au point 45 de la décision attaquée, la chambre de recours a indiqué qu’elle ne voyait aucune raison évidente d’infirmer les conclusions exactes de la division d’opposition et a approuvé le raisonnement et les conclusions de la division d’opposition concernant la comparaison des produits en cause.

28 Il convient donc de relever, à l’instar de l’EUIPO, que la requérante n’a soulevé aucun argument permettant de remettre en cause les constatations et la motivation de la chambre de recours, figurant aux points 39 à 45 de la décision attaquée, concernant la comparaison des produits.

29 Dès lors, il convient de conclure que la chambre de recours a considéré à juste titre que les produits sont pour partie identiques et pour partie similaires.

Sur la comparaison des signes

30 Selon une jurisprudence constante, l’appréciation globale du risque de confusion doit, en ce qui concerne la similitude visuelle, phonétique ou conceptuelle des signes en conflit, être fondée sur l’impression d’ensemble produite par ceux-ci, en tenant compte, notamment, de leurs éléments distinctifs et dominants. La perception des signes qu’a le consommateur moyen des produits ou des services en cause joue un rôle déterminant dans l’appréciation globale de ce risque. À cet égard, le consommateur moyen perçoit normalement une marque comme un tout et ne se livre pas à un examen de ses différents détails (voir arrêts du 4 mars 2020, EUIPO/Equivalenza Manufactory, C‑328/18 P, EU:C:2020:156, point 58 et jurisprudence citée, et du 17 septembre 2020, EUIPO/Messi Cuccittini, C‑449/18 P et C‑474/18 P, non publié, EU:C:2020:722, point 45 et jurisprudence citée).

Sur les éléments distinctifs et dominants des marques en conflit

31 La chambre de recours a considéré, au point 54 de la décision attaquée, que les éléments les plus distinctifs et dominants de la marque antérieure étaient ses éléments verbaux, à savoir « bibi » et « tina », dont le caractère distinctif a été évalué comme étant d’un degré moyen, en ce qui concerne les produits en cause, étant donné que ces termes n’ont aucun lien avec les produits compris dans les classes 3 et 5 et ne font pas allusion à leur nature ou à leurs caractéristiques. Aux points 57 et 58 de la décision attaquée, la chambre de recours a précisé que l’importance de l’élément « tina » dans la perception de la marque antérieure dans son ensemble n’était pas moindre que celle de l’élément « bibi », même s’il s’agissait du deuxième élément verbal et que ces deux éléments ont une longueur identique. Elle a ainsi considéré que la circonstance que l’élément « bibi » soit placé avant l’élément « tina » était insuffisante pour considérer que l’élément « bibi » est l’élément dominant de la marque antérieure.

32 En ce qui concerne l’esperluette utilisée entre les éléments « bibi » et « tina », la chambre de recours a conclu, au point 55 de la décision attaquée, que son caractère distinctif était tout au plus faible, étant donné qu’elle sera perçue comme le symbole utilisé au niveau international pour faire référence au mot « et ».

33 S’agissant de la marque demandée, la chambre de recours a indiqué, au point 59 de la décision attaquée, que l’élément verbal « tina » était l’élément le plus distinctif et dominant de la marque demandée.

34 En outre, au point 56 de la décision attaquée, la chambre de recours a constaté que les éléments figuratifs des deux marques, consistant essentiellement en des lettres représentées en couleur et avec une légère stylisation, joueront principalement un rôle décoratif bien qu’ils ne sont pas négligeables sur le plan visuel.

35 La requérante soutient, en substance, que l’impression d’ensemble produite par la marque antérieure est clairement dominée sur les plans visuel et phonétique par le premier élément « bibi ». En effet, selon la requérante, le consommateur prête généralement une plus grande attention à la première partie d’une marque verbale et s’en souviendra plus clairement que le reste de la marque.

36 L’EUIPO conteste l’argument de la requérante.

37 Selon une jurisprudence constante, le caractère distinctif d’un élément composant une marque dépend de l’aptitude plus ou moins grande de cet élément à contribuer à identifier les produits ou les services pour lesquels la marque a été enregistrée comme provenant d’une entreprise déterminée et donc à distinguer ces produits ou ces services de ceux d’autres entreprises. Lors de cette appréciation, il convient de prendre en considération notamment les qualités intrinsèques de l’élément en cause au regard de la question de savoir si celui-ci est ou non dénué de tout caractère descriptif des produits ou des services pour lesquels la marque a été enregistrée [arrêts du 13 juin 2006, Inex/OHMI – Wiseman (Représentation d’une peau de vache), T‑153/03, EU:T:2006:157, point 35, et du 19 septembre 2019, La Caixa/EUIPO – Imagic Vision (imagin bank), T‑761/18, non publié, EU:T:2019:627, point 26].

38 À cet égard, il convient de rappeler que, s’il a certes déjà été jugé que la partie initiale d’une marque verbale était susceptible d’attirer davantage l’attention du consommateur que les parties suivantes, il a également été jugé qu’une telle considération ne saurait valoir dans tous les cas [voir arrêt du 20 septembre 2018, Kwizda Holding/EUIPO – Dermapharm (UROAKUT), T‑266/17, EU:T:2018:569, point 51 et jurisprudence citée].

39 Or, en l’espèce, bien que l’élément « bibi » soit placé avant l’élément « tina », il présente, toutefois, le même nombre de lettres et la même stylisation que l’élément « tina », ce qui ne permet pas de constater que cet élément attirera plus l’attention du consommateur pertinent que l’autre. Dès lors, le nombre et la stylisation identique des caractères constituant ces éléments verbaux de la marque antérieure et leur liaison par l’esperluette suggèrent la création d’une unité constituée de deux éléments d’un poids relatif identique.

40 Par conséquent, l’argument de la requérante selon lequel le public pertinent sera plus attentif à l’élément « bibi », qui se situe en première position de la marque antérieure ne saurait prospérer.

41 À la lumière des considérations qui précèdent, il convient d’approuver les appréciations de la chambre de recours selon lesquelles les éléments verbaux « bibi » et « tina » sont les éléments dominants et distinctifs de la marque antérieure et l’élément « tina » est l’élément dominant et distinctif de la marque demandée.

Sur la comparaison visuelle

42 La chambre de recours a constaté que les marques en conflit coïncidaient par l’élément verbal « tina » et diffèraient par leurs éléments figuratifs ainsi que par le premier élément verbal, « bibi », et par l’esperluette de la marque antérieure. Selon la chambre de recours, ces différences entre les marques en conflit ne seraient pas suffisantes pour faire obstacle à l’existence d’une certaine similitude entres les signes, étant donné que la marque demandée était entièrement incluse dans la marque antérieure. Ainsi, la chambre de recours a conclu que les marques en conflit présentaient un degré de similitude inférieur à la moyenne sur le plan visuel.

43 La requérante conteste cette analyse en affirmant qu’il existe des différences visibles entre les marques en conflit. Ainsi, la marque demandée ne serait constituée que de l’élément verbal légèrement stylisé « tina », écrit en gris avec une nuance de bleu, tandis que la marque antérieure serait constituée des éléments verbaux très stylisés « bibi » et « tina », écrits en rouge avec une police de caractères spéciale, et d’une esperluette surdimensionnée. Par ailleurs, le public pertinent prêterait une plus grande attention au premier élément de la marque antérieure « bibi » qu’au deuxième élément « tina ». Dès lors, la chambre de recours aurait commis une erreur d’appréciation en concluant à la similitude visuelle des marques en conflit.

44 L’EUIPO conteste les arguments de la requérante.

45 À cet égard, il y a lieu de constater que les marques en conflit comportent toutes deux l’élément verbal « tina », qui constitue l’unique élément de la marque demandée, ce qui implique un certain degré de similitude entre les marques en conflit.

46 Pour autant, il y a également lieu de constater que les signes en conflit présentent un certain nombre de différences sur le plan visuel.

47 En premier lieu, si l’élément verbal « tina » est commun aux signes en conflit, force est de constater que celui-ci apparaît dans des polices de caractères et des couleurs sensiblement différentes au sein de la marque antérieure et au sein de la marque demandée. Certes, il est vrai que, lorsqu’une marque est composée d’éléments verbaux et figuratifs, les premiers sont, en principe, plus distinctifs que les seconds, car le consommateur moyen fera plus facilement référence au produit en cause en citant le nom qu’en décrivant l’élément figuratif de la marque [arrêt du 14 juillet 2005, Wassen International/OHMI – Stroschein Gesundkost (SELENIUM-ACE), T‑312/03, EU:T:2005:289, point 37]. Néanmoins, les différents éléments figuratifs des signes en conflit, consistant essentiellement en des lettres représentées en couleur et avec une légère stylisation, ne sont pas, comme l’a reconnu la chambre de recours, en l’espèce, négligeables.

48 En second lieu, la marque antérieure présente des éléments supplémentaires, à savoir l’esperluette qui est non distinctif et l’élément distinctif et codominant « bibi ».

49 S’il convient d’admettre que l’élément verbal « tina » se retrouve dans les marques en conflit, leur similitude visuelle est limitée à la présence de cet élément commun. Les différences entre les signes en conflit, dues aux représentations graphiques différentes de l’élément « tina » et à la présence d’éléments supplémentaires dans la marque antérieure, à savoir l’esperluette et l’élément « bibi », représentés dans une autre police de caractère, contribuent, dans une mesure non négligeable, à distinguer sur le plan visuel les marques en conflit.

50 À la lumière des considérations qui précèdent, il convient de confirmer la conclusion de la chambre de recours, selon laquelle les signes en conflit, pris dans leur ensemble, présentent une faible similitude sur le plan visuel.

Sur la comparaison phonétique

51 La chambre de recours a considéré que la prononciation des signes coïncide par la prononciation de l’élément « tina » et diffère par la prononciation du premier élément verbal de la marque antérieure, « bibi », et de son esperluette. Selon la chambre de recours, bien que les signes en conflit ont des longueurs et des nombres de syllabes différents, le fait que la marque demandée est phonétiquement entièrement incluse dans la marque antérieure crée une similitude phonétique entre les signes. Ainsi, la chambre de recours a conclu que les marques en conflit ont un degré moyen de similitude phonétique.

52 La requérante fait valoir que la prononciation des marques en conflit diffère par le son produit par leurs éléments initiaux, respectivement « tina » et « bibi ». Elle ajoute que la prononciation de la marque antérieure est considérablement plus longue que la prononciation de la marque demandée, étant donné que cette dernière est constituée de deux syllabes alors que la première peut être décomposée en cinq syllabes.

53 L’EUIPO conteste les arguments de la requérante.

54 À cet égard, il convient de relever que la marque antérieure, qui est composée des éléments « bibi », « & » et « tina », sera prononcé en cinq syllabes, à savoir « bi », « bi », « et », « ti » et « na », tandis que la marque demandée, qui est composée de l’élément unique « tina », sera prononcée en deux syllabes, à savoir « ti » et « na », de sorte que leur longueur, leur rythme et leur intonation sont différentes et qu’elles ne coïncident phonétiquement que par les syllabes contenues dans l’élément commun, distinctif et dominant, « tina ».

55 Toutefois, le fait que le nombre de syllabes soit différent ne suffit pas pour écarter l’existence d’une certaine similitude phonétique entre les signes en conflit, dès lors que l’unique élément de la marque demandée est entièrement inclus dans la marque antérieure [voir, en ce sens, arrêt du 18 octobre 2007, AMS/OHMI – American Medical Systems (AMS Advanced Medical Services), T‑425/03, EU:T:2007:311, point 87 et jurisprudence citée].

56 Dès lors, compte tenu de l’identité phonétique partielle des signes en conflit résultant de la présence de l’élément verbal commun « tina », au sein des marques en conflit, les différences relevées ne sont pas suffisantes pour écarter chez le consommateur pertinent l’impression selon laquelle ces marques présentent un certain degré de similitude sur le plan phonétique.

57 En l’espèce, la chambre de recours a conclu à l’existence d’un degré moyen de similitude phonétique entre les signes en conflit, compte tenu notamment d’une divergence dans la prononciation, causée par les éléments supplémentaires de la marque antérieure, ce qu’il convient dès lors de confirmer.

Sur la comparaison conceptuelle

58 La requérante fait valoir que rien ne justifie de conclure à une similitude des marques en conflit sur le plan conceptuel.

59 L’EUIPO conteste l’argument de la requérante.

60 Aux points 70 et 71 de la décision attaquée, la chambre de recours a considéré que l’aspect conceptuel n’influencera pas de manière déterminante la comparaison des signes en conflit. Par ailleurs, même s’il était procédé à une comparaison conceptuelle, il n’y aurait pas de similitude conceptuelle entre les signes en conflit.

61 Partant, il convient de constater que la chambre de recours n’a pas établi de similitude conceptuelle en l’espèce.

62 Dans ces conditions et pour autant que la requérante prétende que la chambre de recours a constaté l’existence d’une similitude entre les marques en conflit sur le plan conceptuel, il convient de constater qu’elle procède d’une lecture erronée de la décision attaquée et que son grief doit être écarté comme manquant en fait.

Sur le caractère distinctif intrinsèque de la marque antérieure

63 La chambre de recours a conclu, au point 73 de la décision attaquée, que la marque antérieure possédait un caractère distinctif moyen, étant donné que les éléments dominants de cette marque, à savoir « bibi » et « tina », n’avaient aucun lien avec les produits compris dans les classes 3 et 5 et ne faisaient pas allusion à leur nature ou à leurs caractéristiques. En ce qui concerne les allégations de la requérante, selon lesquelles Bibi et Tina sont des noms largement utilisés dans l’Union, la chambre de recours a estimé qu’elles n’étaient pas étayées par des éléments de preuve.

64 La requérante considère que c’est à tort que la chambre de recours a conclu que le caractère distinctif intrinsèque de la marque antérieure était moyen. Selon elle, le caractère distinctif intrinsèque de la marque antérieure est faible, étant donné que ses éléments verbaux « bibi » et « tina » sont des prénoms largement utilisés dans l’Union, y compris dans des marques couvrant des produits relevant des classes en cause. Selon la requérante, cette conclusion est corroborée par les directives de l’EUIPO.

65 L’EUIPO conteste cette argumentation.

66 L’appréciation de la chambre de recours, au point 51 de la décision attaquée, selon laquelle une partie significative du public pertinent percevra la marque antérieure comme étant composée de deux prénoms féminins liés par une esperluette, n’est au demeurant pas contestée par la requérante, et il n’y a pas lieu de la remettre en cause.

67 En revanche, à l’appui de son argument selon lequel Bibi et Tina sont des prénoms communs dans l’Union, la requérante renvoie, au point 19 de la requête, à deux liens vers le site Internet « popular-babynames.com ».

68 À cet égard, il y a lieu de rappeler que le recours porté devant le Tribunal en vertu de l’article 72 du règlement 2017/1001, vise au contrôle de la légalité des décisions des chambres de recours de l’EUIPO de sorte que la fonction du Tribunal n’est pas de réexaminer les circonstances de fait à la lumière des documents présentés pour la première fois devant lui [voir arrêt du 24 novembre 2005, Sadas/OHMI – LTJ Diffusion (ARTHUR ET FELICIE), T‑346/04, EU:T:2005:420, point 19 et jurisprudence citée].

69 Il est constant entre les parties que les informations et moyens de preuves contenues dans les deux liens mentionnés par la requérante au point 19 de la requête ont été présentés pour la première fois devant le Tribunal. Par conséquent, ces moyens de preuve sont irrecevables.

70 Or, dans la mesure où la requérante n’a fourni aucune preuve devant l’EUIPO à l’appui de son argument, selon lequel les éléments verbaux de la marque antérieure « Bibi » et « Tina » sont des prénoms largement utilisés dans l’Union, cet argument ne saurait prospérer.

71 Cette conclusion n’est pas infirmée par la référence de la requérante aux directives de l’EUIPO. En effet, il résulte simplement de la section des directives de l’EUIPO, à laquelle la requérante se réfère, que les noms de famille ont, en principe, une valeur intrinsèque supérieure à celle des prénoms en tant qu’indicateurs de l’origine des produits ou des services. Or, il ne découle pas de cette section que les prénoms présentent généralement un faible caractère distinctif intrinsèque.

72 S’agissant de l’argumentation de la requérante, selon laquelle il existe de nombreuses marques de l’Union européenne qui comportent les éléments « bibi » et « tina », il y a lieu de souligner que le facteur pertinent aux fins de contester le caractère distinctif d’un élément, consiste dans sa présence effective sur le marché, et non dans des registres ou des bases de données, [arrêt du 8 mars 2013, Mayer Naman/OHMI – Daniel e Mayer (David Mayer), T‑498/10, non publié, EU:T:2013:117, point 77]. Or, la requérante n’a pas démontré une présence effective, sur le marché des produits en cause, des éléments « bibi » et « tina ». Ainsi, il y a lieu d’écarter l’argument de la requérante, concernant l’existence d’autres marques qui comportent les éléments « bibi » et « tina ».

73 Partant, la requérante n’avançant pas d’arguments susceptibles de remettre en cause la conclusion de la chambre de recours quant au caractère distinctif intrinsèque moyen de la marque antérieure, il convient de confirmer ladite conclusion.

Sur l’appréciation globale du risque de confusion

74 La chambre de recours a considéré que, au vu de l’ensemble des facteurs pertinents, il existait un risque de confusion, même en ce qui concerne les produits pour lesquels le public pertinent est susceptible de faire preuve d’un niveau d’attention élevé, étant donné que les différences entre les signes ne sauraient détourner pleinement l’attention du public pertinent de la similitude globale créé par l’élément verbal commun « tina ».

75 La requérante fait valoir que, eu égard à l’absence de similitude des marques en conflit, à l’absence de similitude avec les produits et les services désignés par les marques en conflit, au faible degré de protection accordé aux marques composées de noms courants, et au fait que le public pertinent concentrera son attention sur l’élément initial de la marque antérieure, la chambre de recours a commis une erreur d’appréciation en concluant à l’existence d’un risque de confusion entre les marques en conflit. La requérante ajoute que, quand bien même le public pertinent concentrerait son attention sur la marque antérieure dans son ensemble, les consommateurs ne supposeront pas que les produits proviennent de la même entreprise. À cet égard, la requérante s’appuie sur les directives de l’EUIPO.

76 L’EUIPO conteste les arguments de la requérante.

77 L’existence d’un risque de confusion dans l’esprit du public doit être appréciée globalement en tenant compte de tous les facteurs pertinents du cas d’espèce et le caractère distinctif d’une marque antérieure figure au nombre de ces facteurs pertinents [voir arrêts du 18 juin 2020, Primart/EUIPO, C‑702/18 P, EU:C:2020:489, point 51 et jurisprudence citée, et du 11 novembre 2020, Deutsche Post/EUIPO – Pošta Slovenije (Représentation d’un cor stylisé), T‑25/20, non publié, EU:T:2020:537, point 48 et jurisprudence citée].

78 L’appréciation globale du risque de confusion implique une certaine interdépendance des facteurs pris en compte et, notamment, de la similitude des marques et de celle des produits ou des services désignés. Ainsi, un faible degré de similitude entre les produits ou les services désignés peut être compensé par un degré élevé de similitude entre les marques, et inversement [arrêts du 29 septembre 1998, Canon, C‑39/97, EU:C:1998:442, point 17, et du 14 décembre 2006, Mast-Jägermeister/OHMI – Licorera Zacapaneca (VENADO avec cadre e.a.), T‑81/03, T‑82/03 et T‑103/03, EU:T:2006:397, point 74].

79 En l’espèce, il résulte de ce qui précède que le public pertinent est composé du grand public et des consommateurs professionnels faisant preuve d’un niveau d’attention variant de moyen à élevé. Les produits visés par la marque demandée sont pour partie identiques et pour partie similaires à des degrés différents. La marque antérieure possède un caractère distinctif intrinsèque moyen. Enfin, les signes en conflit sont similaires à un faible degré sur le plan visuel et à un degré moyen sur le plan phonétique, tandis que la comparaison conceptuelle reste neutre.

80 Il y a lieu de relever que, même pour un public pertinent faisant preuve d’un niveau d’attention élevé, il n’en demeure pas moins que le consommateur moyen n’a que rarement la possibilité de procéder à une comparaison directe des différentes marques, mais doit se fier à l’image imparfaite qu’il en a gardée en mémoire [arrêts du 22 juin 1999, Lloyd Schuhfabrik Meyer, C‑342/97, EU:C:1999:323, point 26, et du 21 novembre 2013, Equinix (Germany)/OHMI – Acotel (ancotel.), T‑443/12, non publié, EU:T:2013:605, point 54].

81 Dans de telles circonstances, en appliquant le principe de l’interdépendance des facteurs pertinents, compte tenu de ce qui précède, le public pertinent sera susceptible de percevoir la marque demandée comme une autre version de la marque antérieure, plutôt que comme une marque distincte, ayant une origine commerciale différente. En effet, étant donné que les différences entre les signes en conflit ne sauraient détourner pleinement l’attention du public pertinent de la similitude globale créée par l’élément verbal commun « tina », le public pertinent pourrait penser que la marque demandée désigne une possible deuxième ligne de produits de l’autre partie à la procédure devant la chambre de recours.

82 À la lumière des considérations qui précèdent, il y a lieu de constater que la chambre de recours n’a commis aucune erreur d’appréciation en considérant qu’il existait un risque de confusion entre les marques en conflit, au sens de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001.

83 Cette conclusion n’est pas remise en cause par la citation, faite par la requérante, des directives de l’EUIPO. En effet, comme l’a souligné à juste titre l’EUIPO, ladite citation concerne des situations dans lesquelles les marques en conflit partagent un nom de famille commun, ce qui n’est pas le cas en l’espèce.

84 Au vu de ce qui précède, le moyen unique tiré de la violation de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001 doit être rejeté et, partant, le recours, sans qu’il soit nécessaire pour le Tribunal de se prononcer sur la recevabilité des deuxième et troisième chefs de conclusions de la requérante, visant, respectivement, à faire droit au recours formé contre la décision de la division d’opposition et à ordonner l’enregistrement de la marque demandée pour tous les produits visés par celle-ci.

Sur les dépens

85 Aux termes de l’article 134, paragraphe 1, du règlement de procédure du Tribunal, toute partie qui succombe est condamnée aux dépens, s’il est conclu en ce sens.

86 Bien que la requérante ait succombé, l’EUIPO n’a conclu à la condamnation de celle-ci aux dépens, que dans le cas où une audience serait organisée. En l’absence d’organisation d’une audience, il convient de décider que chaque partie supportera ses propres dépens.

Par ces motifs,

LE TRIBUNAL (sixième chambre)

déclare et arrête :

1) Le recours est rejeté.

2) SC Certinvest SRL et l’Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO) supporteront leurs propres dépens.

Costeira

Kancheva

Öberg

Ainsi prononcé en audience publique à Luxembourg, le 13 novembre 2024.

Signatures


* Langue de procédure :l’anglais.