Arrêt du Tribunal (deuxième chambre) du 16 octobre 2024.#ePlus Inc. contre Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle.#Marque de l’Union européenne – Procédure de déchéance – Marque de l’Union européenne figurative e.plus – Usage sérieux – Article 58, paragraphe 1, sous a), du règlement (UE) 2017/1001 – Obligation de motivation – Article 94, paragraphe 1, du règlement 2017/1001.#Affaire T-604/23.
| CELEX | 62023TJ0604 |
| Type | Jurisprudence CJUE |
| Date | mercredi 16 octobre 2024 |
Résumé IA
Texte intégral
DOCUMENT DE TRAVAIL
ARRÊT DU TRIBUNAL (deuxième chambre)
16 octobre 2024 (*)
« Marque de l’Union européenne – Procédure de déchéance – Marque de l’Union européenne figurative e.plus – Usage sérieux – Article 58, paragraphe 1, sous a), du règlement (UE) 2017/1001 – Obligation de motivation – Article 94, paragraphe 1, du règlement 2017/1001 »
Dans l’affaire T‑604/23,
ePlus Inc., établie à Herndon, Virginie (États-Unis), représentée par Mes V. von Bomhard, J. Fuhrmann et A. Malkmes, avocats,
partie requérante,
contre
Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO), représenté par M. J. Ivanauskas, en qualité d’agent,
partie défenderesse,
l’autre partie à la procédure devant la chambre de recours de l’EUIPO, intervenant devant le Tribunal, étant
Telefónica Germany GmbH & Co. OHG, établie à Munich (Allemagne), représentée par Me P. Neuwald, avocat,
LE TRIBUNAL (deuxième chambre),
composé de Mmes A. Marcoulli, présidente, V. Tomljenović et L. Spangsberg Grønfeldt (rapporteure), juges,
greffier : M. V. Di Bucci,
vu la phase écrite de la procédure,
vu l’absence de demande de fixation d’une audience présentée par les parties dans le délai de trois semaines à compter de la signification de la clôture de la phase écrite de la procédure et ayant décidé, en application de l’article 106, paragraphe 3, du règlement de procédure du Tribunal, de statuer sans phase orale de la procédure,
rend le présent
Arrêt
1 Par son recours fondé sur l’article 263 TFUE, la requérante, ePlus Inc., demande l’annulation partielle et la réformation de la décision de la première chambre de recours de l’Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO) du 30 juin 2023 (affaires jointes R 1199/2022-1 et R 1711/2022-1) (ci-après la « décision attaquée »).
Antécédents du litige
2 Le 12 avril 2021, la requérante a présenté à l’EUIPO une demande de déchéance de la marque de l’Union européenne ayant été enregistrée le 5 mars 2002, à la suite d’une demande déposée le 8 avril 1999 par l’intervenante, Telefónica Germany GmbH & Co. OHG, revendiquant la priorité de la marque allemande no 39 815 172, enregistrée le 29 mai 1998, pour le signe figuratif suivant :
3 Les produits et les services couverts par la marque contestée pour lesquels la déchéance était demandée relevaient, après la renonciation partielle intervenue au cours de la procédure devant l’EUIPO, des classes 9 et 38, au sens de l’arrangement de Nice concernant la classification internationale des produits et des services aux fins de l’enregistrement des marques, du 15 juin 1957, tel que révisé et modifié, et correspondaient, pour chacune de ces classes, à la description suivante :
– classe 9 : « Appareils pour l’enregistrement, la transmission et la reproduction du son et des images, en particulier terminaux d’abonnés et leurs accessoires, à savoir appareils de distribution sur réseau, appareils de recharge sur réseau, batteries, câbles de raccordement, dispositifs de stockage et dispositifs de stockage automatique spécialement adaptés aux terminaux d’abonnés, supports, antennes ; équipement pour le traitement des données et ordinateurs ; cartes SIM (module d’identification des abonnés) » ;
– classe 38 : « Télécommunications, en particulier services de radiotéléphonie mobile ; exploitation de réseaux de télécommunication, en particulier de réseaux de téléphonie mobile ; transmission de messages ; services à valeur ajoutée, à savoir services liés à de véritables services de réseaux, en particulier mise en place d’un système de répondeurs comme fonction d’un ordinateur central, d’une boîte aux lettres, de transmission de messages courts, de relais d’appels, de conférence ».
4 Le motif invoqué à l’appui de la demande en déchéance était celui visé à l’article 58, paragraphe 1, sous a), du règlement (UE) 2017/1001 du Parlement européen et du Conseil, du 14 juin 2017, sur la marque de l’Union européenne (JO 2017, L 154, p. 1), à savoir l’absence d’usage sérieux de la marque contestée.
5 Le 4 juillet 2022, la division d’annulation a prononcé la déchéance partielle de la marque contestée, l’enregistrement étant maintenu uniquement pour les produits et les services suivants :
– Classe 9 : « Cartes SIM (module d’identification des abonnés) » ;
– Classe 38 : « Télécommunications, à savoir services de téléphonie mobile ; exploitation de réseaux de télécommunication, à savoir réseaux de téléphonie mobile ».
6 Le 6 juillet 2022, l’intervenante a formé un recours auprès de l’EUIPO contre la décision de la division d’annulation, en ce que la déchéance de la marque contestée a été prononcée pour les services suivants relevant de la classe 38 : « télécommunications (à l’exception des services de téléphonie mobile) ; exploitation de réseaux de télécommunication (à l’exception des réseaux de téléphonie mobile) ; transmission de messages ».
7 Le 5 septembre 2022, la requérante a formé un recours auprès de l’EUIPO contre la décision de la division d’annulation, en ce que la demande en déchéance a été rejetée pour l’ensemble des produits et des services mentionnés au point 5 ci-dessus.
8 Par la décision attaquée, la première chambre de recours de l’EUIPO a joint les recours, rejeté le recours de la requérante et partiellement fait droit au recours de l’intervenante. En conséquence, elle a partiellement annulé la décision de la division d’annulation. Elle a notamment considéré que l’usage sérieux de la marque contestée avait été démontré pour les services de « télécommunications, à savoir services de téléphonie mobile, services de fournisseurs d’accès à Internet ; exploitation de réseaux de télécommunication, à savoir réseaux de téléphonie mobile, réseaux de fournisseurs d’accès à Internet ; transmission de messages ».
9 En particulier, la chambre de recours a considéré que les éléments de preuve versés au dossier, considérés dans leur ensemble, permettaient de conclure que la marque contestée avait été utilisée en Allemagne au cours de la période pertinente (points 57, 67 et 68 de la décision attaquée). Selon la chambre de recours, les éléments de preuve produits par l’intervenante permettaient, en outre, d’établir que ladite marque avait été utilisée en tant que marque apte à établir un lien avec les produits et les services qu’elle désignait et que son utilisation effective n’avait pas altéré son caractère distinctif (points 72 et 74 de la décision attaquée). Selon elle, les données fournies dans les déclarations sous serment étant suffisamment corroborées par d’autres éléments de preuve, il ressortait d’une appréciation globale des preuves fournies que la marque contestée n’avait pas été utilisée pour l’ensemble des services de télécommunication relevant de la classe 38, mais seulement pour certaines sous-catégories, à savoir pour les services mentionnés au point 8 ci-dessus (points 81, 82, 86, 106, 107 et 110 de la décision attaquée).
Conclusions des parties
10 La requérante conclut, en substance, à ce qu’il plaise au Tribunal :
– annuler les points 2 et 4 à 6 du dispositif de la décision attaquée ;
– rejeter le recours de l’intervenante devant la chambre de recours (procédure R 1199/2022-1) et condamner cette dernière à supporter l’ensemble des dépens afférents à cette procédure ;
– faire droit à son recours devant la chambre de recours (procédure R 1711/2022-1) et condamner chaque partie à supporter ses propres dépens afférents à cette procédure ;
– condamner l’EUIPO et l’intervenante aux dépens exposés dans le cadre de la présente procédure.
11 L’EUIPO conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :
– rejeter le recours ;
– condamner la requérante aux dépens en cas de convocation à une audience.
12 L’intervenante conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :
– rejeter le recours ;
– condamner la requérante aux dépens.
En droit
13 La requérante invoque deux moyens, tirés, le premier, de la violation de l’article 94, paragraphe 1, du règlement 2017/1001 et, le second, de celle de l’article 58, paragraphe 1, sous a), dudit règlement.
Sur le premier moyen, tiré de la violation de l’article 94, paragraphe 1, du règlement 2017/1001
14 Le premier moyen se divise en deux branches, qu’il convient d’examiner ensemble. Par la première branche, la requérante fait valoir que la décision attaquée est entachée d’un défaut de motivation en ce qui concerne les services de téléphonie mobile, l’exploitation de réseaux de téléphonie mobile et l’envoi de messages. Par la seconde branche, elle soutient que la décision attaquée est également entachée d’un défaut de motivation en ce qui concerne les services de fournisseurs d’accès à Internet (ci-après les « FAI ») et les services d’exploitation de réseaux de FAI.
15 Dans les deux cas, la requérante soutient que les éléments de preuve sur lesquels la chambre de recours s’est fondée pour estimer que l’usage sérieux de la marque contestée avait été établi ne ressortent pas clairement de la décision attaquée. Ainsi, la chambre de recours n’aurait pas suffisamment indiqué les raisons pour lesquelles elle a considéré que l’usage sérieux de ladite marque avait été prouvé pour les services de téléphonie mobile, l’exploitation de réseaux de téléphonie mobile, l’envoi de messages, les services de FAI et les services d’exploitation de réseaux de FAI.
16 Premièrement, d’une part, la requérante fait valoir que la motivation de la décision attaquée relative aux services de téléphonie mobile, à l’exploitation de réseaux de téléphonie mobile et à l’envoi de messages figure uniquement aux points 86, 87 et 97 de ladite décision. Cette motivation serait trop succincte.
17 D’autre part, la requérante conteste que certains éléments de preuve mentionnés dans la décision attaquée aient pu justifier l’appréciation de la chambre de recours selon laquelle l’usage sérieux de la marque contestée pour les services de téléphonie mobile, l’exploitation de réseaux de téléphonie mobile et l’envoi de messages était suffisamment établi.
18 Deuxièmement, la requérante fait valoir que la motivation de la décision attaquée relative aux services de FAI et les services d’exploitation de réseaux de FAI figure au seul point 98 de celle-ci et que cette motivation est insuffisante.
19 L’EUIPO et l’intervenante contestent cette argumentation.
20 Aux termes de l’article 94, paragraphe 1, du règlement 2017/1001, les décisions de l’EUIPO sont motivées.
21 L’obligation de motivation ainsi consacrée a la même portée que celle découlant de l’article 296 TFUE. Il est de jurisprudence constante que la motivation exigée par l’article 296 TFUE doit faire apparaître de façon claire et non équivoque le raisonnement de l’auteur de l’acte de manière à permettre aux intéressés de connaître les justifications de la mesure prise et à la juridiction compétente d’exercer son contrôle. Il n’est pas exigé que la motivation spécifie tous les éléments de fait et de droit pertinents, dans la mesure où la question de savoir si la motivation d’un acte satisfait aux exigences de l’article 296 TFUE doit être appréciée au regard non seulement de son libellé, mais aussi de son contexte ainsi que de l’ensemble des règles juridiques régissant la matière concernée [voir, en ce sens, arrêts du 21 octobre 2004, KWS Saat/OHMI, C‑447/02 P, EU:C:2004:649, points 63 à 65, et du 13 juin 2019, MPM-Quality/EUIPO – Elton Hodinářská (MANUFACTURE PRIM 1949), T‑75/18, non publié, EU:T:2019:413, point 25 et jurisprudence citée].
22 À cet égard, la chambre de recours n’est pas obligée de prendre position sur tous les arguments avancés par les parties. Il lui suffit d’exposer les faits et les considérations juridiques revêtant une importance essentielle dans l’économie de la décision [voir, en ce sens, arrêts du 9 décembre 2010, Tresplain Investments/OHMI – Hoo Hing (Golden Elephant Brand), T‑303/08, EU:T:2010:505, point 46 et jurisprudence citée, et du 29 novembre 2016, Chic Investments/EUIPO (eSMOKING WORLD), T‑617/15, non publié, EU:T:2016:679, point 102 et jurisprudence citée].
23 En outre, la motivation de la décision faisant l’objet du recours devant la chambre de recours, dans la mesure où la chambre de recours la confirme, fait partie du contexte dans lequel la décision de la chambre de recours a été adoptée, contexte qui est connu des parties et qui permet au juge de l’Union européenne d’exercer pleinement son contrôle de légalité quant au bien-fondé de l’appréciation de la chambre de recours [voir arrêts du 14 décembre 2011, Völkl/OHMI – Marker Völkl (VÖLKL), T‑504/09, EU:T:2011:739, point 93 et jurisprudence citée, et du 30 juin 2021, Wolf Oil/EUIPO – Rolf Lubricants (ROLF), T‑531/20, non publié, EU:T:2021:406, point 79 et jurisprudence citée].
24 Par ailleurs, il convient de distinguer le contrôle du respect de l’obligation de motivation d’une décision soumise au contrôle du juge de l’Union, lequel relève de la violation des formes substantielles et porte sur le point de savoir si la décision fait apparaître de façon claire et non équivoque le raisonnement de son auteur, de celui du bien-fondé de cette décision, lequel relève de la violation des règles de droit applicables (voir, en ce sens, arrêts du 2 avril 1998, Commission/Sytraval et Brink’s France, C‑367/95 P, EU:C:1998:154, points 63 et 67, et du 22 septembre 2016, Pensa Pharma/EUIPO, C‑442/15 P, non publié, EU:C:2016:720, point 35 et jurisprudence citée).
25 Ainsi que la requérante le fait valoir, les appréciations que la chambre de recours consacre spécifiquement à l’examen des preuves de l’usage sérieux de la marque contestée pour les services de téléphonie mobile, l’exploitation de réseaux de téléphonie mobile et l’envoi de messages figurent aux points 86, 87 et 97 de la décision attaquée. Or, ces indications sont, à elles seules, suffisantes pour permettre de comprendre que, sur la base d’une appréciation globale des éléments du dossier, notamment de certaines factures, d’extraits de pages web, de déclarations sous serment, d’affiches et de publicités, la chambre de recours a estimé que l’usage sérieux de ladite marque avait été établi pour l’ensemble des services susmentionnés.
26 En outre, ainsi que le fait valoir l’intervenante, la chambre de recours a également fait état des considérations d’ordre général pour lesquelles elle estimait que la marque contestée avait été utilisée. Ainsi, après avoir indiqué, à titre liminaire, quels étaient les éléments de preuve qu’elle entendait prendre en considération (points 37 à 48 de la décision attaquée), la chambre de recours a précisé les raisons pour lesquelles, premièrement, elle estimait que l’usage sérieux de ladite marque, pendant la période pertinente, comprise entre le 12 avril 2016 et le 11 avril 2021, avait été prouvé (points 53 et 55 à 58 de la décision attaquée), deuxièmement, elle considérait que cette marque n’avait pas cessé d’être utilisée pour les réseaux de téléphonie mobile (points 59 à 66 de la décision attaquée) et, troisièmement, il y avait lieu de constater, d’une part, que la marque contestée avait été utilisée pour les services de téléphonie mobile, l’exploitation de réseaux de téléphonie mobile et l’envoi de messages ainsi que pour les services de FAI et les services d’exploitation de réseaux de FAI (points 75 à 100 de la décision attaquée) et, d’autre part, que les preuves versées au dossier attestaient l’importance de cet usage (points 101 à 113).
27 L’ensemble de ces constatations est de nature à permettre au Tribunal d’exercer le contrôle du bien-fondé de la décision attaquée et à mettre en mesure la requérante d’en contester la légalité. Quant aux allégations par lesquelles cette dernière conteste, à l’appui du présent moyen, la valeur probante de certains des éléments sur lesquels la chambre de recours a indiqué qu’elle fondait ses appréciations, il découle de la jurisprudence citée au point 24 ci-dessus, et ainsi que le fait valoir l’EUIPO à juste titre, qu’elles ne sont pas susceptibles d’établir l’insuffisance de motivation de la décision attaquée.
28 Il s’ensuit que le premier moyen, tiré d’un défaut de motivation, doit être écarté.
Sur le second moyen, tiré de la violation de l’article 58, paragraphe 1, du règlement 2017/1001
29 La requérante fait valoir que l’usage de la marque contestée pour les services de télécommunication relevant de la classe 38 avait cessé antérieurement au délai de cinq ans prévu à l’article 58, paragraphe 1, sous a), du règlement 2017/1001, en raison de l’acquisition par l’intervenante du groupe E-Plus, survenue en 2014. Depuis lors, elle ne commercialiserait plus de services de télécommunication sous la marque contestée, mais uniquement sous la marque O2.
30 Le second moyen s’articule en deux branches, qu’il convient d’examiner ensemble. La première branche est relative aux services de téléphonie mobile, à l’exploitation de réseaux de téléphonie mobile et à l’envoi de messages, et, la seconde, concerne les services de FAI et les services d’exploitation de réseaux de FAI.
31 Premièrement, la requérante soutient que la chambre de recours, en estimant que l’intervenante avait prouvé l’usage sérieux de la marque contestée pour les services de téléphonie mobile, l’exploitation de réseaux de téléphonie mobile et l’envoi de messages, a violé l’article 58, paragraphe 1, sous a), du règlement 2017/1001. La requérante est d’avis que la preuve tant de la nature que de l’intensité dudit usage n’a pas été rapportée.
32 Deuxièmement, en ce qui concerne les services de FAI et les services d’exploitation de réseaux correspondants, la requérante soutient que l’usage sérieux de la marque contestée non seulement n’a pas été prouvé, mais encore n’a pas même été allégué par l’intervenante.
33 L’EUIPO et l’intervenante contestent cette argumentation.
34 Une marque fait l’objet d’un usage sérieux lorsqu’elle est utilisée, conformément à sa fonction essentielle qui est de garantir l’identité d’origine des produits ou des services pour lesquels elle a été enregistrée, aux fins de créer ou de conserver un débouché pour ces produits et services, à l’exclusion d’usages de caractère symbolique ayant pour seul objet le maintien des droits conférés par la marque (voir, par analogie, arrêt du 11 mars 2003, Ansul, C‑40/01, EU:C:2003:145, point 43). De plus, la condition relative à l’usage sérieux de la marque exige que celle-ci, telle qu’elle est protégée sur le territoire pertinent, soit utilisée publiquement et vers l’extérieur [voir arrêt du 8 juillet 2004, Sunrider/OHMI – Espadafor Caba (VITAFRUIT), T‑203/02, EU:T:2004:225, point 39 et jurisprudence citée].
35 L’appréciation du caractère sérieux de l’usage de la marque doit reposer sur l’ensemble des faits et des circonstances propres à établir la réalité de l’exploitation commerciale de celle-ci, en particulier les usages considérés comme justifiés dans le secteur économique concerné pour maintenir ou créer des parts de marché au profit des produits ou des services protégés par la marque, la nature de ces produits ou de ces services, les caractéristiques du marché, l’étendue et la fréquence de l’usage de la marque (voir arrêt du 8 juillet 2004, VITAFRUIT, T‑203/02, EU:T:2004:225, point 40 et jurisprudence citée).
36 Quant à l’importance de l’usage qui a été fait de la marque antérieure, il convient de tenir compte, notamment, du volume commercial de l’ensemble des actes d’usage, d’une part, et de la durée de la période pendant laquelle des actes d’usage ont été accomplis ainsi que de la fréquence de ces actes, d’autre part [arrêts du 8 juillet 2004, MFE Marienfelde/OHMI – Vétoquinol (HIPOVITON), T‑334/01, EU:T:2004:223, point 35, et du 8 juillet 2004, VITAFRUIT, T‑203/02, EU:T:2004:225, point 41].
37 Par ailleurs, un faisceau d’éléments de preuve peut permettre d’établir les faits à démontrer, alors même que chacun de ces éléments, pris isolément, serait impuissant à rapporter la preuve de l’exactitude de ces faits [voir arrêt du 13 février 2015, Husky CZ/OHMI – Husky of Tostock (HUSKY), T‑287/13, EU:T:2015:99, point 66 et jurisprudence citée].
38 En premier lieu, il est constant que, ainsi que l’a relevé à juste titre la chambre de recours, la période pertinente au cours de laquelle l’intervenante devait prouver l’usage sérieux de la marque contestée est celle comprise entre le 12 avril 2016 et le 11 avril 2021, la demande en déchéance, en l’espèce, ayant été introduite le 12 avril 2021.
39 En deuxième lieu, pour estimer que la preuve de l’usage sérieux de la marque contestée n’a pas été apportée pour les services de téléphonie mobile, l’exploitation de réseaux de téléphonie mobile et l’envoi de messages, la requérante se fonde sur la prémisse selon laquelle, à compter du rachat, en 2014, par l’intervenante, de l’entité E-Plus à KPN, l’intervenante aurait cessé toute exploitation de services de téléphonie mobile sous la marque contestée. La requérante ne conteste pas, en revanche, que des cartes SIM aient continué d’être vendues sous la marque contestée durant la totalité de la période pertinente.
40 Cependant, à cet égard, il ressort des constatations de la chambre de recours figurant aux points 64 à 66 de la décision attaquée que, si l’intervenante a entendu favoriser la coexistence de la marque contestée avec sa marque O2 pour permettre la transition de l’une vers l’autre, elle a, pour ce faire, continué de commercialiser des cartes SIM et des cartes de recharge de crédits prépayés sous la marque contestée ainsi que de permettre la recharge interchangeable des cartes commercialisées sous chacune de ces marques. La chambre de recours pouvait déduire, à juste titre, de ces constatations que l’intervenante fournissait des services de téléphonie mobile, d’exploitation de réseaux de téléphonie mobile et d’envoi de messages sous la marque contestée en utilisant son propre réseau. Cette constatation est corroborée par le rapport de la Bundesnetzagentur (BNetzA, agence fédérale des réseaux, Allemagne) du 2 mars 2017, produit par l’intervenante devant la division d’annulation, dont il ressort que, en 2017, l’intervenante fournissait des services de téléphonie à des « abonnés à E-Plus ».
41 En troisième lieu, comme le font valoir à juste titre l’EUIPO et l’intervenante, la commercialisation de cartes SIM et de cartes de recharge de crédits prépayés ne saurait être assimilée aux situations auxquelles renvoie la requérante, dans lesquelles il a été considéré que la fourniture de services de télécommunication ne pouvait être déduite de la vente d’appareils. En effet, la requérante ne conteste pas la notoriété de la marque contestée pour les services de téléphonie mobile. Or, s’agissant d’une marque sous laquelle des services de télécommunication sont également commercialisés, les consommateurs n’achètent pas ordinairement des cartes SIM, des ensembles de démarrage et des recharges de crédits en tant que tels, mais ils ne procèdent à ces achats que pour bénéficier des services de téléphonie qui leur sont associés et auxquels ils donnent accès.
42 La chambre de recours était, dès lors, fondée à considérer que les acheteurs de cartes SIM, d’ensembles de démarrage et de cartes de recharge de crédits prépayés commercialisés sous la marque contestée bénéficieraient des services de téléphonie pour lesquels la même marque jouit d’une renommée. Dans ces conditions, la circonstance avancée par la requérante que, dans certains cas, certaines cartes SIM permettent à leurs acquéreurs de recourir à des réseaux de téléphonie commercialisés sous d’autres marques n’est pas de nature à empêcher les consommateurs ayant fait l’acquisition de cartes SIM commercialisées sous la marque e.plus d’établir un lien avec les services de téléphonie mobile commercialisés sous cette même marque.
43 Il s’ensuit que la chambre de recours pouvait, à juste titre, déduire de la vente de cartes SIM, d’ensembles de démarrage et de cartes de recharge de crédits prépayés sous la marque contestée que celle-ci était également utilisée pour les services de téléphonie mobile, l’exploitation de réseaux de téléphonie mobile et l’envoi de messages.
44 En quatrième lieu, en ce qui concerne l’importance de l’usage de la marque contestée pour les services mentionnés au point 43 ci-dessus, la requérante soutient, en substance, que les éléments de preuve versés au dossier, autres que les déclarations sous serment produites par l’intervenante, ne permettent pas d’établir que cet usage était suffisant. À cet égard, il convient de constater, à l’instar de la chambre de recours aux points 106 et 107 de la décision attaquée, que ces déclarations sous serment indiquent que les cartes SIM et les cartes de recharge de crédits prépayés commercialisées sous la marque contestée ont représenté des volumes de ventes et des chiffres d’affaires significatifs pour les années 2016 à 2020. Il ressort, en outre, du rapport établi par la Bundesnetzagentur que les abonnés aux réseaux téléphoniques exploités par l’intervenante représentaient, en 2017, une part de marché de 38 % des opérateurs de téléphonie mobile en Allemagne.
45 Il s’ensuit que la chambre de recours a pu, à juste titre, considérer que la marque contestée avait, durant la période pertinente, fait l’objet d’un usage sérieux pour les services de téléphonie mobile, l’exploitation de réseaux de téléphonie mobile et l’envoi de messages et qu’il y a lieu, par suite, d’écarter la première branche du second moyen.
46 En cinquième lieu, premièrement, ainsi que le soutient l’EUIPO à juste titre, la marque contestée, dès lors qu’elle a été enregistrée pour « l’exploitation de réseaux de télécommunication », désigne nécessairement les services de FAI et les services d’exploitation de réseaux de FAI. En effet, ces derniers services sont inclus dans la catégorie plus générale des réseaux de télécommunication et ne diffèrent des services de téléphonie mobile que par leur destination spécifique, à savoir permettre l’accès à Internet.
47 Deuxièmement, ainsi qu’il ressort des points 16 et 24 de la décision attaquée, l’intervenante a soutenu dans son recours devant la chambre de recours qu’elle exploitait des services d’accès à Internet sous la marque contestée, ce qui est corroboré par les pièces du dossier de la procédure devant l’EUIPO.
48 Dès lors, les allégations de la requérante selon lesquelles, d’une part, la marque contestée ne visait pas les services de FAI et les services d’exploitation de réseaux de FAI et, d’autre part, l’intervenante ne se serait pas prévalue de l’exploitation de tels services devant l’EUIPO manquent en fait.
49 En sixième lieu, il convient de constater que, ainsi que l’indique la chambre de recours aux points 86 et 87 de la décision attaquée, les éléments de preuve présentés par l’intervenante devant la division d’annulation établissent que la marque contestée a été notamment utilisée pour des services d’accès à Internet. En effet, les déclarations sous serment qui ont été produites sont corroborées par plusieurs éléments de preuve indépendants, dont des affiches relatives à l’utilisation de ladite marque en association avec la marque Ortel Mobile de la requérante. De plus, les nombreuses preuves produites relatives à l’offre ALDI TALK, sur lesquelles figure également la marque contestée, démontrent que, par l’intermédiaire de cette même marque notamment, cette offre permettait à ses clients d’accéder à Internet.
50 Il s’ensuit que la chambre de recours a pu considérer à juste titre que la marque contestée avait fait l’objet d’un usage sérieux pour les services de FAI et les services d’exploitation de réseaux de FAI et qu’il y a lieu d’écarter la seconde branche du second moyen et, par suite, le second moyen dans son ensemble.
51 Il ressort, dès lors, de tout ce qui précède qu’aucun des moyens invoqués par la requérante ne peut être accueilli et qu’il y a lieu de rejeter le recours dans son intégralité.
Sur les dépens
52 Aux termes de l’article 134, paragraphe 1, du règlement de procédure du Tribunal, toute partie qui succombe est condamnée aux dépens, s’il est conclu en ce sens.
53 La requérante ayant succombé, il y a lieu de la condamner aux dépens exposés par l’intervenante, conformément aux conclusions de cette dernière. En revanche, l’EUIPO n’ayant conclu à la condamnation de la requérante aux dépens qu’en cas de convocation à une audience, il convient, en l’absence d’organisation d’une audience, de décider que l’EUIPO supportera ses propres dépens.
Par ces motifs,
LE TRIBUNAL (deuxième chambre)
déclare et arrête :
1) Le recours est rejeté.
2) ePlus Inc. est condamnée à supporter ses propres dépens ainsi que ceux exposés par Telefónica Germany GmbH & Co. OHG.
3) L’Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO) est condamné à supporter ses propres dépens.
| Marcoulli | Tomljenović | Spangsberg Grønfeldt |
Ainsi prononcé en audience publique à Luxembourg, le 16 octobre 2024.
Signatures
* Langue de procédure : l’anglais.
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