Jurisprudence CJUE62023TJ1050

Jurisprudence CJUE — 62023TJ1050

CELEX62023TJ1050
TypeJurisprudence CJUE
Datemercredi 13 novembre 2024

Texte intégral

DOCUMENT DE TRAVAIL

ARRÊT DU TRIBUNAL (cinquième chambre)

13 novembre 2024 (*)

« Fonction publique – Fonctionnaires – Recrutement – Avis de concours – Concours général EPSO/AD/383/21 – Décision de ne pas inclure le nom du requérant sur la liste de réserve – Obligation de motivation – Sécurité juridique – Confiance légitime – Principe de bonne administration – Droit d’être entendu – Responsabilité »

Dans l’affaire T‑1050/23,

Yavor Markov, demeurant à Sofia (Bulgarie), représenté par Me I. Stoynev, avocat,

partie requérante,

contre

Commission européenne, représentée par M. J.-F. Brakeland et Mme G. Niddam, en qualité d’agents,

partie défenderesse,

LE TRIBUNAL (cinquième chambre),

composé de MM. J. Svenningsen, président, J. Laitenberger (rapporteur) et Mme M. Stancu, juges,

greffier : M. V. Di Bucci,

vu la phase écrite de la procédure,

vu l’absence de demande de fixation d’une audience présentée par les parties dans le délai de trois semaines à compter de la signification de la clôture de la phase écrite de la procédure et ayant décidé, en application de l’article 106, paragraphe 3, du règlement de procédure du Tribunal, de statuer sans phase orale de la procédure,

rend le présent

Arrêt

1 Par son recours fondé sur l’article 270 TFUE, le requérant, M. Yavor Markov, demande, d’une part, l’annulation de la décision du 28 février 2023 par laquelle le jury du concours EPSO/AD/383/21 a décidé de ne pas l’inscrire sur la liste de réserve du concours (ci-après la « décision du 28 février 2023 ») et, d’autre part, la réparation du préjudice qu’il aurait subi du fait de la non-inscription de son nom sur la liste de réserve du concours.

Antécédents du litige

2 Le 21 janvier 2021, l’Office européen de sélection du personnel (EPSO) a publié au Journal officiel de l’Union européenne l’avis de concours général EPSO/AD/383/21 – Juristes-linguistes (AD 7) de langue bulgare (BG) (JO 2021, C 22A, p. 1, ci-après l’ « avis de concours ») organisé en vue de la constitution, notamment, d’une liste de réserve de juristes linguistes de langue bulgare, au grade AD 7, destinée à pourvoir des postes vacants principalement au sein du Parlement européen, du Conseil de l’Union européenne et de la Commission.

3 Au point 5 de la partie intitulée « Comment serai-je sélectionné(e) ? », tel que modifié par l’avis du 8 mars 2022 modifiant l’avis de concours – EPSO/AD/383/21 – Juristes-linguistes (AD 7) de langue bulgare (BG) (JO 2022, C 111A, p. 7), il était indiqué que les épreuves du centre d’évaluation consisteraient en trois tests, à savoir un entretien axé sur les compétences générales (en anglais), une présentation orale suivie d’une séance de questions-réponses et la réalisation d’un résumé, dans la langue du concours, d’un texte rédigé dans la « langue 3 » choisie, autre que l’anglais ou la langue du concours. Les huit compétences générales seraient chacune évaluées sur 10 points et les compétences relatives au domaine sur 100 points. La note minimale requise serait, s’agissant des compétences générales, de 40/80 au total et, s’agissant des compétences relatives au domaine, de 20/40 pour la présentation orale et de 30/60 pour le résumé.

4 Le 30 janvier 2021, le requérant s’est porté candidat à ce concours.

5 Après avoir passé avec succès le test de type « questionnaire à choix multiples » et le test de traduction prévus par l’avis de concours, le requérant a été invité, par courriel du 31 mai 2022, à participer, à distance, à deux épreuves orales du centre d’évaluation. Selon la lettre d’invitation, chaque épreuve devait durer entre 40 et 50 minutes.

6 Après avoir participé à l’épreuve écrite du centre d’évaluation, consistant en la rédaction d’un résumé de texte, le requérant a participé, respectivement le 13 et le 22 juin 2022, à l’entretien axé sur les compétences et à l’épreuve de présentation orale.

7 Par lettre du 29 novembre 2022, le jury a informé le requérant de sa décision de ne pas l’inscrire sur la liste de réserve au motif qu’il avait obtenu une note inférieure au minimum requis (ci-après la « décision initiale »). Cette lettre était accompagnée d’un passeport de compétences duquel il ressortait que le requérant avait obtenu, d’une part, la note globale de 189/260 et, d’autre part, la note de 19/40 pour la présentation orale, alors que le minimum requis était de 20/40. Ladite lettre précisait en outre que les candidats inscrits sur la liste de réserve avaient tous obtenu au moins la note globale de 198/260.

8 Le 2 décembre 2022, le requérant a saisi le jury d’une demande de réexamen de la décision initiale, au motif que l’épreuve de présentation orale était entachée d’une irrégularité matérielle. Par décision du 28 février 2023, le jury a confirmé la décision initiale.

9 Le 19 mars 2023, le requérant a introduit une réclamation au titre de l’article 90, paragraphe 2, du statut des fonctionnaires de l’Union européenne (ci-après le « statut »), par laquelle il sollicitait l’annulation de la décision initiale et de la décision du 28 février 2023.

10 Le 30 mai 2023, l’EPSO a accusé bonne réception de la réclamation du requérant et a indiqué à ce dernier que l’absence de réponse dans un délai de quatre mois suivant l’introduction de cette réclamation devrait être considérée comme une décision implicite de rejet de la réclamation.

11 Le 20 juillet 2023, le défaut de réponse de l’EPSO à la réclamation du requérant dans le délai de quatre mois prévu à l’article 90, paragraphe 2, du statut a fait naître une décision implicite de rejet de cette réclamation (ci-après la « décision implicite de rejet de la réclamation »).

Fait postérieur à l’introduction du recours

12 Par décision du 27 octobre 2023, l’EPSO a rejeté la réclamation du requérant (ci-après la « décision explicite de rejet de la réclamation »).

Conclusions des parties

13 Le requérant conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :

– annuler la décision initiale ;

– annuler la décision du 28 février 2023 ;

– annuler la décision implicite de rejet de la réclamation ;

– condamner la Commission au paiement de dommages et intérêts d’un montant de 7 000 euros en réparation du préjudice qu’il aurait subi ;

– condamner la Commission aux dépens.

14 La Commission conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :

– rejeter le recours ;

– condamner le requérant aux dépens.

En droit

Sur l’objet du recours

15 Il ressort de la requête que le requérant soulève, formellement, quatre moyens. Par ses deux premiers moyens, le requérant vise à l’annulation de la décision initiale. Par son troisième moyen, le requérant vise à l’annulation de la décision du 28 février 2023. Par son quatrième moyen, le requérant vise à l’annulation de la décision implicite de rejet de la réclamation. Il demande, enfin, dans une section intitulée « Conclusions », le versement d’une indemnité d’un montant de 7 000 euros au titre du préjudice qu’il aurait subi.

16 Le requérant semble ainsi opérer une confusion entre les chefs de conclusions et les moyens qui sont supposés être invoqués à leur soutien. Dès lors, il y a lieu de considérer que la requête contient quatre chefs de conclusions visant, le premier, à l’annulation de la décision initiale, le deuxième, à l’annulation de la décision du 28 février 2023, le troisième, à l’annulation de la décision implicite de rejet de la réclamation et, le quatrième, au versement à son profit d’une somme de 7 000 euros à titre de dommages et intérêts pour le préjudice qu’il aurait subi.

17 S’agissant du premier chef de conclusions visant à l’annulation de la décision initiale, il y a lieu de rappeler que, selon une jurisprudence bien établie, lorsqu’une personne sollicite le réexamen d’une décision prise par un jury, c’est la décision prise par le jury après réexamen qui constitue l’acte faisant grief, au sens de l’article 90, paragraphe 2 ou, le cas échéant, de l’article 91, paragraphe 1, du statut. La décision prise après réexamen se substitue, ce faisant, à la décision initiale du jury (voir, en ce sens, arrêt du 6 juillet 2022, VI/Commission, T‑20/21, non publié, EU:T:2022:427, point 15 et jurisprudence citée). Il s’ensuit que c’est la décision du 28 février 2023 qui constitue l’acte faisant grief en l’espèce. Dès lors, il y a lieu de considérer que les chefs de conclusions visant à l’annulation de la décision initiale et de la décision du 28 février 2023 tendent uniquement à l’annulation de cette dernière décision.

18 Par ailleurs, dans le cadre de son troisième chef de conclusions dirigé contre la décision implicite de rejet de la réclamation, le requérant soutient que, compte tenu de l’absence de réponse de l’EPSO à sa réclamation dans le délai de quatre mois prévu à l’article 90, paragraphe 2, du statut, la décision de rejet de sa réclamation est intervenue de manière implicite à l’expiration de ce délai, à savoir le 20 juillet 2023.

19 S’agissant de ce troisième chef de conclusions, il suffit de rappeler que les conclusions en annulation formellement dirigées contre le rejet d’une réclamation ont pour effet de saisir le Tribunal de l’acte contre lequel la réclamation a été présentée, lorsqu’elles sont, comme telles, dépourvues de contenu autonome (voir ordonnance du 11 novembre 2021, QC/Commission, T‑77/21, non publiée, EU:T:2021:801, point 19 et jurisprudence citée). La décision implicite de rejet de la réclamation n’ayant pas de contenu autonome, les présentes conclusions en annulation doivent être regardées comme étant dirigées contre la seule décision du 28 février 2023.

Sur les conclusions en annulation de la décision du 28 février 2023

20 À l’appui de ses conclusions en annulation de la décision du 28 février 2023, le requérant soulève, en substance, trois moyens, tirés, le premier, de la modification illégale de la structure et de la portée de l’épreuve de présentation orale, le deuxième, de la communication illégale d’informations inexactes, peu claires, ambiguës, incohérentes et contradictoires et, le troisième, de la violation du droit d’être entendu et de l’obligation de motivation.

Sur le troisième moyen, tiré de la violation du droit d’être entendu et de l’obligation de motivation

21 Dans le cadre de la première branche de son troisième moyen, le requérant soutient notamment que, par la décision du 28 février 2023, le jury a violé son droit d’être entendu, consacré à l’article 41, paragraphe 2, sous a), de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne (ci-après la « Charte »), en omettant de prendre en considération tous les arguments figurant dans sa demande de réexamen et en examinant des arguments qu’il n’avait pas avancés. Dans le cadre de la seconde branche de son troisième moyen, le requérant fait valoir que les arguments examinés par le jury l’ont été de manière si sommaire que la décision du 28 février 2023 s’est résumée à une simple déclaration d’ordre général. Par conséquent, le jury aurait omis de motiver ladite décision, en violation de l’article 296, deuxième alinéa, TFUE, de l’article 41, paragraphe 2, sous c), de la Charte et du « code de bonne conduite administrative pour le personnel de la Commission européenne dans ses relations avec le public » figurant en annexe de la décision 2000/633/CE, CECA, Euratom de la Commission, du 17 octobre 2000, modifiant son règlement intérieur (JO 2000, L 267, p. 63, ci-après le « code de bonne conduite administrative »).

Sur la première branche du troisième moyen, tirée de la violation du droit d’être entendu consacré à l’article 41, paragraphe 2, sous a), de la Charte

22 Le requérant avance que le jury n’a pas pris en considération, dans la décision du 28 février 2023, la question des contradictions entre les informations fournies par l’EPSO et celles figurant dans les actes juridiques en cause, qu’il aurait expressément soulevée dans sa demande de réexamen. Le jury aurait ainsi violé son droit d’être entendu, dès lors que ce dernier impliquerait également que l’administration prête toute l’attention requise aux observations soumises par l’intéressé en examinant, avec soin et impartialité, tous les éléments pertinents du cas d’espèce.

23 Le requérant soutient en outre qu’en affirmant que « [ses] notes refl[é]t[ai]ent [ses] compétences telles qu’observées dans le centre d’évaluation », le jury n’a pas tenu compte des principaux arguments figurant dans sa demande de réexamen, relatifs à la modification illégale de la structure de l’épreuve et à la communication d’informations inexactes dont il a fait l’objet, ce qui constituerait également une violation de son droit d’être entendu.

24 Par ailleurs, le requérant soutient que le jury a affirmé à tort qu’il avait invoqué, à l’appui de sa demande de réexamen, les résultats obtenus dans un autre processus de sélection dans le cadre d’un autre concours, dans la mesure où il n’a mentionné son expérience personnelle lors d’un concours précédent qu’à titre d’exemple. Cette affirmation serait elle aussi constitutive d’une violation de son droit d’être entendu.

25 Le requérant soutient également que le jury a affirmé à tort, dans la décision du 28 février 2023, que l’avis de concours faisait mention d’une partie distincte consistant en une présentation et une séance de questions-réponses uniquement consacrées à l’évaluation de la connaissance du droit de l’Union européenne. Cette contradiction entre l’affirmation du jury et la formulation de l’avis de concours serait constitutive d’une violation de l’article 41, paragraphe 1, de la Charte.

26 La Commission soutient que le droit d’être entendu du requérant a été dûment respecté, de sorte que la présente branche doit être rejetée comme non fondée.

27 En l’espèce, le requérant allègue que le jury a violé son droit d’être entendu, tel qu’il est consacré à l’article 41, paragraphe 2, sous a), de la Charte. Ce dernier dispose que le droit à une bonne administration comporte le droit de toute personne d’être entendue avant qu’une mesure individuelle qui l’affecterait défavorablement ne soit prise à son égard.

28 Il convient de relever que le requérant a pu solliciter, sur la base des dispositions générales figurant à l’annexe II de l’avis de concours, le réexamen de la décision initiale et faire connaître ses griefs à cet égard. Le requérant a ainsi été mis en mesure d’être entendu avant l’adoption de la décision du 28 février 2023 (voir, en ce sens, arrêt du 12 septembre 2018, PH/Commission, T‑613/16, non publié, EU:T:2018:529, points 199 à 207).

29 En outre, le requérant reproche au jury, d’une part, par ses arguments figurant aux points 22 et 23 ci-dessus, de ne pas avoir répondu à ses principaux arguments, et, d’autre part, par ses arguments figurant au point 24 ci-dessus, d’avoir dénaturé certains de ses arguments.

30 Toutefois, ces griefs ne permettant pas d’établir une violation du droit d’être entendu du requérant tel que consacré à l’article 41, paragraphe 2, de la Charte, ils doivent être rejetés comme inopérants.

31 En tout état de cause, le respect des droits de la défense ne requiert aucunement des institutions, des organes ou des organismes de l’Union qu’ils répondent à chaque argument soulevé au cours de la procédure, mais uniquement qu’ils mettent les parties intéressées en mesure de défendre utilement leurs intérêts (voir arrêt du 21 décembre 2021, KS/Frontex, T‑409/20, non publié, EU:T:2021:914, point 88 et jurisprudence citée).

32 S’agissant de la prétendue violation de l’article 41, paragraphe 1, de la Charte que le jury aurait commise en affirmant que l’avis de concours faisait mention d’une partie distincte consistant en une présentation et une séance de questions-réponses uniquement consacrées à l’évaluation de la connaissance du droit de l’Union, il convient de relever que la décision du 28 février 2023 a simplement indiqué au requérant que l’« épreuve de présentation orale [avait] consist[é] en une présentation suivie d’une séance de questions-réponses en vue de l’évaluation de [ses] compétences générales et en une présentation suivie d’une séance de questions-réponses en vue de l’évaluation de [ses] compétences relatives au domaine ainsi que de [sa] connaissance du droit de l’Union », sans rattacher cette information au libellé de l’avis de concours. La question de savoir si le déroulé de l’épreuve de présentation orale était contraire à l’avis de concours relève, quant à elle, de l’examen au fond.

33 Partant, la première branche du troisième moyen doit être rejetée comme inopérante et, en tout état de cause, non fondée.

Sur la seconde branche du troisième moyen, tirée de la violation de l’obligation de motivation

34 Le requérant soutient, dans la requête, que l’argument du jury selon lequel son évaluation discrétionnaire n’est pas susceptible de contrôle juridictionnel, dès lors qu’elle résulte d’un jugement de valeur, n’est pas pertinent en l’espèce, étant donné qu’il ne remet pas en cause le jugement de valeur du jury, mais soutient que le processus du concours était entaché d’irrégularités et de violations de la loi. Ainsi, la décision du jury serait susceptible d’être soumise à un contrôle juridictionnel. L’EPSO aurait violé l’obligation qui lui incombait en vertu du code de bonne conduite administrative de lui indiquer les voies de recours dont il disposait et les modalités prévues à cet égard.

35 S’agissant de l’obligation de motivation qui incomberait à l’administration, le requérant avance dans la réplique que l’objet de l’exposé des motifs est de permettre aux personnes concernées de déterminer les raisons d’un acte ainsi que de permettre au tribunal compétent d’en contrôler la légalité. Il soutient, en substance, que la simple existence de motifs superficiels, qui ne répondraient pas à ses principaux griefs, ne permet pas de conclure au respect de l’article 296, deuxième alinéa, TFUE ni de l’article 41, paragraphe 2, sous c), de la Charte.

36 La Commission soutient quant à elle que l’obligation de motivation a été dûment respectée, de sorte que la présente branche doit être rejetée comme non fondée.

37 S’agissant de la prétendue violation, par l’EPSO, de l’obligation qui lui incombait en vertu du code de bonne conduite administrative d’indiquer au requérant les voies de recours dont il disposait, il ressort des termes mêmes dudit que celui-ci est un guide de bonne pratique administrative que les institutions et leurs agents devraient respecter dans leurs relations avec le public et qu’il n’a, dès lors, indépendamment de la question de sa valeur contraignante, pas vocation à régir la situation en l’espèce. Par ailleurs, aucune disposition expresse du droit de l’Union n’impose aux institutions une obligation générale d’informer les destinataires des actes des recours juridictionnels ouverts ni des délais dans lesquels ils peuvent être exercés (voir arrêt du 22 décembre 2005, Gorostiaga Atxalandabaso/Parlement, T‑146/04, EU:T:2005:584, point 131 et jurisprudence citée).

38 S’agissant, en outre, de la question de l’insuffisance de motivation soulevée par le requérant, il convient de rappeler que, selon une jurisprudence établie, l’obligation de motivation prescrite par l’article 41, paragraphe 2, sous c), de la Charte et par l’article 296, deuxième alinéa, TFUE a pour objet, d’une part, de fournir à l’intéressé une indication suffisante pour apprécier le bien-fondé de l’acte lui faisant grief et l’opportunité d’introduire un recours devant le Tribunal et, d’autre part, de permettre à ce dernier d’exercer son contrôle sur la légalité de l’acte (voir, en ce sens, ordonnance du 11 février 2022, OP/Commission, T‑736/20, non publiée, EU:T:2022:69, point 29 et jurisprudence citée, et arrêt du 11 octobre 2023, PF/Parlement, T‑317/22, non publié, EU:T:2023:620, point 13 et jurisprudence citée).

39 Par ailleurs, une motivation ne doit pas être exhaustive, mais doit, au contraire, être considérée comme suffisante dès lors qu’elle expose les faits et les considérations juridiques revêtant une importance essentielle dans l’économie de la décision (voir arrêt du 6 avril 2022, KU/SEAE, T‑425/20, non publié, EU:T:2022:224, point 40 et jurisprudence citée).

40 Le juge de l’Union a ainsi considéré que, compte tenu de la nécessaire conciliation de l’obligation de motivation d’une décision faisant grief avec le respect du secret qui entoure les travaux du jury, la communication des notes obtenues aux différentes épreuves constituait une motivation suffisante des décisions du jury (voir arrêt du 1er décembre 2021, HC/Commission, T‑804/19, non publié, EU:T:2021:849, point 40 et jurisprudence citée).

41 Enfin, l’obligation de motiver des décisions constitue une formalité substantielle qui doit être distinguée de la question du bien-fondé des motifs, celui-ci relevant de la légalité au fond de l’acte litigieux. En effet, la motivation d’un acte consiste à exprimer formellement les motifs sur lesquels il repose. Si ces motifs comportent des erreurs, celles-ci affectent la légalité au fond de l’acte en cause, mais non la motivation de celui-ci, qui peut être suffisante tout en exprimant des motifs erronés (voir arrêt du 19 octobre 2022, MV/Commission, T‑624/20, non publié, EU:T:2022:653, point 49 et jurisprudence citée).

42 En l’espèce, il ressort de la décision initiale, à laquelle la décision du 28 février 2023 s’est substituée, que le requérant a été informé du motif de la non-inscription de son nom sur la liste de réserve, à savoir le fait qu’il n’avait pas obtenu les notes minimales requises telles qu’elles ressortaient de l’avis de concours. Un document intitulé « Passeport de compétences » dans lequel figuraient des informations exhaustives sur ses notes était par ailleurs annexé à la décision initiale. Dans la décision du 28 février 2023, le jury renvoie expressément audit document en indiquant que « les résultats figurant dans [le] [p]asseport de [c]ompétences [du requérant] sont corrects ».

43 Dès lors, à la lumière de la jurisprudence citée au point 40 ci-dessus, la seconde branche du troisième moyen, tirée de la violation de l’obligation de motivation, n’est pas fondée.

Sur le premier moyen, tiré de la modification illégale de la structure et de la portée de l’épreuve de présentation orale

44 Le premier moyen comporte, en substance, six branches. La première branche est tirée de la violation du principe de protection de la confiance légitime, la deuxième, de la violation des « dispositions générales applicables aux concours généraux », la troisième, de la violation de l’article 1er, paragraphe 1, sous e), de l’annexe III du statut, la quatrième, de la violation du principe de bonne administration, la cinquième, de la violation du code de bonne conduite administrative et, la sixième, de la violation des principes de sécurité juridique, de protection de la confiance légitime et de bonne foi.

Sur la première branche du premier moyen, tirée de la violation du principe de protection de la confiance légitime

45 Le requérant soutient, en substance, que la formulation de l’avis de concours prêtait à confusion. En outre, elle aurait fait naître une confiance légitime quant à la structure, à la portée et au contenu de l’épreuve de présentation orale. Le requérant se serait en effet attendu à une épreuve de présentation orale consistant en une présentation de 5 minutes et en une séance de questions-réponses de 15 minutes, dans le cadre de laquelle serait discutée sa présentation dans le contexte du droit de l’Union. Cependant, selon le requérant, l’épreuve de présentation orale comportait, en réalité, outre cette première partie d’une durée totale de 20 minutes, une seconde partie distincte portant sur le droit de l’Union d’une durée de 30 minutes.

46 Si le requérant reconnaît qu’il devait raisonnablement supposer que l’examen oral visant à évaluer les compétences relatives au domaine comprendrait notamment une évaluation de sa connaissance du droit de l’Union, il soutient que l’avis de concours ne contenait aucune information quant à l’organisation d’une autre épreuve portant sur la connaissance du droit de l’Union à la suite de l’épreuve de présentation orale. Par conséquent, il aurait eu une confiance légitime quant au fait que sa connaissance du droit de l’Union serait évaluée dans le seul cadre de l’épreuve de présentation orale, et non dans le cadre d’une partie supplémentaire entièrement distincte. La formulation de l’avis de concours aurait prêté à confusion, dans la mesure où l’EPSO aurait qualifié de présentation orale à la fois l’épreuve dans son ensemble et l’un de ses éléments constitutifs.

47 Dans la réplique, le requérant soutient que, dans le mémoire en défense, la Commission a reproduit la version initiale du point 5 de l’avis de concours, et non la version modifiée par un corrigendum publié au Journal officiel. En outre, le numéro de concours indiqué par la Commission comprendrait une erreur.

48 Le requérant avance, par ailleurs, que la Commission s’est référée, dans son mémoire en défense, au large pouvoir d’appréciation dont dispose le jury dans la détermination des règles et des modalités du concours, sans prendre en compte le fait que ce pouvoir d’appréciation doit être conforme à la loi.

49 La Commission aurait en outre dénaturé les allégations du requérant en insinuant qu’il ne s’attendait pas à devoir répondre à des questions relatives au droit de l’Union.

50 Le requérant soutient que sa confiance légitime quant à la structure et à la portée de l’épreuve était d’autant plus justifiée que l’avis de concours devait être lu conjointement avec les dispositions d’un document intitulé « Dispositions générales applicables aux concours généraux », publié le 27 février 2015 au Journal officiel (JO 2015, C 70A, p. 1, ci‑après les « dispositions générales de 2015 »), lequel ne prévoyait pas de partie distincte dans le cadre de laquelle serait évaluée sa connaissance du droit de l’Union. Ce document constituerait, avec l’avis de concours, le cadre contraignant de la procédure de concours.

51 S’agissant de la question de savoir si les dispositions générales de 2015 étaient toujours en vigueur au moment des faits, le requérant soutient, dans la réplique, que la Commission n’apporte aucune preuve du contraire. Il affirme à cet égard que lesdites dispositions générales sont toujours accessibles au public et qu’elles figurent au Journal officiel ainsi que sur le site Internet « eur‑lex.europa.eu » sans aucune indication du fait qu’elles ne seraient plus en vigueur.

52 En l’absence d’actes juridiques abrogeant expressément ou tacitement les dispositions générales de 2015, celles-ci doivent, selon le requérant, être considérées comme ayant été en vigueur au moment du concours. De même, l’annexe II de l’avis de concours n’abrogerait pas les dispositions générales de 2015, mais se bornerait à les compléter.

53 Ainsi, la Commission soutiendrait à tort que les dispositions générales figurant à l’annexe II de l’avis de concours étaient les seules dispositions applicables au moment des faits, conformément au site Internet de l’EPSO. Le requérant avance plus particulièrement que le lien vers le site Internet de l’EPSO produit par la Commission à cet égard renvoie à une page Internet qui n’existait pas encore au moment des faits, de sorte que la référence à ladite page serait irrecevable.

54 En outre, le requérant avance que, à supposer même que les dispositions générales de 2015 n’aient plus été en vigueur au moment des faits, il s’est appuyé sur des sources officielles pour identifier les dispositions applicables et a agi de bonne foi et conformément au principe de sécurité juridique.

55 Enfin, le requérant s’appuie sur son expérience en tant que candidat à plusieurs concours EPSO pour soutenir qu’il avait une confiance légitime quant au fait que l’épreuve de présentation orale dans le cadre du concours faisant l’objet de la présente affaire aurait la même structure et la même portée que l’épreuve de présentation orale organisée dans le cadre d’un autre concours de l’EPSO, auquel il aurait également participé en tant que candidat. Celle-ci aurait en effet consisté uniquement en une présentation suivie d’une série de questions-réponses. Selon le requérant, aucune explication juridiquement fondée ne justifiait que l’EPSO s’écarte de ses pratiques antérieures. Cela serait d’autant plus vrai que la description de l’épreuve de présentation orale figurant dans les dispositions générales de 2015 visées au point 50 ci-dessus s’appliquerait indépendamment du type de concours.

56 La Commission conteste cette argumentation.

57 S’agissant du droit de réclamer la protection de la confiance légitime, il est de jurisprudence constante que celui-ci s’étend à tout particulier qui se trouve dans une situation dont il ressort que l’administration de l’Union a fait naître chez lui des espérances fondées, en lui fournissant des assurances précises sous la forme de renseignements précis, inconditionnels et concordants, émanant de sources autorisées et fiables. En revanche, nul ne peut invoquer une violation de ce principe en l’absence d’assurances précises que lui aurait fournies l’administration (voir arrêt du 6 juillet 2022, JP/Commission, T‑179/20, non publié, EU:T:2022:423, point 44 et jurisprudence citée). Par ailleurs, les assurances données doivent être conformes aux normes applicables (voir arrêt du 21 décembre 2022, OM/Commission, T‑118/22, non publié, EU:T:2022:849, point 54 et jurisprudence citée).

58 En l’espèce, bien que le requérant fasse référence, à plusieurs reprises, au principe de protection de la confiance légitime, les éléments du dossier ne permettent pas d’établir que les conditions visées au point 57 ci-dessus sont réunies.

59 En particulier, s’agissant de la question de savoir si l’administration a fourni des assurances précises, inconditionnelles et concordantes, il convient de constater que le requérant relève lui-même qu’il ressort de la formulation de l’avis de concours que l’EPSO a qualifié de présentation orale à la fois l’épreuve dans son ensemble et l’un de ses éléments constitutifs. Il indique ensuite qu’il a interprété l’avis de concours à la lumière des dispositions générales de 2015, qui devaient selon lui être lues conjointement avec l’avis de concours, et de son expérience dans le cadre de concours précédents.

60 Or, il ressort de l’avis de concours, tant dans sa version initiale que dans sa version modifiée par l’avis du 8 mars 2022 (voir point 3 ci-dessus), qu’il était prévu que « [l]a présentation orale […] s[oit] suivie d’une séance de questions-réponses […] et vis[e] à évaluer [les] compétences générales [des candidats], [leurs] compétences relatives au domaine et [leur] connaissance du droit de l’Union ». Il convient de préciser, s’agissant de l’allégation selon laquelle la Commission aurait erronément reproduit, dans le mémoire en défense, la version initiale de l’avis de concours, que celle-ci a transmis au Tribunal un corrigendum daté du 1er mars 2024 afin de rectifier son erreur, de sorte qu’il n’y a pas lieu pour le Tribunal de se prononcer à cet égard.

61 Les dispositions générales de 2015 prévoyaient quant à elles que l’épreuve de présentation orale consisterait en une « épreuve individuelle d’analyse et de présentation au cours de laquelle il […] [serait] demandé [aux candidats] d’élaborer une proposition portant sur un problème fictif lié à une situation professionnelle » et que les candidats devraient, « [a]près analyse de la documentation qui [leur] [serait] remise, […] présenter [leurs] idées à un public restreint ».

62 Partant, dans la mesure où les descriptions respectives de l’épreuve de présentation orale dans l’avis de concours et dans les dispositions générales de 2015 ne concordent pas, le requérant ne peut pas valablement soutenir qu’il estimait avoir reçu, de la part de l’administration, des assurances précises, inconditionnelles et concordantes. Par ailleurs, l’expérience du requérant dans le cadre de concours précédents ne permet pas non plus de conclure à l’existence de telles assurances, dès lors que l’avis de concours précise qu’il constitue, pris avec ses annexes, le « cadre juridique contraignant applicable » à la procédure de sélection dans le cadre du concours en cause.

63 En outre, la jurisprudence relative au principe de protection de la confiance légitime exige que les assurances données soient conformes aux normes applicables. Dès lors, une interprétation de la description de l’épreuve de présentation orale à la lumière des dispositions de 2015 supposerait, en tout état de cause, que ces dernières soient applicables en l’espèce.

64 Il convient de relever à cet égard qu’il ressort de la jurisprudence que chaque avis de concours est adopté dans l’objectif d’instaurer les règles régissant la procédure de déroulement d’un ou de plusieurs concours spécifiques, dont il arrête, ainsi, le cadre normatif en fonction de l’objectif fixé par l’autorité investie du pouvoir de nomination (AIPN). C’est ce cadre normatif, instauré, le cas échéant, conformément aux règles de portée générale applicables à l’organisation des concours, qui régit la procédure du concours concerné, depuis le moment de la publication de l’avis en cause jusqu’à la publication de la liste de réserve comportant les noms des lauréats du concours concerné (voir arrêt du 15 septembre 2016, Italie/Commission, T‑353/14 et T‑17/15, EU:T:2016:495, point 66 et jurisprudence citée).

65 En l’espèce, l’avis de concours indiquait expressément que, pris avec ses annexes, il constituait le « cadre juridique contraignant applicable aux présentes procédures de sélection » et invitait les candidats à se « reporter à l’[annexe] II pour les dispositions générales applicables aux concours généraux ».

66 Dès lors, compte tenu du fait qu’il ressort de la jurisprudence citée au point 64 ci-dessus que l’avis de concours arrête le cadre normatif d’un concours donné et eu égard au fait que, en l’espèce, l’avis de concours prévoit expressément que ses annexes font partie du cadre juridique contraignant, ce sont les dispositions générales figurant à l’annexe II de l’avis de concours qui étaient applicables.

67 Par ailleurs, s’agissant de l’argument du requérant selon lequel les dispositions générales figurant à l’annexe II de l’avis de concours complètent simplement les dispositions générales de 2015, il suffit de relever que le cadre juridique contraignant ressort sans équivoque de l’avis de concours, qui ne fait aucune mention des dispositions générales de 2015. Ce constat vaut également pour l’allégation du requérant selon laquelle il s’est appuyé sur d’autres sources officielles pour identifier les dispositions applicables et a agi de bonne foi et conformément au principe de sécurité juridique.

68 Partant, conformément à la jurisprudence citée au point 57 ci-dessus, il y a lieu de constater que le requérant ne peut pas valablement invoquer une violation du principe de protection de la confiance légitime.

69 Dans l’hypothèse où les arguments du requérant doivent être compris en ce sens que le jury aurait violé l’avis de concours, il convient de rappeler que, selon une jurisprudence constante, le jury d’un concours dispose d’un large pouvoir d’appréciation quant au contenu détaillé des épreuves prévues dans le cadre d’un concours. Il n’appartient au juge de l’Union de censurer ce contenu qu’au cas où celui-ci sort du cadre indiqué dans l’avis de concours ou n’a pas de commune mesure avec les finalités de l’épreuve ou du concours (voir, en ce sens, arrêt du 30 novembre 2005, Vanlangendonck/Commission, T‑361/03, EU:T:2005:433, point 38 et jurisprudence citée).

70 S’agissant, plus particulièrement, des épreuves orales d’un concours, le pouvoir d’appréciation du jury se trouve encore élargi par la liberté et l’incertitude caractérisant ce type d’épreuve, qui est, par sa nature même, moins uniformisé que l’épreuve écrite et dont le contenu peut varier en fonction de l’expérience et de la personnalité des différents candidats ainsi que des réponses qu’ils fournissent aux questions du jury (voir arrêt du 30 novembre 2005, Vanlangendonck/Commission, T‑361/03, EU:T:2005:433, point 39 et jurisprudence citée).

71 Selon le requérant, l’épreuve de présentation orale a consisté en une première partie comportant une présentation orale concernant un problème fictif lié à une situation professionnelle, suivie d’une séance de questions-réponses portant sur le sujet de la présentation, et en une seconde partie comportant une brève présentation suivie de questions générales sur le droit de l’Union, chacune de ces parties ayant une durée de 20 à 30 minutes. Comme cela ressort du point 60 ci-dessus, l’avis de concours indiquait que « [l]a présentation orale […] sera[it] suivie d’une séance de questions-réponses […] et visera[it] à évaluer [les] compétences générales [des candidats], [leurs] compétences relatives au domaine et [leur] connaissance du droit de l’Union ». Il convient ainsi de déterminer si l’épreuve de présentation orale telle que prévue par le jury était conforme à la description figurant dans l’avis de concours.

72 Il y a lieu de constater, à cet égard, qu’il ressort sans équivoque du libellé de l’avis de concours qu’il était prévu que l’épreuve de présentation orale soit composée d’une présentation orale et d’une séance de questions-réponses. Il était par ailleurs expressément indiqué que l’épreuve porterait, notamment, sur la connaissance du droit de l’Union. En revanche, rien dans le libellé de l’avis de concours ne permettait de conclure que les questions porteraient uniquement sur la présentation orale en tant que telle, ni que l’épreuve serait limitée à une certaine durée. Il ressort par ailleurs de la grille de notation relative à l’épreuve de présentation orale que le jury a notamment posé des questions sur les principes fondamentaux du droit de l’Union, les valeurs qui y sont afférentes, les sources du droit de l’Union ainsi que les procédures et les institutions de l’Union, ce qui est conforme à l’avis de concours.

73 Le requérant reconnaît par ailleurs lui-même qu’il s’attendait à devoir effectuer une présentation orale et à ce que des questions relatives au droit de l’Union lui soient posées. Dès lors, et étant donné qu’aucune indication quant à l’étendue des connaissances du droit de l’Union examinées n’avait été communiquée, l’allégation relative à la modification de la structure et de la portée de l’épreuve de présentation orale ne vise que la durée de ladite épreuve. Force est de constater, à cet égard, que le requérant n’a apporté aucun élément valable permettant de conclure qu’il pouvait effectivement s’attendre à une durée totale de 20 minutes, en particulier compte tenu du fait que la lettre d’invitation du 31 mai 2022 faisait expressément mention d’une durée de 40 à 50 minutes. Par ailleurs, le requérant n’apporte pas non plus d’éléments permettant d’appréhender la raison pour laquelle la préparation à une séance de questions-réponses de courte durée serait différente de la préparation à une séance de questions-réponses d’une durée plus conséquente.

74 Partant, pour autant que le requérant invoque, en réalité, une violation de l’avis de concours, il y a lieu de rejeter ce grief également comme non fondé.

Sur la deuxième branche du premier moyen, tirée de la violation des « dispositions générales applicables aux concours généraux »

75 Le requérant soutient que, en ajoutant à l’épreuve de présentation orale une partie distincte consacrée à la connaissance du droit de l’Union, l’EPSO a violé les dispositions générales de 2015 visées au point 50 ci-dessus.

76 Le requérant se réfère plus précisément à la description de l’épreuve de présentation orale telle qu’elle figure au point 2.5 des dispositions générales de 2015, qui serait applicable à tous les concours comprenant une épreuve de présentation orale. Il soutient à cet égard que le point 2.5 susvisé ne mentionne aucune partie additionnelle distincte destinée à évaluer la connaissance du droit de l’Union, de sorte que l’EPSO n’était pas en droit d’ajouter une telle partie à l’épreuve de présentation orale.

77 Par ailleurs, le requérant fait valoir que l’EPSO ne lui a pas fourni de manuel contenant des explications détaillées sur l’épreuve de présentation orale, ainsi que cela serait prévu par les dispositions générales de 2015.

78 La Commission soutient, quant à elle, que les dispositions générales de 2015 invoquées par le requérant n’étaient plus en vigueur au moment de l’organisation du concours.

79 S’agissant de la prétendue violation des dispositions générales de 2015, il a été établi, aux points 63 à 67 ci-dessus, que ces dernières n’étaient pas applicables en l’espèce.

80 Partant, la deuxième branche du premier moyen doit être rejetée comme inopérante.

Sur la troisième branche du premier moyen, tirée de la violation de l’article 1er, paragraphe 1, sous e), de l’annexe III du statut

81 Le requérant estime que le non-respect de la description de l’épreuve de présentation orale, telle qu’elle figure dans les dispositions générales de 2015, constitue une violation de l’article 1er, paragraphe 1, sous e), de l’annexe III du statut, qui dispose que les avis de concours doivent spécifier, dans le cas de concours sur épreuves, la nature des examens, laquelle ne saurait être que conforme au cadre juridique applicable. Cela signifie, selon le requérant, que la description de l’épreuve de présentation orale ne pouvait être comprise qu’au sens des dispositions générales de 2015. Dès lors, il se serait légitimement attendu à passer une épreuve de présentation orale telle que celle décrite dans lesdites dispositions générales.

82 Dans la réplique, le requérant précise à cet égard que, ou bien l’avis de concours était conforme aux dispositions générales de 2015 et, partant, à l’article 1er, paragraphe 1, sous e), de l’annexe III du statut, de sorte que le jury a violé à la fois lesdites dispositions générales et l’avis de concours, ou bien, en ne mentionnant pas la vraie nature de l’épreuve orale, l’avis de concours lui-même n’était pas conforme à l’article 1er, paragraphe 1, sous e), de l’annexe III du statut, dans la mesure où il n’a pas spécifié la vraie nature de l’épreuve de présentation orale telle qu’elle ressortait des dispositions générales de 2015.

83 Enfin, le requérant soutient que l’avis de concours ne contient pas d’informations sur les compétences relatives au domaine, ce qui constitue également une violation de l’article 1er, paragraphe 1, sous e), de l’annexe III du statut.

84 La Commission soutient que l’article 1er, paragraphe 1, sous e), de l’annexe III du statut n’a pas été violé.

85 À titre liminaire, il convient de relever que le requérant invoque plusieurs irrégularités entachant l’avis de concours, sans pour autant tirer de conclusions à cet égard.

86 En premier lieu, s’agissant de l’argument selon lequel le jury a violé à la fois les dispositions générales de 2015 et l’avis de concours, dans la mesure où il n’a pas respecté la nature de l’épreuve telle que spécifiée dans les documents susmentionnés, il convient de renvoyer, d’une part, aux points 63 à 67 ci-dessus, selon lesquels les dispositions générales de 2015 ne faisaient pas partie du cadre juridique applicable en l’espèce, et, d’autre part, aux points 69 à 74 ci-dessus, par lesquels il a été constaté que le jury avait parfaitement respecté la description de l’épreuve de présentation orale telle qu’elle ressortait de l’avis de concours.

87 En deuxième lieu, s’agissant de l’argument selon lequel l’avis de concours ne précisait pas la vraie nature de l’épreuve telle qu’elle ressortait des dispositions générales de 2015, de sorte qu’il a violé l’article 1er, paragraphe 1, sous e), de l’annexe III du statut, il suffit de rappeler que lesdites dispositions n’étaient pas applicables en l’espèce, de sorte que le requérant n’a apporté aucun élément permettant d’établir une telle violation.

88 En troisième lieu, s’agissant de l’argument selon lequel l’absence d’informations sur les compétences relatives au domaine constitue également une violation de l’article 1er, paragraphe 1, sous e), de l’annexe III du statut, il y a lieu de relever que l’avis de concours précisait la nature de l’épreuve, étant donné qu’il en ressortait explicitement que l’épreuve consisterait en une présentation orale, suivie d’une séance de questions-réponses. L’article 1er, paragraphe 1, sous e), de l’annexe III du statut n’exige pas que soit indiqué le contenu détaillé des épreuves.

89 Partant, la troisième branche du premier moyen doit être rejetée comme en partie inopérante et en partie non fondée.

Sur la quatrième branche du premier moyen, tirée de la violation du droit à une bonne administration consacré à l’article 41 de la Charte

90 Le requérant soutient que, en vertu du droit à une bonne administration consacré à l’article 41 de la Charte, il y a lieu pour l’administration de prendre en considération, lorsqu’elle statue à propos de la situation d’un candidat à un concours, l’ensemble des éléments qui sont susceptibles de déterminer sa décision et, ce faisant, de tenir compte, notamment, de l’intérêt dudit candidat.

91 Le requérant affirme à cet égard que, en modifiant arbitrairement la structure de l’épreuve de présentation orale, l’EPSO n’a pas pris en compte ses intérêts et ne s’est pas assuré que l’épreuve de présentation orale serait conforme à la loi. L’EPSO aurait ainsi violé l’article 41 de la Charte et, partant, son droit à une bonne administration.

92 Le requérant précise que, contrairement à ce qu’affirme la Commission, il s’attendait à devoir répondre à des questions relatives au droit de l’Union, mais pas dans le cadre d’une partie distincte représentant 60 % de l’épreuve de présentation orale, laquelle, de surcroit, a eu une durée totale de 50 minutes, et non de 20 minutes comme cela était prévu par les dispositions générales de 2015 et indiqué sur le site Internet de l’EPSO.

93 La Commission fait valoir qu’aucun changement dans la structure et dans la portée de l’épreuve de présentation orale n’a été opéré et estime dès lors que la quatrième branche du premier moyen n’est pas fondée.

94 S’agissant de l’argument tiré d’une violation de l’article 41 de la Charte en raison de la prétendue modification arbitraire de la structure de l’épreuve de présentation orale, il convient de rappeler que, ainsi que cela ressort, respectivement, des points 69 à 74 et des points 63 à 67 ci-dessus, l’épreuve de présentation orale conduite par le jury était conforme à l’avis de concours et que les dispositions générales de 2015 n’étaient pas applicables en l’espèce, de sorte qu’aucune modification de la structure de l’épreuve n’a pu être établie.

95 Partant, la quatrième branche du premier moyen doit être rejetée comme non fondée.

Sur la cinquième branche du premier moyen, tirée de la violation du code de bonne conduite administrative

96 En premier lieu, le requérant fait valoir que la modification arbitraire de la structure et de la portée de l’épreuve de présentation orale constitue une violation du principe de légalité, dans la mesure où l’EPSO n’a pas agi conformément, notamment, aux dispositions générales de 2015 et au statut.

97 En second lieu, ladite modification constituerait également une violation du principe de cohérence, étant donné que le comportement administratif de l’EPSO n’aurait pas été cohérent et n’aurait pas été conforme à sa « pratique normale ».

98 La Commission fait valoir que la structure de l’épreuve de présentation orale n’a pas été modifiée et que tous les candidats ont été dûment informés du format, des modalités et du contenu de l’épreuve, de sorte que la cinquième branche du premier moyen n’est pas fondée.

99 Il convient de rappeler qu’il ressort du point 37 ci-dessus que le code de bonne conduite administrative ne s’applique pas à la situation du requérant.

100 En tout état de cause, il y a lieu de constater que le requérant n’apporte aucun élément concret permettant de conclure à une violation des principes de légalité et de cohérence. Il se contente de mentionner que ladite violation découle d’une modification arbitraire de la structure et de la portée de l’épreuve de présentation orale, qui est contraire aux dispositions générales de 2015, au statut et à la « pratique normale » de l’EPSO.

101 Partant, et compte tenu également de l’absence de modification de la structure de l’épreuve de présentation orale constatée aux points 69 à 74 ci-dessus, ainsi que de l’inapplicabilité des dispositions générales de 2015 constatée aux points 63 à 67 ci-dessus, les griefs tirés de la violation des principes de légalité et de cohérence, tels qu’ils découleraient du code de bonne conduite administrative, doivent être rejetés comme inopérants et, en tout état de cause, non fondés.

Sur la sixième branche du premier moyen, tirée de la violation des principes de sécurité juridique, de protection de la confiance légitime et de bonne foi

102 En premier lieu, le requérant invoque le principe de sécurité juridique, qui exigerait notamment, selon une jurisprudence constante, qu’une réglementation soit claire et précise, afin que les intéressés puissent connaître sans ambiguïté leurs droits et obligations et prendre leurs dispositions en conséquence. Ce principe s’appliquerait également aux règles de concours de l’EPSO.

103 En deuxième lieu, le requérant invoque le principe de protection de la confiance légitime, qui s’étendrait, selon une jurisprudence constante, à toute personne qui se trouve dans une situation de laquelle il ressort que les institutions de l’Union ont fait naître chez elle des espérances fondées. Ce principe impliquerait que les autorités de l’Union ne peuvent modifier leurs politiques arbitrairement, mais doivent en préserver la cohérence.

104 Le requérant invoque plus précisément sa confiance légitime quant au fait que la durée de l’épreuve de présentation orale serait de 20 minutes et que sa connaissance du droit de l’Union serait évaluée dans le cadre de la séance de questions-réponses prévue à la suite de sa présentation orale, et non dans le cadre d’une partie distincte de l’épreuve.

105 Le requérant précise à cet égard qu’il n’existe pas de règles strictes quant à la forme des déclarations qui engagent les autorités. Celles-ci pourraient découler notamment de communications, de pratiques administratives et de codes de conduite. Il se serait ainsi fié à l’avis de concours, mais également à des messages privés du jury et à des informations figurant sur le site Internet officiel de l’EPSO, à l’expérience qu’il aurait acquise du fait de sa participation à plusieurs concours de l’EPSO, ainsi qu’au code de bonne conduite administrative.

106 En troisième lieu, le requérant soutient également que, toujours selon une jurisprudence constante, l’action de l’autorité dans le domaine administratif est soumise au respect du principe de bonne foi. Ce principe impliquerait que les personnes qui agissent de bonne foi sur la base de la loi telle qu’elle est, ou paraît être, ne doivent pas être déçues dans leurs attentes, et engloberait les prises de position ayant force obligatoire. Le requérant avance à cet égard qu’il avait une confiance légitime dans le fait que l’EPSO respecterait ce principe, de sorte qu’il a abordé le concours de bonne foi et qu’il a interprété les prises de position publiques de l’EPSO et les messages qui lui avaient été adressés par ce dernier comme un « tout fusionnel ».

107 La Commission soutient quant à elle que, étant donné qu’il n’y a eu aucune modification de la portée et de la structure de l’épreuve, il n’y a eu aucune violation de ces principes.

108 Il y a lieu de constater que, dans le cadre de la présente branche, le requérant n’apporte aucun élément additionnel concret permettant de conclure à la violation des principes de sécurité juridique, de confiance légitime et de bonne foi. Ainsi, il convient de renvoyer aux considérations relatives aux cinq branches susmentionnées et de rejeter également la sixième branche comme non fondée, ainsi que, partant, le premier moyen dans son ensemble.

Sur le deuxième moyen, tiré de la communication illégale d’informations inexactes, peu claires, ambiguës, incohérentes et contradictoires

109 Par son deuxième moyen, le requérant reproche à l’EPSO de lui avoir communiqué, par différents moyens, des informations inexactes, peu claires, ambiguës, incohérentes et contradictoires, sur lesquelles il s’est fondé dans son approche de l’épreuve de présentation orale et qui ont fait naître des attentes légitimes dans son esprit.

110 Le deuxième moyen est composé, en substance, de quatre branches. Dans le cadre de la première branche, le requérant invoque le principe de protection de la confiance légitime. La deuxième, la troisième et la quatrième branches sont tirées, respectivement, de la violation du principe de bonne administration, de la violation du code de bonne conduite administrative et de la violation des principes de sécurité juridique, de protection de la confiance légitime et de bonne foi.

Sur la première branche du deuxième moyen, tirée de la violation du principe de protection de la confiance légitime

111 Le requérant indique, en substance, que l’EPSO s’est prononcé à plusieurs occasions, notamment sur son site Internet officiel, sur les modalités de l’épreuve de présentation orale. Le requérant se serait fié à ces informations et aurait nourri une confiance légitime à cet égard.

112 En premier lieu, le requérant mentionne la page d’énoncé de l’épreuve de présentation orale, sur laquelle il était indiqué qu’à la suite de sa propre présentation orale, ses compétences relatives au domaine seraient évaluées dans « la(les) partie(s) restante(s) ». Il avance que cette description, qui prêterait à confusion, n’est cependant que partiellement conforme aux dispositions générales de 2015, dans la mesure où elle fait vaguement allusion au fait que l’épreuve pourrait comporter plusieurs parties.

113 En deuxième lieu, le requérant se réfère à la page Internet intitulée « Exemples de tests », sur laquelle il était indiqué que la durée de l’épreuve de présentation orale, consistant en une présentation orale concernant un problème fictif et des questions s’y rapportant, serait de 20 minutes, ce que la Commission reconnaîtrait elle-même. Il estime que cette description était quant à elle parfaitement conforme aux dispositions générales de 2015.

114 Selon le requérant, cette description était supposée être à jour et faire autorité, étant donné qu’elle avait été publiée dans le but d’apporter des informations sur le format du concours. Ainsi, et compte tenu de son expérience antérieure relative aux pratiques administratives de l’EPSO, le requérant aurait cru de bonne foi que les informations figurant sur la page Internet intitulée « Exemples de tests » étaient à jour et qu’elles faisaient autorité, de sorte qu’il aurait acquis une confiance légitime quant à la portée et à la structure de l’épreuve de présentation orale ainsi qu’à sa durée de 20 minutes.

115 En troisième lieu, le requérant souligne que cette confiance légitime n’a pas été remise en cause par la lettre d’invitation du 31 mai 2022. S’il relève qu’il y était indiqué que la durée de l’épreuve de présentation orale serait d’« environ 40 à 50 minutes », le requérant soutient que cette durée ne correspondait pas à la durée de 20 minutes indiquée dans d’autres sources officielles, à savoir notamment la page Internet intitulée « Exemples de tests ».

116 Le requérant estime que, eu égard au fait que la durée figurant dans la lettre d’invitation du 31 mai 2022 était contraire aux dispositions générales de 2015, alors que la page Internet intitulée « Exemples de tests » était parfaitement conforme à ces dernières, il pouvait raisonnablement conclure que l’épreuve ne durerait que 20 minutes et que la durée de 40 à 50 minutes indiquée dans ladite lettre d’invitation tenait compte d’éventuels problèmes techniques ou logistiques. Par ailleurs, s’il reconnaît que la durée de 40 à 50 minutes n’était pas contraire à l’avis de concours, il soutient que cela vaut également pour la durée de 20 minutes indiquée sur le site Internet de l’EPSO.

117 Ainsi, selon le requérant, la seule conclusion cohérente sur le plan juridique, en laquelle il aurait placé une confiance légitime, était celle selon laquelle la présentation orale consisterait en une présentation de 5 minutes et une séance de questions-réponses de 15 minutes.

118 En quatrième lieu, le requérant se réfère également à l’intitulé de l’épreuve, qui serait inexact, dès lors que 60 % de l’épreuve n’auraient pas été consacrés à une présentation orale en tant que telle, mais à un examen portant sur le droit de l’Union. Il précise que le large pouvoir d’appréciation du jury ne saurait justifier le choix inadéquat de l’intitulé de l’épreuve.

119 Dans la réplique, le requérant soutient que, contrairement à ce qu’alléguerait la Commission, il ne revient pas aux candidats de contacter l’EPSO lorsqu’ils nourrissent des doutes, mais il revient à l’EPSO de fournir à tous les candidats des informations claires et exactes, de sorte qu’il aurait pu légitimement s’attendre à ce que l’épreuve de présentation orale soit conforme aux dispositions générales de 2015 et au site Internet de l’EPSO.

120 Le requérant avance, par ailleurs, que le site Internet de l’EPSO est supposé apporter des éléments d’information supplémentaires, puisque l’avis de concours ne permet pas de communiquer suffisamment d’informations détaillées.

121 Le requérant relève à cet égard que l’EPSO lui-même a invité les candidats, sur la page d’énoncé de l’épreuve de présentation orale, à consulter la page Internet intitulée « Exemples de tests ». Le requérant estime en substance que, dans la mesure où les déclarations publiques de l’EPSO sont censées comporter des informations claires et exactes conformément au principe patere legem quam ipse fecisti, les informations figurant sur le site Internet de l’EPSO faisaient autorité. Il précise qu’il ne s’attendait pas, contrairement à ce que soutient la Commission, à ce que les exemples de tests fournis correspondent exactement aux épreuves prévues dans le cadre du concours, mais à ce que lui soit donnée une idée générale fidèle et précise des épreuves et, en particulier, de l’épreuve de présentation orale.

122 En outre, le requérant souligne que la version du site Internet de l’EPSO telle que reprise par la Commission dans le mémoire en défense, créée au mois de septembre 2023, ne correspond pas à la version publiée au moment des faits, laquelle aurait été modifiée par l’EPSO afin de limiter la portée de ses déclarations.

123 Par ailleurs, s’agissant du nombre de parties constitutives de l’épreuve orale, le requérant soutient, en substance, qu’il ne ressortait pas sans équivoque du libellé de la page d’énoncé de l’épreuve de présentation orale que celle-ci serait composée de plusieurs parties.

124 La Commission soutient que l’argument du requérant n’est pas fondé.

125 Il convient de rappeler que, conformément à la jurisprudence citée au point 57 ci-dessus, l’invocation, par le requérant, de la protection de sa confiance légitime exige notamment que des assurances précises sous la forme de renseignements précis, inconditionnels et concordants, émanant de sources autorisées et fiables, lui aient été fournies par l’administration. Par ailleurs, les assurances données doivent être conformes aux normes applicables. En revanche, le requérant ne saurait invoquer une violation de ce principe en l’absence de telles assurances.

126 En l’espèce, il y a lieu de relever que, ainsi que cela a été constaté aux points 64 à 67 ci-dessus, seuls l’avis de concours et ses annexes constituent le cadre juridique contraignant applicable en l’espèce. Ce cadre juridique a également été confirmé dans la lettre d’invitation du 31 mai 2022 qui visait uniquement l’avis de concours, les règles générales applicables aux concours généraux qui y étaient annexées ainsi que l’avis rectificatif de l’avis de concours. Il était, par ailleurs, indiqué dans cette lettre d’invitation que l’épreuve de présentation orale durerait entre 40 et 50 minutes. Enfin, ladite lettre d’invitation incitait le requérant à consulter la page d’énoncé de l’épreuve de présentation orale. Il y a lieu de constater à cet égard, à l’instar du requérant, que la page d’énoncé de l’épreuve de présentation orale indiquait qu’à la suite de sa propre présentation orale, ses compétences relatives au domaine seraient évaluées dans « la(les) partie(s) restante(s) », pour lesquelles les instructions lui seraient communiquées le jour de l’épreuve. La page d’énoncé de l’épreuve de présentation orale faisait, dès lors, allusion au fait que l’épreuve pourrait comporter plusieurs parties.

127 Ainsi, les informations dont le requérant disposait par le biais, premièrement, de l’avis de concours, deuxièmement, de la lettre d’invitation et, troisièmement, de la page d’énoncé de l’épreuve de présentation orale, et qui lui ont été directement ou indirectement communiquées par l’EPSO, étaient précises, inconditionnelles et concordantes, conformément à la jurisprudence citée au point 125 ci-dessus et correspondent, par ailleurs, exactement à l’épreuve de présentation orale qui a effectivement eu lieu, telle que décrite par le requérant lui-même. Dès lors, le requérant ne peut valablement soutenir qu’il nourrissait une confiance légitime dans le fait que l’épreuve de présentation orale consisterait uniquement en une présentation orale suivie de questions portant sur cette dernière, et qu’elle durerait 20 minutes.

128 Par ailleurs, la page Internet intitulée « Exemples de tests » à laquelle le requérant fait référence ne revêt aucune valeur juridique et n’a, tout au plus, qu’une valeur indicative quant au contenu matériel potentiel des tests. Ce constat ne saurait être remis en cause par l’allégation selon laquelle l’EPSO aurait, sur la page d’énoncé de l’épreuve de présentation orale, invité lui-même les candidats à consulter la page Internet intitulée « Exemples de tests ». Il est en effet indiqué sur la page d’énoncé de l’épreuve de présentation orale que les candidats trouveront sur la page Internet susmentionnée « des exemples de tests », sans qu’il soit affirmé que lesdits exemples correspondent dans les moindres détails aux tests auxquels les candidats seront soumis dans le cadre des épreuves. En outre, l’argument tiré de l’expérience passée du requérant ne saurait non plus prospérer en l’espèce, compte tenu du fait qu’il était expressément indiqué dans l’avis de concours et dans la lettre d’invitation du 31 mai 2022 que l’avis de concours et ses annexes constituaient le cadre juridique contraignant.

129 Partant, la première branche du deuxième moyen, tirée de la violation du principe de protection de la confiance légitime, doit être rejetée comme non fondée.

Sur la deuxième branche du deuxième moyen, tirée de la violation du principe de bonne administration

130 Le requérant soutient que, en violation de son droit à une bonne administration tel que défini au point 90 ci-dessus, l’EPSO n’a ni pris en considération tous les facteurs susceptibles d’affecter sa décision, tels que les prétendues incohérences dans la description de l’épreuve de présentation orale et la confusion qui en aurait résulté, ni tenu compte de ses intérêts. Il lui aurait, au contraire, communiqué des informations inexactes, peu claires, ambiguës, incohérentes et contradictoires.

131 Le requérant s’appuie également, tout en reconnaissant l’absence de force obligatoire, sur le considérant 11 de la résolution du Parlement du 9 juin 2016 pour une administration de l’Union ouverte, efficace et indépendante [2016/2610(RSP)], au titre duquel l’existence de règles et de procédures contradictoires, incohérentes ou peu claires pourrait être source de mauvaise administration. Ce considérant aurait une grande valeur interprétative.

132 La Commission renvoie à ses arguments figurant au point 93 ci-dessus et conclut que la deuxième branche du deuxième moyen n’est pas fondée.

133 S’agissant de la prétendue valeur interprétative que posséderait le considérant 11 de la résolution du Parlement du 9 juin 2016 pour une administration de l’Union ouverte, efficace et indépendante [2016/2610(RSP)], le requérant n’apporte aucun élément permettant d’accorder une telle valeur audit considérant, d’autant plus qu’il reconnaît lui-même que celui-ci n’a aucune valeur contraignante.

134 S’agissant de l’allégation selon laquelle l’EPSO aurait dû, en vertu du droit à une bonne administration consacré à l’article 41 de la Charte, prendre en considération les prétendues incohérences dans la description de l’épreuve de présentation orale ainsi que les intérêts du requérant, il convient de relever que le requérant n’apporte, dans le cadre de la présente branche, aucun élément permettant d’établir une violation de son droit à une bonne administration. En tout état de cause, force est de constater que les seuls documents qui constituent le cadre juridique contraignant en l’espèce, à savoir l’avis de concours et ses annexes, ne présentent aucune contradiction, incohérence ou ambiguïté. Compte tenu du fait qu’il a été établi que le requérant avait été dûment informé, par l’avis de concours et la lettre d’invitation du 31 mai 2022, du cadre juridique contraignant applicable au concours en cause, la deuxième branche du deuxième moyen doit être rejetée comme non fondée.

Sur la troisième branche du deuxième moyen, tirée de la violation du code de bonne conduite administrative

135 Selon le requérant, la communication d’informations inexactes, peu claires, ambiguës, incohérentes et contradictoires constitue une violation du principe de cohérence, étant donné que l’EPSO n’a pas été cohérent avec sa propre conduite administrative.

136 Il convient de rappeler qu’il ressort du point 37 ci-dessus que le code de bonne conduite administrative ne s’applique pas à la situation du requérant.

137 En tout état de cause, il y a lieu de constater que le requérant n’apporte aucun élément concret permettant de conclure à une violation du principe de cohérence. Il se contente de mentionner qu’une telle violation découle de la communication d’informations inexactes, peu claires, ambiguës, incohérentes et contradictoires. Il suffit à cet égard de rappeler, ainsi que cela ressort du point 134 ci-dessus, que les seuls documents qui constituent le cadre juridique contraignant en l’espèce, à savoir l’avis de concours et ses annexes, ne présentent aucune contradiction, incohérence ou ambiguïté.

138 Partant, la troisième branche du deuxième moyen doit être rejetée comme inopérante et, en tout état de cause, non fondée.

Sur la quatrième branche du deuxième moyen, tirée de la violation des principes de sécurité juridique, de protection de la confiance légitime et de bonne foi

139 En premier lieu, le requérant soutient qu’en lui communiquant des informations inexactes, peu claires, ambiguës, incohérentes et contradictoires, l’EPSO a violé le principe de sécurité juridique tel que défini au point 102 ci-dessus.

140 En deuxième lieu, le requérant invoque une violation du principe de protection de la confiance légitime et réitère ses arguments reproduits aux points 103 à 105 ci-dessus.

141 En troisième lieu, le requérant invoque une violation du principe de bonne foi et réitère ses arguments reproduits au point 106 ci-dessus.

142 Il y a lieu de constater que, dans le cadre de la présente branche, le requérant n’a apporté aucun élément concret permettant de conclure à une violation des principes de sécurité juridique, de protection de la confiance légitime et de bonne foi, de sorte que ces griefs ne sauraient être accueillis.

143 Dès lors, il y a lieu de rejeter la quatrième branche du deuxième moyen comme non fondée et, partant, la demande en annulation de la décision du 28 février 2023 dans son ensemble.

Sur les conclusions indemnitaires

144 Dans le cadre de ses conclusions indemnitaires, le requérant indique avoir subi un préjudice non matériel qui a résulté de la négligence de l’EPSO, en conséquence de laquelle son nom n’a pas pu être inscrit sur la liste de réserve. Cette circonstance aurait provoqué chez lui des « sentiments de grave injustice, d’avoir gâché ses efforts, de tromperie, de découragement et d’anxiété ». Le requérant évalue son préjudice ex æquo et bono à hauteur de 7 000 euros.

145 La Commission conclut quant à elle au rejet des conclusions indemnitaires.

146 Selon une jurisprudence constante, les conclusions tendant à la réparation d’un préjudice matériel ou moral doivent être rejetées lorsqu’elles présentent un lien étroit avec les conclusions en annulation qui ont, elles-mêmes, été rejetées soit comme irrecevables, soit comme non fondées (voir arrêt du 19 octobre 2022, MV/Commission, T‑624/20, non publié, EU:T:2022:653, point 145 et jurisprudence citée).

147 En l’espèce, il ressort de la requête que la demande en indemnité est étroitement liée à la demande en annulation, le dommage immatériel dont le requérant demande la réparation ayant pour origine les illégalités qui entacheraient la décision du 28 février 2023.

148 La demande d’annulation de la décision du 28 février 2023 ayant été rejetée comme non fondée, la demande en indemnité doit également être rejetée et, partant, le recours dans son ensemble.

Sur les dépens

149 Aux termes de l’article 135, paragraphe 1, du règlement de procédure du Tribunal, lorsque l’équité l’exige, le Tribunal peut décider qu’une partie qui succombe supporte, outre ses propres dépens, uniquement une fraction des dépens de l’autre partie, voire qu’elle ne doit pas être condamnée à ce titre.

150 En l’espèce, le Tribunal constate que l’EPSO a laissé s’écouler le délai de quatre mois, prévu à l’article 90, paragraphe 2, du statut, sans adopter une décision explicite de rejet de la réclamation. La décision explicite de rejet de la réclamation a en effet été adoptée le 27 octobre 2023, à savoir plus de sept mois après l’introduction de la réclamation par le requérant et seulement trois jours avant l’expiration du délai de distance forfaitaire de dix jours prévu à l’article 60 du règlement de procédure, qui s’ajoute au délai de recours de trois mois. Dans ces circonstances, il ne saurait être reproché au requérant de ne pas avoir attendu de recevoir la décision explicite de rejet de la réclamation et de prendre connaissance de la motivation qui y figurait avant d’introduire le présent recours. Partant, il convient de décider que chaque partie supportera ses propres dépens.

Par ces motifs,

LE TRIBUNAL (cinquième chambre)

déclare et arrête :

1) Le recours est rejeté.

2) M. Yavor Markov et la Commission européenne supporteront chacun leurs propres dépens.

Svenningsen

Laitenberger

Stancu

Ainsi prononcé en audience publique à Luxembourg, le 13 novembre 2024.

Signatures


* Langue de procédure : l’anglais.