Jurisprudence CJUE62023TJ1124

Jurisprudence CJUE — 62023TJ1124

CELEX62023TJ1124
TypeJurisprudence CJUE
Datemercredi 13 novembre 2024

Texte intégral

DOCUMENT DE TRAVAIL

ARRÊT DU TRIBUNAL (première chambre)

13 novembre 2024 (*)

« Marque de l’Union européenne – Procédure d’opposition – Demande de marque de l’Union européenne verbale PEGADOR – Marque de l’Union européenne verbale antérieure PECCATORE – Motif relatif de refus – Absence de risque de confusion – Article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement (UE) 2017/1001 »

Dans l’affaire T‑1124/23,

Dyadema Srl, établie à San Zenone degli Ezzelini (Italie), représentée par Mes F. Celluprica, F. Fischetti et F. De Bono, avocats,

partie requérante,

contre

Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO), représenté par M. T. Klee, en qualité d’agent,

partie défenderesse,

l’autre partie à la procédure devant la chambre de recours de l’EUIPO, intervenant devant le Tribunal, étant

Pegador GmbH, établie à Emsdetten (Allemagne), représentée par Mes E. Haag et S. Krämer, avocats,

LE TRIBUNAL (première chambre),

composé, lors des délibérations, de MM. R. Mastroianni (rapporteur), faisant fonction de président, I. Gâlea et S. L. Kalėda, juges,

greffier : M. V. Di Bucci,

vu la phase écrite de la procédure,

vu l’absence de demande de fixation d’une audience présentée par les parties dans le délai de trois semaines à compter de la signification de la clôture de la phase écrite de la procédure et ayant décidé, en application de l’article 106, paragraphe 3, du règlement de procédure du Tribunal, de statuer sans phase orale de la procédure,

rend le présent

Arrêt

1 Par son recours fondé sur l’article 263 TFUE, la requérante, Dyadema Srl, demande l’annulation de la décision de la deuxième chambre de recours de l’Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO) du 13 septembre 2023 (affaire R 331/2023‑2) (ci-après la « décision attaquée »).

Antécédents du litige

2 Le 12 juillet 2021, l’intervenante, Pegador GmbH, a présenté à l’EUIPO une demande d’enregistrement de marque de l’Union européenne pour la marque verbale PEGADOR qui a été publiée au Bulletin des marques de l’Union européenne no 2021/138, du 26 juin 2018.

3 La marque demandée désignait notamment les produits relevant de la classe 14 au sens de l’arrangement de Nice concernant la classification internationale des produits et des services aux fins de l’enregistrement des marques, du 15 juin 1957, tel que révisé et modifié, et correspondant à la description suivante : « Articles de bijouterie-joaillerie ; instruments de mesure du temps ; coffrets à bijoux et coffrets à montres ».

4 Le 25 octobre 2021, la requérante, Dyadema Srl, a formé opposition à l’enregistrement de la marque demandée pour les produits visés au point 3 ci-dessus.

5 L’opposition était fondée sur la marque de l’Union européenne verbale antérieure PECCATORE pour laquelle la demande d’enregistrement a été déposée le 23 octobre 2018 et enregistrée le 13 février 2019 sous le numéro 17 971 893, désignant les produits relevant de la classe 14 et correspondant à la description suivante : « Jais brut ou mi-ouvré ; amulettes [bijouterie] ; bagues [bijouterie] ; anneaux brisés en métaux précieux pour clés ; argent brut ou battu ; articles d’horlogerie ; bracelets ; bracelets de montres ; cabochons ; calcédoine ; cabinets [boîtes] d’horloges ; boîtiers de montre ; chaînes [bijouterie] ; chaînes de montres ; chaînes [bijoux] pour bracelets de cheville ; fermoirs pour la bijouterie ; pendentifs [bijoux] ; breloques pour la bijouterie ; articles de bijouterie-joaillerie ; colliers [bijouterie] ; chapelets ; épingles de cravates ; crucifix en tant qu’articles de bijouterie ; chronographes [montres] ; chronomètres ; diadèmes ; diamants ; alliances ; figurines [statuettes] en métaux précieux ; fils de métaux précieux [bijouterie] ; boutons de manchettes ; gemmes ; pierres fines ; jades ; lingots de métaux précieux ; médailles ; médaillons [bijouterie] ; métaux précieux ; monnaies ; objets d’art en métaux précieux ; boucles d’oreilles ; or ; montres ; palladium ; perles [bijouterie] ; pierres précieuses ; platine [métal] ; porte-clefs en cuir ; anneaux de porte-clés non métalliques ; coffrets à bijoux [écrins ou boîtes] ; rhodium ; boîtes en métaux précieux ; émeraudes ; épingles [bijouterie] ; réveille-matin ; topaze ; saphir ; broches pour foulards en tant que bijoux ; clips de bijouterie visant à adapter les boucles d’oreilles pour oreilles percées aux boucles d’oreilles avec clips ; fixe-cravates en métaux précieux ; apprêts pour la bijouterie ; bijoux en métaux semi-précieux ; bijoux fabriqués à partir de métaux non précieux ».

6 Les motifs invoqués à l’appui de l’opposition étaient ceux visés à l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement (UE) 2017/1001 du Parlement européen et du Conseil, du 14 juin 2017, sur la marque de l’Union européenne (JO 2017, L 154, p. 1).

7 Le 19 décembre 2022, la division d’opposition a rejeté l’opposition dans son intégralité.

8 Le 8 février 2023, la requérante a formé un recours auprès de l’EUIPO contre la décision de la division d’opposition.

9 Par la décision attaquée, la chambre de recours a rejeté le recours dans son intégralité au motif qu’il n’existait pas de risque de confusion dans l’esprit du public pertinent entre les marques en cause. En premier lieu, elle a considéré que le public concerné était composé à la fois du grand public, dont le niveau d’attention variait de moyen à élevé, et de professionnels du secteur de la bijouterie, dont le niveau d’attention était élevé, l’Union européenne étant le territoire pertinent. En deuxième lieu, s’agissant de la comparaison des produits en cause, elle a estimé que les produits relevant de la classe 14 visés par la marque demandée étaient identiques aux « articles de bijouterie-joaillerie ; boîtes en métaux précieux ; montres » relevant de la classe 14 visés par la marque antérieure. En troisième lieu, s’agissant de la comparaison des signes en cause, elle a considéré que, sur le plan visuel et phonétique, ils présentaient un degré de similitude inférieur à la moyenne. Sur le plan conceptuel, elle a relevé qu’il n’y avait pas de similitude entre ces signes pour ledit public. Prenant ces éléments en considération pour l’appréciation globale du risque de confusion et eu égard au caractère distinctif normal de la marque antérieure, elle a conclu qu’il n’existait pas de risque de confusion entre les marques en conflit.

Conclusions des parties

10 La requérante conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :

– annuler la décision attaquée ;

– condamner l’EUIPO aux dépens, y compris ceux exposés aux fins de la procédure devant la division d’opposition.

11 L’EUIPO conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :

– rejeter le recours ;

– condamner la requérante aux dépens en cas de convocation à une audience.

12 L’intervenante conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :

– confirmer la décision attaquée ;

– rejeter le recours ;

– condamner la requérante aux dépens.

En droit

13 La requérante invoque, en substance, un moyen unique, tiré de la violation de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001. Elle conteste les appréciations de la chambre de recours relatives, premièrement, à la similitude des signes en cause, deuxièmement, au degré de caractère distinctif de la marque antérieure et, troisièmement, à l’appréciation globale du risque de confusion.

14 L’EUIPO et l’intervenante contestent les arguments de la requérante.

15 Aux termes de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001, sur opposition du titulaire d’une marque antérieure, la marque demandée est refusée à l’enregistrement lorsque, en raison de son identité ou de sa similitude avec une marque antérieure et en raison de l’identité ou de la similitude des produits ou des services que les deux marques désignent, il existe un risque de confusion dans l’esprit du public du territoire sur lequel la marque antérieure est protégée. Le risque de confusion comprend le risque d’association avec la marque antérieure.

16 Constitue un risque de confusion le risque que le public puisse croire que les produits ou les services en cause proviennent de la même entreprise ou d’entreprises liées économiquement. Le risque de confusion doit être apprécié globalement, selon la perception que le public pertinent a des signes et des produits ou des services en cause, et en tenant compte de tous les facteurs pertinents en l’espèce, notamment de l’interdépendance de la similitude des signes et de celle des produits ou des services désignés [voir arrêt du 9 juillet 2003, Laboratorios RTB/OHMI – Giorgio Beverly Hills (GIORGIO BEVERLY HILLS), T‑162/01, EU:T:2003:199, points 30 à 33 et jurisprudence citée].

17 Aux fins de l’application de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001, un risque de confusion présuppose à la fois une identité ou une similitude des marques en cause et une identité ou une similitude des produits ou des services qu’elles désignent. Il s’agit là de conditions cumulatives [voir arrêt du 22 janvier 2009, Commercy/OHMI – easyGroup IP Licensing (easyHotel), T‑316/07, EU:T:2009:14, point 42 et jurisprudence citée].

18 C’est à la lumière de ces considérations qu’il y a lieu d’examiner si c’est à juste titre que la chambre de recours a conclu à l’absence d’un risque de confusion dans l’esprit du public pertinent, au sens de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001.

Sur le public pertinent

19 Selon la jurisprudence, dans le cadre de l’appréciation globale du risque de confusion, il convient de prendre en compte le consommateur moyen de la catégorie de produits concernée, normalement informé et raisonnablement attentif et avisé. Il y a également lieu de prendre en considération le fait que le niveau d’attention du consommateur moyen est susceptible de varier en fonction de la catégorie de produits ou de services [voir arrêt du 13 février 2007, Mundipharma/OHMI – Altana Pharma (RESPICUR), T‑256/04, EU:T:2007:46, point 42 et jurisprudence citée].

20 La chambre de recours a considéré que le public pertinent était composé tant du grand public, dont le niveau d’attention était susceptible de varier de moyen à élevé en fonction des produits concernés, que de professionnels du secteur de la bijouterie, dont le niveau d’attention était élevé. Par ailleurs, elle a considéré que le territoire pertinent pour l’appréciation du risque de confusion était l’Union.

21 Il n’y a pas lieu de remettre en cause ces appréciations, au demeurant non contestées par la requérante.

22 Dans son mémoire en réponse, l’intervenante, sans contester explicitement la conclusion de la chambre de recours, allègue, en revanche, que le consommateur moyen doit être considéré comme ayant un niveau d’attention élevé, au motif que les produits en cause ne sont pas achetés régulièrement et sont généralement achetés par l’intermédiaire d’un vendeur. En outre, même les produits ayant un prix plus réduit seraient soigneusement examinés et sélectionnés par les consommateurs, car ils serviraient pour embellir l’apparence du corps humain.

23 À cet égard, pour autant que l’argument de l’intervenante devrait être compris comme un moyen autonome au sens de l’article 173, paragraphe 3, du règlement de procédure du Tribunal, il ne pourrait qu’être rejeté dans la mesure où un tel moyen serait incompatible avec ses propres conclusions [voir, en ce sens, arrêt du 22 mars 2023, Casa International/EUIPO – Interstyle (casa), T‑650/21, non publié, EU:T:2023:155, point 22 et jurisprudence citée]. En effet, dans son mémoire en réponse, l’intervenante n’a pas conclu à l’annulation ou à la réformation de la décision attaquée. Au contraire, elle a conclu à ce qu’il plaise au Tribunal de rejeter le présent recours.

Sur la comparaison des produits

24 En l’espèce, la chambre de recours, confirmant l’appréciation de la division d’opposition, a considéré que les produits en cause étaient identiques. Il n’y a pas lieu de remettre en cause cette appréciation, au demeurant non contestée par les parties.

Sur la comparaison des signes

25 L’appréciation globale du risque de confusion doit, en ce qui concerne la similitude visuelle, phonétique ou conceptuelle des signes, être fondée sur l’impression d’ensemble produite par ceux-ci, en tenant compte, notamment, de leurs éléments distinctifs et dominants. La perception des marques qu’a le consommateur moyen des produits ou des services en cause joue un rôle déterminant dans l’appréciation globale dudit risque. À cet égard, le consommateur moyen perçoit normalement une marque comme un tout et ne se livre pas à un examen de ses différents détails (voir arrêt du 12 juin 2007, OHMI/Shaker, C‑334/05 P, EU:C:2007:333, point 35 et jurisprudence citée).

26 En l’espèce, la chambre de recours a considéré que les signes en cause présentaient un degré de similitude inférieur à la moyenne sur les plans visuel et phonétique et qu’ils n’étaient similaires sur le plan conceptuel ni pour le public italophone, lusophone et hispanophone, ni pour le reste du public pertinent, qui ne voyaient de signification dans aucun desdits signes.

27 La requérante conteste l’appréciation de la chambre de recours en ce qui concerne la similitude des signes en cause, qui, selon elle, doit être considérée comme au moins moyenne, voire élevée sur le plan visuel et élevée sur le plan phonétique. Par ailleurs, ces signes devraient être considérées comme étant, sur le plan conceptuel, très similaires ou presque identiques.

28 L’EUIPO et l’intervenante contestent les arguments de la requérante.

Sur la comparaison visuelle

29 La chambre de recours a indiqué que les signes en cause présentaient un degré de similitude inférieur à la moyenne sur le plan visuel. Elle a constaté que ces signes coïncidaient par la séquence de lettres « p », « e », « a », « o » et « r ». Elle a cependant relevé que lesdits signes différaient tout d’abord par leur longueur. Ensuite, elle a considéré que quatre des neuf lettres de la marque antérieure n’étaient pas incluses dans la marque demandée et qu’il existait un écart immédiatement perceptible entre le groupe de lettres « cc » et la lettre « t » dans la marque antérieure et les lettres « g » et « d » dans la marque demandée. En outre, les lettres communes, bien que reproduites dans le même ordre, n’étaient pas dans la même position. Enfin, ladite chambre a souligné que les signes en question se terminaient par des lettres différentes, à savoir la lettre « e » dans la marque antérieure et « r » dans la marque demandée.

30 La requérante conteste l’appréciation de la chambre de recours et soutient que les signes en cause ont un degré de similitude au moins moyen, voire élevé. Selon elle, ladite chambre n’a pas tenu compte du fait que les consommateurs prêtent généralement une plus grande attention au début d’une marque qu’à sa fin et que l’appréciation de la similitude visuelle doit être faite de manière globale. Elle précise que ces signes ont deux termes uniques, dans lesquels cinq lettres sur neuf de la marque antérieure sont identiques et presque dans la même position que les lettres de la marque demandée.

31 L’EUIPO et l’intervenante contestent les arguments de la requérante.

32 En l’espèce, il convient de relever que les signes en cause sont chacun composés d’un élément verbal unique, à savoir « PECCATORE » pour la marque antérieure et « PEGADOR » pour la marque demandée. En outre, ces signes coïncident par leurs deux premières lettres, à savoir les lettres « p » et « e », placées dans le même ordre au début desdits signes.

33 À cet égard, il est vrai que, selon la jurisprudence, le consommateur est réputé prêter généralement une plus grande attention au début d’une marque qu’à sa fin, la partie initiale d’une marque ayant normalement, tant sur le plan visuel que sur le plan phonétique, un effet plus fort que la partie finale de celle-ci [voir arrêt du 4 mai 2022, Bodegas Beronia/EUIPO – Bodegas Carlos Serres (ALEGRA DE BERONIA), T‑298/21, non publié, EU:T:2022:275, point 45 et jurisprudence citée].

34 Toutefois, cette considération ne saurait valoir dans tous les cas et remettre en cause le principe selon lequel l’examen de la similitude des signes doit prendre en compte l’impression d’ensemble produite par ceux-ci. De même, rien ne permet de considérer que le consommateur moyen normalement informé et raisonnablement attentif et avisé négligera systématiquement la seconde partie de l’élément verbal d’une marque au point de n’en mémoriser que la première partie [voir arrêt du 11 octobre 2023, Pascoe pharmazeutische Präparate/EUIPO – Novartis Pharma (PASCELMO), T‑435/22, non publié, EU:T:2023:610, point 45 et jurisprudence citée].

35 Dès lors, contrairement à ce qu’affirme la requérante, la chambre de recours n’était pas tenue d’attribuer aux deux premières lettres des signes en cause un effet plus fort que la partie finale de ceux-ci.

36 Par ailleurs, comme l’a constaté la chambre de recours, les signes en cause présentent plusieurs différences sur le plan visuel. En effet, premièrement, ils se différencient en termes de longueur, puisque la marque antérieure est composée de neuf lettres alors que la marque demandée de sept lettres. Deuxièmement, ils n’ont pas la même terminaison. Troisièmement, ils contiennent les lettres « a », « o » et « r » qui sont reproduites dans le même ordre, mais ces lettres n’occupent pas une position identique. Quatrièmement, la marque antérieure contient quatre lettres supplémentaires, « c », « c », « t » et « e », qui ne sont pas incluses dans la marque demandée, celle-ci contenant, en revanche, les lettres « g » et « d ». En particulier, les différentes lettres « c », « c » et « t », d’une part, et « g » et « d », d’autre part, placées au centre desdits signes, ont une influence indéniable dans l’impression créée par ceux‑ci.

37 Ainsi, contrairement à ce qu’affirme la requérante, l’appréciation de la chambre de recours découle de la prise en compte de l’impression d’ensemble produite par les signes en cause. En effet, le fait que les deux premières lettres « p » et « e », présentes au début desdits signes, soient identiques est contrebalancé par les différences tenant à la longueur desdits signes, au fait que près de la moitié des lettres de la marque antérieure ne sont pas incluses dans la marque demandée, que les lettres communes ne sont pas reproduites dans les mêmes positions et que ces signes diffèrent par leurs terminaisons.

38 À cet égard, le fait que la requérante ait invoqué un ensemble de décisions antérieures concernant des signes dont le début était identique, n’est pas susceptible de remettre en cause cette conclusion. En effet, les décisions que les chambres de recours de l’EUIPO sont amenées à prendre, en vertu du règlement 2017/1001, concernant l’enregistrement d’un signe en tant que marque de l’Union européenne, relèvent de l’exercice d’une compétence liée et non d’un pouvoir discrétionnaire. Dès lors, la légalité desdites décisions doit être appréciée uniquement sur le fondement de ce règlement, tel qu’interprété par le juge de l’Union, et non sur celui d’une pratique décisionnelle antérieure à celles-ci [voir, en ce sens, arrêt du 26 avril 2007, Alcon/OHMI, C‑412/05 P, EU:C:2007:252, point 65].

39 Par ailleurs, l’argument de la requérante selon lequel les lettres « c » et « g », lorsqu’elles sont suivies de la voyelle « a », ont le même son guttural, tandis que les lettres « t » et « d » sont des consonnes dentales et sont similaires sur le plan phonétique n’a aucune incidence sur l’examen de la similitude visuelle entre les signes en cause. Cet argument ne saurait par conséquent prospérer.

40 Il résulte de ce qui précède que la requérante n’a pas établi que la chambre de recours avait commis une erreur d’appréciation en considérant que les signes en cause avaient un degré de similitude visuelle inférieur à la moyenne.

Sur la comparaison phonétique

41 La chambre de recours a considéré que les signes en cause présentaient un degré de similitude inférieur à la moyenne sur le plan phonétique. Elle a constaté, tout d’abord, que lesdits signes coïncidaient par la séquence de lettres « p », « e », « a », « o » et « r ». Ensuite, elle a considéré que la marque antérieure se composait de quatre syllabes, à savoir « pe », « cca », « to » et « re », alors que la marque demandée comptait trois syllabes, à savoir « pe », « ga » et « dor ». En outre, elle a souligné que les lettres « g » et « d » de la marque demandée se prononçaient de manière plus douce que la combinaison de lettres « cc » et « t » de la marque antérieure. À cet égard, elle a estimé que, même si les lettres « c » et « g », lorsqu’elles étaient suivies de la lettre « a », auraient un son guttural similaire et que les lettres « d » et « t » seraient toutes les deux des consonnes dentaires, le consommateur moyen, raisonnablement attentif et avisé, remarquerait aisément les différences entre ces sons. En effet, selon elle, les sons plus forts du groupe de lettres « cc » et de la lettre « t » conduisaient à une prononciation plus distincte des syllabes de la marque antérieure, tandis que la marque demandée était perçue de manière plus douce et arrondie. Enfin, elle a relevé que ces signes différaient également sur le plan phonétique quant à leurs terminaisons.

42 La requérante conteste les conclusions de la chambre de recours concernant la similitude sur le plan phonétique entre les signes en cause et soutient que ceux-ci présentent un degré de similitude phonétique élevé. Elle fait valoir, en substance, que ladite chambre n’a pas tenu compte du fait que, même sur le plan phonétique, les consommateurs prêtent généralement une plus grande attention au début d’une marque qu’à sa fin. Selon elle, les premières parties desdits signes, à savoir « pecca » et « pega », sont prononcées de manière très similaire, voire identique. En outre, elle estime que la présence de la combinaison de lettres « cc » dans la marque antérieure et de la lettre « g » dans la marque demandée ne sont en mesure ni de différencier sur le plan phonétique ces signes, ni d’en changer l’intonation et le rythme. Il en irait de même pour la dernière partie des signes en question, à savoir « tore » et « dor ». À cet égard, la requérante relève, d’une part, que la consonne « t », lorsqu’elle est suivie de la voyelle « o », se transforme en un son plus guttural, très similaire à la lettre « d ». D’autre part, pour une grande partie du public pertinent, la lettre « e » à la fin de la marque antérieure serait presque silencieuse ou difficilement prononçable. En tout état de cause, selon elle, une seule lettre, notamment une voyelle, placée à la fin d’un signe n’a aucun poids dans l’appréciation de la similitude.

43 L’EUIPO et l’intervenante contestent les arguments de la requérante.

44 En l’espèce, bien que les signes en cause coïncident par leur première syllabe, à savoir « pe », placées en leur début, il n’en demeure pas moins, ainsi que l’a constaté la chambre de recours, que ces signes comportent des différences.

45 Quant à l’argument de la requérante selon lequel le consommateur moyen se focaliserait davantage sur le début des marques, qui serait similaire en l’espèce, il convient de rappeler que cette considération ne saurait, en tout état de cause, valoir dans tous les cas et remettre en cause le principe selon lequel l’examen de la similitude des marques doit prendre en compte l’impression d’ensemble produite par celles-ci [voir arrêt du 7 octobre 2010, Accenture Global Services/OHMI – Silver Creek Properties (acsensa), T‑244/09, non publié, EU:T:2010:430, point 23 et jurisprudence citée].

46 Ainsi, contrairement à ce qu’affirme la requérante, la chambre de recours a correctement procédé à l’appréciation de la similitude phonétique des signes en cause en prenant en compte l’impression d’ensemble produite par ceux-ci.

47 À cet égard, il y a lieu de relever tout d’abord que la marque antérieure se compose de quatre syllabes, à savoir « pe », « cca », « to » et « re », alors que la marque demandée en compte trois, à savoir « pe », « ga » et « dor ». En outre, ainsi que l’a à juste titre relevé la chambre de recours, bien que les lettres « c » et « g », lorsqu’elles sont suivies de la lettre « a », aient un son guttural similaire, et que les lettres « d » et « t » soient toutes les deux des consonnes dentaires, le consommateur moyen, raisonnablement attentif et avisé, remarquera les différences entre ces sons. En effet, les sons les plus forts du groupe de lettres « cc » et de la lettre « t » dans la marque antérieure conduisent à une prononciation plus distincte des syllabes de celle-ci, alors que la marque demandée est perçue par le public pertinent de manière plus douce et plus arrondie. Enfin, ainsi que le souligne à juste titre l’intervenante, les terminaisons des signes en cause, à savoir « re » dans la marque antérieure et « dor » dans la marque demandée, sont différentes sur le plan phonétique. En effet, alors que la marque demandée se termine par la lettre « r » en douceur, la dernière syllabe de la marque antérieure « re » entraîne une prononciation plus longue à la fin.

48 Partant, les différences entre les signes en cause concernant le nombre de syllabes et l’accentuation des syllabes des mots en cause, dans leur partie centrale et leur partie finale, entraînent un rythme sonore différent dans la prononciation desdits signes. Dans ces conditions, elles l’emportent sur les similitudes phonétiques entre ces signes, de sorte que la chambre de recours a correctement apprécié que les signes en questions présentaient un degré de similitude inférieur à la moyenne sur le plan phonétique.

Sur la comparaison conceptuelle

49 La chambre de recours a constaté que les signes en cause n’étaient pas similaires sur le plan conceptuel pour la partie italophone, lusophone et hispanophone du public pertinent et n’avaient aucune signification pour le reste dudit public. Elle a tout d’abord considéré que la marque antérieure signifiait « pécheur » pour la partie italophone de ce public, alors que la marque demandée était comprise par la partie lusophone et hispanophone du même public comme une référence à un nom de poisson. Elle a d’ailleurs relevé que, bien que le mot « pegador » constituant la marque demandée puisse être compris également comme signifiant « cogneur », « bagarreur » et « castagneur » par la partie hispanophone du public concerné et « dragueur », « coureur » et « cavaleur » par la partie lusophone du public en question, aucune de ces significations ne renvoyait à un concept commun pour la partie italophone d’un tel public, d’une part, et pour la partie lusophone et hispanophone de pareil public, d’autre part.

50 La requérante conteste l’appréciation de la chambre de recours et soutient que les signes en cause doivent être considérés, sur le plan conceptuel, très similaires ou presque identiques. Premièrement, elle fait valoir que la signification du mot « pegador » constituant la marque demandée peut renvoyer à un poisson, mais également à une « personne qui frappe » en espagnol ainsi qu’à un « dragueur » et un « coureur » en portugais, ce qui indique généralement un « playboy » en cette langue. À cet égard, la traduction italienne dudit mot depuis le portugais serait « seduttore », ce qui, en français, signifierait « séducteur ». Partant, selon la requérante, sur le plan conceptuel, lesdits signes sont similaires, car le mot « séducteur » peut avoir une signification commune avec le mot « pécheur ». En second lieu, elle estime que la marque demandée évoque, au moins pour les consommateurs italophones, le mot « pecator », qui signifie « pécheur » en espagnol, tout comme la marque antérieure PECCATORE signifie « pécheur » en italien. Par conséquent, elle considère que ladite chambre n’a pas tenu compte, en substance, du fait que les consommateurs italophones comprennent le mot espagnol « pegador » comme étant un équivalent du mot italien « peccatore » en raison de la racine commune des mots espagnol, portugais et italien.

51 L’EUIPO et l’intervenante contestent les arguments de la requérante. En particulier, l’EUIPO excipe, en substance, de l’irrecevabilité de l’argument tiré du fait que les consommateurs italophones comprendraient le mot portugais « pegador » comme étant un équivalent du mot italien « peccatore » au motif qu’il n’a pas été soulevé par la requérante devant la chambre de recours et il ne saurait par ailleurs être considéré comme un fait notoire. En tout état de cause, la requérante n’aurait déposé aucun élément de preuve et l’argument serait non fondé.

52 À titre liminaire, il convient de rappeler que, selon la jurisprudence, la similitude conceptuelle implique que les signes en cause concordent dans leur contenu sémantique (arrêt du 11 novembre 1997, SABEL, C‑251/95, EU:C:1997:528, point 24).

53 En outre, il importe de rappeler qu’il suffit, pour refuser l’enregistrement d’une marque, qu’un risque de confusion n’existe que pour une partie du public pertinent [voir, en ce sens, arrêt du 18 septembre 2012, Scandic Distilleries/OHMI – Bürgerbräu, Röhm & Söhne (BÜRGER), T‑460/11, non publié, EU:T:2012:432, point 52 et jurisprudence citée]. Par conséquent, les signes en cause n’ayant une signification que pour les parties italophone, lusophone et hispanophone du public pertinent, ce qui, au demeurant, n’est pas contesté par les parties, l’appréciation de la similitude conceptuelle entre ces signes ne portera que sur ces parties dudit public.

54 En l’espèce, il y a lieu tout d’abord de relever que la marque antérieure est constituée d’un mot italien, alors que la marque demandée est constituée d’un terme ayant une signification à la fois en espagnol et en portugais. À cet égard, il y a lieu de confirmer les appréciations de la chambre de recours selon lesquelles le terme « peccatore » constituant la marque antérieure est compris par la partie italophone du public pertinent comme signifiant « pécheur », alors que le terme « pegador » constituant la marque demandée peut être compris par la partie lusophone et hispanophone du public pertinent comme désignant un poisson, ainsi que faisant référence aux termes « cogneur », « bagarreur » et « castagneur » en espagnol, et « draguer », « coureur » et « cavaleur » en portugais.

55 À cet égard, même à supposer que la traduction italienne du mot « pegador » depuis le portugais soit « seduttore », cela ne saurait remettre en cause la conclusion de la chambre de recours selon laquelle les différentes significations des signes en cause ne renvoient pas à un même concept pour les parties italophone et lusophone du public pertinent. En effet, le terme « seduttore » désigne une personne qui séduit, tandis que le terme « peccatore » désigne une personne qui a commis ou commet des péchés, ce qui ne renvoie manifestement pas au même concept.

56 Quant à l’allégation de la requérante selon laquelle la partie italophone du public pertinent comprendrait le mot « pegador » et lui attribuerait une signification équivalent au mot italien « peccatore », il suffit de relever que, en tout état de cause elle n’est étayée par aucun élément de preuve.

57 Au vu de ce qui précède, il y a lieu de confirmer l’appréciation de la chambre de recours selon laquelle les signes en cause ne sont pas similaires sur le plan conceptuel.

Sur le risque de confusion

58 La chambre de recours a considéré que, compte tenu du caractère distinctif normal de la marque antérieure et des différences relevées entre les signes en cause, il n’y avait aucun risque de confusion.

59 La requérante conteste l’appréciation de la chambre de recours concernant le degré de caractère distinctif de la marque antérieure. Elle fait valoir que, étant donné que le terme « peccatore » constituant ladite marque ne décrit pas les qualités des produits désignés et n’est pas non plus un terme habituellement utilisé sur le marché, le caractère distinctif de cette marque doit être considéré comme élevé. Elle soutient que, en tout état de cause, en raison du principe de l’interdépendance, l’identité des produits en cause compense la similitude inférieure à la moyenne des signes en cause, de sorte qu’il existe un risque de confusion pour le public pertinent.

60 L’EUIPO et l’intervenante contestent les arguments de la requérante.

61 S’agissant du caractère distinctif de la marque antérieure, il y a lieu de rappeler qu’aucune règle n’établit que l’absence de lien conceptuel entre la marque et les produits ou les services couverts par celle-ci confère automatiquement à ladite marque un caractère distinctif intrinsèque fort de nature à la protéger de façon plus étendue (ordonnance du 16 mai 2013, Arav/H.Eich et OHMI, C‑379/12 P, non publiée, EU:C:2013:317, point 71). Par ailleurs, la circonstance selon laquelle, en l’espèce, le mot « peccatore » constituant ladite marque ne serait pas un terme habituellement utilisé sur le marché ne saurait modifier cette conclusion.

62 Dès lors, la requérante n’a pas établi que la chambre de recours avait commis une erreur en estimant que le caractère distinctif de la marque antérieure était normal.

63 En ce qui concerne l’allégation de la requérante selon laquelle, en substance, la chambre de recours n’a pas tenu compte de l’identité des produits en cause, il ressort, certes, d’une jurisprudence constante que l’appréciation globale du risque de confusion implique une certaine interdépendance des facteurs pris en compte et, notamment, de la similitude des marques et de celle des produits ou des services désignés. Ainsi, un faible degré de similitude entre les produits ou les services désignés peut être compensé par un degré élevé de similitude entre les marques, et inversement [arrêts du 29 septembre 1998, Canon, C‑39/97, EU:C:1998:442, point 17, et du 14 décembre 2006, Mast‑Jägermeister/OHMI – Licorera Zacapaneca (VENADO avec cadre e.a.), T‑81/03, T‑82/03 et T‑103/03, EU:T:2006:397, point 74].

64 Toutefois, le principe d’interdépendance n’a pas vocation à s’appliquer de manière mécanique. Ainsi, s’il est vrai que, en vertu du principe d’interdépendance, un faible degré de similitude entre les produits ou les services désignés peut être compensé par un degré élevé de similitude entre les signes en cause, inversement, rien ne s’oppose à constater que, eu égard aux circonstances d’un cas d’espèce, il n’existe pas de risque de confusion, même en présence de produits identiques et d’un faible degré de similitude entre les signes [voir arrêt du 6 décembre 2023, Vi.ni.ca./EUIPO – Venica & Venica (agricolavinica. Le Colline di Ripa), T‑627/22, non publié, EU:T:2023:782 point 111 et jurisprudence citée].

65 En l’espèce, il ressort des considérations qui précèdent que la chambre de recours a considéré à juste titre premièrement, que le consommateur était susceptible de faire preuve d’un niveau d’attention de moyen à élevé (voir point 19 ci-dessus), deuxièmement, que les signes en cause présentaient un degré de similitude inférieur à la moyenne sur les plans visuel et phonétique (voir points 39 et 47 ci-dessus) et, troisièmement, qu’ils n’étaient pas similaires sur le plan conceptuel (voir point 59 ci‑dessus).

66 Par conséquent, même si les produits en cause ont été considérés comme identiques, il convient de relever que, au terme d’une appréciation globale, c’est à juste titre que la chambre de recours a conclu à l’absence de risque de confusion, au sens de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001, dans l’esprit du public pertinent.

67 Au vu de l’ensemble de ces considérations, il y a lieu de rejeter le moyen unique soulevé par la requérante ainsi que, partant, le recours dans son intégralité.

Sur les dépens

68 Aux termes de l’article 134, paragraphe 1, du règlement de procédure, toute partie qui succombe est condamnée aux dépens, s’il est conclu en ce sens.

69 La requérante ayant succombé, il y a lieu de la condamner aux dépens exposés par l’intervenante, conformément aux conclusions de cette dernière. En revanche, l’EUIPO n’ayant conclu à la condamnation de la requérante aux dépens qu’en cas de convocation à une audience, il convient, en l’absence d’organisation de celle-ci, de décider que l’EUIPO supportera ses propres dépens.

Par ces motifs,

LE TRIBUNAL (première chambre)

déclare et arrête :

1) Le recours est rejeté.

2) Dyadema Srl supportera ses propres dépens ainsi que ceux exposés par Pegador GmbH.

3) L’Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO) supportera ses propres dépens.

Mastroianni

Gâlea

Kalėda

Ainsi prononcé en audience publique à Luxembourg, le 13 novembre 2024.

Signatures


* Langue de procédure : l’anglais.