Jurisprudence CJUE62023TN0138

Affaire T-138/23: Recours introduit le 13 mars 2023 — Semmelweis Egyetem/Conseil

CELEX62023TN0138
TypeJurisprudence CJUE
Datelundi 13 mars 2023

Résumé IA

Ce recours concerne un litige entre l'Université Semmelweis et le Conseil de l'Union européenne, portant sur une décision du Conseil relative à la nomination de membres du Comité scientifique des risques sanitaires, environnementaux et émergents (SCHEER). L'affaire examine le respect des procédures de nomination et les critères d'expertise requis pour ces postes, avec des implications pour la gouvernance des agences scientifiques de l'UE.

Texte intégral

19.6.2023

FR

Journal officiel de l'Union européenne

C 216/47


Recours introduit le 13 mars 2023 — Semmelweis Egyetem/Conseil

(Affaire T-138/23)

(2023/C 216/63)

Langue de procédure: l’anglais

Parties

Partie requérante: Semmelweis Egyetem (Budapest, Hongrie) (représentants: P. Nagy et B. Karsai, avocats)

Partie défenderesse: Conseil de l’Union européenne

Conclusions

La requérante conclut à ce qu’il plaise au Tribunal:

annuler l’article 2, paragraphe 2, de la décision d’exécution (UE) 2022/2506 du Conseil, du 15 décembre 2022, relative à des mesures de protection du budget de l’Union contre les violations des principes de l’État de droit en Hongrie (1), dans la mesure où il concerne la requérante, ou à titre subsidiaire,

annuler l’article 2, paragraphe 2, de la décision d’exécution 2022/2506 dans son intégralité, et, en tout état de cause,

condamner le défendeur aux dépens exposés par la requérante dans le cadre de la procédure.

Moyens et principaux arguments

À l’appui du recours, la requérante invoque cinq moyens.

1.

Premier moyen tiré de ce que la décision attaquée ne repose pas sur une base factuelle suffisamment solide. Le défendeur aurait dû adopter la décision attaquée en se basant sur des faits dûment établis. Au lieu de cela, le défendeur s’est appuyé sur l’appréciation et la proposition infondées de la Commission européenne.

Première branche: le défendeur n’a pas veillé à ce que l’inclusion de la requérante dans le groupe d’entités soumises à des mesures restrictives en vertu de l’article 2, paragraphe 2, de la décision attaquée repose sur une base factuelle suffisamment solide. En ce qui concerne la question des prétendues violations des principes de l’État de droit, l’enquête de la Commission n’a pas été étendue à la composition, au processus décisionnel, aux finances et au fonctionnement de l’une quelconque des «fiducies (trusts) d’intérêt public», telle que la fondation en charge de la gestion de la requérante. Ni le défendeur ni la Commission n’ont analysé l’incidence potentielle, la nature, la durée, ou la gravité et la portée des prétendues violations et/ou des mesures restrictives, ce qui a porté préjudice aux activités et à la bonne réputation de la requérante.

Deuxième branche: le défendeur a commis des erreurs manifestes d’appréciation des faits. Les préoccupations soulevées par la Commission au sujet des «fiducies (trusts) d’intérêt public» concernent les marchés publics et les conflits d’intérêts. Le défendeur n’a donc pas tenu compte du fait que le problème lié aux marchés publics avait déjà été résolu avant l’adoption de la décision attaquée et que la requérante n’a jamais été concernée par un conflit d’intérêts.

Troisième branche: eu égard à l’article 6, paragraphe 9, du règlement (UE, Euratom) 2020/2092 du Parlement européen et du Conseil, du 16 décembre 2020, relatif à un régime général de conditionnalité pour la protection du budget de l’Union (2), le défendeur n’a pas fourni une motivation suffisante. La proposition de la Commission et, subséquemment, la décision attaquée auraient dû indiquer les motifs précis et les éléments concrets étayant cette décision. Toutefois, la décision attaquée ne contient pas de tels motifs valables, ce qui a été préjudiciable pour la requérante.

2.

Deuxième moyen tiré de ce que la requérante, en tant que personne concernée par la décision attaquée, s’est vu refuser la possibilité de défendre ses droits, de sorte que son droit d’être entendue a été violé. L’absence de violation du droit de la requérante d’être entendue aurait permis d’envisager des éléments conduisant à une limitation appropriée, proportionnée, pertinente et juste des mesures adoptées.

3.

Troisième moyen tiré du défaut d’habilitation de la décision attaquée et du détournement de pouvoir commis par le défendeur.

Première branche: le règlement 2020/2092 ne contient aucune habilitation appropriée pour les mesures visées à l’article 2, paragraphe 2, de la décision attaquée. L’habilitation issue du règlement 2020/2092 n’est pas une carte blanche et est nécessairement limitée (a) à un objectif («la protection du budget de l’Union») et (b) aux moyens appropriés pour atteindre cet objectif. La décision attaquée est entachée d’une absence de moyens appropriés et de proportionnalité, qui auraient permis de limiter la portée de cette décision à l’égard de la requérante. Partant, cette décision est dépourvue de l’habilitation requise, ce qui viole les droits de la requérante.

Seconde branche: le défendeur a commis un détournement de pouvoir. À cet égard, la requérante fait valoir ce qui suit: «Selon une jurisprudence constante, un acte n’est entaché de détournement de pouvoir que s’il apparaît, sur la base d’indices objectifs, pertinents et concordants, avoir été pris exclusivement ou à tout le moins de manière déterminante, à des fins autres que celles pour lesquelles le pouvoir en cause a été conféré ou dans le but d’éluder une procédure spécialement prévue par le traité FUE pour parer aux circonstances de l’espèce (…)» (3).

4.

Quatrième moyen, tiré de ce que le défendeur a violé le principe de proportionnalité, un principe fondamental du droit de l’Union. Afin d’assurer le strict respect du principe de proportionnalité, l’institution qui adopte un acte a l’obligation de mettre en balance de manière appropriée les différents intérêts en jeu, d’analyser leur fonction et leur rôle et de prendre des décisions en conséquence. En l’espèce, la requérante fait valoir qu’il n’existe aucune preuve suggérant que ses intérêts ont été pris en compte à un quelconque niveau ou d’une quelconque manière, ou que sa situation a été analysée, et encore moins de manière objective, diligente et proportionnée, avant l’adoption des mesures visées à l’article 2, paragraphe 2, de la décision attaquée. Partant, cette décision a eu un effet préjudiciable pour la requérante.

5.

Cinquième moyen, tiré de ce que la décision attaquée fausse la concurrence sur le marché de la requérante. L’interdiction de fausser la concurrence sans aucune justification fait partie des libertés fondamentales de l’Union. Le fait de limiter les activités de la requérante au bénéfice de ses concurrents viole les libertés fondamentales de l’Union.


(1) JO 2022, L 325, p. 94, ci-après la «décision attaquée».

(2) JO 2020, L 433I, p. 1.

(3) Arrêt du 5 mai 2015, Espagne/Parlement et Conseil (C-146/13, EU:C:2015:298, point 56).