Jurisprudence CJUE62023TN0326

Affaire T-326/23: Recours introduit le 15 juin 2023 — D’Agostino/BCE

CELEX62023TN0326
TypeJurisprudence CJUE
Datejeudi 15 juin 2023

Résumé IA

Ce recours concerne un litige relatif à la politique monétaire de la BCE, portant probablement sur des mesures non conventionnelles ou leurs conséquences juridiques. Il s'agit d'un contentieux de droit de l'Union devant le Tribunal, qui pourra interpréter les traités et les actes de la BCE. La décision aura une incidence sur la délimitation des compétences de la BCE et sur les voies de recours ouvertes aux particuliers.

Texte intégral

7.8.2023

FR

Journal officiel de l'Union européenne

C 278/24


Recours introduit le 15 juin 2023 — D’Agostino/BCE

(Affaire T-326/23)

(2023/C 278/36)

Langue de procédure: l’italien

Parties

Partie requérante: Aldo D’Agostino (Naples, Italie) (représentant: M. De Siena, avocate)

Partie défenderesse: Banque Centrale Européenne

Conclusions

La partie requérante conclut à ce qu’il plaise au Tribunal:

Constater et déclarer la responsabilité extracontractuelle de la Banque Centrale Européenne (BCE), représentée par sa présidente, Mme Christine Lagarde:

a)

pour avoir provoqué pour les titres financiers appartenant à M. Aldo D’Agostino dénommés SI FTSE.COPERP, documentés et décrits dans la requête, un effondrement de la valeur avec une moins-value de 626 134,29 euros, enregistrant une perte égale à 90,84 % de la valeur totale du capital investi qui s’élevait à 689 259,96 euros, dans la mesure où, en date du 12 mars 2020, Mme Christine Lagarde, en qualité de présidente de la BCE, en prononçant la fameuse phrase «Nous ne sommes pas là pour resserrer les “spreads”, ce n’est pas le rôle de la BCE», avait provoqué une diminution significative de la valeur des titres dans toutes les bourses du monde et de 16,92 % à la Bourse de Milan, ce qui correspond à un pourcentage jamais rencontré dans l’histoire de cette Institution, communiquant avec cette phrase, prononcée en conférence de presse, au monde entier, l’idée que la BCE ne soutiendrait plus la valeur des titres émis par des pays en difficulté et donc d’un changement total d’orientation de la politique monétaire adoptée par la BCE du temps où elle était présidée par le précédent président, dont le mandat avait pris fin en novembre 2019;

b)

pour avoir provoqué, avec lesdits comportements et donc avec la propagation d’une nouvelle non exacte, en conséquence de cette baisse vertigineuse de l’indice de la Bourse de Milan, la réduction de la valeur du patrimoine du requérant;

c)

pour avoir causé au requérant un dommage patrimonial de 626 134,29 euros à titre de damnum emergens et de 813 464,61 euros à titre de lucrum cessans;

d)

pour avoir causé par conséquent au requérant un dommage patrimonial total de 1 439 598,90 euros;

e)

pour lui avoir causé un dommage immatériel consistant en souffrance psychologique, à lui et à sa famille, en atteinte à l’honneur et à la réputation, à l’identité personnelle et professionnelle, chiffré à 500 000 euros;

f)

pour avoir causé un dommage consistant en une perte de chances;

En conséquence

condamner la BCE, en la personne de son président en exercice, à réparer les dommages matériels constitués du damnum emergens et du lucrum cessans, des dommages immatériels susmentionnés et des dommages consistant en perte de chances, en faveur du requérant, M. Aldo D’Agostino, estimés en fonction des critères indiqués dans les chapitres et points de cette requête, au moyen du paiement, en faveur du requérant, des sommes suivantes:

1 439 598,90 euros au titre du préjudice matériel;

500 000 euros au titre du préjudice moral, et donc au paiement de la somme totale de 1 939 598,90 euros, et la somme qu’il plaira au Tribunal de fixer en fonction de sa propre appréciation équitable, au titre la perte de chances, et

au paiement des intérêts moratoires, à calculer à compter du 12 mars 2020, date du fait dommageable et jusqu’à réparation effective.

A titre subsidiaire, indemniser le requérant en condamnant la BCE, prise en la personne de son président en exercice, au paiement en faveur de M. Aldo D’Agostino, pour les catégories de dommages susmentionnées, des sommes de montant autre, qui seraient fixées au cours de la procédure et jugées justes, et compris au moyen d’une expertise ordonnée par le Tribunal, conformément à l’article 70 du règlement de procédure du Tribunal de l’Union européenne.

Tous intérêts moratoires à calculer à compter du 12 mars 2020, date du fait dommageable et jusqu’à réparation effective.

Condamner la partie défenderesse aux dépens.

Moyens et principaux arguments

À l’appui du recours, la partie requérante invoque sept moyens.

1.

Premier moyen concernant la responsabilité de la BCE en vertu de l’article 340, troisième alinéa, TFUE et de l’article 2043 du code civil italien, pour le dommage matériel et moral subi par le requérant, avec l’indication des montants des préjudices subis;

2.

Deuxième moyen concernant l’importance des préjudices matériels, moraux et perte de chances, que le requérant affirme avoir subis, avec l’explication des principes appliqués pour leur calcul;

3.

Troisième moyen concernant les principes énoncés dans la jurisprudence de l’Union européenne, en particulier dans les arrêts du 28 octobre 2021, Vialto Consulting/Commission, C-650/19 P; du 9 février 2022, QI e.a./Commission et BCE, T-868/16, et du 21 janvier 2014, Klein/Commission, T-309/10.

Y sont expliquées les conditions qui doivent être remplies pour que la responsabilité extracontractuelle d’une institution européenne vis à vis d’un citoyen de l’Union puisse être engagée, et il est soutenu qu’elles sont remplies, y compris sur la base d’une consultation juridique rédigée par un expert de ce domaine du droit, annexée à la requête, quant à l’existence de ces conditions au regard des règles européennes applicables à la BCE, ses organes et ses fonctions.

Sont expliquées les violations, commises par la BCE, des règles de droit primaire et dérivé de l’Unione, et les violations et l’abus de pouvoir de la Présidente de la BCE.

Est détaillée la violation commise le 12 mars 2020 par la BCE, en la personne de sa Présidente, des articles 127 TFUE, chapitre deux, intitulé «la politique monetaire», et des articles 3, 10, 11, 12, 13 et 38 des statuts du Système européen de banques centrales et de la Banque centrale européenne, ainsi que de l’article 17, points 17.2 et 17.3, du règlement adopté par décision de la BCE du 19 février 2004 (1).

4.

Le quatrième moyen quantifie, justifie et illustre le préjudice matériel subi par le requérant (damnum emergens et lucrum cessans);

5.

Le cinquième moyen illustre, expose et justifie le préjudice psychologique et d’atteinte à la réputation, à l’identité personnelle et professionnelle;

6.

Le sixième moyen illustre, expose et prouve par voie de présomption et de calcul de probabilités, le dommage consistant en la perte de chances, dont la liquidation en équité est demandée;

7.

Le septième moyen porte sur les principes exposés par la jurisprudence de l’Union en matière de préjudice immatériel causé par les institutions européennes à l’égard des citoyens de l’Union, en particulier dans l’arrêt du Tribunal du 12 septembre 2007, Combescot/Commission, T-250/04.


(1) Décision 2004/257/CE de la Banque centrale européenne du 19 février 2004 portant adoption du règlement intérieur de la Banque centrale européenne (BCE/2004/2) (JO 2004, L 80, p. 33), telle que modifiée par la décision BCE 2014/1 de la Banque centrale européenne du 22 janvier 2014 (JO 2014, L 95, p. 56).