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CELEX62024CJ0224
TypeJurisprudence CJUE
Datejeudi 9 juillet 2026

Texte intégral

ARRÊT DE LA COUR (quatrième chambre)

9 juillet 2026 (*)

« Renvoi préjudiciel – Environnement – Maîtrise des dangers liés aux accidents majeurs impliquant des substances dangereuses – Directive 2012/18/UE – Article 2 – Champ d’application – Article 3, point 12 – Notion de “présence de substances dangereuses” – Surveillance continue des substances effectivement présentes au sein d’un établissement – Présence anticipée ou raisonnablement prévisible – Détermination par référence aux quantités maximales de substances indiquées dans l’autorisation d’exploitation »

Dans l’affaire C‑224/24,

ayant pour objet une demande de décision préjudicielle au titre de l’article 267 TFUE, introduite par le Consiglio di Stato (Conseil d’État, Italie), par décision du 21 mars 2024, parvenue à la Cour le 25 mars 2024, dans la procédure

Società Eredi Raimondo Bufarini Srl – Servizi Ambientali

contre

Ministero dell’Interno,

Ministero della Transizione Ecologica,

Comitato tecnico regionale delle Marche,

Coordinamento per l’uniforme applicazione sul territorio nazionale di cui all’art. 11 del D.Lgs. 105/2015,

en présence de :

Regione Marche,

FP,

LA COUR (quatrième chambre),

composée de M. I. Jarukaitis (rapporteur), président de chambre, M. K. Lenaerts, président de la Cour, faisant fonction de juge de la quatrième chambre, MM. M. Condinanzi, N. Jääskinen et Mme R. Frendo, juges,

avocat général : M. N. Emiliou,

greffier : M. A. Calot Escobar,

vu la procédure écrite,

considérant les observations présentées :

– pour Società Eredi Raimondo Bufarini Srl – Servizi Ambientali, par Me L. Filippucci, avvocato,

– pour la Commission européenne, par M. L. Di Masi, Mmes J. Jokubauskaitė et D. Milanowska, en qualité d’agents,

ayant entendu l’avocat général en ses conclusions à l’audience du 23 octobre 2025,

rend le présent

Arrêt

1 La demande de décision préjudicielle porte sur l’interprétation de l’article 3, point 12, et de l’article 7 de la directive 2012/18/UE du Parlement européen et du Conseil, du 4 juillet 2012, concernant la maîtrise des dangers liés aux accidents majeurs impliquant des substances dangereuses, modifiant puis abrogeant la directive 96/82/CE du Conseil (JO 2012, L 197, p. 1).

2 Cette demande a été présentée dans le cadre d’un litige opposant Società Eredi Raimondo Bufarini Srl – Servizi Ambientali, une société de droit italien, au Ministero dell’Interno (ministère de l’Intérieur), au Ministero della Transizione Ecologica (ministère de la Transition écologique), au Comitato tecnico regionale delle Marche (comité technique régional des Marches, Italie) (ci-après le « comité technique ») et au Coordinamento per l’uniforme applicazione sul territorio nazionale di cui all’art. 11 del D. Lgs 105/2015 (service de coordination pour l’application uniforme sur le territoire national prévu à l’article 11 du décret législatif no 105/2015) au sujet de la décision, prise par le comité technique, de mettre en demeure cette société de présenter des documents concernant la maîtrise des dangers liés aux accidents majeurs impliquant des substances dangereuses.

Le cadre juridique

Le droit de l’Union

Le traité FUE

3 L’article 191 TFUE prévoit :

« 1. La politique de l’Union [européenne] dans le domaine de l’environnement contribue à la poursuite des objectifs suivants :

– la préservation, la protection et l’amélioration de la qualité de l’environnement,

– la protection de la santé des personnes,

– l’utilisation prudente et rationnelle des ressources naturelles,

– la promotion, sur le plan international, de mesures destinées à faire face aux problèmes régionaux ou planétaires de l’environnement, et en particulier la lutte contre le changement climatique.

2. La politique de l’Union dans le domaine de l’environnement vise un niveau de protection élevé, en tenant compte de la diversité des situations dans les différentes régions de l’Union. Elle est fondée sur les principes de précaution et d’action préventive, sur le principe de la correction, par priorité à la source, des atteintes à l’environnement et sur le principe du pollueur-payeur.

[...] »

4 Aux termes de l’article 192, paragraphe 1, TFUE :

« Le Parlement européen et le Conseil [de l’Union européenne], statuant conformément à la procédure législative ordinaire et après consultation du Comité économique et social [européen] et du Comité [européen] des régions, décident des actions à entreprendre par l’Union en vue de réaliser les objectifs visés à l’article 191. »

La directive 2008/98/CE

5 L’article 23 de la directive 2008/98/CE du Parlement européen et du Conseil, du 19 novembre 2008, relative aux déchets et abrogeant certaines directives (JO 2008, L 312, p. 3), intitulé « Délivrance des autorisations », prévoit, à son paragraphe 1 :

« Les États membres imposent à tout établissement ou toute entreprise comptant procéder au traitement de déchets l’obligation d’obtenir une autorisation des autorités compétentes.

Ces autorisations déterminent au moins :

a) les types et quantités de déchets pouvant être traités ;

b) pour chaque type d’opération faisant l’objet d’une autorisation, les prescriptions techniques et toutes autres prescriptions applicables au site concerné ;

c) les mesures de sécurité et de précaution à prendre ;

d) la méthode à utiliser pour chaque type d’opération ;

e) les opérations de suivi et de contrôle, selon les besoins ;

[...] »

La directive 2010/75/UE

6 L’article 4 de la directive 2010/75/UE du Parlement européen et du Conseil, du 24 novembre 2010, relative aux émissions industrielles (prévention et réduction intégrées de la pollution) (JO 2010, L 334, p. 17), intitulé « Obligation de détention d’une autorisation », dispose :

« 1. Les États membres prennent les mesures nécessaires afin qu’aucune installation ou installation de combustion, installation d’incinération des déchets ou installation de coïncinération des déchets ne soit exploitée sans autorisation.

[...] »

7 Le chapitre II de cette directive, intitulé « Dispositions applicables aux activités énumérées à l’annexe I », comprend l’article 12 de ladite directive, intitulé « Demandes d’autorisation », qui prévoit :

« 1. Les États membres prennent les mesures nécessaires afin que les demandes d’autorisation comprennent une description des éléments suivants :

a) l’installation, ainsi que la nature et l’ampleur de ses activités ;

b) les matières premières et auxiliaires, les autres substances et l’énergie utilisées dans ou produites par l’installation ;

[...] »

8 La partie 5 de l’annexe I de la même directive inclut la gestion des déchets parmi les activités visées par cette dernière.

La directive 2012/18

9 Aux termes des considérants 2 à 4, 6, 12, 15 et 16 de la directive 2012/18 :

« (2) Les accidents majeurs ont souvent des conséquences très graves [...]. De plus, leurs effets peuvent s’étendre au-delà des frontières nationales. Il est par conséquent nécessaire de veiller à ce que les mesures de précaution appropriées soient prises pour garantir un niveau de protection élevé pour les citoyens, les communautés et l’environnement dans toute l’Union. Il importe donc de garder au moins en l’état ou de relever le niveau de protection élevé existant.

(3) [...] Bien que les dispositions existantes demeurent dans l’ensemble adaptées aux besoins, certains changements sont nécessaires pour renforcer encore le niveau de protection, en particulier en ce qui concerne la prévention des accidents majeurs. [...]

(4) Il convient donc de remplacer la directive 96/82/CE [du Conseil, du 9 décembre 1996, concernant la maîtrise des dangers liés aux accidents majeurs impliquant des substances dangereuses (JO 1997, L 10, p. 13) ,] afin de maintenir et de relever encore le niveau de protection existant en renforçant l’efficacité des dispositions et, dans la mesure du possible, en réduisant les charges administratives superflues par des mesures de rationalisation ou de simplification sans compromettre la sécurité ni la protection de l’environnement et de la santé humaine. Il importe, dans le même temps, que les nouvelles dispositions soient claires, cohérentes et faciles à comprendre afin d’améliorer la mise en œuvre et l’applicabilité, tout en maintenant, à tout le moins, ou en augmentant le niveau de protection de la santé humaine et de l’environnement. [...]

[...]

(6) Les accidents majeurs peuvent avoir des conséquences au-delà des frontières, et les coûts écologique et économique d’un accident sont à la charge non seulement de l’établissement touché, mais aussi des États membres concernés. Il convient, par conséquent, d’établir et d’appliquer des mesures de sécurité et de réduction des risques, afin de prévenir les éventuels accidents, de réduire le risque de survenance d’accidents et d’atténuer les conséquences des accidents lorsqu’ils se produisent, ce qui permettrait d’assurer un niveau de protection élevé dans l’ensemble de l’Union.

[...]

(12) Les exploitants devraient être tenus à l’obligation générale de prendre toutes les mesures nécessaires pour prévenir les accidents majeurs, pour en atténuer les conséquences et pour les réparer. Dans le cas d’établissements où les substances dangereuses présentes dépassent certaines quantités, il importe que l’exploitant communique à l’autorité compétente les informations nécessaires pour lui permettre d’identifier l’établissement, les substances dangereuses présentes et les dangers potentiels. Il convient également que l’exploitant rédige et, lorsque la législation nationale l’exige, adresse à l’autorité compétente un document définissant sa politique de prévention des accidents majeurs et exposant son approche générale et les mesures mises en place, y compris des systèmes de gestion de la sécurité appropriés, afin de permettre de maîtriser les dangers liés aux accidents majeurs. Lorsqu’ils identifient et évaluent les dangers liés aux accidents majeurs, les exploitants devraient également tenir compte des substances dangereuses qui peuvent être produites pendant un accident grave dans l’établissement.

[...]

(15) Afin de démontrer que le nécessaire a été fait dans le domaine de la prévention des accidents majeurs et de préparer des plans d’urgence et des mesures à prendre en pareils cas, il importe, dans le cas d’établissements où se trouvent des quantités importantes de substances dangereuses, que l’exploitant fournisse des informations à l’autorité compétente sous forme d’un rapport de sécurité. Ce rapport de sécurité devrait contenir des précisions relatives à l’établissement, aux substances dangereuses présentes, à l’installation ou au stockage, aux scénarios d’accidents majeurs possibles et aux analyses de risques, aux mesures de prévention et d’intervention et aux systèmes de gestion disponibles, en vue de prévenir et de réduire le risque d’accidents majeurs et de pouvoir prendre les mesures nécessaires pour en limiter les conséquences. [...]

(16) Afin de se préparer à des cas d’urgence, il importe, pour les établissements dans lesquels se trouvent des quantités importantes de substances dangereuses, d’établir des plans d’urgence internes et externes et de mettre en place des procédures garantissant que ces plans seront testés, révisés si nécessaire et appliqués au cas où un accident majeur se produirait ou serait susceptible de se produire. Il convient que le personnel de l’établissement soit consulté sur le plan d’urgence interne et que le public concerné ait l’occasion de donner son avis sur le plan d’urgence externe. [...] »

10 L’article 1er de la directive 2012/18, intitulé « Objet », prévoit :

« La présente directive établit des règles pour la prévention des accidents majeurs impliquant des substances dangereuses et la limitation de leurs conséquences pour la santé humaine et l’environnement, afin d’assurer de façon cohérente et efficace dans toute l’Union un niveau de protection élevé. »

11 L’article 2 de cette directive, intitulé « Champ d’application », dispose, à son paragraphe 1 :

« La présente directive s’applique aux établissements tels que définis à l’article 3, paragraphe 1. »

12 L’article 3 de ladite directive comprend, à ses points 1 à 3, 5 et 8 à 12, les définitions suivantes :

« Aux fins de la présente directive, on entend par :

1) “établissement” : l’ensemble du site placé sous le contrôle d’un exploitant où des substances dangereuses se trouvent dans une ou plusieurs installations, y compris les infrastructures ou les activités communes ou connexes ; les établissements sont soit des établissements seuil bas, soit des établissements seuil haut ;

2) “établissement seuil bas” : un établissement dans lequel des substances dangereuses sont présentes dans des quantités égales ou supérieures aux quantités indiquées dans la colonne 2 de l’annexe I, partie 1 ou partie 2, mais inférieures aux quantités indiquées dans la colonne 3 de l’annexe I, partie 1 ou partie 2, le cas échéant en appliquant la règle de cumul exposée à la note 4 relative à l’annexe I ;

3) “établissement seuil haut” : un établissement dans lequel des substances dangereuses sont présentes dans des quantités égales ou supérieures aux quantités figurant dans la colonne 3 de l’annexe I, partie 1 ou partie 2, [...]

[...]

5) “nouvel établissement” :

[...]

b) un site d’exploitation qui entre dans le champ d’application de la présente directive, ou un établissement seuil bas qui devient un établissement seuil haut, ou vice versa, le 1er juin 2015 ou après cette date, en raison de modifications de ses installations ou activités qui entraînent un changement de son inventaire des substances dangereuses ;

[...]

8) “installation” : une unité technique au sein d’un établissement et en surface ou sous le sol, dans laquelle des substances dangereuses sont produites, utilisées, manipulées ou stockées ; [...]

9) “exploitant” : toute personne physique ou morale qui exploite ou détient un établissement ou une installation, ou, si cela est prévu par la législation nationale, toute personne qui s’est vu déléguer à l’égard du fonctionnement technique de l’établissement ou de l’installation le pouvoir économique ou décisionnel déterminant ;

10) “substance dangereuse” : une substance ou un mélange relevant de la partie 1 ou figurant à la partie 2 de l’annexe I, y compris en tant que matière première, produit, produit dérivé, résidu ou intermédiaire ;

11) “mélange” : un mélange ou une solution composés de deux substances ou plus ;

12) “présence de substances dangereuses” : la présence réelle ou anticipée de substances dangereuses dans l’établissement, ou de substances dangereuses dont il est raisonnable de prévoir qu’elles pourraient être produites en cas de perte de contrôle des procédés, y compris des activités de stockage, dans une installation au sein de l’établissement, dans des quantités égales ou supérieures aux quantités seuils fixées dans la partie 1 ou dans la partie 2 de l’annexe I ».

13 L’article 5 de la directive 2012/18, intitulé « Obligations générales de l’exploitant », prévoit, à son paragraphe 1 :

« Les États membres veillent à ce que l’exploitant soit tenu de prendre toutes les mesures qui s’imposent pour prévenir les accidents majeurs et pour en limiter les conséquences pour la santé humaine et l’environnement. »

14 L’article 7 de cette directive, intitulé « Notification », dispose :

« 1. Les États membres exigent de l’exploitant qu’il envoie à l’autorité compétente une notification contenant les informations suivantes :

[...]

d) les informations permettant d’identifier les substances dangereuses et la catégorie de substances en cause ou susceptibles d’être présentes ;

e) la quantité et la forme physique de la ou des substances dangereuses concernées ;

[...]

2. La notification ou sa mise à jour est envoyée à l’autorité compétente dans les délais suivants :

a) dans le cas de nouveaux établissements, dans un délai raisonnable avant le début de la construction ou de l’exploitation, ou avant les modifications entraînant un changement dans l’inventaire des substances dangereuses ;

[...]

4. L’exploitant informe l’autorité compétente au préalable des événements suivants :

a) toute augmentation ou diminution significative de la quantité ou modification significative de la nature ou de la forme physique de la substance dangereuse présente, indiquées dans la notification fournie par l’exploitant en vertu du paragraphe 1, ou toute modification significative des procédés qui l’utilisent ;

b) toute modification d’un établissement ou d’une installation qui pourrait avoir des conséquences importantes en termes de dangers liés aux accidents majeurs ;

[...] »

15 L’article 8 de ladite directive, intitulé « Politique de prévention des accidents majeurs », est libellé comme suit :

« 1. Les États membres exigent de l’exploitant qu’il produise un document par écrit définissant sa politique de prévention des accidents majeurs et de veiller à sa bonne application. La politique de prévention des accidents majeurs est conçue pour assurer un niveau élevé de protection de la santé humaine et de l’environnement. Elle est proportionnée aux dangers liés aux accidents majeurs. [...]

2. La politique de prévention des accidents majeurs est établie et, si la législation nationale l’exige, envoyée à l’autorité compétente dans les délais suivants :

a) dans le cas de nouveaux établissements, dans un délai raisonnable avant le début de la construction ou de l’exploitation, ou avant les modifications entraînant un changement dans l’inventaire des substances dangereuses ;

[...] »

16 L’article 10 de la même directive, intitulé « Rapport de sécurité », prévoit, à son paragraphe 1, que les États membres exigent de l’exploitant d’un « établissement seuil haut » qu’il présente un rapport de sécurité afin de démontrer, notamment, la mise en œuvre d’une politique de prévention des accidents majeurs, l’identification des dangers liés à ces derniers et les scénarios éventuels de tels accidents, la prise des mesures nécessaires pour les prévenir et limiter leurs conséquences, ainsi que la sécurité et la fiabilité de la conception, de la construction, de l’exploitation et de l’entretien des installations concernées. Selon les paragraphes 3 et 5 de cet article 10, d’une part, les nouveaux établissements envoient le rapport de sécurité à l’autorité compétente dans un délai raisonnable avant le début de la construction ou de l’exploitation, ou avant les modifications entraînant un changement dans l’inventaire des substances dangereuses et, d’autre part, l’exploitant réexamine périodiquement et, le cas échéant, met à jour ce rapport. En outre, conformément au paragraphe 6 dudit article 10, l’autorité compétente communique à l’exploitant ses conclusions concernant ledit rapport et, le cas échéant, interdit la mise en service ou la poursuite de l’exploitation de l’établissement considéré.

17 Aux termes de l’article 11 de la directive 2012/18, intitulé « Modification d’une installation, d’un établissement ou d’une zone de stockage » :

« En cas de modification d’une installation, d’un établissement, d’une zone de stockage, d’un procédé ou de la nature, de la forme physique ou des quantités de substances dangereuses pouvant avoir des conséquences importantes sur le plan des dangers liés aux accidents majeurs, ou pouvant avoir pour conséquence qu’un établissement seuil bas devient un établissement seuil haut, ou vice versa, les États membres veillent à ce que l’exploitant réexamine et, le cas échéant, mette à jour la notification, la politique de prévention des accidents majeurs, le système de gestion de la sécurité et le rapport de sécurité et fournisse à l’autorité compétente toutes les précisions concernant ces mises à jour, avant de procéder à la modification. »

18 L’article 12 de cette directive, intitulé « Plans d’urgence », dispose, à son paragraphe 1, sous a) et b), que les États membres veillent, pour tous les « établissements seuil haut », à ce que l’exploitant élabore un plan d’urgence interne pour ce qui est des mesures à prendre à l’intérieur de l’établissement et fournisse les informations nécessaires à l’autorité compétente pour lui permettre d’établir les plans d’urgence externes, ainsi qu’à son paragraphe 2, sous a), que les exploitants des nouveaux établissements respectent ces obligations dans un délai raisonnable avant le début de l’exploitation, ou avant les modifications entraînant un changement dans l’inventaire des substances dangereuses.

19 L’annexe I de ladite directive, intitulée « Substances dangereuses », prévoit :

« Les substances dangereuses relevant des catégories de danger énumérées dans la colonne 1 de la partie 1 de la présente annexe sont soumises aux quantités seuils précisées dans les colonnes 2 et 3 de la partie 1.

Lorsqu’une substance dangereuse relève de la partie 1 de la présente annexe et est également énumérée dans la partie 2, les quantités seuils précisées dans les colonnes 2 et 3 de la partie 2 s’appliquent.

[...] »

20 Les notes 3 et 5 relatives à l’annexe I de la même directive sont libellées comme suit :

« 3. [...]

Les quantités qui doivent être prises en considération pour l’application des articles concernés sont les quantités maximales qui sont présentes ou sont susceptibles d’être présentes à n’importe quel moment. [...]

[...]

5. Dans le cas des substances dangereuses qui ne sont pas couvertes par le règlement (CE) no 1272/2008 [du Parlement européen et du Conseil, du 16 décembre 2008, relatif à la classification, à l’étiquetage et à l’emballage des substances et des mélanges, modifiant et abrogeant les directives 67/548/CEE et 1999/45/CE et modifiant le règlement (CE) no 1907/2006 (JO 2008, L 353, p. 1)], y compris les déchets, et qui sont néanmoins présentes, ou susceptibles d’être présentes, dans un établissement et qui présentent, ou sont susceptibles de présenter, dans les conditions régnant dans l’établissement, des propriétés équivalentes pour ce qui est de leur potentiel d’accidents majeurs, ces substances sont provisoirement affectées à la catégorie la plus proche ou la substance dangereuse désignée relevant de la présente directive. »

Le droit italien

21 La directive 2012/18 a été transposée en droit italien par le decreto legislativo n. 105 – Attuazione della direttiva 2012/18/UE relativa al controllo del pericolo di incidenti rilevanti connessi con sostanze pericolose (décret législatif no 105, portant mise en œuvre de la directive 2012/18/UE concernant la maîtrise des dangers liés aux accidents majeurs impliquant des substances dangereuses), du 26 juin 2015 (GURI no 161, du 14 juillet 2015, supplément ordinaire no 38, ci‑après le « décret législatif no 105/2015 »). Ce décret législatif indique qu’il ne s’applique pas aux établissements dans lesquels les substances dangereuses ne dépassent pas le seuil bas qu’il établit. En revanche, lorsque la présence de substances dangereuses se situe entre le seuil bas et le seuil haut, les dispositions dudit décret législatif relatives aux « établissements seuil bas » s’appliquent. En outre, le même décret législatif s’applique dans son intégralité aux « établissements seuil haut ».

22 L’article 3, sous n), du décret législatif no 105/2015 définit la notion de « présence de substances dangereuses » en des termes identiques à ceux utilisés à l’article 3, point 12, de la directive 2012/18.

23 L’article 13 de ce décret législatif, reprenant, en substance, les termes de l’article 7 de la directive 2012/18, prévoit, à ses paragraphes 1 et 2, une obligation pour l’exploitant d’un établissement d’envoyer, selon les modalités prévues au paragraphe 5 de cet article 13, une notification, établie conformément au formulaire figurant à l’annexe 5 dudit décret législatif, contenant les informations énumérées au paragraphe 2 dudit article 13.

Le litige au principal et les questions préjudicielles

24 La requérante au principal exploite à Falconara Marittima (Italie) une station de traitement de déchets liquides, dangereux et non dangereux, en vertu d’une autorisation environnementale intégrée, délivrée le 5 septembre 2012 par la province d’Ancône (Italie), qui lui permet de stocker jusqu’à 800 tonnes de déchets dangereux ainsi que de traiter jusqu’à 200 tonnes de déchets de ce type par jour.

25 Le 18 février 2020, un groupe de travail institué au sein du comité technique, agissant en tant qu’autorité compétente, au sens de la directive 2012/18, a conclu que l’établissement de la requérante au principal ne pouvait pas être exclu du champ d’application de la réglementation italienne concernant la maîtrise des dangers liés aux accidents majeurs impliquant des substances dangereuses et notamment de celui du décret législatif no 105/2015.

26 Par conséquent, le comité technique a, par décision du 28 mai 2020, mis la requérante au principal en demeure de présenter la notification prévue à l’article 13 de ce décret législatif, ainsi que le rapport de sécurité visé également par ledit décret législatif.

27 À l’issue d’une nouvelle procédure de contrôle, le comité technique a, par décision du 24 novembre 2020, réitéré cette mise en demeure et a indiqué que, à défaut, la requérante au principal devait limiter physiquement l’utilisation d’une partie des réservoirs se trouvant dans son établissement, de manière à ne pas dépasser les limites prévues par le décret législatif no 105/2015.

28 La requérante au principal a contesté cette dernière décision devant le Tribunale amministrativo regionale per le Marche (tribunal administratif régional des Marches, Italie), qui a rejeté son recours par un jugement du 23 juin 2021.

29 La requérante au principal a formé un pourvoi contre ce jugement devant le Consiglio di Stato (Conseil d’État, Italie), qui est la juridiction de renvoi, en soutenant que la réglementation italienne concernée était contraire au droit de l’Union relatif à la maîtrise des dangers liés aux accidents majeurs impliquant des substances dangereuses et en demandant, dès lors, à cette juridiction de poser à la Cour une question préjudicielle portant sur l’interprétation de l’article 3, point 12, de la directive 2012/18.

30 Par décision du 25 janvier 2022, la juridiction de renvoi avait décidé de surseoir à statuer et de saisir la Cour d’une première demande de décision préjudicielle dans le cadre de la procédure au principal. Par cette demande, la juridiction de renvoi avait posé à la Cour trois questions préjudicielles, dont les deux premières portaient sur l’interprétation de l’article 267 TFUE en ce qui concerne, d’une part, le droit pour une juridiction nationale de dernière instance de s’abstenir de soumettre à la Cour une question préjudicielle lorsqu’elle considère que l’interprétation de la disposition du droit de l’Union concernée ne laisse place à aucun doute raisonnable et, d’autre part, la conformité à cet article 267 d’une réglementation nationale qui permet d’engager la responsabilité civile et disciplinaire d’une telle juridiction nationale en raison du rejet, par celle-ci, d’une demande, formulée par l’une des parties au litige pendant devant elle, de saisir la Cour à titre préjudiciel. La troisième question préjudicielle, posée pour le cas où la Cour aurait répondu par l’affirmative aux deux premières questions, visait la conformité à l’article 3, point 12, de la directive 2012/18 d’une pratique visant à déterminer les quantités de substances dangereuses présentes au sein d’une station de traitement des déchets.

31 Par l’ordonnance du 15 décembre 2022, Società Eredi Raimondo Bufarini (C‑144/22, EU:C:2022:1013), la Cour a répondu à la première question, en substance, que l’article 267 TFUE doit être interprété en ce sens qu’une juridiction nationale dont les décisions ne sont pas susceptibles de recours juridictionnel de droit interne peut s’abstenir de soumettre à la Cour une question d’interprétation du droit de l’Union et la résoudre sous sa propre responsabilité lorsque l’interprétation correcte du droit de l’Union s’impose avec une telle évidence qu’elle ne laisse place à aucun doute raisonnable. L’existence d’une telle éventualité doit être évaluée en fonction des caractéristiques propres au droit de l’Union, des difficultés particulières que présente son interprétation et du risque de divergences de jurisprudence au sein de l’Union.

32 Elle a précisé, à cet égard, qu’une telle juridiction nationale n’est pas tenue de prouver de manière circonstanciée que les autres juridictions de dernier ressort des États membres et la Cour effectueraient la même interprétation des dispositions du droit de l’Union concernées, mais doit avoir acquis, au terme d’une appréciation qui tient compte des éléments susmentionnés, la conviction que la même évidence s’imposerait également à ces autres juridictions nationales et à la Cour.

33 La Cour a jugé, en outre, dans cette ordonnance, que la deuxième question, mentionnée au point 30 du présent arrêt, était irrecevable, dès lors qu’elle n’avait aucun rapport avec l’objet du litige au principal et que, eu égard à la réponse à la première question posée, il n’était pas nécessaire de répondre à la troisième question.

34 Par la présente demande de décision préjudicielle, la juridiction de renvoi a décidé, dans le cadre du même litige au principal, de saisir de nouveau la Cour de questions portant sur l’interprétation de la directive 2012/18. Elle considère, en effet, qu’un doute raisonnable subsiste quant à l’interprétation de dispositions de cette directive.

35 La requérante au principal soutient, à cet égard, devant la juridiction de renvoi, que, en application du droit de l’Union relatif à la maîtrise des dangers liés aux accidents majeurs impliquant des substances dangereuses, l’exploitant d’une station de traitement des déchets devrait pouvoir prouver que la présence de telles substances au sein de son établissement n’atteint jamais le seuil bas, au sens de la directive 2012/18, au moyen d’un système de gestion permettant de surveiller de façon continue les substances présentes dans cette station. La réglementation italienne qui n’admettrait pas une telle solution serait ainsi contraire à cette directive.

36 La juridiction de renvoi considère que l’interprétation de la notion de « présence de substances dangereuses », figurant à l’article 3, point 12, de la directive 2012/18, est déterminante pour la résolution du litige dont elle est saisie, en particulier en ce qui concerne la possibilité d’évaluer une telle présence au moyen du système invoqué par la requérante au principal.

37 Par ailleurs, cette juridiction estime que l’interprétation de l’article 7 de la directive 2012/18 est également pertinente afin d’apprécier si l’autorité compétente italienne était tenue d’autoriser la requérante au principal à communiquer les informations permettant d’identifier la présence de substances dangereuses selon des modalités autres que celles prévues par la réglementation italienne et, par conséquent, si la mise en demeure en cause au principal est légale ou non. Selon cette juridiction, cet article 7 laisse aux États membres la liberté de choisir la méthode la plus appropriée par laquelle l’exploitant doit communiquer ces informations. En exigeant, de manière générale, que l’« efficacité du système » soit assurée, cette directive n’empêcherait pas les États membres de choisir un seul et unique mode de communication desdites informations. Cela étant, la notion de « notification », employée audit article 7, suggérerait que ladite directive n’impose pas de modalité concrète pour une telle communication. En outre, afin de déterminer si les États membres peuvent imposer une modalité unique de notification, il y aurait lieu de mettre en balance, d’une part, les principes de libre concurrence et de liberté d’établissement et, d’autre part, la nécessité de protéger l’environnement et la sécurité.

38 Dans ces conditions, le Consiglio di Stato (Conseil d’État) a décidé de surseoir à statuer et de poser à la Cour les questions préjudicielles suivantes :

« 1) L’expression “présence de substances dangereuses”, figurant à l’article 3, point 12, de la [directive 2012/18], exclut-elle une pratique en vertu de laquelle la prévision des quantités de substances dangereuses présentes au sein d’une station de traitement des déchets est confiée à une procédure opérationnelle mise en œuvre par l’exploitant (et éventuellement consacrée par l’autorisation prévue à l’article 23 de la [directive 2008/98] ou à l’article 4 de la [directive 2010/75]), laquelle, en qualifiant les déchets de mélanges, au sens de l’article 3, point 11, de la [directive 2012/18], prévoit de surveiller en permanence la quantité de substances dangereuses présentes dans l’installation et garantit que les seuils bas et haut fixés respectivement dans les colonnes 2 et 3 de l’annexe I de la [directive 2012/18] ne sont pas dépassés ?

2) L’article 7 de la [directive 2012/18], qui prévoit que l’exploitant est tenu d’envoyer “à l’autorité compétente une notification” contenant les informations énumérées à l’article 7, paragraphe 1, de cette directive, compris à la lumière des principes de concurrence et de liberté d’établissement, s’oppose-t-il à une règle telle que celle de l’article 13, paragraphes 1, 2 et 5, du [décret législatif no 105/2015] qui prévoit que la communication des informations doit se faire exclusivement au moyen d’une “notification, établie conformément au formulaire figurant à l’annexe 5” (paragraphe 1), “signée sous forme d’autocertification conformément à la réglementation en vigueur” (paragraphe 2), “envoyée par l’exploitant aux destinataires visés au paragraphe 1 en format électronique en utilisant les services et instruments de transmission télématique mis à disposition dans le cadre de l’inventaire des établissements susceptibles de provoquer des accidents majeurs visé à l’article 5, paragraphe 3” ou “exclusivement par courrier électronique certifié et signé numériquement” (paragraphe 5), à l’exclusion, pour ce qui concerne le présent litige, d’un mode de communication effectué au moyen d’une “procédure opérationnelle mise en œuvre par l’exploitant” qui prévoit la surveillance en permanence de la quantité de substances dangereuses présentes dans l’installation et garantit que les seuils bas et haut fixés respectivement dans les colonnes 2 et 3 de l’annexe I de la [directive 2012/18] ne sont pas dépassés ? »

Sur les questions préjudicielles

Sur la première question

39 Par sa première question, la juridiction de renvoi demande, en substance, si l’article 3, point 12, de la directive 2012/18 doit être interprété en ce sens qu’il s’oppose à une pratique, éventuellement retenue dans l’autorisation de gestion des déchets délivrée par l’autorité administrative compétente, selon laquelle, afin d’évaluer la « présence de substances dangereuses » dans un établissement, au sens de cette disposition, et de prouver que leurs quantités n’atteignent à aucun moment les quantités indiquées à l’annexe I, partie 1 ou partie 2, de cette directive, il n’est pas autorisé de se fonder uniquement sur un système de gestion mis en œuvre par l’exploitant de cet établissement et assurant la surveillance continue de telles substances effectivement présentes au sein de celui-ci.

40 À cet égard, l’article 2, paragraphe 1, de la directive 2012/18 dispose que celle-ci s’applique aux établissements tels que définis à l’article 3 de cette directive. Ainsi qu’il ressort de la lecture combinée des points 1 à 3 et 10 de cet article 3, la notion d’« établissement » désigne l’ensemble du site placé sous contrôle d’un exploitant où des substances dangereuses relevant de la partie 1 ou figurant à la partie 2 de l’annexe I de ladite directive se trouvent dans une ou plusieurs installations dans des quantités égales ou supérieures aux quantités indiquées à cette annexe I.

41 Il s’ensuit que les quantités de substances dangereuses présentes dans un établissement déterminent si celui-ci relève du champ d’application de la directive 2012/18. En effet, n’en relèvent pas les établissements dans lesquels ces substances sont présentes dans des quantités inférieures aux seuils indiqués dans la colonne 2 de l’annexe I de cette directive, partie 1 ou partie 2. De plus, en fonction de ces quantités, les établissements sont classés en tant qu’« établissements seuil bas » ou « établissements seuil haut », au sens, respectivement, du point 2 de l’article 3 de ladite directive et du point 3 de cet article 3. Cette qualification conditionne l’étendue des obligations imposées, en vertu de la même directive, à l’État membre et à l’exploitant concernés.

42 L’article 3, point 12, de la directive 2012/18, dont l’interprétation est sollicitée par la juridiction de renvoi, définit la notion de « présence de substances dangereuses » comme étant la présence réelle ou anticipée de telles substances dans l’établissement, ou de substances dangereuses dont il est raisonnable de prévoir qu’elles pourraient être produites en cas de perte de contrôle des procédés dans une installation au sein de l’établissement, dans des quantités égales ou supérieures aux « quantités seuils » fixées dans la partie 1 ou dans la partie 2 de l’annexe I de cette directive.

43 Cette disposition prévoit ainsi trois cas de figure dans lesquels il convient de considérer que des substances dangereuses sont « présentes » dans un établissement, à savoir lorsque est constatée la présence réelle de telles substances en certaines quantités, lorsque cette présence est anticipée ou lorsqu’elle est raisonnablement prévisible en cas de perte de contrôle des procédés.

44 Or, les termes « présence réelle », « présence anticipée » et « substances dangereuses dont il est raisonnable de prévoir qu’elles pourraient être produites en cas de perte de contrôle des procédés » n’étant pas définis par la directive 2012/18 et celle-ci ne renvoyant pas au droit des États membres pour ce faire, il y a lieu, conformément à une jurisprudence constante, d’établir la signification et la portée de ces termes conformément au sens habituel de ceux-ci dans le langage courant, tout en tenant compte du contexte dans lequel ils sont utilisés et des objectifs poursuivis par la réglementation dont ils font partie (voir, en ce sens, arrêts du 18 octobre 2011, Brüstle, C‑34/10, EU:C:2011:669, points 25 et 31 ainsi que jurisprudence citée, et du 12 février 2026, Stichting Koskea, C‑490/24, EU:C:2026:89, point 24).

45 À cet égard, il convient de relever, en ce qui concerne, tout d’abord, le sens habituel de ces termes, premièrement, que la « présence réelle » d’une substance dangereuse implique son existence effective ou avérée, deuxièmement, que la « présence anticipée » d’une telle substance peut être comprise comme désignant une substance qu’il est prévu ou planifié d’acquérir ou de produire et, troisièmement, que la présence d’une substance dangereuse dont il est « raisonnable de prévoir » la production en cas de perte de contrôle des procédés vise la survenance d’un événement qui peut être raisonnablement envisagée dans des circonstances données.

46 Il s’ensuit que l’article 3, point 12, de la directive 2012/18 vise tant les substances dangereuses effectivement présentes, en certaines quantités, dans un établissement, que celles dont la présence dans celui-ci est prévue ou raisonnablement prévisible dans certaines circonstances. Ainsi, l’absence réelle de telles substances dans un établissement à un moment donné ne suffit pas à elle seule pour exclure ce dernier du champ d’application de la directive 2012/18 en vertu des articles 2 et 3 de celle-ci, dès lors qu’il convient également de tenir compte de leur présence anticipée ou raisonnablement prévisible.

47 Ensuite, il convient de relever que cette interprétation littérale de l’article 3, point 12, de la directive 2012/18 est corroborée par le contexte dans lequel s’insère cette disposition.

48 En particulier, ladite disposition se réfère, pour déterminer les quantités de substances dangereuses présentes dans un établissement, aux « quantités seuils » fixées à l’annexe I de la directive 2012/18. Or, conformément à la note 3 relative à cette annexe I, les quantités qui doivent être prises en considération pour l’application des articles concernés de cette directive sont les quantités maximales qui sont présentes ou sont susceptibles d’être présentes dans un établissement à n’importe quel moment. La note 5 relative à ladite annexe I mentionne également, s’agissant de leur affectation à une catégorie donnée de substances dangereuses, des substances présentes ou susceptibles d’être présentes dans un établissement.

49 Par ailleurs, ainsi qu’il ressort du considérant 12 de la directive 2012/18, les exploitants sont tenus à l’obligation générale de prendre toutes les mesures nécessaires pour prévenir les accidents majeurs, pour en atténuer les conséquences et pour les réparer, en tenant également compte des substances dangereuses qui peuvent être produites pendant un accident grave dans l’établissement. Conformément à l’article 5, paragraphe 1, ainsi qu’aux articles 7 et 8 de cette directive, lus à la lumière de ce considérant 12, les exploitants sont tenus, à ces fins, notamment, de communiquer à l’autorité compétente les informations nécessaires pour lui permettre d’identifier les substances dangereuses présentes ou susceptibles d’être présentes, y compris leur catégorie, leur quantité et leur forme physique, d’informer cette autorité au préalable en cas de changements significatifs affectant les éléments mentionnés auxdites dispositions ainsi que de rédiger et, le cas échéant, d’adresser à cette autorité un document définissant leur politique de prévention des accidents majeurs.

50 En outre, selon les articles 10 et 12 de la directive 2012/18, lus à la lumière des considérants 15 et 16 de celle-ci, afin de démontrer que le nécessaire a été fait dans le domaine de la prévention des accidents majeurs, les « établissements seuil haut » doivent préparer des rapports de sécurité et des plans d’urgence contenant, notamment, des précisions relatives aux scénarios possibles de tels accidents, aux analyses de risques et aux mesures de prévention.

51 Il ressort également des dispositions mentionnées aux points 49 et 50 du présent arrêt que, dans certains cas, en particulier lorsqu’il s’agit de nouveaux établissements, les documents qu’elles visent doivent être préparés et, le cas échéant, fournis à l’autorité compétente avant le début de la construction ou de l’exploitation de tels établissements. En outre, cette autorité examine le rapport de sécurité au préalable et peut, le cas échéant, à l’issue d’un tel examen, interdire la mise en service ou la poursuite de l’exploitation de l’établissement concerné.

52 De plus, l’article 11 de la directive 2012/18 prévoit que, en cas de modifications relatives, notamment, aux établissements, aux installations ou aux substances dangereuses, pouvant avoir des conséquences importantes sur le plan des dangers liés aux accidents majeurs, ou pouvant avoir pour conséquence qu’un « établissement seuil bas » devient un « établissement seuil haut », ou vice versa, les exploitants doivent, avant de procéder à de telles modifications, réexaminer et, le cas échéant, mettre à jour la notification, la politique de prévention des accidents majeurs, le système de gestion de la sécurité et le rapport de sécurité, ainsi que fournir à ladite autorité toutes les précisions requises.

53 Il ressort du contenu des obligations visées aux points 49 à 52 du présent arrêt que celles-ci ont un caractère préventif. Ainsi, le respect de ces obligations nécessite, afin de préserver l’effet utile des dispositions concernées de la directive 2012/18 et d’assurer la réalisation des objectifs poursuivis par celle-ci, que lesdites obligations soient mises en œuvre suffisamment en amont pour garantir une appréciation préalable des risques d’accidents majeurs impliquant des substances dangereuses.

54 Un tel caractère préventif exclut donc une interprétation de l’article 3, point 12, de la directive 2012/18 selon laquelle la seule absence effective, dans un établissement, des quantités concernées de substances dangereuses à un moment donné déchargerait l’exploitant de cet établissement des obligations susmentionnées. En effet, le mécanisme de maîtrise des accidents majeurs institué par cette directive est conçu de telle façon que les fluctuations dans les quantités de ces substances, présentes ou susceptibles d’être présentes dans un établissement, soient prises en compte, en retenant, ainsi qu’il ressort du point 48 du présent arrêt, comme point de référence les quantités maximales desdites substances.

55 Enfin, une telle interprétation littérale et contextuelle de l’article 3, point 12, de la directive 2012/18 permet également d’assurer la mise en œuvre des objectifs de cette directive, laquelle vise, conformément à son article 1er, lu à la lumière de ses considérants 2 à 4 et 6, à renforcer, de façon cohérente et efficace dans toute l’Union, le niveau de protection relatif à la prévention des accidents majeurs impliquant des substances dangereuses et à la limitation de leurs conséquences pour la santé humaine et l’environnement, ce qui présuppose l’établissement et l’application de mesures de sécurité et de réduction des risques. En outre, ce considérant 2 mentionne la nécessité de prendre « les mesures de précaution appropriées ».

56 À cet égard, il convient de souligner que la directive 2012/18 a été adoptée sur le fondement de l’article 192, paragraphe 1, TFUE, relatif aux actions à entreprendre par l’Union dans le domaine de l’environnement en vue de réaliser les objectifs visés à l’article 191 TFUE. Ce dernier article dispose, à son paragraphe 1, premier et deuxième tirets, que la politique de l’Union dans le domaine de l’environnement contribue à la poursuite des objectifs de préservation, de protection et d’amélioration de la qualité de l’environnement ainsi que de protection de la santé des personnes. En vertu du paragraphe 2 dudit article 191, la politique de l’Union dans le domaine de l’environnement vise un niveau de protection élevé et est fondée, notamment, sur les principes de précaution et d’action préventive. Il découle de ces dispositions que la protection et l’amélioration de la qualité de l’environnement ainsi que la protection de la santé humaine sont deux composantes étroitement liées de cette politique, dont relève la directive 2012/18. Les règles établies par celle‑ci sont ainsi la concrétisation des obligations de l’Union en matière de protection de l’environnement et de la santé humaine, qui découlent, notamment, de l’article 191, paragraphes 1 et 2, TFUE (voir, par analogie, arrêt du 25 juin 2024, Ilva e.a., C‑626/22, EU:C:2024:542, points 67, 68 et 70).

57 Selon la jurisprudence de la Cour, une application correcte du principe de précaution présuppose, en premier lieu, l’identification des conséquences potentiellement négatives pour l’environnement des substances dangereuses concernées et, en second lieu, une évaluation compréhensive du risque pour l’environnement fondée sur les données scientifiques disponibles les plus fiables et les résultats les plus récents de la recherche internationale. Lorsqu’il s’avère impossible de déterminer avec certitude l’existence ou la portée du risque allégué en raison de la nature insuffisante, non concluante ou imprécise des résultats des études menées, mais que la probabilité d’un dommage réel pour l’environnement persiste dans l’hypothèse où le risque se réaliserait, le principe de précaution justifie l’adoption de mesures restrictives, sous réserve qu’elles soient non discriminatoires et objectives (voir, en ce sens, arrêt du 28 mars 2019, Verlezza e.a., C‑487/17 à C‑489/17, EU:C:2019:270, points 57 et 58 ainsi que jurisprudence citée).

58 Ainsi, compte tenu de la nécessité d’assurer un niveau de protection élevé et le respect du principe de précaution, la notion de « présence de substances dangereuses », au sens de l’article 3, point 12, de la directive 2012/18, ne saurait être interprétée de manière restrictive (voir, par analogie, arrêt du 14 octobre 2020, Sappi Austria Produktion et Wasserverband « Region Gratkorn-Gratwein », C‑629/19, EU:C:2020:824, point 43 ainsi que jurisprudence citée).

59 À la lumière de ce qui précède, il y a lieu de considérer que, même si un système de surveillance continue des substances dangereuses effectivement présentes à un moment donné au sein d’un établissement peut fournir des indices valables quant à la « présence réelle » de telles substances dans cet établissement, ce système ne permet pas, à lui seul, de déterminer la « présence de substances dangereuses » dans ledit établissement, au sens de l’article 3, point 12, de la directive 2012/18.

60 Par ailleurs, s’agissant des circonstances qui constituent des indices d’une « présence anticipée » de substances dangereuses dans un établissement ou d’une présence « raisonnablement prévisible » de telles substances en cas de perte de contrôle des procédés, au sens de cet article 3, point 12, il y a lieu de rappeler que, ainsi qu’il ressort des points 45, 46, 53 et 54 du présent arrêt, ces notions se rapportent aux substances dangereuses susceptibles d’être présentes dans cet établissement, à savoir celles dont la présence est prévue ou raisonnablement envisageable et doit être appréciée au préalable en retenant comme point de référence les quantités maximales de ces substances.

61 Il convient, dès lors, de constater que, compte tenu de la nécessité d’anticiper de manière raisonnable ces quantités maximales, figurent parmi les circonstances dont il est question au point précédent les capacités maximales de l’établissement concerné pour stocker ou traiter des substances dangereuses au regard de l’autorisation d’exploitation dont dispose l’exploitant de ce dernier. En effet, une telle autorisation, appréciée, le cas échéant, ensemble avec d’autres éléments pertinents, permet, en principe, d’évaluer de manière objective les quantités maximales de substances dangereuses présentes ou susceptibles d’être présentes dans cet établissement.

62 Cette constatation vaut en particulier en ce qui concerne les autorisations prévues, respectivement, à l’article 23 de la directive 2008/98 et à l’article 4 de la directive 2010/75, auxquels se réfèrent tant la juridiction de renvoi que la requérante au principal, étant noté, par ailleurs, que ces directives ont été adoptées, à l’instar de la directive 2012/18, afin de mettre en œuvre la politique de l’environnement de l’Union. À cet égard, premièrement, il ressort des termes mêmes du paragraphe 1, sous a), de cet article 23 que les autorisations concernant la gestion de déchets déterminent au moins les types et quantités de déchets pouvant être traités.

63 Deuxièmement, conformément aux articles 4 et 12 de la directive 2010/75, lus à la lumière de l’annexe I, partie 5, de celle-ci, des installations relevant du champ d’application de cette directive, qui comprend celles effectuant la gestion de déchets, ne sauraient être exploitées sans autorisation. Or, la délivrance d’une telle autorisation implique la détermination, notamment, des matières premières et auxiliaires et des autres substances utilisées dans ou produites par l’installation concernée. En outre, la Cour a jugé que l’évaluation préalable des incidences de l’activité d’une telle installation tant sur l’environnement que sur la santé humaine doit faire partie intégrante des procédures de délivrance et de réexamen de cette autorisation (voir, en ce sens, arrêt du 25 juin 2024, Ilva e.a., C‑626/22, EU:C:2024:542, point 105).

64 Par conséquent, une juridiction nationale saisie d’un litige portant sur l’applicabilité, à l’établissement concerné, d’une réglementation nationale mettant en œuvre la directive 2012/18, et, en particulier, sur l’appréciation de la « présence de substances dangereuses » au sein de cet établissement, doit vérifier si des substances dangereuses relevant de l’annexe I de cette directive y sont réellement présentes dans des quantités égales ou supérieures à celles visées à cette annexe I ou si une telle présence est anticipée ou raisonnablement prévisible. Cette vérification doit être effectuée en tenant compte de l’ensemble des circonstances du cas d’espèce, tout en veillant au respect de l’objectif visé par ladite directive et à la sauvegarde de l’efficacité de celle-ci.

65 En outre, certaines circonstances peuvent constituer des indices valables d’une « présence de substances dangereuses », au sens de l’article 3, point 12, de la même directive (voir, par analogie, arrêt du 14 octobre 2020, Sappi Austria Produktion et Wasserverband « Region GratkornGratwein », C‑629/19, EU:C:2020:824, point 45). Figurent parmi de telles circonstances les quantités maximales de substances qu’un établissement peut stocker ou traiter conformément à une autorisation d’exploitation, surtout lorsque celle-ci a été délivrée en application d’une réglementation mettant en œuvre les dispositions du droit de l’Union mentionnées aux points 62 et 63 du présent arrêt.

66 Eu égard à l’ensemble de ces motifs, il y a lieu de répondre à la première question que l’article 3, point 12, de la directive 2012/18 doit être interprété en ce sens qu’il ne s’oppose pas à une pratique, éventuellement retenue dans l’autorisation de gestion des déchets délivrée par l’autorité administrative compétente, selon laquelle, afin d’évaluer la « présence de substances dangereuses » dans un établissement, au sens de cette disposition, et de prouver que leurs quantités n’atteignent à aucun moment les quantités indiquées à l’annexe I, partie 1 ou partie 2, de cette directive, il n’est pas autorisé de se fonder uniquement sur un système de gestion mis en œuvre par l’exploitant de cet établissement et assurant la surveillance continue de telles substances effectivement présentes au sein de celui-ci.

Sur la seconde question

67 Par sa seconde question, la juridiction de renvoi demande, en substance, si l’article 7 de la directive 2012/18 doit être interprété en ce sens qu’il s’oppose à une réglementation nationale qui exige qu’une notification des informations concernées à l’autorité compétente, au sens de cet article 7, soit effectuée exclusivement au moyen d’un formulaire établi par cette réglementation et suivant les modalités prévues par celle-ci, et qui exclut la possibilité d’effectuer une telle notification au moyen d’un système de gestion mis en œuvre par l’exploitant d’un établissement et assurant la surveillance continue des substances dangereuses effectivement présentes au sein de celui-ci.

68 La requérante au principal fait valoir que cette question est manifestement irrecevable, dans la mesure où elle est dénuée de rapport avec le litige au principal.

69 Il y a lieu de rappeler, à cet égard, la jurisprudence constante selon laquelle il appartient au seul juge national qui est saisi du litige et qui doit assumer la responsabilité de la décision juridictionnelle à intervenir d’apprécier, au regard des particularités de l’affaire, tant la nécessité d’une décision préjudicielle pour être en mesure de rendre son jugement que la pertinence des questions qu’il pose à la Cour, lesquelles bénéficient d’une présomption de pertinence. Partant, dès lors que la question posée porte sur l’interprétation ou la validité d’une règle du droit de l’Union, la Cour est, en principe, tenue de statuer, sauf s’il apparaît de manière manifeste que l’interprétation sollicitée n’a aucun rapport avec la réalité ou l’objet du litige au principal, si le problème est de nature hypothétique ou encore si la Cour ne dispose pas des éléments de fait et de droit nécessaires pour répondre de façon utile à ladite question (arrêts du 13 juillet 2000, Idéal tourisme, C‑36/99, EU:C:2000:405, point 20, et du 20 mars 2025, Arce, C‑365/23, EU:C:2025:192, point 38 ainsi que jurisprudence citée).

70 En l’occurrence, il ressort, certes, du dossier dont dispose la Cour que le décret législatif no 105/2015, applicable au litige au principal, a transposé en droit italien l’article 7 de la directive 2012/18, qui vise la nécessité pour les États membres d’exiger de l’exploitant qu’il envoie à l’autorité compétente une notification contenant les informations portant, notamment, sur l’établissement concerné et sur les substances dangereuses se trouvant au sein de celui-ci.

71 Cependant, ainsi qu’il ressort de la décision de renvoi, la requérante au principal conteste la légalité d’une décision du comité technique, agissant en tant qu’autorité compétente, en soutenant que la station de traitement de déchets liquides qu’elle exploite ne relève pas du champ d’application de ce décret législatif. L’illégalité de cette décision résulterait de l’interprétation erronée, par cette autorité, de la notion de « présence de substances dangereuses », telle qu’elle est définie par une disposition nationale transposant en droit italien l’article 3, point 12, de la directive 2012/18. En effet, selon cette requérante, ladite autorité a considéré à tort qu’un système de gestion, tel que celui qu’elle a mis en œuvre, ne permettait pas de prouver, à lui seul, l’absence de telles substances dans cette station.

72 Ainsi, il ne ressort d’aucun élément du dossier dont dispose la Cour que le litige au principal porte sur les modalités de communication des informations requises en vertu des dispositions nationales qui ont transposé l’article 7 de la directive 2012/18 et, en particulier, sur le fait que ces dispositions prévoient une modalité unique pour une telle communication. En effet, ainsi qu’il ressort tant de la décision de renvoi que des observations écrites de la requérante au principal, celle-ci invoque le système de gestion qu’elle a mis en place non pas en tant que modalité de notification des informations énumérées par lesdites dispositions, mais comme étant le moyen de prouver l’absence, dans son établissement, de substances dangereuses dans des quantités requises pour que le décret législatif no 105/2015 s’applique. Or, cet article 7 ne régit pas les moyens de preuve de la présence de substances dangereuses dans un établissement, mais vise à concrétiser l’obligation pour les exploitants des « établissements seuil bas » ou « seuil haut », au sens de cette directive, de fournir ces informations à l’autorité compétente.

73 De plus, la juridiction de renvoi mentionne la nécessité, afin de déterminer si les États membres peuvent imposer une modalité unique de notification en vertu de l’article 7 de la directive 2012/18, de mettre en balance, d’une part, les principes de libre concurrence et de liberté d’établissement et, d’autre part, la nécessité de protéger l’environnement et la sécurité. Toutefois, elle n’explique nullement en quoi une telle mise en balance serait pertinente pour la résolution du litige dont elle est saisie.

74 Il s’ensuit que le fait de répondre à la seconde question dans ces circonstances reviendrait manifestement à fournir une opinion consultative sur une question hypothétique, en méconnaissance de la mission impartie à la Cour dans le cadre de la coopération juridictionnelle instituée par l’article 267 TFUE (voir, en ce sens, arrêt du 22 février 2022, Stichting Rookpreventie Jeugd e.a., C‑160/20, EU:C:2022:101, point 84).

75 Par conséquent, la seconde question est irrecevable.

Sur les dépens

76 La procédure revêtant, à l’égard des parties au principal, le caractère d’un incident soulevé devant la juridiction de renvoi, il appartient à celle-ci de statuer sur les dépens. Les frais exposés pour soumettre des observations à la Cour, autres que ceux desdites parties, ne peuvent faire l’objet d’un remboursement.

Par ces motifs, la Cour (quatrième chambre) dit pour droit :

L’article 3, point 12, de la directive 2012/18/UE du Parlement européen et du Conseil, du 4 juillet 2012, concernant la maîtrise des dangers liés aux accidents majeurs impliquant des substances dangereuses, modifiant puis abrogeant la directive 96/82/CE du Conseil,

doit être interprété en ce sens que :

il ne s’oppose pas à une pratique, éventuellement retenue dans l’autorisation de gestion des déchets délivrée par l’autorité administrative compétente, selon laquelle, afin d’évaluer la « présence de substances dangereuses » dans un établissement, au sens de cette disposition, et de prouver que leurs quantités n’atteignent à aucun moment les quantités indiquées à l’annexe I, partie 1 ou partie 2, de la directive 2012/18, il n’est pas autorisé de se fonder uniquement sur un système de gestion mis en œuvre par l’exploitant de cet établissement et assurant la surveillance continue de telles substances effectivement présentes au sein de celui-ci.

Signatures


* Langue de procédure : l’italien.

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