| CELEX | 62024CJ0424_RES |
| Type | Jurisprudence CJUE |
| Date | jeudi 16 juillet 2026 |
Affaires jointes C‑424/24 et C‑425/24
ZD
et
MI
contre
Federazione Italiana Giuoco Calcio (FIGC) e.a.
(demande de décision préjudicielle,
introduite par le Tribunale Amministrativo Regionale per il Lazio)
Arrêt de la Cour (cinquième chambre) du 16 juillet 2026
« Renvoi préjudiciel – Sanctions disciplinaires dans le domaine du sport – Interdiction temporaire d’exercer certaines activités professionnelles, infligée par une association sportive nationale à deux dirigeants d’un club de football professionnel – Infraction consistant à effectuer ou à approuver de fausses déclarations financières et comptables – Marché intérieur – Articles 45 et 56 TFUE – Entrave à la liberté de circulation des travailleurs et à la liberté de prestation de services – Justification – Objectif légitime d’intérêt général – Régularité des compétitions sportives – Respect du principe de proportionnalité – Détermination des sanctions – Existence de critères transparents, objectifs, non-discriminatoires, proportionnés et contrôlables – Article 19, paragraphe 1, second alinéa, TUE – Protection juridictionnelle effective – Article 47 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne – Droit à un recours effectif – Existence d’un contrôle juridictionnel effectif – Législation nationale permettant à la juridiction compétente aux fins de contrôler à titre incident la légalité de ces sanctions d’accorder une réparation aux personnes sanctionnées, mais non d’annuler ou de suspendre lesdites sanctions »
1. Libre circulation des personnes – Travailleurs – Restrictions – Règlementation nationale permettant à une association sportive nationale, reconnue comme autonome juridiquement, d’infliger une sanction disciplinaire à des dirigeants de club sportif – Interdiction temporaire d’exercer des activités professionnelles relevant de la compétence de cette association – Sanction motivée par des fausses déclarations financières et comptables en violation des principes de loyauté, de convenance et de probité – Admissibilité – Conditions cumulatives – Adoption des dispositions en matière d’infliction de sanction poursuivant un objectif légitime d’intérêt général – Respect du principe de proportionnalité – Vérification par la juridiction de renvoi
(Art. 45 et 56 TFUE)
(voir points 55-59, 63-64, 70, 72-75, 78-80, disp. 1)
2. États membres – Obligations – Établissement des voies de recours nécessaires pour assurer une protection juridictionnelle effective – Droit à un recours effectif – Contrôle juridictionnel effectif – Règlementation nationale limitant les pouvoirs de la juridiction nationale appelée à contrôler une sanction infligée par une association sportive nationale après épuisement des degrés de juridiction de la justice sportive nationale – Pouvoir limité à l’octroi d’une réparation en cas de sanction illégale – Exclusion des pouvoirs consistant à accorder des mesures provisoires et à annuler la sanction ainsi qu’à en faire cesser les effets – Admissibilité – Condition – Organe relevant de la justice sportive nationale statuant en dernier ressort répondant aux exigences cumulatives – Qualification de juridiction – Établissement par la loi de son existence, de sa composition et de son organisation – Exercice d’un rôle juridictionnel – Mise en place des garanties procédurales tenant au droit de la défense et du principe du contradictoire – Exercice au préalable d’un contrôle juridictionnel effectif sur la même sanction
(Art. 19, § 1, 2nd al., TUE ; charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, art. 47)
(voir points 85-89, 92, 96-110, 113, 114, 117, 118, 121, disp. 2)
Résumé
Saisie à titre préjudiciel par le Tribunale amministrativo regionale per il Lazio (tribunal administratif régional pour le Latium, Italie), la Cour se prononce sur la compatibilité d’une interdiction temporaire d’exercer des activités professionnelles au sein d’une association sportive ayant une portée européenne avec le respect de la libre circulation des travailleurs et de la libre prestation de services (ci-après les « libertés de circulation concernées »). Elle précise également les exigences auxquelles les organes de règlement des litiges institués par de telles associations doivent répondre pour constituer de véritables « juridictions » au sens du droit de l’Union européenne ainsi que pour assurer la protection juridictionnelle des personnes auxquelles ces associations infligent des sanctions.
ZD et MI, deux anciens dirigeants du club de football professionnel italien Juventus Football Club SpA, se sont vus infliger par la Corte federale d’appello presso la Federazione Italiana Giuoco Calcio [cour d’appel fédérale auprès de la fédération italienne de football (ci-après la « FIGC »)] (ci-après la « cour d’appel fédérale ») une sanction leur interdisant d’exercer des activités professionnelles au sein de la FIGC pendant 24 mois en raison de fausses déclarations financières et comptables. Cette sanction était assortie d’une demande d’extension à l’Union des associations européennes de football (UEFA) et à la Fédération internationale de football association (FIFA), et a été étendue ultérieurement au niveau mondial par la commission de discipline de la FIFA.
Leur recours contre la décision de la cour d’appel fédérale ayant été rejeté par le Collegio di garanzia dello sport presso il Comitato Olimpico Nazionale Italiano [conseil de garantie du sport auprès du comité olympique national italien (CONI)], les requérants ont saisi la juridiction de renvoi et demandé l’annulation de la sanction infligée.
Appréciation de la Cour
En premier lieu, la Cour rappelle que le respect des libertés fondamentales de circulation consacrées par les articles 45 et 56 TFUE s’impose également aux associations sportives nationales ou internationales dans le cas où elles adoptent des règles relatives au travail salarié ou à la prestation de services de joueurs professionnels ou semi-professionnels et d’autres catégories de personnes exerçant des activités économiques liées à la pratique du sport, telles que les dirigeants, ainsi que, plus largement, des règles ayant une incidence directe sur ce travail ou sur cette prestation de services (1). La personnalité juridique, publique ou privée, de telles associations ou la reconnaissance en droit interne de leur autonomie juridique est sans incidence, puisqu’elles ne sauraient limiter l’exercice de ces libertés.
Si l’adoption par ces associations de règles organisant de façon collective le travail salarié et les prestations de services des personnes concernées, et de dispositions prévoyant des sanctions en cas de violation de ces règles, ne saurait, en elle-même, être considérée comme étant contraire aux articles 45 et 56 TFUE, l’infliction d’une sanction à un particulier est susceptible, selon sa nature et sa portée, d’entraver les libertés de circulation concernées. Il en va ainsi dans le cas d’une sanction telle que les interdictions temporaires d’exercer certaines activités professionnelles, susceptibles d’être appliquées dans l’ensemble des États membres.
En deuxième lieu, s’agissant de l’existence d’une justification éventuelle de l’entrave aux libertés de circulation concernées, la Cour considère que les règles visant à assurer, au moyen de sanctions disciplinaires, le respect des normes financières et comptables applicables aux clubs de football ainsi que le caractère exact et loyal des déclarations financières et comptables effectuées ou approuvées par les dirigeants de ces clubs poursuivent l’objectif d’intérêt général consistant à assurer la régularité des compétitions sportives, qui repose notamment sur le maintien d’un certain équilibre sportif et financier ainsi que d’une certaine égalité des chances entre les clubs participants. Or, un tel équilibre risquerait d’être faussé ou même rompu, si ces dirigeants se livraient impunément à des comportements comptables et financiers reprochables, qui porteraient notamment sur des opérations de transfert de joueurs, ayant une incidence directe sur la composition des équipes.
Dès lors, il appartient à la juridiction de renvoi de vérifier, premièrement, que la détermination des sanctions individuelles est encadrée par des critères transparents, objectifs et non discriminatoires, garantissant la prise en compte des circonstances pertinentes de chaque cas d’espèce, et notamment de la nature, de la durée ainsi que de la gravité de l’infraction constatée. Par ailleurs, l’organe chargé d’appliquer ces critères doit disposer d’une certaine marge d’appréciation, dont l’usage doit lui-même pouvoir faire l’objet d’un contrôle juridictionnel effectif par une juridiction nationale.
S’agissant, deuxièmement, de l’exigence du contrôle juridictionnel de ces sanctions individuelles, qui fait partie intégrante de la protection juridictionnelle effective (2), la Cour rappelle que celle-ci implique que la juridiction nationale doit être compétente pour examiner les éléments juridiques et factuels du litige, et doit pouvoir contrôler le bien-fondé au regard du droit de l’Union d’une sanction, notamment ses conditions de fixation, sa motivation et sa détermination. Cette juridiction doit également pouvoir non seulement constater l’existence d’une violation du droit de l’Union, tout en pouvant en tirer toutes les conséquences, afin de faire cesser celle-ci, mais aussi ordonner des mesures provisoires.
En dernier lieu, s’agissant de l’identification de la juridiction nationale compétente pour contrôler les sanctions infligées par les associations sportives, la Cour rappelle que le volet « externe » de l’indépendance des juridictions vise notamment la protection des juges face à des interventions, des pressions ou des influences, directes ou indirectes, pouvant provenir de sources extérieures, telles qu’en l’occurrence des associations sportives. Ainsi qu’elle l’a déjà jugé, pour que des organismes professionnels, y compris de droit privé, puissent être regardés comme des « juridictions », au sens du droit de l’Union, ils doivent satisfaire aux exigences posées par la jurisprudence pertinente, telles que l’établissement préalable par la loi de leur existence, de leur composition et de leur organisation ainsi que l’exercice d’un contrôle sur les actes, les mesures ou les comportements qui relèvent de leur compétence.
En l’occurrence, la Cour relève que la juridiction de renvoi devrait pouvoir exercer un contrôle juridictionnel effectif sur les sanctions infligées par les associations sportives seulement dans l’hypothèse où aucun des organes intervenant aux différents « degrés de juridiction de la justice sportive nationale » ne remplit les exigences cumulatives découlant de l’article 19, paragraphe 1, second alinéa, TUE. En effet, s’il s’avérait qu’à tout le moins l’organe judiciaire de l’ordre sportif statuant en dernier ressort remplit ces exigences et peut donc être qualifié de « juridiction », au sens du droit de l’Union, il existerait alors déjà une voie de recours assurant une protection juridictionnelle effective aux particuliers (3).
S’agissant de l’exigence d’établissement préalable par la loi, la Cour considère que la seule mention par une législation nationale que les personnes concernées sont « tenu[e]s de saisir les [organes judiciaires de l’ordre sportif], conformément aux dispositions des statuts et règlements du [CONI] et des fédérations sportives » ne permet pas de considérer que la composition, l’organisation, le rôle juridictionnel de ces organes ainsi que les garanties procédurales devant eux sont prévus par la loi. La Cour conclut qu’il incombe à la juridiction de renvoi de déterminer si ces différents éléments sont prévus par une loi autre que la législation nationale invoquée, tout en précisant qu’il n’est pas exclu qu’une réglementation émanant d’une association sportive nationale puisse être considérée comme une loi dans certaines situations, notamment en cas d’approbation par une loi, selon des conditions appropriées.
1 Arrêts du 21 décembre 2023, European Superleague Company (C‑333/21, EU:C:2023:1011, point 85 et jurisprudence citée), ainsi que du 4 octobre 2024, FIFA (C‑650/22, EU:C:2024:824, point 77).
2 Conformément à l’article 19, paragraphe 1, second alinéa, TUE.
3 Conformément à l’article 19, paragraphe 1, second alinéa, TUE.
Ordonnance du président du Tribunal du 4 août 2026.#Christoph Klein contre Commission européenne.#Référé – Clause de sauvegarde – Dispositif médical – Demande de sursis à exécution – Demande de mesures provisoires – Défaut d’urgence.#Affaire T-267/26 R.
04/08/2026
Ordonnance du président du Tribunal du 3 août 2026.#Broadcom Inc. et VMware International Unlimited Company contre Commission européenne.#Référé – Concurrence – Article 18, paragraphe 3, du règlement (CE) no 1/2003 – Demande de renseignements – Demande de sursis à exécution et de mesures provisoires – Non-lieu à statuer partiel – Défaut de fumus boni juris – Mise en balance des intérêts.#Affaire T-280/26 R.
03/08/2026
Jurisprudence CJUE — 62026TO0017
22/07/2026
Ordonnance du président du Tribunal du 22 juillet 2026.#Marek Lovás contre Parquet européen.#Référé – Rejet du recours principal – Non-lieu à statuer.#Affaire T-272/26 R.
22/07/2026