| CELEX | 62024CJ0601 |
| Type | Jurisprudence CJUE |
| Date | jeudi 11 juin 2026 |
ARRÊT DE LA COUR (neuvième chambre)
11 juin 2026 (*)
« Renvoi préjudiciel – Protection des espèces de faune et de flore sauvages par le contrôle de leur commerce – Hippocampe japonais – Règlement (CE) no 338/97 – Article 2, sous t) – Notion de “spécimen” – Article 4, paragraphe 2 – Permis d’importation – Article 2, sous j), et article 7, paragraphe 3 – Effets personnels ou domestiques – Article 16 – Sanctions pénales – Introduction dans l’Union européenne de spécimens sans permis d’importation – Règlement (CE) no 865/2006 – Article 57 – Introduction d’effets personnels ou domestiques dans l’Union »
Dans l’affaire C‑601/24 [Gotka] (i),
ayant pour objet une demande de décision préjudicielle au titre de l’article 267 TFUE, introduite par le Sąd Rejonowy w Jarosławiu Wydział II Karny (tribunal d’arrondissement de Jarosław, division pénale II, Pologne), par décision du 13 septembre 2024, parvenue à la Cour le 16 septembre 2024, dans la procédure pénale contre
V.B.,
en présence de :
Prokurator Prokuratury Rejonowej w Jarosławiu,
LA COUR (neuvième chambre),
composée de M. M. Condinanzi, président de chambre, Mme R. Frendo et M. A. Kornezov (rapporteur), juges,
avocat général : M. D. Spielmann,
greffier : Mme M. Siekierzyńska, administratrice,
vu la procédure écrite et à la suite de l’audience du 28 janvier 2026,
considérant les observations présentées :
– pour le gouvernement polonais, par M. B. Majczyna, en qualité d’agent,
– pour le gouvernement tchèque, par Mmes L. Halajová, T. Paroulková MM. M. Smolek et J. Vláčil, en qualité d’agents,
– pour le gouvernement allemand, par MM. J. Möller et P. E. Wagner, en qualité d’agents,
– pour le gouvernement autrichien, par M. A. Posch, Mme J. Schmoll, MM. F. Hagen, M. Kopetzki et Mme B. Leitner, en qualité d’agents,
– pour la Commission européenne, par Mmes J. Jokubauskaitė et D. Milanowska, en qualité d’agents,
vu la décision prise, l’avocat général entendu, de juger l’affaire sans conclusions,
rend le présent
Arrêt
1 La demande de décision préjudicielle porte sur l’interprétation de l’article 1er, de l’article 2, sous j) et t), et de l’article 7, paragraphe 3, du règlement (CE) no 338/97 du Conseil, du 9 décembre 1996, relatif à la protection des espèces de faune et de flore sauvages par le contrôle de leur commerce (JO 1997, L 61, p. 1), tel que modifié par le règlement (CE) no 398/2009 du Parlement européen et du Conseil, du 23 avril 2009 (JO 2009, L 126, p. 5) (ci-après le « règlement no 338/97 »).
2 Cette demande a été présentée dans le cadre d’une procédure pénale contre V.B., un ressortissant ukrainien, accusé d’avoir introduit dans l’Union européenne, sans permis d’importation, des boîtes de comprimés contenant un extrait d’hippocampe japonais, une espèce protégée en vertu du règlement no 338/97.
Le cadre juridique
Le droit international
3 La convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction, signée à Washington le 3 mars 1973 (Recueil des traités des Nations unies, vol. 993, no I‑14537, ci-après la « CITES »), a pour objectif de garantir que le commerce international des espèces inscrites à ses annexes, ainsi que des parties et des produits qui en sont issus, ne nuise pas à la conservation de la biodiversité et repose sur une utilisation durable des espèces sauvages.
4 La CITES, à laquelle l’Union est devenue partie le 8 juillet 2015, a été mise en œuvre au sein de l’Union à partir du 1er janvier 1984 en vertu du règlement (CEE) no 3626/82 du Conseil, du 3 décembre 1982, relatif à l’application dans la Communauté de la convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (JO 1982, L 384, p. 1). Ce règlement a été abrogé par le règlement no 338/97.
5 Aux termes de la résolution de la Conférence des Parties à la CITES, intitulée « Contrôle du commerce des spécimens constituant des objets personnels ou à usage domestique » [Conf.13.7 (Rev. CoP17)] (ci-après la « résolution 13.7 de la Conférence des Parties à la CITES ») :
« [...]
La Conférence des Parties à la [CITES]
1. Décide que l’expression “objets personnels ou à usage domestique”, figurant à l’Article VII, paragraphe 3, s’applique aux spécimens qui :
a) sont détenus ou possédés à titre personnel, à des fins non commerciales ;
b) ont été acquis légalement ; et
c) au moment de l’importation, de l’exportation ou de la réexportation :
i) sont portés, transportés ou inclus dans les bagages personnels ; ou
ii) font partie d’un déménagement.
[...] »
Le droit de l’Union
Le règlement no 338/97
6 L’article 1er du règlement no 338/97, intitulé « Objet », dispose :
« L’objectif du présent règlement est de protéger les espèces de faune et de flore sauvages et d’assurer leur conservation en contrôlant leur commerce conformément aux articles suivants.
Le présent règlement s’applique dans le respect des objectifs, principes et dispositions de la convention définie à l’article 2. »
7 L’article 2 de ce règlement, intitulé « Définitions », prévoit, à ses points b), j) et t) :
« Aux fins du présent règlement, on entend par :
[...]
b) “convention” : la [CITES] ;
[...]
j) “effets personnels ou domestiques” : les spécimens morts, les parties de spécimens et les produits dérivés appartenant à un particulier et faisant partie ou devant faire partie de ses biens et effets normaux ;
[...]
t) “spécimen” : tout animal ou toute plante, vivant ou mort appartenant aux espèces inscrites aux annexes A à D, ou toute partie ou tout produit obtenu à partir de ceux-ci, incorporé ou non dans d’autres marchandises, ainsi que toute autre marchandise dans le cas où il ressort d’un document justificatif, de l’emballage ou d’une marque ou étiquette ou de tout autre élément qu’il s’agit de parties ou de produits d’animaux ou de plantes de ces espèces, sauf si ces parties ou produits sont spécifiquement exemptés de l’application des dispositions du présent règlement ou des dispositions relatives à l’annexe à laquelle l’espèce concernée est inscrite par une indication dans ce sens contenue dans les annexes concernées. »
8 L’article 4 dudit règlement, intitulé « Introduction dans la Communauté », dispose, à son paragraphe 2, premier alinéa :
« L’introduction dans la Communauté [européenne] de spécimens d’espèces inscrites à l’annexe B est subordonnée à la réalisation des vérifications nécessaires et à la présentation préalable, au bureau de douane frontalier d’introduction, d’un permis d’importation délivré par un organe de gestion de l’État membre de destination. »
9 L’article 7 du même règlement, intitulé « Dérogations », prévoit, à son paragraphe 3 :
« Par dérogation aux articles 4 et 5, les dispositions desdits articles ne s’appliquent pas aux spécimens morts ou aux parties et produits obtenus à partir de spécimens d’espèces inscrites aux annexes A à D lorsqu’il s’agit d’effets personnels ou ménagers introduits dans la Communauté ou exportés ou réexportés hors de la Communauté conformément aux dispositions arrêtées par la Commission [européenne]. [...] »
10 L’article 16 du règlement no 338/97, intitulé « Sanctions », dispose, à son paragraphe 1, sous a), et à son paragraphe 2 :
« 1. Les États membres prennent les mesures nécessaires pour sanctionner au moins les infractions suivantes aux dispositions du présent règlement :
a) l’introduction dans la Communauté ou l’exportation ou la réexportation hors de la Communauté de spécimens sans le permis ou le certificat approprié, ou avec un permis ou un certificat faux, falsifié, non valable ou modifié sans l’autorisation de l’autorité de délivrance ;
[...]
2. Les mesures visées au paragraphe 1 sont appropriées à la nature et à la gravité de l’infraction et comportent des dispositions relatives à la saisie et, le cas échéant, à la confiscation des spécimens. »
11 À l’annexe B de ce règlement, figurent les « [Hippocampus spp. (II)] ».
Le règlement (CE) no 865/2006
12 Les considérants 1, 2 et 6 du règlement (CE) no 865/2006 de la Commission, du 4 mai 2006, portant modalités d’application du règlement (CE) no 338/97 du Conseil relatif à la protection des espèces de faune et de flore sauvages par le contrôle de leur commerce (JO 2006, L 166, p. 1), tel que modifié par le règlement (CE) no 100/2008 de la Commission, du 4 février 2008 (JO 2008, L 31, p. 3) (ci-après le « règlement no 865/2006 »), énoncent :
« (1) Des dispositions doivent être prises pour mettre en œuvre le règlement (CE) no 338/97 et pour assurer le respect intégral des dispositions de la [CITES].
(2) Pour assurer la mise en œuvre uniforme du règlement (CE) no 338/97, il est nécessaire de fixer les conditions et les critères détaillés à prendre en compte pour l’examen des demandes de permis et de certificats et pour la délivrance, la validité et l’utilisation de ces documents. Il convient dès lors de définir des modèles auxquels lesdits documents doivent correspondre.
[...]
(6) Il est nécessaire d’instaurer des procédures en vue du marquage des spécimens de certaines espèces afin de faciliter leur identification et d’assurer le respect des dispositions du règlement (CE) no 338/97. »
13 L’article 1er du règlement no 865/2006, intitulé « Définitions », prévoit, à son point 5 :
« Aux fins du présent règlement, et en complément des définitions énoncées à l’article 2 du règlement (CE) no 338/97, on entend par :
[...]
5) “personne résidant normalement dans la Communauté”, une personne qui demeure dans la Communauté au moins 185 jours par année civile en raison d’attaches professionnelles ou, dans le cas d’une personne sans attaches professionnelles, en raison d’attaches personnelles révélant des liens étroits entre elle-même et l’endroit où elle habite ».
14 L’article 57 de ce règlement, intitulé « Introduction et réintroduction d’effets personnels ou domestiques dans la Communauté », dispose :
« 1. La dérogation à l’article 4 du règlement (CE) no 338/97, prévue à l’article 7, paragraphe 3, dudit règlement pour les effets personnels ou domestiques, ne s’applique pas aux spécimens utilisés dans un but lucratif, vendus, exposés à des fins commerciales, détenus pour la vente, mis en vente ou transportés pour la vente.
Cette dérogation s’applique uniquement aux spécimens, et notamment aux trophées de chasse, qui remplissent une des conditions suivantes :
a) ils font partie des bagages personnels d’un voyageur en provenance d’un pays tiers ;
b) ils font partie des biens mobiliers d’une personne physique transférant sa résidence normale d’un pays tiers vers un État membre de la Communauté ;
c) ils constituent des trophées de chasse obtenus par un voyageur et importés ultérieurement.
[...]
3. La première introduction dans la Communauté, par une personne y résidant normalement, d’effets personnels ou domestiques, y compris de trophées de chasse, concernant des spécimens d’espèces inscrites à l’annexe B du règlement (CE) no 338/97, ne nécessite pas la présentation à la douane d’un permis d’importation, pour autant que l’original d’un document de (ré)exportation et une copie de celui-ci soient présentés.
[...]
5. Par dérogation aux paragraphes 3 et 4, la présentation d’un document de (ré)exportation ou d’un permis d’importation n’est pas requise pour l’introduction ou la réintroduction dans la Communauté des articles suivants inscrits à l’annexe B du règlement (CE) no 338/97 :
[...]
e) hippocampes (Hippocampus spp.), dans la limite de quatre spécimens morts par personne ;
[...] »
La directive 2001/83
15 L’article 1er, point 2, de la directive 2001/83/CE du Parlement européen et du Conseil, du 6 novembre 2001, instituant un code communautaire relatif aux médicaments à usage humain (JO 2001, L 311, p. 67), telle que modifiée par la directive (UE) 2022/642 du Parlement européen et du Conseil, du 12 avril 2022 (JO 2022, L 118, p. 4) (ci-après la « directive 2001/83 »), dispose :
« Aux fins de la présente directive, on entend par :
[...]
2) médicament :
a) toute substance ou composition présentée comme possédant des propriétés curatives ou préventives à l’égard des maladies humaines, ou
b) toute substance ou composition pouvant être utilisée chez l’homme ou pouvant lui être administrée en vue soit de restaurer, de corriger ou de modifier des fonctions physiologiques en exerçant une action pharmacologique, immunologique ou métabolique, soit d’établir un diagnostic médical ».
Le droit polonais
16 L’article 128, point 1, de l’ustawa o ochronie przyrody (loi sur la protection de la nature), du 16 avril 2004 (DZ. U no 92, position 880), dans sa version applicable au litige au principal (ci-après la « loi sur la protection de la nature »), disposait :
« Toute personne qui transporte par la frontière de l’Union européenne, sans être en possession du document requis [...] ou sans respecter les conditions [prévues], un spécimen d’une espèce protégée [...] est passible d’une peine privative de liberté de trois mois à cinq ans. »
Le litige au principal et les questions préjudicielles
17 Le 16 avril 2024, V.B., un ressortissant ukrainien, a introduit en Pologne, sans permis d’importation, quatre boîtes, de 100 comprimés chacune, d’une préparation contenant un extrait d’hippocampe japonais (ci-après la « préparation en cause au principal »), qu’il avait achetées en Ukraine pour son usage personnel.
18 Le Sąd Rejonowy w Jarosławiu Wydział II Karny (tribunal d’arrondissement de Jarosław, division pénale II, Pologne), qui est la juridiction de renvoi, a été saisi d’un réquisitoire introductif d’instance, approuvé par le Prokurator Prokuratury Rejonowej w Jarosławiu (procureur du parquet d’arrondissement de Jarosław, Pologne), contre V.B., selon lequel les faits décrits au point 17 du présent arrêt constituent une infraction pénale, au sens de l’article 128, point 1, de la loi sur la protection de la nature, punissable d’une peine privative de liberté de trois mois à cinq ans.
19 La juridiction de renvoi considère que le caractère punissable, au regard de l’article 128, point 1, de la loi sur la protection de la nature, de l’introduction dans l’Union, sans permis d’importation, des boîtes de comprimés de la préparation en cause au principal dépend notamment de l’interprétation du règlement no 338/97.
20 À cet égard, elle se demande, en premier lieu, si une telle préparation, dans la mesure où elle contient un extrait d’hippocampe japonais, doit être considérée comme relevant de la notion de « spécimen », au sens de l’article 2, sous t), de ce règlement. Elle précise que cette préparation remplit les conditions pour être qualifiée de médicament et s’interroge notamment sur le point de savoir si une telle qualification aurait une incidence sur l’interprétation de cette notion de « spécimen ».
21 En deuxième lieu, la juridiction de renvoi relève que V.B. a acheté la préparation en cause au principal en tant que particulier dans une pharmacie en Ukraine où celle-ci est vendue légalement et l’a introduite dans l’Union pour ses propres besoins thérapeutiques ou pour ceux d’un proche, et non pas à des fins commerciales. Elle se demande si, dans de telles circonstances, cette préparation doit être considérée comme appartenant aux « effets personnels ou domestiques » du prévenu, au sens de l’article 2, sous j), du règlement no 338/97, lesquels sont, conformément à l’article 7, paragraphe 3, de ce règlement, soustraits à l’obligation de présenter un permis d’importation lors de leur introduction dans l’Union.
22 En troisième et dernier lieu, la juridiction de renvoi s’interroge sur le point de savoir si le droit de l’Union s’oppose à une réglementation nationale qui permet de poursuivre pénalement un consommateur qui introduit dans l’Union, sans permis d’importation, pour ses besoins thérapeutiques propres ou ceux d’un proche, une préparation telle que celle en cause au principal achetée légalement dans un pays tiers, si rien n’indique qu’elle est destinée à un usage commercial.
23 Dans ces conditions, le Sąd Rejonowy w Jarosławiu (tribunal d’arrondissement de Jarosław) a décidé de surseoir à statuer et de poser à la Cour les questions préjudicielles suivantes :
« 1) Un médicament qui est vendu légalement en pharmacie dans un pays extérieur à l’Union et dont la composition complexe comporte notamment un extrait d’hippocampe japonais Syngnathidae Hippocampus spp. (II), inscrit à l’annexe B du [règlement no 338/97], relève-t-il de la notion de “spécimen”, au sens de l’article 2, sous t), de ce règlement ?
2) Convient-il d’interpréter l’article 1er du [règlement no 338/97], lu à la lumière de l’article 2, sous t), de ce règlement, en ce sens qu’il s’oppose à une réglementation nationale qui permet de poursuivre pénalement un consommateur qui importe sur le territoire de l’Union (sans autorisation), en vue de son usage personnel, un médicament acheté dans une pharmacie d’un pays extérieur à l’Union où il est distribué légalement et dont la composition complexe comporte notamment un extrait d’hippocampe japonais Syngnathidae Hippocampus spp. (II), inscrit à l’annexe B dudit règlement, si rien n’indique qu’il est destiné à un usage commercial ?
3) Convient-il d’interpréter la notion d’“effets personnels ou domestiques” employée à l’article 2, sous j), du [règlement no 338/97], qui fait l’objet d’une exemption de l’obligation de produire une autorisation (dérogation) en vertu de l’article 7, paragraphe 3, de ce règlement, en ce sens qu’en relève un médicament acheté par un consommateur pour ses besoins thérapeutiques propres ou ceux d’un proche, dans une pharmacie d’un pays extérieur à l’Union où il est distribué légalement, et dont la composition complexe comporte notamment un extrait d’hippocampe japonais Syngnathidae Hippocampus spp. (II), inscrit à l’annexe B dudit règlement, si rien n’indique qu’il est destiné à un usage commercial ? »
Sur les questions préjudicielles
Sur la première question
24 Par sa première question, la juridiction de renvoi demande, en substance, si l’article 2, sous t), du règlement no 338/97 doit être interprété en ce sens que relève de la notion de « spécimen », au sens de cette disposition, une préparation dont la composition complexe contient notamment un extrait d’hippocampe japonais, inscrit à l’annexe B de ce règlement.
25 Selon une jurisprudence constante, en vue de l’interprétation d’une disposition du droit de l’Union, il y a lieu de tenir compte non seulement des termes de celle-ci, mais également de son contexte et des objectifs poursuivis par la réglementation dont elle fait partie [arrêts du 17 novembre 1983, Merck, 292/82, EU:C:1983:335, point 12, ainsi que du 2 juillet 2020, Magistrat der Stadt Wien (Grand hamster), C477/19, EU:C:2020:517, point 23 et jurisprudence citée].
26 S’agissant du libellé de l’article 2, sous t), du règlement no 338/97, il convient de relever que cette disposition définit le terme « spécimen » de manière large, qui couvre non seulement tout animal ou toute plante, vivant ou mort, mais également « toute partie ou tout produit obtenu à partir » des espèces inscrites aux annexes A à D de celui-ci, qu’ils soient « incorporé[s] ou non dans d’autres marchandises », de même que « toute autre marchandise », lorsqu’il ressort de son étiquette, emballage ou marque, ou d’un autre document justificatif, ou de tout autre élément, que celle-ci contient des parties ou des produits d’animaux ou de plantes de ces espèces, à moins que ces parties ou produits ne fassent l’objet d’une exemption spécifique de l’application de ce règlement.
27 Partant, il convient de considérer que, en principe, tout produit dérivé d’une espèce protégée ainsi que toute marchandise contenant un tel produit relèvent de la notion de « spécimen », au sens de l’article 2, sous t), du règlement no 338/97.
28 Cette interprétation est corroborée, par le contexte dans lequel s’inscrit cette notion et par l’objectif poursuivi par le règlement no 338/97. À cet égard, il convient de rappeler que, aux termes de l’article 4, paragraphe 2, premier alinéa, de ce règlement, l’introduction dans l’Union de spécimens d’espèces inscrites à l’annexe B de celui-ci est subordonnée à la réalisation des vérifications nécessaires et à la présentation préalable, au bureau de douane frontalier d’introduction, d’un permis d’importation délivré par un organe de gestion de l’État membre de destination. En outre, la délivrance d’un tel permis d’importation est soumise à plusieurs conditions et restrictions, prévues à l’article 4, paragraphe 2, seconde alinéa, sous a) à c), et paragraphe 6, dudit règlement.
29 Or, une interprétation restrictive de la notion de « spécimen », en ce sens qu’en seraient exclus certains produits transformés ou dérivés contenant des extraits d’un animal ou d’une plante protégés, aurait pour conséquence de soustraire de tels produits de l’obligation de présentation d’un permis d’importation lors de leur introduction dans l’Union et donc des contrôles de leur commerce institués par le règlement no 338/97, alors même que ce règlement a pour objectif, ainsi qu’il ressort de son article 1er, de protéger les espèces de faune et de flore sauvages et d’en assurer la conservation en contrôlant leur commerce. Ainsi, une telle interprétation risquerait de compromettre la protection et la conservation de ces espèces.
30 En l’occurrence, il ressort de la décision de renvoi que la préparation en cause au principal est une composition complexe contenant, parmi d’autres composants, un extrait d’hippocampe japonais, un animal appartenant à la famille des Syngnathidae et au genre Hippocampus.
31 Or, toutes les espèces de Syngnathidae du genre Hippocampus figurent à l’annexe B du règlement no 338/97, de sorte que l’hippocampe japonais Hippocampusjaponicus est une espèce faisant l’objet de la protection prévue pour les espèces figurant à cette annexe B.
32 Il y a lieu de relever, en outre, que cette espèce ne fait l’objet d’aucune exemption spécifique de l’application des dispositions du règlement no 338/97.
33 Dans ces conditions, force est de conclure qu’une préparation dont la composition complexe contient notamment un extrait d’hippocampe japonais relève de la notion de « spécimen », au sens de l’article 2, sous t), du règlement no 338/97.
34 Dans la mesure où la juridiction de renvoi se demande, en outre, si la qualification de cette préparation de « médicament », au sens de l’article 1er, point 2, de la directive 2001/83, est susceptible d’influer sur sa qualification de « spécimen », au sens de l’article 2, sous t), du règlement no 338/97, il convient de relever, d’une part, que le libellé de cette dernière disposition ne fait aucune distinction selon l’utilisation ou la destination des marchandises ou produits dérivés d’espèces protégées.
35 D’autre part, aucune disposition du règlement no 338/97 ne permet de considérer que les médicaments sont soustraits au champ d’application de celui-ci.
36 Il s’ensuit que la qualification d’un produit de « médicament », au sens de l’article 1er, point 2, de la directive 2001/83, n’a pas d’incidence sur l’interprétation de la notion de « spécimen », au sens de l’article 2, sous t, du règlement no 338/97.
37 Eu égard à l’ensemble des considérations qui précèdent, il convient de répondre à la première question que l’article 2, sous t), du règlement no 338/97 doit être interprété en ce sens que relève de la notion de « spécimen », au sens de cette disposition, une préparation dont la composition complexe contient notamment un extrait d’hippocampe japonais, inscrit à l’annexe B de ce règlement.
Sur la troisième question
38 À titre liminaire, il y a lieu de rappeler que, selon une jurisprudence constante, dans le cadre de la procédure de coopération entre les juridictions nationales et la Cour instituée à l’article 267 TFUE, il appartient à celle-ci de donner au juge national une réponse utile qui lui permette de trancher le litige dont il est saisi. Dans cette optique, il incombe, le cas échéant, à la Cour de reformuler les questions qui lui sont soumises. En outre, la Cour peut être amenée à prendre en considération des normes du droit de l’Union auxquelles le juge national n’a pas fait référence dans l’énoncé de sa question [arrêts du 20 mars 1986, Tissier, 35/85, EU:C:1986:143, point 9, et du 5 décembre 2019, Centraal Justitieel Incassobureau (Reconnaissance et exécution des sanctions pécuniaires), C‑671/18, EU:C:2019:1054, point 26 ainsi que jurisprudence citée].
39 En effet, la circonstance que, sur le plan formel, la juridiction de renvoi a visé, dans ses questions, certaines dispositions déterminées du droit de l’Union ne fait pas obstacle à ce que la Cour lui fournisse tous les éléments d’interprétation qui peuvent être utiles au jugement de l’affaire au principal, en extrayant de l’ensemble des éléments fournis par cette juridiction, et notamment de la motivation de la décision de renvoi, les éléments du droit de l’Union qui appellent une interprétation compte tenu de l’objet du litige (voir arrêts du 29 novembre 1978, Redmond, 83/78, EU:C:1978:214, point 26, et du 22 janvier 2026, Secab, C‑423/23, EU:C:2026:32, point 29).
40 À cet égard, il convient de relever que l’article 7, paragraphe 3, du règlement no 338/97, mentionné par la juridiction de renvoi dans sa troisième question, qui doit être examinée en deuxième lieu, renvoie aux dispositions arrêtées par la Commission aux fins de la détermination des modalités d’application du même règlement. Dès lors, pour répondre à cette question, il importe également de prendre en compte l’article 57 du règlement no 865/2006, qui régit les conditions d’introduction et de réintroduction d’effets personnels ou domestiques dans l’Union.
41 Il y a ainsi lieu de considérer que, par sa troisième question, la juridiction de renvoi demande, en substance, si l’article 2, sous j), et l’article 7, paragraphe 3, du règlement no 338/97, lus en combinaison avec l’article 57 du règlement no 865/2006, doivent être interprétés en ce sens qu’une préparation dont la composition complexe comporte un extrait d’hippocampe japonais, inscrit à l’annexe B du règlement no 338/97, achetée légalement dans un pays tiers et introduite dans l’Union pour les besoins thérapeutiques propres d’un particulier ou ceux d’un proche, et non à des fins commerciales, doit être considérée comme relevant de la notion d’« effets personnels ou domestiques », dont l’introduction dans l’Union est soustraite à l’obligation de présentation d’un permis d’importation ou, le cas échéant, d’un document de (ré)exportation.
42 Ainsi qu’il est rappelé au point 28 du présent arrêt, en vertu de l’article 4, paragraphe 2, premier alinéa, du règlement no 338/97, l’introduction dans l’Union de spécimens d’espèces inscrites à l’annexe B de celui-ci est subordonnée notamment à la présentation préalable, au bureau de douane frontalier d’introduction, d’un permis d’importation délivré par un organe de gestion de l’État membre de destination.
43 Toutefois, par dérogation à l’article 4 du règlement no 338/97, l’article 7, paragraphe 3, de ce règlement prévoit que l’obligation de présenter un permis d’importation ne s’applique pas aux spécimens morts ou aux parties et produits obtenus à partir de spécimens d’espèces inscrites aux annexes A à D dudit règlement lorsqu’il s’agit d’effets personnels ou ménagers introduits dans l’Union ou exportés ou réexportés hors de l’Union conformément aux dispositions arrêtées par la Commission portant modalités d’application du même règlement.
44 Selon la définition énoncée à l’article 2, sous j), du règlement no 338/97, relèvent de la notion d’« effets personnels ou domestiques » les spécimens morts, les parties de spécimens et les produits dérivés appartenant à un particulier et faisant partie ou devant faire partie de ses biens et effets normaux.
45 Ainsi, force est de constater que le libellé de cette disposition ne permet pas de déterminer, de manière univoque, si l’applicabilité de la notion d’« effets personnels ou domestiques » requiert obligatoirement une utilisation ou une consommation, par l’importateur lui-même, desdits spécimens morts, parties de spécimens ou produits qui en sont dérivés [arrêt du 12 mai 2021, Hauptzollamt B (Caviar d’esturgeons), C‑87/20, EU:C:2021:382, point 28].
46 En effet, il ne saurait être exclu que de tels effets, détenus ou possédés à titre personnel, puissent être par la suite cédés gratuitement par l’importateur à un tiers à titre de présent, au lieu d’être conservés par celui-ci pour un usage strictement individuel [voir, en ce sens, arrêt du 12 mai 2021, Hauptzollamt B (Caviar d’esturgeons), C‑87/20, EU:C:2021:382, point 29].
47 En l’occurrence, pour des motifs analogues à ceux exposés aux points 25 à 33 du présent arrêt, dès lors qu’une préparation telle que celle en cause au principal contient dans sa composition complexe un extrait d’hippocampe japonais, elle doit être considérée comme étant un produit dérivé de spécimens morts ou de parties de spécimens, au sens de l’article 2, sous j), du règlement no 338/97.
48 Ainsi qu’il découle de l’article 7, paragraphe 3, de ce règlement, pour relever de la dérogation pour les effets personnels ou domestiques visée à cette disposition, l’introduction dans l’Union d’un tel produit doit satisfaire aux conditions prévues par le règlement no 865/2006 de la Commission.
49 À cet égard, premièrement, il convient de relever que l’article 57, paragraphe 1, premier alinéa, du règlement no 865/2006 précise que cette dérogation ne s’applique pas aux spécimens utilisés dans un but lucratif, vendus, exposés à des fins commerciales, détenus pour la vente, mis en vente ou transportés pour la vente.
50 Par ailleurs, il résulte du considérant 1 de ce règlement que celui-ci vise à mettre en œuvre le règlement no 338/97 et à assurer le respect intégral de la CITES. Or, la résolution 13.7 de la Conférence des Parties à la CITES, qui permet d’éclairer l’interprétation des dispositions de cette convention, précise, à son point 1, que la notion d’« objets personnels ou à usage domestique » s’applique aux spécimens qui sont détenus ou possédés à titre personnel, à des fins non commerciales, qui ont été acquis légalement et qui sont transportés ou inclus dans les bagages personnels ou qui font partie d’un déménagement [arrêt du 12 mai 2021, Hauptzollamt B (Caviar d’esturgeons), C‑87/20, EU:C:2021:382, point 31].
51 La Cour a ainsi relevé qu’il ressort tant du libellé de l’article 57, paragraphe 1, du règlement no 865/2006 que de celui de la résolution 13.7 de la Conférence des Parties à la CITES que l’absence de finalité commerciale du spécimen importé constitue un critère décisif aux fins de sa qualification d’« effet personnel ou domestique », cette interprétation étant également corroborée par les objectifs poursuivis par le règlement no 338/97 [arrêt du 12 mai 2021, Hauptzollamt B (Caviar d’esturgeons), C‑87/20, EU:C:2021:382, point 33].
52 Il en découle que l’introduction dans l’Union d’une préparation contenant des produits dérivés de spécimens morts ou de parties de spécimens, pour les besoins thérapeutiques propres d’un particulier ou pour ceux d’un proche, et non à des fins commerciales, est susceptible de relever de la dérogation applicable aux « effets personnels ou [domestiques] » prévue à l’article 7, paragraphe 3, du règlement no 338/97, pour autant que les autres conditions aux fins de l’application de celle-ci, prévues à l’article 57 du règlement no 865/2006, sont remplies.
53 À cet égard, l’article 57, paragraphe 1, deuxième alinéa, du règlement no 865/2006 prévoit que cette dérogation s’applique uniquement aux spécimens qui font partie des bagages personnels d’un voyageur en provenance d’un pays tiers ou qui font partie des biens mobiliers d’une personne physique transférant sa résidence normale d’un pays tiers vers un État membre de l’Union ou encore qui constituent des trophées de chasse.
54 Or, il appartiendra à la juridiction de renvoi, seule compétente pour constater les faits au principal, de vérifier si l’une de ces conditions est satisfaite, afin de déterminer si ladite dérogation trouve à s’appliquer dans l’affaire au principal.
55 Deuxièmement, l’article 57, paragraphe 3, du règlement no 865/2006 précise, quant à lui, que la première introduction dans l’Union de spécimens d’espèces inscrites à l’annexe B du règlement no 338/97, par une personne y résidant normalement, effets personnels ou domestiques, ne nécessite pas la présentation à la douane d’un permis d’importation, pour autant que l’original d’un document de (ré)exportation et une copie de celui-ci soient présentés.
56 À cet égard, l’article 1er, point 5, du règlement no 865/2006 définit une « personne résidant normalement dans l’[Union] » comme une personne qui demeure dans l’Union au moins 185 jours par année civile en raison d’attaches professionnelles ou, dans le cas d’une personne sans attaches professionnelles, en raison d’attaches personnelles révélant des liens étroits entre elle-même et l’endroit où elle habite.
57 En l’occurrence, la demande de décision préjudicielle ne précise pas si V.B. est une personne résidant normalement dans l’Union, au sens de cet article 1er, point 5. Il appartiendra, dès lors, à la juridiction de renvoi de vérifier si tel est le cas. Dans l’affirmative, l’introduction dans l’Union par une telle personne d’une préparation telle que celle en cause au principal doit, en principe, être accompagnée par l’original d’un document de (ré)exportation et une copie de celui-ci.
58 À cet égard, il convient de préciser que, par dérogation à l’article 57, paragraphe 3, du règlement no 865/2006, la présentation d’un tel document de (ré)exportation n’est pas requise pour l’introduction dans l’Union d’hippocampes japonais, dans la limite de quatre spécimens morts par personne, conformément au paragraphe 5, sous e), de cet article 57.
59 Sans préjudice de la vérification qu’il appartiendra à la juridiction de renvoi d’effectuer, il n’apparaît pas que la préparation en cause au principal puisse relever de la dérogation prévue à l’article 57, paragraphe 5, sous e), du règlement no 865/2006.
60 En effet, en tant que dérogation à l’obligation de présenter un document de (ré)exportation pesant sur toute personne résidant normalement dans l’Union, l’article 57, paragraphe 5, sous e), du règlement no 865/2006 doit faire l’objet d’une interprétation stricte [arrêt du 12 mai 2021, Hauptzollamt B (Caviar d’esturgeons), C‑87/20, EU:C:2021:382, point 43] en ce sens qu’elle n’a vocation à s’appliquer qu’aux seuls « spécimens morts », et cela dans la limite quantitative susmentionnée.
61 Or, il ressort de la décision de renvoi que la préparation en cause au principal n’est pas un « spécimen mort », au sens de l’article 57, paragraphe 5, sous e), du règlement no 865/2006, mais consiste en des comprimés dont la composition complexe contient un extrait d’hippocampes japonais.
62 Admettre que l’article 57, paragraphe 5, sous e), du règlement no 865/2006 puisse couvrir également les produits dont la composition complexe contient un extrait de spécimen mort irait non seulement au-delà du libellé de cette disposition, en se heurtant ainsi à l’interprétation stricte de celle-ci, mais donnerait également lieu à des difficultés d’interprétation et d’application, en ce qu’il pourrait s’avérer excessivement difficile, voire impossible, de déterminer avec précision si, dans un tel produit complexe, la proportion quantitative obtenue à partir d’une telle espèce correspond à la limite de « quatre spécimens morts » par personne. Une telle interprétation méconnaîtrait, en outre, l’objectif, énoncé au considérant 12 du règlement no 338/97 ainsi qu’aux considérants 2 et 6 du règlement no 865/2006, consistant à faciliter les procédures douanières et à assurer des contrôles efficaces [voir, en ce sens, arrêt du 12 mai 2021, Hauptzollamt B (Caviar d’esturgeons), C‑87/20, EU:C:2021:382, point 46].
63 En revanche, si la juridiction de renvoi devait constater que V.B. est une personne ne résidant pas normalement dans l’Union, au sens de l’article 1er, point 5, du règlement no 865/2006, il suffirait, pour que la dérogation prévue à l’article 7, paragraphe 3, du règlement no 338/97 trouve à s’appliquer dans l’affaire au principal, que l’une des conditions prévues à l’article 57, paragraphe 1, du règlement no 865/2006, rappelées au point 53 du présent arrêt, soit satisfaite, ce qu’il appartiendra à la juridiction de renvoi de vérifier.
64 Cela étant précisé, il y a lieu de relever que les gouvernements tchèque, autrichien et polonais font valoir l’existence d’un risque de commerce illégal de spécimens protégés introduits dans l’Union en tant qu’« effets personnels ou domestiques » et soustraits, à ce titre, à l’obligation de présentation d’un permis d’importation, alors que, en réalité, il s’agirait non pas d’« effets personnels ou domestiques », mais d’un réseau d’importations coordonnées et illicites de petites quantités de tels spécimens à des fins commerciales.
65 À cet égard, il convient de rappeler, ainsi qu’il est souligné au point 51 du présent arrêt, que l’absence de finalité commerciale de l’introduction dans l’Union du spécimen importé constitue un critère décisif aux fins de sa qualification d’« effet personnel ou domestique », au sens de l’article 7, paragraphe 3, du règlement no 338/97 et de l’article 57 du règlement no 865/2006. Partant, rien n’empêche les autorités nationales compétentes de démontrer que, malgré les apparences, l’introduction dans l’Union du spécimen concerné poursuit, en réalité, des fins commerciales, de sorte que la dérogation prévue à l’article 7, paragraphe 3, du règlement no 338/97 et à l’article 57 du règlement no 865/2006 ne trouverait pas à s’appliquer à de telles introductions.
66 Or, la question de savoir si ce critère est rempli dans un cas concret est une question de fait qui relève, comme telle, de la seule compétence de la juridiction nationale. En l’occurrence, il ressort de la décision de renvoi que rien n’indique que l’introduction dans l’Union par V.B. de la préparation en cause au principal avait une finalité commerciale.
67 Eu égard à l’ensemble des considérations qui précèdent, il convient de répondre à la troisième question que l’article 2, sous j), et l’article 7, paragraphe 3, du règlement no 338/97 doivent être interprétés en ce sens qu’une préparation dont la composition complexe comporte un extrait d’hippocampe japonais, inscrit à l’annexe B de ce règlement, achetée légalement dans un pays tiers et introduite dans l’Union pour les besoins thérapeutiques propres d’un particulier ou ceux d’un proche, et non à des fins commerciales, doit être considérée comme relevant de la notion d’« effets personnels ou domestiques », dont l’introduction dans l’Union est soustraite à l’obligation de présentation d’un permis d’importation ou, le cas échéant, d’un document de (ré)exportation, pour autant que les conditions prévues à cet effet à l’article 57, paragraphes 1 et 3, du règlement no 865/2006 sont remplies.
Sur la deuxième question
68 En application de la jurisprudence citée aux points 38 et 39 du présent arrêt, dans le cadre de la deuxième question, qui doit être examinée en troisième lieu et qui porte sur le point de savoir si des sanctions pénales peuvent être imposées en cas d’importation illicite de spécimens d’espèces de faune ou de flore sauvages protégées, il importe de prendre en compte l’article 16 du règlement no 338/97, qui régit les sanctions susceptibles d’être imposées en cas d’infraction aux dispositions de ce règlement.
69 Par conséquent, il convient de considérer que, par sa deuxième question, la juridiction de renvoi demande, en substance, si l’article 16 du règlement no 338/97 doit être interprété en ce sens qu’il s’oppose à une réglementation nationale qui prévoit l’imposition de sanctions pénales pour l’introduction dans l’Union, sans permis d’importation ou, le cas échéant, sans un document de (ré)exportation, d’une préparation achetée légalement dans un pays tiers, dont la composition complexe contient un extrait d’hippocampe japonais inscrit à l’annexe B de ce règlement, par un particulier, pour ses besoins thérapeutiques propres ou ceux d’un proche et non à des fins commerciales.
70 L’article 16 du règlement no 338/97, intitulé « Sanctions », dispose, à son paragraphe 1, que les États membres prennent les mesures nécessaires pour sanctionner au moins certaines infractions aux dispositions de ce règlement. Au titre de ces infractions, le point a) de cette disposition vise l’introduction dans l’Union de spécimens sans le permis ou le certificat approprié, ou avec un permis ou un certificat faux, falsifié, non valable ou modifié sans l’autorisation de l’autorité de délivrance.
71 Conformément au paragraphe 2 de cet article, ces mesures doivent être appropriées à la nature et à la gravité de l’infraction et comporter des dispositions relatives à la saisie et, le cas échéant, à la confiscation des spécimens. Ni ledit article ni aucune autre disposition de ce règlement ne fournissent de précisions quant à la qualification, administrative ou pénale, de ces sanctions.
72 Il en découle que le règlement no 338/97 n’empêche pas les États membres d’instituer des sanctions pénales pour une telle infraction, à condition qu’elles soient appropriées à la nature et à la gravité de cette infraction.
73 En l’occurrence, si la juridiction de renvoi devait parvenir à la conclusion que la dérogation prévue à l’article 7, paragraphe 3, du règlement no 338/97, telle que précisée à l’article 57 du règlement no 865/2006, trouve à s’appliquer dans l’affaire au principal, l’introduction dans l’Union du spécimen concerné ne saurait alors être considérée comme étant une infraction aux dispositions du règlement no 338/97, au sens de l’article 16 de ce dernier règlement. Dans cette hypothèse, l’article 16 du règlement no 338/97 s’opposerait à une réglementation nationale instituant une sanction, quelle qu’en soit la nature, pour une telle introduction dans l’Union.
74 En revanche, si la juridiction de renvoi devait parvenir à la conclusion que la dérogation prévue à l’article 7, paragraphe 3, du règlement no 338/97, telle que précisée par l’article 57 du règlement no 865/2006, ne trouve pas à s’appliquer dans l’affaire au principal, l’introduction dans l’Union de la préparation en cause au principal sans permis d’importation ou, le cas échéant, sans un document de (ré)exportation, au sens de l’article 57, paragraphe 3, du règlement no 865/2006, constituerait une infraction aux dispositions du règlement no 338/97.
75 Dans un tel cas, cette juridiction devrait alors apprécier si la sanction pénale consistant en une peine privative de liberté de trois mois à cinq ans est appropriée à la nature et à la gravité de cette infraction, conformément à l’article 16, paragraphe 2, du règlement no 338/97.
76 À cette fin, ladite juridiction devra tenir compte de toutes les circonstances pertinentes de l’espèce, telles que, notamment, le caractère intentionnel ou par négligence de l’infraction en cause, les quantités de spécimens faisant l’objet de l’infraction ainsi que la situation personnelle du prévenu, et utiliser toute la marge d’appréciation que le droit national lui accorde en vue d’infliger une sanction pénale qui respecte les exigences de proportionnalité inhérentes à cet article 16, paragraphe 2, en faisant notamment usage, le cas échéant, des modalités d’aménagement et d’exécution de la peine, prévues dans la droit national.
77 Eu égard à l’ensemble de considérations qui précèdent, il convient de répondre à la deuxième question que l’article 16 du règlement no 338/97 doit être interprété en ce sens qu’il s’oppose à une réglementation nationale qui prévoit l’imposition de sanctions pénales pour l’introduction dans l’Union, sans permis d’importation ou, le cas échéant, sans un document de (ré)exportation, d’une préparation achetée légalement dans un pays tiers, dont la composition complexe contient un extrait d’hippocampe japonais inscrit à l’annexe B du règlement no 338/97, par un particulier, pour ses besoins thérapeutiques propres ou ceux d’un proche, et non à des fins commerciales, alors même qu’une telle introduction relève de la dérogation prévue à l’article 7, paragraphe 3, du règlement no 338/97 et précisée à l’article 57 du règlement no 865/2006. En revanche, il ne s’oppose pas à une telle réglementation nationale lorsque l’introduction dans l’Union d’une telle préparation ne relève pas de cette dérogation, à condition que la sanction pénale applicable soit conforme aux exigences de proportionnalité inhérentes au paragraphe 2 de cet article 16.
Sur les dépens
78 La procédure revêtant, à l’égard des parties au principal, le caractère d’un incident soulevé devant la juridiction de renvoi, il appartient à celle-ci de statuer sur les dépens. Les frais exposés pour soumettre des observations à la Cour, autres que ceux desdites parties, ne peuvent faire l’objet d’un remboursement.
Par ces motifs, la Cour (neuvième chambre) dit pour droit :
1) L’article 2, sous t), du règlement (CE) no 338/97 du Conseil, du 9 décembre 1996, relatif à la protection des espèces de faune et de flore sauvages par le contrôle de leur commerce, tel que modifié par le règlement (CE) no 398/2009 du Parlement européen et du Conseil, du 23 avril 2009,
doit être interprété en ce sens que :
relève de la notion de « spécimen », au sens de cette disposition, une préparation dont la composition complexe contient notamment un extrait d’hippocampe japonais, inscrit à l’annexe B du règlement no 338/97, tel que modifié.
2) L’article 2, sous j), et l’article 7, paragraphe 3, du règlement no 338/97, tel que modifié par le règlement no 398/2009,
doivent être interprétés en ce sens que :
une préparation dont la composition complexe comporte un extrait d’hippocampe japonais, inscrit à l’annexe B du règlement no 338/97, tel que modifié, achetée légalement dans un pays tiers et introduite dans l’Union européenne pour les besoins thérapeutiques propres d’un particulier ou ceux d’un proche, et non à des fins commerciales, doit être considérée comme relevant de la notion d’« effets personnels ou domestiques », dont l’introduction dans l’Union est soustraite à l’obligation de présentation d’un permis d’importation ou, le cas échéant, d’un document de (ré)exportation, pour autant que les conditions prévues à cet effet à l’article 57, paragraphes 1 et 3, du règlement (CE) no 865/2006 de la Commission, du 4 mai 2006, portant modalités d’application du règlement (CE) no 338/97 du Conseil relatif à la protection des espèces de faune et de flore sauvages par le contrôle de leur commerce, sont remplies.
3) L’article 16 du règlement no 338/97, tel que modifié par le règlement no 398/2009,
doit être interprété en ce sens que :
il s’oppose à une réglementation nationale qui prévoit l’imposition de sanctions pénales pour l’introduction dans l’Union européenne, sans permis d’importation ou, le cas échéant, sans un document de (ré)exportation, d’une préparation achetée légalement dans un pays tiers, dont la composition complexe contient un extrait d’hippocampe japonais inscrit à l’annexe B du règlement no 338/97, tel que modifié, par un particulier, pour ses besoins thérapeutiques propres ou ceux d’un proche, et non à des fins commerciales, alors même qu’une telle introduction relève de la dérogation prévue à l’article 7, paragraphe 3, du règlement no 338/97, tel que modifié, et précisée à l’article 57 du règlement no 865/2006. En revanche, il ne s’oppose pas à une telle réglementation nationale lorsque l’introduction dans l’Union d’une telle préparation ne relève pas de cette dérogation, à condition que la sanction pénale applicable soit conforme aux exigences de proportionnalité inhérentes au paragraphe 2 de cet article 16.
Signatures
* Langue de procédure : le polonais.
i Le nom de la présente affaire est un nom fictif. Il ne correspond au nom réel d’aucune partie à la procédure.
Ordonnance du président du Tribunal du 12 juin 2026.#Elettra 1938 SpA contre Commission européenne.#Référé – Concurrence – Décision de la Commission infligeant une amende – Garantie bancaire – Demande de mesures provisoires – Fumus boni juris – Urgence – Mise en balance des intérêts.#Affaire T-140/26 R.
12/06/2026
Arrêt de la Cour (quatrième chambre) du 11 juin 2026.#NKO AO National Settlement Depository (NSD) contre Conseil de l'Union européenne.#Pourvoi – Mesures restrictives prises au regard de l’agression militaire contre l’Ukraine – Décision 2014/145/PESC – Article 2, paragraphe 1, sous f) – Règlement (UE) no 269/2014 – Article 3, paragraphe 1, sous f) – Gel de fonds et de ressources économiques – Notion de “soutien matériel ou financier au gouvernement de la Fédération de Russie” – Obligation de motivation – Interprétation – Droit de propriété – Limitations – Principe de proportionnalité – Prise en compte de la situation des clients de la requérante et de leurs intérêts économiques.#Affaire C-801/24 P.
11/06/2026
Arrêt de la Cour (quatrième chambre) du 11 juin 2026.#Centro Petroli Roma Srl contre Agenzia delle Dogane e dei Monopoli.#Renvoi préjudiciel – État de droit – Indépendance des juges – Article 267 TFUE – Obligation de renvoi préjudiciel des juridictions nationales statuant en dernier ressort – Responsabilité individuelle des juges – Fiscalité – Régime général d’accise – Directive 2008/118/CE – Article 16, paragraphe 1 – Entrepôt fiscal – Ouverture et exploitation – Autorisation – Conditions – Fixation par la réglementation nationale – Distinction selon la capacité de stockage des entrepôts – Critère tenant à l’existence de “réelles nécessités opérationnelles et [d’un] besoin effectif d’approvisionnement de l’installation” pour tous les entrepôts – Critère supplémentaire tenant à la livraison d’une quantité minimale de produits sur une période de référence ou à la dépendance à un autre entrepôt fiscal pour les entrepôts de petite capacité – Justification – Principe de proportionnalité.#Affaire C-386/24.
11/06/2026
Arrêt de la Cour (quatrième chambre) du 11 juin 2026.#LH contre OTP banka d.d., anciennement NOVA KREDITNA BANKA MARIBOR.#Renvoi préjudiciel – Rapprochement des législations – Services financiers – Accès à un compte de paiement assorti de prestations de base – Directive 2014/92/UE – Article 16, paragraphe 4 – Prévention de l’utilisation du système financier aux fins du blanchiment de capitaux et du financement du terrorisme – Directive (UE) 2015/849 – Consommateur figurant sur la liste de l’Office du contrôle des actifs étrangers du Trésor américain – Refus d’ouverture d’un tel compte de paiement.#Affaire C-81/24.
11/06/2026