| CELEX | 62025TO0688 |
| Type | Jurisprudence CJUE |
| Date | jeudi 6 août 2026 |
DOCUMENT DE TRAVAIL
ORDONNANCE DU TRIBUNAL (troisième chambre)
6 août 2026 (*)
« Recours en carence – Aide d’État – Régime bulgare d’aide à la production d’énergie à partir de sources renouvelables – Informations fournies dans une plainte traitées comme des renseignements d’ordre général concernant le marché – Contournement de l’expiration du délai pour introduire un recours en annulation – Irrecevabilité »
Dans l’affaire T‑688/25,
Albos-Energy EOOD, établie à Todorichene (Bulgarie), représentée par Me M. Dimitrov, avocat,
partie requérante,
contre
Commission européenne, représentée par M. M. Abenhaïm, Mmes C. Georgieva et C. Molinari, en qualité d’agents,
partie défenderesse,
LE TRIBUNAL (troisième chambre),
composé de Mmes K. Kowalik‑Bańczyk, présidente, I. Reine et M. H. Cassagnabère (rapporteur), juges,
greffier : M. V. Di Bucci,
vu la phase écrite de la procédure,
rend la présente
Ordonnance
1 Par son recours fondé sur l’article 265 TFUE, la requérante, Albos-Energy EOOD, demande au Tribunal de constater que la Commission européenne s’est illégalement abstenue de remplir ses obligations découlant de l’article 108 TFUE ainsi que de l’article 12, paragraphe 1, second alinéa, et de l’article 15, paragraphe 1, du règlement (UE) 2015/1589 du Conseil, du 13 juillet 2015, portant modalités d’application de l’article 108 [TFUE] (JO 2015, L 248, p. 9), en n’adoptant pas de décision concernant une prétendue mesure d’aide d’État octroyée par la République de Bulgarie et favorisant certains producteurs d’électricité à partir de sources renouvelables.
Antécédents du litige
2 La requérante est un producteur d’électricité actif sur le territoire de la Bulgarie et possède une centrale photovoltaïque mise en service le 19 juin 2012.
3 Par la décision C(2016) 5205 final, du 4 août 2016, dans l’affaire SA.44840 (2016/NN) (ci-après la « décision dans l’affaire SA.44840 »), la Commission a considéré que le régime bulgare d’aide à la production d’énergie à partir de sources renouvelables, notifié par les autorités bulgares et constitué, entre autres, de la Zakon za energiata ot vazobnovyaemi iztochnitsi (ZEVI) (loi sur l’énergie produite à partir de sources renouvelables), en vigueur depuis le 3 mai 2011 (DV no 35, du 3 mai 2011), était compatible avec le marché intérieur, conformément à l’article 107, paragraphe 3, sous c), TFUE, et a décidé de ne pas soulever d’objections.
4 Par un arrêt du 21 décembre 2022, Ekobulkos/Commission (T‑702/21, EU:T:2022:842), le Tribunal a rejeté un recours fondé sur l’article 265 TFUE dirigé contre la Commission, dans le cadre duquel un autre producteur d’électricité actif sur le territoire de la Bulgarie faisait valoir que le paragraphe 18 de la Zakon za ismenenie i dopalnenie na Zakona za energetikata (ZID-ZE) (loi modifiant et complétant la loi sur l’énergie), du 24 juillet 2015 (DV no 56, du 24 juillet 2015, ci-après, la « loi modificative »), avait introduit une modalité de rachat de l’électricité provenant de sources d’énergie renouvelables qui constituait une aide illégale et incompatible avec le marché intérieur. Il a constaté que, dans sa décision dans l’affaire SA.44840, la Commission avait pris en compte le paragraphe 18 de la loi modificative et s’était donc prononcée également sur la compatibilité de cette disposition au regard du droit des aides d’État. Cet arrêt n’a pas fait l’objet de pourvoi.
5 Le 30 avril 2024, la requérante a adressé à la Commission une plainte sur le fondement de l’article 24, paragraphe 2, du règlement 2015/1589 pour l’informer d’une aide présumée illégale ou d’une application présumée abusive d’une aide. Plus particulièrement, elle soutenait que la mesure introduite par le paragraphe 18 de la loi modificative ne relevait pas du champ de la décision dans l’affaire SA.44840 et constituait donc une aide illégale. À titre subsidiaire, elle faisait valoir que cette mesure était abusive, dès lors que celle-ci avait été adoptée en violation de ladite décision.
6 Par un courrier du 6 juin 2024, la Commission a répondu à la requérante que le Tribunal s’était déjà prononcé sur les mêmes arguments que ceux soulevés par celle-ci dans la plainte en cause dans l’arrêt du 21 décembre 2022, Ekobulkos/Commission (T‑702/21, EU:T:2022:842), et qu’elle traiterait les informations fournies par la requérante comme des renseignements d’ordre général concernant le marché.
7 Le 27 mai 2025, la requérante a envoyé une lettre à la Commission, dans laquelle elle a contesté la position de cette dernière et a réitéré ses arguments, tout en indiquant que cette lettre constituait une invitation à agir, au sens de l’article 265 TFUE.
Conclusions des parties
8 Dans la requête, la requérante conclut en substance à ce qu’il plaise au Tribunal :
– constater la carence de la Commission en ce que celle-ci s’est abstenue de prendre une décision à la suite de la plainte en cause ;
– condamner la Commission aux dépens.
9 Dans l’exception d’irrecevabilité, Commission conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :
– rejeter le recours ;
– condamner la requérante aux dépens.
10 Dans les observations sur l’exception d’irrecevabilité, la requérante conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :
– rejeter l’exception d’irrecevabilité ;
– condamner la Commission aux dépens.
En droit
11 En vertu de l’article 130, paragraphes 1 et 7, du règlement de procédure du Tribunal, si la partie défenderesse le demande, le Tribunal peut statuer sur l’irrecevabilité, sans engager le débat au fond.
12 En l’espèce, la Commission a demandé qu’il soit statué sur l’irrecevabilité. Le Tribunal, s’estimant suffisamment éclairé par les pièces du dossier, décide de statuer sur cette demande sans poursuivre la procédure.
13 La Commission soutient que le recours est irrecevable, notamment au motif que la requérante aurait pu introduire un recours en annulation contre la décision contenue dans son courrier du 6 juin 2024. Elle en déduit que, par le présent recours, la requérante cherche à contourner le délai de deux mois prévu par l’article 263 TFUE.
14 La requérante estime, pour sa part, que le courrier de la Commission du 6 juin 2024 ne constitue pas une décision relative à la plainte en cause et ne saurait être assimilé à un acte susceptible de faire l’objet d’un recours en annulation.
15 Selon la jurisprudence, il n’est pas permis à un requérant de contourner l’expiration du délai pour introduire un recours en annulation sur le fondement de l’article 263 TFUE, dirigé contre un acte d’une institution, par l’« artifice de procédure » du recours en carence introduit sur le fondement de l’article 265 TFUE, dirigé contre le refus de cette institution d’annuler ou de révoquer ledit acte (voir arrêt du 21 mars 2014, Yusef/Commission, T‑306/10, EU:T:2014:141, point 54 et jurisprudence citée). En effet, un requérant ne peut introduire un recours en carence à l’encontre d’une institution que lorsque celle-ci a manqué d’adopter un acte dont il serait recevable à contester la légalité par la voie du recours en annulation (ordonnance du 10 août 2021, Jakeliūnas/AEMF, T‑760/20, non publiée, EU:T:2021:512, point 37).
16 À cet égard, il ressort notamment d’une jurisprudence constante que sont considérés comme des actes attaquables au sens de l’article 263 TFUE toutes dispositions adoptées par les institutions de l’Union européenne, quelle qu’en soit la forme, qui visent à produire des effets juridiques obligatoires. Afin de déterminer si un acte produit de tels effets, il y a lieu de s’attacher à la substance de cet acte et d’apprécier ses effets au regard de critères objectifs, tels que le contenu de cet acte, en tenant compte, le cas échéant, du contexte de l’adoption de ce dernier et des pouvoirs de l’institution qui en est l’auteur (arrêt du 10 février 2026, WhatsApp Ireland/Comité européen de la protection des données, C‑97/23 P, EU:C:2026:81, points 66 et 67). De plus, constituent en principe des actes attaquables au sens de l’article 263 TFUE les mesures qui fixent définitivement la position de la Commission au terme d’une procédure administrative (voir ordonnance du 23 mars 2020, Highgate Capital Management/Commission, T‑280/19, non publiée, EU:T:2020:117, point 43 et jurisprudence citée).
17 En l’espèce, premièrement, le courrier de la Commission du 6 juin 2024 a été envoyé à la requérante en réponse à la plainte en cause.
18 Du reste, par son courrier du 6 juin 2024, la Commission a indiqué à la requérante que le Tribunal s’était déjà prononcé sur les mêmes arguments que ceux soulevés par celle-ci dans la plainte en cause dans l’arrêt du 21 décembre 2022, Ekobulkos/Commission (T‑702/21, EU:T:2022:842 et qu’elle traiterait les informations fournies dans ladite plainte en tant que renseignements d’ordre général concernant le marché.
19 Dans son courrier du 6 juin 2024, la Commission a ainsi adopté une position définitive non seulement sur la demande de la requérante tendant à faire constater une violation de l’article 108 TFUE, mais également sur le sort réservé aux informations fournies dans la plainte en cause.
20 Or, en vertu de l’article 263, quatrième alinéa, TFUE, toute personne physique ou morale peut former, dans les conditions prévues aux premier et deuxième alinéas de cet article, un recours contre les actes dont elle est le destinataire.
21 Par voie de conséquence, compte tenu de la jurisprudence rappelée au point 16 ci-dessus, il y a lieu de regarder le courrier de la Commission du 6 juin 2024 comme ayant le caractère d’un acte susceptible d’être contesté par la requérante sur le fondement de l’article 263 TFUE.
22 L’argumentation de la requérante selon laquelle le courrier de la Commission du 6 juin 2024 a été établi en violation de plusieurs dispositions du règlement 2015/1589 et du code de bonnes pratiques pour la conduite des procédures de contrôle des aides d’État (JO 2025, C/2025/2810) ne saurait faire obstacle à cette conclusion. En effet, la méconnaissance de ces dispositions, y compris en tant qu’elles contiennent des règles de procédure, aurait précisément pu être soulevée dans le cadre d’un recours en annulation introduit sur le fondement de l’article 263 TFUE dirigé contre ce courrier.
23 Deuxièmement, ainsi que le relève la Commission, la requérante n’a pas formé de recours en annulation contre le courrier du 6 juin 2024. Celui-ci est par conséquent devenu définitif.
24 Le 27 mai 2025, soit près d’un an après l’établissement de ce courrier, la requérante a adressé à la Commission une lettre dans laquelle elle lui demandait d’examiner les allégations que contenait sa plainte du 30 avril 2024.
25 Une telle invitation revenait donc à solliciter de la Commission qu’elle révise sa position figurant dans le courrier du 6 juin 2024, rappelée au point 19 ci-dessus.
26 Il apparaît donc que le recours en carence de la requérante, s’il était jugé recevable, permettrait à cette dernière de contourner l’expiration du délai dans lequel il lui était permis d’introduire un recours contre le courrier précité.
27 Par suite, il y a lieu d’accueillir l’exception d’irrecevabilité soulevée par la Commission et de rejeter le présent recours en carence comme étant irrecevable, sans engager le débat au fond.
Sur les dépens
28 En vertu de l’article 134, paragraphe 1, du règlement de procédure, toute partie qui succombe est condamnée aux dépens, s’il est conclu en ce sens. La requérante ayant succombé, il y a lieu de la condamner à supporter, outre ses propres dépens, ceux exposés par la Commission, conformément aux conclusions de cette dernière.
Par ces motifs,
LE TRIBUNAL (troisième chambre)
ordonne :
1) Le recours est rejeté.
2) Albos-Energy EOOD est condamnée à supporter ses propres dépens ainsi que ceux exposés par la Commission européenne.
Fait à Luxembourg, le 6 août 2026.
| Le greffier | La présidente |
| V. Di Bucci | K. Kowalik-Bańczyk |
* Langue de procédure : le bulgare.
Ordonnance du président du Tribunal du 4 août 2026.#Christoph Klein contre Commission européenne.#Référé – Clause de sauvegarde – Dispositif médical – Demande de sursis à exécution – Demande de mesures provisoires – Défaut d’urgence.#Affaire T-267/26 R.
04/08/2026
Ordonnance du président du Tribunal du 3 août 2026.#Broadcom Inc. et VMware International Unlimited Company contre Commission européenne.#Référé – Concurrence – Article 18, paragraphe 3, du règlement (CE) no 1/2003 – Demande de renseignements – Demande de sursis à exécution et de mesures provisoires – Non-lieu à statuer partiel – Défaut de fumus boni juris – Mise en balance des intérêts.#Affaire T-280/26 R.
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Ordonnance du président du Tribunal du 22 juillet 2026.#Marek Lovás contre Parquet européen.#Référé – Rejet du recours principal – Non-lieu à statuer.#Affaire T-272/26 R.
22/07/2026