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AccueilDroit européen62024CJ0622
Jurisprudence CJUE62024CJ0622

Arrêt de la Cour (huitième chambre) du 25 juin 2026.#VT contre Commission européenne.#Pourvoi – Fonction publique – Concours général EPSO/AD/380/19 – Concours pour le recrutement d’administrateurs dans le domaine de la coopération internationale et de la gestion de l’aide aux pays tiers – Répétition des épreuves écrites – Décision de ne pas inscrire le nom du requérant sur la liste de réserve – Principe d’égalité de traitement.#Affaire C-622/24 P.

CELEX62024CJ0622
TypeJurisprudence CJUE
Datejeudi 25 juin 2026

Résumé IA

Cet arrêt de la Cour de justice de l'Union européenne, rendu sur pourvoi dans le cadre d'un concours général EPSO, précise les conditions d'application du principe d'égalité de traitement lors de la répétition d'épreuves écrites. Il confirme que l'administration doit garantir une stricte équivalence des conditions de passation entre la session initiale et la session de rattrapage, sous peine de nullité de la procédure de sélection. La décision de ne pas inscrire un candidat sur la liste de réserve est ainsi annulée en raison d'une rupture d'égalité de traitement.

Texte intégral

ARRÊT DE LA COUR (huitième chambre)

25 juin 2026 (*)

« Pourvoi – Fonction publique – Concours général EPSO/AD/380/19 – Concours pour le recrutement d’administrateurs dans le domaine de la coopération internationale et de la gestion de l’aide aux pays tiers – Répétition des épreuves écrites – Décision de ne pas inscrire le nom du requérant sur la liste de réserve – Principe d’égalité de traitement »

Dans l’affaire C‑622/24 P,

ayant pour objet un pourvoi au titre de l’article 56 du statut de la Cour de justice de l’Union européenne, introduit le 20 septembre 2024,

VT, représenté par Me M. Velardo, avocate,

partie requérante,

l’autre partie à la procédure étant :

Commission européenne, représentée par MM. L. Hohenecker et S. Romoli, en qualité d’agents,

partie défenderesse en première instance,

LA COUR (huitième chambre),

composée de M. S. Rodin, faisant fonction de président de la huitième chambre, MM. N. Piçarra et N. Fenger (rapporteur), juges,

avocat général : M. N. Emiliou,

greffier : M. A. Calot Escobar,

vu la procédure écrite,

ayant entendu l’avocat général en ses conclusions à l’audience du 15 janvier 2026,

rend le présent

Arrêt

1 Par son pourvoi, VT demande l’annulation de l’arrêt du Tribunal de l’Union européenne du 10 juillet 2024, VT/Commission (T-216/23, ci‑après l’« arrêt attaqué », EU:T:2024:465), par lequel celui-ci a rejeté le recours de VT tendant à l’annulation de la décision du 15 juillet 2022 par laquelle le jury du concours général EPSO/AD/380/19 a décidé, après réexamen, de ne pas inscrire son nom sur la liste de réserve pour le recrutement d’administrateurs de grade AD 7 dans le domaine de la coopération internationale et de la gestion de l’aide aux pays tiers.

Les antécédents du litige

2 Le 5 décembre 2019, l’Office européen de sélection du personnel (EPSO) a publié au Journal officiel de l’Union européenne l’avis de concours général sur titres et épreuves EPSO/AD/380/19, ayant pour objet le recrutement d’administrateurs (AD 7/AD 9) dans le domaine de la coopération internationale et de la gestion de l’aide aux pays tiers (JO 2019, C 409 A, p. 1), en vue de la constitution de deux listes de réserve, pour des administrateurs de grade AD 7, d’une part, et de grade AD 9, d’autre part.

3 Le requérant a participé audit concours et a pris part, après avoir passé avec succès les tests de type « questionnaire à choix multiples » et la sélection sur titres (évaluateur de talent), aux épreuves du centre d’évaluation.

4 Les épreuves écrites du centre d’évaluation, c’est-à-dire l’étude de cas et l’épreuve écrite dans le domaine concerné, ont eu lieu, une première fois, le 9 septembre 2021.

5 Par courrier du 4 octobre 2021, l’EPSO a indiqué aux candidats que, en raison des problèmes techniques survenus lors de la première session des épreuves écrites, il avait été décidé d’offrir à l’ensemble des candidats ayant participé aux épreuves écrites du 9 septembre 2021 deux options, à savoir soit conserver les résultats des épreuves écrites de la première session, soit participer à une deuxième session en renonçant aux résultats des épreuves initiales.

6 La deuxième session des épreuves écrites a eu lieu le 10 novembre 2021. Le requérant a choisi de ne pas y participer.

7 Le 5 mai 2022, l’EPSO a notifié au requérant la décision du jury de ne pas inscrire son nom sur la liste de réserve du grade AD 7, au motif qu’il ne figurait pas parmi les candidats ayant obtenu les notes les plus élevées aux épreuves du centre d’évaluation.

8 Par décision du 15 juillet 2022 adressée au requérant, le jury a rejeté sa demande de réexamen de la décision de ne pas inscrire son nom sur la liste de réserve.

9 Le 10 octobre 2022, le requérant a introduit une réclamation, au titre du statut des fonctionnaires de l’Union européenne, contre la décision de ne pas inscrire son nom sur la liste de réserve ainsi que contre la décision rejetant sa demande de réexamen. La Commission européenne n’a pas répondu explicitement à cette réclamation.

La procédure devant le Tribunal et l’arrêt attaqué

10 Par requête déposée au greffe du Tribunal le 23 avril 2023, le requérant a introduit un recours tendant à l’annulation de la décision du 15 juillet 2022, telle que mentionnée au point 8 du présent arrêt.

11 Par l’arrêt attaqué, le Tribunal a rejeté le recours dans son intégralité.

Les conclusions des parties

12 Par son pourvoi, le requérant demande à la Cour :

– d’annuler l’arrêt attaqué ;

– de faire droit aux recours des première et deuxième instances, et

– de condamner la Commission aux dépens.

13 La Commission demande à la Cour :

– de rejeter le pourvoi et

– de condamner le requérant aux dépens.

Sur le pourvoi

14 À l’appui de son pourvoi, le requérant soulève deux moyens, tirés, le premier, d’une violation du principe d’égalité de traitement et, le second, d’une violation de l’avis de concours en ce qui concerne l’évaluation des compétences des candidats.

Sur le premier moyen

Argumentation des parties

15 Ce moyen est divisé en deux branches.

16 Par la première branche de son premier moyen, le requérant reproche au Tribunal d’avoir méconnu, aux points 107 à 112 de l’arrêt attaqué, le principe d’égalité de traitement en validant la possibilité de prendre part à nouveau aux épreuves écrites qui a été offerte à l’ensemble des candidats, indépendamment des difficultés techniques effectivement rencontrées par ceux-ci.

17 Par la seconde branche de ce moyen, le requérant fait valoir que le Tribunal a commis une erreur de droit, aux points 113 à 117 de l’arrêt attaqué, en omettant de constater une violation du principe d’égalité de traitement du fait que, premièrement, les candidats ayant participé aux deuxième et troisième sessions des épreuves écrites ont bénéficié d’une période de préparation significativement plus longue que ceux ayant pris part à la première session, et, secondement, l’objet de la note que ces candidats étaient tenus de rédiger lors de chacune des trois sessions des épreuves écrites était différent, sans égard pour le degré de difficulté de ces épreuves.

18 En particulier, s’agissant, dans le cadre de cette seconde branche, de l’épreuve écrite dans le domaine concerné, le requérant soutient, en premier lieu, que le scénario sur lequel reposait cette épreuve, qui s’est déroulée initialement le 9 septembre 2021, avait été publié dès le mois d’août 2021. Il en déduit que les candidats ayant participé à ladite épreuve lors de la deuxième session qui s’est tenue le 10 novembre 2021, fondée également sur le même scénario, auraient disposé d’un laps de temps significativement plus long pour s’y préparer.

19 Toutefois, le Tribunal a considéré, au point 117 de l’arrêt attaqué, qu’une telle modalité d’organisation n’était pas de nature à porter atteinte au principe d’égalité de traitement, dès lors que rien ne permettait de supposer que le jury ait entendu limiter le temps dont disposaient les candidats pour prendre connaissance de ce scénario.

20 Le requérant estime que cette conclusion est entachée d’une erreur de droit, étant donné que le temps nécessaire pour prendre connaissance du scénario relève, par nature, des conditions objectives susceptibles d’avoir une incidence sur le respect du principe d’égalité de traitement.

21 Il fait également valoir que, pour apprécier l’existence d’une éventuelle illégalité, le Tribunal s’est fondé, à tort, sur les décisions du jury, alors qu’il lui appartenait de se référer exclusivement à l’avis de concours, lequel constitue le cadre de la légalité de la procédure. À cet égard, le requérant soutient que cet avis prévoyait expressément le respect du principe d’égalité de traitement, impliquant que les épreuves se déroulent dans les mêmes conditions pour l’ensemble des candidats. Or, tel n’aurait pas été le cas en l’espèce puisque certains candidats auraient disposé d’un laps de temps plus long pour se familiariser avec le scénario sur lequel reposait l’épreuve écrite dans le domaine concerné.

22 En second lieu, selon le requérant, le Tribunal a commis une erreur de droit en considérant, au point 116 de l’arrêt attaqué, que la différence quant à l’objet de la note que les candidats étaient tenus de rédiger lors de chacune des trois sessions des épreuves écrites constituait un élément suffisant afin de garantir le respect du principe d’égalité de traitement. En effet, seul un niveau homogène de difficulté des épreuves soumises aux candidats lors de sessions différentes assurerait la limitation du risque de violation de ce principe.

23 Selon la Commission, le requérant, loin d’exposer en quoi, à la lumière des constatations de fait figurant aux points 116 et 117 de l’arrêt attaqué, le Tribunal aurait commis une erreur de droit dans l’interprétation du principe d’égalité de traitement, tend, en réalité, à remettre en cause l’appréciation des faits effectuée par cette juridiction. Cela ressortirait, notamment, des passages du pourvoi dans lesquels serait réaffirmée l’existence d’un « avantage significatif » prétendument conféré aux candidats ayant participé à plusieurs sessions des épreuves écrites, alors même que le Tribunal a conclu à l’absence d’un tel avantage. Par conséquent, cette partie du pourvoi devrait être rejetée comme étant irrecevable.

24 En outre, la Commission soutient que l’argumentation du requérant, selon laquelle le Tribunal aurait, au point 117 de l’arrêt attaqué, commis une erreur de droit en se fondant sur les décisions du jury afin d’apprécier l’existence d’une illégalité, alors qu’il aurait dû se référer exclusivement à l’avis de concours, doit être écartée comme étant irrecevable, dès lors qu’elle constituerait un nouveau grief.

25 À titre subsidiaire, la Commission fait observer que, s’agissant du prétendu caractère « moins complexe » des deuxième et troisième sessions des épreuves écrites, le requérant se borne à faire valoir que le scénario des épreuves était, en tout état de cause, connu et à soutenir que le Tribunal a, à tort, considéré, au point 117 de l’arrêt attaqué, que le temps dont disposaient les candidats pour se préparer à ce scénario était dépourvu de pertinence.

26 Toutefois, la Commission relève que le requérant a omis d’exposer en quoi le point 116 de l’arrêt attaqué, dans le cadre duquel le Tribunal s’est prononcé à l’égard des deux épreuves écrites que constituaient l’étude de cas et l’épreuve écrite dans le domaine concerné, serait entaché d’une erreur de droit.

Appréciation de la Cour

– Sur la recevabilité

27 S’agissant de la première exception d’irrecevabilité soulevée par la Commission, telle que résumée au point 23 du présent arrêt, force est de constater que le requérant ne remet pas en cause l’appréciation des faits effectuée par le Tribunal, laquelle ne constitue pas, sous réserve du cas de leur dénaturation, une question de droit soumise, comme telle, au contrôle de la Cour (voir, en ce sens, arrêt du 3 juillet 2025, Glonatech/REA, C‑114/24 P, EU:C:2025:520, point 107 et jurisprudence citée). En effet, en faisant valoir que le Tribunal a considéré, à tort, que le temps de préparation supplémentaire dont ont disposé les candidats ayant participé à l’épreuve qui s’est déroulée lors de la deuxième session des épreuves écrites le 10 novembre 2021 n’était pas susceptible d’entraîner une violation du principe d’égalité de traitement, au seul motif que le jury n’avait pas entendu limiter ce temps de préparation, le requérant invoque, en réalité, une erreur de droit entachant le raisonnement du Tribunal. Il s’ensuit que cette exception d’irrecevabilité doit être rejetée.

28 Quant à la seconde exception d’irrecevabilité soulevée par la Commission, telle que mentionnée au point 24 du présent arrêt, il convient de relever que l’argumentation du requérant, en ce qu’elle se réfère à l’avis de concours, ne fait qu’étayer le grief tiré de ce que le Tribunal aurait méconnu le principe d’égalité de traitement en s’abstenant de vérifier que les épreuves se déroulent dans les mêmes conditions pour l’ensemble des candidats. Par conséquent, cette exception d’irrecevabilité ne saurait être accueillie.

– Sur le fond

29 En ce qui concerne la seconde branche du premier moyen, qu’il convient d’examiner d’emblée, il importe, premièrement, de rappeler que le principe d’égalité de traitement, tel que consacré à l’article 20 de la Charte, constitue un principe général du droit de l’Union, qui exige que des situations comparables ne soient pas traitées de manière différente et que des situations différentes ne soient pas traitées de manière égale, à moins qu’un tel traitement ne soit objectivement justifié. Une différence de traitement est justifiée dès lors qu’elle est fondée sur un critère objectif et raisonnable, à savoir lorsqu’elle est en rapport avec un but légalement admissible poursuivi par la réglementation concernée, et que cette différence est proportionnée au but poursuivi par le traitement concerné (arrêt du 30 novembre 2023, MG/BEI, C‑173/22 P, EU:C:2023:932, point 45 et jurisprudence citée).

30 Deuxièmement, il est vrai que le jury de concours dispose d’un large pouvoir d’appréciation quant aux modalités et au contenu détaillé des épreuves prévues dans le cadre du concours, sous réserve que soient assurés le traitement égal des candidats et l’objectivité du choix opéré entre ceux-ci par le jury (voir, en ce sens, arrêt du 24 mars 1988, Goossens e.a./Commission, 228/86, EU:C:1988:172, point 14). Sous cette même réserve, les institutions de l’Union disposent également d’un large pouvoir d’appréciation afin de mettre en place des mesures visant à remédier à des irrégularités ayant affecté le déroulement d’un concours, telles que de nouvelles épreuves écrites au bénéfice des candidats ayant été affectés par des irrégularités lors des épreuves écrites initiales.

31 Cela étant, le principe d’égalité de traitement exige que l’ensemble des candidats à un concours soient soumis à des épreuves équivalentes selon des modalités équivalentes, de sorte que ces épreuves présentent sensiblement le même degré de difficulté pour tous les candidats (voir, en ce sens, arrêt du 24 mars 1988, Goossens e.a./Commission, 228/86, EU:C:1988:172, points 14 et 15). Il s’ensuit que le jury est tenu de limiter le risque d’inégalité de chances à celui inhérent, en règle générale, à tout examen (voir, en ce sens, arrêt du 8 mars 1988, Sergio e.a./Commission, 64/86, 71/86 à 73/86 et 78/86, EU:C:1988:119, point 27). Une telle exigence s’impose également lorsque le jury d’un concours est confronté à des irrégularités ou à des erreurs intervenues lors du déroulement d’un concours général et qu’il lui incombe d’y remédier.

32 Au point 117 de l’arrêt attaqué, le Tribunal a jugé que la circonstance selon laquelle les candidats ayant participé, notamment, à la deuxième session des épreuves écrites avaient disposé d’un laps de temps plus important pour prendre connaissance du scénario de l’épreuve écrite dans le domaine concerné ne permettait pas de considérer qu’ils ont bénéficié d’un avantage significatif par rapport aux candidats ayant uniquement pris part à la première session, dès lors qu’aucun élément ne permettait de supposer que le jury ait entendu limiter le temps dont disposaient les candidats afin de se familiariser avec ce scénario.

33 Or, en excluant l’existence d’un avantage significatif au profit des candidats ayant participé à la deuxième session des épreuves écrites et, partant, en constatant implicitement le même degré de difficulté de ces épreuves pour tous les candidats, au seul motif que le jury n’avait pas eu l’intention de limiter le temps dont disposaient les candidats du concours général en cause afin de se familiariser avec ledit scénario, le Tribunal a commis une erreur de droit.

34 En effet, il lui appartenait d’examiner si le temps supplémentaire dont avaient bénéficié les candidats ayant pris part à cette deuxième session pour prendre connaissance du scénario de l’épreuve écrite était, objectivement, c’est-à-dire indépendamment de l’intention du jury de concours, de nature à leur conférer un avantage significatif par rapport aux candidats n’ayant participé qu’à la première session de ces épreuves, avec pour corollaire un risque d’inégalité des chances allant au-delà de celui inhérent, en principe, à tout concours.

35 Par conséquent, il y a lieu d’accueillir la seconde branche du premier moyen et d’annuler l’arrêt attaqué, sans qu’il soit nécessaire d’examiner tant le grief tiré d’une prétendue erreur de droit commise par le Tribunal au point 116 de l’arrêt attaqué que la première branche de ce premier moyen et le second moyen.

Sur le recours devant le Tribunal

36 Conformément à l’article 61, premier alinéa, du statut de la Cour de justice de l’Union européenne, lorsque le pourvoi est fondé et que la Cour annule la décision du Tribunal, elle peut soit statuer elle-même définitivement sur le litige, lorsque celui-ci est en état d’être jugé, soit renvoyer l’affaire devant le Tribunal pour que ce dernier statue.

37 En l’espèce, au vu notamment de la circonstance que le recours du requérant devant le Tribunal est fondé sur des moyens ayant fait l’objet d’un débat contradictoire devant ce dernier et dont l’examen ne nécessite d’adopter aucune mesure supplémentaire d’organisation de la procédure ou d’instruction du dossier, la Cour estime que ce recours est en état d’être jugé et qu’il y a lieu de statuer définitivement sur celui-ci (voir, par analogie, arrêt du 12 mars 2026, VP/Cedefop, C‑209/24 P, EU:C:2026:186, point 71).

38 Dans la mesure où la seconde branche du premier moyen du pourvoi a été accueillie et que celle-ci était dirigée contre la réponse du Tribunal au deuxième moyen du recours, il y a lieu d’examiner le deuxième argument soulevé par le requérant devant le Tribunal à l’appui de son deuxième moyen, tiré de ce que l’EPSO aurait organisé une deuxième session et une troisième session d’épreuves écrites dont la difficulté aurait été moindre que celle de la première session.

39 Ainsi qu’il est précisé au point 4 du présent arrêt, les épreuves écrites du centre d’évaluation, y compris l’épreuve écrite dans le domaine concerné, se sont tenues une première fois le 9 septembre 2021. La deuxième session des épreuves écrites a eu lieu, comme indiqué au point 6 du présent arrêt, le 10 novembre 2021, à laquelle le requérant a choisi de ne pas participer. Il ressort du point 116 de l’arrêt attaqué que, lors de cette deuxième session, l’épreuve écrite dans le domaine concerné reposait, en partie, sur le même scénario que celui publié sur le site Internet de l’EPSO préalablement à la première session des épreuves écrites, de sorte que ce scénario était connu à l’avance des candidats.

40 Il s’ensuit que les candidats ayant participé à la deuxième session des épreuves écrites ont bénéficié, par rapport au requérant, d’un laps de temps supplémentaire de plus de deux mois pour se familiariser avec le même scénario publié à l’avance.

41 Ce temps de préparation significativement plus long pour le même scénario, associé nécessairement à une certaine connaissance, acquise lors de la première session, des modalités selon lesquelles ce scénario était susceptible d’être exploité, est de nature à engendrer, ainsi que l’a relevé, en substance, M. l’avocat général au point 67 de ses conclusions, une différence significative en ce qui concerne les conditions dans lesquelles, notamment, les candidats de chacune des deux premières sessions des épreuves écrites ont participé à l’épreuve écrite dans le domaine concerné.

42 Or, une telle différence de traitement, en premier lieu, méconnaît le principe d’égalité de traitement qui, ainsi qu’il a été rappelé au point 31 du présent arrêt, exige que l’ensemble des candidats à un concours soient soumis à des épreuves équivalentes selon des modalités équivalentes, de sorte que ces épreuves présentent sensiblement le même degré de difficulté pour tous les candidats, et, en second lieu, est de nature à vicier le résultat du concours, dès lors que le jury de ce concours n’a adopté aucune mesure visant à limiter le risque d’inégalité des chances entre, d’une part, les candidats n’ayant participé qu’à la première session de l’épreuve écrite dans le domaine concerné et, d’autre part, ceux ayant également pris part à la deuxième session de cette épreuve.

43 À cet égard, il convient de relever, à l’instar de M. l’avocat général au point 68 de ses conclusions, qu’une solution alternative moins restrictive, susceptible de remédier à cette situation, aurait pu consister, notamment, à publier un nouveau scénario présentant un degré de difficulté équivalent.

44 Par ailleurs, il importe de rappeler que la Cour a jugé que, lorsqu’il n’y a pas équivalence parfaite entre des épreuves de concours organisées sur deux sites différents, il n’est pas exclu que le jury puisse recourir à un mécanisme de compensation par l’application d’un facteur correcteur lors de l’évaluation des épreuves, pour autant que cette compensation repose sur des critères objectifs propres à rétablir l’égalité entre les candidats (voir, en ce sens, arrêt du 14 juillet 1983, Detti/Cour de justice, 144/82, EU:C:1983:211, points 29 et 30).

45 Il s’ensuit que la décision du 15 juillet 2022, par laquelle le jury du concours général EPSO/AD/380/19 a décidé, après réexamen, de ne pas inscrire le nom du requérant sur la liste de réserve pour le recrutement d’administrateurs de grade AD 7 dans le domaine de la coopération internationale et de la gestion de l’aide aux pays tiers, est entachée d’illégalité.

46 En conséquence, il y a lieu de déclarer fondé le deuxième argument soulevé par le requérant devant le Tribunal à l’appui de son deuxième moyen et d’annuler ladite décision du 15 juillet 2022, conformément aux conclusions présentées en ce sens devant le Tribunal.

Sur les dépens

47 En vertu de l’article 184, paragraphe 2, du règlement de procédure de la Cour, lorsque le pourvoi est fondé et que la Cour juge elle-même définitivement le litige, elle statue sur les dépens.

48 Aux termes de l’article 138, paragraphe 1, de ce règlement de procédure, rendu applicable à la procédure de pourvoi en vertu de l’article 184, paragraphe 1, de celui-ci, toute partie qui succombe est condamnée aux dépens, s’il est conclu en ce sens.

49 En l’espèce, la Commission ayant succombé dans le cadre tant du pourvoi que de la procédure en première instance et le requérant ayant conclu à la condamnation de celle-ci aux dépens, il y a lieu de condamner la Commission à supporter, outre ses propres dépens, la totalité de ceux exposés par le requérant, afférents à ces deux procédures.

Par ces motifs, la Cour (huitième chambre) déclare et arrête :

1) L’arrêt du Tribunal de l’Union européenne du 10 juillet 2024, VT/Commission (T‑216/23, EU:T:2024:465), est annulé.

2) La décision du 15 juillet 2022, par laquelle le jury du concours général EPSO/AD/380/19 a décidé, après réexamen, de ne pas inscrire le nom de VT sur la liste de réserve pour le recrutement d’administrateurs de grade AD 7 dans le domaine de la coopération internationale et de la gestion de l’aide aux pays tiers, est annulée.

3) La Commission européenne supporte, outre ses propres dépens, la totalité de ceux exposés par VT dans le cadre tant de la procédure de première instance que de la procédure de pourvoi.

Signatures


* Langue de procédure : l’italien.

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