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AccueilDroit européen62024CJ0623
Jurisprudence CJUE62024CJ0623

Arrêt de la Cour (huitième chambre) du 25 juin 2026.#UJ e.a. contre Commission européenne.#Pourvoi – Fonction publique – Concours général EPSO/AD/380/19 – Concours pour le recrutement d’administrateurs dans le domaine de la coopération internationale et de la gestion de l’aide aux pays tiers – Répétition des épreuves écrites – Décision de ne pas inscrire les noms des requérants sur la liste de réserve – Principe d’égalité de traitement – Principe de concordance entre la réclamation administrative et le recours contentieux – Recours en annulation.#Affaire C-623/24 P.

CELEX62024CJ0623
TypeJurisprudence CJUE
Datejeudi 25 juin 2026

Résumé IA

Cet arrêt de la Cour de justice de l'Union européenne, rendu sur pourvoi en matière de fonction publique, précise les conditions de recevabilité d'un recours en annulation contre une décision de non-inscription sur une liste de réserve de concours EPSO. Il rappelle notamment l'exigence de concordance entre la réclamation administrative préalable et le recours contentieux, et examine l'application du principe d'égalité de traitement dans le cadre de la répétition d'épreuves écrites d'un concours général.

Texte intégral

ARRÊT DE LA COUR (huitième chambre)

25 juin 2026 (*)

« Pourvoi – Fonction publique – Concours général EPSO/AD/380/19 – Concours pour le recrutement d’administrateurs dans le domaine de la coopération internationale et de la gestion de l’aide aux pays tiers – Répétition des épreuves écrites – Décision de ne pas inscrire les noms des requérants sur la liste de réserve – Principe d’égalité de traitement – Principe de concordance entre la réclamation administrative et le recours contentieux – Recours en annulation »

Dans l’affaire C‑623/24 P,

ayant pour objet un pourvoi au titre de l’article 56 du statut de la Cour de justice de l’Union européenne, introduit le 20 septembre 2024,

UJ,

UL,

UN,

UP,

US,

UT,

UU,

UV,

représentés par Me M. Velardo, avocate,

parties requérantes,

les autres parties à la procédure étant :

UM,

UO,

UQ,

UR,

UW,

parties demanderesses en première instance,

Commission européenne, représentée par M. G. Gattinara et Mme G. Niddam, en qualité d’agents,

partie défenderesse en première instance,

LA COUR (huitième chambre),

composée de M. S. Rodin, faisant fonction de président de la huitième chambre, MM. N. Piçarra et N. Fenger (rapporteur), juges,

avocat général : M. N. Emiliou,

greffier : M. A. Calot Escobar,

vu la procédure écrite,

ayant entendu l’avocat général en ses conclusions à l’audience du 15 janvier 2026,

rend le présent

Arrêt

1 Par leur pourvoi, UJ, UL, UN, UP, US, UT, UU et UV (ci-après, pris ensemble, les « requérants ») demandent l’annulation de l’arrêt du Tribunal de l’Union européenne du 10 juillet 2024, UJ e.a./Commission (T-120/23, ci-après « l’arrêt attaqué », EU:T:2024:464), par lequel celui-ci a rejeté leur recours tendant à l’annulation des décisions du 5 mai 2022 par lesquelles le jury du concours général EPSO/AD/380/19 a décidé de ne pas inscrire leurs noms sur la liste de réserve pour le recrutement d’administrateurs de grade AD 7 dans le domaine de la coopération internationale et de la gestion de l’aide aux pays tiers.

Le cadre juridique

2 L’article 27, premier alinéa, du statut des fonctionnaires de l’Union européenne (ci-après le « statut ») énonce :

« Le recrutement doit viser à assurer à l’institution le concours des fonctionnaires possédant les plus hautes qualités de compétence, de rendement et d’intégrité, recrutés sur une base géographique la plus large possible parmi les ressortissants des États membres de l’Union [européenne]. [...] »

3 L’article 90 de ce statut prévoit :

« 1. Toute personne visée au présent statut peut saisir l’autorité investie du pouvoir de nomination [(ci-après l’“AIPN”)] d’une demande l’invitant à prendre à son égard une décision. L’autorité notifie sa décision motivée a l’intéressé dans un délai de quatre mois à partir du jour de l’introduction de la demande. À l’expiration de ce délai, le défaut de réponse à la demande vaut décision implicite de rejet susceptible de faire l’objet d'une réclamation au sens du paragraphe suivant.

2. Toute personne visée au présent statut peut saisir l’[AIPN] d’une réclamation dirigée contre un acte lui faisant grief, soit que ladite autorité ait pris une décision, soit qu’elle se soit abstenue de prendre une mesure imposée par le statut. [...]

[...] »

4 L’article 91 dudit statut dispose :

« 1. La Cour de justice de l’Union européenne est compétente pour statuer sur tout litige entre l’Union et l’une des personnes visées au présent statut et portant sur la légalité d’un acte faisant grief à cette personne au sens de l’article 90 paragraphe 2. Dans les litiges de caractère pécuniaire, la Cour de justice a une compétence de pleine juridiction.

2. Un recours à la Cour de justice de l’Union européenne n’est recevable que :

– si l’[AIPN] a été préalablement saisie d’une réclamation au sens de l’article 90 paragraphe 2 et dans le délai y prévu, et

– si cette réclamation a fait l’objet d’une décision explicite ou implicite de rejet.

[...] »

Les antécédents du litige

5 Le 5 décembre 2019, l’Office européen de sélection du personnel (EPSO) a publié au Journal officiel de l’Union européenne l’avis de concours général sur titres et épreuves EPSO/AD/380/19, ayant pour objet le recrutement d’administrateurs (AD 7/AD 9) dans le domaine de la coopération internationale et de la gestion de l’aide aux pays tiers (JO 2019, C 409 A, p. 1), en vue de la constitution de deux listes de réserve, pour des administrateurs de grade AD 7, d’une part, et de grade AD 9, d’autre part.

6 Les requérants ont participé audit concours et ont pris part, après avoir passé avec succès les tests de type « questionnaire à choix multiples » et la sélection sur titres (évaluateur de talent), aux épreuves du centre d’évaluation.

7 Les épreuves écrites du centre d’évaluation, c’est-à-dire l’étude de cas et l’épreuve écrite dans le domaine concerné, ont eu lieu, une première fois, le 9 septembre 2021.

8 Par courrier du 4 octobre 2021, l’EPSO a indiqué aux candidats que, en raison des problèmes techniques survenus lors de la première session des épreuves écrites, il avait été décidé d’offrir à l’ensemble des candidats ayant participé aux épreuves écrites du 9 septembre 2021 deux options, à savoir soit conserver les résultats des épreuves écrites de la première session, soit participer à une deuxième session en renonçant aux résultats des épreuves initiales.

9 La deuxième session des épreuves écrites a eu lieu le 10 novembre 2021. UJ, UL, UP, UU et UV ont choisi de participer à cette deuxième session, tandis que UN, US et UT n’y ont pas pris part.

10 Après la deuxième session des épreuves écrites, le jury a permis à huit candidats ayant participé à cette session de prendre part une nouvelle fois soit à l’étude de cas, soit à l’épreuve écrite dans le domaine concerné, soit à ces deux épreuves, en raison des difficultés techniques que ces candidats avaient rencontrées lors de ladite session. Il a notamment permis à UJ, qui avait signalé à l’EPSO, le 10 novembre 2021, qu’elle n’avait pas pu se connecter dans le temps imparti lors des épreuves de la deuxième session, de participer à nouveau aux deux épreuves en cause.

11 La troisième session des épreuves écrites a eu lieu le 10 décembre 2021. UJ a choisi de participer à cette troisième session et a passé les deux épreuves en cause.

12 Le 5 mai 2022, l’EPSO a notifié de manière individuelle, à chaque requérant, la décision du jury de ne pas inscrire son nom sur la liste de réserve du grade AD 7, au motif, en substance, qu’il ne figurait pas parmi les candidats ayant obtenu les notes les plus élevées aux épreuves du centre d’évaluation. En outre, en ce qui concerne UT, le jury a estimé que ce candidat n’avait pas obtenu les notes minimales requises lors de ces épreuves.

13 Par décisions du 15 juillet 2022 adressées à UJ et à UL, le jury a rejeté leurs demandes de réexamen des décisions de ne pas inscrire leurs noms sur la liste de réserve.

14 Le 5 août 2022, les requérants ont introduit, de manière conjointe, une réclamation, au titre de l’article 90, paragraphe 2, du statut, contre les décisions de ne pas inscrire leurs noms sur la liste de réserve ainsi que, s’agissant de UJ et de UL, contre les décisions rejetant leur demande de réexamen.

15 Le 13 mars 2023, l’AIPN a adressé à chaque requérant une décision individuelle rejetant la réclamation mentionnée au point précédent du présent arrêt.

La procédure devant le Tribunal et l’arrêt attaqué

16 Par requête déposée au greffe du Tribunal le 5 mars 2023, les requérants ont introduit un recours tendant à l’annulation des décisions du 5 mai 2022 par lesquelles le jury du concours général EPSO/AD/380/19 avait décidé de ne pas inscrire leurs noms sur la liste de réserve pour le recrutement d’administrateurs de grade AD 7 dans le domaine de la coopération internationale et de la gestion de l’aide aux pays tiers. Ils ont également demandé l’annulation des décisions du 15 juillet 2022 rejetant les demandes de UJ et de UL de réexaminer les décisions de ne pas inscrire leurs noms sur la liste de réserve.

17 Le Tribunal a rejeté le recours dans son intégralité.

Les conclusions des parties

18 Par leur pourvoi, les requérants demandent à la Cour :

– d’annuler l’arrêt attaqué ;

– de faire droit aux recours des première et deuxième instances, et

– de condamner la Commission aux dépens.

19 La Commission demande à la Cour :

– de rejeter le pourvoi et

– de condamner les requérants aux dépens.

Sur le pourvoi

20 À l’appui de leur pourvoi, les requérants soulèvent deux moyens, tirés, le premier, d’une violation du principe d’égalité de traitement et le second, d’une erreur de droit dans l’interprétation du principe de concordance entre la réclamation administrative et le recours contentieux. À titre surabondant, ils invoquent une violation de l’avis de concours en ce qui concerne l’évaluation des compétences des candidats.

Sur le premier moyen

Sur la première branche du premier moyen

– Argumentation des parties

21 Par la première branche de leur premier moyen, visant les points 103 à 109 de l’arrêt attaqué, les requérants soutiennent que le Tribunal a commis une erreur de droit dans l’interprétation du principe d’égalité de traitement, tel qu’il s’applique en matière de concours, en ce qu’il s’est abstenu de constater une violation de ce principe alors même que le jury n’aurait pas adopté l’ensemble des mesures nécessaires afin de limiter le risque d’inégalité des chances à celui inhérent, en règle générale, à tout examen.

22 À cet égard, ils relèvent que, parmi les candidats au grade AD 7 ayant introduit le présent pourvoi, seuls cinq d’entre eux auraient participé aux épreuves écrites une seconde fois, tandis que seule une candidate y aurait pris part une troisième fois, alors que trois autres candidats auraient conservé le résultat obtenu lors de la première session de ces épreuves.

23 Les requérants allèguent que le Tribunal a lui-même entériné, aux points 107 et 108 de l’arrêt attaqué, une mesure aboutissant à traiter de manière identique des candidats se trouvant dans des situations différentes, selon qu’ils ont participé aux épreuves écrites une seule fois, deux fois, voire trois fois, en l’absence de toute justification objective. En effet, il découlerait de ces points 107 et 108 de l’arrêt attaqué que l’ensemble des candidats ne se trouvaient pas dans la même situation et que certains d’entre eux, n’ayant rencontré aucun problème technique ou seulement des difficultés mineures sans incidence déterminante sur leur résultat lors des épreuves écrites, ont néanmoins été admis à participer à nouveau à celles-ci.

24 En substance, les requérants font valoir que le principe d’égalité de traitement a été méconnu dans la mesure où la Commission n’aurait pas limité le risque que des candidats n’ayant rencontré aucune difficulté, mais étant simplement insatisfaits de leur performance lors de l’épreuve, participent aux deuxième et troisième sessions des épreuves écrites. À cet égard, ils soulignent qu’aucune vérification individuelle, au cas par cas, de la gravité et de la réalité des difficultés rencontrées n’aurait été effectuée. Il en résulterait que des situations différentes auraient fait l’objet d’un traitement identique, sans que celui-ci soit objectivement justifié ni par la finalité de la procédure de concours, consistant à sélectionner les candidats les plus aptes à exercer les fonctions en cause, ni par l’article 27, premier alinéa, du statut, selon lequel « [l]e recrutement doit viser à assurer à l’institution le concours de fonctionnaires possédant les plus hautes qualités de compétence, de rendement et d’intégrité [...] ».

25 La Commission avance, à titre liminaire, que seule l’absence de réduction, dans des limites raisonnables, du risque d’inégalité de traitement en ce qui concerne les chances offertes aux candidats est susceptible d’entraîner une violation du principe d’égalité de traitement en matière de concours. À cet égard, elle rappelle que les jurys de concours disposent d’un large pouvoir d’appréciation tant en ce qui concerne l’organisation, le contenu et les modalités des épreuves que leur évaluation ainsi que, le cas échéant, l’opportunité d’adopter une mesure correctrice.

26 La Commission indique, tout d’abord, que, au point 108 de l’arrêt attaqué, le Tribunal a, par une constatation factuelle qui échappe au contrôle de la Cour dans le cadre du pourvoi, considéré que, eu égard à l’ampleur et à la diversité des problèmes techniques rencontrés, la répétition des épreuves écrites, offerte à l’ensemble des candidats, constituait une mesure « difficilement évitable » et conforme à un objectif légitime d’intérêt général. Or, selon elle, les requérants n’avancent aucun argument permettant, d’une part, de comprendre en quoi le choix laissé aux candidats de participer à la deuxième session des épreuves écrites aurait été de nature à les désavantager individuellement et, d’autre part, de démontrer que le Tribunal aurait commis une erreur de droit dans le cadre de l’interprétation du principe d’égalité de traitement.

27 Ensuite, la Commission estime que, en raison du caractère diffus et varié des perturbations techniques constatées, il aurait été impossible d’en déterminer l’étendue et les conséquences précises pour chaque candidat pris individuellement. Elle ajoute que, à supposer même que certains candidats n’aient pas subi d’inconvénients et aient néanmoins choisi de participer à la deuxième session des épreuves écrites, un tel choix n’aurait eu pour conséquence que de les replacer en situation de concurrence avec les autres candidats ayant, quant à eux, rencontré de tels inconvénients lors de la première session. Dans cette hypothèse, tant lors de la première que de la deuxième session des épreuves écrites, les candidats auraient participé aux épreuves dans les mêmes conditions, à savoir en étant en concurrence avec d’autres candidats également admis par le jury à participer à ces épreuves. Il n’en résulterait, dès lors, aucune inégalité dans les chances offertes aux candidats.

28 Enfin, ce qui concerne la troisième session des épreuves écrites, la Commission soutient que les signalements adressés à l’EPSO par les candidats ayant sollicité la répétition des épreuves écrites ont fait l’objet d’un examen approprié par le jury et par l’EPSO. Partant, l’argument des requérants selon lequel la différence de traitement en cause résulterait d’une prétendue absence de constatation des problèmes techniques rencontrés serait manifestement dénué de fondement.

– Appréciation de la Cour

29 La première branche du premier moyen soulève la question de savoir si le fait, pour la Commission, d’avoir offert une seconde chance de participer aux épreuves écrites à l’ensemble des candidats ayant pris part à celles-ci, qu’ils aient ou non rencontré des problèmes techniques lors de ces épreuves, est de nature à constituer une violation du principe d’égalité de traitement.

30 Il convient, en premier lieu, de rappeler que ce principe, tel que consacré à l’article 20 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, constitue un principe général du droit de l’Union, qui exige que des situations comparables ne soient pas traitées de manière différente et que des situations différentes ne soient pas traitées de manière égale, à moins qu’un tel traitement ne soit objectivement justifié. Une différence de traitement est justifiée dès lors qu’elle est fondée sur un critère objectif et raisonnable, à savoir lorsqu’elle est en rapport avec un but légalement admissible poursuivi par la réglementation concernée, et que cette différence est proportionnée au but poursuivi par le traitement concerné (arrêt du 30 novembre 2023, MG/BEI, C-173/22 P, EU:C:2023:932, point 45 et jurisprudence citée).

31 En second lieu, il est certes vrai que le jury de concours dispose d’un large pouvoir d’appréciation quant aux modalités et au contenu détaillé des épreuves prévues dans le cadre du concours, sous réserve que soient assurés le traitement égal des candidats et l’objectivité du choix opéré entre ceux-ci par le jury (voir, en ce sens, arrêt du 24 mars 1988, Goossens e.a./Commission, 228/86, EU:C:1988:172, point 14). Sous cette même réserve, les institutions de l’Union disposent également d’un large pouvoir d’appréciation afin de mettre en place des mesures visant à remédier à des irrégularités ayant affecté le déroulement d’un concours, telles que de nouvelles épreuves écrites au bénéfice des candidats ayant été affectés par des irrégularités lors des épreuves écrites initiales.

32 Cela étant, le principe d’égalité de traitement exige que l’ensemble des candidats à un concours soient soumis à des épreuves équivalentes selon des modalités équivalentes, de sorte que ces épreuves présentent sensiblement le même degré de difficulté pour tous les candidats (voir, en ce sens, arrêt du 24 mars 1988, Goossens e.a./Commission, 228/86, EU:C:1988:172, points 14 et 15). Il s’ensuit que le jury est tenu de limiter le risque d’inégalité des chances à celui inhérent, en règle générale, à tout examen (voir, en ce sens, arrêt du 8 mars 1988, Sergio e.a./Commission, 64/86, 71/86 à 73/86 et 78/86, EU:C:1988:119, point 27). Une telle exigence s’impose également lorsque le jury de concours est confronté à des irrégularités ou à des erreurs intervenues lors du déroulement d’un concours général et qu’il lui incombe d’y remédier.

33 À cet égard, le Tribunal a constaté, au point 107 de l’arrêt attaqué, que, en l’espèce, compte tenu de l’ampleur des problèmes techniques et du très grand nombre de candidats concernés, le jury n’avait pas violé le principe d’égalité de traitement en offrant à l’ensemble des candidats ayant participé à la première session des épreuves écrites la possibilité de participer à une nouvelle session, alors même que tous les candidats n’avaient pas signalé les problèmes techniques survenus lors de cette session. Au point 108 de l’arrêt attaqué, le Tribunal a considéré que la différence de traitement découlant de cette solution était difficilement évitable, compte tenu de l’ampleur et de la diversité des problèmes techniques rencontrés. Il a également estimé, à ce point 108 de l’arrêt attaqué, que cette solution avait l’avantage de garantir, conformément à un objectif légitime d’intérêt général, que tous les candidats ayant subi des problèmes ou des perturbations pourraient bénéficier d’une nouvelle session, sans pour autant moins bien traiter les candidats qui, satisfaits du déroulement de leurs épreuves écrites, n’avaient pas demandé à les repasser par rapport à ceux, mécontents des conditions dans lesquelles ces épreuves s’étaient déroulées, qui avaient fait le choix de participer à une nouvelle session.

34 Or, le fait d’offrir à l’ensemble des candidats ayant participé à la première session des épreuves écrites la possibilité de prendre part à ces épreuves une deuxième fois a eu pour effet que des candidats n’ayant aucunement ou, de manière négligeable, été perturbés par des problèmes techniques lors des épreuves écrites se sont vu offrir une seconde chance de participer à ces épreuves, et, le cas échéant, de remédier à une performance insatisfaisante, face à d’autres candidats qui ont été confrontés à des problèmes techniques graves qui ne leur étaient pas imputables et qui ont sérieusement compromis leur chance de réussir lesdites épreuves.

35 Ainsi, ces derniers n’ont disposé, en définitive, que d’une seule véritable possibilité de concourir, alors que les premiers ont bénéficié de l’avantage d’une seconde chance, assortie de la faculté de choisir de participer à nouveau ou non aux épreuves écrites.

36 Il en résulte une différence de traitement entre les candidats que le Tribunal a d’ailleurs reconnue au point 108 de l’arrêt attaqué, mais qu’il a considéré comme étant difficilement évitable.

37 Dès lors, il convient d’examiner si cette différence de traitement est susceptible d’être justifiée par un objectif légitime et si elle est proportionnée à l’objectif poursuivi.

38 S’il est constant que la mesure en cause vise à remédier aux irrégularités ayant affecté la première session des épreuves écrites et poursuit, à ce titre, un objectif légitime, il n’en demeure pas moins qu’elle ne saurait être regardée comme étant proportionnée au regard de cet objectif.

39 En effet, ainsi que l’a souligné, en substance, M. l’avocat général aux points 47 et 49 de ses conclusions, étant donné que la Commission aurait pu invalider la première session et organiser une nouvelle session ouverte à l’ensemble des candidats, évitant ainsi de conférer à certains candidats l’avantage de bénéficier d’une seconde chance, assortie de la faculté de choisir de participer à nouveau ou non aux épreuves écrites, la solution retenue par la Commission a excédé ce qui était nécessaire pour atteindre l’objectif consistant à remédier aux irrégularités résultant de problèmes techniques substantiels ayant affecté la première session des épreuves écrites et à rétablir des conditions non faussées du concours. Au contraire, cette solution a eu pour effet de fausser ces conditions en créant une nouvelle inégalité entre les candidats ayant été confrontés à des problèmes techniques graves qui ne leur étaient pas imputables et ceux n’ayant pas été confrontés à de tels problèmes, allant ainsi au-delà de celle dont le risque est inhérent, en règle générale, à tout concours.

40 Il s’ensuit que le Tribunal a commis une erreur de droit en considérant, au point 109 de l’arrêt attaqué, que le jury n’avait pas méconnu le principe d’égalité de traitement en permettant à l’ensemble des candidats ayant participé à la première session des épreuves écrites de prendre part à une deuxième session.

41 Quant aux arguments des requérants portant sur la troisième session des épreuves écrites, ceux-ci doivent être écartés comme étant dénués de pertinence au regard des points de l’arrêt attaqué visés par la première branche du premier moyen, lesquels n’ont pas trait à cette session.

42 Par ailleurs, ainsi qu’il ressort des considérations qui précèdent, l’inégalité de traitement résultant de la possibilité offerte à l’ensemble des candidats de participer à nouveau aux épreuves écrites a, à tout le moins, en principe, désavantagé les candidats ayant été sérieusement affectés par les défaillances techniques et qui, de ce fait, ne disposaient pas réellement d’autre choix que de prendre part à nouveau à ces épreuves. En revanche, s’agissant des candidats ayant choisi de ne pas participer à nouveau aux épreuves écrites, il n’est pas contesté que, ainsi que l’a relevé le Tribunal au point 108 de l’arrêt attaqué, il peut être raisonnablement présumé que ceux-ci étaient satisfaits du déroulement de ces épreuves. Par conséquent, ces candidats ne sauraient être regardés comme relevant de la catégorie des candidats sérieusement affectés par les défaillances techniques en cause.

43 Or, il ressort de la jurisprudence de la Cour qu’un fonctionnaire ou un agent n’est pas habilité à agir dans l’intérêt de la loi ou des institutions et ne peut faire valoir, à l’appui d’un recours, que des griefs qui lui sont personnels (arrêt du 25 mars 2021, Álvarez y Bejarano e.a./Commission, C‑517/19 P et C‑518/19 P, EU:C:2021:240, point 91 ainsi que jurisprudence citée).

44 Partant, les requérants ayant choisi de ne pas prendre part à la deuxième session des épreuves écrites, à savoir UN, US et UT, ne sauraient, en l’espèce, se prévaloir d’un intérêt personnel à invoquer une erreur de droit commise par le Tribunal, tirée de la prétendue violation du principe d’égalité de traitement.

45 S’agissant des candidats qui, tels UJ, UL, UP, UU et UV, ont, ainsi qu’il est mentionné au point 103 de l’arrêt attaqué, indiqué avoir rencontré des difficultés techniques lors de la première session et participé à la deuxième session, candidats dont il ne saurait être exclu qu’ils aient été confrontés à des difficultés sérieuses, il convient, eu égard aux considérations figurant au point 42 du présent arrêt, de constater que l’erreur de droit commise par le Tribunal est de nature à les avoir affectés. Ces candidats ont, partant, un intérêt à faire valoir une telle erreur de droit.

46 Il résulte des considérations qui précèdent que la première branche du premier moyen doit être accueillie en ce qui concerne UJ, UL, UP, UU et UV et doit être rejetée à l’égard des autres requérants.

Sur la deuxième branche du premier moyen

– Argumentation des parties

47 Par la deuxième branche de leur premier moyen, visant les points 110 à 114 de l’arrêt attaqué, les requérants, s’agissant de l’épreuve écrite dans le domaine concerné, tout en souscrivant au constat du Tribunal figurant au point 111 de l’arrêt attaqué, font valoir, en premier lieu, que le scénario sur lequel reposait cette épreuve, qui s’est déroulée initialement le 9 septembre 2021, avait été publié dès le mois d’août 2021. Ils en déduisent que les candidats ayant participé à ladite épreuve lors de la deuxième session qui s’est tenue le 10 novembre 2021, fondée également sur le même scénario, auraient disposé d’un laps de temps significativement plus long pour s’y préparer.

48 Toutefois, le Tribunal aurait considéré, au point 114 de l’arrêt attaqué, qu’une telle modalité d’organisation n’était pas de nature à porter atteinte au principe d’égalité de traitement, dès lors que rien ne permettait de supposer que le jury ait entendu limiter le temps dont disposaient les candidats pour prendre connaissance de ce scénario.

49 Les requérants estiment que cette conclusion est entachée d’une erreur de droit, étant donné que le temps nécessaire pour prendre connaissance du scénario relève, par nature, des conditions objectives susceptibles d’avoir une incidence sur le respect du principe d’égalité de traitement.

50 Ils font également valoir que, pour apprécier l’existence d’une éventuelle illégalité, le Tribunal s’est fondé, à tort, sur les décisions du jury, alors qu’il lui appartenait de se référer exclusivement à l’avis de concours, lequel constitue le cadre de la légalité de la procédure. À cet égard, les requérants soutiennent que cet avis prévoyait expressément le respect du principe d’égalité de traitement, impliquant que les épreuves se déroulent dans les mêmes conditions pour l’ensemble des candidats. Or, tel n’aurait pas été le cas en l’espèce puisque certains candidats auraient disposé d’un laps de temps plus long pour se familiariser avec le scénario sur lequel reposait l’épreuve écrite dans le domaine concerné.

51 En second lieu, selon les requérants, le Tribunal a commis une erreur de droit en considérant, au point 113 de l’arrêt attaqué, que la différence quant à l’objet de la note que les candidats étaient tenus de rédiger lors de chacune des trois sessions des épreuves écrites constituait un élément suffisant afin de garantir le respect du principe d’égalité de traitement. En effet, seul un niveau homogène de difficulté des épreuves soumises aux candidats lors de sessions différentes serait de nature à limiter le risque de violation de ce principe.

52 Selon la Commission, les requérants, loin d’exposer en quoi, à la lumière de la constatation des faits figurant aux points 113 et 114 de l’arrêt attaqué, le Tribunal aurait commis une erreur de droit dans l’interprétation du principe d’égalité de traitement, tendent, en réalité, à remettre en cause l’appréciation des faits effectuée par cette juridiction. Cela ressortirait, notamment, des passages du pourvoi dans lesquels serait réaffirmée l’existence d’un « avantage significatif » prétendument conféré aux candidats ayant participé à plusieurs sessions des épreuves écrites, alors même que le Tribunal a conclu à l’absence d’un tel avantage. Par conséquent, cette partie du pourvoi devrait être rejetée comme étant irrecevable.

53 Sur le fond, la Commission fait observer que, s’agissant du prétendu caractère « moins complexe » des deuxième et troisième sessions des épreuves écrites, les requérants se bornent à faire valoir que le scénario des épreuves était, en tout état de cause, connu et que le Tribunal a, à tort, considéré, au point 114 de l’arrêt attaqué, que le temps dont disposaient les candidats pour se préparer à ce scénario était dépourvu de pertinence.

54 Toutefois, la Commission relève que les requérants ont omis d’exposer en quoi le point 113 de l’arrêt attaqué, dans le cadre duquel le Tribunal s’est prononcé à l’égard des deux épreuves écrites que constituaient l’étude de cas et l’épreuve écrite dans le domaine concerné, serait entaché d’une erreur de droit.

– Appréciation de la Cour

55 S’agissant de l’exception d’irrecevabilité soulevée par la Commission, telle que résumée au point 52 du présent arrêt, force est de constater que les requérants ne remettent pas en cause l’appréciation des faits effectuée par le Tribunal, laquelle ne constitue pas, sous réserve du cas de leur dénaturation, une question de droit soumise, comme telle, au contrôle de la Cour (voir, en ce sens, arrêt du 3 juillet 2025, Glonatech/REA, C-114/24 P, EU:C:2025:520, point 107 et jurisprudence citée). En effet, en faisant valoir que le Tribunal a considéré, à tort, que le temps de préparation supplémentaire dont ont disposé les candidats ayant participé à l’épreuve qui s’est déroulée lors de la deuxième session des épreuves écrites le 10 novembre 2021 n’était pas susceptible d’entraîner une violation du principe d’égalité de traitement, au seul motif que le jury n’avait pas entendu limiter ce temps de préparation, les requérants invoquent, en réalité, une erreur de droit entachant le raisonnement du Tribunal. Il s’ensuit que cette exception d’irrecevabilité doit être rejetée.

56 Sur le fond, il convient de relever que, au point 114 de l’arrêt attaqué, le Tribunal a jugé que la circonstance selon laquelle les candidats ayant participé, notamment, à la deuxième session des épreuves écrites avaient disposé d’un laps de temps plus important pour prendre connaissance du scénario de l’épreuve écrite dans le domaine concerné ne permettait pas de considérer qu’ils ont bénéficié d’un avantage significatif par rapport aux candidats ayant uniquement pris part à la première session, dès lors qu’aucun élément ne permettait de supposer que le jury ait entendu limiter le temps dont disposaient les candidats afin de se familiariser avec ce scénario.

57 Or, en excluant l’existence d’un avantage significatif au profit des candidats ayant participé à la deuxième session des épreuves écrites et, partant, en constatant implicitement le même degré de difficulté de ces épreuves pour tous les candidats, au seul motif que le jury n’avait pas eu l’intention de limiter le temps dont disposaient les candidats du concours général en cause afin de se familiariser avec ledit scénario, le Tribunal a commis une erreur de droit.

58 En effet, il lui appartenait d’examiner si le temps supplémentaire dont avaient bénéficié les candidats ayant pris part à la deuxième session pour prendre connaissance du scénario de l’épreuve écrite était, objectivement, c’est-à-dire indépendamment de l’intention du jury de concours, de nature à leur conférer un avantage significatif par rapport aux candidats n’ayant participé qu’à la première session de ces épreuves, avec pour corollaire un risque d’inégalité des chances allant au-delà de celui inhérent, en principe, à tout concours.

59 Ainsi que le Tribunal l’a jugé au point 111 de l’arrêt attaqué, sans que cela soit remis en cause par les requérants, seuls les candidats n’ayant pas participé à la deuxième session des épreuves écrites disposent d’un intérêt à soutenir que cette session présentait un degré de difficulté inférieur à celui de la première session. Ce constat est, au demeurant, corroboré par le point précédent du présent arrêt. Partant, seuls ces candidats peuvent être admis à invoquer une erreur de droit commise par le Tribunal à cet égard.

60 Si les candidats concernés sont, en l’espèce, UN, US et UT, il importe, cependant, de rappeler que, ainsi qu’il est mentionné au point 12 du présent arrêt, UT n’a pas été inscrit sur la liste de réserve du grade AD 7 au motif qu’il n’avait pas obtenu les notes minimales requises lors des épreuves du centre d’évaluation.

61 Dès lors que l’inégalité de traitement alléguée en l’espèce porte sur un avantage indûment conféré aux candidats ayant obtenu les notes minimales requises et ayant participé à la deuxième session des épreuves écrites, par rapport à ceux ayant également obtenu de telles notes, mais n’ayant pas pris part à cette deuxième session, cette inégalité ne saurait avoir un effet défavorable à l’égard d’un candidat tel que UT, lequel n’a pas obtenu ces notes minimales.

62 Il s’ensuit que UT ne justifie pas d’un intérêt personnel à invoquer une telle inégalité de traitement.

63 Par conséquent, sans qu’il soit besoin d’examiner le grief tiré de la prétendue erreur de droit commise par le Tribunal au point 113 de l’arrêt attaqué, il y a lieu d’accueillir la deuxième branche du premier moyen du pourvoi en ce qui concerne UN et US, et de la rejeter en ce qui concerne les autres requérants.

Sur la troisième branche du premier moyen

– Argumentation des parties

64 Par la troisième branche de leur premier moyen, visant les points 119 à 122 de l’arrêt attaqué, les requérants, en particulier UT, soutiennent que leur grief soulevé en première instance selon lequel l’organisation d’une troisième session d’épreuves écrites a violé le principe d’égalité de traitement aurait dû être apprécié à la lumière de la jurisprudence issue de l’arrêt du 27 octobre 1976, Prais/Conseil (130/75, EU:C:1976:142), qui exige que les épreuves se déroulent le même jour, afin de garantir que les candidats soient placés dans les mêmes conditions. Or, tel n’aurait pas été le cas en l’espèce, puisque certains candidats ont participé aux épreuves écrites à trois reprises, et ce à des dates différentes.

65 Contrairement à ce qu’aurait retenu le Tribunal au point 120 de l’arrêt attaqué, les requérants estiment que l’ensemble des candidats, bien que pour des raisons distinctes, auraient été désavantagés par une telle modalité d’organisation du concours.

66 À cet égard, la Commission observe, d’une part, que la jurisprudence issue de l’arrêt du 27 octobre 1976, Prais/Conseil (130/75, EU:C:1976:142), n’est pas pertinente en l’espèce, étant donné que l’affaire à l’origine de cet arrêt concernait la situation d’une candidate ayant demandé à participer aux épreuves écrites à une date différente pour des raisons personnelles. En revanche, en l’espèce, le jury aurait été tenu de remédier à des problèmes techniques rencontrés par un grand nombre de candidats lors des épreuves écrites.

67 D’autre part, elle soutient que, en l’absence de toute précision à l’égard de ceux des requérants qui auraient pu être désavantagés par l’organisation de la troisième session des épreuves écrites, qui n’aurait été fournie ni dans le cadre du recours en première instance ni dans le cadre du présent pourvoi, l’argument des requérants selon lequel certains candidats auraient bénéficié d’un avantage significatif serait manifestement dépourvu de fondement.

– Appréciation de la Cour

68 Aux points 119 à 122 de l’arrêt attaqué, le Tribunal a examiné et rejeté le grief des requérants en constatant que le fait que, à la différence des candidats ayant participé à la deuxième session des épreuves écrites, ceux ayant pris part à la troisième session de ces épreuves ont eu la possibilité de participer soit à l’étude de cas, soit à l’épreuve écrite dans le domaine concerné, soit à ces deux épreuves n’est pas contraire au principe d’égalité de traitement.

69 S’il ne ressort pas de ces points de l’arrêt attaqué que les requérants ont fait valoir en première instance que, en organisant les épreuves écrites à trois reprises au lieu de les organiser le même jour, le jury avait méconnu le principe d’égalité de traitement, il n’en demeure pas moins que la Commission n’a pas excipé de l’irrecevabilité de la troisième branche du premier moyen.

70 Ainsi, en l’espèce et en tout état de cause, il convient d’examiner cette troisième branche au fond.

71 À cet égard, s’il est vrai que, selon la jurisprudence issue de l’arrêt du 27 octobre 1976, Prais/Conseil (130/75, EU:C:1976:142, points 13 et 14), le principe d’égalité de traitement implique que les épreuves se déroulent dans les mêmes conditions pour l’ensemble des candidats et que, s’agissant des épreuves écrites, la nécessité de comparer les prestations des candidats impose que ces épreuves soient les mêmes pour tous, la circonstance que la date des épreuves écrites soit la même pour tous les candidats revêtant une importance particulière, il n’en demeure pas moins que, lorsque des irrégularités ou des erreurs affectent le déroulement d’un concours, elles sont susceptibles de justifier la répétition des épreuves (voir, en ce sens, arrêt du 14 juillet 1983, Detti/Cour de justice, 144/82, EU:C:1983:211, point 29).

72 Ainsi que l’a relevé, en substance, M. l’avocat général au point 85 de ses conclusions, bien que la tenue simultanée des épreuves écrites constitue, en règle générale, le moyen le plus approprié afin de garantir des conditions uniformes pour l’ensemble des candidats, celle-ci ne saurait pour autant être érigée en règle absolue. En effet, une interprétation contraire ferait obstacle à l’adoption de mesures correctrices à la suite de perturbations, notamment d’ordre technique, et à l’organisation de nouvelles épreuves au bénéfice de certains candidats, lorsque la décision d’exclure ces candidats d’un concours a été annulée par les juridictions de l’Union.

73 Par conséquent, contrairement à ce qu’affirment les requérants, le principe d’égalité de traitement n’exige pas que toutes les épreuves écrites se déroulent nécessairement le même jour. Ainsi qu’il a déjà été relevé au point 31 du présent arrêt, les institutions de l’Union disposent d’un large pouvoir d’appréciation afin de mettre en place des mesures visant à remédier à des irrégularités ayant affecté le déroulement d’un concours, telles que de nouvelles épreuves écrites au bénéfice des candidats ayant été affectés par des irrégularités lors des épreuves écrites initiales, pour autant que soient garantis le respect du principe d’égalité de traitement entre tous les candidats et l’objectivité du choix opéré par le jury entre ceux-ci.

74 Or, en l’absence de tout argument spécifique visant à démontrer que l’ensemble des requérants auraient été désavantagés par l’organisation de la troisième session des épreuves écrites, il n’apparaît pas que le Tribunal ait commis une erreur de droit en considérant, au point 119 de l’arrêt attaqué, que la circonstance selon laquelle les candidats ayant participé à cette troisième session ont eu la possibilité de prendre part soit à l’étude de cas, soit à l’épreuve écrite dans le domaine concerné, soit à ces deux épreuves n’était pas contraire au principe d’égalité de traitement.

75 Il s’ensuit que la troisième branche de ce moyen doit être écartée comme étant non fondée.

Sur le second moyen

Argumentation des parties

76 Par leur second moyen, visant les points 149, 206 et 207 de l’arrêt attaqué, les requérants soutiennent que le Tribunal a commis une erreur de droit en déclarant irrecevable, au point 207 de l’arrêt attaqué, leur moyen tiré de la violation de l’avis de concours, dès lors qu’il aurait appliqué avec une rigueur excessive le principe de concordance entre la réclamation administrative et le recours contentieux, méconnaissant ainsi le droit à une protection juridictionnelle effective consacré à l’article 47 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne.

77 À cet égard, ils soulignent que, selon la jurisprudence de la Cour, le principe de concordance se justifie par la finalité même de la procédure précontentieuse, laquelle vise à permettre à l’administration de réexaminer sa décision et, le cas échéant, de parvenir à un règlement extrajudiciaire des différends opposant les fonctionnaires ou agents à l’administration, qualifié de « règlement amiable ». À cette fin, il serait certes requis que l’AIPN soit en mesure de connaître, d’une manière suffisamment précise, les griefs formulés par l’intéressé à l’égard de la décision contestée. Toutefois, il n’en demeurerait pas moins que le règlement amiable serait largement facilité par l’absence d’un formalisme juridique excessif dans le cadre de cette procédure précontentieuse.

78 Selon les requérants, il conviendrait de retenir, de manière générale, l’approche dégagée aux points 109 à 122 de l’arrêt du 1er juillet 2010, Mandt/Parlement (F-45/07, EU:F:2010:72), selon laquelle le principe de concordance entre la réclamation administrative et le recours contentieux ne saurait trouver à s’appliquer que dans l’hypothèse où le recours contentieux modifie soit l’objet de la réclamation, soit sa cause, cette notion de « cause » devant être entendue dans une acception large.

79 En l’espèce, l’erreur de droit commise par le Tribunal dans le cadre de l’interprétation du principe de concordance serait d’autant plus manifeste que la Commission n’aurait pas répondu à la réclamation que les requérants ont introduite auprès de cette institution.

80 La Commission soutient que les requérants contestent, en substance, l’obligation même d’exposer des griefs dans le cadre d’une réclamation administrative au titre de l’article 90 du statut. Or, selon elle, les candidats à une procédure de concours constituant des personnes « visée[s] au [...] statut », au sens des articles 90 et 91 de celui-ci, ils étaient tenus d’indiquer, dans le cadre de cette réclamation, les griefs qui ont ultérieurement fait l’objet du cinquième moyen soulevé devant le Tribunal, sous peine d’irrecevabilité de ce moyen.

81 En ce qui concerne la référence à l’arrêt du 1er juillet 2010, Mandt/Parlement, (F-45/07, EU:F:2010:72), la Commission avance que le Tribunal, statuant en tant que juridiction de deuxième instance en matière de fonction publique, a déjà écarté l’interprétation retenue par le Tribunal de la fonction publique, après l’avoir considérée comme étant erronée aux points 70 à 80 de l’arrêt du 25 octobre 2013, Commission/Moschonaki (T-476/11 P, EU:T:2013:557).

82 S’agissant du droit à une protection juridictionnelle effective, la Commission estime qu’il ne saurait justifier une interprétation extensive des conditions de recevabilité prévues par d’autres dispositions du droit primaire, telles que, en l’espèce, l’article 270 TFUE. Elle ajoute que l’argument des requérants selon lequel, en cas de rejet implicite d’une réclamation, celle-ci ne pourrait valablement remplir sa fonction de favoriser un règlement amiable du litige entre l’agent et l’institution est également dénué de fondement. En effet, la nature de la réponse à la réclamation, qu’elle soit explicite ou implicite, serait dépourvue de toute pertinence quant à la possibilité de parvenir à un tel règlement amiable.

83 En tout état de cause, la Commission considère que le Tribunal n’a pas « élargi de manière arbitraire l’interprétation de la règle de concordance pour y inclure également le cas de l’absence de réponse à la réclamation, avant l’introduction du recours contentieux », dès lors qu’il serait constant que l’AIPN a, en l’espèce, répondu de manière explicite à la réclamation des requérants.

Appréciation de la Cour

84 Il convient de rappeler que, lorsque l’intéressé présente une réclamation au titre de l’article 90, paragraphe 2, du statut, au lieu de saisir directement le Tribunal, il est tenu de respecter l’ensemble des contraintes procédurales qui s’attachent à la voie de la réclamation préalable qu’il a choisie (voir, en ce sens, arrêt du 7 mai 1986, Rihoux e.a./Commission, 52/85, EU:C:1986:199, point 11).

85 La procédure précontentieuse ayant, en vertu de l’article 91 du statut, pour finalité de permettre un règlement amiable des différends opposant les fonctionnaires ou agents à l’administration, cet objectif ne peut être atteint qu’à la condition que l’AIPN soit en mesure de connaître, de manière suffisamment précise, les griefs formulés par les intéressés à l’égard de la décision contestée (voir, en ce sens, arrêts du 7 mai 1986, Rihoux e.a./Commission 52/85, EU:C:1986:199, point 12, ainsi que du 14 mars 1989, Del Amo Martinez/Parlement, 133/88, EU:C:1989:124, point 9).

86 Dans les recours introduits sur le fondement de l’article 270 TFUE, les conclusions présentées devant le Tribunal ne peuvent avoir que le même objet que celles exposées dans la réclamation et ne contenir que des chefs de contestation reposant sur la même cause que ceux invoqués dans la réclamation. Ces chefs de contestation peuvent, devant la Cour, être développés par la présentation de moyens et d’arguments ne figurant pas nécessairement dans la réclamation, mais s’y rattachant étroitement (voir, en ce sens, arrêt du 14 mars 1989, Del Amo Martinez/Parlement, 133/88, EU:C:1989:124, point 10 et jurisprudence citée).

87 À défaut d’exiger une concordance entre la réclamation administrative et le recours contentieux, les intéressés ayant introduit une réclamation au titre de l’article 90, paragraphe 2, du statut contre une décision d’un jury de concours se verraient conférer des droits supérieurs à ceux qui sont reconnus aux intéressés ayant choisi de saisir directement le Tribunal d’un recours contre une telle décision (voir, en ce sens, arrêt du 7 mai 1986, Rihoux e.a./Commission, 52/85, EU:C:1986:199, point 11).

88 Certes, en raison du caractère informel de la procédure précontentieuse et du fait que les intéressés agissent, en général, à ce stade, sans le concours d’un avocat, l’administration ne doit pas interpréter les réclamations de façon restrictive, mais est tenue, au contraire, de les examiner dans un esprit d’ouverture (voir, en ce sens, arrêt du 14 mars 1989, Del Amo Martinez/Parlement, 133/88, EU:C:1989:124, point 11).

89 Toutefois, au point 206 de l’arrêt attaqué, le Tribunal a constaté que la réclamation des requérants ne comportait aucun grief relatif à l’évaluation de la capacité des candidats à gérer une équipe pour les candidats aux fonctions d’administrateur de grade AD 7 ni aucun grief présentant un lien étroit avec le cinquième moyen soulevé devant le Tribunal, tiré de ce que cette capacité aurait été, à tort, évaluée pour les candidats aux fonctions d’administrateur de grade AD 7.

90 Partant, il n’a commis aucune erreur de droit lorsqu’il a jugé, au point 207 de l’arrêt attaqué, que le principe de concordance entre la réclamation administrative et le recours contentieux ne saurait être regardé comme étant respecté.

91 Le fait que la Commission n’a pas répondu à la réclamation introduite par les requérants auprès de cette institution est, ainsi que l’a relevé M. l’avocat général au point 103 de ses conclusions, dénué de pertinence à cet égard et ne saurait modifier la teneur du principe de concordance, une telle absence de réponse valant décision implicite de rejet.

92 Dès lors, il y a lieu de rejeter le second moyen comme étant non fondé.

93 Eu égard à l’ensemble des considérations qui précèdent, le pourvoi doit être accueilli à l’égard de l’ensemble des requérants, à l’exception de UT, et l’arrêt attaqué doit, partant, être annulé en ce qui concerne UJ, UL, UN, UP, US, UU et UV.

Sur le recours devant le Tribunal

94 Conformément à l’article 61, premier alinéa, du statut de la Cour de justice de l’Union européenne, lorsque le pourvoi est fondé et que la Cour annule la décision du Tribunal, elle peut soit statuer elle-même définitivement sur le litige, lorsque celui-ci est en état d’être jugé, soit renvoyer l’affaire devant le Tribunal pour que ce dernier statue.

95 En l’espèce, au vu notamment de la circonstance que le recours des requérants devant le Tribunal est fondé sur des moyens ayant fait l’objet d’un débat contradictoire devant ce dernier et dont l’examen ne nécessite d’adopter aucune mesure supplémentaire d’organisation de la procédure ou d’instruction du dossier, la Cour estime que ce recours, tel qu’introduit par UJ, UL, UN, UP, US, UU et UV, est en état d’être jugé et qu’il y a lieu de statuer définitivement sur celui-ci (voir, par analogie, arrêt du 12 mars 2026, VP/Cedefop, C‑209/24 P, EU:C:2026:186, point 71).

96 En ce qui concerne UJ, UL, UP, UU et UV, il découle des motifs exposés dans le cadre de la première branche du premier moyen et, notamment, des points 36, 42 et 45 du présent arrêt que le premier argument du deuxième moyen soulevé devant le Tribunal, tiré de la violation du principe d’égalité de traitement du fait que la possibilité de participer à nouveau aux épreuves écrites a été offerte à l’ensemble des candidats, doit être accueilli.

97 Par conséquent, les décisions du 5 mai 2022 par lesquelles le jury du concours général EPSO/AD/380/19 a décidé de ne pas inscrire les noms de ces requérants sur la liste de réserve pour le recrutement d’administrateurs de grade AD 7 dans le domaine de la coopération internationale et de la gestion de l’aide aux pays tiers, lesquelles faisaient l’objet de leur recours en annulation devant le Tribunal, doivent être annulées. Il en va de même des décisions du 15 juillet 2022 par lesquelles ce même jury a rejeté les demandes de UJ et de UL de réexaminer les décisions du 5 mai 2022 de ne pas inscrire leurs noms sur cette liste de réserve.

98 S’agissant de UN et de US, ainsi qu’il est précisé au point 7 du présent arrêt, les épreuves écrites du centre d’évaluation, y compris l’épreuve écrite dans le domaine concerné, se sont tenues, une première fois, le 9 septembre 2021. La deuxième session des épreuves écrites a eu lieu, comme mentionné au point 9 du présent arrêt, le 10 novembre 2021, à laquelle UN et US ont choisi de ne pas participer. Il ressort du point 113 de l’arrêt attaqué que, lors de cette deuxième session, l’épreuve écrite dans le domaine concerné reposait, en partie, sur le même scénario que celui publié sur le site Internet de l’EPSO préalablement à la première session des épreuves écrites, de sorte que ce scénario était connu à l’avance des candidats.

99 Il s’ensuit que les candidats ayant participé à la deuxième session des épreuves écrites ont bénéficié, par rapport à UN et à US, d’un laps de temps supplémentaire de plus de deux mois pour se familiariser avec le même scénario publié à l’avance.

100 Ce temps de préparation significativement plus long pour le même scénario, associé nécessairement à une certaine connaissance, acquise lors de la première session, des modalités selon lesquelles ce scénario était susceptible d’être exploité, est de nature à engendrer, ainsi que l’a relevé, en substance, M. l’avocat général au point 67 de ses conclusions, une différence significative en ce qui concerne les conditions dans lesquelles, notamment, les candidats de chacune des deux premières sessions des épreuves écrites ont participé à l’épreuve écrite dans le domaine concerné.

101 Or, une telle différence de traitement, en premier lieu, méconnaît le principe d’égalité de traitement qui, ainsi qu’il a été rappelé au point 32 du présent arrêt, exige que l’ensemble des candidats à un concours soient soumis à des épreuves équivalentes selon des modalités équivalentes, de sorte que ces épreuves présentent sensiblement le même degré de difficulté pour tous les candidats, et, en second lieu, est de nature à vicier le résultat du concours, dès lors que le jury de ce concours n’a adopté aucune mesure visant à limiter le risque d’inégalité des chances entre, d’une part, les candidats n’ayant participé qu’à la première session de l’épreuve écrite dans le domaine concerné et, d’autre part, ceux ayant également pris part à la deuxième session de cette épreuve.

102 À cet égard, il convient de relever, à l’instar de M. l’avocat général au point 68 de ses conclusions, qu’une solution alternative moins restrictive, susceptible de remédier à cette situation, aurait pu consister, notamment, à publier un nouveau scénario présentant un degré de difficulté équivalent.

103 Par ailleurs, il importe de rappeler que la Cour a jugé que, lorsqu’il n’y a pas équivalence parfaite entre des épreuves de concours organisées sur deux sites différents, il n’est pas exclu que le jury puisse recourir à un mécanisme de compensation par l’application d’un facteur correcteur lors de l’évaluation des épreuves, pour autant que cette compensation repose sur des critères objectifs propres à rétablir l’égalité entre les candidats (voir, en ce sens, arrêt du 14 juillet 1983, Detti/Cour de justice, 144/82, EU:C:1983:211, points 29 et 30).

104 Il s’ensuit que les décisions du 5 mai 2022, par lesquelles le jury du concours général EPSO/AD/380/19 a décidé de pas inscrire les noms de UN et de US sur la liste de réserve pour le recrutement d’administrateurs de grade AD 7 dans le domaine de la coopération internationale et de la gestion de l’aide aux pays tiers, sont entachées d’illégalité.

105 En conséquence, il y a lieu de déclarer fondé le deuxième argument soulevé par les requérants devant le Tribunal à l’appui de leur deuxième moyen et d’annuler les décisions du 5 mai 2022, conformément aux conclusions présentées en ce sens devant le Tribunal.

Sur les dépens

106 En vertu de l’article 184, paragraphe 2, du règlement de procédure de la Cour, lorsque le pourvoi est fondé et que la Cour juge elle-même définitivement le litige, elle statue sur les dépens.

107 Aux termes de l’article 138, paragraphe 1, de ce règlement de procédure, rendu applicable à la procédure de pourvoi en vertu de l’article184, paragraphe 1, de celui-ci, toute partie qui succombe est condamnée aux dépens, s’il est conclu en ce sens.

108 En l’espèce, la Commission ayant succombé, en ce qui concerne UJ, UL, UN, UP, US, UU et UV, dans le cadre tant de la procédure de première instance que de la procédure de pourvoi et ces requérants ayant conclu à la condamnation de celle-ci aux dépens, il y a lieu de condamner la Commission à supporter, outre ses propres dépens, la totalité de ceux exposés par UJ, UL, UN, UP, US, UU et UV, afférents à ces deux procédures.

109 UT ayant succombé et la Commission ayant conclu à la condamnation de celui-ci aux dépens, il y a lieu de condamner UT à supporter, outre ses propres dépens, ceux exposés par la Commission dans le cadre tant de la procédure de première instance que de la procédure de pourvoi.

Par ces motifs, la Cour (huitième chambre) déclare et arrête :

1) L’arrêt du Tribunal de l’Union européenne du 10 juillet 2024, UJ e.a/Commission (T‑120/23, EU:T:2024:464), est annulé en ce qui concerne UJ, UL, UN, UP, US, UU et UV.

2) Le pourvoi est rejeté en ce qui concerne UT.

3) Les décisions du 5 mai 2022, par lesquelles le jury du concours général EPSO/AD/380/19 a décidé de ne pas inscrire les noms de UJ, de UL, de UN, de UP, de US, de UU et de UV sur la liste de réserve pour le recrutement d’administrateurs de grade AD 7 dans le domaine de la coopération internationale et de la gestion de l’aide aux pays tiers, ainsi que les décisions du 15 juillet 2022, par lesquelles ce même jury a rejeté les demandes de UJ et de UL de réexaminer les décisions du 5 mai 2022 de ne pas inscrire leurs noms sur cette liste, sont annulées.

4) La Commission européenne supporte, outre ses propres dépens, la totalité de ceux exposés par UJ, UL, UN, UP, US, UU et UV dans le cadre tant de la procédure de première instance que de la procédure de pourvoi.

5) UT supporte, outre ses propres dépens, ceux exposés par la Commission européenne dans le cadre tant de la procédure de première instance que de la procédure de pourvoi.

Signatures


* Langue de procédure : l’italien.

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