| CELEX | 62024CJ0629_RES |
| Type | Jurisprudence CJUE |
| Date | jeudi 4 juin 2026 |
Affaire C‑629/24
MH
contre
Costa Crociere SpA e.a
[demande de décision préjudicielle, introduite par la Cour de cassation (France)]
Arrêt de la Cour (cinquième chambre) du 4 juin 2026
« Renvoi préjudiciel – Transport – Règlement (CE) no 392/2009 – Responsabilité des transporteurs de passagers par mer en cas d’accident – Article 2 – Champ d’application – Article 3 – Responsabilité et assurance – Article 7 – Information des passagers – Convention d’Athènes relative au transport par mer de passagers et de leurs bagages – Article 3 – Responsabilité du transporteur en cas de mort ou de lésions corporelles d’un passager – Articles 6 et 7 – Limites de responsabilité – Directive 90/314/CEE – Voyages, vacances et circuits à forfait – Article 5 – Responsabilité de l’organisateur de voyages concernant la bonne exécution du forfait – Croisière – Dommage corporel subi par un voyageur à bord du navire – Limites au dédommagement conformément aux conventions internationales »
Rapprochement des législations – Voyages, vacances et circuits à forfait – Directive 90/314 – Responsabilité de l’organisateur et/ou du détaillant à l’égard du consommateur – Obligation de réparer les dommages résultant de l’inexécution ou de la mauvaise exécution du contrat – Croisière présentant les caractéristiques d’un forfait touristique – Régime de responsabilité applicable – Dommage corporel subi au cours du transport par mer, au sens de la convention d’Athènes, par un passager à bord d’un navire de croisière – Régime de responsabilité du transporteur maritime, en vertu du règlement no 392/2009 – Application
[Règlements du Parlement européen et du Conseil no 392/2009, art. 1er, § 1, 2, 3, § 1, 7 et 12, 2e al., et annexe I, et no 1177/2010, art. 3, t) ; directive du Conseil 90/314, 19e considérant et art. 1er, 2, point 1, et 5, § 1 et 2, 1er et 3e al.]
(voir points 44-49, 55-61, 63-70 et disp.)
Résumé
Saisie à titre préjudiciel par la Cour de cassation (France), la Cour décide que, lorsqu’une croisière présente les caractéristiques d’un forfait touristique, les actions en responsabilité relatives à un dommage corporel causé au cours du transport par mer à un passager se trouvant à bord du navire de croisière sont régies par le régime de responsabilité du transporteur maritime qui effectue la croisière avec ce navire, prévu par le règlement no 392/2009 (1).
En l’occurrence, des passagers ayant subi des dommages corporels au cours du transport à bord d’un navire de croisière ont intenté une action contre le transporteur maritime, opérateur du navire, ainsi que contre l’agence de voyages. Cette croisière présentait les caractéristiques d’un forfait touristique. Dans ce contexte, la juridiction de renvoi demande à la Cour si de tels dommages relèvent du régime de responsabilité des voyages à forfait issu de la directive 90/314 (2), invoqué par ces passagers, ou de celui du transport maritime régi par le règlement no 392/2009, invoqué par le transporteur maritime, opérateur du navire.
Appréciation de la Cour
Tout d’abord, la Cour relève que la directive 90/314 instaure un régime contraignant de responsabilité contractuelle des organisateurs de voyages à forfait à l’égard des consommateurs ayant conclu avec ceux-ci un contrat portant sur de tels voyages. À ce titre, les États membres doivent prendre les mesures nécessaires pour que l’organisateur et/ou le détaillant soient responsables à l’égard du consommateur de la bonne exécution des obligations résultant de ce contrat, que celles-ci soient à exécuter par eux-mêmes ou par d’autres prestataires de services, ainsi que des dommages résultant de l’inexécution ou de la mauvaise exécution du contrat. Cette responsabilité n’est toutefois pas illimitée. En effet, l’organisateur et/ou le détaillant ne sont pas responsables de manquements dans l’exécution du contrat si ceux-ci sont imputables au consommateur ou sont imputables à un tiers étranger et revêtent un caractère imprévisible ou insurmontable ou, encore, sont dus à un cas de force majeure, voire à un événement imprévisible ou insurmontable pour l’organisateur. En outre, les États membres peuvent prévoir que le dédommagement du consommateur soit limité conformément aux conventions internationales régissant ces prestations, notamment la convention d’Athènes (3).
Alors que la directive 90/314 ne prévoit qu’une possibilité pour les États membres de limiter ce dédommagement, les limites de responsabilité du transporteur prévues par la convention d’Athènes lient, quant à elles, tous les États membres depuis le 31 décembre 2012. En effet, à compter de cette date, le règlement no 392/2009, établit un régime de responsabilité de l’Union applicable au transport de passagers par mer fondé sur les dispositions pertinentes de la convention d’Athènes, figurant en annexe de ce règlement.
Or, dès lors qu’un transporteur maritime est le prestataire de services d’un organisateur d’une croisière vendue comme voyage à forfait, cet organisateur, responsable envers le consommateur en cas d’inexécution ou de mauvaise exécution du transport par mer de ce transporteur, doit également pouvoir bénéficier des limitations au dédommagement dont bénéficie le transporteur, prévues par la convention d’Athènes lorsqu’elle s’applique à un tel transport. Partant, le 31 décembre 2012 au plus tard, les États membres ne disposent plus de la possibilité de limiter la responsabilité de l’organisateur pour le transport par mer de passagers, mais sont tenus de limiter la responsabilité de l’organisateur en conformité avec cette convention. Ainsi, les limites de la responsabilité du transporteur maritime s’appliquent au dédommagement d’un consommateur par l’organisateur, à la suite de dommages dus à l’inexécution ou à la mauvaise exécution de prestations au cours d’une croisière qui a été vendue à ce consommateur sous la forme d’un forfait.
Ensuite, la Cour observe que le régime de responsabilité du transporteur prévu par la convention d’Athènes porte uniquement sur le préjudice, en cas de décès d’un passager ou de lésions corporelles subies par celui-ci, causé par des événements survenus au cours du transport. Ce dernier correspond à la période pendant laquelle le passager se trouve à bord du navire ou en cours d’embarquement ou de débarquement, ou est transporté par eau du quai au navire ou inversement, si le prix du transport est compris dans celui du billet ou si le bâtiment utilisé pour ce transport accessoire a été mis à la disposition du passager par le transporteur, à l’exclusion de la période pendant laquelle le passager se trouve dans une gare maritime, ou sur un quai ou une autre installation portuaire.
Dès lors, toute demande de dédommagement en cas de décès d’un passager ou de lésions corporelles subies par celui-ci au cours de son transport par mer relève du régime de responsabilité prévu par la convention d’Athènes. Pour toutes les inexécutions ou mauvaises exécutions des prestations à bord d’un navire de croisière, au cours du transport, ayant causé la mort ou les lésions corporelles d’un passager, l’organisateur peut invoquer à l’égard d’un passager les limitations de responsabilité prévues par la convention d’Athènes, que le transporteur peut faire valoir, sans qu’il faille faire de distinction entre les services relevant du transport, de l’hébergement à bord ou des loisirs à bord. Ces limitations vont, en cas de mort ou de lésions corporelles, au-delà de celles prévues par la directive 90/314.
Enfin, la Cour précise que le consommateur qui a acheté un forfait pour effectuer une croisière peut intenter une action en responsabilité sur le fondement du règlement no 392/2009 et de la convention d’Athènes, soit contre le transporteur ayant effectivement assuré son transport par mer, soit contre l’organisateur de la croisière. Lorsque le passager participant à une croisière intente une action en responsabilité contre l’organisateur du voyage à forfait ainsi qu’une action en responsabilité contre le transporteur maritime, le dédommagement obtenu à la suite de l’une de ces actions devra être pris en considération lors de l’appréciation du dédommagement demandé dans le cadre de l’autre action afin d’éviter que le passager n’obtienne un dédommagement supérieur au préjudice subi.
1 Règlement (CE) no 392/2009 du Parlement européen et du Conseil, du 23 avril 2009, relatif à la responsabilité des transporteurs de passagers par mer en cas d’accident (JO 2009, L 131, p. 24).
2 Directive 90/314/CEE du Conseil, du 13 juin 1990, concernant les voyages, vacances et circuits à forfait (JO 1990, L 158, p. 59).
3 Convention d’Athènes de 1974 relative au transport par mer de passagers et de leurs bagages, signée le 13 décembre 1974, telle que modifiée par le protocole de 2002 (ci-après la « convention d’Athènes »).
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