| CELEX | 62024CJ0760 |
| Type | Jurisprudence CJUE |
| Date | jeudi 11 juin 2026 |
ARRÊT DE LA COUR (sixième chambre)
11 juin 2026 (*)
« Pourvoi – Politique étrangère et de sécurité commune – Mesures restrictives prises au regard de la situation en Syrie – Décision 2013/255/PESC – Règlement (UE) no 36/2012 – Gel des fonds et des ressources économiques – Maintien du nom du requérant sur les listes des personnes, des entités et des organismes concernés – Critère de l’appartenance familiale »
Dans l’affaire C‑760/24 P,
ayant pour objet un pourvoi au titre de l’article 56 du statut de la Cour de justice de l’Union européenne, introduit le 4 novembre 2024,
Ammar Sharif, demeurant à Beyrouth (Liban), représenté par Me G. Karouni, avocat,
partie requérante,
l’autre partie à la procédure étant :
Conseil de l’Union européenne, représenté par Mme S. Lejeune et M. V. Piessevaux, en qualité d’agents,
partie défenderesse en première instance,
LA COUR (sixième chambre),
composée de Mme I. Ziemele, présidente de chambre, M. F. Biltgen (rapporteur), président de la première chambre, faisant fonction de juge de la sixième chambre, et M. A. Kumin, juge,
avocat général : M. N. Emiliou,
greffier : M. A. Calot Escobar,
vu la procédure écrite,
vu la décision prise, l’avocat général entendu, de juger l’affaire sans conclusions,
rend le présent
Arrêt
1 Par son pourvoi, M. Ammar Sharif demande l’annulation de l’arrêt du Tribunal de l’Union européenne du 4 septembre 2024, Sharif/Conseil (T‑503/23, ci‑après l’« arrêt attaqué », EU:T:2024:582), par lequel celui-ci a rejeté son recours tendant, d’une part, sur le fondement de l’article 263 TFUE, à l’annulation de la décision (PESC) 2023/1035 du Conseil, du 25 mai 2023, modifiant la décision 2013/255/PESC concernant des mesures restrictives en raison de la situation en Syrie (JO 2023, L 139, p. 49), et du règlement d’exécution (UE) 2023/1027 du Conseil, du 25 mai 2023, mettant en œuvre le règlement (UE) no 36/2012 concernant des mesures restrictives en raison de la situation en Syrie (JO 2023, L 139, p. 1) (ci-après, pris ensemble, les « actes litigieux »), pour autant que ces actes le concernent, et, d’autre part, sur le fondement de l’article 268 TFUE, à la réparation du préjudice qu’il aurait subi en raison de l’adoption des actes litigieux ainsi que, à titre incident, sur le fondement de l’article 277 TFUE, à faire déclarer inapplicables l’article 27, paragraphe 2, sous b), et paragraphe 3, et l’article 28, paragraphe 2, sous b), et paragraphe 3, de la décision 2013/255/PESC du Conseil, du 31 mai 2013, concernant des mesures restrictives à l’encontre de la Syrie (JO 2013, L 147, p. 14), telle que modifiée par la décision (PESC) 2015/1836 du Conseil, du 12 octobre 2015 (JO 2015, L 266, p. 75) (ci-après la « décision 2013/255 »), ainsi que l’article 15, paragraphe 1 bis, sous b), du règlement (UE) no 36/2012 du Conseil, du 18 janvier 2012, concernant des mesures restrictives en raison de la situation en Syrie et abrogeant le règlement (UE) no 442/2011 (JO 2012, L 16, p. 1), tel que modifié par le règlement (UE) 2015/1828 du Conseil, du 12 octobre 2015 (JO 2015, L 266, p. 1) (ci-après le « règlement no 36/2012 »).
Le cadre juridique
La décision 2013/255
2 Le considérant 6 de la décision 2013/255 énonce :
« Le Conseil [de l’Union européenne] a estimé que, eu égard au fait que le pouvoir en Syrie s’exerce traditionnellement sur une base familiale, le pouvoir du régime syrien actuel est essentiellement entre les mains des membres influents des familles Assad et Makhlouf. Le Conseil estime qu’il devrait prévoir des mesures restrictives pour geler tous les fonds et ressources économiques appartenant à certains membres des familles Assad et Makhlouf, de même que tous les fonds et ressources économiques que ces personnes possèdent, détiennent ou contrôlent, ainsi que pour imposer des restrictions à l’admission de ces personnes, identifiées par le Conseil et dont la liste figure à l’annexe I, tant pour influencer directement le régime par le biais de membres de ces familles afin que celui-ci modifie sa politique de répression, que pour éviter le risque de contournement des mesures restrictives par des membres de ces familles. »
3 L’article 27 de la décision 2013/255 prévoit :
« 1. Les États membres prennent les mesures nécessaires pour empêcher l’entrée ou le passage en transit sur leur territoire des personnes responsables de la répression violente exercée contre la population civile en Syrie, des personnes bénéficiant des politiques menées par le régime ou soutenant celui-ci, et des personnes qui leur sont liées, dont la liste figure à l’annexe I.
2. Conformément aux évaluations et aux constatations faites par le Conseil dans le contexte de la situation en Syrie énoncées aux considérants 5 à 11, les États membres prennent aussi les mesures nécessaires pour empêcher l’entrée ou le passage en transit sur leur territoire :
a) des femmes et hommes d’affaires influents exerçant leurs activités en Syrie ;
b) des membres des familles Assad ou Makhlouf ;
[...]
et des personnes qui leur sont liées, dont la liste figure à l’annexe I.
3. Les personnes relevant de l’une des catégories visées au paragraphe 2 ne sont pas inscrites ou maintenues sur la liste des personnes et entités qui figure à l’annexe I s’il existe des informations suffisantes indiquant qu’elles ne sont pas, ou ne sont plus, liées au régime ou qu’elles n’exercent aucune influence sur celui-ci ou qu’elles ne sont pas associées à un risque réel de contournement.
4. Toutes les décisions d’inscription sur la liste sont prises sur une base individuelle et au cas par cas en tenant compte de la proportionnalité de la mesure.
[...] »
4 L’article 28 de cette décision dispose :
« 1. Sont gelés tous les fonds et ressources économiques appartenant à des responsables de la répression violente exercée contre la population civile en Syrie, à des personnes et entités bénéficiant des politiques menées par le régime ou soutenant celui-ci et à des personnes et entités qui leur sont liées, dont les listes figurent aux annexes I et II, de même que tous les fonds et ressources économiques qu’elles possèdent, détiennent ou contrôlent.
2. Conformément aux évaluations et aux constatations faites par le Conseil dans le contexte de la situation en Syrie énoncées aux considérants 5 à 11, sont gelés tous les fonds et ressources économiques appartenant aux personnes relevant des catégories suivantes, de même que tous les fonds et ressources économiques qu’elles possèdent, détiennent ou contrôlent, à savoir :
a) les femmes et hommes d’affaires influents exerçant leurs activités en Syrie ;
b) les membres des familles Assad ou Makhlouf ;
[...]
et les personnes qui leur sont liées, dont la liste figure à l’annexe I.
3. Les personnes, entités ou organismes relevant de l’une des catégories visées au paragraphe 2 ne sont pas inscrits ou maintenus sur les listes des personnes et entités qui figurent à l’annexe I s’il existe des informations suffisantes indiquant qu’ils ne sont pas, ou ne sont plus, liés au régime ou qu’ils n’exercent aucune influence sur celui-ci ou qu’ils ne sont pas associés à un risque réel de contournement.
4. Toutes les décisions d’inscription sur la liste sont prises sur une base individuelle et au cas par cas en tenant compte de la proportionnalité de la mesure.
[...] »
Le règlement no 36/2012
5 L’article 14 du règlement no 36/2012 dispose :
« 1. Tous les fonds et ressources économiques appartenant aux personnes physiques ou morales, entités et organismes énumérés aux annexes II et II bis, ou possédés, détenus ou contrôlés par ceux-ci, sont gelés.
2. Aucun fonds ni aucune ressource économique n’est mis à la disposition, directement ou indirectement, des personnes physiques ou morales, entités ou organismes énumérés aux annexes II et II bis, ni dégagé à leur profit.
3. La participation, délibérée et en toute connaissance de cause, à des activités ayant pour objet ou pour effet, direct ou indirect, de contourner les mesures visées aux paragraphes 1 et 2 est interdite. »
6 L’article 15 de ce règlement prévoit :
« 1. Les annexes II et II bis sont composées des éléments suivants :
a) l’annexe II comprend une liste des personnes physiques ou morales, entités et organismes qui, conformément à l’article 19, paragraphe 1, de la décision 2011/782/PESC [du Conseil, du 1er décembre 2011, concernant des mesures restrictives à l’encontre de la Syrie et abrogeant la décision 2011/273/PESC (JO 2011, L 319, p. 56)], ont été reconnus par le Conseil comme étant des personnes et entités responsables de la répression violente exercée contre la population civile syrienne, des personnes et entités bénéficiant des politiques menées par le régime ou soutenant celui-ci, ainsi que des personnes physiques ou morales et des entités qui leur sont associées, auxquels l’article 21 du présent règlement ne s’applique pas ;
[...]
1 bis. La liste figurant à l’annexe II comprend également les personnes physiques ou morales, les entités et les organismes qui, conformément à l’article 28, paragraphe 2, de la décision 2013/255/PESC [...], ont été identifiés par le Conseil comme relevant de l’une des catégories suivantes :
a) les femmes et hommes d’affaires influents exerçant leurs activités en Syrie ;
b) les membres des familles Assad ou Makhlouf ;
[...]
et les personnes physiques ou morales et les entités qui leur sont associées et auxquelles l’article 21 du présent règlement ne s’applique pas.
1 ter. Les personnes, les entités et les organismes relevant de l’une des catégories visées au paragraphe 1 bis ne sont pas inscrits ou maintenus sur la liste des personnes, entités et organismes figurant à l’annexe II s’il existe des informations suffisantes qu’ils ne sont pas, ou ne sont plus, associés au régime ou qu’ils n’exercent aucune influence sur celui‑ci ou qu’ils ne sont pas associés à un risque réel de contournement.
[...] »
Les antécédents du litige
7 Les antécédents du litige sont exposés aux points 2 à 24 de l’arrêt attaqué. Pour ce qui concerne l’examen du présent pourvoi, il convient d’en retenir ce qui suit.
8 Le requérant est un homme de nationalité syrienne et le beau-frère de M. Rami Makhlouf.
9 La présente affaire s’inscrit dans le cadre des mesures restrictives adoptées, à compter de l’année 2011, par le Conseil à l’égard de la Syrie et des personnes responsables de la répression violente exercée contre la population civile syrienne.
10 Le 9 mai 2011, le Conseil a adopté la décision 2011/273/PESC, concernant des mesures restrictives à l’encontre de la Syrie (JO 2011, L 121, p. 11), « condamn[ant] fermement la répression violente [...]des manifestations pacifiques en divers endroits dans toute la Syrie ». Il a institué, notamment, des restrictions à l’entrée sur le territoire de l’Union européenne ainsi qu’un gel des fonds et des ressources économiques de certaines personnes et entités « responsables de la répression violente exercée contre la population civile en Syrie ». Considérant qu’une action réglementaire au niveau de l’Union était nécessaire pour assurer la mise en œuvre de la décision 2011/273, le Conseil a également adopté le règlement (UE) no 442/2011, du 9 mai 2011, concernant des mesures restrictives en raison de la situation en Syrie (JO 2011, L 121, p. 1).
11 Les noms des personnes « responsables de la répression violente exercée contre la population civile en Syrie » ainsi que ceux des personnes physiques ou morales et des entités qui leur sont liées ont été mentionnés à l’annexe de la décision 2011/273, et à l’annexe II du règlement no 442/2011.
12 Par la décision 2011/782, le Conseil a estimé que, compte tenu de la gravité de la situation en Syrie, il était nécessaire d’instituer des mesures restrictives supplémentaires. Par souci de clarté, les mesures imposées par la décision 2011/273 et les mesures supplémentaires ont été regroupées dans un instrument juridique unique. La décision 2011/782 prévoit, à son article 18, des restrictions en matière d’admission sur le territoire de l’Union des personnes dont le nom figure à l’annexe I de cette décision 2011/782 et, à son article 19, le gel des fonds et des ressources économiques des personnes et des entités dont le nom figure aux annexes I et II de ladite décision 2011/782.
13 Le règlement no 442/2011 a été remplacé par le règlement no 36/2012.
14 La décision 2011/782 a été remplacée par la décision 2012/739/PESC du Conseil, du 29 novembre 2012, concernant des mesures restrictives à l’encontre de la Syrie et abrogeant la décision 2011/782/PESC (JO 2012, L 330, p. 21), elle-même remplacée par la décision 2013/255.
15 Le 12 octobre 2015, le Conseil a adopté, d’une part, la décision (PESC) 2015/1836, modifiant la décision 2013/255/PESC concernant des mesures restrictives à l’encontre de la Syrie (JO 2015, L 266, p. 75), par laquelle il a notamment introduit un considérant 6 dans la décision 2013/255 ainsi que modifié l’article 27, paragraphe 2, et l’article 28, paragraphe 2, de celle-ci. D’autre part, le même jour, le Conseil a adopté le règlement (UE) 2015/1828, modifiant le règlement (UE) no 36/2012 concernant des mesures restrictives en raison de la situation en Syrie (JO 2015, L 266, p. 1), par lequel il a modifié la rédaction de l’article 15 du règlement no 36/2012 afin d’y intégrer les nouveaux critères d’inscription prévus par la décision 2015/1836.
16 Par la décision d’exécution (PESC) 2016/1897 du Conseil, du 27 octobre 2016, mettant en œuvre la décision 2013/255/PESC concernant des mesures restrictives à l’encontre de la Syrie (JO 2016, L 293, p. 36), et par le règlement d’exécution (UE) 2016/1893 du Conseil, du 27 octobre 2016, mettant en œuvre le règlement (UE) no 36/2012 concernant des mesures restrictives en raison de la situation en Syrie (JO 2016, L 293, p. 25) (ci-après, pris ensemble, les « actes de 2016 »), le nom du requérant a été inséré à la ligne 212 de la liste figurant à l’annexe I, section A (Personnes), de la décision 2013/255 et à la ligne 212 de la liste figurant à l’annexe II, section A (Personnes), du règlement no 36/2012 (ci-après, prises ensemble, les « listes en cause »), en mentionnant les motifs suivants :
« Homme d’affaires syrien influent exerçant ses activités en Syrie, actif dans les secteurs des banques, des assurances et des soins hospitaliers. Partenaire fondateur de Byblos Bank Syria, principal actionnaire de Unlimited Hospitality Ltd et membre du conseil d’administration de Solidarity Alliance Insurance Company et de Al-Aqueelah Takaful Insurance Company. »
17 Le 4 janvier 2017, le requérant a introduit devant le Tribunal un recours visant à obtenir l’annulation des actes de 2016 pour autant que ces actes le concernaient.
18 À la suite de l’adoption, par le Conseil, au cours de l’année 2017 et de l’année 2018, de décisions prorogeant l’application de la décision 2013/255 ainsi que de règlements d’exécution mettant en œuvre le règlement no 36/2012 (ci-après, pris ensemble, les « actes de 2017 et de 2018 »), le requérant a également demandé l’annulation des actes de 2017 et de 2018 par des mémoires en adaptation déposés au greffe du Tribunal dans le cadre de ce recours.
19 Par l’arrêt du 4 avril 2019, Sharif/Conseil (T‑5/17, EU:T:2019:216), le Tribunal a rejeté le recours formé par le requérant contre les actes de 2016, de 2017 et de 2018, pour autant qu’ils le concernaient. Le Tribunal a considéré au point 70 dudit arrêt que l’inscription du nom du requérant sur les listes en cause était justifiée par le fait que le Conseil avait produit un faisceau d’indices concrets, précis et concordants susceptible de mettre en évidence le fait que le requérant était un homme d’affaires influent exerçant ses activités en Syrie. Le requérant n’a pas introduit de pourvoi contre cet arrêt.
20 Le 17 mai 2019, le Conseil a adopté la décision (PESC) 2019/806, modifiant la décision 2013/255/PESC concernant des mesures restrictives à l’encontre de la Syrie (JO 2019, L 132, p. 36), qui a prorogé l’application de la décision 2013/255 jusqu’au 1er juin 2020, et le règlement d’exécution (UE) 2019/798, mettant en œuvre le règlement (UE) no 36/2012 concernant des mesures restrictives en raison de la situation en Syrie (JO 2019, L 132, p. 1) (ci-après, pris ensemble, les « actes de 2019 »). Ces actes ne mentionnent pas le nom du requérant, ni ne modifient les motifs d’inscription de son nom sur les listes en cause.
21 Le 30 juillet 2019, le requérant a introduit devant le Tribunal un recours visant à obtenir l’annulation des actes de 2019 pour autant que ces actes le concernaient.
22 Le 28 mai 2020, le Conseil a adopté la décision (PESC) 2020/719, modifiant la décision 2013/255/PESC concernant des mesures restrictives à l’encontre de la Syrie (JO 2020, L 168, p. 66), qui a prorogé l’application de la décision 2013/255 jusqu’au 1er juin 2021, et le règlement d’exécution (UE) 2020/716, mettant en œuvre le règlement (UE) no 36/2012 concernant des mesures restrictives en raison de la situation en Syrie (JO 2020, L 168, p. 1) (ci-après, pris ensemble, les « actes de 2020 »).
23 En vertu des actes de 2020, les motifs d’inscription du nom du requérant sur les listes en cause tels qu’ils résultaient des actes de 2016, de 2017, de 2018 et de 2019 ont été remplacés par le motif suivant :
« Lié à un membre de la famille Makhlouf (beau-frère de Rami Makhlouf). »
24 Par un mémoire en adaptation déposé au greffe du Tribunal, le requérant a également demandé l’annulation des actes de 2020 pour autant que ces actes le concernaient.
25 Par l’arrêt du 28 avril 2021, Sharif/Conseil (T‑540/19, EU:T:2021:220), le Tribunal a rejeté le recours formé par le requérant contre les actes de 2019 et de 2020, pour autant qu’ils le concernaient. Au point 144 de cet arrêt, le Tribunal a considéré que les motifs d’inscription du nom du requérant sur les listes en cause, tels qu’ils ressortaient des actes de 2019, étaient suffisamment étayés, de sorte que, au regard du critère relatif à la qualité de « femmes et hommes d’affaires influents exerçant leurs activités en Syrie », l’inscription du nom du requérant sur ces listes était bien fondée. Par ailleurs, au point 174 dudit arrêt, le Tribunal a estimé que le motif d’inscription du nom du requérant sur lesdites listes en vertu des actes de 2020 était suffisamment étayé, de sorte que, au regard du critère du lien avec des membres des familles Assad ou Makhlouf (ci-après le « critère de l’appartenance familiale »), l’inscription du nom du requérant sur les mêmes listes était bien fondée. Le requérant n’a pas introduit de pourvoi contre l’arrêt susmentionné.
26 Le 25 mai 2023, le Conseil a adopté les actes litigieux. Le motif d’inscription du nom du requérant est resté inchangé par rapport à celui qui figurait dans les actes de 2020.
Le recours devant le Tribunal et l’arrêt attaqué
27 Par une requête déposée au greffe du Tribunal le 14 août 2023, le requérant a introduit un recours tendant, notamment, à l’annulation des actes litigieux pour autant que ceux-ci le concernent, à faire constater l’illégalité de l’article 27, paragraphe 2, sous b), et paragraphe 3, et de l’article 28, paragraphe 2, sous b), et paragraphe 3, de la décision 2013/255 ainsi que de l’article 15, paragraphe 1 bis, sous b), du règlement no 36/2012 et à faire déclarer ces dispositions inapplicables à son égard, pour autant que celles-ci le concernent.
28 À l’appui de ce recours, le requérant a soulevé, en substance, deux moyens tirés, le premier, de l’exception d’illégalité desdites dispositions en raison d’une violation du principe d’égalité de traitement et, le second, d’une absence de base factuelle suffisante et d’une erreur d’appréciation.
29 Dans le cadre de son examen du premier moyen, le Tribunal a relevé, au point 33 de l’arrêt attaqué, que, compte tenu du large pouvoir d’appréciation du Conseil en ce qui concerne la définition générale et abstraite des critères juridiques et des modalités d’adoption des mesures restrictives, les règles de portée générale qui définissent ces critères et ces modalités, telles que les dispositions des actes litigieux prévoyant le critère de l’appartenance familiale, font l’objet d’un contrôle juridictionnel restreint, se limitant à la vérification du respect des règles de procédure et de motivation, de l’exactitude matérielle des faits, de l’absence d’erreur de droit ainsi que de l’absence d’erreur manifeste dans l’appréciation des faits et de détournement de pouvoir.
30 Aux points 38 à 40 de l’arrêt attaqué, le Tribunal a rejeté l’argument relatif à une prétendue violation, par le Conseil, du principe d’égalité de traitement, dans la mesure où les personnes inscrites sur les listes en cause en raison de leurs liens avec des membres des familles Assad ou Makhlouf seraient dans l’impossibilité théorique et pratique de renverser la présomption de lien avec le régime syrien, en jugeant que l’article 27, paragraphe 3, et l’article 28, paragraphe 3, de la décision 2013/255 s’appliquent à toutes les catégories de personnes mentionnées au paragraphe 2 de ces articles, y compris, dès lors qu’elles y figurent, les personnes inscrites sur ces listes en raison de leurs liens avec des membres des familles Assad ou Makhlouf. Ces dernières personnes peuvent, dès lors, faire usage de cet article 27, paragraphe 3, et de cet article 28, paragraphe 3.
31 Quant à la prétendue impossibilité pratique, pour lesdites personnes, de renverser la présomption de lien avec le régime syrien, d’une part, aux points 41 à 43 de l’arrêt attaqué, le Tribunal a relevé qu’il ne découle pas du libellé de l’article 27, paragraphe 3, et de l’article 28, paragraphe 3, de la décision 2013/255, que les personnes inscrites en raison de leurs liens avec des membres des familles Assad ou Makhlouf doivent apporter la preuve de la dissolution de ce lien familial pour démontrer qu’elles ne sont pas, ou ne sont plus, liées au régime syrien ou qu’elles n’exercent plus aucune influence sur celui-ci ou qu’elles ne sont pas associées à un risque réel de contournement. Si tel était le cas, les membres des familles Assad ou Makhlouf seraient dans l’incapacité totale de bénéficier de l’article 27, paragraphe 3, et de l’article 28, paragraphe 3, de la décision 2013/255, ce qui reviendrait à établir à leur égard une présomption irréfragable de lien avec le régime syrien, et irait à l’encontre de la jurisprudence. D’autre part, la présomption de lien avec ce régime devrait être considérée comme étant renversée si la partie requérante fait valoir des arguments ou des éléments susceptibles de remettre en cause sérieusement la fiabilité des éléments de preuve soumis par le Conseil ou leur appréciation ou si elle produit devant le juge de l’Union un faisceau d’indices de l’inexistence ou de la disparition du lien avec ledit régime.
32 Par ailleurs, le Tribunal a précisé, au point 45 de l’arrêt attaqué, que, en raison de leur comportement individuel, des personnes liées à des membres des familles Assad ou Makhlouf, telles que celles liées par des liens du mariage, peuvent se distancier du régime syrien en apportant des indices qu’elles ne sont plus liées à celui-ci. De tels arguments et de telles preuves, susceptibles de permettre aux personnes inscrites sur les listes en cause de bénéficier de l’article 27, paragraphe 3, et de l’article 28, paragraphe 3, de la décision 2013/255, peuvent être apportés par toutes les personnes entrant dans les différentes catégories mentionnées à cet article 27, paragraphe 2, à cet article 28, paragraphe 2, et à l’article 15, paragraphe 1 bis, du règlement no 36/2012. Par conséquent, le Tribunal a conclu, aux points 47 et 49 de l’arrêt attaqué, que les personnes ayant des liens avec des membres des familles Assad ou Makhlouf ne se trouvent pas dans l’impossibilité pratique de faire usage dudit article 27, paragraphe 3, et dudit article 28, paragraphe 3, et font l’objet du même traitement juridique que les personnes appartenant aux autres catégories mentionnées à l’article 27, paragraphe 2, et à l’article 28, paragraphe 2, de la décision 2013/255 ainsi qu’à l’article 15, paragraphe 1 bis, du règlement no 36/2012.
33 Quant aux arguments avancés par le requérant dans sa réplique et qui n’avaient pas été avancés dans le cadre de sa requête introductive d’instance devant le Tribunal, ce dernier a considéré, aux points 51 à 62 de l’arrêt attaqué, que ces arguments étaient irrecevables au motif qu’ils ne constituaient pas l’ampliation d’un moyen existant. En effet, le requérant a considéré que les parties finales de l’article 27, paragraphe 2, et de l’article 28, paragraphe 2, de la décision 2013/255 ainsi que de l’article 15, paragraphe 1 bis, du règlement no 36/2012, avaient été adoptées en violation du principe d’égalité de traitement dans la mesure où elles discrimineraient la catégorie des personnes liées à des membres des familles Assad ou Makhlouf par rapport aux autres catégories de personnes mentionnées à cet article 27, paragraphe 2, à cet article 28, paragraphe 2, et à cet article 15, paragraphe 1 bis. Or, par le premier desdits arguments, le requérant aurait visé le seul critère familial autonome, qui aurait une valeur législative dans le cadre du régime des mesures restrictives prises au regard de la situation en Syrie, à la différence du régime applicable, en général, aux mesures restrictives dans le droit de l’Union. Le Tribunal a conclu qu’un tel argument dépassait largement le postulat de départ du requérant.
34 Dans le cadre de l’analyse du second moyen, le Tribunal, après avoir considéré que la première branche de celui-ci, tirée d’une absence de base factuelle suffisante, était recevable, a jugé qu’elle n’était cependant pas fondée. Quant aux arguments du requérant tendant à faire constater que le Conseil n’aurait pas dûment réexaminé la situation de son beau-frère, M. Makhlouf, alors qu’il en aurait eu l’obligation, le Tribunal a considéré, au point 86 de l’arrêt attaqué, que le contrôle exercé par le Tribunal dans la présente affaire ne peut porter que sur le bien-fondé de l’inscription du nom du requérant sur les listes en cause et ne saurait donc remettre en cause la légalité des décisions par lesquelles le Conseil a inscrit le nom de son beau-frère, M. Makhlouf, sur ces listes. À cet effet, au point 88 de cet arrêt, il a jugé, en se basant sur une jurisprudence constante, que la présomption de légalité des actes des institutions de l’Union implique que ceux-ci produisent des effets juridiques aussi longtemps qu’ils n’ont pas été retirés, annulés dans le cadre d’un recours en annulation ou déclarés invalides à la suite d’un renvoi préjudiciel ou d’une exception d’illégalité. D’une part, au point 89 dudit arrêt, le Tribunal a constaté que le requérant ne prétendait ni être le destinataire des actes par lesquels le nom de son beau-frère a été inscrit sur lesdites listes, ni en demander l’annulation au moyen de son recours, de sorte qu’il ne saurait se prévaloir, dans le cadre de la procédure devant le Tribunal, d’une violation, par le Conseil, de l’obligation de réexamen de la situation de son beau-frère. D’autre part, au point 90 de l’arrêt attaqué, il a considéré que, bien que le requérant ait soulevé une exception d’illégalité, il l’a fait en soutenant que les articles 27 et 28 de la décision 2013/255 ainsi que l’article 15 du règlement no 36/2012 violaient le principe d’égalité de traitement dans la mesure où la catégorie de personnes liées à des membres des familles Assad ou Makhlouf ne pourrait pas bénéficier de l’article 27, paragraphe 3, et de l’article 28, paragraphe 3, de la décision 2013/255. Certes, le requérant aurait également invoqué l’argument selon lequel le critère de l’appartenance familiale n’était plus pertinent, mais le Tribunal a néanmoins considéré que cet argument, développé au stade de la réplique, était irrecevable. En outre, selon le Tribunal, les actes par lesquels le nom de M. Makhlouf a été inscrit sur les listes en cause continuent de produire des effets juridiques. Au point 93 de l’arrêt attaqué, le Tribunal a ajouté que, étant donné qu’il ne lui appartenait pas de statuer sur le bien-fondé de l’inscription de M. Makhlouf sur ces listes, rien n’empêchait le requérant, avant l’adoption des actes litigieux, de présenter au Conseil une demande de réexamen de sa situation au regard de celle de M. Makhlouf ou des observations, ce qu’il n’aurait cependant pas fait.
35 Quant à la seconde branche du second moyen, tirée d’une erreur d’appréciation, le Tribunal a jugé, aux points 97 à 122 de l’arrêt attaqué, que le motif d’inscription du nom du requérant sur les listes en cause, fondé sur le lien avec un membre de la famille Makhlouf, est suffisamment étayé, de sorte que cette inscription est bien fondée. Il a, en premier lieu, procédé à l’examen des éléments présentés par le requérant afin de démontrer que c’est à tort que le Conseil avait décidé, par les actes litigieux, de maintenir son nom sur ces listes. En second lieu, s’agissant de l’argument du requérant selon lequel il n’aurait plus d’intérêts financiers et commerciaux en Syrie de sorte qu’il remplirait les conditions prévues à l’article 27, paragraphe 3, et à l’article 28, paragraphe 3, de la décision 2013/255, le Tribunal a considéré que, dans le cadre de la définition du lien avec des membres des familles Assad ou Makhlouf, lorsque des fonds de ces derniers sont gelés, il existe un risque non négligeable qu’ils exercent des pressions sur les personnes qui leur sont liées pour contourner l’effet des mesures qui les visent. Le critère de l’appartenance familiale définirait ainsi de manière objective une catégorie de personnes qui, en raison des liens qui les unissent à des membres de ces familles, pourraient faciliter le contournement des mesures restrictives visant ces derniers et donc compromettre les objectifs poursuivis par la réglementation régissant les mesures restrictives au regard de la situation en Syrie.
36 Ainsi, au point 119 de l’arrêt attaqué, le Tribunal a jugé que le fait que le requérant ne soit plus considéré par le Conseil comme étant un homme d’affaires influent exerçant ses activités en Syrie n’est pas suffisant, en tant que tel, pour qu’il bénéficie de l’article 27, paragraphe 3, et de l’article 28, paragraphe 3, de la décision 2013/255. Le requérant devrait rapporter un faisceau d’indices de l’inexistence ou de la disparition d’un risque réel de contournement des mesures restrictives concernées. À cet égard, d’une part, le Tribunal a considéré, au point 120 de l’arrêt attaqué, que la circonstance que le requérant et sa famille ne résident plus en Syrie n’est pas, en elle-même, suffisante pour lui permettre de démontrer l’absence de tout risque réel de contournement. D’autre part, quant à l’argument du requérant selon lequel M. Makhlouf ne serait plus lié au régime syrien, au point 121 de l’arrêt attaqué, le Tribunal a jugé qu’il ne lui appartient pas d’examiner la légalité des décisions par lesquelles le Conseil a inscrit le nom de M. Makhlouf sur les listes en cause et que, au demeurant, les éléments de preuve avancés par le requérant afin de démontrer la disparition du lien entre M. Makhlouf et le régime syrien ne contiennent aucun élément d’information permettant de conclure qu’il n’est plus lié à M. Makhlouf. En outre, le requérant n’aurait avancé aucun argument ni aucun élément de preuve afin d’établir qu’il n’entretenait plus aucun lien, de quelque nature que ce soit, avec ce dernier.
37 Eu égard au rejet des conclusions en annulation, le Tribunal a également rejeté les conclusions en indemnité aux points 127 à 130 de l’arrêt attaqué et, partant, le recours dans son ensemble.
Les conclusions des parties au pourvoi
38 Le requérant demande à la Cour :
– d’annuler l’arrêt attaqué ;
– de faire droit à l’exception d’illégalité ;
– d’évoquer le recours au fond et d’annuler les actes litigieux, pour autant que ces actes le concernent ;
– d’ordonner, sur le fondement de l’article 268 TFUE, la réparation du préjudice qu’il aurait subi du fait de l’adoption des actes litigieux dans les termes de ses conclusions devant le Tribunal, et
– de condamner le Conseil aux dépens des deux instances.
39 Le Conseil demande à la Cour :
– de rejeter le pourvoi et
– de condamner le requérant aux dépens des deux instances.
Sur le pourvoi
40 À l’appui de son pourvoi, le requérant soulève quatre moyens, tirés, le premier, d’une méconnaissance, par le Tribunal, de l’étendue de ses pouvoirs et d’une violation des articles 263, 275 et 277 TFUE, le deuxième, d’une violation de l’article 84 du règlement de procédure du Tribunal, des articles 263 et 277 TFUE, des droits de la défense, des articles 41 et 47 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne (ci-après la « Charte ») ainsi que de l’article 46 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, signée à Rome le 4 novembre 1950 (ci-après la « CEDH »), d’une dénaturation des écritures du requérant et d’une méconnaissance, par le Tribunal, de l’étendue de ses pouvoirs, le troisième, d’une méconnaissance, par le Tribunal, de l’étendue de ses pouvoirs et d’une violation des droits de la défense, des articles 26 à 28 TUE, des articles 41 et 47 de la Charte ainsi que de l’article 6 de la CEDH et, le quatrième, d’une violation des droits de la défense tels qu’ils résultent des articles 26 à 29 TUE, de l’article 215 TFUE, des articles 41 et 47 de la Charte ainsi que de l’article 6 de la CEDH.
41 À titre liminaire, s’agissant de l’invocation des articles 6 et 46 de la CEDH dans le cadre, respectivement, d’une part, des troisième et quatrième moyens et, d’autre part, du deuxième moyen il y a lieu de rappeler que, en vertu de l’article 52, paragraphe 3, de la Charte, la Cour doit tenir compte, en tant que seuil de protection minimale, des droits tels que garantis par la CEDH qui correspondent à ceux de la Charte. Ainsi, la Cour doit veiller à ce que l’interprétation qu’elle effectue de l’article 47 de la Charte, dont les premier et deuxième alinéas correspondent à l’article 6, paragraphe 1, et à l’article 13 de la CEDH, assure un niveau de protection qui ne méconnaît pas celui garanti à ces dispositions de la CEDH, telles qu’interprétées par la Cour EDH (arrêt du 18 décembre 2025, Hamoudi/Frontex, C‑136/24 P, EU:C:2025:977, point 108 et jurisprudence citée).
42 Néanmoins, la CEDH ne constituant pas, tant que l’Union n’y a pas adhéré, un instrument juridique formellement intégré à l’ordre juridique de l’Union, le contrôle de légalité des actes de l’Union doit être opéré au regard uniquement des droits fondamentaux garantis par la Charte, notamment aux articles 41 et 47 de celle-ci (voir, en ce sens, arrêt du 4 octobre 2024, Aeris Invest/Commission et CRU, C‑535/22 P, EU:C:2024:819, point 190 ainsi que jurisprudence citée).
Sur le premier moyen
43 Par son premier moyen, divisé en trois branches, le requérant reproche au Tribunal d’avoir, aux points 33, 39 à 41, 43, 45 et 46 de l’arrêt attaqué, méconnu l’étendue de ses pouvoirs et violé les articles 263, 275 et 277 TFUE en rejetant son premier moyen, tiré de l’inapplicabilité de l’article 27, paragraphe 2, sous b), et paragraphe 3, et de l’article 28, paragraphe 2, sous b), et paragraphe 3, de la décision 2013/255 ainsi que de l’article 15, paragraphe 1 bis, sous b), du règlement no 36/2012.
Sur la première branche du premier moyen
– Argumentation des parties
44 Par la première branche de son premier moyen, le requérant reproche au Tribunal d’avoir, au point 33 de l’arrêt attaqué, méconnu l’étendue de ses pouvoirs et violé les articles 263 et 277 TFUE, en affirmant que les règles de portée générale définissant les critères juridiques et les modalités d’adoption des mesures restrictives font l’objet, compte tenu du large pouvoir d’appréciation du Conseil en la matière, d’un contrôle juridictionnel restreint. Le requérant soutient que, lorsque le Conseil adopte un critère qui n’est pas général, mais qui définit une catégorie de personnes spécialement désignées par leur nom et leur appartenance familiale, et met ces personnes dans une situation qui n’est pas équivalente à celle des personnes inscrites en vertu d’autres critères sur les mêmes listes, un tel critère devrait faire l’objet d’un contrôle juridictionnel complet, étant donné que cette désignation créerait nécessairement à l’égard desdites personnes spécialement désignées une présomption renforcée liée au fait qu’il est impossible de se défaire de son nom ou de son appartenance familiale.
45 Le Conseil estime que la première branche du premier moyen doit être écartée comme étant irrecevable ou à tout le moins non fondée.
– Appréciation de la Cour
46 Il y a lieu de rappeler que, conformément à une jurisprudence constante, il résulte de l’article 256, paragraphe 1, second alinéa, TFUE, de l’article 58, premier alinéa, du statut de la Cour de justice de l’Union européenne ainsi que de l’article 168, paragraphe 1, sous d), et de l’article 169, paragraphe 2, du règlement de procédure de la Cour qu’un pourvoi doit indiquer de façon précise les éléments critiqués de l’arrêt dont l’annulation est demandée ainsi que les arguments juridiques qui soutiennent de manière spécifique cette demande, sous peine d’irrecevabilité du pourvoi ou du moyen concerné (arrêt du 15 janvier 2026, Anbouba/Conseil, C‑494/24 P, EU:C:2026:9, point 34 et jurisprudence citée).
47 Ne répond notamment pas à ces exigences et doit être déclaré irrecevable un moyen dont l’argumentation n’est pas suffisamment claire et précise pour permettre à la Cour d’exercer son contrôle de légalité, notamment parce que les éléments essentiels sur lesquels le moyen s’appuie ne ressortent pas de façon suffisamment cohérente et compréhensible du texte de ce pourvoi, qui est formulé de manière obscure et ambiguë à cet égard. La Cour a également jugé que devait être rejeté comme étant manifestement irrecevable un pourvoi dépourvu de structure cohérente, se limitant à des affirmations générales et ne comportant pas d’indications précises relatives aux points de la décision attaquée qui seraient éventuellement entachés d’une erreur de droit [arrêt du 16 avril 2026, Colombani/SEAE (Harcèlement passif ou collectif), C‑343/23 P, EU:C:2026:294, point 78 et jurisprudence citée].
48 Le Tribunal a certes constaté, au point 32 de l’arrêt attaqué, que, selon une jurisprudence bien établie, les juridictions de l’Union doivent assurer un contrôle, en principe complet, de la légalité de l’ensemble des actes de l’Union au regard des droits fondamentaux faisant partie intégrante de l’ordre juridique de l’Union. Toutefois, au point 33 de l’arrêt attaqué, le Tribunal a rappelé, en se basant également sur la jurisprudence de la Cour (arrêt du 21 avril 2015, Anbouba/Conseil, C‑605/13 P, EU:C:2015:248, point 41 et jurisprudence citée), que le Conseil dispose d’un large pouvoir d’appréciation en ce qui concerne la définition générale et abstraite des critères juridiques et des modalités d’adoption des mesures restrictives, la détermination de l’étendue de ce pouvoir d’appréciation étant pertinente pour définir la portée du contrôle juridictionnel. Par conséquent, en s’appuyant sur une jurisprudence constante et compte tenu du large pouvoir d’appréciation du Conseil, le Tribunal a jugé que les règles de portée générale définissant ces critères et ces modalités, telles que les dispositions des actes litigieux prévoyant le critère de l’appartenance familiale, font l’objet d’un contrôle juridictionnel restreint, se limitant à la vérification du respect des règles de procédure et de motivation, de l’exactitude matérielle des faits, de l’absence d’erreur de droit ainsi que de l’absence d’erreur manifeste dans l’appréciation des faits et de détournement de pouvoir.
49 Le Tribunal a également écarté l’argument du requérant relatif à l’impossibilité théorique, pour les personnes inscrites sur les listes en cause en raison de leurs liens avec des membres des familles Assad ou Makhlouf, de faire usage des dispositions de l’article 27, paragraphe 3, et de l’article 28, paragraphe 3, de la décision 2013/255 afin de renverser la prétendue présomption renforcée de lien avec le régime syrien. En effet, il a expliqué, au point 39 de l’arrêt attaqué, qu’il ressort clairement du libellé de ces dispositions que celles-ci s’appliquent à toutes les catégories de personnes mentionnées au paragraphe 2 de ces articles, y compris, dès lors qu’elles y figurent, les personnes inscrites sur ces listes en cause en raison de ces liens.
50 À cet égard, le requérant prétend que le contrôle devait être complet. Cependant, tout en alléguant que le critère en question ne serait pas général, mais définirait une catégorie de personnes spécifiquement désignées par leur nom et par leur appartenance familiale, il ne présente aucun argument concret visant à démontrer une éventuelle erreur de droit que le Tribunal aurait commise, ni n’invoque aucun argument juridique ni aucune jurisprudence qui pourrait aller dans le sens d’un tel contrôle complet, outre l’argument fondé sur la création à l’égard des personnes visées d’une présomption renforcée, dont l’examen fait l’objet des deuxième et troisième branches du premier moyen. Par conséquent, son argumentation se limite à des affirmations générales et ne répond pas aux exigences résultant de la jurisprudence constante, rappelée aux points 46 et 47 du présent arrêt, en vertu de laquelle un pourvoi doit indiquer de façon précise les éléments critiqués de l’arrêt dont l’annulation est demandée ainsi que les arguments juridiques qui soutiennent de manière spécifique cette demande.
51 La première branche du premier moyen doit donc être écartée comme étant irrecevable.
Sur la deuxième branche du premier moyen
– Argumentation des parties
52 Par la deuxième branche de son premier moyen, le requérant reproche au Tribunal d’avoir, aux points 39 à 41 et 43 de l’arrêt attaqué, validé une violation du principe d’égalité de traitement et violé les articles 263, 275 et 277 TFUE en affirmant qu’il n’existe aucune impossibilité, ni théorique ni pratique, pour les personnes inscrites sur les listes en cause en raison de leurs liens avec des membres des familles Assad ou Makhlouf, de faire usage de l’article 27, paragraphe 3, et de l’article 28, paragraphe 3, de la décision 2013/255 afin de renverser la présomption de lien avec le régime syrien. Le requérant soutient que l’inscription sur ces listes de personnes désignées par leur nom ou leur lien de famille créerait à leur égard une présomption de lien avec le régime syrien qu’il serait impossible de renverser. Cette inscription sur le fondement du nom et du lien familial des personnes concernées, que n’impliqueraient pas les autres critères généraux d’inscription sur lesdites listes créerait une rupture du principe d’égalité de traitement entre les différentes catégories de personnes inscrites sur les mêmes listes. Les motifs du Tribunal passeraient sous silence les différents moyens dont disposerait le membre d’une famille déterminée pour renverser la présomption attachée à l’appartenance à cette famille en raison de son nom ou de son lien de parenté.
53 Le Conseil estime que la deuxième branche du premier moyen doit être écartée comme étant irrecevable.
– Appréciation de la Cour
54 Il y a lieu de rappeler que, conformément à une jurisprudence constante, ne répond pas aux exigences de motivation résultant des dispositions visées au point 46 du présent arrêt, un pourvoi qui, sans même comporter une argumentation juridique visant spécifiquement à identifier l’erreur de droit dont serait entaché l’arrêt attaqué, se limite à répéter ou à reproduire les moyens et les arguments qui ont déjà été présentés devant le Tribunal, y compris ceux qui étaient fondés sur des faits expressément rejetés par cette juridiction. Un tel pourvoi constitue en réalité une demande visant à obtenir un simple réexamen de la requête présentée devant le Tribunal, ce qui échappe à la compétence de la Cour (arrêt du 16 avril 2026, Mincu Pătrașcu Brâncuși/Parquet européen, C‑328/24 P, EU:C:2026:302, point 39 et jurisprudence citée).
55 Cependant, dès lors qu’un requérant conteste l’interprétation ou l’application du droit de l’Union faite par le Tribunal, les points de droit examinés en première instance peuvent être à nouveau discutés au cours d’un pourvoi. En effet, si un requérant ne pouvait fonder de la sorte son pourvoi sur des moyens et des arguments déjà utilisés devant le Tribunal, la procédure de pourvoi serait privée d’une partie de son sens. En outre, un requérant est recevable à former un pourvoi en faisant valoir des moyens nés de l’arrêt attaqué et qui visent à en critiquer, en droit, le bien-fondé (arrêt du 19 septembre 2024, Fininvest e.a./BCE e.a., C‑512/22 P et C‑513/22 P, EU:C:2024:774, point 42 ainsi que jurisprudence citée).
56 En l’espèce, il y a lieu de constater que, dans le cadre de la deuxième branche de son premier moyen, le requérant identifie les points critiqués de l’arrêt attaqué et expose les motifs pour lesquels ceux-ci seraient erronés. En effet, le requérant reproche au Tribunal d’avoir, aux points 39 à 41 et 43 de l’arrêt attaqué, considéré que la présomption de lien avec le régime syrien est une présomption réfragable. Ce faisant, le Tribunal aurait validé la violation, par le Conseil, du principe d’égalité de traitement entre le critère de l’appartenance familiale et les autres critères d’inscription sur les listes en cause.
57 Or, dans le cadre de cette deuxième branche, le requérant se limite à reproduire les arguments qu’il avait présentés devant le Tribunal et qui sont exposés au point 37 de l’arrêt attaqué, à savoir que, contrairement aux autres catégories de personnes visées à l’article 27, paragraphe 2, et à l’article 28, paragraphe 2, de la décision 2013/255 ainsi qu’à l’article 15, paragraphe 1 bis, du règlement no 36/2012, les personnes inscrites sur les listes en cause en raison de leurs liens avec des membres des familles Assad ou Makhlouf seraient dans l’impossibilité théorique et pratique de renverser la présomption de lien avec le régime syrien, ce qui constituerait une violation du principe d’égalité de traitement. En revanche, il n’avance aucune argumentation juridique visant spécifiquement à identifier l’erreur de droit dont seraient entachées les considérations du Tribunal figurant aux points 38 à 45 de l’arrêt attaqué, selon lesquelles ces dernières personnes ne se trouvent pas dans l’impossibilité théorique et pratique de faire usage des dispositions de l’article 27, paragraphe 3, et de l’article 28, paragraphe 3, de la décision 2013/255 afin de renverser cette présomption.
58 En tout état de cause, à ces points 38 à 45, le Tribunal a considéré que les dispositions de l’article 27, paragraphe 3, et de l’article 28, paragraphe 3, de la décision 2013/255 s’appliquent à toutes les catégories de personnes mentionnées au paragraphe 2 de ces deux articles, y compris les personnes inscrites sur les listes en cause en raison de leur lien avec des membres des familles Assad ou Makhlouf. Il a ajouté qu’il ne découle pas du libellé de cet article 27, paragraphe 3, et de cet article 28, paragraphe 3, que ces dernières personnes doivent apporter nécessairement la preuve de la dissolution de leur lien familial avec des membres de ces familles, un tel lien ne pouvant, en principe, être dissout, mais que la présomption de lien avec le régime syrien doit être considérée comme étant renversée lorsque la personne concernée fait valoir des arguments ou des éléments susceptibles de remettre sérieusement en cause la fiabilité des éléments de preuve soumis par le Conseil ou leur appréciation ou lorsqu’elle produit devant le juge de l’Union un faisceau d’indices de l’inexistence ou de la disparition du lien avec ce régime, de l’absence d’influence sur ledit régime ou de l’absence d’association avec un risque réel de contournement des mesures restrictives concernées.
59 L’argument du requérant selon lequel le Tribunal n’aurait pas indiqué les moyens dont disposerait un membre de famille afin de renverser cette présomption est, dès lors, fondé sur une lecture erronée du point 43 de l’arrêt attaqué.
60 Par conséquent, la deuxième branche du premier moyen doit être écartée.
Sur la troisième branche du premier moyen
– Argumentation des parties
61 Par la troisième branche de son premier moyen, le requérant reproche au Tribunal d’avoir, au point 45 de l’arrêt attaqué, excédé ses pouvoirs et violé les articles 263, 275 et 277 TFUE « en énonçant les conditions qui pourraient caractériser les moyens de renverser la présomption [...] de lien avec le régime syrien ». À cet égard, le Tribunal exigerait « non seulement des reniements familiaux exorbitants, mais aussi que ces reniements soient publiquement affichés et traduits par des actions directement dirigées contre le cercle familial ». Or, les autorités de l’Union ne sauraient exiger de telles conditions afin de démontrer la rupture du lien avec le régime syrien.
62 Le Conseil estime que la troisième branche du premier moyen doit être écartée comme étant non fondée.
– Appréciation de la Cour
63 Il convient de constater que la troisième branche du premier moyen procède d’une lecture erronée de l’arrêt attaqué. L’affirmation figurant au point 45 de l’arrêt attaqué, selon laquelle « le fait d’être le beau-frère de M. Rami Makhlouf n’empêche nullement le requérant de démontrer qu’il a rompu tout lien avec le régime syrien, par exemple en dénonçant publiquement ses actions, en agissant contre lesdites actions, ou en refusant de donner suite aux instructions qu’il aurait pu recevoir, ou encore qu’il n’est pas associé à un risque réel de contournement, en apportant des indices de ce qu’il n’a plus aucun contact avec une personne proche du régime syrien et, en l’occurrence, avec M. Rami Makhlouf », ne signifie aucunement que le Tribunal a exigé « des reniements familiaux exorbitants, [...] publiquement affichés et traduits par des actions directement dirigées contre le cercle familial ». Tout au contraire, le Tribunal a relevé que « le fait d’être le beau-frère de M. Rami Makhlouf n’empêch[ait] nullement le requérant de démontrer qu’il a[vait] rompu tout lien avec le régime syrien ». Il s’est fondé, à cet effet, à ce point 45, à titre d’exemple, sur des arguments et des preuves susceptibles d’être apportés par toutes les personnes entrant dans les différentes catégories mentionnées à l’article 27, paragraphe 2, et à l’article 28, paragraphe 2, de la décision 2013/255 ainsi qu’à l’article 15, paragraphe 1 bis, du règlement no 36/2012. Le Tribunal a conclu, aux points 47 et 49 de l’arrêt attaqué, que les personnes ayant des liens avec des membres des familles Assad ou Makhlouf ne se trouvent donc pas dans l’impossibilité pratique de faire usage de cet article 27, paragraphe 3, et de cet article 28, paragraphe 3, et font l’objet du même traitement juridique que les personnes appartenant aux autres catégories mentionnées à audit article 27, paragraphe 2, et audit article 28, paragraphe 2.
64 Il s’ensuit que ces appréciations du Tribunal sont exemptes d’erreur de droit, que la troisième branche du premier moyen doit, dès lors, être écartée comme étant non fondée, et que, partant, ce moyen doit être rejeté dans son intégralité.
Sur le deuxième moyen
Argumentation des parties
65 Le requérant reproche au Tribunal d’avoir, aux points 53 et 57 de l’arrêt attaqué, en déclarant irrecevables les moyens supplémentaires avancés dans le cadre de sa réplique, violé l’article 84 de son règlement de procédure, les articles 263 et 277 TFUE, les droits de la défense, les articles 41 et 47 de la Charte ainsi que l’article 46 CEDH, dénaturé les écritures du requérant et méconnu l’étendue de ses pouvoirs.
66 Le requérant soutient que, dans sa requête introductive instance, il avait déjà invoqué le fait que, dans le cadre de l’application du critère de l’appartenance familiale, le caractère irréfragable ou quasi irréfragable de la présomption de lien avec le régime syrien résultait de l’impossibilité de dissoudre un lien familial. Dans sa réplique, il soulignait que le choix d’un critère strictement familial excluait toute appréciation d’un comportement personnel de l’individu concerné, rendant ainsi plus difficile toute preuve contraire. Cela aurait pour effet de rendre, pour les seules personnes inscrites sur les listes en cause en raison de leur lien familial avec des membres des familles Assad ou Makhlouf, cette présomption quasi irréfragable. Par conséquent, le requérant n’aurait fait qu’étayer son moyen tiré d’une violation du principe d’égalité de traitement ainsi que mettre en évidence le caractère disproportionné et discriminatoire du critère de l’appartenance familiale par rapport à d’autres critères.
67 Le requérant insiste sur le fait que l’application de l’article 84 du règlement de procédure du Tribunal repose sur une dénaturation de ses écritures étant donné qu’il a déjà, dans sa requête, contesté la possibilité d’adopter les mesures restrictives concernées sur le fondement d’un critère strictement familial et souligné les conséquences de l’application d’un tel critère, à savoir, d’une part, la quasi-impossibilité de remettre en cause ladite présomption, qui devenait de ce fait irréfragable, et, d’autre part, une violation du principe d’égalité de traitement avec les autres personnes frappées par des mesures identiques, mais sur la base de critères différents.
68 Le Conseil soutient que le deuxième moyen doit être rejeté comme étant non fondé.
Appréciation de la Cour
69 S’agissant, en premier lieu, des dispositions du droit de l’Union invoquées dans le cadre du deuxième moyen, il convient de constater que le requérant n’explique pas les raisons pour lesquelles il considère que les articles 263 et 277 TFUE et les articles 41 et 47 de la Charte auraient été violés.
70 Or, il résulte de la jurisprudence que la seule énonciation abstraite d’un moyen dans un pourvoi, non étayée d’indications plus précises, ne satisfait pas à l’obligation de motiver ce pourvoi (arrêt du 9 juin 2011, Evropaïki Dynamiki/BCE, C‑401/09 P, EU:C:2011:370, point 61) et doit être écartée.
71 En deuxième lieu, il résulte de l’article 84, paragraphes 1 et 2, du règlement de procédure du Tribunal que doivent être déclarés irrecevables les moyens exposés pour la première fois au stade de la réplique et qui ne sont pas fondés sur des éléments de droit ou de fait révélés pendant la procédure. Toutefois, un moyen ou un argument qui constitue l’ampliation d’un moyen énoncé antérieurement dans la requête introductive d’instance ne saurait être déclaré irrecevable pour cause de tardiveté (voir, en ce sens, arrêt du 5 mars 2024, Kočner/Europol, C‑755/21 P, EU:C:2024:202, point 41 et jurisprudence citée).
72 À cet égard, il y a d’abord lieu de constater que, aux termes du point 48 de la requête introductive d’instance devant le Tribunal, auquel renvoie le requérant et par lequel il prétend avoir soulevé l’argument relatif au caractère irréfragable ou quasi irréfragable de la présomption de lien avec le régime syrien résultant de l’application du critère de l’appartenance familiale, « les “actes contestés” créent, s’agissant de la personne sanctionnée en raison du lien familial avec un membre des familles Assad ou Makhlouf, une totale interdépendance de sorte que les mesures restrictives s’appliquent indépendamment de leur comportement personnel et pour la seule raison de leur lien familial avec un membre de la famille visé par le paragraphe b) ».
73 Il convient, ensuite, de relever que les points 39 à 51 de cette requête concernent le moyen tiré de la violation du principe d’égalité de traitement par ces « actes contestés », à savoir l’article 27, paragraphe 2, sous b), et paragraphe 3, et l’article 28, paragraphe 2, sous b), et paragraphe 3, de la décision 2013/255 ainsi que l’article 15, paragraphe 1 bis, sous b), du règlement no 36/2012, et que son point 42 énumère les sept catégories dites « autonomes » de personnes visées à cet article 27, paragraphe 2, à cet article 28, paragraphe 2, et à cet article 15, paragraphe 1 bis, y compris celle concernée par le critère de l’appartenance familiale. Enfin, le requérant explique, au point 46 de ladite requête, que « [l]a spécificité du critère d’inscription s’appliquant à une personne ayant un lien familial avec un membre de la famille Makhlouf réside dans le fait que ce lien étant indissoluble, les sanctions ne pourraient être supprimées et le nom de cette personne retiré des listes [en cause] que si le membre de la famille concernée bénéficie lui-même de ce retrait », pour en tirer la conséquence, au point 47 de la même requête, que « [t]el n’est pas le cas des personnes liées aux personnes visées par les autres catégories, qui par leur seul comportement personnel, pourrai[en]t agir pour bénéficier des conditions figurant au paragraphe 3 [desdits articles 27 et 28] ».
74 Il peut en être retenu que le requérant, en se référant aux « actes contestés », ne fait référence qu’à la base juridique des actes litigieux, en l’occurrence l’article 27, paragraphe 2, sous b), et paragraphe 3, et l’article 28, paragraphe 2, sous b), et paragraphe 3, de la décision 2013/255 ainsi que l’article 15, paragraphe 1 bis, sous b), du règlement no 36/2012.
75 Dans sa réplique en première instance, le requérant affirme, au point 26 de celle-ci, que, « [s]ur le plan de l’inscription, il est légitime de considérer que l’application des mesures restrictives à une personne pour le seul lien familial n’est pas conforme aux principes généraux du droit de l’Union et des traités » et, au point 27 de cette réplique, que, « [e]n effet, une telle application rompt le principe d’égalité dès lors qu’à la différence du régime applicable aux mesures restrictives dans le droit de l’Union en général, qui considère que le seul critère familial autonome heurte les principes généraux et les traités, ce critère a valeur législative dans le cadre de la Syrie ». Il poursuit, au point 28 de ladite réplique, en soutenant que « [l]e principe admis dans le droit de l’Union et mis en œuvre par la jurisprudence à l’exception du cas de la Syrie s’illustre notamment par l’arrêt du [8 mars 2023 (T‑212/22, EU:T:2023:104)] », qui rappelle, à son point 95, qu’il résulte de la jurisprudence que « l’application des mesures restrictives à des personnes physiques indépendamment de leur comportement personnel et pour la seule raison de leur lien familial avec des personnes associées aux dirigeants du pays tiers concerné doit être considérée comme se heurtant à la jurisprudence de la Cour ». Or, cet arrêt concerne des mesures restrictives prises eu égard aux actions compromettant ou menaçant l’intégrité territoriale, la souveraineté et l’indépendance de l’Ukraine.
76 Il convient, dès lors, de constater que, comme le Tribunal l’a indiqué à bon droit, au point 57 de l’arrêt attaqué, dans sa requête introductive d’instance, le requérant a fait valoir une violation du principe d’égalité de traitement entre la catégorie des personnes liées à des membres des familles Assad ou Makhlouf et les autres catégories de personnes mentionnées à l’article 27, paragraphe 2, et à l’article 28, paragraphe 2, de la décision 2013/255 ainsi qu’à l’article 15, paragraphe 1 bis, sous b), du règlement no 36/2012, tandis que, dans sa réplique en première instance, il a invoqué une violation de ce principe entre le régime des mesures restrictives prises au regard de la situation en Syrie en ce que celui-ci met en œuvre le critère de l’appartenance familiale et d’autres régimes de mesures restrictives mis en place au sein de l’Union.
77 Dès lors, c’est à bon droit que, aux points 60 à 62 de l’arrêt attaqué, le Tribunal a rejeté comme étant irrecevables les arguments invoqués par le requérant dans sa réplique en première instance, dès lors que ces derniers ne s’inscrivaient pas « dans la ligne argumentative du requérant, telle que développée dans la requête », selon laquelle la catégorie des personnes liées à des membres des familles Assad ou Makhlouf serait discriminée par rapport aux autres catégories de personnes mentionnées à l’article 27, paragraphe 2, et à l’article 28, paragraphe 2, de la décision 2013/255 ainsi qu’à l’article 15, paragraphe 1 bis, du règlement no 36/2012.
78 Cela étant, l’affirmation du requérant selon laquelle ces arguments ont été déclarés irrecevables au motif que le président de la cinquième chambre du Tribunal n’aurait autorisé qu’une réplique concentrée sur le moyen tiré d’une absence de base factuelle et d’une erreur d’appréciation résulte d’une lecture erronée de l’arrêt du Tribunal. En effet, au point 52 de l’arrêt attaqué, le Tribunal a jugé qu’il n’était pas nécessaire de répondre à la question de savoir s’il y avait lieu de prendre en compte lesdits arguments, qu’il n’avait pas sollicités, dès lors qu’ils devaient de toute manière être écartés comme étant irrecevables sur la base de l’article 84 de son règlement de procédure, au motif qu’ils étaient nouveaux.
79 Le deuxième moyen doit, dès lors, être rejeté.
Sur le troisième moyen
80 Par son troisième moyen, qui peut être divisé en deux branches, le requérant reproche au Tribunal d’avoir, aux points 86, 92 et 93 de l’arrêt attaqué, méconnu l’étendue de ses pouvoirs, créé une présomption irréfragable de lien avec le régime syrien et violé les droits de la défense, les articles 26 à 28 TUE, les articles 41 et 47 de la Charte et l’article 6 de la CEDH.
Sur la première branche du troisième moyen
– Argumentation des parties
81 Par la première branche de son troisième moyen, le requérant soutient que le Tribunal aurait dû vérifier si M. Makhlouf était encore légitimement inscrit sur les listes en cause ou si le lien entre celui-ci et le régime syrien, justifiant le maintien de cette inscription, n’existait plus, de sorte que sa propre inscription sur ces listes ne serait plus justifiée. En effet, le requérant considère que son inscription sur celles-ci n’est que le fruit de son lien de famille avec M. Makhlouf, mais que ce lien ne pouvait plus justifier sa propre inscription, dès lors que les liens de M. Makhlouf avec le régime syrien se seraient détériorés et ne seraient plus les mêmes qu’auparavant. Au point 92 de l’arrêt attaqué, le Tribunal aurait refusé toute discussion sur ce sujet sous prétexte qu’il ne pouvait pas apporter une appréciation sur la situation d’un tiers au litige. Ce raisonnement démontrerait le caractère irréfragable de la présomption de lien avec le régime syrien résultant de l’application du critère de l’appartenance familiale. Le Tribunal aurait dû se prononcer non pas sur une décision concernant M. Makhlouf, mais sur la situation du requérant, au regard de la situation actuelle de M. Makhlouf. Le refus d’une telle possibilité de critiquer les décisions concernant M. Makhlouf devrait être considéré comme constituant un refus de tout accès à un juge, de toute défense efficace et de toute possibilité réelle de contester son inscription en raison de son lien indirect avec la famille Makhlouf.
82 Le Conseil considère que la première branche du troisième moyen doit être écartée.
– Appréciation de la Cour
83 Il y a lieu de rappeler que, conformément à la jurisprudence citée au point 54 du présent arrêt, un pourvoi qui, sans même comporter une argumentation juridique visant à identifier spécifiquement l’erreur de droit dont serait entaché l’arrêt attaqué, se limite à répéter ou à reproduire les moyens et les arguments qui ont déjà été présentés devant le Tribunal constitue en réalité une demande visant à obtenir un simple réexamen de la requête présentée devant le Tribunal, ce qui échappe à la compétence de la Cour.
84 Le Tribunal a exposé, aux points 86 à 93 de l’arrêt attaqué, les raisons pour lesquelles la décision du Conseil relative à l’inscription de M. Makhlouf sur les listes en cause ne saurait être remise en cause dans le cadre du présent litige. Il a indiqué, au point 91 de l’arrêt attaqué, que les actes concernant M. Makhlouf n’ayant pas été retirés et leurs effets n’ayant pas été suspendus à la suite d’une demande de mesures provisoires, ils continuent à produire des effets juridiques. Contrairement à ce que soutient le requérant, le Tribunal n’a donc pas « refusé toute discussion » au sujet de l’argument invoqué par le requérant devant lui, mais a justifié sa position selon laquelle la situation de M. Makhlouf ne pouvait pas être réexaminée dans le cadre de ce litige.
85 À cet égard, le requérant n’avance aucune argumentation juridique visant spécifiquement à identifier l’erreur de droit dont seraient entachées les considérations du Tribunal figurant aux points 86 à 93 de l’arrêt attaqué, selon lesquelles son contrôle ne peut porter que sur le bien-fondé de l’inscription du requérant sur les listes en cause et ne saurait donc remettre en cause la légalité des décisions par lesquelles le Conseil a inscrit le nom de M. Makhlouf sur ces listes. Il ne répond donc pas aux exigences de la jurisprudence constante, rappelée au point 46 du présent arrêt, en vertu de laquelle un pourvoi doit indiquer de façon précise les éléments critiqués de l’arrêt dont l’annulation est demandée ainsi que les arguments juridiques qui soutiennent de manière spécifique cette demande.
86 Par ailleurs, le Tribunal a bien pris en compte les éléments de preuve présentés par le requérant afin de démontrer la disparition du lien entre M. Makhlouf et le régime syrien, pour juger, au point 121 de l’arrêt attaqué, qu’ils ne contiennent aucun élément d’information permettant de conclure que le requérant n’est plus lié à M. Makhlouf.
87 Quant à l’argument relatif au caractère irréfragable de la présomption de lien avec le régime syrien résultant de l’application du critère de l’appartenance familiale, il doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 58 et 59 du présent arrêt.
88 La première branche du troisième moyen doit, dès lors, être écartée.
Sur la seconde branche du troisième moyen
– Argumentation des parties
89 Par la seconde branche de son troisième moyen, le requérant reproche au Tribunal d’avoir, au point 93 de l’arrêt attaqué, violé les droits de la défense en considérant qu’il aurait pu, par anticipation et à titre préventif, saisir le Conseil pour anticiper une inscription de son nom sur les listes en cause et l’empêcher à l’avance, puisqu’il y était inscrit en sa qualité d’homme d’affaires influent exerçant ses activités en Syrie. Une telle faculté n’existerait pas.
90 Le Conseil considère que la seconde branche du troisième moyen doit être écartée.
– Appréciation de la Cour
91 L’argument du requérant selon lequel le Tribunal aurait, au point 93 de l’arrêt attaqué, violé ses droits de la défense, en lui imposant une action préventive afin d’éviter une inscription de son nom sur les listes en cause en raison d’un lien familial, résulte d’une lecture erronée de l’arrêt attaqué.
92 En effet, au point 93 de l’arrêt attaqué, le Tribunal a non pas suggéré une telle action préventive, mais relevé que le requérant pouvait, à tout moment, présenter une demande de réexamen ou des observations en application de l’article 32, paragraphes 2 et 3, du règlement no 36/2012, dès lors qu’il découle des antécédents que son nom avait déjà été inscrit sur ces listes par les actes de 2020 en raison de son lien avec un membre de la famille Makhlouf, sans qu’il ait saisi cette opportunité.
93 Il s’ensuit que la seconde branche du troisième moyen doit être écartée comme étant non fondée et que, partant, ce moyen doit être rejeté dans son intégralité.
Sur le quatrième moyen
Argumentation des parties
94 Par son quatrième moyen, le requérant reproche au Tribunal d’avoir, aux points 119 à 121 de l’arrêt attaqué, violé les droits de la défense tels qu’ils résultent des articles 26 à 29 TUE, de l’article 215 TFUE, des articles 41 et 47 de la Charte ainsi que de l’article 6 CEDH, d’une part, en exigeant la preuve de l’absence de tout lien, de quelque nature que ce soit, entre lui et M. Makhlouf, et, d’autre part, en s’abstenant d’examiner l’ensemble des éléments produits afin de démontrer sa totale indépendance par rapport à son beau-frère et au régime syrien. Le Tribunal aurait rendu impossible en pratique le renversement de la présomption de lien avec le régime syrien, laquelle aurait un caractère quasiment irréfragable en raison de l’impossibilité absolue de s’extraire d’un lien familial. Il aurait admis l’idée que le requérant n’est plus un homme d’affaires influent en Syrie, mais pour se soustraire à l’application du critère de l’appartenance familiale, il devrait prouver que tout risque réel de contournement des mesures restrictives concernées est exclu et qu’il n’entretiendrait plus aucun lien, de quelque nature que ce soit, avec son beau-frère, preuve dont l’objet serait différent et beaucoup plus large. Cette preuve serait par définition impossible. La notion de « risque réel de contournement » de mesures restrictives serait totalement différente de celle de « lien de toute nature ».
95 Le Conseil considère que le quatrième moyen doit être rejeté comme étant non fondé.
Appréciation de la Cour
96 Il convient de rappeler qu’il résulte de l’article 256 TFUE ainsi que de l’article 58, premier alinéa, du statut de la Cour de justice de l’Union européenne que le pourvoi est limité aux questions de droit. Le Tribunal est seul compétent pour constater et apprécier les faits pertinents ainsi que pour apprécier les éléments de preuve. L’appréciation de ces faits et de ces éléments de preuve ne constitue donc pas, sous réserve du cas de leur dénaturation, une question de droit soumise, comme telle, au contrôle de la Cour dans le cadre d’un pourvoi (arrêt du 7 mai 2026, Makhlouf/Conseil, C‑635/24 P, EU:C:2026:377, point 45 et jurisprudence citée).
97 Par ailleurs, l’appréciation, par le Tribunal, de la force probante des pièces du dossier ne peut, sous réserve des cas de méconnaissance des règles en matière de charge et d’administration de la preuve et de dénaturation de ces pièces, être remise en cause devant la Cour (arrêt du 7 mai 2026, Makhlouf/Conseil, C‑635/24 P, EU:C:2026:377, point 59 et jurisprudence citée).
98 Dans la mesure où, par son quatrième moyen, le requérant n’invoque pas une dénaturation des faits et des éléments de preuve par le Tribunal, ce moyen, pour autant qu’il tend à obtenir une nouvelle appréciation des faits par la Cour, doit être rejeté comme étant irrecevable.
99 Cependant, le requérant invoque également, dans le cadre dudit moyen, d’une part, la violation, par le Tribunal, des règles en matière de charge et d’administration de la preuve, en ce qu’il lui aurait, à tort, imposé de prouver l’absence de tout lien, de quelque nature que ce soit, avec M. Makhlouf. D’autre part, le requérant soutient que le Tribunal aurait omis d’examiner l’ensemble des éléments produits devant lui.
100 En premier lieu, l’affirmation du requérant selon laquelle il serait impossible de renverser la présomption de lien avec le régime syrien, au motif que le Tribunal exigerait une preuve dont l’objet serait différent et plus large que la seule existence d’un risque réel de contournement des mesures restrictives concernées, en l’occurrence l’absence de lien, de quelque nature que ce soit, avec M. Makhlouf, résulte d’une lecture erronée de l’arrêt attaqué.
101 Le Tribunal a exposé, aux points 41 à 47 de l’arrêt attaqué, dans le cadre de l’examen de l’exception d’illégalité, les principes régissant le renversement de la présomption de lien avec le régime syrien prévue par la décision 2013/255 et jugé, à ce point 47, que les personnes inscrites sur les listes en cause sur la base du critère de l’appartenance familiale, ne se trouvent pas dans l’impossibilité pratique de faire usage de l’article 27, paragraphe 3, et de l’article 28, paragraphe 3, de la décision 2013/255. Au point 48 de cet arrêt, le Tribunal a indiqué que les arguments présentés par le requérant afin de renverser cette présomption seraient examinés lors de l’analyse du second moyen de son recours en annulation.
102 Dans le cadre de l’examen de la seconde branche de ce second moyen, tirée d’une erreur d’appréciation, en ce que la situation du requérant aurait changé, le Tribunal a rappelé, aux points 99 à 101 de l’arrêt attaqué, que le seul lien familial du requérant avec un membre de la famille Makhlouf était suffisant pour justifier l’inscription de son nom sur les listes en cause, mais que, en revanche, il pouvait bénéficier de l’article 27, paragraphe 3, et de l’article 28, paragraphe 3, de la décision 2013/255, et faire valoir des arguments ou des éléments susceptibles de remettre sérieusement en cause la fiabilité des éléments de preuve soumis par le Conseil ou leur appréciation. C’est à la lumière de ces considérations que le Tribunal a analysé, aux points 102 à 121 de l’arrêt attaqué, les éléments de preuve présentés par le requérant.
103 S’agissant de l’argument avancé par le requérant en première instance, selon lequel il n’aurait plus d’intérêts financiers et commerciaux en Syrie, de sorte qu’il remplirait les conditions prévues à ces dispositions et que la présomption de lien avec le régime syrien serait renversée, le Tribunal a d’abord constaté, aux points 116 à 118 de l’arrêt attaqué, que le motif d’inscription relatif au statut d’homme d’affaires influent exerçant ses activités en Syrie du requérant a été supprimé et que le nom de celui-ci a été maintenu sur les listes en cause sur le seul fondement du critère de l’appartenance familiale, qui constitue un critère qui définit de manière objective une catégorie circonscrite de personnes qui, en raison des liens qui les unissent à des membres des familles Assad ou Makhlouf, pourraient faciliter le contournement des mesures restrictives.
104 Le Tribunal a ensuite relevé, au point 119 de l’arrêt attaqué, que le fait que le Conseil ne considère plus le requérant comme étant un homme d’affaires influent exerçant ses activités en Syrie n’est pas suffisant, en tant que tel, pour que celui-ci bénéficie de l’article 27, paragraphe 3, et de l’article 28, paragraphe 3, de la décision 2013/255. Il faudrait à cet égard que le requérant apporte un faisceau d’indices de l’inexistence ou de la disparition du risque réel de contournement des mesures restrictives concernées. Au point 120 de l’arrêt attaqué, le Tribunal a écarté l’argument tiré de la circonstance que le requérant et sa famille ne résident plus en Syrie, au motif que cette circonstance n’est pas suffisante, en elle-même, pour démontrer l’absence de tout risque réel de contournement de ces mesures. Au point 121 de l’arrêt attaqué, le Tribunal a écarté l’argument du requérant selon lequel le lien entre M. Makhlouf, son beau-frère, et le régime syrien aurait disparu, en constatant, d’une part, qu’il ne lui appartient pas d’examiner la légalité des décisions par lesquelles le Conseil a inscrit le nom de ce beau-frère sur les listes en cause et, d’autre part, que les éléments de preuve avancés par le requérant afin de démontrer la disparition de ce dernier lien ne contiennent aucun élément d’information permettant de conclure que celui-ci ne serait plus lié à son beau-frère. Enfin, le Tribunal a relevé que le requérant n’avançait aucun argument ni aucun élément de preuve montrant qu’il n’entretient plus aucun lien, de quelque nature que ce soit, avec son beau-frère.
105 Ainsi, contrairement à ce que prétend le requérant, le Tribunal n’a exigé la preuve de l’absence de tout lien avec M. Makhlouf, de quelque nature qu’il soit, que dans le cadre du faisceau d’indices devant être apporté afin de prouver l’inexistence ou la disparition d’un risque réel de contournement des mesures restrictives concernées et non, comme le requérant l’allègue, dans celui de la preuve de l’absence de tout lien de parenté avec M. Makhlouf.
106 En second lieu, quant à l’argument selon lequel le Tribunal n’aurait pas examiné l’ensemble des éléments produits afin de démontrer sa totale indépendance par rapport à son beau-frère et au régime syrien, il convient de relever qu’il ressort du point 121 de l’arrêt attaqué que le Tribunal a pris en compte « les éléments de preuve avancés par le requérant afin de démontrer la disparition du lien entre M. Rami Makhlouf et le régime syrien » et jugé qu’ils « ne contiennent aucun élément d’information permettant de conclure qu’il n’est plus lié à M. Rami Makhlouf ».
107 Cet argument doit, dès lors, être écarté comme étant non fondé.
108 Il s’ensuit que le quatrième moyen doit être rejeté comme étant en partie irrecevable et en partie non fondé.
109 Aucun des moyens du pourvoi n’ayant été accueilli, il y a lieu de rejeter ce dernier dans son ensemble.
Sur les dépens
110 Aux termes de l’article 138, paragraphe 1, du règlement de procédure de la Cour, applicable à la procédure de pourvoi en vertu de l’article 184, paragraphe 1, de ce règlement, toute partie qui succombe est condamnée aux dépens, s’il est conclu en ce sens.
111 Le Conseil ayant conclu à la condamnation du requérant et ce dernier ayant succombé en ses moyens, il y a lieu de le condamner à supporter, outre ses propres dépens, ceux exposés par le Conseil.
Par ces motifs, la Cour (sixième chambre) déclare et arrête :
1) Le pourvoi est rejeté.
2) M. Ammar Sharif est condamné aux dépens.
| Ziemele | Biltgen | Kumin |
Ainsi prononcé en audience publique à Luxembourg, le 11 juin 2026.
| Le greffier | La présidente de chambre |
| A. Calot Escobar | I. Ziemele |
* Langue de procédure : le français.
Ordonnance du président du Tribunal du 12 juin 2026.#Elettra 1938 SpA contre Commission européenne.#Référé – Concurrence – Décision de la Commission infligeant une amende – Garantie bancaire – Demande de mesures provisoires – Fumus boni juris – Urgence – Mise en balance des intérêts.#Affaire T-140/26 R.
12/06/2026
Arrêt de la Cour (quatrième chambre) du 11 juin 2026.#NKO AO National Settlement Depository (NSD) contre Conseil de l'Union européenne.#Pourvoi – Mesures restrictives prises au regard de l’agression militaire contre l’Ukraine – Décision 2014/145/PESC – Article 2, paragraphe 1, sous f) – Règlement (UE) no 269/2014 – Article 3, paragraphe 1, sous f) – Gel de fonds et de ressources économiques – Notion de “soutien matériel ou financier au gouvernement de la Fédération de Russie” – Obligation de motivation – Interprétation – Droit de propriété – Limitations – Principe de proportionnalité – Prise en compte de la situation des clients de la requérante et de leurs intérêts économiques.#Affaire C-801/24 P.
11/06/2026
Arrêt de la Cour (quatrième chambre) du 11 juin 2026.#Centro Petroli Roma Srl contre Agenzia delle Dogane e dei Monopoli.#Renvoi préjudiciel – État de droit – Indépendance des juges – Article 267 TFUE – Obligation de renvoi préjudiciel des juridictions nationales statuant en dernier ressort – Responsabilité individuelle des juges – Fiscalité – Régime général d’accise – Directive 2008/118/CE – Article 16, paragraphe 1 – Entrepôt fiscal – Ouverture et exploitation – Autorisation – Conditions – Fixation par la réglementation nationale – Distinction selon la capacité de stockage des entrepôts – Critère tenant à l’existence de “réelles nécessités opérationnelles et [d’un] besoin effectif d’approvisionnement de l’installation” pour tous les entrepôts – Critère supplémentaire tenant à la livraison d’une quantité minimale de produits sur une période de référence ou à la dépendance à un autre entrepôt fiscal pour les entrepôts de petite capacité – Justification – Principe de proportionnalité.#Affaire C-386/24.
11/06/2026
Arrêt de la Cour (quatrième chambre) du 11 juin 2026.#LH contre OTP banka d.d., anciennement NOVA KREDITNA BANKA MARIBOR.#Renvoi préjudiciel – Rapprochement des législations – Services financiers – Accès à un compte de paiement assorti de prestations de base – Directive 2014/92/UE – Article 16, paragraphe 4 – Prévention de l’utilisation du système financier aux fins du blanchiment de capitaux et du financement du terrorisme – Directive (UE) 2015/849 – Consommateur figurant sur la liste de l’Office du contrôle des actifs étrangers du Trésor américain – Refus d’ouverture d’un tel compte de paiement.#Affaire C-81/24.
11/06/2026