| CELEX | 62024CJ0837 |
| Type | Jurisprudence CJUE |
| Date | jeudi 4 juin 2026 |
ARRÊT DE LA COUR (première chambre)
4 juin 2026 (*)
« Renvoi préjudiciel – Fiscalité – Impôts indirects frappant les rassemblements de capitaux – Directive 2008/7/CE – Article 5, paragraphe 1, sous a) et e) – Apports de capital – Opérations de restructuration – Article 6, paragraphe 1, sous a) à c) – Taxes sur la transmission des valeurs mobilières – Droits de mutation – Constitution d’une société de capitaux – Libération du capital social au moyen de participations détenues par la société apporteuse dans des sociétés possédant des biens immobiliers – Taxe au titre des transmissions d’immeubles à titre onéreux »
Dans l’affaire C‑837/24,
ayant pour objet une demande de décision préjudicielle au titre de l’article 267 TFUE, introduite par le Tribunal Arbitral Tributário (Centro de Arbitragem Administrativa – CAAD) [tribunal arbitral en matière fiscale (centre d’arbitrage administratif – CAAD), Portugal], par décision du 3 décembre 2024, parvenue à la Cour le 6 décembre 2024, dans la procédure
NOVA IBEROMOLDES – SGPS, S. A.
contre
Autoridade Tributária e Aduaneira,
LA COUR (première chambre),
composée de M. F. Biltgen, président de chambre, Mme I. Ziemele, MM. A. Kumin (rapporteur), S. Gervasoni et M. Bošnjak, juges,
avocat général : Mme J. Kokott,
greffier : M. A. Calot Escobar,
vu la procédure écrite,
considérant les observations présentées :
– pour NOVA IBEROMOLDES – SGPS, S. A., par Me V. Faria, advogado,
– pour le gouvernement portugais, par Mmes P. Barros da Costa, H. Gomes Magno et A. Rodrigues, en qualité d’agents,
– pour le gouvernement allemand, par MM. J. Möller et R. Kanitz, en qualité d’agents,
– pour la Commission européenne, par Mme P. Carlin, MM. P. Caro de Sousa, G. Coelho et A. Ferrand, en qualité d’agents,
ayant entendu l’avocate générale en ses conclusions à l’audience du 12 février 2026,
rend le présent
Arrêt
1 La demande de décision préjudicielle porte sur l’interprétation de l’article 3, sous a), de l’article 4, de l’article 5, paragraphe 1, sous a) et e), de l’article 6, paragraphe 1, sous a) à c), de l’article 8, paragraphe 3, ainsi que de l’article 11 de la directive 2008/7/CE du Conseil, du 12 février 2008, concernant les impôts indirects frappant les rassemblements de capitaux (JO 2008, L 46, p. 11).
2 Cette demande a été présentée dans le cadre d’un litige opposant NOVA IBEROMOLDES – SGPS, S. A. (ci-après « Nova Iberomoldes ») à l’Autoridade Tributária e Aduaneira (autorité fiscale et douanière, Portugal) (ci-après l’« administration fiscale ») au sujet d’un avis de liquidation supplémentaire de l’imposto municipal sobre as transmissões onerosas de imóveis (taxe municipale au titre des transmissions d’immeubles à titre onéreux, ci-après l’« IMT ») émis à la suite de la réorganisation d’entreprise effectuée au sein du groupe auquel appartient Nova Iberomoldes.
Le cadre juridique
Le droit de l’Union
3 Aux termes des considérants 2 à 4 de la directive 2008/7 :
« (2) Les impôts indirects qui frappent les rassemblements de capitaux, à savoir le droit d’apport (droit auquel sont soumis les apports en société), le droit de timbre sur les titres et le droit exigible sur les opérations de restructuration, que ces opérations s’accompagnent ou non d’une augmentation de capital, donnent naissance à des discriminations, à des doubles impositions et à des disparités qui entravent la libre circulation des capitaux. Il en va de même en ce qui concerne les autres impôts indirects présentant les mêmes caractéristiques que le droit d’apport ou le droit de timbre sur les titres.
(3) Par conséquent, il y a lieu, pour garantir le bon fonctionnement du marché intérieur, d’harmoniser les législations relatives aux impôts indirects frappant les rassemblements de capitaux en vue d’éliminer, dans toute la mesure du possible, les facteurs qui sont susceptibles de fausser les conditions de concurrence ou d’entraver la libre circulation des capitaux.
(4) Les effets économiques du droit d’apport sont défavorables au regroupement et au développement des entreprises. Ces effets sont particulièrement négatifs dans la conjoncture actuelle, qui commande impérativement que la priorité soit donnée à la relance des investissements. »
4 L’article 1er de cette directive, intitulé « Objet », est libellé comme suit :
« La présente directive réglemente la perception d’impôts indirects :
a) sur les apports aux sociétés de capitaux ;
b) sur les opérations de restructuration de sociétés de capitaux ;
[...] »
5 L’article 2 de ladite directive, intitulé « Société de capitaux », dispose, à son paragraphe 1, sous a) :
« Aux fins de la présente directive, on entend par “société de capitaux” :
a) toute société revêtant une des formes énumérées à l’annexe I ».
6 L’article 3 de la directive 2008/7, intitulé « Apports de capital », énonce :
« Aux fins de la présente directive, sous réserve des dispositions de l’article 4, sont considérées comme des apports de capital les opérations suivantes :
a) la constitution d’une société de capitaux ;
[...] »
7 L’article 4 de cette directive, intitulé « Opérations de restructuration », prévoit, à son paragraphe 1 :
« Aux fins de la présente directive, ne sont pas considérées comme des apports de capital les opérations de restructuration suivantes :
[...]
b) l’acquisition, par une société de capitaux en voie de création ou préexistante, de parts représentant la majorité des droits de vote d’une autre société de capitaux, pour autant que les parts acquises soient rémunérées au moins en partie par des titres représentatifs du capital de la première société. [...] »
8 L’article 5 de ladite directive, intitulé « Opérations non soumises à la fiscalité indirecte », dispose, à son paragraphe 1 :
« Les États membres exonèrent les sociétés de capitaux de toute forme d’imposition indirecte :
a) sur les apports de capital ;
[...]
e) sur les opérations de restructuration visées à l’article 4. »
9 L’article 6 de la même directive, intitulé « Droits et taxe sur la valeur ajoutée », énonce, à son paragraphe 1 :
« Nonobstant l’article 5, les États membres peuvent percevoir les droits et taxes suivants :
a) taxes sur la transmission des valeurs mobilières, perçues forfaitairement ou non ;
b) droits de mutation, y compris taxes de publicité foncière, sur l’apport à une société de capitaux, de biens immeubles ou de fonds de commerce situés sur son territoire ;
c) droits de mutation sur les actifs de toute nature qui font l’objet d’un apport à une société de capitaux, dans la mesure où le transfert de ces biens est rémunéré autrement que par des parts sociales ;
[...] »
10 L’article 7 de la directive 2008/7, intitulé « Perception du droit d’apport dans certains États membres », dispose, à son paragraphe 1 :
« Nonobstant l’article 5, paragraphe 1, point a), les États membres qui percevaient un droit sur les apports à des sociétés de capitaux, ci-après dénommé “droit d’apport”, au 1er janvier 2006, peuvent continuer à percevoir ce droit, pour autant qu’ils se conforment aux dispositions des articles 8 à 14. »
11 Aux termes de l’article 8 de cette directive, intitulé « Taux du droit d’apport » :
« 1. Le droit d’apport est perçu à un taux unique.
[...]
3. Le taux du droit d’apport ne peut en aucun cas être supérieur à 1 %. »
12 L’article 11 de ladite directive régit la détermination de la base imposable du droit d’apport.
13 Le point 22 de l’annexe I de la même directive se réfère, notamment, à la sociedade anónima, à savoir la société anonyme de droit portugais.
Le droit portugais
14 Aux termes de l’article 2 du Código do Imposto Municipal sobre as Transmissões Onerosas de Imóveis (code de la taxe municipale sur les transmissions d’immeubles à titre onéreux), établi par le Decreto-Lei n.º 287/2003 (décret-loi no 287/2003), du 12 novembre 2003, dans sa version en vigueur à la date des faits en cause au principal (ci-après le « code de l’IMT ») :
« 1 – L’IMT frappe les transferts, à titre onéreux, du droit de propriété ou de fractions de ce droit, portant sur des biens immobiliers situés sur le territoire national.
2 – Aux fins du paragraphe 1, relèvent également de la notion de transfert de biens immobiliers :
[...]
d) l’achat d’actions ou de parts dans les sociétés en nom collectif, les sociétés en commandite simple ou les sociétés à responsabilité limitée, lorsque ces sociétés possèdent des biens immobiliers, et que, à la suite de cet achat, d’un amortissement ou de tout autre fait, l’un des associés/actionnaires dispose d’au moins 75 % du capital social, ou lorsque le nombre d’associés/actionnaires est réduit à deux personnes mariées ou en situation d’union de fait.
[...] »
15 Dans le cas des opérations visées à l’article 2, paragraphe 2, sous d), de ce code, l’article 12, paragraphe 4, point 19, sous a), et l’article 17 dudit code prévoient l’application d’un taux d’IMT compris entre 1 et 8 % de la base d’imposition, laquelle correspond à la valeur patrimoniale fiscale des biens immobiliers ou à la valeur comptable du bilan, si celle‑ci est plus élevée.
Le litige au principal et les questions préjudicielles
16 Nova Iberomoldes a été constituée le 28 mars 2019 en tant que société anonyme de droit portugais. Son capital social a été entièrement libéré par des apports en nature, sous la forme de participations que son actionnaire unique détenait dans plusieurs sociétés. Une partie de l’actif de l’une de ces sociétés, à savoir une société à responsabilité limitée dont le capital social est désormais détenu à 100 % par Nova Iberomoldes, était constituée de deux biens immobiliers.
17 À l’issue d’un contrôle de la situation fiscale de l’actionnaire unique de Nova Iberomoldes, l’administration fiscale a considéré que l’opération d’apport d’actifs relative à la constitution de Nova Iberomoldes ne réunissait pas les conditions requises pour l’application d’un régime dénommé « régime de neutralité fiscale » et que cette opération était soumise à l’IMT, en vertu de l’article 2, paragraphe 2, sous d), du code de l’IMT.
18 Nova Iberomoldes a présenté une demande de décision arbitrale au Tribunal Arbitral Tributário (Centro de Arbitragem Administrativa – CAAD) [tribunal arbitral en matière fiscale (centre d’arbitrage administratif – CAAD), Portugal], qui est la juridiction de renvoi, en vue de faire annuler l’avis de liquidation supplémentaire de l’IMT émis par l’administration fiscale. Selon cette société, la règle prévue à l’article 2, paragraphe 2, sous d), du code de l’IMT n’est pas conforme à la directive 2008/7. En l’occurrence, la constitution d’une société de capitaux aurait donné lieu à un apport de capital, au sens de l’article 3, sous a), de cette directive, lequel devrait être exonéré de toute forme d’imposition indirecte, conformément à l’article 5, paragraphe 1, sous a), de ladite directive.
19 Nova Iberomoldes a fait valoir, en outre, que le transfert des parts qui constitue l’apport de capital et qui a été soumis à la liquidation supplémentaire de l’IMT ne relève pas de la dérogation visée à l’article 6 de la directive 2008/7, soit au motif que les parts en question ne sont pas des « valeurs mobilières », au sens de l’article 6, paragraphe 1, sous a), de cette directive, soit au motif que l’IMT n’est pas un « droit de mutation », au sens de l’article 6, paragraphe 1, sous b), de ladite directive. En tout état de cause, même si était admis l’assujettissement de cet apport à l’IMT, l’imposition en résultant violerait le principe du taux unique prévu par la même directive puisque les taux appliqués dépassent le plafond de 1 %, prévu à l’article 8, paragraphe 3, de celle-ci.
20 L’administration fiscale a soutenu, quant à elle, que non seulement la directive 2008/7 n’interdit pas aux États membres de percevoir des taxes sur la transmission de valeurs mobilières, mais qu’elle le permet, à son article 6, paragraphe 1, sous a). Le code de l’IMT prévoirait que certaines opérations comportant le transfert indirect de biens immobiliers sont soumises à l’IMT, qui viserait à éviter que, par l’achat de parts de sociétés possédant des biens immobiliers, la propriété d’un immeuble puisse être acquise, de manière indirecte, sans avoir été imposée.
21 Nourrissant des doutes quant à la compatibilité de la législation nationale avec la directive 2008/7, le Tribunal Arbitral Tributário (Centro de Arbitragem Administrativa – CAAD) [tribunal arbitral en matière fiscale (centre d’arbitrage administratif – CAAD)] a décidé de surseoir à statuer et de poser à la Cour les questions préjudicielles suivantes :
« 1) Un impôt qui frappe les transferts à titre onéreux du droit de propriété ou de fractions de ce droit sur des biens immobiliers et qui assimile à la notion de transfert de biens immobiliers tout fait en vertu duquel un actionnaire dispose d’au moins 75 % du capital social d’une société possédant des biens immobiliers (tel que [l’IMT] en cause) doit-il être considéré comme un “impôt indirect” frappant les rassemblements de capitaux au sens de la directive [2008/7] ?
2) En cas de réponse affirmative à la première question, une opération telle que celle en cause, par laquelle une société de capitaux, au sens de l’article 2 de la directive [2008/7], est constituée en vue d’exercer l’activité de holding et voit son capital social entièrement libéré au moyen de participations que la société apporteuse (qui exerce également l’activité de holding) détenait dans d’autres sociétés, sans transfert d’autres éléments, de moyens ni de l’ensemble des instruments de capitaux propres, en contrepartie de quoi la société apporteuse reçoit la totalité du capital social de la société bénéficiaire, doit-elle être qualifiée, aux fins de cette directive, d’apport de capital (au sens de l’article 3 de la directive) ou d’opération de restructuration (au sens de l’article 4 de la directive) ?
3) En cas de réponse affirmative à la première question, l’article 5, paragraphe 1, sous a) ou e), de la directive [2008/7] interdit-il l’imposition de l’opération en cause au titre de l’article 2, paragraphe 2, sous d), du [code de l’IMT], qui assimile la cession de parts représentant au moins 75 % du capital social d’une société possédant des biens immobiliers à la notion de transfert de biens immobiliers ?
4) En cas de réponse affirmative à la troisième question, les “parts” transférées doivent-elle être considérées comme des “valeurs mobilières”, au sens de l’article [6], paragraphe 1, sous a), de la directive [2008/7] ?
5) En cas de réponse affirmative à la troisième question, l’[IMT] doit-il être considéré comme un “droit de mutation” au sens de l’article [6], paragraphe 1, sous b) ou c), de la directive [2008/7] ?
6) S’il est établi que l’article 2, paragraphe 2, sous d), du [code de l’IMT] est conforme à la directive [2008/7], l’article 8, paragraphe 3, et l’article 11 de cette directive s’opposent-ils aux règles prévues à l’article 12, paragraphe 4, point 19, sous a), et à l’article 17 du code susmentionné qui prévoient l’application d’un taux compris entre 1 et 8 % en fonction de la base d’imposition, laquelle est déterminée selon la valeur patrimoniale fiscale des immeubles ou la valeur comptable du bilan, si celle-ci est plus élevée ? »
Sur les questions préjudicielles
Sur les première à cinquième questions
22 Selon une jurisprudence constante, dans le cadre de la coopération entre les juridictions nationales et la Cour instituée à l’article 267 TFUE, il appartient à celle-ci de donner au juge national une réponse utile qui lui permette de trancher le litige dont il est saisi. Dans cette optique, il incombe, le cas échéant, à la Cour de reformuler les questions qui lui sont soumises. Il lui appartient, à cet égard, d’extraire de l’ensemble des éléments fournis par la juridiction nationale, et notamment de la motivation de la décision de renvoi, les éléments de droit de l’Union qui appellent une interprétation compte tenu de l’objet du litige (voir, en ce sens, arrêts du 13 décembre 1984, Haug-Adrion, 251/83, EU:C:1984:397, point 9, et du 23 octobre 2025, Zlakov, C‑744/23, EU:C:2025:816, point 17).
23 En l’occurrence, compte tenu du cadre factuel tel qu’il est présenté dans la décision de renvoi, il y a lieu de comprendre les première à cinquième questions comme invitant la Cour à déterminer si l’article 3, sous a), l’article 4, paragraphe 1, sous b), l’article 5, paragraphe 1, sous a) et e), et l’article 6, paragraphe 1, sous a) à c), de la directive 2008/7 doivent être interprétés en ce sens qu’ils s’opposent à une réglementation nationale qui prévoit qu’une opération de constitution d’une société de capitaux dont le capital social est entièrement libéré au moyen de participations détenues dans d’autres sociétés possédant des biens immobiliers par la société apporteuse, laquelle reçoit, en contrepartie, la totalité du capital social de la société ainsi constituée, fait l’objet d’une imposition dont la base est déterminée selon la valeur patrimoniale fiscale de ces biens immobiliers ou, le cas échéant, la valeur comptable du bilan.
Sur l’article 3, sous a), l’article 4, paragraphe 1, sous b), et l’article 5, paragraphe 1, de la directive 2008/7
24 Afin de répondre à la question ainsi reformulée, il y a lieu de rappeler que la directive 2008/7 a procédé à une harmonisation exhaustive des cas dans lesquels les États membres peuvent soumettre les rassemblements de capitaux à des impôts indirects (arrêt du 24 février 2022, Viva Telecom Bulgaria, C‑257/20, EU:C:2022:125, point 65 et jurisprudence citée).
25 Ainsi qu’il ressort des considérants 2 à 4 de cette directive, cette harmonisation vise à éliminer, dans toute la mesure du possible, les facteurs qui sont susceptibles de fausser les conditions de concurrence ou d’entraver la libre circulation des capitaux, en vue de garantir le bon fonctionnement du marché intérieur (arrêt du 22 avril 2015, Drukarnia Multipress, C‑357/13, EU:C:2015:253, point 31).
26 La pleine réalisation de cet objectif suppose que des rassemblements de capitaux ne soient frappés par des impôts indirects que dans des conditions strictes qui ont été fixées par le législateur de l’Union (voir, en ce sens, arrêt du 22 avril 2015, Drukarnia Multipress, C‑357/13, EU:C:2015:253, point 32).
27 À cette fin, l’article 5, paragraphe 1, sous a) et e), de la directive 2008/7 impose aux États membres d’exonérer les sociétés de capitaux de toute forme d’imposition indirecte sur les apports de capital visés à l’article 3 de cette directive et sur les opérations de restructuration visées à l’article 4 de celle-ci.
28 Aux termes de l’article 3, sous a), de la directive 2008/7, la notion d’« apport de capital » inclut la constitution d’une société de capitaux. Toutefois, en vertu de l’article 4, paragraphe 1, de cette directive, n’est pas considérée comme un apport de capital l’opération de restructuration visée, notamment, au point b) de cette disposition, à savoir « l’acquisition, par une société de capitaux en voie de création ou préexistante, de parts représentant la majorité des droits de vote d’une autre société de capitaux, pour autant que les parts acquises soient rémunérées au moins en partie par des titres représentatifs du capital de la première société ».
29 En l’occurrence, conformément à l’article 3, sous a), de la directive 2008/7, la constitution de Nova Iberomoldes, dont il est constant qu’elle est une société de capitaux, au sens de l’article 2 de cette directive, relève, en principe, de la notion d’« apport de capital ». Cependant, il ressort de la décision de renvoi que le capital social de Nova Iberomoldes a été intégralement libéré, par la société qui est son actionnaire unique, par voie d’apport de parts que détenait cette société dans le capital d’autres sociétés et représentant chaque fois entre 50 et 100 % du capital social de celles-ci. En contrepartie de ces parts, la société apporteuse a reçu l’ensemble des titres représentatifs du capital de Nova Iberomoldes.
30 Dans la mesure où lesdites parts, ainsi acquises par Nova Iberomoldes, représentaient la majorité des droits de vote d’autres sociétés de capitaux, et où les mêmes parts étaient rémunérées par des titres représentatifs du capital de Nova Iberomoldes, l’opération dans le cadre de laquelle cette dernière a été formée répond aux critères prévus à l’article 4, paragraphe 1, sous b), de la directive 2008/7 et constitue donc, comme l’ont également fait observer le gouvernement allemand et la Commission européenne, une opération de restructuration, au sens de cette disposition. L’absence de transfert d’autres éléments, de moyens ou de l’ensemble des instruments de capitaux propres est dénuée de pertinence à cet égard.
31 Partant, conformément à l’article 5, paragraphe 1, sous e), de la directive 2008/7, les États membres doivent exonérer les sociétés de capitaux de toute forme d’imposition indirecte sur une opération de restructuration telle que celle en cause au principal.
32 En ce qui concerne l’interprétation de cette notion d’« imposition indirecte », il est de jurisprudence constante que, eu égard à l’objectif poursuivi par la directive 2008/7, rappelé au point 25 du présent arrêt, l’article 5 de celle-ci doit faire l’objet d’une interprétation large, afin d’éviter que l’interdiction d’imposition qu’il édicte ne soit privée d’effet utile (voir, en ce sens, arrêts du 28 juin 2007, Albert Reiss Beteiligungsgesellschaft, C‑466/03, EU:C:2007:385, point 39 ; du 19 octobre 2017, Air Berlin, C‑573/16, EU:C:2017:772, point 31, et du 5 juin 2025, Corner and Border, C‑685/23, EU:C:2025:398, point 30 ainsi que jurisprudence citée).
33 Cela étant, l’article 5 de la directive 2008/7 n’impose pas aux États membres d’exonérer les opérations visées à son paragraphe 1 de toute forme d’imposition directe (voir, en ce sens, arrêt du 24 février 2022, Viva Telecom Bulgaria, C‑257/20, EU:C:2022:125, point 71). En particulier, la Cour a déjà jugé que l’harmonisation prévue par cette directive ne porte pas sur les impôts directs, qui, tel l’impôt sur le revenu des sociétés, relèvent, en principe, de la compétence des États membres, dans le respect du droit de l’Union (voir, en ce sens, arrêts du 26 septembre 1996, Frederiksen, C‑287/94, EU:C:1996:354, point 21, et du 24 février 2022, Viva Telecom Bulgaria, C‑257/20, EU:C:2022:125, point 70 ainsi que jurisprudence citée).
34 La qualification d’une imposition, d’une taxe, d’un droit ou d’un prélèvement au regard du droit de l’Union incombe à la Cour en fonction des caractéristiques objectives de l’imposition, indépendamment de la qualification qui lui est donnée en droit national (voir, en ce sens, arrêts du 13 février 1996, Bautiaa et Société française maritime, C‑197/94 et C‑252/94, EU:C:1996:47, point 39 ; du 19 mars 2002, Commission/Grèce, C‑426/98, EU:C:2002:180, point 23, ainsi que du 30 mars 2006, Aro Tubi Trafilerie, C‑46/04, EU:C:2006:210, point 26 et jurisprudence citée).
35 S’agissant de la qualification de l’imposition en cause au principal, résultant de l’application de l’article 2, paragraphe 2, sous d), du code de l’IMT, il convient de relever d’emblée que, conformément à la jurisprudence constante rappelée au point précédent, est dénué de pertinence le fait que, selon le droit national, cette imposition peut être comprise comme étendant l’imposition prévue à l’article 2, paragraphe 1, de ce code en ce qu’est assimilée à la notion de transfert de biens immobiliers toute opération en vertu de laquelle un associé ou un actionnaire se voit conférer au moins 75 % du capital social d’une société possédant des biens immobiliers.
36 En outre, il y a lieu de constater que l’imposition en cause au principal se distingue de la catégorie des impôts directs puisqu’elle frappe non pas la perception d’un revenu ou la possession d’un patrimoine par un contribuable, mais la circulation de parts de sociétés possédant des biens immobiliers, sans que soit déterminant, dans ce contexte, laquelle des parties impliquées dans la transaction portant sur ces parts est désignée, en droit national, comme étant redevable.
37 Plus spécifiquement, en application de l’article 2, paragraphe 2, sous d), du code de l’IMT, font l’objet d’une imposition des opérations spécifiques, dont notamment l’achat de parts dans une société à responsabilité limitée, lorsque cette société possède des biens immobiliers et que, à la suite de cet achat, l’acheteur dispose d’au moins 75 % du capital social de ladite société. Cela vaut également en cas d’apport de parts d’une société possédant des biens immobiliers à une société de capitaux, en contrepartie duquel la société apporteuse reçoit des parts de la société bénéficiaire de cet apport.
38 Partant, l’IMT est perçu à l’occasion du transfert de parts d’une société possédant des biens immobiliers, y compris en cas d’apport à une société de capitaux de telles parts. Or, dans ce dernier cas, l’imposition relève de l’article 5, paragraphe 1, de la directive 2008/7 (voir, par analogie, arrêt du 11 décembre 1997, Immobiliare SIF, C‑42/96, EU:C:1997:602, point 25).
39 Cette conclusion n’est pas remise en cause par l’argumentation avancée par les gouvernements portugais et allemand selon laquelle le fait générateur d’une imposition telle que celle résultant de l’application de l’article 2, paragraphe 2, sous d), du code de l’IMT réside non pas dans le transfert de parts sociales dans le cadre d’opérations d’apports en nature, mais dans le transfert économique de la propriété d’immeubles.
40 En effet, d’une part, pour autant que ces gouvernements se réfèrent à la circonstance que l’IMT n’est pas dû lorsque les sociétés dont les parts sont transférées ne possèdent pas de biens immobiliers, il n’en reste pas moins que cet impôt est perçu lorsque ces sociétés possèdent de tels biens et que les autres conditions prévues à l’article 2, paragraphe 2, sous d), du code de l’IMT sont remplies.
41 D’autre part, concernant l’argument du gouvernement allemand selon lequel la base imposable de l’IMT correspond, en l’occurrence, non pas à la valeur des parts apportées, mais à la valeur patrimoniale fiscale des biens immobiliers concernés, il importe de relever que l’interdiction d’imposition édictée à l’article 5 de la directive 2008/7 ne se limite nullement aux seuls impôts qui frappent un apport en tant que tel car, dans le cas contraire, cet article 5 risquerait d’être privé de son effet utile (voir, en ce sens, arrêts du 5 mars 1998, Solred, C‑347/96, EU:C:1998:87, point 21 et jurisprudence citée ; du 27 octobre 1998, FECSA et ACESA, C‑31/97 et C‑32/97, EU:C:1998:508, point 22, ainsi que du 29 septembre 1999, Modelo, C‑56/98, EU:C:1999:460, point 27). Or, la perception de l’IMT à l’occasion d’un apport de parts d’une société possédant des biens immobiliers à une société de capitaux se traduit, sous l’angle de ses effets, par un assujettissement de cet apport à cet impôt (voir, par analogie, arrêt du 11 décembre 1997, Immobiliare SIF, C‑42/96, EU:C:1997:602, point 31).
42 Au vu des motifs qui précèdent, il y a lieu de considérer qu’une imposition telle que celle en cause au principal, résultant de l’application de l’article 2, paragraphe 2, sous d), du code de l’IMT, est une imposition indirecte relevant de l’interdiction de toute imposition de cette nature, instituée par l’article 5, paragraphe 1, de la directive 2008/7 pour certaines opérations, dont celles de restructuration.
Sur l’article 6, paragraphe 1, sous a) à c), de la directive 2008/7
43 L’article 6, paragraphe 1, de la directive 2008/7 fixe la liste exhaustive des taxes et des droits, autres que le droit d’apport visé à l’article 7 de cette directive, qui, par dérogation à l’article 5 de ladite directive, peuvent frapper les sociétés de capitaux à l’occasion des opérations visées par cette dernière disposition.
44 Dans la mesure où l’article 6 de la directive 2008/7 constitue une dérogation à l’interdiction de principe édictée à l’article 5 de cette directive, les dispositions de cet article 6 sont d’interprétation stricte (voir, en ce sens, arrêts du 15 juillet 2004, Commission/Belgique, C‑415/02, EU:C:2004:450, point 37, et du 9 octobre 2014, Gielen, C‑299/13, EU:C:2014:2266, points 28 et 29 ainsi que jurisprudence citée).
45 En l’occurrence, la juridiction de renvoi cherche plus particulièrement à savoir si l’imposition en cause au principal est susceptible de relever de l’une des dérogations figurant à l’article 6, paragraphe 1, sous a) à c), de la directive 2008/7.
– Sur l’article 6, paragraphe 1, sous a), de la directive 2008/7
46 Conformément à l’article 6, paragraphe 1, sous a), de la directive 2008/7, les États membres peuvent percevoir des « taxes sur la transmission des valeurs mobilières, perçues forfaitairement ou non ».
47 À cet égard, il ressort de la jurisprudence de la Cour que cette disposition permet de percevoir une taxe en cas de transmission de valeurs mobilières telles que des actions, indépendamment de la question de savoir si la société émettrice de ces actions est admise à la cote d’une Bourse et si la transmission de celles-ci a lieu en Bourse ou directement du cédant à l’acquéreur (voir, en ce sens, arrêt du 17 décembre 1998, Codan, C‑236/97, EU:C:1998:617, point 31, et ordonnance du 6 octobre 2010, INMOGOLF, C‑487/09, EU:C:2010:586, point 18 ainsi que jurisprudence citée). La Cour a également jugé que la cession de parts sociales relève de la notion de transmission de valeurs mobilières (arrêt du 7 septembre 2006, Organon Portuguesa, C‑193/04, EU:C:2006:519, point 20).
48 Toutefois, l’article 6, paragraphe 1, sous a), de la directive 2008/7 étant une disposition dérogatoire, elle n’a vocation à s’appliquer qu’aux transmissions de valeurs mobilières constituant une opération autonome, et non pas aux transmissions de valeurs mobilières qui constituent une opération accessoire, intégrée à une opération visée par l’article 5 de cette directive (voir, en ce sens, arrêts du 15 juillet 2004, Commission/Belgique, C‑415/02, EU:C:2004:450, points 38 et 39 ; du 1er octobre 2009, HSBC Holdings et Vidacos Nominees, C‑569/07, EU:C:2009:594, point 34, ainsi que du 19 octobre 2017, Air Berlin, C‑573/16, EU:C:2017:772, point 36).
49 En l’occurrence, il y a, certes, eu un transfert de parts, l’actionnaire unique de Nova Iberomoldes ayant apporté à cette société, pour libérer le capital de celle-ci, les parts qu’il détenait dans le capital d’autres sociétés. Toutefois, ce transfert constituait non pas une opération autonome, mais une opération accessoire, intégrée à une opération de restructuration, telle que visée à l’article 5, paragraphe 1, sous e), de la directive 2008/7. Sur ce point, la présente affaire se distingue donc de l’affaire ayant donné lieu à l’ordonnance du 6 octobre 2010, INMOGOLF (C‑487/09, EU:C:2010:586), à laquelle se réfère la Commission.
50 Partant, une imposition telle que celle en cause au principal ne relève pas du champ d’application de l’article 6, paragraphe 1, sous a), de la directive 2008/7.
– Sur l’article 6, paragraphe 1, sous b) et c), de la directive 2008/7
51 En vertu de l’article 6, paragraphe 1, sous b) et c), de la directive 2008/7, les États membres peuvent percevoir, respectivement, des « droits de mutation, y compris taxes de publicité foncière, sur l’apport à une société de capitaux, de biens immeubles ou de fonds de commerce situés sur son territoire » et des « droits de mutation sur les actifs de toute nature qui font l’objet d’un apport à une société de capitaux, dans la mesure où le transfert de ces biens est rémunéré autrement que par des parts sociales ».
52 À cet égard, il convient de noter d’emblée qu’une opération telle que celle en cause au principal n’est pas susceptible de relever du champ d’application de l’article 6, paragraphe 1, sous c), de la directive 2008/7, ne serait-ce qu’au motif que la condition selon laquelle le transfert des actifs doit être rémunéré autrement que par des parts sociales n’est pas remplie. En effet, l’apport de parts d’autres sociétés par l’actionnaire unique de Nova Iberomoldes à cette société a eu pour contrepartie les parts de celle-ci.
53 En ce qui concerne l’article 6, paragraphe 1, sous b), de la directive 2008/7, il ressort de la jurisprudence de la Cour que cette disposition permet la perception de droits à l’occasion du transfert du droit de propriété sur des biens immeubles ou des fonds de commerce, en fonction de critères généraux et objectifs (voir, en ce sens, arrêt du 15 juin 2006, Badischer Winzerkeller, C‑264/04, EU:C:2006:402, points 32 à 34 et jurisprudence citée).
54 En l’occurrence, il est constant qu’aucun transfert du droit de propriété n’a eu lieu. En effet, les deux biens immobiliers en cause dans le litige au principal sont restés la propriété de la société dont les parts ont été apportées à Nova Iberomoldes par son actionnaire unique.
55 Le gouvernement allemand fait cependant valoir que relèvent de l’article 6, paragraphe 1, sous b), de la directive 2008/7 non seulement les transferts de la propriété juridique de biens immobiliers, mais également les transferts économiques qui, selon ce gouvernement, s’y assimilent. Or, d’un point de vue économique, ce serait précisément un transfert effectif qui serait taxé en l’occurrence.
56 Cette argumentation ne saurait être retenue. Ainsi qu’il ressort de la décision de renvoi, la liquidation supplémentaire de l’IMT en cause au principal a été opérée à la suite d’une opération de réorganisation d’entreprise effectuée au sein du groupe auquel appartient Nova Iberomoldes. Cette dernière a été constituée en vue d’exercer l’activité de holding, son capital social étant entièrement libéré au moyen de participations que son actionnaire unique, qui exerce également une activité de holding, détenait dans d’autres sociétés.
57 Or, même à supposer que, comme avancé par le gouvernement allemand, il faille adopter une perspective économique, il apparaît que, lors d’une opération telle que celle en cause au principal, concernant une réorganisation d’entreprise effectuée au sein d’un groupe de sociétés, non seulement il n’y a pas eu de transfert de la propriété juridique de biens immobiliers, mais il n’y a pas eu non plus de transfert de la propriété effective de tels biens.
58 Dans ces circonstances, l’article 6, paragraphe 1, sous b), de la directive 2008/7 n’est pas applicable.
59 Cette interprétation est corroborée par des considérations tenant au contexte dans lequel s’inscrit cette disposition ainsi qu’aux objectifs poursuivis par la directive 2008/7.
60 En effet, d’une part, ainsi qu’il a été rappelé au point 44 du présent arrêt, l’article 6 de la directive 2008/7 constitue une dérogation à l’interdiction édictée à l’article 5 de cette directive, de sorte que, en tant qu’exceptions à la règle de non-imposition, les dispositions de cet article 6 sont d’interprétation stricte.
61 D’autre part, comme il ressort de ses considérants 3 et 4, la directive 2008/7 vise, entre autres, à réduire les obstacles fiscaux à la réorganisation des entreprises (voir également, par analogie, arrêt du 13 octobre 1992, Commerz-Credit-Bank, C‑50/91, EU:C:1992:386, point 11). Or, cet objectif se verrait compromis si le point de vue défendu par le gouvernement allemand était suivi.
62 Partant, une imposition telle que celle en cause au principal ne relève pas du champ d’application de l’article 6, paragraphe 1, sous b) et c), de la directive 2008/7.
Sur la prévention de la fraude et de l’évasion fiscales
63 Le gouvernement portugais soutient par ailleurs que l’imposition résultant de l’application de l’article 2, paragraphe 2, sous d), du code de l’IMT se justifie par l’objectif de prévenir la fraude et l’évasion fiscales.
64 À cet égard, il convient de relever que la directive 2008/7 ne contient aucune règle spécifiquement destinée à prévenir le risque de fraude ou d’évasion fiscales, mais que les États membres peuvent s’opposer à l’application du droit de l’Union dans des circonstances constitutives d’une pratique frauduleuse ou abusive (voir, en ce sens, arrêts du 8 novembre 2007, ING. AUER, C‑251/06, EU:C:2007:658, points 40 et 41, ainsi que du 9 juillet 2009, Commission/Espagne, C‑397/07, EU:C:2009:436, point 29 et jurisprudence citée).
65 Toutefois, les États membres ne sauraient se fonder, dans ce contexte, sur des présomptions générales (voir, en ce sens, arrêt du 9 juillet 2009, Commission/Espagne, C‑397/07, EU:C:2009:436, point 30 et jurisprudence citée).
66 Or, il y a lieu de constater qu’une disposition telle que l’article 2, paragraphe 2, sous d), du code de l’IMT est fondée sur une présomption générale puisque, eu égard à son libellé, elle semble s’appliquer, sans exception, à toute opération dans le cadre de laquelle sont transférées des parts de sociétés dont les actifs comprennent des biens immobiliers, indépendamment du fait qu’il existe ou non un indice concret concernant l’existence d’une pratique frauduleuse ou abusive.
67 Partant, s’agissant d’opérations relevant de l’article 5 de la directive 2008/7, l’application d’une disposition telle que l’article 2, paragraphe 2, sous d), du code de l’IMT va au-delà de ce qui est nécessaire pour atteindre l’objectif de lutte contre la fraude et l’évasion fiscales et n’est donc pas conforme au principe de proportionnalité que les États membres doivent respecter dans la poursuite de cet objectif (voir, en ce sens, arrêt du 20 décembre 2017, Deister Holding et Juhler Holding, C‑504/16 et C‑613/16, EU:C:2017:1009, point 56 ainsi que jurisprudence citée).
68 De surcroît, et en tout état de cause, le gouvernement portugais n’a pas soutenu que l’opération en cause au principal relevait d’une pratique frauduleuse ou abusive et il ne ressort d’ailleurs d’aucun élément du dossier dont dispose la Cour que tel serait le cas (voir, par analogie, arrêt du 13 mars 2025, John Cockerill, C‑135/24, EU:C:2025:176, point 51).
69 Eu égard à l’ensemble des considérations qui précèdent, il y a lieu de répondre aux première à cinquième questions que l’article 3, sous a), l’article 4, paragraphe 1, sous b), l’article 5, paragraphe 1, sous a) et e), et l’article 6, paragraphe 1, sous a) à c), de la directive 2008/7 doivent être interprétés en ce sens qu’ils s’opposent à une réglementation nationale qui prévoit qu’une opération de constitution d’une société de capitaux dont le capital social est entièrement libéré au moyen de participations détenues dans d’autres sociétés possédant des biens immobiliers par la société apporteuse, laquelle reçoit, en contrepartie, la totalité du capital social de la société ainsi constituée, fait l’objet d’une imposition dont la base est déterminée selon la valeur patrimoniale fiscale de ces biens immobiliers ou, le cas échéant, la valeur comptable du bilan.
Sur la sixième question
70 Compte tenu de la réponse donnée aux première à cinquième questions, il n’y a pas lieu de répondre à la sixième question.
Sur les dépens
71 La procédure revêtant, à l’égard des parties au principal, le caractère d’un incident soulevé devant la juridiction de renvoi, il appartient à celle-ci de statuer sur les dépens. Les frais exposés pour soumettre des observations à la Cour, autres que ceux desdites parties, ne peuvent faire l’objet d’un remboursement.
Par ces motifs, la Cour (première chambre) dit pour droit :
L’article 3, sous a), l’article 4, paragraphe 1, sous b), l’article 5, paragraphe 1, sous a) et e), et l’article 6, paragraphe 1, sous a) à c), de la directive 2008/7/CE du Conseil, du 12 février 2008, concernant les impôts indirects frappant les rassemblements de capitaux,
doivent être interprétés en ce sens que :
ils s’opposent à une réglementation nationale qui prévoit qu’une opération de constitution d’une société de capitaux dont le capital social est entièrement libéré au moyen de participations détenues dans d’autres sociétés possédant des biens immobiliers par la société apporteuse, laquelle reçoit, en contrepartie, la totalité du capital social de la société ainsi constituée, fait l’objet d’une imposition dont la base est déterminée selon la valeur patrimoniale fiscale de ces biens immobiliers ou, le cas échéant, la valeur comptable du bilan.
Signatures
* Langue de procédure : le portugais.
Ordonnance du président du Tribunal du 12 juin 2026.#Elettra 1938 SpA contre Commission européenne.#Référé – Concurrence – Décision de la Commission infligeant une amende – Garantie bancaire – Demande de mesures provisoires – Fumus boni juris – Urgence – Mise en balance des intérêts.#Affaire T-140/26 R.
12/06/2026
Arrêt de la Cour (quatrième chambre) du 11 juin 2026.#NKO AO National Settlement Depository (NSD) contre Conseil de l'Union européenne.#Pourvoi – Mesures restrictives prises au regard de l’agression militaire contre l’Ukraine – Décision 2014/145/PESC – Article 2, paragraphe 1, sous f) – Règlement (UE) no 269/2014 – Article 3, paragraphe 1, sous f) – Gel de fonds et de ressources économiques – Notion de “soutien matériel ou financier au gouvernement de la Fédération de Russie” – Obligation de motivation – Interprétation – Droit de propriété – Limitations – Principe de proportionnalité – Prise en compte de la situation des clients de la requérante et de leurs intérêts économiques.#Affaire C-801/24 P.
11/06/2026
Arrêt de la Cour (quatrième chambre) du 11 juin 2026.#Centro Petroli Roma Srl contre Agenzia delle Dogane e dei Monopoli.#Renvoi préjudiciel – État de droit – Indépendance des juges – Article 267 TFUE – Obligation de renvoi préjudiciel des juridictions nationales statuant en dernier ressort – Responsabilité individuelle des juges – Fiscalité – Régime général d’accise – Directive 2008/118/CE – Article 16, paragraphe 1 – Entrepôt fiscal – Ouverture et exploitation – Autorisation – Conditions – Fixation par la réglementation nationale – Distinction selon la capacité de stockage des entrepôts – Critère tenant à l’existence de “réelles nécessités opérationnelles et [d’un] besoin effectif d’approvisionnement de l’installation” pour tous les entrepôts – Critère supplémentaire tenant à la livraison d’une quantité minimale de produits sur une période de référence ou à la dépendance à un autre entrepôt fiscal pour les entrepôts de petite capacité – Justification – Principe de proportionnalité.#Affaire C-386/24.
11/06/2026
Arrêt de la Cour (quatrième chambre) du 11 juin 2026.#LH contre OTP banka d.d., anciennement NOVA KREDITNA BANKA MARIBOR.#Renvoi préjudiciel – Rapprochement des législations – Services financiers – Accès à un compte de paiement assorti de prestations de base – Directive 2014/92/UE – Article 16, paragraphe 4 – Prévention de l’utilisation du système financier aux fins du blanchiment de capitaux et du financement du terrorisme – Directive (UE) 2015/849 – Consommateur figurant sur la liste de l’Office du contrôle des actifs étrangers du Trésor américain – Refus d’ouverture d’un tel compte de paiement.#Affaire C-81/24.
11/06/2026