| CELEX | 62024TJ0256 |
| Type | Jurisprudence CJUE |
| Date | mercredi 15 juillet 2026 |
ARRÊT DU TRIBUNAL (sixième chambre)
15 juillet 2026 (*)
« Clause compromissoire – Extension et remise à niveau du bâtiment Konrad Adenauer à Luxembourg – Contrat de services portant sur le suivi de travaux au titre du génie technique – Retard du chantier – Imputabilité – Refus du Parlement de régler certaines factures – Non-lieu à statuer partiel »
Dans l’affaire T‑256/24,
RMC-Consulting Sàrl, établie à Luxembourg (Luxembourg),
Felgen & Associés Engineering SA, établie à Luxembourg,
Egis Bâtiments International, établie à Montreuil (France),
représentées par Mes M. Molitor et F. Cautaerts, avocats,
parties requérantes,
contre
Parlement européen, représenté par Mmes V. Kapsali et Z. Varga, en qualité d’agentes,
partie défenderesse,
LE TRIBUNAL (sixième chambre),
composé de Mme P. Škvařilová‑Pelzl, présidente, M. I. Nõmm (rapporteur) et Mme R. Pezzuto, juges,
greffière : Mme H. Eriksson, administratrice,
vu la phase écrite de la procédure,
à la suite de l’audience du 25 mars 2026,
rend le présent
Arrêt
1 Par leur recours fondé sur l’article 272 TFUE, les requérantes, RMC‑Consulting Sàrl, Felgen & Associés Engineering SA et Egis Bâtiments International, demandent la condamnation du Parlement européen au paiement de factures échues et impayées liées à des prestations réalisées au titre du contrat de services CNT (2013) 72 (ci-après le « contrat de services ») et de dommages et intérêts en réparation du préjudice causé par le défaut de paiement desdites factures, ainsi que la restitution de la garantie bancaire de bonne fin d’exécution.
I. Antécédents du litige
2 En 2011 a été lancé un projet immobilier de rénovation et d’extension du bâtiment Konrad Adenauer du Parlement à Luxembourg. Selon le chapitre C du cahier des charges, ce projet était initialement constitué de quatre périodes : période 0 (phase de démarrage), période 1 (allant du début du chantier Est à la réception du chantier Est), période 2 (allant de la réception du chantier Est à la réception du chantier Ouest), et période 3 (allant de la réception du chantier Ouest à la fin de la mission).
3 À la suite de l’échec d’un premier appel d’offres lancé en 2011 en vue de contracter une maîtrise d’œuvre de suivi des travaux de construction et de la remise à niveau du bâtiment existant, un coordinateur sécurité et santé et un bureau de contrôle technique, un nouvel appel d’offres a eu lieu en 2013. Dans le cadre de celui-ci, la maîtrise d’œuvre a été divisée en quatre lots : le lot A (coordinateur-pilote), le lot B (architecture), le lot C (génie civil) et le lot D (génie technique).
4 Le 18 juin 2013, les requérantes constituées en association momentanée ont conclu avec le Parlement le contrat de services, lequel portait sur le lot D du projet d’extension et de remise à niveau du bâtiment Konrad Adenauer du Parlement.
5 La mission confiée au lot D correspondait au génie technique, à savoir, selon le cas, le suivi des travaux pour certains lots de construction, le suivi des travaux et l’assistance à la passation des marchés pour un lot de construction, le suivi des travaux, l’assistance à la passation des marchés et la responsabilité des études pour d’autres lots de construction.
6 Plusieurs avenants ont été conclus dont un troisième avenant, le 24 octobre 2016, ayant eu pour effet de limiter le projet au seul chantier Est en supprimant les prestations liées aux périodes 2 et 3 initialement prévues, d’une part, et établi comme date de fin celle de la réception technique finale dudit chantier Est, le 28 septembre 2018, d’autre part. Une période de trois mois additionnels était prévue pour la levée des réserves.
7 Le 15 février 2019, un quatrième avenant a été conclu, par lequel la date de réception du chantier a été reportée au 31 mars 2020 et la levée des réserves au 30 juin 2020 au plus tard. En outre, l’article 2, premier et deuxième alinéas, de cet avenant prévoit une rémunération pour les prestations fournies entre la date d’entrée en vigueur dudit avenant et le 31 mars 2020, selon la formule figurant à l’article 3, paragraphe 1, du même avenant. L’article 2, troisième alinéa, du quatrième avenant prévoit une rémunération supplémentaire dans l’éventualité où l’échéance serait reportée à une date ultérieure au 31 mars 2020, pour autant que ce report ne soit pas imputable au contractant. La formule de rémunération figure à l’article 3, paragraphe 2, de cet avenant.
8 Le 9 mars 2020, le Parlement a adressé un courrier au lot D mettant en avant certains manquements contractuels, notamment des retards survenus sur le chantier. Par courrier du 27 mars 2020, le lot D a réfuté toute responsabilité.
9 Le 14 mai 2020, le lot D a présenté au Parlement la facture 2020/0010, calculée sur la base de la formule figurant à l’article 3, paragraphe 1, du quatrième avenant, portant sur le mois d’avril 2020, laquelle a été réglée en juin 2020.
10 Le 15 juillet 2020, le Parlement a adressé un courrier au lot D relatif au planning des mises en service et réceptions du chantier mettant en avant le nombre insuffisant d’effectifs sur le chantier. Le 10 août 2020, le lot D a répondu à ce courrier.
11 Le 3 novembre 2020 a commencé la mise en exploitation du bâtiment Est, sans que la réception des lots sous le contrôle du lot D ait eu lieu.
12 Le 10 novembre 2020, à la suite de discussions entre le Parlement et le lot D, celui-ci a présenté les factures 2020/0011 à 2020/0015, calculées sur la base de la formule figurant à l’article 3, paragraphe 1, du quatrième avenant, portant sur la période allant du mois de mai au mois d’octobre 2020 et présentées dans la facture 2020/0015 comme le « solde dû suivant [le quatrième avenant] », lesquelles ont été réglées le 9 décembre 2020.
13 Le 8 juillet 2021, le lot D a présenté les factures 2021/0001 à 2021/0012, portant sur la période allant du mois d’avril 2020 au mois de mars 2021, calculées sur la base de la formule 3, paragraphe 2, du quatrième avenant pour les mois d’avril à septembre 2020, en déduisant pour ces mois les sommes déjà réglées par le Parlement et en soulignant que le dépassement du délai prévu était essentiellement lié à la pandémie de COVID-19. Par courrier du 14 juillet 2021, le Parlement a refusé de régler ces factures au motif que la prolongation du chantier était imputable au lot D. Par courriers du 3 août 2021 et du 15 octobre 2021, le lot D a réfuté toute responsabilité dans le retard du chantier et a réitéré sa demande de paiement. Le 20 octobre 2021, le Parlement a de nouveau opposé un refus de paiement desdites factures. Respectivement le 11 novembre 2021 et le 14 décembre 2021, les parties ont réitéré leur position.
14 Par un courrier du 30 mars 2022, le lot D a de nouveau contesté sa responsabilité pour les retards et a demandé une entrevue afin de trouver une solution.
15 Le 25 juillet 2022, le lot D a présenté les factures 2022/0001 à 2022/0013, portant sur la période allant du mois d’avril 2021 au mois d’avril 2022. Par courrier du 22 septembre 2022, le Parlement a refusé de régler ces factures au motif que la prolongation du chantier était imputable au lot D. Le Parlement a également mis en avant que les factures soumises mentionnaient la présence de personnel également facturé au titre du lot R, dont la responsabilité relevait de certaines des requérantes.
16 Plusieurs réunions informelles avec le Parlement se sont déroulées entre le 26 et le 28 octobre 2022, ainsi que le 21 novembre 2022, à la suite desquelles les requérantes ont présenté un chronogramme rectifié des temps de présence, en vue d’établir les factures rectifiées.
17 Le 2 décembre 2022, le lot D a présenté les factures 2022/0039 à 2022/0063, lesquelles remplaçaient les factures antérieures et concernaient les coûts révisés portant sur la période allant du mois d’avril 2020 au mois d’avril 2022 (ci-après les « factures litigieuses »), ainsi que la facture 2022/0064 concernant la prestation relative à la levée des réserves.
18 Le 20 décembre 2022, le Parlement a refusé de régler la facture 2022/0064 au motif qu’elle était prématurée.
19 Le 19 janvier 2023, le lot D a adressé au Parlement une mise en demeure de payer les factures litigieuses ainsi que la facture 2022/0064 et a de nouveau réfuté sa responsabilité pour le retard du chantier. Le 1er février 2023, le Parlement a réitéré son refus au motif que ledit retard était imputable au lot D. Il a, en outre, souligné que les doublons de facturation n’étaient pas encore entièrement corrigés et que la facture 2022/0064 était prématurée. Respectivement le 5 juin et le 17 juillet 2023, les parties ont réitéré leur position.
20 Le 6 octobre 2023, le lot D a fourni au Parlement un tableau explicatif du pourcentage de présence de chaque personne occupée au titre du lot D et du lot R, a renvoyé les factures litigieuses et a réitéré son souhait de trouver une solution amiable. S’agissant plus particulièrement de la facture 2022/0064 relative à la levée des réserves, le lot D a fourni, sous forme de clé USB, le dossier comprenant l’ensemble des plans « as-built » (tels que construits).
21 Le 25 octobre 2023 et le 27 mars 2024 ont eu lieu, respectivement, la réception technique finale du projet et la levée des réserves.
22 Le 8 mai 2024, le Parlement a répondu au courrier du lot D du 6 octobre 2023 que des doublons persistaient et fait valoir qu’aucune discussion amiable n’était possible tant que ceux-ci perduraient. Il a souligné qu’une éventuelle analyse de factures rectifiées ne constituerait pas une acceptation des demandes de paiement du lot D. S’agissant plus particulièrement de la facture 2022/0064, il a relevé qu’une analyse préliminaire du dossier « as-built » faisait apparaître une quantité élevée d’erreurs, manquements et incohérences, et en a déduit que celui-ci avait manqué à son obligation contractuelle de soumettre un dossier complet et détaillé.
23 Le 14 mai 2024, les requérantes ont introduit le présent recours.
II. Faits postérieurs à l’introduction du recours
24 Le 25 novembre 2024, les requérantes ont retiré la facture 2022/0064 relative à la levée des réserves et l’ont remplacée par la facture 2024/0002.
25 Le 10 décembre 2024, le Parlement a décidé de suspendre le paiement de la facture 2024/0002 en application de l’article I.4, paragraphe 5, du contrat de services jusqu’à la communication d’une version révisée du dossier « as-built » conforme aux stipulations contractuelles. Le 11 décembre 2024, les requérantes ont transmis ladite version révisée.
26 Le 24 juin 2025, le Parlement a réglé la facture 2024/0002 et, le 25 juin 2025, la garantie de bonne fin d’exécution a été libérée à la demande du Parlement.
27 Par une lettre de 26 juin 2025 adressée au lot D, tout en soulignant certaines erreurs mineures dans la version révisée du dossier « as-built », le Parlement a expliqué que celles-ci ne constituaient plus un obstacle à sa validation. Il a souligné que ce courrier valait réception des prestations contractuelles du lot D en application de l’article I.8 du contrat de services.
III. Conclusions des parties
28 Dans la requête, les requérantes concluent, en substance, à ce qu’il plaise au Tribunal :
– déclarer le recours recevable ;
– condamner le Parlement au paiement des factures litigieuses ainsi que la facture 2022/0064 et aux intérêts de retard qui s’y rapportent, soit 4 998 850,54 euros ;
– condamner le Parlement à la restitution de la garantie bancaire de bonne fin d’exécution ;
– condamner le Parlement au paiement du préjudice constitué par les frais d’avocats exposés antérieurement à l’introduction au recours, soit 35 855,20 euros ;
– condamner le Parlement aux dépens.
29 En outre, dans la réplique, les requérantes, en substance :
– s’agissant de la demande de paiement de la troisième tranche des prestations relatives à la levée des réserves, renoncent à la demande visant au paiement de la facture 2022/0064 du 13 décembre 2022, mais maintiennent leur demande sur le fondement de la facture 2024/0002 ;
– s’agissant de la demande de paiement de la garantie de bonne fin d’exécution, demandent à ce que celle-ci soit comprise comme visant la garantie émise le 3 décembre 2019 et non le 22 octobre 2013 ;
– s’agissant de la condamnation du Parlement au préjudice constitué par les frais d’avocats exposés antérieurement à l’introduction au recours, l’évaluent désormais à 10 573, 28 euros.
30 Le Parlement conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :
– rejeter le recours comme étant irrecevable ou, à titre subsidiaire, non fondé ;
– condamner les requérantes aux dépens.
31 En outre, dans la duplique, le Parlement conclut, en substance, à ce qu’il plaise au Tribunal :
– constater qu’il n’y a plus lieu de statuer sur la demande de paiement de la facture no 2024/0002 concernant la troisième tranche des prestations relatives à la levée des réserves ;
– constater qu’il n’y a plus lieu de statuer sur la demande concernant la restitution de la garantie de bonne fin d’exécution ;
– écarter comme étant irrecevables les moyens, griefs, arguments et chefs de conclusions à caractère nouveau contenus dans la réplique.
IV. En droit
A. Sur la compétence du Tribunal et le droit applicable
32 Il y a lieu de relever, premièrement, que le Tribunal est compétent pour connaître du présent recours sur le fondement de l’article 272 TFUE, en vertu de la clause compromissoire figurant à l’article I.12 du contrat de services, selon laquelle tout « litige entre le Parlement [...] et le contractant se rapportant à l’exécution ou à l’interprétation du présent contrat, qui n’a pu faire l’objet d’un règlement amiable, est soumis au Tribunal, organe juridictionnel de la Cour de justice de l’Union européenne, en vertu de l’article 256, paragraphe 1, [TFUE] ».
33 Deuxièmement, s’agissant du droit applicable, l’article 340, paragraphe 1, TFUE précise que la responsabilité contractuelle de l’Union européenne est régie par la loi applicable au contrat en cause.
34 En outre, les litiges nés lors de l’exécution d’un contrat doivent être tranchés en principe sur la base des clauses contractuelles [voir arrêt du 18 novembre 2015, Synergy Hellas/Commission, T‑106/13, EU:T:2015:860, point 37 (non publié) et jurisprudence citée]. L’interprétation du contrat au regard des dispositions du droit national applicable au contrat ne se justifie qu’en cas de doute sur le contenu du contrat ou sur la signification de certaines de ses clauses, ou lorsque le contrat seul ne permet pas de résoudre tous les aspects du litige. Partant, il y a lieu de procéder à l’appréciation du bien-fondé de la requête à la lumière des seules stipulations contractuelles et de ne recourir au droit national applicable au contrat que si ces stipulations ne permettent pas de trancher le litige (voir, en ce sens, arrêt du 13 juillet 2017, Talanton/Commission, T‑65/15, non publié, EU:T:2017:491, point 43 et jurisprudence citée).
35 De plus, lorsque les institutions, organes ou organismes de l’Union exécutent un contrat, ils restent soumis aux obligations qui leur incombent en vertu de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne et des principes généraux du droit de l’Union (voir, en ce sens, arrêt du 16 juillet 2020, ADR Center/Commission, C‑584/17 P, EU:C:2020:576, point 86). Ainsi, si les parties décident, dans leur contrat, au moyen d’une clause compromissoire, d’attribuer au juge de l’Union la compétence pour connaître des litiges afférents à ce contrat, ce juge sera compétent, indépendamment du droit applicable stipulé dans ledit contrat, pour examiner d’éventuelles violations de la charte des droits fondamentaux et des principes généraux du droit de l’Union (arrêt du 16 juillet 2020, Inclusion Alliance for Europe/Commission, C‑378/16 P, EU:C:2020:575, point 81).
36 En l’espèce, il est stipulé à l’article I.11 du contrat de services que le « droit de l’Union [...] complété par la loi luxembourgeoise s’applique au présent contrat ».
B. Sur la demande de non-lieu à statuer partiel du Parlement
37 Dans la duplique, le Parlement fait valoir qu’il n’y a plus lieu de statuer, d’une part, sur la demande, incluse dans le deuxième chef de conclusions, portant sur le paiement de la facture 2024/0002 remplaçant la facture 2022/0064 relative à la levée des réserves et, d’autre part, sur le troisième chef de conclusions relatif à la restitution de la garantie bancaire de bonne fin d’exécution, figurant au point 28 ci-dessus.
38 Les requérantes ont présenté leurs observations sur cette demande du Parlement, ce dont il a été pris acte dans le procès-verbal de l’audience.
39 Afin de garantir la bonne administration de la justice, toute personne introduisant une action en justice doit avoir un intérêt à agir né et actuel (arrêt du 30 septembre 2009, Lior/Commission et Commission/Lior, T‑192/01 et T‑245/04, non publié, EU:T:2009:365, point 247). Cet intérêt s’apprécie au jour où le recours est formé (voir arrêt du 20 septembre 2007, Salvat père & fils e.a./Commission, T‑136/05, EU:T:2007:295, point 34 et jurisprudence citée) et doit perdurer jusqu’au prononcé de la décision juridictionnelle, ce qui suppose que le recours soit susceptible, au vu de son objet et par le résultat qui en est attendu, de procurer un bénéfice à la partie qui l’a intenté (voir arrêt du 13 novembre 2014, Jaber/Conseil, T‑653/11, EU:T:2014:948, point 55 et jurisprudence citée).
40 D’une part, force est de constater que les requérantes ont, à la suite de la défense du Parlement, retiré la facture 2022/0064 en la remplaçant par la facture 2024/0002 d’un montant identique, à savoir 160 000 euros, et que cette nouvelle facture a été réglée par le Parlement, leur donnant ainsi satisfaction. En outre, si les requérantes cherchaient à obtenir, à l’égard de la facture 2022/0064, le paiement d’intérêts de retard, le retrait de cette facture rend également sans objet cette demande accessoire.
41 D’autre part, il ressort de l’annexe D.4 de la duplique que le Parlement a demandé, le 25 juin 2025, à l’établissement bancaire de « procéder à la libération totale de garantie de bonne fin [d’exécution] », ce qui correspond à la demande visée au troisième chef de conclusions des requérantes.
42 Au vu de ce qui précède, il n’y a plus lieu de statuer sur le deuxième chef de conclusions en ce qu’il porte sur la facture 2024/0002 et sur le troisième chef de conclusions.
C. Sur la recevabilité
43 Sans formellement soulever une exception d’irrecevabilité au titre de l’article 130 du règlement de procédure du Tribunal, le Parlement avance deux fins de non-recevoir, la première, tirée du manque de clarté et de précision du recours et, la seconde, tirée de l’absence de tentative de règlement amiable préalablement à la saisine du Tribunal.
1. Sur la fin de non-recevoir tirée du manque de clarté et de précision du recours
44 Le Parlement estime la requête contraire à l’article 76, sous d), du règlement de procédure, en raison de ses insuffisances dans la description des faits et du contexte juridique, d’un manque de clarté de l’argumentation et d’une imprécision des chefs de conclusions.
45 Les requérantes soutiennent que la requête est conforme à l’article 76, sous d), du règlement de procédure.
46 En vertu de l’article 21, premier alinéa, du statut de la Cour de justice de l’Union européenne, applicable à la procédure devant le Tribunal conformément à l’article 53, premier alinéa, du même statut, et de l’article 76, sous d), du règlement de procédure du Tribunal, la requête doit, notamment, contenir l’objet du litige et un exposé sommaire des moyens invoqués. Ces éléments doivent être suffisamment clairs et précis pour permettre à la partie défenderesse de préparer sa défense et au Tribunal de statuer sur le recours, le cas échéant sans autres informations. Afin de garantir la sécurité juridique et une bonne administration de la justice, il est nécessaire, pour qu’un recours soit recevable, que les éléments essentiels de fait et de droit sur lesquels celui-ci se fonde ressortent, à tout le moins sommairement, mais d’une façon cohérente et compréhensible, du texte de la requête elle-même (voir arrêt du 12 décembre 2018, SH/Commission, T‑283/17, EU:T:2018:917, point 86 et jurisprudence citée).
47 En l’espèce, il ressort clairement et à suffisance de droit de la requête que les requérantes contestent, d’une part, le refus de paiement par le Parlement des factures correspondant aux frais exposés par le lot D à compter du 1er avril 2020 et, d’autre part, la restitution de la garantie bancaire de bonne fin d’exécution. Il en ressort également qu’elles souhaitent engager la responsabilité du Parlement afin d’obtenir réparation d’un dommage qui serait constitué par les frais d’avocats exposés antérieurement au présent recours.
48 Plus particulièrement, il découle de la requête que l’argumentation des requérantes repose sur la critique d’une méconnaissance par le Parlement de ses obligations au titre du quatrième avenant au contrat de services en refusant de payer les factures litigieuses alors que celles-ci seraient conformes aux stipulations contractuelles et qu’il ne serait pas démontré que le lot D avait méconnu ses obligations contractuelles.
49 Force est de constater que si cette argumentation est parfois sommaire, elle est néanmoins suffisante pour que le Parlement puisse préparer sa défense et le Tribunal statue sur le recours au sens de la jurisprudence citée au point 44 ci-dessus.
50 Il convient, partant, de rejeter cette première fin de non-recevoir.
2. Sur la fin de non-recevoir tirée de l’absence de tentative de règlement amiable préalablement à la saisine du Tribunal
51 Le Parlement soutient que l’article I.12 du contrat de services, lequel imposerait une tentative de règlement amiable du litige avant la saisine du Tribunal, a été méconnu. Il soutient, en substance, qu’une tentative de règlement amiable aurait impliqué que le lot D essaie de corriger les erreurs de facturation identifiées par le Parlement, ce qui n’a pas été le cas.
52 Les requérantes estiment que le recours est recevable dès lors qu’il aurait été précédé d’une procédure précontentieuse, rappellent les différents courriers que le lot D a adressés au Parlement afin d’obtenir un règlement amiable du différend et mettent en exergue le refus de coopération du Parlement à ces occasions.
53 En application de l’article I.12 du contrat de services, seul un litige qui « n’a pas pu faire faire l’objet d’un règlement amiable » peut être soumis au Tribunal. Dès lors que le présent recours a été introduit à la suite de nombreux échanges et réunions entre les parties portant sur le règlement des factures litigieuses, il doit être considéré que des tentatives de règlement amiable se sont déroulées, mais qu’elles ont été infructueuses.
54 Il convient, partant, de rejeter cette seconde fin de non-recevoir et, par voie de conséquence, la contestation de la recevabilité du recours dans son intégralité.
D. Sur le fond
55 À la suite du non-lieu partiel concernant le troisième chef de conclusions et la demande de paiement de la facture 2024/0002, le Tribunal relève que les différents chefs de conclusions peuvent être regroupés en deux demandes visant, premièrement, le paiement des factures échues, augmentées d’intérêts de retard, deuxièmement, la réparation du préjudice constitué par les frais d’avocats exposés antérieurement à l’introduction du recours.
56 S’agissant de la demande de paiement des factures litigieuses, celles-ci portent sur des prestations fournies par le lot D à l’égard desquelles les requérantes estiment disposer d’un droit contractuel au paiement de ces prestations, ce que réfute le Parlement.
57 De manière liminaire, et en application de la jurisprudence rappelée au point 34 ci-dessus, il convient de relever que l’interprétation du contrat au regard des dispositions du droit national le gouvernant revêt un caractère subsidiaire en ce qu’elle ne se justifie qu’en cas de doute sur le contenu du contrat ou sur la signification de certaines de ses clauses, ou lorsque le contrat seul ne permet pas de résoudre tous les aspects du litige.
58 À cet égard, il convient de relever que ce caractère subsidiaire de l’interprétation du contrat au regard du droit national est d’autant plus marqué en l’espèce que l’article I.11 du contrat de services, rappelé au point 36 ci-dessus, stipule que le « droit de l’Union [...] complété par la loi luxembourgeoise s’applique au présent contrat ».
59 S’agissant des clauses contractuelles pertinentes, il convient de relever que, selon l’article 1er (« Durée du marché »), paragraphe 1, du quatrième avenant, le lot D « s’engage à exécuter les prestations objet du contrat et des avenants jusqu’à la fin de la période 1, fixée à la date des présentes au 31 mars 2020 selon le planning établi par le coordinateur-pilote [...] annexé aux présentes, aux conditions fixées par le contrat et ses avenants, sans préjudice des dispositions [du] présent avenant ». Ainsi que cela a été explicité au point 2 ci-dessus, il découle du chapitre C du cahier des charges que la fin de la période 1 correspond à la réception du chantier Est.
60 L’article 2 (« Prix des prestations »), premier alinéa, du quatrième avenant précise que « le prix forfaitaire des prestations objet du contrat et de ses avenants pour la période courante de la date d’entrée en vigueur du présent avenant au 31 mars 2020 est fixé à la somme totale hors taxes de 5 152 397,00 euros ». Selon l’article 2, deuxième alinéa, dudit avenant, « ce prix est ferme, non révisable, et couvre tous les frais supportés par le contractant dans l’exécution des prestations objet du présent avenant y compris les frais relatifs à la levée des réserves et aux décomptes généraux définitifs fixés par les dispositions [du troisième] avenant, en tant que régie plafonnée à 160 000 euros par mois pendant trois mois maximum ».
61 À cet égard, l’article 3, paragraphe 1, du quatrième avenant précise que le « prix des prestations objet du contrat pour la période courant de la date d’entrée en vigueur du présent avenant au 31 mars 2020 sera payé mensuellement sur base d’une part du prix total forfaitaire défini par les dispositions de l’article 2 du présent avenant et d’autre part sur l’état d’avancement global du chantier selon la formule suivante [montant dû pour le mois considéré] = [prix total forfaitaire] x [coefficient d’avancement global du chantier] ».
62 L’article 2, troisième alinéa, du quatrième avenant stipule en outre que, « [p]our le cas où la fin de la période 1 devait être reportée à une date ultérieure au 31 mars 2020, le contractant percevra, pour la période courant du 1er avril 2020 à la date effective de fin de la période 1, une rémunération pour les prestations réalisées au cours de la période, calculée mensuellement par application de la formule visée à l’article 3 du présent avenant, à la condition expresse que le report de la fin de la période 1 à une date ultérieure au 31 mars 2020 ne soit pas imputable au contractant ».
63 À cet égard, l’article 3, paragraphe 2, du quatrième avenant précise que le « prix des prestations objet du contrat pour la période courant du 1er avril 2020 à la date effective de fin de la période 1 pour le cas où la fin de la période 1 devait être reportée à une date ultérieure au 31 mars 2020, sera payé mensuellement sur base du prix total forfaitaire défini par les dispositions de l’article 2 du présent avenant, sur l’état d’avancement global du chantier et le coefficient de présence du personnel par application de la formule suivante : [montant dû pour le mois considéré ] = ([prix total forfaitaire] x [coefficient d’avancement global du chantier]) [x coefficient de présence du personnel] + [prix total forfaitaire] x [coefficient d’avancement global du chantier] ».
64 Enfin, il convient de relever que le coefficient d’avancement global du chantier pertinent tant pour la rémunération prévue à l’article 3, paragraphe 1, du quatrième avenant que pour celle envisagée à l’article 3, paragraphe 2, dudit avenant est déterminé de la manière suivante : [montant total des travaux facturés par les opérateurs économiques attributaires des contrats d’exécution des travaux pour le mois considéré] / [montant total des travaux restant à facturer à compter du 1er octobre 2018 jusqu’à la date de réception provisoire des travaux de la période 1] ».
65 Il résulte de la lecture combinée des articles 2 et 3 du quatrième avenant que deux rémunérations du lot D sont prévues.
66 La première est le prix total forfaitaire prévu dont le paiement est échelonné en fonction de l’avancement des travaux. Cette rémunération au titre du prix forfaitaire est envisagée quelle que soit la date de réception du chantier Est, dès lors qu’elle figure dans les formules prévues tant à l’article 3, paragraphe 1, du quatrième avenant qu’à l’article 3, paragraphe 2, dudit avenant et est déterminée par la formule « [prix total forfaitaire] x [coefficient d’avancement global du chantier] » (ci-après la « rémunération forfaitaire »).
67 La seconde consiste en une rémunération supplémentaire, laquelle est prévue dans l’éventualité où la réception du chantier Est serait reportée à une date postérieure au 31 mars 2020 et à la condition que ce report « ne soit pas imputable au contractant » (ci-après la « rémunération supplémentaire »). Il convient de relever que cette rémunération supplémentaire est elle-même fonction de l’avancement des travaux, dès lors qu’elle repose sur la formule : « ([prix total forfaitaire] x [coefficient d’avancement global du chantier]) [x coefficient de présence du personnel].
68 En outre, il découle du bordereau des prix figurant à l’annexe du quatrième avenant que le prix total forfaitaire de 5 152 397 euros correspondait, pour partie, à des « prestations en régie », à savoir calculées en fonction du nombre réel d’heures réalisées et des coûts horaires préétablis, pour un montant maximum de 231 868 euros.
69 Enfin, il est constant entre les parties que, en dehors du cadre contractuel, le lot D a fourni des prestations supplémentaires au Parlement, pour lesquels il a été rémunéré.
70 Interrogées au titre des mesures d’organisation de la procédure, les requérantes ont précisé que les factures litigieuses concernaient exclusivement la rémunération supplémentaire envisagée à l’article 2, troisième alinéa, du quatrième avenant et à l’article 3, paragraphe 2, dudit avenant, et non la rémunération au titre du prix forfaire que ce soit au titre de la rémunération forfaitaire ou des prestations en régie mentionnées, respectivement, au point 66 et au point 68 ci-dessus.
71 Le Tribunal relève que la conformité des factures litigieuses avec les stipulations contractuelles est contestée par le Parlement à deux titres. D’une part, il estime que l’ensemble des factures litigieuses ne remplissent pas la condition stipulée à l’article 2, troisième alinéa, du quatrième avenant ouvrant droit à une rémunération supplémentaire. D’autre part, s’agissant plus spécifiquement des factures 2022/0045 à 2022/0063, il fait valoir qu’elles n’ont pas été établies conformément à la formule figurant à l’article 3, paragraphe 2, du quatrième avenant.
72 Le Tribunal examinera, dans un premier temps, la recevabilité de certains moyens et éléments de preuve avancés par les requérantes au soutien de leur demande de paiement des factures litigieuses, contestée par le Parlement, puis, dans un second temps, la conformité au contrat de services des factures 2022/0045 à 2022/0063 et, enfin, dans un troisième temps, celle des factures 2022/0039 à 2022/0044.
1. Sur la recevabilité de certains moyens et éléments de preuve
73 En premier lieu, le Parlement soutient que de nombreux passages de la réplique doivent être déclarés irrecevables au motif qu’ils contreviennent à l’article 84, paragraphe 1, du règlement de procédure. Il se réfère explicitement :
– à l’allégation, figurant au point 29 de la réplique, selon laquelle ses agissements auraient méconnu l’obligation de bonne foi ;
– à l’allégation, figurant aux points 30 à 34 de la réplique, d’un bouleversement de l’économie du contrat de services en raison de l’importance du dépassement de sa durée initiale, laquelle aurait impliqué le recours à un nouvel appel d’offres ;
– à l’allégation, figurant aux points 35 à 38 de la réplique, selon laquelle l’interprétation de l’article 2 du quatrième avenant conduirait à un travail gratuit de la part du lot D sans limites de temps, ce qui ne saurait être admis ;
– aux allégations, figurant aux points 39 à 41 de la réplique, par lesquelles les requérantes souhaiteraient obtenir une modification par le Tribunal des termes du contrat de services au titre de l’application des théories soit de l’imprévision, soit de l’abus de droit ;
– à l’allégation, figurant au point 43 et 44 de la réplique, selon laquelle, en substance, l’allongement du délai de livraison de l’immeuble découlerait des prestations et services supplémentaires ;
– à l’allégation, figurant aux points 68 à 70 de la réplique, tirée d’un traitement non équitable du lot D par rapport aux autres lots intervenant dans le projet.
74 Interrogées au titre des mesures d’organisation de la procédure, les requérantes font valoir, premièrement, que ces arguments sont rattachables aux passages de la requête portant sur l’obligation de respecter le contrat de services, l’obligation d’exécuter de bonne foi les conventions, le devoir de loyauté en découlant, la conformité des factures aux remarques du Parlement, la charge de la preuve des manquements contractuels et leur imputabilité et l’absence de preuve de tels manquements, ou qu’ils étaient nécessaires afin de répondre aux arguments du Parlement figurant dans le mémoire en défense. Deuxièmement, les requérantes soutiennent que l’argumentation tirée du non-respect de la législation pertinente en matière de marché public devrait être soulevée d’office par le Tribunal et pourrait donc être invoquée à tout moment. Troisièmement, s’agissant plus particulièrement de l’argumentation tirée de l’obligation de traiter équitablement toutes les entreprises concernées par le chantier, les requérantes considèrent qu’elle est rattachable à l’obligation d’exécution de bonne foi du contrat de services.
75 Il ressort de l’article 84 du règlement de procédure que celui-ci a vocation à s’appliquer à l’ensemble des recours, en ce compris ceux fondés sur une clause compromissoire (voir, en ce sens, arrêts du 5 octobre 2016, European Children’s Fashion Association et Instituto de Economía Pública/EACEA, T‑724/14, non publié, EU:T:2016:600, point 110, et du 14 décembre 2022, Green Power Technologies/Entreprise commune « Technologies numériques clés », T‑533/20, non publié, EU:T:2022:805, point 190), que la production de moyens nouveaux en cours d’instance est interdite, à moins que ces moyens ne se fondent sur des éléments de droit et de fait qui se sont révélés pendant la procédure ou qu’ils constituent l’ampliation d’un moyen énoncé antérieurement, directement ou implicitement, dans la requête introductive d’instance et qui présente un lien étroit avec celui-ci (voir arrêt du 22 novembre 2017, von Blumenthal e.a./BEI, T‑558/16, non publié, EU:T:2017:827, point 48 et jurisprudence citée).
76 À cet égard, il découle d’une jurisprudence constante que les arguments dont la substance présente un lien étroit avec un moyen présenté dans la requête ne peuvent être considérés comme des moyens nouveaux, au sens du règlement de procédure, bien qu’ils aient été formulés pour la première fois dans la réplique. De tels arguments constituent une ampliation d’un moyen énoncé antérieurement et leur présentation au stade de la réplique est admise par le juge de l’Union. Toutefois, la recevabilité de tels arguments avancés dans la réplique à titre d’ampliation de moyens contenus dans la requête ne saurait être invoquée dans le but de pallier un manquement, intervenu lors de l’introduction du recours, aux exigences de l’article 76, sous d), du règlement de procédure, sauf à vider cette dernière disposition de toute portée (voir, en ce sens, arrêt du 13 mai 2020, Germanwings/Commission, T‑716/17, EU:T:2020:181, point 61 et jurisprudence citée).
77 L’existence d’un lien étroit, au sens de la jurisprudence citée aux points 75 et 76 ci-dessus, doit être examinée par rapport aux moyens figurant dans la requête telle qu’évoquée au point 48 ci-dessus. Or, dans celle-ci, les requérantes ont fondé leur argumentation uniquement sur l’interprétation des stipulations contractuelles et leur respect par le Parlement et le lot D.
78 Dans ces conditions ne sauraient être considérés comme l’ampliation des moyens contenus dans la requête les arguments par lesquels les requérantes fondent l’obligation du Parlement de payer les factures qu’elles ont encourues sur une cause différente de l’interprétation ou du respect des stipulations contractuelles. Il en est ainsi, premièrement, de l’allégation d’un bouleversement de l’économie du contrat de services et de la nécessité pour le Parlement de recourir à un nouvel appel d’offres (point 73, deuxième tiret, ci-dessus), deuxièmement, de l’allégation relative à des théories impliquant une modification des stipulations contractuelles, à savoir l’imprévision et l’abus de droit (point 73, quatrième tiret, ci-dessus) et, troisièmement, de l’allégation d’un traitement non équitable du lot D par rapport aux autres lots intervenant dans le projet (point 73, sixième tiret, ci-dessus). Ces arguments figurant dans la réplique doivent, dès lors, être rejetés comme étant irrecevables en application de l’article 84, paragraphe 1, du règlement de procédure.
79 En revanche, l’allégation d’une méconnaissance du principe de bonne foi (point 73, premier tiret, ci-dessus) est mentionnée explicitement au point 38 de la requête et porte tant sur l’interprétation du quatrième avenant que sur le respect par le Parlement de ses obligations contractuelles. Elle doit donc être considérée comme présentant un lien étroit avec les moyens figurant dans la requête. Il en va de même de l’argumentation tirée de ce que l’interprétation du quatrième avenant par le Parlement impliquerait un travail gratuit de la part du lot (point 73, troisième tiret, ci-dessus).
80 Enfin, s’agissant de l’allégation des requérantes tirée de ce qu’un moyen d’ordre public peut être invoqué par les parties à tout stade de la procédure, il suffit de souligner qu’aucun aspect de l’argumentation nouvelle figurant dans la réplique n’est rattachable à un tel moyen.
81 En second lieu, le Parlement conteste la recevabilité d’un grand nombre d’annexes de la réplique dont la date est antérieure à celle de la requête, au motif que leur dépôt au stade de la réplique serait tardif, ainsi que d’éléments de preuve présentés pour la première fois lors de l’audience.
82 Interrogées au titre des mesures d’organisation de la procédure, les requérantes ont justifié leur présentation tardive par le besoin de répondre aux arguments du Parlement et par l’ampleur du dossier, laquelle aurait empêché d’anticiper la quantité et la nature des documents qui devaient être produits dès le stade de la requête.
83 S’agissant des deux éléments de preuve avancés lors de l’audience, les requérantes ont justifié, en substance, leur présentation tardive par la nécessité de réfuter l’argumentation soulevée par le Parlement dans la duplique.
84 Conformément à l’article 76, sous f), du règlement de procédure, toute requête doit contenir les preuves et les offres de preuve s’il y a lieu.
85 En outre, l’article 85, paragraphe 1, du règlement de procédure dispose que les preuves et les offres de preuve sont présentées dans le cadre du premier échange de mémoires. Aux termes de l’article 85, paragraphe 2, de ce règlement, les parties principales peuvent encore produire des preuves ou faire des offres de preuve dans la réplique et la duplique à l’appui de leur argumentation, à condition que le retard dans la présentation de celles-ci soit justifié. L’article 85, paragraphe 3, dudit règlement ajoute que, à titre exceptionnel, les parties principales peuvent encore produire des preuves ou faire des offres de preuve avant la clôture de la phase orale de la procédure ou avant la décision du Tribunal de statuer sans phase orale de la procédure, à condition que le retard dans la présentation de celles-ci soit justifié. L’article 85, paragraphe 4, du même règlement dispose que, sans préjudice de la décision du Tribunal à intervenir sur la recevabilité des preuves produites ou des offres de preuve faites en vertu de ces paragraphes 2 et 3, les autres parties sont mises en mesure de prendre position sur celles-ci.
86 À l’égard de l’article 85, paragraphes 1, 2 et 4, du règlement de procédure du Tribunal, la Cour a déjà jugé que si, conformément à la règle de forclusion prévue à l’article 85, paragraphe 1, de ce règlement, les parties doivent motiver le retard apporté à la présentation de leurs preuves ou offres de preuve nouvelles, le juge de l’Union a le pouvoir de contrôler le bien-fondé du motif du retard apporté à la production de ces preuves ou de ces offres de preuve et, selon le cas, le contenu de ces dernières ainsi que, si cette production tardive n’est pas justifiée à suffisance de droit ou fondée, le pouvoir de les écarter. La présentation tardive, par une partie, de preuves ou d’offres de preuve peut, notamment, être justifiée par le fait que cette partie ne pouvait pas disposer antérieurement des preuves en question ou si les productions tardives de la partie adverse justifient que le dossier soit complété, de façon à ce que soit assuré le respect du principe du contradictoire (voir arrêt du 16 septembre 2020, BP/FRA, C‑669/19 P, non publié, EU:C:2020:713, point 41 et jurisprudence citée).
87 Ces principes valent a fortiori pour les preuves produites et offres de preuve faites au titre de l’article 85, paragraphe 3, du règlement de procédure du Tribunal. En effet, cette disposition constitue non pas, comme l’article 85, paragraphe 2, de ce règlement, une simple dérogation à la règle générale exposée à l’article 85, paragraphe 1, dudit règlement, mais une exception à la règle de principe et à la dérogation prévues, respectivement, à l’article 85, paragraphe 1, et à l’article 85, paragraphe 2, la possibilité prévue à ce paragraphe 3 n’étant ouverte, selon le libellé même de cette disposition, qu’à titre exceptionnel (voir, en ce sens, arrêts du 14 avril 2005, Gaki-Kakouri/Cour de justice, C‑243/04 P, non publié, EU:C:2005:238, point 33, et du 16 septembre 2020, BP/FRA, C‑669/19 P, non publié, EU:C:2020:713, point 47) et son application supposant donc que soit démontrée l’existence de circonstances exceptionnelles (voir, en ce sens, arrêt du 11 septembre 2019, HX/Conseil, C‑540/18 P, non publié, EU:C:2019:707, point 67).
88 En l’espèce, il convient de relever que les requérantes n’ont pas, lors du dépôt de la réplique, explicité les raisons pour lesquelles lesdites annexes ont été présentées pour la première fois. La seule justification possible de leur présentation à ce stade tient donc dans l’éventualité qu’elles s’inscrivent dans la réponse à l’argumentation contraire du Parlement au sens de la jurisprudence citée au point 86 ci-dessus. C’est, par ailleurs, précisément la justification que les requérantes ont donnée s’agissant de la présentation des nouveaux éléments de preuve lors de l’audience.
89 Le Tribunal procédera, le cas échéant, à l’examen de la recevabilité des annexes et éléments de preuve contestés à l’occasion de l’examen du bien-fondé de l’argumentation à laquelle ils se rapportent.
2. Sur les factures 2022/0045 à 2022/0063
90 Les factures 2022/0045 à 2022/0063 portent sur la période allant du mois d’octobre 2020 au mois d’avril 2022. À leur égard, le Parlement fait valoir que la méthode de calcul de la rémunération supplémentaire pour l’établissement de ces factures n’est pas conforme aux dispositions contractuelles, dès lors qu’elles ne seraient pas fondées sur la formule rappelée au point 63 ci-dessus, le lot D ayant eu recours de manière unilatérale à une rémunération de la présence de son personnel en régie, sur la base du temps de présence et des taux horaires des employés. Il ajoute, en substance, que les discussions entre les parties antérieurement à l’introduction du recours, visant à aboutir à des chronogrammes fiables et corrects de la présence du personnel du lot D, ne pouvaient être comprises comme une acceptation tacite du principe de la rémunération du lot D en régie.
91 Les requérantes rétorquent que le refus de toute rémunération pour les prestations postérieures au 31 mars 2020 constitue une violation de l’obligation d’exécuter de bonne foi les conventions figurant à l’article 1134 du code civil luxembourgeois et que cela induit un déséquilibre contractuel, imposant un travail gratuit et sans limite dans le temps, ce qui bouleverserait l’économie du contrat de services, le lot D ayant accompli des travaux supplémentaires nécessaires.
92 Premièrement, il convient de relever qu’il découle de la lecture de l’ensemble des factures litigieuses, fournies par les requérantes à l’annexe A.8 de la requête, que si les factures 2022/0039 à 2022/0044, correspondant aux prestations fournies au titre des mois d’avril 2020 à septembre 2020, ont été établies en application de la formule prévue à l’article 3, paragraphe 2, du quatrième avenant et explicitée au point 63 ci-dessus, les factures 2022/0045 à 2022/063, établies au titre des mois d’octobre 2020 à avril 2022, ne font pas application de cette formule, mais se fondent exclusivement sur le nombre d’heures sur site et le tarif horaires des personnels concernés, c’est-à-dire sont seulement calculées en « régie ».
93 Deuxièmement, si la formule figurant à l’article 3, paragraphe 2, du quatrième avenant inclut un coefficient de présence du personnel, la rémunération supplémentaire demeure également fonction du coefficient d’avancement global du chantier. Il en découle nécessairement que des factures comprenant exclusivement l’indication du nombre d’heures sur site et du tarif horaire des personnels concernés ne permettent pas de justifier une rémunération du lot D au titre de l’article 3, paragraphe 2, du quatrième avenant.
94 Troisièmement, il convient de relever que l’article I.4, paragraphe 6, sous c), du contrat de services stipule que « la demande de paiement est rejetée par le [Parlement] pour les motifs suivants [...] la demande de paiement ou la facture ne contient pas toutes les informations et pièces justificatives essentielles prévues par le présent contrat ». C’est, dès lors, à juste titre que le Parlement a refusé de faire droit aux factures 2022/0045 à 2022/0063.
95 Cette conclusion n’est pas infirmée par l’argumentation des requérantes rappelée au point 91 ci-dessus, tirée de l’article 1134, troisième alinéa, du code civil luxembourgeois et de l’existence d’un « travail gratuit » pour le lot D que l’interprétation de l’article 3, paragraphe 2, du quatrième avenant impliquerait.
96 L’article 1134 du code civil luxembourgeois prévoit à son premier alinéa que « [l]es conventions légalement formées tiennent lieu de loi à ceux qui les ont faites », en son deuxième alinéa qu’« [e]lles ne peuvent être révoquées que de leur consentement mutuel, ou pour les causes que la loi autorise » et, en son troisième alinéa, qu’« [e]lles doivent être exécutées de bonne foi ».
97 À cet égard, il convient de relever que la rémunération en cas de retard pris diffère substantiellement du troisième avenant, conclu le 24 octobre 2016 (voir point 6 ci-dessus), au quatrième avenant, conclu le 15 février 2019.
98 Dans le troisième avenant, les parties avaient élaboré un cadre contractuel prévoyant explicitement la rémunération du lot D en régie en cas de retard, tout en l’encadrant, en ce qui concerne les prestations susceptibles de faire l’objet d’une rémunération supplémentaire, le taux horaire applicable et la nécessité d’un accord du Parlement. En effet, son article 7 insérait dans le contrat de services un article 1 bis, sous d), dont il découlait que dans l’éventualité où la durée réelle de la période 1 serait supérieure à la durée prévisionnelle, le lot D aurait droit à une rémunération supplémentaire – déduction faite des durées supplémentaires qui relevaient de sa responsabilité – et que cette rémunération mensuelle supplémentaire serait calculée en régie, en fonction des profils et du nombre de personnes que le contractant devait maintenir sur le site pour les besoins du projet, sur la base d’une proposition écrite d’honoraires du lot D en fonction des taux horaires indiqués dans le bordereau des prix, laquelle devait être acceptée par le Parlement.
99 Toutefois, à l’occasion de l’adoption du quatrième avenant, les parties ont décidé de ne pas reconduire cette approche. Il est à cet égard explicitement mentionné dans les dispositions liminaires dudit avenant qu’il est « apparu nécessaire de modifier les modalités de paiement des sommes dues au contractant pour les prestations objet du contrat » (dixième alinéa), dans un contexte de « retard conséquent » accusé par la réalisation des travaux depuis la signature du troisième avenant (septième alinéa). Cela a conduit les parties à substituer à l’approche figurant dans le troisième avenant, principalement fondée sur le paiement des prestations du lot D en régie en cas de retard dans le chantier, celle figurant à l’article 3, paragraphe 2, troisième alinéa, du quatrième avenant impliquant la prise en compte du coefficient d’avancement global du chantier.
100 Partant, lors de la signature du quatrième avenant, le lot D ne pouvait qu’être conscient du changement d’approche dans sa méthode de rémunération, laquelle impliquait, selon l’article 2, deuxième alinéa, dudit avenant, un prix « ferme » et « non révisable » (voir point 60 ci-dessus) et l’éventualité d’une rémunération supplémentaire non seulement à la condition que le retard ne lui soit pas imputable, mais également en fonction du coefficient d’avancement global du chantier.
101 Il résulte de ce qui précède, premièrement, que ne saurait prospérer l’argumentation des requérantes selon laquelle il y aurait un déséquilibre contractuel et un travail gratuit et sans limite dans le temps après le 31 mars 2020. D’une part, il convient de relever qu’une rémunération postérieurement à cette date était possible selon la formule précisée à l’article 3, paragraphe 2, du quatrième avenant, pour autant que les conditions qui y figurent soient remplies. D’autre part, s’agissant plus précisément de la détermination du coefficient global d’avancement du chantier (voir point 64 ci-dessus), au regard des termes de ladite formule, le lot D ne pouvait ignorer, lors de la conclusion du quatrième avenant, qu’à partir du moment où aurait été facturé le montant total des travaux figurant dans le quatrième avenant, par les opérateurs économiques attributaires des contrats d’exécution, il ne disposerait plus d’un droit à rémunération supplémentaire.
102 À cet égard, s’agissant de la mise en exergue par les requérantes lors de l’audience du fait que le point C.2.3 du cahier des charges envisageait un recours à une rémunération en régie dans l’éventualité où la durée réelle constatée pour la réalisation des missions de base serait différente de la durée prévisionnelle, il y a lieu de rappeler que cette disposition a été modifiée par les différents avenants et, en dernier lieu, par le quatrième avenant. En tout état de cause, une telle facturation aurait dû faire l’objet au préalable d’une proposition écrite du lot D au Parlement et d’une acceptation de la part de ce dernier, ce qui n’a pas été le cas en l’espèce.
103 Deuxièmement, l’argumentation tirée d’une méconnaissance de l’obligation d’exécution de bonne foi des conventions figurant à l’article 1134 du code civil luxembourgeois ne saurait non plus prospérer.
104 En effet, le refus du Parlement de faire droit à des factures déterminées, en réalité, sur le fondement de l’approche applicable au titre du troisième avenant et faisant fi de l’évolution du cadre contractuel n’est pas contraire à l’obligation d’exécution de bonne foi des conventions figurant à l’article 1134 du code civil luxembourgeois.
105 Il en découle que le Parlement n’a pas méconnu les stipulations du contrat de services en refusant de payer les factures 2022/0045 à 2022/0063.
106 Par ailleurs, pour autant que, de manière subsidiaire et implicite, les requérantes entendraient demander au Tribunal le paiement des sommes dues indépendamment des montants figurant dans les factures litigieuses, une telle demande devrait, en toute hypothèse, être rejetée en application de l’article 76, sous d), du règlement de procédure à l’égard des factures 2022/0045 à 2022/0063. En effet, dès lors que les requérantes n’apportent pas d’éléments d’information portant sur un éventuel fondement juridique alternatif susceptible de justifier leur demande de paiement pour les prestations portant sur la période allant du mois d’octobre 2020 au mois d’avril 2022, le Tribunal ne serait pas en mesure de statuer sur une telle demande au sens de la jurisprudence rappelée au point 46 ci-dessus.
3. Sur les factures 2022/0039 à 2022/0044
107 S’agissant des factures litigieuses restantes, à savoir les factures 2022/0039 à 2022/0044, elles portent sur la période allant du mois d’avril au mois de septembre 2020. À leur égard, le Parlement ne remet pas en cause la circonstance qu’elles utilisent la formule figurant à l’article 3, paragraphe 2, du quatrième avenant, mais soutient que la condition figurant à l’article 2, troisième alinéa, dudit avenant tenant à ce que le report de la réception du chantier Est ne soit pas imputable au lot D n’est pas remplie. Il estime que, le contrat de services étant soumis au droit luxembourgeois, il doit être interprété à la lumière de ce droit, lequel impliquait une obligation de résultat pour le lot D et avance un certain nombre d’exemples de manquements qui auraient contribué au retard pris dans la réception du bâtiment Est.
108 Les requérantes considèrent que la prolongation du contrat de services à une date ultérieure au 31 mars 2020 n’est pas imputable au lot D au sens de l’article 2, troisième alinéa, du quatrième avenant, de sorte qu’il disposait d’un droit à une rémunération supplémentaire pour les prestations postérieures à cette date. Elles réfutent le postulat du Parlement selon lequel le lot D aurait été soumis à une obligation de résultat et estiment que les exemples de manquements qu’il avance ne sont pas probants.
109 Il y a lieu de préciser le sens de la condition figurant à l’article 2, troisième alinéa, du quatrième avenant avant de vérifier si celle-ci était ou non satisfaite.
a) Sur l’interprétation de l’article 2, troisième alinéa, du quatrième avenant
110 Les requérantes estiment en substance que l’article 2, troisième alinéa, du quatrième avenant doit être interprété à la lumière de l’existence en droit luxembourgeois d’une obligation de moyen et non de résultat pour le lot D, de sorte qu’il appartient au Parlement de démontrer que la prolongation des délais découle d’une faute ou d’une négligence de la part du lot D. Elles soutiennent que tel n’est pas le cas, le retard étant la conséquence d’un ensemble de facteurs dont la contribution d’autres entreprises et du Parlement, le décalage de planning et l’arrêt des entreprises en raison de la pandémie de COVID-19.
111 Le Parlement considère, au contraire, que c’est aux requérantes de démontrer que le retard pris par le chantier trouve son origine dans un événement présentant à l’égard du lot D les caractéristiques de la force majeure.
112 Pour les raisons exposées aux points 57 et 58 ci-dessus, la condition tenant à ce que le retard ne soit pas imputable au lot D, figurant à l’article 2, troisième alinéa, du quatrième avenant, doit être interprétée, tout d’abord, à la lumière des stipulations contractuelles et du droit de l’Union éventuellement pertinent et, le cas échéant, au regard du droit luxembourgeois auquel l’article I.11 du contrat de services renvoie.
1) Sur l’interprétation autonome de l’article 2, troisième alinéa, du quatrième avenant, à la lumière du droit de l’Union
113 Il découle du cahier des charges que le rôle attribué au lot D consistait à surveiller et à contrôler les intervenants sur le chantier dans le domaine du génie technique et à suivre les procédures préalables à la levée des réserves, et que ces intervenants n’étaient pas sous sa direction, mais sous celle du lot A (coordinateur-pilote) chargé de la direction de chantier.
114 Cela se reflète dans la nature des missions que le Parlement reproche au lot D d’avoir méconnues, à savoir le « suivi qualité du chantier pour les questions de génie technique », figurant à l’article B.5.2.2, sous a), du cahier des charges, dont la « surveillance et le contrôle de l’exécution des travaux », le « [s]uivi des procédures préalables à la réception des ouvrages, proposition de réception au [Parlement] et levée des réserves de réception » [article B.5.2.2, sous b), du cahier des charges] et, plus particulièrement, celles portant sur la « vérification de la conformité des ouvrages par rapport aux prescriptions des contrats, aux plans, [aux] cahiers des charges, [aux] autorisations et [aux] règles de l’art, mais aussi par rapport à la conception du projet », la « réception et validation de tous les plans et documents as-built relatifs aux domaines du génie technique » et la « transmission de l’information vers le coordinateur-pilote et les autres intervenants du projet » [article B.5.2.2, sous c), du cahier des charges], la « reprise et finalisation des études » et la « représentation permanente et organisation de l’intervention des experts » (point B.5.2.3 des conditions générales, p. 73).
115 Force est de constater que l’exercice par le lot D de missions essentiellement de suivi et de réception de travaux réalisés par d’autres entreprises sur un chantier dont il n’assurait pas la direction tend à exclure que puisse lui être imputé un retard en l’absence de faute ou de négligence dans l’accomplissement des missions qui lui ont été confiées.
116 La conclusion énoncée au point 115 ci-dessus est confortée par la prise en compte du droit de l’Union, auquel la clause compromissoire renvoie, dès lors qu’il découle d’une jurisprudence constante que les dispositions relevant de ce droit sont interprétées de manière à sauvegarder leur effet utile (voir, en ce sens, arrêts du 6 octobre 1970, Grad, 9/70, EU:C:1970:78, points 12 et 13 ; du 22 septembre 1988, Land de Sarre e.a., 187/87, EU:C:1988:439, point 19, et du 24 février 2000, Commission/France, C‑434/97, EU:C:2000:98, point 21), cette règle d’interprétation valant également à l’égard des dispositions des contrats dont le Tribunal a à connaître au titre de l’article 272 TFUE (voir, en ce sens, arrêts du 9 décembre 2020, Adraces/Commission, T‑714/18, non publié, EU:T:2020:591, point 68, et du 29 septembre 2021, Parlement/Axa Assurances Luxembourg e.a., T‑384/19, non publié, EU:T:2021:630, points 89 et 93).
117 Plus particulièrement, le Tribunal estime que la préservation de l’effet utile de l’article 2, troisième alinéa, du quatrième avenant à deux incidences sur l’interprétation des obligations des parties.
118 D’un côté, cela exclut une interprétation de l’article 2, troisième alinéa, du quatrième avenant rendant illusoire toute possibilité d’octroi de la rémunération supplémentaire en cas de retard du chantier, indépendamment du comportement du lot D. Or, tel serait le cas s’il devait être considéré que le retard était imputable au lot D en l’absence même de toute faute ou négligence le mettant en cause, ou que toute rémunération supplémentaire lui était refusée alors même qu’il n’avait contribué au retard dans la réception du chantier Est que jusqu’à une date déterminable.
119 Mais, d’un autre côté, cela exclut que l’article 2, troisième alinéa, du quatrième avenant soit interprété comme ouvrant le droit à une rémunération supplémentaire au motif que le retard serait également imputable à des manquements d’autres contractants, dès lors que cela priverait d’effet la condition qualifiée « d’expresse » par les parties, selon laquelle la rémunération supplémentaire n’est possible que si le retard n’est pas imputable au lot D.
120 Il découle de ce qui précède que le Parlement est fondé, au titre de l’article 2, troisième alinéa, du quatrième avenant, à refuser toute rémunération supplémentaire au lot D pour ses prestations au cours de la période pendant laquelle il a contribué au retard pris par le chantier, sans être tenu d’individualiser ou de quantifier l’étendue de cette contribution par rapport à celles d’autres contractants.
121 En outre, dans la mesure où ce sont les requérantes qui entendent se prévaloir de la condition figurant à l’article 2, troisième alinéa, du quatrième avenant, il leur appartient d’apporter la preuve qu’elle est remplie, à savoir que le lot D n’a pas contribué au retard pris dans la réception du chantier Est [voir, en ce sens et par analogie, arrêts du 1er juillet 2010, Knauf Gips/Commission, C‑407/08 P, EU:C:2010:389, point 80, et du 18 septembre 2012, Schräder/OCVV - Hansson (LEMON SYMPHONY), T‑133/08, T‑134/08, T‑177/08 et T‑242/09, EU:T:2012:430, point 132].
122 Partant, à la lumière du contrat de services et du droit de l’Union, l’article 2, troisième alinéa, du quatrième avenant doit être interprété comme impliquant que, dans les circonstances où le Parlement identifie un potentiel manquement du lot D à ses missions contractuelles susceptibles d’être à l’origine du retard dans la réception du chantier Est, c’est seulement en cas de démonstration de l’absence de faute contractuelle ou d’incidence sur ledit retard que le lot D dispose d’un droit à une rémunération supplémentaire.
2) Sur l’interprétation de l’article 2, troisième alinéa, du quatrième avenant, à la lumière du droit luxembourgeois
123 La conclusion énoncée au point 122 ci-dessus est confortée par l’interprétation de l’article 2, troisième alinéa, du quatrième avenant, à la lumière du droit luxembourgeois.
124 Premièrement, s’agissant de l’argumentation du Parlement selon lequel l’article 2, troisième alinéa, du quatrième avenant devait être interprété à la lumière des articles 1792 et 2270 du code civil luxembourgeois, lesquels imposent aux constructeurs – auxquels sont associés les architectes, entrepreneurs et autres personnes liées au maître de l’ouvrage par un contrat de louage d’ouvrage – une obligation de résultat d’exécuter des travaux exempts de vices, elle ne saurait prospérer. Ainsi que le rappellent à juste titre les requérantes et l’a admis le Parlement dans ses réponses aux mesures d’organisation de la procédure, les articles 1792 et 2270 du code civil luxembourgeois constituent un régime dérogatoire à la responsabilité de droit commun dont le champ d’application est exclusivement circonscrit aux vices de construction, la violation des autres obligations des constructeurs relevant de la responsabilité contractuelle de droit commun au titre des articles 1134 ou 1147 dudit code civil. Cette argumentation du Parlement est donc dépourvue de pertinence s’agissant de l’interprétation d’une clause contractuelle portant sur la rémunération d’un contractant en cas de retard dans la réception de l’ouvrage.
125 Deuxièmement, il convient de relever qu’aucune position de principe quant à la nature des obligations dans des circonstances équivalentes à celles de l’espèce ne ressort de la jurisprudence avancée par les parties tant dans leurs écritures que dans leurs réponses aux questions écrites du Tribunal, la détermination de l’étendue de l’obligation contractuelle sur la base des éléments de la cause constituant une appréciation souveraine des juges du fond échappant au contrôle de la Cour de cassation (Luxembourg) [voir, en ce sens, arrêt de la Cour de cassation (Luxembourg), du 16 juin 2016, 66/16].
126 Or, pour des motifs analogues à ceux exposés aux points 114 et 115 ci-dessus, la nature des missions dévolues au lot D et l’absence de pouvoir de direction du chantier impliquent plutôt que, en droit luxembourgeois, c’est sur le plan de la méconnaissance d’une obligation de moyen au titre de l’article 1134 du code civil, plutôt que d’une obligation de résultat au titre de l’article 1147 du code civil, que la responsabilité du lot D devrait être recherchée en relation avec un éventuel préjudice dans le retard pris dans la livraison de l’ouvrage. C’est donc à la lumière d’une obligation de moyen que l’article 2, troisième alinéa, du quatrième avenant doit être interprété.
127 Troisièmement, il convient de relever que l’article 1157 du code civil luxembourgeois, auquel le Parlement a lui-même fait référence dans sa réponse aux mesures d’organisation de la procédure, précise que « [l]orsqu’une clause est susceptible de deux sens, on doit plutôt l’entendre dans celui avec lequel elle peut avoir quelque effet, que dans le sens avec lequel elle n’en pourrait produire aucun ». Cet article dispose, dès lors, d’une portée équivalente à la jurisprudence mentionnée au point 116 ci-dessus, ce qui conforte également l’interprétation des obligations des parties figurant aux points 117 à 119 ci-dessus.
b) Sur l’application de l’article 2, troisième alinéa, du quatrième avenant
128 Le Parlement avance neuf illustrations d’inexécution des obligations contractuelles du lot D, qui auraient été découvertes au fur et à mesure de l’occupation du bâtiment et auraient conduit, en raison de la nécessité d’engager à chaque fois des travaux et mesures correctives, à un report de la réception au 25 octobre 2023 avec des réserves et au 27 mars 2024, sans réserve.
129 Dans la mesure où les factures 2022/0039 à 2022/0044 portent sur la période allant du mois d’avril au mois de septembre 2020, il convient uniquement de vérifier si le lot D a contribué au retard pris par le chantier Est, tout au moins jusqu’au 31 septembre 2020.
130 À cet égard, en premier lieu, il convient de relever que le Parlement met notamment en avant le retard pris par le lot D dans la validation des plans « as-built ». Il soutient qu’il y avait, au mois de novembre 2020, 1 024 documents en attente de validation par le lot D et, au mois de mai 2021, 1 455 documents. Ce problème aurait persisté jusqu’à la date de réception sans réserve du dernier lot technique du projet. Cela constituerait un manquement à l’obligation de « réception et validation de tous les plans et documents as-built relatifs aux domaines du génie technique ». Il en découlerait que le retard dans la réception du chantier est imputable au lot D.
131 Premièrement, les requérantes rétorquent que le lot D n’avait pas la charge d’établir les plans « as-built », cette responsabilité relevant des entreprises exécutantes, et que la gestion de la plateforme utilisée pour la validation desdits plans relevait de la responsabilité du lot A (coordinateur-pilote). Elles soulignent qu’il ressort de l’annexe B.34 que les retards proviennent surtout du non-respect de cette obligation par les entreprises et d’un mauvais usage de ladite plateforme. Il en découlerait également que les lots A et D devaient définir une procédure adaptée et, si nécessaire, donner de nouvelles directives. Partant, les tableaux recensant les documents « as-built » ne refléteraient pas fidèlement le travail de vérification effectué par le lot D. Deuxièmement, elles soulignent que le lot D a visé l’ensemble des plans « as-built » déposés par les entreprises. Dans la mesure où le dépôt des plans et leur mise à jour dépendraient des entreprises, le lot D ne pourrait être tenu par une obligation de résultat. Troisièmement, elles font valoir que le lot D a, à plusieurs reprises en réunion de suivi, mis en exergue que les tableaux de suivi ne reflétaient pas la réalité des documents « as-built », ce qui impliquait des corrections par les entreprises et non par le lot D. En outre, alors que le lot A avait l’obligation de prédéfinir les plans « as-built », le caractère incomplet de son travail en 2016 et2017 aurait contraint le lot D à effectuer une tâche complexe et lourde de définition, de contrôle et de validation avec les entreprises, le Parlement et ses équipes de maintenance.
132 Par ailleurs, une divergence aurait persisté entre les plans déposés sur la plateforme et les listes établies par le lot A (coordinateur-pilote), générant des incertitudes et des recherches supplémentaires pour le lot D, lequel dépendait entièrement des entreprises pour la fourniture, la qualité et le calendrier des plans, ce qui aurait compliqué et allongé sa mission.
133 Le Tribunal relève, premièrement, qu’il ressort de l’article B.5.2.2, sous b), du cahier des charges que, au titre de sa mission de « [s]uivi des procédures préalables à la réception des ouvrages, proposition de réception au [Parlement] et levée des réserves de réception », le lot D était responsable de la « réception et validation de tous les plans et documents as-built relatifs aux domaines du génie technique » et de la « constitution, pour les transmettre au coordinateur-pilote du dossier final en ce qui concerne les domaines du génie technique comprenant les notes de calcul complètes, les plans as-built, le dossier technique des installations, le dossier complet des rapports techniques et d’inspection ainsi que le dossier complet des rapports de réception ».
134 Ainsi que les parties l’ont confirmé lors de l’audience, un plan « as-built » est un plan qui a pour objet de représenter fidèlement l’état réel d’un ouvrage après sa construction. Il est également constant qu’une plateforme informatique appelée Bricsys était dédiée à la transmission des plans « as-built » par les différents lots de construction, ces différents plans devant ensuite être validés par le lot D au titre du génie technique.
135 En outre, dans la mesure où la constitution du dossier « as-built » était nécessaire à la réception du chantier Est, ledit dossier devait être constitué préalablement au 31 mars 2020 et tout retard dans sa constitution imputable au lot D, en raison d’une absence de diligence dans l’examen et la validation des plans, doit être considéré comme ayant retardé ladite réception au sens de l’article 2, troisième alinéa, du quatrième avenant jusqu’à constitution dudit dossier.
136 Deuxièmement, le Parlement fournit à l’annexe B.34 le suivi des opérations de validation des plans « as-built » des lots B, C et D, effectué par un ingénieur d’une société tierce chargé de la surveillance de cette opération de validation. Or, ces courriels, qui couvrent la période allant du 17 novembre 2020 au 31 mai 2021, attestent que, à la date du 17 novembre 2020, le lot D était déjà en retard dans la validation des plans « as-built » et que ce retard a perduré tout au long de la période examinée.
137 Conformément à une jurisprudence constante, l’activité du juge de l’Union est régie par le principe de libre appréciation des preuves et le seul critère pour apprécier la valeur des preuves produites réside dans leur crédibilité. À cet égard, pour apprécier la valeur probante d’un document, il faut vérifier la vraisemblance de l’information qui y est contenue en tenant compte, notamment, de l’origine du document, des circonstances de son élaboration ainsi que de son destinataire, et se demander si, d’après son contenu, il semble sensé et fiable [voir arrêts du 31 mai 2018, Kaddour/Conseil, T‑461/16, EU:T:2018:316, point 107 et jurisprudence citée, et du 12 février 2020, Amisi Kumba/Conseil, T‑163/18, EU:T:2020:57, point 95 (non publié) et jurisprudence citée].
138 Dans la mesure où les documents figurant à l’annexe B.34 proviennent d’un tiers dont la fonction était précisément la surveillance des opérations de validation, il convient de leur reconnaître une force probante élevée.
139 Or, à titre d’exemples, il peut être relevé que, dans un courriel du 23 mars 2021, l’ingénieur a souligné qu’un « grand nombre de documents du lot 71 attend[aient] depuis plusieurs semaines d’être validés ou refusés par le lot D [ ; i]l s’agi[ssait] de 65 plans publiés avant le 18 février 2021 et de 213 fiches techniques, dont certaines attendent leur validation depuis le 25 novembre 2020 [ ; cela] vaut également pour un nombre important de documents des lots 73, 741, 742, 743, 75 et 81 ». Dans un courriel du 20 avril 2021, il a mis en avant que, « [s]i le lot D a bien commencé à valider les documents du lot 743, (ca. 30 % validés), il n’a pas encore commencé à rattraper le retard pris dans la validation des documents des lots 71, 75 et 76 [ ; a]insi actuellement quelque 1 500 documents attendent leur validation [ ; l]e lot D doit reconfirmer les chiffres pour les lots 741, 743, 76 et 81 pour la partie luminaires et équipements techniques des kitchenettes (les chiffres qui nous ont été transmis étant approximatifs, voire inférieurs au nombre de documents [...] existant à ce jour) ». Dans un courriel du 9 mai 2021, il a mis en exergue qu’« [u]n (très) grand nombre de documents des lots 71, 741, 742 et 75 attendent toujours (et depuis plusieurs semaines) leur validation par le lot D », et un constat similaire est effectué dans un courriel du 1er juin 2021.
140 Certes, il est également souligné dans certains de ces courriels que ce retard pourrait, en partie, être lié à une difficulté d’utilisation de la plateforme Bricsys. Toutefois, il ressort des courriels des 20, 27 avril et 11 mai 2021 que cette difficulté concernait seulement la validation des plans en provenance des lots 743 et 76 et n’est donc pas à même d’expliquer le retard pris dans la validation des plans provenant des autres lots. Par ailleurs, cette difficulté ne présentait pas un caractère dirimant, dès lors qu’elle a été résolue à la date du 1er juin 2021.
141 En outre, s’agissant des allégations des requérantes tirées de la difficulté de la tâche de validation des plans « as-built » et des besoins de coopération avec d’autres acteurs, il convient de relever que ceux-ci étaient inhérents à la mission qui a été déléguée au lot D par l’article B.5.2.2, sous b), du cahier des charges. Par ailleurs, les requérantes ne démontrent pas que le retard s’expliquerait exclusivement par la mauvaise qualité des dossiers transmis, le nombre de cycles de contrôle que le lot D a dû réaliser et les demandes de corrections des erreurs constatées lors de ces contrôles.
142 À cet égard, s’agissant plus particulièrement des annexes C.35.9, C.35.11, C.60, C.75, C.78 et C.90 à C.92 de la réplique, sans qu’il soit nécessaire d’examiner leur recevabilité, contestée par le Parlement, il suffit de relever que celles-ci ne sont pas à même d’attester que le lot D aurait usé de toute la diligence nécessaire afin de surmonter les difficultés liées à la validation des plans « as-built », de sorte que le retard pris ne s’apparenterait pas à une faute ou à une négligence dans son chef.
143 Ainsi, l’annexe C.60, laquelle inclut la liste des plans « as-built » validés par le lot D, ne fournit aucune information quant à la date de présentation des plans et de leur validation. Quant aux annexes C.35.9, C.35.11, C.75 et C.78, elles concernent exclusivement le lot 75, c’est-à-dire le dernier lot à avoir été réceptionné le 25 octobre 2023, et ne sont pas à même de démontrer que le lot D n’a pas contribué au retard pris par un manque de diligence dans la validation des plans « as-built » d’autres lots. Enfin, le renvoi aux annexes C.90 à C.92 – à savoir la note de constitution des dossiers « as-built » émise par le lot A (coordinateur-pilote) en 2016, une annexe d’un document qui aurait été émis par le même lot A en 2017 ainsi que le compte rendu d’une visite de chantier spécifique en 2019 – ne permet pas d’établir un manque de clarté ou de précision tel dans les documents émis par le lot A qu’il en découlerait que le retard pris dans l’examen de la validation des plans « as-built » ne procède pas, même en partie, d’un manque de diligence du lot D dans l’examen et la validation desdits plans.
144 Partant, au vu de ce qui précède, le Tribunal estime que le lot D a manqué à ses obligations contractuelles au titre des missions visées à l’article B.5.2.2, sous b), du cahier des charges et que ce manquement a contribué au retard pris dans la réception du chantier Est, tout au moins jusqu’au 1er juin 2021, de sorte qu’il ne disposait pas d’un droit au paiement d’une rémunération supplémentaire au titre de l’article 2, troisième alinéa, du quatrième avenant pour les factures 2022/0039 à 2022/0044, lesquelles portent sur une période antérieure à cette date.
145 En deuxième lieu, il convient de relever que l’absence d’un droit à rémunération supplémentaire pour la période couverte par les factures 2022/0039 à 2022/0044 se justifie, tout au moins, également au regard de l’un des autres manquements du lot D allégué par le Parlement.
146 En effet, le Parlement souligne que, au mois de novembre 2021, lors de l’occupation de cinq salles de réunions, l’absence de moteurs des vannes servant à la régularisation du chauffage et de la climatisation dans ces cinq salles a été constatée et fait valoir que, au titre d’une mission de surveillance et de contrôle du projet, le lot D aurait dû identifier cette absence, ce qui n’a pas été le cas.
147 Les requérantes reconnaissent la matérialité de l’absence des moteurs en question, mais rappellent que le lot D est intervenu auprès de l’entreprise responsable (lot 741) dès l’information reçue. Elles font valoir que certaines informations ne lui avaient pas été fournies par les entreprises, que la pose relevait de la responsabilité de celles-ci et qu’il était difficile de se rendre compte de visu de leur absence dans les faux plafonds. Il s’agirait, dès lors, d’un aléa inhérent au chantier dont la responsabilité ne lui incombe pas.
148 Ainsi que cela a été explicité au point 114 ci-dessus, au titre de sa mission de « suivi qualité du chantier pour les questions de génie technique », figurant à l’article B.5.2.2, sous a), du cahier des charges, le lot D était chargé de la « surveillance et [du] contrôle de l’exécution des travaux ».
149 Premièrement, il est constant entre les parties que le lot D n’est intervenu qu’à la suite d’une demande du Parlement en ce sens, une fois qu’il a occupé les locaux, et non de sa propre initiative lors de la réalisation des travaux en question.
150 Deuxièmement, force est de constater que la mission de « surveillance et [de] contrôle de l’exécution des travaux » impliquait, à tout le moins, la vérification par le lot D de l’apposition des moteurs des vannes en question par les entreprises concernées au cours des travaux. En ne procédant pas à cette vérification, le lot D a, dès lors, manqué à ses obligations contractuelles.
151 Troisièmement, dans la mesure où il a été nécessaire, au mois de novembre 2021, de recourir à des travaux supplémentaires, il n’était pas possible à cette date de procéder à la réception de cet aspect de travaux et, par voie de conséquence, du chantier Est. Il en découle que ce manquement contractuel rend également imputable au lot D le retard pris par le chantier, excluant tout droit à une rémunération supplémentaire tout au moins jusqu’à cette date.
152 En troisième lieu, le Tribunal estime que les différents arguments présentés par les requérantes n’infirment pas la conclusion relative à l’absence de droit à une rémunération supplémentaire pour la période couverte par les factures 2022/0039 à 2022/0044.
153 Premièrement, dès lors que le droit à une rémunération supplémentaire au titre de l’article 2, troisième alinéa, du quatrième avenant dépend de l’absence d’imputabilité du retard dans la réception du chantier Est sont dépourvues de pertinence les circonstances invoquées par les requérantes tirées de ce que les retards pris dans la réception n’ont pas eu de conséquences sur la mise en exploitation du bâtiment dès le mois de novembre 2020, de ce que le Parlement a réceptionné les travaux de manière définitive le 25 octobre 2023 et de ce que, partant, le Parlement ne peut prétendre avoir reçu un bâtiment affecté de vices. En effet, ne sont pas en cause des demandes de réparation du préjudice que le Parlement aurait subi consistant dans l’impossibilité de faire usage du bâtiment ou en raison d’un vice l’affectant, pour lesquelles de telles circonstances pourraient, éventuellement, être prises en compte.
154 Deuxièmement, l’argumentation des requérantes tirée de que la date du 31 mars 2020 revêt un caractère « indicatif » ne saurait prospérer. En effet, dans l’économie du quatrième avenant, la date du 31 mars 2020 est décisive s’agissant de l’étendue du droit à la rémunération du lot D. Antérieurement à cette date, le lot D disposait exclusivement d’un droit à rémunération forfaitaire. En revanche, à compter du 1er juin 2020, ainsi que cela a été exposé au point 62 ci-dessus, le lot D conservait un droit au paiement de la rémunération forfaitaire au titre de la part des prestations non encore réalisées, mais éventuellement à une rémunération supplémentaire pour autant que la condition figurant à l’article 2, troisième alinéa, dudit avenant soit remplie.
155 Troisièmement, il convient de relever que la mise en exergue des effets de la pandémie de COVID-19 ne sont également pas de nature à justifier un droit à rémunération supplémentaire pour le lot D.
156 Certes, l’article 4, paragraphe 1, du règlement grand-ducal du 18 mars 2020 portant introduction d’une série de mesures dans le cadre de la lutte contre le COVID-19 (Mémorial A no 165 de 2020) a prévu que les « chantiers de construction [soient] fermés à partir du 20 mars 2020 à 17 h 00 [ ; c]ette interdiction ne vise pas les chantiers hospitaliers et ceux concernant les infrastructures critiques, en cas de besoin ». Cet article 4 a été abrogé par l’article 3 du règlement grand-ducal du 17 avril 2020 portant modification du règlement grand-ducal modifié du 18 mars 2020 (Mémorial A no 303 de 2020), lequel est entré en vigueur le 20 avril 2020. Il en découle que le chantier a été interrompu du 20 mars 2020 au 20 avril 2020.
157 Toutefois, la période de fermeture du chantier en raison de la pandémie n’a pu avoir qu’une incidence tout au plus marginale sur le retard pris par le chantier, sa réception technique finale n’ayant eu lieu que le 25 octobre 2023. En tout état de cause, il convient de relever que les requérantes n’identifient pas les prestations qui auraient été affectées par ladite fermeture, ni n’évaluent le montant de la rémunération supplémentaire auquel elles estiment avoir droit en raison de leur report.
158 Quatrièmement, s’agissant de la mise en exergue d’une éventuelle contribution du Parlement au retard pris dans la livraison du chantier en raison d’exigences nouvelles présentées au cours des travaux, il convient de relever que de telles exigences auraient, en tout état de cause, été sans incidence sur les manquements examinés aux points 130 à 151 ci-dessus.
159 Au vu de ce qui précède, il convient de rejeter la demande de paiement des factures 2022/0039 à 2022/0044 et, par voie de conséquence, de l’ensemble des factures échues et des intérêts de retard qu’elles auraient générés, sans qu’il soit nécessaire d’examiner le bien-fondé des autres manquements allégués par le Parlement ou de recourir aux mesures d’instruction demandées par les requérantes.
160 S’agissant de la demande des requérantes visant à la condamnation du Parlement à la réparation du préjudice constitué par les frais d’avocats encourus au titre de l’instruction du dossier, il suffit de souligner que celle-ci repose sur le postulat erroné que le Parlement aurait à tort refusé le paiement des factures échues. Elle encourt, dès lors et en tout état de cause, le rejet.
V. Sur les dépens
161 Aux termes de l’article 134, paragraphe 1, du règlement de procédure, toute partie qui succombe est condamnée aux dépens, s’il est conclu en ce sens.
162 Les requérantes ayant succombé en l’essentiel de leurs conclusions, il convient de les condamner à supporter leurs propres dépens ainsi que ceux exposés par le Parlement, conformément aux conclusions de ce dernier.
Par ces motifs,
LE TRIBUNAL (sixième chambre)
déclare et arrête :
1) Il n’y a plus lieu de statuer sur les demandes tendant à condamner le Parlement européen à la restitution de la garantie bancaire de bonne fin d’exécution ainsi qu’au paiement de la facture 2024/0002.
2) Le recours est rejeté pour le surplus.
3) RMC-Consulting Sàrl, Felgen & Associés Engineering SA et Egis Bâtiments International sont condamnées aux dépens.
| Škvařilová-Pelzl | Nõmm | Pezzuto |
Ainsi prononcé en audience publique à Luxembourg, le 15 juillet 2026.
| Le greffier | Le président |
| V. Di Bucci | S. Papasavvas |
* Langue de procédure : le français.
Ordonnance du président du Tribunal du 4 août 2026.#Christoph Klein contre Commission européenne.#Référé – Clause de sauvegarde – Dispositif médical – Demande de sursis à exécution – Demande de mesures provisoires – Défaut d’urgence.#Affaire T-267/26 R.
04/08/2026
Ordonnance du président du Tribunal du 3 août 2026.#Broadcom Inc. et VMware International Unlimited Company contre Commission européenne.#Référé – Concurrence – Article 18, paragraphe 3, du règlement (CE) no 1/2003 – Demande de renseignements – Demande de sursis à exécution et de mesures provisoires – Non-lieu à statuer partiel – Défaut de fumus boni juris – Mise en balance des intérêts.#Affaire T-280/26 R.
03/08/2026
Jurisprudence CJUE — 62026TO0017
22/07/2026
Ordonnance du président du Tribunal du 22 juillet 2026.#Marek Lovás contre Parquet européen.#Référé – Rejet du recours principal – Non-lieu à statuer.#Affaire T-272/26 R.
22/07/2026