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AccueilDroit européen62024TJ0493_RES
Jurisprudence CJUE62024TJ0493_RES

Arrêt du Tribunal (troisième chambre élargie) du 1er juillet 2026.#Alhares for Security Services and Occupational Safety contre Mission d'assistance de l'Union européenne pour une gestion intégrée des frontières en Libye (EUBAM Libya).#Marchés publics de services – Procédure négociée sans publication préalable d’un avis de marché – Prestation de services de sécurité privée – Décision de ne pas inclure le requérant parmi les opérateurs présélectionnés – Point 11.1, second alinéa, sous c), et point 39.2 de l’annexe I du règlement (UE, Euratom) 2018/1046 – Égalité de traitement – Principe de non-discrimination.#Affaire T-493/24.

CELEX62024TJ0493_RES
TypeJurisprudence CJUE
Datemercredi 1 juillet 2026

Résumé IA

Le Tribunal de l'Union européenne, dans son arrêt du 1er juillet 2026 (affaire T-493/24), a rejeté le recours de la société Alhares contre la décision de l'EUBAM Libya de ne pas l'inclure dans une procédure négociée pour des services de sécurité privée. Il a jugé que l'exclusion, fondée sur l'absence de preuve d'une expérience spécifique en Libye et sur des critères de sélection prévus par le règlement financier (annexe I, points 11.1 et 39.2), était conforme aux principes d'égalité de traitement et de non-discrimination. Cette décision précise les conditions dans lesquelles une institution de l'UE peut restreindre la participation à une procédure négociée sans publication préalable, notamment en exigeant une expérience locale justifiée par les risques sécuritaires.

Texte intégral

Affaire T‑493/24

Alhares for Security Services and Occupational Safety

contre

Mission d’assistance de l’Union européenne pour une gestion intégrée des frontières en Libye (EUBAM Libya)

Arrêt du Tribunal (troisième chambre, siégeant avec cinq juges) du 1 juillet 2026

« Marchés publics de services – Procédure négociée sans publication préalable d’un avis de marché – Prestation de services de sécurité privée – Décision de ne pas inclure le requérant parmi les opérateurs présélectionnés – Point 11.1, second alinéa, sous c), et point 39.2 de l’annexe I du règlement (UE, Euratom) 2018/1046 – Égalité de traitement – Principe de non-discrimination »

1. Marchés publics de l’Union européenne – Procédure d’appel d’offres – Attribution des marchés – Procédure négociée sans publication préalable d’un avis de marché – Interventions effectuées dans le cadre d’une crise – Conditions de recours à une telle procédure réunies

[Art. 38, § 2 et 3, 42 et 43 TFUE ; règlement du Parlement européen et du Conseil 2018/1046, art. 2, point 21, a), et 164, § 1, d) et f), et annexe I, points 11.1, 2d al., c), et 39.2]

(voir points 42-44, 54, 67)

2. Marchés publics de l’Union européenne – Procédure d’appel d’offres – Attribution des marchés – Procédure négociée sans publication préalable d’un avis de marché – Conditions – Existence de circonstances imprévisibles – Charge de la preuve incombant au pouvoir adjudicateur

[Règlement du Parlement européen et du Conseil 2018/1046, art. 164, § 5, f), et annexe I, point 39.2]

(voir point 76)

3. Marchés publics de l’Union européenne – Procédure d’appel d’offres – Attribution des marchés – Procédure négociée sans publication préalable d’un avis de marché – Obligation d’inviter l’ensemble des opérateurs économiques du marché concerné – Absence – Violation du principe d’égalité de traitement et de non-discrimination – Absence

[Règlement du Parlement européen et du Conseil 2018/1046, art. 160, § 2, et 164, § 1, d)]

(voir point 102)

Résumé

Saisi d’un recours en annulation, qu’il rejette, le Tribunal se prononce, de manière inédite, sur les conditions requises, en présence d’une crise, pour qu’un pouvoir adjudicateur puisse recourir à une procédure négociée sans publication préalable d’un avis de marché.

Par décision du 17 juillet 2024, la Commission européenne a constaté, aux fins de l’application de procédures flexibles de passation de marchés prévues par le règlement financier (1), l’existence d’une crise en Libye.

Sur la base de cette constatation, la mission d’assistance de l’Union européenne pour une gestion intégrée des frontières en Libye (ci-après la « Mission ») a lancé, en août 2024, une procédure négociée sans publication préalable d’un avis de marché afin de conclure un contrat portant sur des prestations de sécurité privée à Tripoli (Libye).

Seules six sociétés présélectionnées ont été invitées à présenter une offre. Alhares for Security Services and Occupational Safety, une société de droit libyen spécialisée dans les activités privées de sécurité, n’a pas été invitée à y participer.

Après avoir demandé en vain à être autorisée à y participer, cette société a introduit un recours en annulation contre les décisions de la Mission refusant sa participation ainsi que contre l’ensemble de la procédure de marché.


Appréciation du Tribunal

S’agissant du choix de recourir à la procédure négociée sans publication préalable, le Tribunal rappelle, tout d’abord, que le point 11.1, second alinéa, sous c), de l’annexe I du règlement financier autorise le recours à une procédure négociée, quel qu’en soit le montant, lorsque, en substance, six conditions cumulatives sont réunies : premièrement, la procédure négociée est « strictement nécessaire » ; deuxièmement, il existe une « urgence impérieuse » qui, troisièmement, « résulte », quatrièmement, d’« événements imprévisibles ». Cinquièmement, il faut que l’urgence impérieuse soit « incompatible avec les délais des procédures » du droit commun « prévus aux points 24, 26 et 41 » de la même annexe du règlement financier et, sixièmement, que les « circonstances justifiant cette urgence » ne soient pas imputables au pouvoir adjudicateur.

Ensuite, le Tribunal constate, en procédant à une interprétation littérale des dispositions applicables, qu’il ressort clairement du libellé même du point 39.2 de l’annexe I du règlement financier que l’assimilation qui y est faite entre l’« urgence impérieuse » et les « interventions effectuées dans le cadre d’une crise » doit être lue comme recouvrant les deuxième, troisième et quatrième conditions du point 11.1, second alinéa, sous c), de la même annexe, à savoir une urgence impérieuse qui résulte d’événements imprévisibles.

En outre, le Tribunal considère que cette interprétation littérale est confortée par l’interprétation contextuelle dudit point 39.2. En effet, lorsque ledit point 39.2 fait référence, aux fins du point 11.1, second alinéa, sous c), de la même annexe, à une situation de « crise », il renvoie à un élément que le législateur a lui-même défini à l’article 2, point 21, du règlement financier. Selon cette dernière disposition, une crise correspond à « une situation de danger immédiat ou imminent, risquant de dégénérer en un conflit armé ou menaçant de déstabiliser un pays ou son voisinage » ou à des situations « causée[s] » notamment par des « crises d’origine humaine comme les guerres ou autres conflits » ou d’autres circonstances extraordinaires comparables. Pour le Tribunal, une telle situation implique nécessairement l’existence d’événements imprévisibles ainsi qu’un lien de causalité entre ces événements et l’état d’urgence qui en résulte. Le Tribunal en conclut que la notion de « crise » couvre à la fois l’urgence impérieuse et l’imprévisibilité des événements, mais aussi le lien de causalité, exigés par le point 11.1, second alinéa, sous c), de l’annexe I du règlement financier.

Enfin, le Tribunal estime que l’interprétation téléologique du point 39.2 corrobore son analyse au regard des objectifs de la politique étrangère et de sécurité commune (ci-après « PESC »), dont fait partie la politique de sécurité et de défense commune (ci-après « PSDC »). Il rappelle que la rapidité d’action constitue un élément structurel du cadre juridique de la PESC et de la PSDC. Ce cadre est un domaine d’action particulier, généralement caractérisé par un impératif de réactivité et de flexibilité, notamment en cas de crise avérée. Le droit des marchés publics applicable aux actions relevant de la PSDC s’inscrit nécessairement dans cette même logique. Le point 39.2 de l’annexe I du règlement financier opère ainsi une conciliation entre, d’une part, la rigueur qui caractérise le droit des marchés publics de l’Union, tant au regard du respect du principe de concurrence que de l’encadrement strict des dérogations, et, d’autre part, l’impératif de réactivité propre à la PESC et à la PSDC. En assimilant les « interventions effectuées dans le cadre d’une crise » à une situation d’« urgence impérieuse », cette disposition instaure précisément l’équilibre requis entre discipline budgétaire et efficacité opérationnelle.

Ainsi, l’interprétation du point 39.2 de l’annexe I du règlement financier, à la lumière de la notion de « crise », telle que définie à l’article 2, point 21, de ce règlement, conduit à considérer que la formule « interventions effectuées dans le cadre d’une crise » englobe l’ensemble des éléments constitutifs de l’urgence impérieuse, y compris les deux conditions complémentaires tenant à l’imprévisibilité de l’événement et à l’existence d’un lien de causalité, telles que prévues au point 11.1, second alinéa, sous c), de l’annexe I dudit règlement.

À la lumière de cette interprétation, le Tribunal juge que la Mission a valablement pu recourir à la procédure négociée sans publication préalable.


1 Points 11.1, second alinéa, sous c), et 39.2 de l’annexe I du règlement (UE, Euratom) 2018/1046 du Parlement européen et du Conseil, du 18 juillet 2018, relatif aux règles financières applicables au budget général de l’Union, modifiant les règlements (UE) no 1296/2013, (UE) no 1301/2013, (UE) no 1303/2013, (UE) no 1304/2013, (UE) no 1309/2013, (UE) no 1316/2013, (UE) no 223/2014, (UE) no 283/2014 et la décision no 541/2014/UE, et abrogeant le règlement (UE, Euratom) no 966/2012 (JO 2018, L 193, p. 1 ; ci-après le « règlement financier »).

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