| CELEX | 62024TJ0588 |
| Type | Jurisprudence CJUE |
| Date | mercredi 15 juillet 2026 |
ARRÊT DU TRIBUNAL (cinquième chambre)
15 juillet 2026 (*)
« Politique étrangère et de sécurité commune – Mesures restrictives prises eu égard aux actions compromettant ou menaçant l’intégrité territoriale, la souveraineté et l’indépendance de l’Ukraine – Gel des fonds – Liste des personnes, des entités et des organismes auxquels s’applique le gel des fonds et des ressources économiques – Maintien du nom du requérant sur la liste – Article 2, paragraphe 1, sous g), de la décision 2014/145/PESC – Erreur d’appréciation – Droits de la défense »
Dans l’affaire T‑588/24,
OT, représenté par Mes J.-P. Hordies et P. Blanchetier, avocats,
partie requérante,
contre
Conseil de l’Union européenne, représenté par Mme D. Yovanof, en qualité d’agente,
partie défenderesse,
LE TRIBUNAL (cinquième chambre),
composé de M. M. Sampol Pucurull, président, Mmes T. Pynnä et M. Brkan (rapporteure), juges,
greffière : Mme H. Eriksson, administratrice,
vu la phase écrite de la procédure, notamment :
– la mesure d’organisation de la procédure du 28 juillet 2025 invitant les parties à présenter leurs observations sur les conséquences à tirer pour la présente affaire de l’arrêt du 23 juillet 2025, OT/Conseil (T‑1095/23, sous pourvoi, EU:T:2025:744), et les réponses du Conseil et du requérant, déposées au greffe du Tribunal, respectivement, le 12 et le 27 août 2025,
– la mesure d’organisation de la procédure du 13 janvier 2026, par laquelle le Tribunal a posé des questions aux parties pour qu’elles y répondent lors de l’audience,
à la suite de l’audience du 19 janvier 2026,
rend le présent
Arrêt
1 Par son recours fondé sur l’article 263 TFUE, le requérant, OT, demande l’annulation, premièrement, de la décision (PESC) 2024/2456 du Conseil, du 12 septembre 2024, modifiant la décision 2014/145/PESC concernant des mesures restrictives eu égard aux actions compromettant ou menaçant l’intégrité territoriale, la souveraineté et l’indépendance de l’Ukraine (JO L, 2024/2456) et du règlement d’exécution (UE) 2024/2455 du Conseil, du 12 septembre 2024, mettant en œuvre le règlement (UE) n° 269/2014 concernant des mesures restrictives eu égard aux actions compromettant ou menaçant l’intégrité territoriale, la souveraineté et l’indépendance de l’Ukraine (JO L, 2024/2455) (ci‑après, pris ensemble, les « actes de septembre 2024 »), deuxièmement, de la décision (PESC) 2025/528 du Conseil du 14 mars 2025 modifiant la décision 2014/145/PESC concernant des mesures restrictives eu égard aux actions compromettant ou menaçant l’intégrité territoriale, la souveraineté et l’indépendance de l’Ukraine (JO L, 2025/528), et du règlement d’exécution (UE) 2025/527 du Conseil mettant en œuvre le règlement d’exécution (UE) n° 269/2014 concernant des mesures restrictives eu égard aux actions compromettant ou menaçant l’intégrité territoriale, la souveraineté et l’indépendance de l’Ukraine (JO L, 2025/527) (ci-après, pris ensemble, les « actes de mars 2025 ») et, troisièmement, la décision (PESC) 2025/1895 du Conseil du 12 septembre 2025 modifiant la décision 2014/145/PESC concernant des mesures restrictives eu égard aux actions compromettant ou menaçant l’intégrité territoriale, la souveraineté et l’indépendance de l’Ukraine (JO L, 2025/1895) et du règlement d’exécution (UE) 2025/1894 concernant des mesures restrictives eu égard aux actions compromettant ou menaçant l’intégrité territoriale, la souveraineté et l’indépendance de l’Ukraine (JO L, 2025/1894) (ci-après, pris ensemble, les « actes de septembre 2025 »), en tant que l’ensemble de ces actes (ci-après les « actes attaqués ») maintiennent son nom sur les listes annexées auxdits actes.
I. Antécédents du litige
2 Le requérant est un ressortissant de nationalité russe et chypriote.
3 La présente affaire s’inscrit dans le contexte des mesures restrictives décidées par l’Union européenne eu égard aux actions compromettant ou menaçant l’intégrité territoriale, la souveraineté et l’indépendance de l’Ukraine.
4 Le 17 mars 2014, le Conseil de l’Union européenne a adopté, sur le fondement notamment de l’article 29 TUE, la décision 2014/145/PESC du Conseil, concernant des mesures restrictives eu égard aux actions compromettant ou menaçant l’intégrité territoriale, la souveraineté et l’indépendance de l’Ukraine (JO 2014, L 78, p. 16). Le même jour, il a adopté, sur le fondement de l’article 215 TFUE, le règlement (UE) no 269/2014 du Conseil, concernant des mesures restrictives eu égard aux actions compromettant ou menaçant l’intégrité territoriale, la souveraineté et l’indépendance de l’Ukraine (JO 2014, L 78, p. 6).
5 Le 25 février 2022, le Conseil a adopté, d’une part, la décision (PESC) 2022/329 modifiant la décision 2014/145 (JO 2022, L 50, p. 1) et, d’autre part, le règlement (UE) no 2022/330 modifiant le règlement no 269/2014 (JO 2022, L 51, p. 1), afin notamment d’amender les critères en application desquels des personnes physiques ou morales, des entités ou des organismes pouvaient être visés par les mesures restrictives en cause.
6 L’article 2, paragraphes 1 et 2, de la décision 2014/145, telle que modifiée par la décision 2022/329, prévoit :
« 1. Sont gelés tous les fonds et ressources économiques appartenant :
[…]
d) à des personnes physiques ou morales, des entités ou des organismes qui apportent un soutien matériel ou financier aux décideurs russes responsables de l’annexion de la Crimée ou de la déstabilisation de l’Ukraine, ou qui tirent avantage de ces décideurs ;
[…]
g) à des femmes et hommes d’affaires influents ou des personnes morales, des entités ou des organismes ayant une activité dans des secteurs économiques qui fournissent une source substantielle de revenus au gouvernement de la Fédération de Russie, qui est responsable de l’annexion de la Crimée et de la déstabilisation de l’Ukraine,
[…]
2. Aucun fonds ni aucune ressource économique n’est, directement ou indirectement, mis à la disposition des personnes physiques ou morales, des entités ou des organismes dont la liste figure à l’annexe, ou mis à leur profit. »
7 Les modalités de ce gel de fonds sont définies aux paragraphes suivants de l’article 2 de la décision 2014/145, telle que modifiée.
8 Le règlement no 269/2014, dans sa version modifiée par le règlement 2022/330, imposait l’adoption des mesures de gel de fonds et définissait les modalités de ce gel en des termes identiques, en substance, à ceux de la décision 2014/145, telle que modifiée. En effet, en particulier, l’article 3, paragraphe 1, sous a) à g), de ce règlement reprenait pour l’essentiel l’article 2, paragraphe 1, sous a) à g), de ladite décision.
9 Par la décision (PESC) 2022/429 du Conseil, du 15 mars 2022, modifiant la décision 2014/145 (JO 2022, L 87I, p. 44) ainsi que par le règlement d’exécution (UE) 2022/427 du Conseil, du 15 mars 2022, mettant en œuvre le règlement no 269/2014 (JO 2022, L 87I, p. 1) (ci-après les « actes initiaux »), le nom du requérant a été ajouté sur les listes annexées à la décision 2014/145 et audit règlement (ci-après les « listes litigieuses »). Par la suite, par la décision (PESC) 2022/1530 du Conseil, du 14 septembre 2022, modifiant la décision 2014/145 (JO 2022, L 239, p. 149) et par le règlement d’exécution (UE) 2022/1529 du Conseil, du 14 septembre 2022, mettant en œuvre le règlement no 269/2014 (JO 2022, L 239, p. 1), le Conseil a maintenu le nom du requérant sur les listes litigieuses. Le recours en annulation introduit contre ces actes par le requérant a été rejeté par l’arrêt du 15 novembre 2023, OT/Conseil (T‑193/22, EU:T:2023:716).
10 Par la décision (PESC) 2023/572 du Conseil, du 13 mars 2023, modifiant la décision 2014/145 (JO 2023, L 75 I, p. 134) et par le règlement d’exécution (UE) 2023/571 du Conseil, du 13 mars 2023, mettant en œuvre le règlement no 269/2014 (JO 2023, L 75 I, p. 1) Le recours en annulation introduit contre ces actes par le requérant a été rejeté par l’arrêt du 11 septembre 2024, OT/Conseil (T‑286/23, non publié, sous pourvoi, EU:T:2024:606).
11 Le 5 juin 2023, le Conseil a adopté la décision (PESC) 2023/1094 modifiant la décision 2014/145 (JO 2023, L 146, p. 20) et le règlement (UE) 2023/1089 modifiant le règlement no 269/2014 (JO 2023, L 146, p. 1).
12 La décision 2023/1094 a modifié les critères d’inscription des noms des personnes visées par le gel des fonds. Le texte de l’article 2, paragraphe 1, sous g), de la décision 2014/145 étant remplacé par le texte suivant :
« g) à des femmes et hommes d’affaires influents exerçant des activités en Russie et aux membres de leur famille proche ou à d’autres personnes physiques, qui en tirent avantage, ou à des femmes et hommes d’affaires, des personnes morales, des entités ou des organismes ayant une activité dans des secteurs économiques qui fournissent une source substantielle de revenus au gouvernement de la Fédération de Russie, qui est responsable de l’annexion de la Crimée et de la déstabilisation de l’Ukraine [...] »
13 Le règlement 2023/1089 a modifié de façon similaire le règlement no 269/2014.
14 Par la décision (PESC) 2023/1767, du 13 septembre 2023, modifiant la décision 2014/145/PESC (JO 2023, L 226, p. 104) et par la décision (PESC) 2024/847, du 12 mars 2024, modifiant la décision 2014/145 (JO L, 2024/847) ainsi que par le règlement d’exécution (UE) 2023/1765, du 13 septembre 2023, mettant en œuvre le règlement no 269/2014 (JO 2023, L 226, p. 3) et le règlement d’exécution (UE) 2024/849, du 12 mars 2024, mettant en œuvre le règlement no 269/2014 (JO L, 2024/849), le Conseil a maintenu le nom du requérant sur les listes litigieuses. Le recours en annulation introduit contre ces actes par le requérant a été rejeté par l’arrêt du 23 juillet 2025, OT/Conseil (T‑1095/23, sous pourvoi, EU:T:2025:744).
15 Par lettre du 10 avril 2024, le requérant a adressé au Conseil une demande de réexamen.
16 Par lettre du 4 juillet 2024, le Conseil a informé le requérant qu’il envisageait de maintenir le nom de celui-ci sur les listes litigieuses sur le fondement de motifs modifiés.
17 Par lettre du 11 juillet 2024, le requérant a présenté ses observations en réponse à la lettre du Conseil du 4 juillet 2024.
18 Par lettre du 16 juillet 2024, le Conseil a réitéré son intention de maintenir le nom du requérant sur les listes litigieuses sur le fondement de motifs modifiés par rapport au projet figurant dans sa lettre du 4 juillet 2024.
19 Par lettre du 24 juillet 2024, le requérant a présenté ses observations en réponse à la lettre du Conseil du 16 juillet 2024.
20 Par les actes de septembre 2024, le nom du requérant a été maintenu sur les listes litigieuses sur le fondement des motifs suivants :
« [Le requérant] est un actionnaire majeur du consortium Alfa Group. Il est classé parmi les personnes les plus influentes de Russie. Vladimir Poutine a récompensé Alfa Group pour sa loyauté envers les autorités russes en apportant un appui politique aux plans d’investissement d’Alfa Group à l’étranger.
La compagnie d’assurances AlfaStrakhovanie, filiale du consortium Alfa Group, fournit des assurances pour les véhicules du service fédéral de la Garde nationale de la Fédération de Russie (Rosgvardia), dont les unités opèrent dans les régions occupées d’Ukraine sous contrôle russe, ainsi que pour les véhicules des gardes du corps du président de la Fédération de Russie, Vladimir Poutine.
AlfaStrakhovanie a fourni des assurances à des entreprises telles que JSC Kalashnikov Concern et Central Scientific — Research Institute for Precision Machine Engineering (TsNIITochMash), dont les armes sont largement utilisées par l’armée russe en Ukraine, y compris lors des atrocités commises à Boutcha.
D’autre part, X5 Retail Group, une autre filiale du consortium Alfa Group, coopère avec JSC Voentorg, une entité soumise à des mesures restrictives qui fournit des services de restauration et de blanchisserie, ainsi que des uniformes militaires, aux forces armées de la Fédération de Russie et dont la filiale vend des T-shirts avec le symbole militaire Z utilisé par les propagandistes russes pour promouvoir la guerre d’agression menée par la Russie contre l’Ukraine. [Le requérant] apporte donc un soutien matériel ou financier aux décideurs russes responsables de l’annexion de la Crimée ou de la déstabilisation de l’Ukraine, et tire avantage de ces décideurs.
[Le requérant] est également un actionnaire important de Rosvodokanal, une autre entreprise du groupe Alfa et l’un des principaux exploitants privés de services de distribution d’eau en Russie.
Il est également un homme d’affaires influent exerçant des activités en Russie ainsi qu’un homme d’affaires ayant une activité dans des secteurs économiques fournissant une source substantielle de revenus au gouvernement de la Fédération de Russie, qui est responsable de l’annexion de la Crimée et de la déstabilisation de l’Ukraine. »
21 Par lettre du 13 septembre 2024, le Conseil a informé le requérant du maintien du nom de celui-ci sur les listes litigieuses.
II. Faits postérieurs à l’introduction du recours
22 Par lettre du 20 janvier 2025, le Conseil a informé le requérant qu’il envisageait de maintenir le nom de celui-ci sur les listes litigieuses sur le fondement de motifs modifiés et lui a communiqué le dossier WK 16242/2024 INIT du 19 décembre 2024.
23 Par lettres du 31 janvier et du 24 février 2025, le requérant a présenté ses observations en réponse à la lettre du Conseil du 20 janvier 2025.
24 Par les actes de mars 2025, le nom du requérant a été maintenu sur les listes litigieuses sur le fondement des motifs suivants :
« [Le requérant] est un actionnaire majeur du consortium Alfa Group. Il est classé parmi les personnes les plus influentes de Russie.
[Le requérant] est également un actionnaire important de X5 Retail Group, l’une des plus importantes entreprises de vente au détail en Russie, ainsi que de Rosvodokanal, une autre entreprise d’Alfa Group et l’un des principaux exploitants privés de services de distribution d’eau en Russie.
En outre, le transfert de ses participations dans A1, qui fait partie d’Alfa Group, est considéré comme fictif.
La compagnie d’assurances AlfaStrakhovanie, filiale du consortium Alfa Group, fournit des assurances pour les véhicules du service fédéral de la Garde nationale de la Fédération de Russie (Rosgvardia), dont les unités opèrent dans les régions occupées d’Ukraine sous contrôle russe, ainsi que pour les véhicules des gardes du corps du président de la Fédération de Russie, Vladimir Poutine.
AlfaStrakhovanie a fourni des assurances à des entreprises telles que JSC Kalashnikov Concern et Central Scientific – Research Institute for Precision Machine Engineering (TsNIITochMash), dont les armes sont largement utilisées par l’armée russe en Ukraine, comme notamment lors des atrocités commises à Boutcha.
D’autre part, X5 Retail Group, une autre filiale du consortium Alfa Group, coopère avec JSC Voentorg, une entité soumise à des mesures restrictives qui fournit des services de restauration et de blanchisserie, ainsi que des uniformes militaires, aux forces armées de la Fédération de Russie et dont la filiale vend des T-shirts avec le symbole militaire “Z” utilisé par les propagandistes russes pour promouvoir la guerre d’agression menée par la Russie contre l’Ukraine.
[Le requérant] est donc un homme d’affaires influent exerçant des activités en Russie ainsi qu’un homme d’affaires ayant une activité dans des secteurs économiques fournissant une source substantielle de revenus au gouvernement de la Fédération de Russie, qui est responsable de l’annexion de la Crimée et de la déstabilisation de l’Ukraine. Il apporte également un soutien matériel ou financier aux décideurs russes responsables de l’annexion de la Crimée ou de la déstabilisation de l’Ukraine, et tire avantage de ces décideurs. »
25 Par lettre du 17 mars 2025, le Conseil a informé le requérant du maintien du nom de celui-ci sur les listes litigieuses et a répondu aux lettres de celui-ci des 31 janvier et 24 février 2025.
26 Par lettre du 11 juillet 2025, le Conseil a informé le requérant de son intention de maintenir le nom de celui-ci sur les listes litigieuses sur le fondement de motifs modifiés.
27 Par lettre du 15 juillet 2025, le requérant a présenté ses observations en réponse à la lettre du Conseil du 11 juillet 2025.
28 Par les actes de septembre 2025, le nom du requérant a été maintenu sur les listes litigieuses sur le fondement des motifs suivants :
« [Le requérant] est un actionnaire majeur du consortium Alfa Group. Il est classé parmi les personnes les plus influentes de Russie.
[Le requérant] est également un actionnaire important de X5 Retail Group, l’une des plus importantes entreprises de vente au détail en Russie, ainsi que de Rosvodokanal, une autre entreprise du consortium Alfa Group et l’un des principaux exploitants privés de services de distribution d’eau en Russie.
En outre, le transfert de ses participations dans A1, qui fait partie d’Alfa Group, est considéré comme fictif.
La compagnie d’assurances AlfaStrakhovanie, filiale du consortium Alfa Group, fournit des assurances pour les véhicules du service fédéral de la Garde nationale de la Fédération de Russie (Rosgvardia), dont les unités opèrent dans les régions occupées d’Ukraine sous contrôle russe, ainsi que pour les véhicules des gardes du corps du président de la Fédération de Russie, Vladimir Poutine.
AlfaStrakhovanie a fourni des assurances à des entreprises telles que JSC Kalashnikov Concern et Central Scientific-Research Institute for Precision Machine Engineering (TsNIITochMash), dont les armes sont largement utilisées par l’armée russe en Ukraine, comme notamment lors des atrocités commises à Boutcha.
D’autre part, X5 Retail Group, une autre filiale du consortium Alfa Group, coopère avec JSC Voentorg, une entité soumise à des mesures restrictives qui fournit des services de restauration et de blanchisserie, ainsi que des uniformes militaires, aux forces armées de la Fédération de Russie et dont la filiale vend des T-shirts avec le symbole militaire “Z” utilisé par les propagandistes russes pour promouvoir la guerre d’agression menée par la Russie contre l’Ukraine.
En outre, [le requérant] est membre du Conseil russe des affaires internationales, un groupe de réflexion qui relaie la propagande du gouvernement de la Fédération de Russie concernant l’Ukraine et la guerre menée contre ce pays.
[Le requérant] est donc un homme d’affaires influent exerçant des activités en Russie ainsi qu’un homme d’affaires ayant une activité dans des secteurs économiques fournissant une source substantielle de revenus au gouvernement de la Fédération de Russie, qui est responsable de l’annexion de la Crimée et de la déstabilisation de l’Ukraine. Il apporte également un soutien matériel ou financier aux décideurs russes responsables de l’annexion de la Crimée ou de la déstabilisation de l’Ukraine, et tire avantage de ces décideurs. »
29 Par lettre du 15 septembre 2025, le Conseil a informé le requérant de sa décision de maintenir le nom de celui-ci sur les listes litigieuses et a répondu à la lettre de celui-ci du 15 juillet 2025.
III. Conclusions des parties
30 Le requérant conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :
– annuler les actes attaqués en tant qu’ils le concernent ;
– ordonner au Conseil de retirer son nom des listes litigieuses ;
– condamner le Conseil aux dépens.
31 Le Conseil conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :
– rejeter le recours ;
– condamner le requérant aux dépens.
IV. En droit
A. Sur la compétence du Tribunal pour connaître le deuxième chef de conclusions du requérant
32 Par son deuxième chef de conclusions, le requérant demande que le Tribunal ordonne au Conseil le retrait de son nom des listes litigieuses. Ainsi, par ce chef de conclusions, il demande en substance que le Tribunal adresse une injonction au Conseil.
33 À cet égard, il suffit de rappeler que, dans le cadre du contrôle de légalité fondé sur l’article 263 TFUE, le Tribunal n’a pas compétence pour prononcer des injonctions à l’encontre des institutions, des organes et des organismes de l’Union [voir ordonnance du 26 octobre 1995, Pevasa et Inpesca/Commission, C‑199/94 P et C‑200/94 P, EU:C:1995:360, point 24 et jurisprudence citée ; voir également, en ce sens, arrêts du 9 juin 2021, Borborudi/Conseil, T‑580/19, EU:T:2021:330, point 34 (non publié), et du 8 mars 2023, Prigozhina/Conseil, T‑212/22, non publié, EU:T:2023:104, point 19 et jurisprudence citée] même lorsqu’elles ont trait aux modalités d’exécution de ses arrêts (ordonnances du 22 septembre 2016, Gaki/Commission, C‑130/16 P, non publiée, EU:C:2016:731, point 14, et du 19 juillet 2016, Trajektna luka Split/Commission, T‑169/16, non publiée, EU:T:2016:441, point 13).
34 Il en résulte que, dans le cadre d’un recours introduit sur le fondement de l’article 263 TFUE, même dans l’hypothèse d’une annulation des actes par lesquels des mesures restrictives sont adoptées ou maintenues à l’égard d’une personne physique, d’une personne morale, d’une entité ou d’un organisme, le Tribunal n’est pas compétent pour ordonner le retrait de l’inscription du nom de cette personne physique, de cette personne morale, de cette entité ou de cet organisme des listes litigieuses.
35 Il résulte des considérations qui précèdent que le deuxième chef de conclusions doit être écarté pour cause d’incompétence.
B. Sur le fond
36 Au soutien du recours, le requérant soulève deux moyens, tirés, le premier, d’une erreur d’appréciation et, le second, d’une violation des droits de la défense.
37 Le Tribunal juge opportun d’examiner d’abord le second moyen.
1. Sur le second moyen, tiré d’une violation des droits de la défense
38 Premièrement, le requérant se prévaut d’une violation du principe d’égalité des armes en ce qu’il existerait un traitement déséquilibré entre lui et le Conseil et ce tant dans la procédure administrative que dans la procédure juridictionnelle. En particulier, il fait valoir qu’il y a une violation dudit principe en ce qui concerne le standard de preuves qui lui a été appliqué étant donné qu’il estime avoir apporté des éléments de preuves irréfutables dont la valeur probante a été relativisée, tandis que les preuves présentées par le Conseil ont été acceptées sans réserve dans les arrêts du 15 novembre 2023, OT/Conseil (T‑193/22, EU:T:2023:716), du 11 septembre 2024, OT/Conseil (T‑286/23, non publié, sous pourvoi, EU:T:2024:606), et du 23 juillet 2025, OT/Conseil (T‑1095/23, sous pourvoi, EU:T:2025:744). En outre, dans la réplique, il reproche au Conseil de lui avoir fixé des délais très court pour faire des observations dans le cadre de la procédure de réexamen, alors que cette institution s’accorde des délais significativement plus longs pour adopter les actes attaqués. Il reproche également au Conseil ne pas avoir pris en considération les observations formulées lors de ladite procédure.
39 Deuxièmement, le requérant soutient que les mesures restrictives prises à son égard n’auraient pas un caractère préventif, conservatoire et temporaire. Il fait également valoir qu’il n’exerçait pas d’activité économique en Russie et invoque une violation du principe d’égalité de traitement.
40 Le Conseil conteste l’argumentation du requérant.
41 À cet égard, en premier lieu, il convient de rappeler que le principe d’égalité des armes, qui fait partie intégrante du principe de la protection juridictionnelle effective des droits que les justiciables tirent du droit de l’Union, consacré par l’article 47 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne (ci-après la « Charte »), en ce qu’il est un corollaire, comme, notamment, le principe du contradictoire, de la notion même de procès équitable, implique l’obligation d’offrir à chaque partie une possibilité raisonnable de présenter sa cause, y compris ses preuves, dans des conditions qui ne la placent pas dans une situation de net désavantage par rapport à son adversaire (voir arrêts du 16 octobre 2019, Glencore Agriculture Hungary, C‑189/18, EU:C:2019:861, point 61 et jurisprudence citée, et du 12 juillet 2022, Nord Stream 2/Parlement et Conseil, C‑348/20 P, EU:C:2022:548, point 128 et jurisprudence citée).
42 Le principe d’égalité des armes, a pour but d’assurer l’équilibre procédural entre les parties à une procédure judiciaire, en garantissant l’égalité des droits et des obligations de ces parties en ce qui concerne, notamment, les règles régissant l’administration des preuves et le débat contradictoire devant le juge ainsi que les droits de recours de ces parties. Pour satisfaire aux exigences liées au droit à un procès équitable, il importe que les parties aient connaissance et puissent débattre contradictoirement tant des éléments de fait que des éléments de droit qui sont décisifs pour l’issue de la procédure (voir arrêt du 16 octobre 2019, Glencore Agriculture Hungary, C‑189/18, EU:C:2019:861, point 62 et jurisprudence citée).
43 D’une part, en ce qui concerne l’argumentation du requérant fondée sur le principe d’égalité des armes pour contester l’appréciation des éléments de preuves effectuée par le Tribunal dans les arrêts du 15 novembre 2023, OT/Conseil (T‑193/22, EU:T:2023:716), du 11 septembre 2024, OT/Conseil (T‑286/23, non publié, sous pourvoi, EU:T:2024:606), et du 23 juillet 2025, OT/Conseil (T‑1095/23, sous pourvoi, EU:T:2025:744), une telle argumentation, laquelle peut être soulevée dans le cadre d’un pourvoi introduit devant la Cour, est inopérante dans la présente affaire.
44 D’autre part, s’agissant de l’argumentation du requérant selon laquelle le Conseil s’accorde des délais pour adopter les actes attaqués significativement plus long que ceux qu’il lui a accordés pour communiquer ses observations dans le cadre de la procédure de réexamen, il y a lieu de relever que ladite procédure, prévue à l’article 14, paragraphe 3, du règlement no 269/2014, à l’issue de laquelle ces actes ont été adoptés ne constitue pas une procédure juridictionnelle, mais une procédure administrative.
45 Dès lors, l’argumentation du requérant visée au point 44 ci-dessus doit être examinée à la lumière de l’article 41 de la Charte, qui consacre le droit fondamental au respect des droits de la défense au cours d’une procédure précédant l’adoption d’une mesure restrictive (voir, en ce sens, arrêt du 21 décembre 2011, France/People’s Mojahedin Organization of Iran, C‑27/09 P, EU:C:2011:853, point 66).
46 Dans le cas d’une décision subséquente de gel de fonds par laquelle le nom d’une personne ou d’une entité figurant déjà sur la liste des personnes et entités dont les fonds sont gelés est maintenu, l’adoption d’une telle décision doit, en principe, être précédée d’une communication des éléments retenus à charge ainsi que de l’opportunité conférée à la personne ou à l’entité concernée d’être entendues (voir, en ce sens, arrêt du 21 décembre 2011, France/People’s Mojahedin Organization of Iran, C‑27/09 P, EU:C:2011:853, point 62).
47 Il y a lieu de rappeler que le droit d’être entendu dans toute procédure, garantit à toute personne la possibilité de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d’une procédure administrative et avant qu’une décision susceptible d’affecter de manière défavorable ses intérêts ne soit prise à son égard (arrêts du 27 juillet 2022, RT France/Conseil, T‑125/22, EU:T:2022:483, point 75, et du 15 novembre 2023, OT/Conseil, T‑193/22, EU:T:2023:716, point 79).
48 En l’espèce, ainsi qu’il ressort des points 16, 18, 22 et 26 ci-dessus, le requérant a été invité avant l’adoption des actes attaqués par le Conseil à lui faire part de ses observations sur le maintien envisagé de son nom sur les listes litigieuses. Il y a également lieu de relever que le Conseil a communiqué au requérant les nouveaux éléments de preuve dont il disposait pour justifier ledit maintien. En outre, ainsi que cela ressort des points 17, 19, 23 et 27, le requérant a répondu aux invitations du Conseil dans le cadre de la procédure de réexamen en lui faisant parvenir ses observations sur les projets de motifs qui lui avaient été communiqués par cette institution.
49 Par son argumentation, le requérant reproche toutefois au Conseil de ne pas lui avoir accordé un délai suffisant pour lui permettre de faire valoir, de manière utile et effective, ses observations lors la procédure de réexamen, alors que, selon lui, cette institution s’est accordée un long délai pour adopter les actes attaqués. À cet égard, il y a lieu de relever que, si le Conseil doit laisser un délai suffisant afin de permettre au requérant de présenter ses observations sur le maintien envisagé de son nom sur les listes litigieuses, il incombe également au Conseil de tenir compte de la période dont il a besoin pour examiner de telles observations (voir, en ce sens, arrêt du 8 juillet 2020, Ocean Capital Administration e.a./Conseil, T‑332/15, non publié, EU:T:2020:308, point 190). Dès lors, la circonstance que, dans le cadre de la procédure de réexamen, le Conseil a accordé au requérant un court délai pour formuler des observations, alors que cette institution a disposé d’un long délai pour examiner lesdites observations aux fins de l’adoption des actes attaqués ne méconnaît pas, en principe, le droit d’être entendu du requérant pour autant que ce dernier dispose d’un délai suffisant pour faire valoir ses observations.
50 En l’espèce, il convient de relever, tout d’abord, que, dans le cadre de la procédure de réexamen ayant conduit à l’adoption des actes de septembre 2024, le Conseil avait, par lettre du 4 juillet 2024, demandé au requérant de lui communiquer des observations avant le 18 juillet 2024. Le requérant a communiqué ses observations par lettre du 11 juillet 2024. De même, également aux fins de l’adoption desdits actes, le Conseil a, par lettre du 16 juillet 2024, notamment communiqué au requérant des éléments de preuve additionnels, à savoir le dossier WK 8430/24 REV 1 ADD 1 en lui demandant de lui faire parvenir des observations avant le 31 juillet 2024. Le requérant a déféré à cette dernière demande en communiquant au Conseil ses observations le 24 juillet 2024. Ainsi, avant l’adoption de ces actes, il a eu la possibilité de soumettre à plusieurs reprises des observations sur les projets de motifs et les éléments de preuve qui lui avaient été communiqués par le Conseil. En outre, il y a lieu de constater que le requérant a envoyé ses observations, y compris sur les éléments de preuves fournis par le Conseil, près d’une semaine avant l’expiration des délais qui lui avaient été accordés. Dans ces conditions, il ne saurait être considéré que, dans les circonstances de l’espèce, les délais d’environ 12 jours accordés par le Conseil étaient insuffisants pour permettre au requérant de présenter ses observations dans le cadre de la procédure de réexamen ayant abouti à l’adoption des actes en question.
51 Ensuite, s’agissant de la procédure de réexamen ayant conduit à l’adoption des actes de mars 2025, le Conseil a, par lettre du 20 janvier 2025, communiqué au requérant un projet de motifs ainsi qu’un nouveau dossier de preuves WK 16242/2024 en l’invitant à lui faire parvenir des observations avant le 3 février 2025. Par lettre du 31 janvier 2025, le requérant a transmis ses observations au Conseil, y compris sur certaines nouvelles preuves fournies par ce dernier. Étant donné que le nouveau dossier de preuve de 60 pages contenait seulement quatre documents, le délai fixé par le Conseil ne saurait, dans les circonstances de l’espèce, être considéré comme étant insuffisant. Au surplus, il importe de relever que, après l’expiration de ce délai, le requérant a communiqué des observations additionnelles le 24 février 2025 relatives à la prétendue cession de participation dans Rosvodokanal, lesquelles ont été prises en compte par le Conseil dans la lettre de ce dernier du 17 mars 2025 l’informant de l’adoption desdits actes.
52 Enfin, en ce qui concerne la procédure de réexamen ayant abouti à l’adoption des actes de septembre 2025, le Conseil a, par lettre du 11 juillet 2025, communiqué un projet de motifs au requérant et l’a invité à faire des observations avant le 22 juillet 2025. Le requérant a communiqué ses observations le 15 juillet 2025, soit environ une semaine avant l’expiration du délai accordé. Par conséquent, il ne saurait valablement soutenir que le délai fixé par le Conseil pour la communication desdites observations était insuffisant.
53 Par ailleurs, s’agissant de l’argumentation du requérant selon laquelle les observations présentées dans la procédure de réexamen n’ont eu aucun impact sur la décision du Conseil de maintenir son nom sur les listes litigieuses, il y a lieu de rappeler que, si le respect des droits de la défense et du droit d’être entendu exige que les institutions de l’Union permettent à la personne visée par un acte faisant grief de faire connaître utilement son point de vue, il ne peut leur imposer d’adhérer à celui-ci (voir arrêt du 20 septembre 2023, Mordashov/Conseil, T‑248/22, non publié, EU:T:2023:573, point 65 et jurisprudence citée). Dès lors, le seul fait que le Conseil n’a pas conclu à l’absence de bien-fondé de la prorogation de l’imposition de mesures restrictives contre des personnes ne saurait impliquer que de telles observations n’ont pas été prises en compte (voir arrêt du 20 septembre 2023, Mordashov/Conseil, T‑248/22, non publié, EU:T:2023:573, point 66 et jurisprudence citée).
54 Partant, par l’adoption des actes attaqués, le Conseil n’a pas violé le droit d’être entendu du requérant.
55 En second lieu, s’agissant des autres arguments du requérant, relatifs au fait que les mesures restrictives prises à son égard n’avaient pas un caractère préventif, conservatoire et temporaire, au fait qu’il n’exerçait pas d’activité économique en Russie, ainsi qu’à une violation du principe d’égalité de traitement, ils doivent être écartés comme inopérants en ce qu’ils sont avancés au soutien du présent moyen. Ils seront examinés dans le cadre du premier moyen, tiré d’une erreur d’appréciation.
56 Il s’ensuit que, par l’adoption des actes attaqués, le Conseil n’a pas violé les droits de la défense du requérant.
57 Il résulte des considérations qui précèdent que le second moyen, tiré d’une violation des droits de la défense doit être écarté.
2. Sur le premier moyen, tiré d’une erreur d’appréciation
58 Le requérant fait valoir que, par l’adoption des actes attaqués, le Conseil a commis une erreur d’appréciation en maintenant son nom sur les listes litigieuses.
59 Le Conseil conteste l’argumentation du requérant.
a) Considérations liminaires
60 À titre liminaire, il y a lieu de rappeler que, s’il est vrai que le Conseil dispose d’un certain pouvoir d’appréciation pour déterminer, au cas par cas, si les critères juridiques sur lesquels se fondent les mesures restrictives en cause sont remplis, il n’en reste pas moins que les juridictions de l’Union doivent assurer un contrôle, en principe complet, de la légalité de l’ensemble des actes de l’Union (voir, en ce sens, arrêt du 15 novembre 2023, OT/Conseil, T‑193/22, EU:T:2023:716, point 121).
61 L’effectivité du contrôle juridictionnel garanti par l’article 47 de la Charte exige, notamment, que le juge de l’Union s’assure que la décision par laquelle des mesures restrictives ont été adoptées ou maintenues, qui revêt une portée individuelle pour la personne ou l’entité concernée, repose sur une base factuelle suffisamment solide. Cela implique une vérification des faits allégués dans l’exposé des motifs qui sous-tend ladite décision, de sorte que le contrôle juridictionnel ne soit pas limité à l’appréciation de la vraisemblance abstraite des motifs invoqués, mais porte sur la question de savoir si ces motifs ou, à tout le moins, l’un d’eux considéré comme suffisant en soi pour soutenir cette même décision sont étayés (voir, en ce sens, arrêts du 18 juillet 2013, Commission e.a./Kadi, C‑584/10 P, C‑593/10 P et C‑595/10 P, EU:C:2013:518, point 119, et du 15 novembre 2023, OT/Conseil, T‑193/22, EU:T:2023:716, point 122).
62 Une telle appréciation doit être effectuée en examinant les éléments de preuve et d’information non de manière isolée, mais dans le contexte dans lequel ils s’insèrent. En effet, le Conseil satisfait à la charge de la preuve qui lui incombe s’il fait état devant le juge de l’Union d’un faisceau d’indices suffisamment concrets, précis et concordants, permettant d’établir l’existence d’un lien suffisant entre la personne ou l’entité sujette à une mesure de gel de fonds et le régime ou, en général, les situations combattues (voir arrêt du 20 juillet 2017, Badica et Kardiam/Conseil, T‑619/15, EU:T:2017:532, point 99 et jurisprudence citée ; arrêt du 15 novembre 2023, OT/Conseil, T‑193/22, EU:T:2023:716, point 124).
63 C’est à l’autorité compétente de l’Union qu’il appartient, en cas de contestation, d’établir le bien-fondé des motifs retenus à l’encontre de la personne ou de l’entité concernée, et non à cette dernière d’apporter la preuve négative de l’absence de bien-fondé desdits motifs. À cette fin, il n’est pas requis que le Conseil produise devant le juge de l’Union l’ensemble des informations et des éléments de preuve inhérents aux motifs allégués dans l’acte dont il est demandé l’annulation. Il importe que les informations ou les éléments produits étayent les motifs retenus à l’encontre de la personne ou l’entité concernée (arrêts du 18 juillet 2013, Commission e.a./Kadi, C‑584/10 P, C‑593/10 P et C‑595/10 P, EU:C:2013:518, points 121 et 122, et du 28 novembre 2013, Conseil/Fulmen et Mahmoudian, C‑280/12 P, EU:C:2013:775, points 66 et 67 ; voir, également, arrêt du 15 novembre 2023, OT/Conseil, T‑193/22, EU:T:2023:716, point 123 et jurisprudence citée).
64 Dans cette hypothèse, il incombe au juge de l’Union de vérifier l’exactitude matérielle des faits allégués au regard de ces informations ou éléments et d’apprécier la force probante de ces derniers en fonction des circonstances de l’espèce et à la lumière des éventuelles observations présentées, notamment, par la personne ou l’entité concernée (voir, en ce sens, arrêt du 18 juillet 2013, Commission e.a./Kadi, C‑584/10 P, C‑593/10 P et C‑595/10 P, EU:C:2013:518, point 124).
65 À cet égard, il convient de souligner que le contexte des mesures en cause doit être pris en compte et le degré de preuve pouvant être exigé du Conseil doit être adapté du fait de la difficulté d’accès à des preuves et à des éléments d’information objectifs (voir arrêt du 1er juin 2022, Prigozhin/Conseil, T‑723/20, non publié, EU:T:2022:317, point 102 et jurisprudence citée).
66 De plus, il convient de relever que l’activité du juge de l’Union est régie par le principe de libre appréciation des preuves et le seul critère pour apprécier la valeur des preuves produites réside dans leur crédibilité. À cet égard, pour apprécier la valeur probante d’un document, il faut vérifier la vraisemblance de l’information qui y est contenue en tenant compte, notamment, de l’origine du document, des circonstances de son élaboration ainsi que de son destinataire et se demander si, d’après son contenu, il semble sensé et fiable (voir arrêt du 31 mai 2018, Kaddour/Conseil, T‑461/16, EU:T:2018:316, point 107 et jurisprudence citée).
67 S’agissant, plus particulièrement, du contrôle de légalité exercé sur les actes de maintien du nom de la personne concernée sur une liste des personnes et des entités faisant l’objet de mesures restrictives, il convient de rappeler que celles-ci ont une nature conservatoire et, par définition, provisoire, dont la validité est toujours subordonnée à la perpétuation des circonstances de fait et de droit ayant présidé à leur adoption ainsi qu’à la nécessité de leur maintien en vue de la réalisation de l’objectif qui leur est associé. C’est ainsi qu’il incombe au Conseil, lors du réexamen périodique de ces mesures, de procéder à une appréciation actualisée de la situation et d’établir un bilan de l’impact de telles mesures, en vue de déterminer si elles ont permis d’atteindre les objectifs visés par l’inscription initiale des noms des personnes et des entités concernées sur la liste litigieuse ou s’il est toujours possible de tirer la même conclusion concernant lesdites personnes et entités (voir arrêt du 27 avril 2022, Ilunga Luyoyo/Conseil, T‑108/21, EU:T:2022:253, point 55 et jurisprudence citée ; arrêt du 26 octobre 2022, Ovsyannikov/Conseil, T‑714/20, non publié, EU:T:2022:674, point 67).
68 Il en résulte que, pour justifier le maintien du nom d’une personne sur une liste des personnes et des entités faisant l’objet de mesures restrictives, il n’est pas interdit au Conseil de se fonder sur les mêmes éléments de preuve ayant justifié l’inscription initiale, la réinscription ou le maintien précédent du nom de la personne visée sur ladite liste, pour autant que, d’une part, les motifs d’inscription demeurent inchangés et, d’autre part, le contexte n’a pas évolué d’une manière telle que ces éléments de preuve seraient devenus obsolètes (voir, en ce sens, arrêt du 23 septembre 2020, Kaddour/Conseil, T‑510/18, EU:T:2020:436, point 99). À ce titre, l’évolution du contexte inclut la prise en considération, d’une part, de la situation du pays à l’égard duquel le système de mesures restrictives a été établi ainsi que de la situation particulière de la personne concernée (arrêt du 26 octobre 2022, Ovsyannikov/Conseil, T‑714/20, non publié, EU:T:2022:674, point 78 ; voir également, en ce sens, arrêt du 23 septembre 2020, Kaddour/Conseil, T‑510/18, EU:T:2020:436, point 101), et, d’autre part, de l’ensemble des circonstances pertinentes et, notamment, de l’absence de réalisation des objectifs visés par les mesures restrictives (arrêt du 27 avril 2022, Ilunga Luyoyo/Conseil, T‑108/21, EU:T:2022:253, point 56 ; voir également, en ce sens et par analogie, arrêt du 12 février 2020, Amisi Kumba/Conseil, T‑163/18, EU:T:2020:57, points 82 à 84 et jurisprudence citée).
69 C’est à la lumière de ces principes qu’il convient d’examiner si, par l’adoption des actes de septembre 2024, de mars 2025 et de septembre 2025, le Conseil a commis une erreur d’appréciation en décidant de maintenir le nom du requérant sur les listes litigieuses.
b) Sur les actes de septembre 2024
70 Il ressort des motifs des actes de septembre 2024 en tant qu’ils visent le requérant, repris au point 20 ci-dessus, que le nom de ce dernier a été maintenu sur les listes litigieuses sur le fondement du critère du soutien matériel ou financier aux décideurs russes responsables de l’annexion de la Crimée ou de la déstabilisation de l’Ukraine [article 2, paragraphe 1, sous, d), de la décision 2014/145 telle que modifiée (ci-après le « critère d) »)]. Ce nom a également été inscrit sur le fondement des dispositions prévues à l’article 2, paragraphe 1, sous g) de la décision 2014/145, telle que modifiée par la décision 2023/1094, à savoir celles visant les « femmes et les hommes d’affaires influents exerçant une activité en Russie » [ci-après le « premier volet du critère g) modifié »] et celles visant les « femmes et hommes d’affaires ayant une activité dans des secteurs économiques qui fournissent une source substantielle de revenus au gouvernement de la Fédération de Russie » [ci-après le « troisième volet du critère g) modifié »].
71 Le Tribunal juge opportun d’examiner, tout d’abord, si le Conseil a commis une erreur d’appréciation en maintenant, par l’adoption des actes de septembre 2024, le nom du requérant sur les listes litigieuses sur le fondement du premier volet du critère g) modifié.
72 Le requérant fait valoir, en substance, que le Conseil n’apporte pas d’éléments concrets, précis et concordants permettant de constituer une base factuelle suffisante afin d’étayer le maintien de son nom sur les listes litigieuses sur le fondement du premier volet du critère g) modifié. En particulier, il soutient que le Conseil a commis une erreur d’appréciation en considérant qu’il était un actionnaire majeur du consortium Alfa Group, qui comprenait Alfa Bank, Alfrastrakhovanie et X5 Retail Group.
73 Premièrement, le requérant soutient avoir apporté des preuves incontestables de la cession de ses participations, d’une part, dans ABH Holdings qui contrôlait Alfa Bank Russie et AlfaStrakhovanie et, d’autre part, dans CTF Holdings qui détenait X5 Retail Group et A1. Selon lui, ces preuves démontrent qu’il n’a plus aucun lien juridique ou économiques avec ces sociétés. Il estime également que le Conseil n’a apporté aucune preuve remettant en cause la réalité de cette cession.
74 S’agissant de CTF Holdings, le requérant soutient que la cession de ses participations dans cette société est valablement établie par un extrait du registre des actionnaires du 2 novembre 2023 ainsi que par un extrait du registre des bénéficiaires effectifs établi le 10 novembre 2023.
75 S’agissant de ABH Holdings, le requérant soutient que la cession de ses participations dans cette société est valablement établie par un extrait du registre des actionnaires du 14 mars 2022 et par un extrait du registre des bénéficiaires effectifs établi le 15 novembre 2023. Selon lui, des documents émanant de la Banque nationale d’Ukraine confirment cette cession.
76 Deuxièmement, le requérant fait valoir que CTF Holdings et ABH Holdings ont été dépossédés de leurs droits de participations dans leurs actifs russes, à savoir X5, Alfa Bank et AlfaStrakhovanie par le décret no 491‑r du gouvernement russe en application de la loi fédérale no 470‑FZ (ci-après la « loi ESO ») ce qui aurait contraint CTF Holdings et ABH Holdings à domicilier leurs actifs en Russie. En particulier, il considère que, si les preuves fournies par le Conseil évoquent une opération de restructuration des actifs russes de ABH Holdings, il n’est pas impliqué dans cette opération, étant donné qu’il s’est désengagé de cette dernière société avant cette restructuration.
77 Le Conseil conteste les arguments du requérant.
78 Il convient de relever que la notion de « femmes et hommes d’affaires influents » vise l’importance des femmes et hommes d’affaires au regard, selon le cas, de leur statut professionnel, de l’importance de leurs activités économiques, de l’ampleur de leurs possessions capitalistiques ou de leurs fonctions au sein d’une ou de plusieurs entreprises dans lesquelles ils exercent ces activités (voir, en ce sens, arrêt du 15 novembre 2023, OT/Conseil, T‑193/22, EU:T:2023:716, point 143).
79 Aux fins de l’application du premier volet du critère g) modifié à la situation individuelle de chaque personne dont le nom est inscrit sur les listes litigieuses, il incombe au Conseil de démontrer, d’une part, qu’une personne physique est susceptible d’être qualifiée de « femme ou homme d’affaires influent » dans le sens indiqué au point 78 ci-dessus et, d’autre part, que cette personne physique exerce une activité en Russie. À cet égard, il importe de souligner que la seule circonstance d’appartenir à la catégorie des femmes et hommes d’affaires influents exerçant leurs activités en Russie suffit pour justifier l’adoption des mesures restrictives nécessaires sur la base dudit volet, sans qu’il soit nécessaire de rapporter la preuve d’un lien entre la qualité d’homme ou de femme d’affaires influent et le régime russe, ni non plus entre celle d’homme ou de femme d’affaires influent et le soutien à ce régime ou le bénéfice qui en est tiré (voir, par analogie, arrêt du 9 juillet 2020, Haswani/Conseil, C‑241/19 P, EU:C:2020:545, point 66, et ordonnance du 6 septembre 2022, Haikal/Conseil, C‑113/21 P, non publiée, EU:C:2022:640, point 41).
80 En l’espèce, pour justifier le maintien du nom du requérant sur les listes litigieuses, le Conseil s’est appuyé sur les dossiers communiqué dans le cadre des procédures de réexamen, portant les références WK 3073/2022 INIT, du 12 mars 2022, WK 17621/2022 INIT, du 14 décembre 2022, WK 5142/2023 INIT, du 20 avril 2023, WK 10555/2023 INIT, du 14 août 2023, WK 5142/2023 ADD 1, du 14 août 2023, WK 10524/2023 REV 1, du 10 août 2023, WK 1303/2024 INIT, du 29 janvier 2024, WK 5142/2023 ADD 2, du 29 janvier 2024, WK 8430/24 REV 1, du 25 juin 2024 et WK 8430/24 REV 1 ADD 1, du 12 juillet 2024. En ce qui concerne ledit maintien sur le fondement du premier volet du critère g) modifié, il s’est notamment fondé sur les pièces suivantes :
– un article intitulé « Why Mueller named a Russian Oligarch in Court », publié le 6 avril 2018 sur le site Internet de The Dailly Beast (pièce no 1 du WK 3073/2022 INIT) ;
– une page Internet du site « Putin’s list », relative au requérant, consultée le 23 novembre 2022 (pièce no 2 du WK 17621/2022 INIT) ;
– une présentation d’AlfaStrakhovanie publiée sur le site Internet de cette société, consultée le 25 mai 2023 (pièce no 2 du WK 10524/2023 REV 1) ;
– un article intitulé « AlfaStrakhovanie ruled out the sale of business to third-party buyers », publié le 4 mai 2023 sur le site Internet de Radio Liberty (pièce no 9 du WK 10524/2023 REV 1) ;
– une présentation de l’actionnariat de X5 Retail Group publiée sur le site Internet de cette société, consultée le 1er juin 2023 (pièce no 10 du WK 10524/2023 REV 1) ;
– une page du site Internet de Rupep relative aux relations d’affaires du requérant, consultée le 12 juin 2023 (pièce no 17 du WK 10524/2023 REV 1) ;
– une page du site Internet de Rupep comportant des informations relatives à la société ABH Holdings, consultée le 12 juin 2023 (pièce no 18 du WK 10524/2023 REV 1) ;
– un article intitulé « AlfaStrakhovanie confirmed the change of ownership of the company » publié le 4 mai 2023 sur le site Internet de Vedomosti (pièce no 19 du WK 10524/2023 REV 1) ;
– un article intitlué « Fridman’s Alfa Group to exit all Russian assets », publié le 5 mai 2023 sur le site Internet de bne IntelliNews (pièce no 20 du WK 10524/2023 REV 1) ;
– une lettre de la banque centrale d’Ukraine du 5 juin 2023, adressée à la Commission européenne ayant pour objet les inquiétudes de l’Ukraine concernant les tentatives de contournement des sanctions (pièce no 1 du WK 10555/2023 INIT) ;
– un communiqué de presse de la banque centrale d’Ukraine relatif à Sense Bank, publié le 20 juillet 2023 (pièce no 2 du WK 10555/2023 INIT) ;
– un article intitulé « Fridman et ses partenaires ont vendu des actions dans A1 », publié le 18 mars 2024 sur le site Internet de Vedomosti (pièce no 1 du dossier WK 8430/2024 REV1).
81 S’agissant du contexte général lié à la situation de l’Ukraine, dans les considérants des actes de septembre 2024, le Conseil a constaté que la gravité de la situation en Ukraine demeurait. Dès lors, il a considéré que les mesures restrictives étaient toujours justifiées au regard de l’objectif poursuivi, à savoir exercer une pression maximale sur les autorités russes, afin que celles-ci mettent fin à leurs actions et à leurs politiques déstabilisant l’Ukraine ainsi qu’à l’agression militaire de ce pays, et accroître le coût des actions de la Fédération de Russie visant à compromettre l’intégrité territoriale, la souveraineté et l’indépendance de l’Ukraine.
82 En ce qui concerne la situation personnelle du requérant, il ressort des motifs des actes de septembre 2024 qu’il est considéré comme étant un actionnaire majeur du consortium Alfa Group.
83 Selon les informations figurant notamment dans la pièce no 1 du dossier WK 3073/2022 INIT, le requérant est le cofondateur du consortium Alfa Group, qui est un grand groupe industriel et financier privé russe ayant des intérêts dans différents secteurs économiques.
84 Il y a également lieu de relever qu’une présentation du consortium Alfa Group par Alfa Bank Ukraine, en date de juin 2019, jointe à l’annexe B.13 du mémoire en défense, mentionne les sociétés dudit consortium, parmi lesquelles figurent notamment ABH Holdings, AlfaStrakhovanie, X5 Retail Group et A1, et corrobore des informations figurant dans la pièce no 2 du dossier WK 17621/2022 INIT. Ces informations sont également confirmées par la pièce no 2 du dossier WK 10524/2023 REV 1, indiquant que ce consortium comprenait notamment, au 26 mai 2023, Alfa Bank, AlfaStrakhovanie, Rosvodokanal, X5 Retail Group et A1.
85 En outre, il ressort des pièces nos 9 et 19 du dossier WK 10524/2023 REV 1 qu’ABH Holdings, établie au Luxembourg, détient indirectement, d’une part, Alfa Bank Russie notamment par l’intermédiaire d’ABH Financial établie à Chypre et AB Holding établie en Russie et, d’autre part, AlfaStrakhovanie, notamment par l’intermédiaire d’AlfaStrakhovanie Holdings établie à Chypre et Yuns-Holdings établie en Russie. Il y a lieu de relever que, ainsi que cela ressort notamment de la pièce no 17 du même dossier, le requérant ne conteste pas avoir détenu 16,3239 % d’ABH Holdings.
86 De plus, le requérant ne conteste pas être l’un des fondateurs de CTF Holdings, ainsi que cela ressort de la pièce no 2 du dossier de preuves WK 17621/2022 INIT, pas plus qu’il ne conteste, ainsi que cela ressort de l’annexe C.5 de la réplique, avoir détenu [confidentiel] (1)% des participations dans cette holding établie au Luxembourg par l’intermédiaire [confidentiel]. D’une part, selon les informations figurant dans la pièce no 10 du dossier WK 10524/2023 REV 1, ladite holding détient une participation de 47,86 % dans l’entreprise X 5 Retail Group établie en Russie. D’autre part, le requérant reconnaît que la même holding détenait également indirectement A1, à savoir la société d’investissement A1 LCC établie en Russie, par l’intermédiaire de la société A1 Investment établie eu Luxembourg ainsi que cela ressort de la pièce no 1 du dossier WK 8430/2024 REV1.
87 Ainsi, les éléments de preuve avancés par le Conseil constituent un faisceau d’indice démontrant que le requérant est, du fait des participations qu’il détenait dans ABH Holdings et CTF Holdings, un actionnaire majeur du consortium Alfa Group.
88 Le requérant soutient toutefois qu’il a cédé les participations qu’il détenait dans ABH Holdings et CTF Holdings en mars 2022 et affirme avoir produit des preuves incontestables de ces cessions.
89 Il convient de rappeler que, ainsi qu’il ressort du point 63 ci-dessus, c’est au Conseil qu’il incombe d’établir le bien-fondé des motifs retenus à l’encontre de la personne ou de l’entité dont le nom est maintenu sur les listes litigieuses. Toutefois, lorsqu’une personne visée par des mesures restrictives, telle que le requérant, allègue que sa situation personnelle ne correspond pas à celle qui ressort des éléments de preuves avancés par le Conseil, il lui incombe d’apporter les éléments de preuve de nature à démontrer la réalité d’un tel changement.
90 Il ressort des points 83 à 86 ci-dessus que le Conseil disposait d’un faisceau d’indices démontrant que le requérant était un actionnaire majeur du consortium Alfa Group en raison de ses possessions capitalistiques dans plusieurs sociétés de ce consortium, en particulier par l’intermédiaire d’ABH Holdings et de CTF Holdings. Partant, si le requérant allègue que sa situation personnelle ne correspond pas à celle qui ressort des éléments de preuves avancés par le Conseil, il lui incombe de démontrer qu’il avait cédé ses participations dans lesdites sociétés de manière effective et renoncé de manière effective à ses prérogatives d’actionnaire desdites sociétés et des entités liées à celles-ci. Une telle exigence ne constitue pas un renversement de la charge de la preuve, étant donné le requérant ne fait qu’apporter une preuve à l’appui de son allégation. En outre, s’agissant des éléments de preuves relatifs aux procédures, aux modalités et aux conditions de cession de participations dans des sociétés, qui sont des documents auxquels ni le Conseil ni les États membres n’ont accès, le requérant est le mieux placé pour les apporter (voir, en ce sens, arrêt du 23 juillet 2025, OT/Conseil, T‑1095/23, sous pourvoi, EU:T:2025:744, point 134 ; voir également, en ce sens et par analogie, arrêt du 11 septembre 2024, Timchenko et Timchenko/Conseil, T‑644/22, EU:T:2024:621, point 64).
91 En l’espèce, lors de l’audience, le requérant a précisé que ses participations d’environ 16 % dans ABH Holdings et d’[confidentiel]% dans CTF Holdings ont été cédées à M. [confidentiel] le 14 mars 2022, à savoir le jour qui précédait l’inscription de son nom sur les listes litigieuses. Dans la réplique, il soutient que, au même moment, ce cessionnaire allégué a également acquis les participations de ABH Holdings détenues par autre actionnaire, à savoir celles de [confidentiel]. Selon les informations figurant dans la pièce no 18 du dossier WK 10524/2023 REV 1, cet autre actionnaire détenait environ 20% des participations de cette dernière société, de sorte que le cessionnaire allégué aurait acquis environ 36% des participations de la société en question. Il convient de relever que cette dernière établie au Luxembourg détient indirectement Alfa-Bank Russie et Alfastrakhovanie, à savoir respectivement, ainsi que cela ressort notamment de l’annexe B.13 du mémoire en défense, la plus grande banque privée de Russie en termes d’actifs et l’une des plus grandes compagnies d’assurance de Russie. En outre, selon les informations figurant dans la pièce no 2 du dossier WK 17621/2022 INIT, X5 Retail Group était une des plus importantes sociétés dans le secteur du commerce de détail en Russie et A1 (anciennement Alfa Eco) était une société d’investissement basée en Russie. Par conséquent, la valeur des cessions alléguées par le requérant en faveur d’un même cessionnaire, à savoir M. [confidentiel], d’environ 36% de ABH Holdings (participations du requérant cumulées à celle d’un autre actionnaire) et d’au moins [confidentiel] de CTF Holdings à un même cessionnaire portait nécessairement sur d’importants montants financiers. Or, il n’apparaît pas évident que des opérations d’une telle envergure aient pu être menées à leur terme avant que les fonds du requérant soient gelés.
92 Ainsi, dans les circonstances particulières de la présente affaire et étant donné que le requérant invoque, notamment, une cession de ses participations dans ABH Holdings et CTF Holding le jour précédant l’inscription initiale de son nom sur les listes litigieuses, il lui incombait d’apporter des éléments de preuve tendant à démontrer que, avant ladite inscription, les cessions alléguées avaient constitué un transfert effectif de la propriété de ses participations à un cessionnaire identifiable et indépendant du cédant. Ainsi, les preuves des transferts des participations détenues par le requérant dans ABH Holdings et dans CTF Holdings en faveur du cessionnaire allégué doivent permettre d’établir la conformité de la cession avec les dispositions du droit de l’Union relatives aux mesures restrictives, ce qui impliquait d’établir que le caractère effectif des transferts de participations avait eu lieu, en conformité avec le droit national et les dispositions statutaires applicables, avant l’entrée en vigueur des mesures de gel de fonds visant le requérant. Ainsi, en l’espèce, les preuves des transferts effectifs des participations dans ces deux holdings devaient notamment comprendre les actes relatifs aux cessions desdites participations, y compris les dispositions contractuelles, ainsi que les dispositions pertinentes du droit national applicable ainsi que les dispositions statutaires des holdings en cause (arrêt du 23 juillet 2025, OT/Conseil, T‑1095/23, sous pourvoi, EU:T:2025:744, point 136).
93 En outre, pour démontrer le renoncement effectif à ses prérogatives d’actionnaire, il incombait au requérant de fournir des preuves sur les conditions, les modalités et les contreparties des cessions alléguées, en particulier sur le prix de cession desdites participations dans ABH Holdings et dans CTF Holdings. En effet, dans l’éventualité où un cédant vendrait ses participations à un prix manifestement inférieur à la valeur des actifs objet de la cession, celle-ci ne saurait être considérée comme étant effectuée en faveur d’un tiers indépendant étant donné que, dans de telles conditions, le cédant pourrait, du fait de la faveur que constituerait un tel prix au profit du cessionnaire, continuer à exercer par l’intermédiaire du cessionnaire une influence sur les affaires de la société dont les participations ont été cédées, ce qui serait de nature à remettre en cause la crédibilité d’une telle cession (voir, en ce sens, arrêts du 20 septembre 2023, Mordashov/Conseil, T‑248/22, non publié, EU:T:2023:573, point 101, et du 5 mars 2025, Ponomarenko/Conseil, T‑249/22, non publié, EU:T:2025:202, point 130). Dès lors, en l’espèce, les preuves apportées devaient également contenir des indications sur le prix auquel les participations ont été cédées et sur les modalités de paiement de celles-ci (arrêt du 23 juillet 2025, OT/Conseil, T‑1095/23, sous pourvoi, EU:T:2025:744, point 137). Ainsi, dans les circonstances de la présente affaire, pour démontrer que la cession alléguée a été effectuée en faveur d’un tiers identifiable et indépendant, il incombe au requérant de produire notamment les dispositions contractuelles relatives à la cession de ses participations.
94 Il importe de souligner que, dans les circonstances de la présente affaire, la production des éléments de preuve mentionnés aux points 92 et 93 ci-dessus ne saurait constituer une charge déraisonnable ou impliquant la divulgation indue de données confidentielles. En effet, le requérant est le mieux placé pour fournir les preuves du transfert effectif de ses participations dans ABH Holdings et dans CTF Holdings, ainsi que du renoncement effectif à ses prérogatives d’actionnaire de ces sociétés et des entités liées à celles-ci (voir point 90 ci-dessus).
95 Par ailleurs, dans des circonstances telles que celles de la présente affaire caractérisées par d’importants transferts de participations ayant prétendument eu lieu le jour qui précédait l’entrée en vigueur des mesures de gel de fonds visant le requérant (voir point 91 ci-dessus) ainsi que par le recours à des constructions juridiques impliquant des sociétés établies dans plusieurs États (voir points 85 et 86 ci-dessus), l’efficacité et l’effectivité des mesures restrictives pourraient être remises en cause si des cessions alléguées de participations dans des sociétés étaient prises en compte en l’absence d’éléments tendant à démontrer leur réalité.
96 Pour ce qui est des preuves produites dans le cadre du présent recours, il convient d’examiner si elles sont suffisantes pour démontrer que le requérant avait transféré de manière effective ses participations dans ABH Holdings et dans CTF Holdings et renoncé de manière effective à ses prérogatives d’actionnaire desdites sociétés et des entités liées à celles-ci et, partant, que le Conseil a commis une erreur d’appréciation en considérant qu’il était encore l’un des principaux actionnaires du consortium Alfa Group.
97 En premier lieu, en ce qui concerne la cession alléguée des participations dans CTF Holdings à M. [confidentiel], le requérant soutient que celle-ci est intervenue le jour qui précédait celui de l’inscription de son nom sur les listes litigieuses, à savoir le 14 mars 2022.
98 Ainsi qu’il ressort du point 92 ci-dessus, il incombe toutefois au requérant d’apporter, notamment, les preuves démontrant que le transfert en cause a été effectué en conformité avec les dispositions du droit de l’Union relatives aux mesures restrictives.
99 Conformément à l’article 2 de la décision 2022/429 et à l’article 2 du règlement d’exécution 2022/427, les mesures restrictives à l’égard du requérant sont entrées en vigueur à la date de la publication de ces actes au Journal officiel de l’Union européenne, à savoir le 15 mars 2022.
100 Ainsi, conformément à l’article 1er sous f) et g), et à l’article 2, paragraphe 1, du règlement no 269/2014, en l’espèce, à compter du 15 mars 2022, tous le fonds que le requérant possédait, détenait ou contrôlait sur le territoire de l’Union étaient gelés, en ce compris ses participations dans des sociétés qui étaient détenues dans l’Union, lesquelles ne pouvaient plus faire l’objet d’aucun mouvement, transfert, modification, utilisation ou accès qui aurait eu pour conséquence, notamment, un changement de leur propriété, de leur possession ou toute autre modification qui aurait pu en permettre l’utilisation. Par conséquent, les seules possibilités pour que lesdites participations détenues par le requérant soient dégelées consistaient soit en le retrait de son nom des listes litigieuses, soit en l’octroi par les autorités compétentes d’une des dérogations prévues par le règlement no 269/2014 (voir, en ce sens, arrêt du 23 juillet 2025, OT/Conseil, T‑1095/23, sous pourvoi, EU:T:2025:744, points 144 et 145).
101 Pour démontrer la cession de ses participations dans CTF Holdings, le requérant a produit deux documents.
102 Premièrement, s’agissant du document présenté comme étant un extrait du registre des actionnaires de CTF Holdings daté du 2 novembre 2023 (annexe A.4 de la requête), il convient de constater que ce document indique le nombre d’actions qui seraient détenues en valeur absolue par chacune des deux sociétés établies à Chypre mentionnées dans ce document ainsi que les pourcentages de parts détenues par chacune d’entre elles. Or, sans qu’il y ait lieu de se prononcer sur la force probante de ce document, il suffit de constater que, eu égard à la date de ce document, celui-ci ne permet pas de démontrer que la cession des participations du requérant dans CTF Holdings a eu lieu avant le 15 mars 2022.
103 Deuxièmement, le requérant présente un extrait du registre des bénéficiaires effectifs de CTF Holdings établi par le Luxembourg Business Register le 10 novembre 2023 (annexe A.5 de la requête) qui indique effectivement que l’intégralité des parts du capital de ladite société était indirectement détenue par M. [confidentiel] et par M. [confidentiel]. Toutefois, il y a lieu de relever que l’extrait en cause ne contient aucune indication quant à la date à laquelle les participations du requérant dans CTF Holdings ont été transférées à M. [confidentiel]. En outre, il y a lieu de constater que la date du 25 avril 2023 est mentionnée comme date de la dernière modification, soit plus d’une année après l’entrée en vigueur des mesures de gel de fonds visant le requérant. Dès lors, les informations sur les bénéficiaires effectifs qui y figurent ne permettent pas d’établir que le requérant a transféré de manière effective la propriété desdites participations avant l’entrée en vigueur des mesures restrictives adoptées à son égard le 15 mars 2022.
104 Dès lors, il y a lieu de constater que les deux documents produits par le requérant ne permettent pas de démontrer qu’il a transféré de manière effective ses participations dans CTF Holdings avant que ses fonds soient gelés le 15 mars 2022.
105 Lors de l’audience, le requérant a soutenu que le prix de la cession alléguée de ses participations dans CTF Holdings n’était pas manifestement inférieur à la valeur des actifs de cette holding établie au Luxembourg en faisant valoir que, compte tenu du montant élevé du prix de vente, M. [confidentiel] n’avait pas pu réunir les fonds pour lui payer l’intégralité du montant des participations, de sorte qu’un échelonnement du paiement avait été convenu. Il a précisé qu’un premier paiement d’un montant important lui avait été versé. Force est de constater que ces affirmations ne sont aucunement étayées par des éléments de preuve. En effet, le requérant n’a pas produit les dispositions contractuelles mentionnant le prix et les modalités de la cession alléguée de ses participations dans CTF Holdings pas plus qu’il n’a fourni des éléments prouvant le paiement de ce prix conformément auxdites dispositions. De même, étant donné qu’il reconnaît ne pas avoir reçu le paiement de l’intégralité du prix des participations qu’il détenait dans CTF Holdings, il incombe d’autant plus au requérant de produire les dispositions contractuelles de la cession alléguée afin de prouver une cession effective de la propriété des participations en l’absence de paiement intégral de leur prix. À cet égard, contrairement à ce que soutient le requérant dans sa réponse écrite à la question posée par le Tribunal dans le cadre d’une mesure d’organisation de la procédure, l’exigence selon laquelle les dispositions contractuelles régissant la cession alléguée ne doivent pas être assorties d’une condition résolutoire en cas de non-paiement du prix de vente ne constitue pas une preuve négative. En effet, la lecture des dispositions contractuelles applicables à la cession alléguée, à elle seule, suffit pour vérifier l’existence ou non de conditions de nature résolutoire. Or, le requérant a nécessairement eu en sa possession les dispositions contractuelles régissant la cession alléguée de ses participations dans CTF Holdings. Par conséquent, ainsi qu’il ressort du point 90 ci-dessus, c’est au requérant qu’il incombe de produire lesdites dispositions contractuelles pour démontrer la réalité de sa situation personnelle.
106 Eu égard aux considérations exposées aux points 92, 93, 97 à 105 ci-dessus, en l’absence de preuves de la conformité de la cession alléguée des participations du requérant dans CTF Holdings avec les dispositions du droit de l’Union relatives aux mesures restrictives, ainsi que de preuves d’un renoncement effectif du requérant à ses prérogatives d’actionnaires de CTF Holdings, le Conseil n’a pas commis d’erreur d’appréciation en considérant que, à la date de l’adoption des actes de septembre 2024, le requérant était un actionnaire de cette holding établie au Luxembourg.
107 En second lieu, en ce qui concerne la cession alléguée de ses participations dans ABH Holdings, le requérant soutient que celle-ci est intervenue le jour qui précédait celui de l’inscription de son nom sur les listes litigieuses, à savoir le 14 mars 2022.
108 Certes, il ressort des pièces nos 9, 19 et 20 du dossier WK 10524/2023 REV 1, qui sont des articles de presse relatant un transfert d’actifs russes détenus par ABH Holdings vers la Russie dans lequel le requérant serait impliqué, que ce dernier aurait transféré ses participations dans ladite société à M. [confidentiel] au mois de mars 2022. Toutefois, ces articles ne contiennent aucune indication sur la date précise à laquelle la propriété des actions du requérant a été transférée de manière effective à M. [confidentiel] et, en particulier, si ce transfert avait été finalisé avant l’adoption des mesures restrictives à l’égard du requérant.
109 De même, s’agissant des éléments de preuve émanant de la Banque nationale d’Ukraine, il est vrai qu’il ressort de la pièce no 1 du dossier WK 17621/2022 INIT et de la pièce no 2 du dossier WK 10555/2023 INIT, à savoir des communiqués de presse de cette institution publiés respectivement le 28 octobre 2022 et le 20 juillet 2023, que M. [confidentiel] détenait une participation qualifiée de 40,9614 % dans Sense Bank (anciennement Alfa Bank Ukraine, qui était détenue par ABH Holdings) à la suite du transfert des participations dans cette dernière société détenues par le requérant et un autre actionnaire. Cela étant, ces communiqués de presse de ladite banque nationale soulignent également que l’acquisition desdites participations avait été effectuée sans son autorisation préalable. En outre, il ressort d’une lettre de cette banque nationale du 5 juin 2023, adressée à la Commission (pièce no 1 du dossier WK 10555/2023 INIT), que, conformément au droit ukrainien, l’accord permettant l’acquisition d’une participation significative par M. [confidentiel] dans Sense Bank devait être considérée comme étant nul et non avenu.
110 Quant à la décision de la Banque nationale d’Ukraine du 15 avril 2022 produite par le requérant (annexe A.11 de la requête), il doit être relevé que, au point 1 du dispositif de cette décision, cette institution constate l’acquisition par M. [confidentiel] d’une participation significative dans Alfa-Bank Ukraine (devenue ensuite Sense Bank) effectuée en violation du droit ukrainien, lequel, en principe, oblige toute personne qui envisage d’effectuer l’acquisition d’une participation significative dans un établissement financier ukrainien d’en informer au préalable ladite banque nationale et d’attendre l’autorisation préalable de celle-ci. Ainsi, pour ce qui concerne les actifs de ABH Holdings situés en Ukraine, cette banque nationale a constaté que cette acquisition a été effectué en violation du droit bancaire ukrainien. Certes, ainsi que le relève le requérant, cette décision de ladite banque nationale prend acte un transfert des participations du requérant dans ABH Holdings à M.[confidentiel]. Toutefois, il y a lieu de constater que ni le dispositif ni les motifs de ladite décision ne constatent explicitement et sans équivoque que ledit transfert aurait eu lieu avant le 15 mars 2022, date à laquelle les fonds du requérant dans l’Union européenne ont été gelés. Il s’ensuit que la décision de la même banque nationale du 15 avril 2022 ne démontre pas que la propriété des participations du requérant dans ABH Holdings avait été transférée à M. [confidentiel] avant le 15 mars 2022.
111 S’agissant du document présenté par le requérant comme étant un registre des membres clés de l’AO Sense Bank (anciennement Alfa-Bank Ukraine) (annexe A.8 de la requête), qui serait publié sur le site Internet de la Banque nationale d’Ukraine le 20 mars 2023, il y a lieu de constater qu’aucun élément ne permet d’identifier la source de ce document. Par conséquent, à l’instar du Conseil, il y a lieu de considérer qu’aucun élément ne permet de vérifier que ce document émane de cette banque nationale. En tout état de cause, ce document que le requérant présente comme étant daté du 20 mars 2023, n’est pas de nature à démontrer un transfert effectif de ses participations dans ABH Holdings avant le 15 mars 2022.
112 Certes, parmi les documents produits dans la réplique intitulés « Informations sur les actionnaires détenant une participation significative dans [Alfa-Bank Ukraine] » accessibles sur le site Internet de la Banque nationale d’Ukraine (annexe C.7 de la réplique), figure un document établi le 19 avril 2022 par le président du conseil d’administration de cette banque indiquant que, depuis 14 mars 2022, le requérant ne détenait plus de participations dans ABH Holdings. Toutefois, il y a lieu de relever que, conformément à la jurisprudence rappelée au point 66 ci-dessus, la valeur probante de ce document doit être relativisée étant donné qu’il émane du président du conseil d’administration d’une banque établie en Ukraine dont le requérant était actionnaire indirect par l’intermédiaire de ABH Holdings (voir, par analogie, arrêt du 15 novembre 2023, OT/Conseil, T‑193/22, EU:T:2023:716, point 153). En tout état de cause, eu égard aux considérations exposées aux points 92 et 93 ci-dessus, à supposer même que cet élément soit fiable, il ne saurait suffire, à lui seul, pour démontrer le caractère effectif du transfert des participations du requérant dans ABH Holdings avant l’entrée en vigueur des mesures restrictives adoptées à son égard.
113 Par ailleurs, en ce qui concerne l’attestation du 26 mars 2025 de la Banque centrale de Russie (annexe C.8 de la réplique), dans laquelle il est indiqué que, selon les informations communiquées le 24 mars 2025 à cette institution, le requérant n’est pas considéré comme étant un bénéficiaire effectif de Alfa-Bank, il convient de rappeler que, selon une jurisprudence constante, la légalité d’un acte de l’Union doit être appréciée en fonction des éléments de fait et de droit existant à la date où l’acte a été adopté (voir, en ce sens, arrêt du 3 septembre 2015, Inuit Tapiriit Kanatami e.a./Commission, C‑398/13 P, EU:C:2015:535, point 22 et jurisprudence citée). Or, ladite attestation est postérieure à l’adoption des actes de septembre 2024. Dès lors, elle doit être écartée dans le cadre de l’examen de la légalité desdits actes.
114 Il convient de relever que les autres preuves produites par le requérant ne sont pas non plus de nature à démontrer que la propriété de ses participations dans ABH Holdings avait effectivement été transférée à M. [confidentiel] avant le 15 mars 2022.
115 D’une part, le requérant produit un extrait du registre des actionnaires d’ABH Holdings, daté du 14 mars 2022 et signé par le directeur de cette société (annexe A.6 de la requête), sur lequel le nom du requérant ne figure pas. Toutefois, étant donné que ce document a été établi par ABH Holdings, une société dans laquelle le requérant avait d’importantes participations, sa valeur probante doit être relativisée en application de la jurisprudence citée au point 66 ci-dessus (arrêt du 11 septembre 2024, OT/Conseil, T‑286/23, non publié, sous pourvoi, EU:T:2024:606, point 103).
116 D’autre part, en ce qui concerne l’extrait du registre des bénéficiaires effectifs d’ABH Holdings daté du 15 novembre 2023 établi par le Luxembourg Business Register, il y a lieu de relever que la date du 22 mars 2022 est mentionnée comme date de la dernière modification, soit une semaine après l’entrée en vigueur des mesures de gel des fonds du requérant. Or, dans les circonstances de la présente affaire, caractérisées par d’importants transferts de participations ayant prétendument eu lieu le jour qui précédait l’entrée en vigueur desdites mesures, ledit extrait ne saurait suffire pour démontrer que le requérant avait transféré de manière effective la propriété de ses participations dans ladite société avant que ses fonds ne soient gelés et que ce transfert n’a pas, en réalité, eu lieu après l’inscription.
117 Lors de l’audience, le requérant a soutenu que le prix de cession de ses participations dans ABH Holdings n’était pas manifestement inférieur à la valeur des actifs de cette holding établie au Luxembourg en faisant valoir que, compte tenu du montant élevé du prix de vente, M. [confidentiel] n’avait pas pu réunir les fonds pour lui payer l’intégralité du montant des participations, de sorte qu’un échelonnement du paiement avait été convenu. Il a précisé qu’un premier paiement d’un montant important lui avait été versé. Force est de constater que ces affirmations ne sont aucunement étayées par des éléments de preuve. En effet, le requérant n’a pas produit les dispositions contractuelles mentionnant le prix et les modalités de la cession alléguée de ses participations dans ABH Holdings pas plus qu’il n’a fourni des éléments prouvant le paiement de ce prix conformément auxdites dispositions. De même, étant donné qu’il reconnaît ne pas avoir reçu le paiement de l’intégralité du prix des participations qu’il détenait dans ABH Holdings, il incombe d’autant plus au requérant de produire les dispositions contractuelles de la cession alléguée afin de prouver une cession effective de la propriété des participations en l’absence de paiement intégral de leur prix. À cet égard, pour les mêmes raisons que celles exposées au point 105 ci-dessus, le requérant n’est pas fondé à soutenir que l’exigence selon laquelle les dispositions contractuelles régissant la cession ne doivent pas être assorties d’une condition résolutoire en cas de non-paiement du prix de vente revient à exiger la production d’une preuve négative.
118 Eu égard aux considérations exposées aux points 92, 93, 108 à 117 ci-dessus, en l’absence de preuves de la conformité de la cession alléguée des participations du requérant dans ABH Holdings avec les dispositions du droit de l’Union relatives aux mesures restrictives, ainsi que de preuves d’un renoncement effectif du requérant à ses prérogatives d’actionnaire de ABH Holdings, le Conseil n’a pas commis d’erreur d’appréciation en considérant que, à la date de l’adoption des actes de septembre 2024, le requérant était un actionnaire de cette holding établie au Luxembourg.
119 Ainsi, dès lors que c’est à juste titre que le Conseil a considéré que, à la date de l’adoption des actes de septembre 2024, le requérant était un actionnaire de CTF Holdings et d’ABH Holdings, il ne saurait lui être reproché d’avoir commis une erreur d’appréciation en le qualifiant d’un des principaux actionnaires du consortium Alfa Group dans lesdits actes.
120 En outre, il n’est pas contesté qu’Alfa Bank Russie constitue une des plus grandes banques commerciales et d’affaires privées russes, qu’AlfaStrakhovanie est une des plus grandes sociétés d’assurances en Russie et que X5 Retail Group est une des plus importantes sociétés dans le secteur du commerce de détail en Russie. Quant à A1, il apparaît qu’il s’agit d’une société d’investissements.
121 Par conséquent, compte tenu de l’importance des activités en Russie des sociétés du consortium Alfa Group, le Conseil pouvait, sans commettre d’erreur d’appréciation, considérer que, à la date de l’adoption des actes de septembre 2024, le requérant était un homme d’affaires influent exerçant des activités en Russie au sens du premier volet du critère g) modifié.
122 Les autres arguments du requérant ne sont pas susceptibles de remettre en cause cette conclusion.
123 Premièrement, par son argumentation selon laquelle, en application de la loi ESO, CTF Holdings et ABH Holdings ont été dépossédés de leurs droits de participations dans leurs actifs russes, à savoir X5 Retail Group, Alfa Bank et AlfaStrakhovanie, le requérant soutient, en substance, qu’il n’a pas bénéficié de cette loi au motif que, avant l’entrée en vigueur de ladite loi, il avait cédé ses participations dans ces deux holdings établies au Luxembourg à M. [confidentiel].
124 D’une part, il y a lieu de rappeler que, ainsi qu’il ressort des points 97 à 105 et 108 à 117 ci-dessus, le requérant n’a pas démontré la conformité des cessions alléguées de ses participations dans CTF Holdings et ABH Holdings avec les dispositions du droit de l’Union relatives aux mesures restrictives pas plus qu’il n’a prouvé un renoncement effectif à ses prérogatives d’actionnaire de ces deux holdings établies au Luxembourg. Dès lors, le requérant n’est pas fondé à soutenir qu’il ne pouvait pas bénéficier de la loi ESO par l’intermédiaire de M. [confidentiel].
125 D’autre part, pour autant que, par son argumentation relative à l’application de la loi ESO aux actifs russes détenus par CTF Holdings et ABH Holdings, le requérant soutient que la détention de participations dans ces holdings établies au Luxembourg ne permettait plus d’exercer d’activité en Russie en raison du fait que lesdites holdings ont été suspendues de leurs droits sur leurs actifs russes, il y a lieu de relever que cette loi a pour objectif et pour effet de contourner les mesures restrictives adoptées par l’Union. Or, une telle loi, adoptée par un pays tiers, ne saurait produire d’effet dans l’Union et ne saurait avoir pour effet de priver des entités établies dans l’Union des droits se rattachant à leurs participations dans des actifs russes. Par conséquent, sauf à permettre le contournement des mesures restrictives imposées par l’Union, les personnes détenant des participations dans CTF Holdings et ABH Holdings peuvent valablement être considérées comme exerçant des activités en Russie en dépit de l’application de ladite loi.
126 Deuxièmement, il convient également d’écarter l’argumentation du requérant selon laquelle il n’exerçait pas d’activité en Russie au motif qu’il ressortait de la jurisprudence en matière de taxe sur la valeur ajoutée (TVA) que la simple détention d’actions, réelle ou supposée, ne suffisait pas à constituer, en soi, l’exercice d’une « activité économique ». En effet, il suffit de rappeler que la notion d’« activité économique » en matière de TVA appartient à un contexte juridique différent de celui dans lequel s’inscrit le critère g) modifié, dont le premier volet vise les hommes d’affaires influents « exerçant des activités en Russie » (voir, en ce sens, arrêt du 11 septembre 2024, OT/Conseil, T‑286/23, non publié, sous pourvoi, EU:T:2024:606, point 92).
127 Troisièmement, le requérant soulève plusieurs arguments tirés de ce que le maintien de son nom sur les listes litigieuses par les actes de septembre 2024 a été effectué en violation du principe d’égalité de traitement.
128 À cet égard, il convient de rappeler que ce principe, qui constitue un principe fondamental de droit, interdit que des situations comparables soient traitées de manière différente ou que des situations différentes soient traitées de manière égale, à moins que de tels traitements ne soient objectivement justifiés (arrêts du 9 juillet 2009, Melli Bank/Conseil, T‑246/08 et T‑332/08, EU:T:2009:266, point 135, et du 15 janvier 2025, Kantor/Conseil, T‑748/22, non publié, EU:T:2025:6, point 248).
129 En l’espèce, le requérant ne saurait valablement soutenir que le maintien de son nom sur les listes litigieuses par les actes de septembre 2024 est constitutif d’une différence de traitement injustifiée avec la situation de M. Fridman et de M. Aven en raison du fait que les actes les visant ont été annulés par les arrêts du 10 avril 2024, Aven/Conseil (T‑301/22, non publié, sous pourvoi, EU:T:2024:214), et du 10 avril 2024, Fridman/Conseil (T‑304/22, non publié, sous pourvoi, EU:T:2024:215). En effet, ainsi que cela ressort de ces arrêts, l’inscription et le maintien du nom des parties requérantes respectives sur les listes en cause dans les affaires ayant donné lieu auxdits arrêts n’était pas fondée sur le critère g) initial, pas plus qu’elle n’était fondée sur le critère g) modifié. Par conséquent, il ne peut être conclu que le requérant se trouve dans une situation comparable à celle de M. Fridman et de M. Aven dans les affaires ayant donné lieu auxdits arrêts.
130 Au surplus, dans le cadre de l’examen de l’application du premier volet du critère g) modifié à la situation personnelle du requérant, l’argumentation tirée de ce que la qualité d’actionnaire d’une institution financière ne saurait constituer un élément pertinent aux fins de l’application du critère d) doit être écartée comme étant inopérante. En effet, une telle circonstance, même à supposer qu’elle soit fondée, ne serait pas de nature à remettre en cause le bien-fondé du maintien du nom d’une personne sur les listes litigieuses sur le fondement du premier volet du critère g) modifié.
131 Quatrièmement, ne saurait prospérer l’argumentation du requérant selon laquelle les mesures restrictives prises à son égard n’avaient pas un caractère préventif, conservatoire et temporaire en raison de la durée excessive de l’application desdites mesures à son égard, de l’absence de preuves suffisantes ou du caractère obsolète d’une preuve ainsi que du défaut d’évaluation de l’efficacité des mesures restrictives par rapport aux objectifs poursuivis.
132 En effet, tout d’abord, il convient de relever que, ainsi que cela ressort des points 9, 10 et 14 ci-dessus, les recours par lesquels il a cherché à obtenir l’annulation des actes antérieurs aux actes attaqués en tant qu’ils le concerne ont été rejetés. Ensuite, contrairement à ce que soutient le requérant, il ressort des considérations qui précèdent que, lors de l’adoption des actes de septembre 2024, le Conseil disposait de preuves suffisantes pour justifier le maintien du nom de celui-ci sur les listes litigieuses sur le fondement du premier volet du critère g) modifié. L’argument du requérant tiré du caractère obsolète d’une preuve relative à l’intervention de M. Poutine dans le cadre de l’acquisition par Alfa-Group d’un opérateur de télécommunication en Turquie est inopérant étant donné que la pièce no 6 du dossier WK 3073/2022 INIT ne figure pas parmi les éléments de preuves, mentionnés au point 80 ci-dessus, pertinents pour justifier le maintien du nom du requérant sur le listes litigieuses sur le fondement dudit volet. Enfin, le requérant n’est pas fondé à soutenir que le Conseil n’a pas effectué un bilan d’impact des mesures restrictives. En effet, ainsi qu’il ressort du point 81 ci-dessus, les mesures restrictives visent à exercer une pression maximale sur les autorités russes, afin que celles-ci mettent fin à leurs actions et à leurs politiques déstabilisant l’Ukraine ainsi qu’à l’agression militaire de ce pays. Par conséquent, au considérant 4 de la décision 2024/2456, le Conseil a considéré que lesdites mesures devaient donc rester en vigueur aussi longtemps que les actions de la Fédération de Russie continuent de violer les règles fondamentales du droit international et en particulier l’interdiction du recours à la force. Par ailleurs, il y a lieu de relever que la nécessité de prolonger les mesures restrictives ne signifie pas que ces mesures sont inutiles et n’ont aucun impact, mais que la poursuite des actions compromettant ou menaçant l’intégrité territoriale, la souveraineté et l’indépendance de l’Ukraine justifie la prorogation de telles mesures, voire l’adoption de nouvelles mesures (voir, en ce sens, arrêt du 4 juin 2025, Khan/Conseil, T‑289/23, non publié, sous pourvoi, EU:T:2025:560, point 147).
133 Par ailleurs, pour autant que, par son argumentation, le requérant soutient que les actes de septembre 2024 sont insuffisamment motivés, il y a lieu de rappeler que la motivation exigée par l’article 296 TFUE doit être adaptée à la nature de l’acte en cause et au contexte dans lequel il a été adopté. L’exigence de motivation doit être appréciée en fonction des circonstances de l’espèce, notamment du contenu de cet acte, de la nature des motifs invoqués et de l’intérêt que les destinataires ou d’autres personnes concernées directement et individuellement par ledit acte peuvent avoir à recevoir des explications. Il n’est notamment pas exigé que la motivation spécifie tous les éléments de fait et de droit pertinents, ni qu’elle réponde de manière détaillée aux considérations formulées par l’intéressé lors de sa consultation avant l’adoption du même acte, dans la mesure où le caractère suffisant d’une motivation doit être apprécié au regard non seulement de son libellé, mais aussi de son contexte ainsi que de l’ensemble des règles juridiques régissant la matière concernée. Par conséquent, un acte faisant grief est suffisamment motivé dès lors qu’il est intervenu dans un contexte connu de l’intéressé, qui lui permet de comprendre la portée de la mesure prise à son égard (arrêt du 15 novembre 2012, Conseil/Bamba, C‑417/11 P, EU:C:2012:718, point 53 ; voir, également, arrêt du 22 avril 2021, Conseil/PKK, C‑46/19 P, EU:C:2021:316, point 48 et jurisprudence citée). Or, en l’espèce, il y a lieu de constater que les actes de septembre 2024 précisent le contexte, dans le cadre de leurs considérants respectifs, et les fondements juridiques sur lesquels ils ont été adoptés. En outre, les motifs de ces derniers actes, tel qu’ils sont rappelés au point 20 ci-dessus, constituent une motivation suffisamment claire et précise pour permettre au requérant de comprendre les raisons pour lesquelles son nom a été maintenu sur les listes litigieuses et au Tribunal d’effectuer un contrôle de légalité. Il s’ensuit que les actes en question sont motivés à suffisance de droit.
134 Partant, c’est sans commettre d’erreur d’appréciation que le Conseil a considéré que, à la date de l’adoption des actes de septembre 2024, la situation personnelle du requérant relevait du premier volet du critère g) modifié.
135 Or, selon la jurisprudence, s’agissant du contrôle de la légalité d’une décision adoptant des mesures restrictives, si le juge de l’Union considère que, à tout le moins, l’un des motifs mentionnés est suffisamment précis et concret, qu’il est étayé et qu’il constitue en soi une base suffisante pour soutenir cette décision, la circonstance que d’autres de ces motifs ne le seraient pas ne saurait justifier l’annulation de ladite décision (arrêts du 28 novembre 2013, Conseil/Manufacturing Support & Procurement Kala Naft, C‑348/12 P, EU:C:2013:776, point 72, et du 15 novembre 2023, OT/Conseil, T‑193/22, EU:T:2023:716, point 186).
136 Dès lors, sans qu’il soit nécessaire d’examiner les autres arguments du requérant visant à contester le maintien de son nom sur les listes litigieuses sur le fondement du troisième volet du critère d) et du critère g) modifié, il y a lieu d’écarter le premier moyen tiré d’une erreur d’appréciation commise par le Conseil lorsqu’il a décidé d’un tel maintien par l’adoption des actes de septembre 2024.
c) Sur les actes de mars 2025
137 Il ressort des motifs des actes de mars 2025, repris au point 24 ci-dessus, que le nom du requérant a été maintenu sur les listes litigieuses sur le fondement du critère d) ainsi que sur les premier et troisième volets du critère g) modifié.
138 Le Tribunal juge opportun d’examiner, tout d’abord, si le Conseil a commis une erreur d’appréciation en maintenant le nom du requérant sur les listes litigieuses sur le fondement du premier volet du critère g) modifié.
139 Le requérant soutient que le Conseil n’apporte pas d’éléments concrets, précis et concordants permettant de constituer une base factuelle suffisante afin de justifier le maintien de son nom sur les listes litigieuses sur le fondement du premier volet du critère g) modifié.
140 Outre les arguments soulevés dans la requête et dans la réplique exposés aux points 73 à 76 ci-dessus, le requérant conteste le motif selon lequel il détenait une participation dans la société X5 Retail Group. En outre, il soutient que, dans cette société, il n’a jamais exercé de fonction exécutive, de gestion, de direction ou de supervision et que son implication s’est limitée à la détention indirecte d’une participation minoritaire dans CTF Holdings.
141 Le Conseil conteste l’argumentation du requérant.
142 À titre liminaire, il convient de relever que, dans les motifs des actes de mars 2025, le requérant est toujours considéré comme étant un actionnaire majeur du consortium Alfa-Group. Ces motifs précisent également que le requérant est un actionnaire important de X5 Retail Group, l’une des plus importantes entreprises de vente de détail en Russie.
143 Conformément à la jurisprudence rappelée au point 68 ci-dessus, il convient de vérifier si le contexte, les objectifs et la situation individuelle du requérant permettaient au Conseil de maintenir le nom de celui-ci sur les listes litigieuses sur le fondement du premier volet du critère g) modifié.
144 S’agissant du contexte général ayant justifié l’adoption des mesures restrictives, dans les considérants des actes de mars 2025, le Conseil a constaté que la gravité de la situation en Ukraine demeurait. Dès lors, il a considéré que lesdites mesures étaient toujours justifiées au regard de l’objectif poursuivi, à savoir exercer une pression maximale sur les autorités russes, afin que celles-ci mettent fin à leurs actions et à leurs politiques déstabilisant l’Ukraine ainsi qu’à l’agression militaire de ce pays, et accroître le coût des actions de la Fédération de Russie visant à compromettre l’intégrité territoriale, la souveraineté et l’indépendance de l’Ukraine.
145 En ce qui concerne la situation personnelle du requérant, il y a lieu de rappeler que, ainsi qu’il ressort des points 83 à 86 ci-dessus, le Conseil disposait d’un faisceau d’indices démontrant que le requérant était un actionnaire majeur du consortium Alfa Group en raison de ses possessions capitalistiques dans plusieurs sociétés de ce consortium, en particulier par l’intermédiaire de ABH Holdings et de CTF Holdings.
146 Il convient également de rappeler que, ainsi que cela a été relevé au point 90 ci-dessus, étant donné que le requérant allègue que sa situation personnelle ne correspond pas à celle qui ressort des éléments de preuves avancés par le Conseil, il lui incombe de démontrer qu’il avait cédé ses participations dans ABH Holdings et dans CTF Holdings de manière effective et renoncé de manière effective à ses prérogatives d’actionnaire de ces sociétés et des entités liées à celles-ci. Pour ce faire, d’une part, ainsi qu’il ressort du point 92 ci-dessus, il incombe au requérant de produire des preuves que ladite cession en faveur du cessionnaire allégué était conforme aux dispositions du droit de l’Union, ce qui implique d’établir que les transferts de propriété desdites participations avait eu lieu en conformité avec le droit national et les dispositions statutaires applicables avant l’entrée en vigueur des mesures de gel de ses fonds. D’autre part, comme cela ressort du point 93 ci-dessus, pour démontrer qu’il a renoncé de manière effective à ses prérogatives d’actionnaire de ces holdings établies au Luxembourg, il incombait au requérant de fournir des preuves sur les conditions, les modalités et les contreparties de cette cession, en particulier sur le prix de cession de ces participations.
147 Or, il y a lieu de constater que, dans le premier mémoire en adaptation, le requérant n’a pas fourni d’éléments nouveaux par rapport à ceux qu’il avait produit dans la requête et dans la réplique afin de démontrer le caractère effectif de la cession de ses participations dans ABH Holdings et dans CTF Holdings avant l’inscription de son nom sur les listes litigieuses pas plus qu’il n’a fourni d’éléments démontrant le renoncement effectif à ses prérogatives d’actionnaire dans ces holdings établies au Luxembourg.
148 Il s’ensuit que, à la date de l’adoption des actes de mars 2025, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 97 à 105, 108 à 117 et 123 à 132 ci-dessus, le Conseil pouvait valablement considérer que le requérant était un actionnaire de ABH Holdings et de CTF Holdings.
149 Ainsi, le requérant n’est pas fondé à soutenir que le Conseil a commis une erreur d’appréciation en le considérant comme étant un des principaux actionnaires du consortium Alfa Group à la date de l’adoption des actes de mars 2025.
150 En ce qui concerne le motif introduit dans les actes de mars 2025, tiré de ce que le requérant serait un actionnaire important de X5 Retail Group, il convient de rappeler que, ainsi qu’il ressort du point 86 ci-dessus, CTF Holdings détient une participation de 47,86 % de X5 Retail Group établie en Russie. Pour les mêmes raisons que celles exposées aux points 124 et 125 ci-dessus, le requérant n’est pas fondé à soutenir qu’il ne pouvait pas bénéficier de la loi ESO pas plus qu’il n’est fondé à faire valoir qu’il n’exerçait pas d’activité en Russie au travers des entités russes de X5 Retail Group détenues par CTF Holdings en raison de l’application de ladite loi à ces actifs russes. Il en résulte que, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’argumentation du Conseil selon laquelle le requérant détenait également des participations dans X5 Retail Group en raison de sa qualité d’affilié à la société [confidentiel] établie à Guernesey, le Conseil n’a pas commis d’erreur d’appréciation dans les actes de mars 2025 en considérant que, à la date de l’adoption desdits actes, le requérant était un actionnaire important de X5 Retail group.
151 Par ailleurs, quand bien même le requérant n’aurait jamais occupé de fonctions de nature exécutive dans X5 Retail Group, le Conseil n’a pas commis d’erreur d’appréciation en le qualifiant d’actionnaire important de cette société compte tenu de sa participation indirecte par l’intermédiaire de CTF Holdings, certes minoritaire, mais qui n’en demeure pas moins significative compte tenu du fait que X5 Retail group est une des plus importantes sociétés dans le commerce de détail en Russie. De même, il y a lieu de rappeler que, dès lors que la seule détention de possessions capitalistiques significatives dans une ou plusieurs sociétés importantes peut être suffisante pour qualifier une personne en tant qu’homme d’affaires influent, l’exercice d’une fonction exécutive n’est pas une condition nécessaire aux fins de la qualification d’une personne physique en qualité d’homme d’affaires « influent » (voir, en ce sens, arrêt du 15 novembre 2023, OT/Conseil, T‑193/22, EU:T:2023:716, point 151).
152 Par conséquent, compte tenu de l’importance des activités en Russie des sociétés du consortium Alfa Group, en particulier celles de Alfa-Bank, de AlfaStrakhovanie et de X5 Retail Group, le Conseil pouvait, sans commettre d’erreur d’appréciation, considérer que, à la date de l’adoption des actes de mars 2025, le requérant était un « homme d’affaires influent exerçant des activités en Russie » au sens du premier volet du critère g) modifié.
153 Au vu des considérations qui précèdent, dès lors que le Conseil pouvait valablement considérer que, à la date de l’adoption des actes de mars 2025, la situation personnelle du requérant relevait du premier volet du critère g) modifié, en application de la jurisprudence rappelée au point 135 ci-dessus, il y a lieu d’écarter ce moyen comme étant non fondé en ce qui concerne lesdits actes, sans qu’il soit besoin d’examiner les autres griefs soulevés par le requérant visant notamment à remettre en cause le maintien de son nom sur les listes litigieuses sur le fondement du troisième volet du critère g) modifié et du critère d).
d) Sur les actes de septembre 2025
154 Il ressort des motifs des actes de septembre 2025, repris au point 28 ci-dessus, que le nom du requérant a été maintenu sur les listes litigieuses sur le fondement du critère d) ainsi que sur les premier et troisième volets du critère g) modifié.
155 Le Tribunal juge opportun d’examiner, tout d’abord, si le Conseil a commis une erreur d’appréciation en maintenant le nom du requérant sur les listes litigieuses sur le fondement du premier volet du critère g) modifié.
156 Le requérant soutient qu’il n’est plus, ni directement ni indirectement, actionnaire ou détenteur d’actions d’aucune des sociétés mentionnées dans les motifs des actes de septembre 2025. Il ajoute qu’il n’a jamais été actionnaire d’une entité dénommée « Alfa Group » étant donné qu’il s’agit d’une expression ne renvoyant à aucune structure juridique identifiable.
157 Sur le fondement d’une consultation juridique d’un professeur d’université relative au droit luxembourgeois (annexe G.7 du second mémoire en adaptation), le requérant soutient qu’il s’est pleinement conformé au droit applicable à la cession de ses actions dans des sociétés établies au Luxembourg et que ladite consultation permet de considérer que les pièces versées au dossier de la présente affaire démontrent la réalité de la cession de ses actions conformément aux exigences légales requises. Il fait également valoir que l’ensemble des opérations de cession a été effectué dans des conditions de pleine transparence et conformément aux obligations qui lui incombent en vertu du droit applicable.
158 En ce qui concerne la participation significative qu’il détiendrait dans X5 retail Group, le requérant renvoie aux arguments développés dans le premier mémoire en adaptation visant à contester la légalité des actes de mars 2025.
159 En ce qui concerne la cession de ses participations dans ABH Holdings, le requérant soutient que le Conseil se limite à produire un communiqué de presse de la Banque nationale d’Ukraine selon lequel le transfert des actions de cette holding est invalide.
160 Par ailleurs, le requérant soutient que les sociétés mères luxembourgeoises, CTF Holdings et ABH Holdings ont été dépossédées de leur droit de participation dans leurs principaux actifs russes (X5, Alfa-Bank et AlfaStrakovanie) en vertu de la loi ESO. Selon lui, ce cadre juridique a conduit à la suspension des droits des entités holding situés dans l’Union ayant abouti à la redomiciliation de leurs actifs en Russie. En application de ce cadre juridique, il estime qu’il ne saurait être considéré comme étant actionnaire de ces entités russes, car les actionnaires desdites entités sont seulement les actionnaires restés inscrits dans les registres de CTF Holdings et de ABH Holdings au moment de l’entrée en vigueur de cette loi.
161 Le Conseil conteste l’argumentation du requérant.
162 Conformément à la jurisprudence rappelée au point 68 ci-dessus, il convient de vérifier si le contexte, les objectifs et la situation individuelle du requérant permettaient au Conseil de maintenir le nom de celui-ci sur les listes litigieuses sur le fondement du premier volet du critère g) modifié.
163 S’agissant du contexte général ayant justifié l’adoption des mesures restrictives en cause, dans les considérants des actes de septembre 2025, le Conseil a constaté que la gravité de la situation en Ukraine demeurait. Dès lors, il a considéré que lesdites mesures étaient toujours justifiées au regard de l’objectif poursuivi, à savoir exercer une pression maximale sur les autorités russes, afin que celles-ci mettent fin à leurs actions et à leurs politiques déstabilisant l’Ukraine ainsi qu’à l’agression militaire de ce pays, et accroître le coût des actions de la Fédération de Russie visant à compromettre l’intégrité territoriale, la souveraineté et l’indépendance de l’Ukraine.
164 En ce qui concerne la situation personnelle du requérant, il y a lieu de rappeler que, ainsi qu’il ressort des points 83 à 86 ci-dessus, le Conseil disposait d’un faisceau d’indices démontrant que le requérant était un actionnaire majeur du consortium Alfa Group en raison de ses possessions capitalistiques dans plusieurs sociétés de ce consortium, en particulier par l’intermédiaire de ABH Holdings et de CTF Holdings.
165 Il convient également de rappeler que, ainsi que cela a été relevé au point 90 ci-dessus, étant donné que le requérant allègue que sa situation personnelle ne correspond pas à celle qui ressort des éléments de preuves avancés par le Conseil, il lui incombe de démontrer qu’il avait cédé ses participations dans ABH holdings et dans CTF holdings de manière effective et renoncé de manière effective ses prérogatives d’actionnaire de ces sociétés et des entités liées à celles-ci. Pour ce faire, d’une part, ainsi qu’il ressort du point 92 ci-dessus, il incombe au requérant de produire des preuves que ladite cession en faveur du cessionnaire allégué était conforme aux dispositions du droit de l’Union, ce qui implique d’établir que les transferts de propriété desdites participations avait eu lieu en conformité avec le droit national et les dispositions statutaires applicables avant l’entrée en vigueur des mesures de gel de ses fonds. D’autre part, comme cela ressort du point 93 ci-dessus, pour démontrer qu’il a renoncé de manière effective à ses prérogatives d’actionnaire de ces deux holdings établies au Luxembourg, il incombait au requérant de fournir des preuves sur les conditions, les modalités et les contreparties de cette cession, en particulier sur le prix de cession de ses participations dans ABH Holdings et dans CTF Holdings.
166 En premier lieu, en ce qui concerne ABH Holdings, il convient de relever que l’attestation de la Banque centrale de Russie du 26 mars 2025 produite dans la réplique (annexe C.8 de la réplique), peut être prise en considération pour examiner la légalité des actes de septembre 2025. Cette attestation indique que, sur la base des informations communiquées le 24 mars 2025 à cette institution, le requérant n’est pas considéré comme étant un bénéficiaire effectif de la société Alfa-Bank (Russie). Or, une telle attestation ne fournit pas d’information quant à la situation personnelle du requérant au 14 mars 2022. Il s’ensuit qu’elle n’est pas susceptible de démontrer que le requérant avait cédé ses participations dans ABH Holdings, qui détient indirectement Alfa-Bank (Russie), avant l’inscription de son nom sur les listes litigieuses.
167 En deuxième lieu, pour étayer son argumentation selon laquelle tous les documents de nature à prouver les cessions alléguées de ses participations dans ABH Holdings et dans CTF Holdings ont été produits, le requérant a produit une consultation juridique établie par un professeur d’université relative au droit luxembourgeois (annexe G.7 du second mémoire en adaptation). Cette consultation juridique porte sur les conditions à satisfaire pour établir la réalité d’une cession d’actions d’une société établie au Luxembourg, sur les conditions d’opposabilité aux tiers d’une telle cession en droit luxembourgeois ainsi que sur les effets attachés à l’inscription dans le registre des actionnaires des nouvelles répartitions d’actions ainsi qu’à l’inclusion des nouveaux bénéficiaires effectifs dans le registre des bénéficiaires effectifs.
168 Dès lors que l’argumentation du requérant se fonde sur l’interprétation et l’application du droit national, il y a lieu de rappeler que, selon la jurisprudence, une question relative à l’interprétation d’un droit national d’un État membre est une question de fait sur laquelle le Tribunal est tenu, en principe, d’exercer un contrôle entier [voir, en ce sens, arrêt du 8 septembre 2016, Generics (UK)/Commission, T‑469/13, non publié, EU:T:2016:454, point 218 et jurisprudence citée]. Il en résulte que la question de savoir dans quelle mesure une règle de droit national s’applique au cas d’espèce est soumise aux règles sur l’administration de la preuve et sur la répartition de la charge de la preuve (voir, en ce sens, arrêts du 20 septembre 2010, France/Commission, T‑154/10, EU:T:2012:452, point 65, et du 26 novembre 2015, Abertis Telecom et Retevisión I/Commission, T‑541/13, non publié, EU:T:2015:898, point 102 et jurisprudence citée).
169 À titre liminaire, ainsi que l’a relevé le Conseil lors de l’audience, il s’avère que la consultation juridique en cause mentionne à plusieurs reprises une « loi de 1915 », mais ne précise ni son objet, ni ses références dans un journal officiel, ni la version applicable à la date des prétendues cessions de participations dans ABH Holdings et CTF Holdings, à savoir le 14 mars 2022. En outre, à l’instar du Conseil, il y lieu de constater que ladite consultation contient des imprécisions et manque de clarté. En particulier, il y a lieu de relever que cette consultation juridique fait non seulement référence à un « registre des actionnaires » mais également à un « registre des actions nominatives » sans expliquer s’il s’agit d’un même registre ou de registres distincts. Plus encore, la consultation ne permet pas de déterminer les informations ou mentions devant être inscrites dans le « registre des actions nominatives » ou dans le « registre des actionnaires » afin d’établir la réalité d’actions nominatives détenues dans une société anonyme établie au Luxembourg à une date déterminée. En effet, s’il semble ressortir des points 19 et 21 de la même consultation juridique qu’une simple inscription du nom d’une personne dans le « registre des actionnaires » serait suffisante pour démontrer la propriété ou la cession d’actions nominatives, il n’en demeure pas moins que, selon le point 18 de la consultation juridique en cause et l’extrait de l’article 430-4 de la « loi de 1915 » repris au point 19 de pareille consultation juridique, le transfert d’actions nominatives nécessiterait l’inscription d’une déclaration de transfert dans le « registre des actionnaires » ou dans le « registre des actions nominatives ». Or, ainsi que cela a été relevé par le Conseil lors de l’audience, pour ce qui concerne les cessions alléguées de ses participations dans ABH Holdings et dans CTF Holdings, le requérant n’a pas produit la déclaration de transfert prévue pour la cession d’actions nominatives émises par des sociétés anonymes. De même, étant donné que la consultation juridique en question ne reproduit pas le contenu de l’article 430-3 de la « loi de 1915 » relatif au « registre des actions nominatives » dans sa version applicable à la date de la prétendue cession, il n’est pas possible de déterminer si les extraits des registres des actions nominatives de CTF Holdings du 2 novembre 2023 (annexe A.4 de la requête) et de ABH Holdings du 14 mars 2022 (annexe A.6 de la requête) sont conformes aux exigences prévues par le droit luxembourgeois, de sorte que la force probante de ces documents doit être relativisée.
170 Par conséquent, contrairement à ce que soutient le requérant, la consultation juridique en cause ne confirme pas que les pièces versées au dossier de la présente affaire démontrent la réalité de la cession de ses participations dans ABH Holdings et dans CTF Holdings conformément aux exigences du droit national applicable.
171 Or, il y a lieu de rappeler que, ainsi que cela ressort des points 103 et 116 ci-dessus, les extraits de registre luxembourgeois des bénéficiaires effectifs de CTF Holdings et de ABH Holdings produits par le requérant ne sont pas de nature à établir que ses participations dans ces holdings établies à Luxembourg avaient été transférées de manière effective avant l’inscription de son nom sur les listes litigieuses.
172 Ainsi, en l’absence de production d’autres éléments nouveaux dans le second mémoire en adaptation, il convient de constater que le requérant n’a pas démontré que les transferts de la propriété de ses participations dans CTF Holdings et ABH Holdings étaient conformes au droit de l’Union, pas plus qu’il n’a démontré qu’il aurait renoncé de manière effective à ses prérogatives d’actionnaire de CTF Holdings et de ABH Holdings.
173 Partant, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 97 à 105 et 107 à 117 ci-dessus, le Conseil n’a pas commis d’erreur d’appréciation en considérant que, à la date de l’adoption des actes de septembre 2025, le requérant était un actionnaire de CTF Holdings et de ABH Holdings. Dès lors, le Conseil pouvait valablement considérer que, à cette date, le requérant était un actionnaire majeur du consortium Alfa Group.
174 De même, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 150 et 151 ci-dessus, le Conseil pouvait considérer, sans commettre d’erreur d’appréciation, que, à la date de l’adoption des actes de septembre 2025, le requérant est un actionnaire important de X5 Retail group.
175 Par conséquent, compte tenu de l’importance des activités en Russie des sociétés du consortium Alfa Group, en particulier celles d’Alfa-Bank, de AlfaStrakhovanie et de X5 Retail Group, le Conseil pouvait, sans commettre d’erreur d’appréciation, considérer que, à la date de l’adoption des actes de septembre 2025, le requérant était un « homme d’affaires influent exerçant des activités en Russie » au sens du premier volet du critère g) modifié.
176 Les autres arguments du requérant ne sauraient remettre en cause cette conclusion.
177 Premièrement, pour autant que le requérant soutient que le Conseil a commis une erreur d’appréciation au motif que le consortium Alfa Group est dépourvu de personnalité juridique, de sorte qu’il ne serait pas possible d’en être un actionnaire, une telle argumentation ne saurait prospérer. En effet, la qualité d’actionnaire de ce consortium est susceptible de viser l’ensemble des entreprises qui font partie dudit consortium (voir, en ce sens, arrêt du 11 septembre 2024, OT/Conseil, T‑286/23, non publié, sous pourvoi, EU:T:2024:606, point 116).
178 Deuxièmement, l’argumentation du requérant fondée sur la circonstance que CTF Holdings et ABH Holdings ont été dépossédées de leurs droits de participations dans leurs actifs russes en application de la loi ESO doit être écartée pour les mêmes motifs que ceux exposés au points 123 à 125 ci-dessus.
179 Troisièmement, le requérant n’est pas fondé à soutenir que, en ce qui concerne ABH Holdings, le Conseil s’est limité à produire un communiqué de presse de la Banque nationale d’Ukraine d’octobre 2022 selon lequel le transfert d’actions de cette holding est invalide. En effet, ainsi que cela ressort des points 84 et 85 ci-dessus, le Conseil disposait d’un faisceau d’indices démontrant que le requérant était un actionnaire important de cette holding établie au Luxembourg. Au demeurant, le requérant ne conteste pas avoir été actionnaire de ABH Holdings jusqu’à la veille de l’inscription de son nom sur les listes litigieuses. Or, dès lors que le requérant allègue que sa situation personnelle ne correspond pas à celle qui ressort des éléments de preuves avancés par le Conseil, il lui incombe de démontrer qu’il avait cédé ses participations dans ABH Holdings de manière effective et renoncé de manière effective à ses prérogatives d’actionnaire desdites sociétés et des entités liées à celles-ci (voir point 90 ci-dessus).
180 Quatrièmement, il convient de relever que l’affirmation du requérant selon laquelle les cessions alléguées de ses participations dans CTF Holdings et ABH Holdings ont été effectuées dans des conditions de pleine transparence et conformément aux obligations qui lui incombaient en vertu du droit national applicable n’est pas étayée. Pour étayer une telle affirmation, il incombait au requérant de produire les éléments de preuve mentionnés aux points 92 et 93 ci-dessus.
181 Au vu des considérations qui précèdent, dès lors que le Conseil pouvait valablement considérer que, à la date de l’adoption des actes de septembre 2025, la situation personnelle du requérant relevait du premier volet du critère g) modifié, en application de la jurisprudence rappelée au point 135 ci-dessus, il y a lieu d’écarter ce moyen comme étant non fondé en ce qui concerne lesdits actes, sans qu’il soit besoin d’examiner les autres griefs soulevés par le requérant visant notamment à remettre en cause le maintien de son nom sur les listes litigieuses au titre du troisième volet du critère g) modifié et du critère d).
182 Partant, le premier moyen, tiré d’une erreur d’appréciation, doit être écarté dans son intégralité.
183 Il résulte de tout ce qui précède que le recours doit être rejeté dans son ensemble.
Sur les dépens
184 Aux termes de l’article 134, paragraphe 1, du règlement de procédure du Tribunal, toute partie qui succombe est condamnée aux dépens, s’il est conclu en ce sens. Le requérant ayant succombé, il y a lieu de le condamner à supporter ses propres dépens ainsi que ceux exposés par le Conseil, conformément aux conclusions de ce dernier.
Par ces motifs,
LE TRIBUNAL (cinquième chambre)
déclare et arrête :
1) Le recours est rejeté.
2) OT est condamné aux dépens.
| Sampol Pucurull | Pynnä | Brkan |
Ainsi prononcé en audience publique à Luxembourg, le 15 juillet 2026.
Signatures
* Langue de procédure : le français.
1 Données confidentielles occultées.
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