| CELEX | 62024TJ0591 |
| Type | Jurisprudence CJUE |
| Date | mercredi 1 juillet 2026 |
DOCUMENT DE TRAVAIL
ARRÊT DU TRIBUNAL (première chambre)
1er juillet 2026 (*)
« Marque de l’Union européenne – Procédure d’opposition – Demande de marque de l’Union européenne verbale ARYUNA – Marques Benelux et nationale verbales antérieures ARMUNIA – Motif relatif de refus – Absence de risque de confusion – Article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement (UE) 2017/1001 – Éléments de preuve présentés pour la première fois devant le Tribunal »
Dans l’affaire T‑591/24,
Sandoz AG, établie à Bâle (Suisse), représentée par Me A. Nordemann, en qualité d’avocat,
partie requérante,
soutenue par
Marques, établie à Leicester (Royaume-Uni), représentée par Mes S. Fischoeder, J. Słupski et M. Viefhues, avocats,
partie intervenante,
contre
Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO), représenté par MM. A. Ringelhann et V. Ruzek, en qualité d’agents,
partie défenderesse,
l’autre partie à la procédure devant la chambre de recours de l’EUIPO ayant été
Be Healthy d.o.o., établie à Kranj (Slovénie),
LE TRIBUNAL (première chambre),
composé de MM. E. Buttigieg (rapporteur), président, J. Schwarcz et F. Bestagno, juges,
greffier : M. G. Mitrev, administrateur,
vu la phase écrite de la procédure,
à la suite de l’audience du 3 mars 2026,
rend le présent
Arrêt
1 Par son recours fondé sur l’article 263 TFUE, la requérante, Sandoz AG, demande l’annulation de la décision de la cinquième chambre de recours de l’Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO) du 19 septembre 2024 (affaire R 2531/2023‑5) (ci-après la « décision attaquée »).
Antécédents du litige
2 Le 30 septembre 2022, l’autre partie à la procédure devant la chambre de recours de l’EUIPO, Be Healthy d.o.o., a présenté à l’EUIPO une demande d’enregistrement de marque de l’Union européenne pour le signe verbal ARYUNA.
3 La marque demandée désignait, notamment, les produits relevant de la classe 5 au sens de l’arrangement de Nice concernant la classification internationale des produits et des services aux fins de l’enregistrement des marques, du 15 juin 1957, tel que révisé et modifié, et correspondant à la description suivante : « Teinture d’iode ; teintures à usage médical ; herbes médicinales ; médicaments à base de plantes ; décoctions d’herbes médicinales ».
4 Le 12 janvier 2023, Novartis AG, prédécesseur en droit de la requérante, a formé opposition à l’enregistrement de la marque demandée pour les produits visés au point 3 ci-dessus.
5 L’opposition était fondée sur les droits antérieurs suivants :
– la marque Benelux verbale ARMUNIA, enregistrée le 12 mars 2012 sous le numéro 912080, couvrant des produits relevant de la classe 5 et correspondant à la description suivante : « Préparations pharmaceutiques, à savoir contraceptifs oraux » ;
– la marque autrichienne verbale ARMUNIA, enregistrée le 3 février 2014 sous le numéro 276600, couvrant des produits relevant de la classe 5 et correspondant à la description suivante : « Produits pharmaceutiques à usage humain ».
6 Le motif invoqué à l’appui de l’opposition était celui visé à l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement (UE) 2017/1001 du Parlement européen et du Conseil, du 14 juin 2017, sur la marque de l’Union européenne (JO 2017, L 154, p. 1).
7 Par décision du 7 décembre 2023, la division d’opposition a rejeté l’opposition au motif qu’il n’existait pas de risque de confusion au sens de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001.
8 Le 28 décembre 2023, Novartis a formé un recours auprès de l’EUIPO contre cette décision.
9 Après le dépôt du recours, Novartis a transféré les deux marques antérieures, sur lesquelles l’opposition était fondée, à la requérante.
10 Par la décision attaquée, la chambre de recours a rejeté le recours. Elle a considéré, en substance, que, même pour des produits identiques, compte tenu du niveau d’attention accru du public pertinent et du fait que les marques en conflit présentaient un faible degré de similitude visuelle et phonétique, et dès lors que les marques antérieures possédaient un caractère distinctif normal, il y avait lieu de conclure qu’il n’existait pas de risque de confusion.
Conclusions des parties
11 La requérante conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :
– annuler la décision attaquée ;
– condamner l’EUIPO aux dépens.
12 L’EUIPO conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :
– rejeter le recours ;
– condamner la requérante aux dépens en cas de tenue d’une audience.
13 Marques conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :
– annuler la décision attaquée ;
– la condamner à supporter ses propres dépens.
En droit
Sur la recevabilité des preuves produites pour la première fois devant le Tribunal
14 L’EUIPO soutient, en substance, que les éléments de preuve joints dans les annexes A.6 à A.16 de la requête ont été produits pour la première fois dans le cadre de la procédure devant le Tribunal, et qu’ils sont donc irrecevables.
15 Selon une jurisprudence constante, un recours porté devant le Tribunal en vertu de l’article 72, paragraphe 2, du règlement 2017/1001 vise au contrôle de la légalité des décisions des chambres de recours, qui doit se faire, en application de l’article 95 de ce règlement, au regard du cadre factuel et juridique du litige tel qu’il a été porté devant la chambre de recours [voir arrêt du 1er février 2005, SPAG/OHMI – Dann et Backer (HOOLIGAN), T‑57/03, EU:T:2005:29, point 17 et jurisprudence citée]. Il s’ensuit que le Tribunal ne saurait annuler ou réformer la décision objet du recours pour des motifs qui apparaîtraient postérieurement à son prononcé (arrêts du 11 mai 2006, Sunrider/OHMI, C‑416/04 P, EU:C:2006:310, point 55, et du 13 mars 2007, OHMI/Kaul, C‑29/05 P, EU:C:2007:162, point 53).
16 Dès lors, la fonction du Tribunal n’est pas de réexaminer les circonstances de fait à la lumière des preuves présentées pour la première fois devant lui. En effet, l’admission de ces preuves est contraire à l’article 188 du règlement de procédure du Tribunal, selon lequel les mémoires des parties ne peuvent pas modifier l’objet du litige devant la chambre de recours. Partant, les preuves produites pour la première fois devant le Tribunal doivent être déclarées irrecevables, sans qu’il soit nécessaire de les examiner [voir arrêt du 14 mai 2009, Fiorucci/OHMI – Edwin (ELIO FIORUCCI), T‑165/06, EU:T:2009:157, point 22 et jurisprudence citée].
17 Or, il ressort du dossier de l’EUIPO que les éléments de preuves joints dans les annexes A.6 à A.16 de la requête n’ont pas été produits durant la procédure administrative devant l’EUIPO, et qu’ils ont donc été présentés pour la première fois devant le Tribunal, ce que, du reste, la requérante a reconnu lors de l’audience.
18 Ainsi, conformément à la jurisprudence citée au point 16 ci-dessus, lesdites annexes doivent être déclarées irrecevables, sans qu’il soit nécessaire de les examiner.
19 Cette conclusion ne saurait être remise en cause par l’argument de la requérante, invoqué lors de l’audience, selon lequel les éléments de preuve figurant dans ces annexes ne sont pas des « preuves proprement dites », mais des éléments de contexte.
20 Certes, il ressort de la jurisprudence qu’une partie a le droit de produire, pour la première fois devant le Tribunal, des documents qui ne sont pas des preuves proprement dites, mais plutôt des éléments tirés de la jurisprudence du juge de l’Union, nationale ou internationale ou de la pratique de l’EUIPO et des autorités nationales et internationales [voir, en ce sens, arrêts du 14 mars 2018, Crocs/EUIPO – Gifi Diffusion (Chaussures), T‑651/16, non publié, EU:T:2018:137, point 17 et jurisprudence citée, et du 22 septembre 2021, Moviescreens Rental/EUIPO – the airscreen company (AIRSCREEN), T‑250/20, non publié, EU:T:2021:602, point 20 et jurisprudence citée].
21 Toutefois, en l’espèce, les nouvelles preuves produites par la requérante consistent en un communiqué de presse (annexe A.6), des rapports (annexes A.7, A.12, A.13 et A.16), un article de presse (annexe A.8), des extraits de sites Internet (annexes A.9 et A.10), une liste de produits pharmaceutiques (annexe A.11) et des études (annexes A.14 et A.15). Ces preuves visent, au demeurant, à démontrer que de nombreuses erreurs sont commises, lors de l’administration de produits pharmaceutiques par des professionnels de la santé ou lors de la prise de tels produits par des patients, et que, de ce fait, le niveau d’attention du public pertinent serait tout au plus moyen et que la sécurité des patients devrait être prise en compte dans le cadre de l’appréciation globale du risque de confusion.
22 Ainsi, force est de constater que la jurisprudence rappelée au point 20 ci-dessus, qui admet la possibilité de produire pour la première fois devant le Tribunal des éléments tirés de la jurisprudence du juge de l’Union, nationale ou internationale ou de la pratique de l’EUIPO et des autorités nationales et internationales, n’est pas applicable aux éléments de preuve susmentionnés et que, par conséquent, ceux-ci doivent être écartés comme étant irrecevables.
Sur le fond
23 À l’appui de son recours, la requérante, soutenue par Marques, soulève un moyen unique, tiré de la violation de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001. La requérante soutient que la chambre de recours a commis des erreurs, d’une part, dans son appréciation du niveau d’attention du public pertinent et, d’autre part, dans son appréciation globale du risque de confusion.
24 L’EUIPO conteste les arguments de la requérante.
25 Aux termes de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001, sur opposition du titulaire d’une marque antérieure, la marque demandée est refusée à l’enregistrement lorsque, en raison de son identité ou de sa similitude avec une marque antérieure et en raison de l’identité ou de la similitude des produits ou des services que les deux marques désignent, il existe un risque de confusion dans l’esprit du public du territoire sur lequel la marque antérieure est protégée. Le risque de confusion comprend le risque d’association avec la marque antérieure.
26 Constitue un risque de confusion le risque que le public puisse croire que les produits ou les services en cause proviennent de la même entreprise ou d’entreprises liées économiquement. Le risque de confusion doit être apprécié globalement, selon la perception que le public pertinent a des signes et des produits ou des services en cause, et en tenant compte de tous les facteurs pertinents en l’espèce, notamment de l’interdépendance de la similitude des signes et de celle des produits ou des services désignés [voir arrêt du 9 juillet 2003, Laboratorios RTB/OHMI – Giorgio Beverly Hills (GIORGIO BEVERLY HILLS), T‑162/01, EU:T:2003:199, points 30 à 32 et jurisprudence citée].
27 Aux fins de l’application de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001, un risque de confusion présuppose à la fois une identité ou une similitude des marques en conflit et une identité ou une similitude des produits ou des services qu’elles désignent. Il s’agit là de conditions cumulatives [voir arrêt du 22 janvier 2009, Commercy/OHMI – easyGroup IP Licensing (easyHotel), T‑316/07, EU:T:2009:14, point 42 et jurisprudence citée].
Sur le public et le territoire pertinents
28 Dans le cadre de l’appréciation globale du risque de confusion, il convient de prendre en compte le consommateur moyen de la catégorie de produits concernée, normalement informé et raisonnablement attentif et avisé. Il y a également lieu de prendre en considération le fait que le niveau d’attention du consommateur moyen est susceptible de varier en fonction de la catégorie de produits ou de services en cause [voir arrêt du 13 février 2007, Mundipharma/OHMI – Altana Pharma (RESPICUR), T‑256/04, EU:T:2007:46, point 42 et jurisprudence citée].
29 Par « consommateur moyen », il n’y a pas lieu d’entendre le seul consommateur faisant partie du « grand public », mais le consommateur faisant partie du public typiquement ciblé par les produits et les services en cause. Ainsi, le « consommateur moyen » peut être un professionnel, si les produits et les services en cause s’adressent typiquement à un tel public [voir arrêt du 4 décembre 2024, Jula/EUIPO – Mula (Mula), T‑22/24, non publié, EU:T:2024:875, point 23 et jurisprudence citée].
30 Dans l’hypothèse où les produits visés par les marques en conflit s’adressent à un même public pertinent, composé à la fois du grand public et des professionnels, le public ayant le niveau d’attention le moins élevé doit être pris en considération (voir arrêt du 4 décembre 2024, Mula, T‑22/24, non publié, EU:T:2024:875, point 24 et jurisprudence citée).
31 La chambre de recours a considéré que le public pertinent se composait à la fois du grand public et des professionnels de la médecine et de la pharmacie. Elle a également considéré que le niveau d’attention des professionnels était élevé et celui du grand public relativement élevé en ce qui concerne tous les produits en cause, même ceux qui pouvaient être achetés sans ordonnance, étant donné que lesdits produits avaient une incidence sur la santé.
32 La chambre de recours a également rappelé que, lorsque le public pertinent était composé de groupes de consommateurs ayant des niveaux d’attention différents, il convenait de prendre en considération, s’agissant de l’appréciation du risque de confusion, le public ayant le niveau d’attention le moins élevé, à savoir en l’espèce le grand public.
33 Enfin, la chambre de recours a considéré que, étant donné que les marques antérieures étaient protégées, respectivement, au Benelux et en Autriche, ces territoires étaient pertinents aux fins de l’appréciation du risque de confusion.
34 La requérante ne conteste ni l’appréciation de la chambre de recours relative aux territoires pertinents aux fins de l’appréciation du risque de confusion ni celle selon laquelle le public pertinent des produits en cause se compose à la fois du grand public et des professionnels de la médecine et de la pharmacie.
35 En revanche, la requérante conteste l’appréciation de la chambre de recours relative au niveau d’attention du public pertinent.
36 À cet égard, la requérante soutient, en substance, que l’approche, suivie par la chambre de recours dans la décision attaquée, consistant à présumer un niveau d’attention constamment élevé de la part des consommateurs dans le domaine médical est erronée, car elle ne tient pas compte du fait que, dans de nombreuses situations de la vie courante, il est probable que le niveau d’attention du public pertinent des produits en cause soit plutôt faible. En effet, dans la pratique, les patients et même les soignants confondraient des médicaments couverts par des marques similaires, en particulier sous l’effet du stress ou de la souffrance, ou dans des situations d’urgence. Ladite approche créerait ainsi un risque inacceptable pour la sécurité des patients. Il y a donc lieu, selon la requérante, de réexaminer la jurisprudence selon laquelle le consommateur moyen adopte un niveau d’attention accru à l’égard des produits pharmaceutiques, compte tenu de leur incidence sur la santé. Elle conclut que le niveau d’attention du public pertinent, qu’il s’agisse du grand public ou des professionnels de la santé, doit être considéré comme étant tout au plus moyen.
37 L’EUIPO conteste les arguments de la requérante.
38 Il convient de rappeler que, en l’espèce, tous les produits en cause relèvent de la classe 5. Les produits couverts par la marque Benelux antérieure sont les préparations pharmaceutiques, à savoir les contraceptifs oraux, et ceux couverts par la marque autrichienne antérieure sont les produits pharmaceutiques à usage humain. Les produits visés par la marque demandée sont de la teinture d’iode, les teintures à usage médical, les herbes médicinales, les médicaments à base de plantes et les décoctions d’herbes médicinales.
39 En ce qui concerne les produits pharmaceutiques à usage humain et les préparations pharmaceutiques, à savoir les contraceptifs oraux, il convient de relever, à l’instar de la chambre de recours, qu’il ressort d’une jurisprudence constante que, d’une part, les professionnels de la médecine font preuve d’un niveau élevé d’attention lors de la prescription de médicaments. Il en ressort, d’autre part, que, s’agissant des consommateurs finaux, dans les cas où des produits pharmaceutiques sont vendus sans ordonnance, il y a lieu de supposer que ces produits intéressent les consommateurs qui sont censés être raisonnablement bien informés, attentifs et avisés, dès lors que ces produits affectent leur état de santé, et que ces consommateurs sont moins susceptibles de confondre les diverses versions desdits produits. En outre, même dans l’hypothèse où une ordonnance médicale serait obligatoire, les consommateurs sont susceptibles de faire preuve d’un niveau d’attention élevé lors de la prescription des produits en cause, eu égard au fait que ce sont des produits pharmaceutiques. Ainsi, les médicaments, délivrés sous ordonnance médicale ou non, peuvent être regardés comme bénéficiant d’un niveau d’attention accru de la part des consommateurs normalement informés et raisonnablement attentifs et avisés [voir arrêt du 11 octobre 2023, Pascoe pharmazeutische Präparate/EUIPO – Novartis Pharma (PASCELMO), T‑435/22, non publié, EU:T:2023:610, point 34 et jurisprudence citée].
40 Cette constatation vaut même dans les cas où les produits pharmaceutiques sont accessibles aux consommateurs en vente libre, dès lors qu’ils concernent leur santé (voir arrêt du 11 octobre 2023, PASCELMO, T‑435/22, non publié, EU:T:2023:610, point 35 et jurisprudence citée).
41 Ladite constatation vaut également pour les teintures, les herbes médicinales, les médicaments à base de plantes et les décoctions d’herbes médicinales, lesquels ne sont pas des médicaments au sens strict du terme, mais constituent néanmoins des produits qui relèvent du domaine de la santé, étant destinés en général à améliorer l’état de santé, qui peuvent être regardés comme bénéficiant d’un niveau d’attention accru de la part des consommateurs normalement informés et raisonnablement attentifs et avisés [voir, en ce sens, arrêts du 5 avril 2006, Madaus/OHMI – Optima Healthcare (ECHINAID), T‑202/04, EU:T:2006:106, point 33, et du 20 septembre 2018, Kwizda Holding/EUIPO – Dermapharm (UROAKUT), T‑266/17, EU:T:2018:569, point 28 et jurisprudence citée].
42 Il s’ensuit que la chambre de recours n’a pas commis d’erreur d’appréciation en considérant que le niveau d’attention des professionnels de la médecine et de la pharmacie était élevé et que celui du grand public était relativement élevé en ce qui concerne tous les produits en cause.
43 Il s’ensuit également, eu égard à la jurisprudence citée au point 30 ci-dessus, que la chambre de recours n’a pas commis d’erreur d’appréciation en considérant que, en l’espèce, il y avait lieu de tenir compte, dans le cadre de l’appréciation globale du risque de confusion, du grand public, ayant un niveau d’attention relativement élevé.
44 Ces conclusions ne sont pas infirmées par l’argumentation de la requérante selon laquelle, en substance, le grand public et les professionnels de la santé font preuve d’un degré d’attention moindre dans certaines circonstances et confondent les médicaments portant des marques similaires.
45 D’une part, quels que soient les produits et les marques en cause, il se trouvera toujours des situations dans lesquelles le public confronté à ceux‑ci ne leur accordera qu’un degré d’attention moindre. Or, exiger la prise en compte du degré d’attention le plus faible dont le public est susceptible de faire preuve en présence d’un produit et d’une marque reviendrait à dénier toute pertinence, aux fins de l’appréciation du risque de confusion, au critère tiré du degré d’attention variable en fonction de la catégorie du produit, tel que rappelé au point 28 ci-dessus [voir, en ce sens, arrêts du 12 janvier 2006, Ruiz-Picasso e.a./OHMI, C‑361/04 P, EU:C:2006:25, point 42 ; du 12 septembre 2012, Ertmer/OHMI – Caterpillar (erkat), T‑566/10, non publié, EU:T:2012:419, point 48 et jurisprudence citée, et du 13 mai 2015, Ferring/OHMI – Kora (Koragel), T‑169/14, non publié, EU:T:2015:280, point 34 et jurisprudence citée].
46 D’autre part, il ne saurait raisonnablement être exigé de l’autorité appelée à apprécier l’existence d’un risque de confusion qu’elle détermine, pour chaque catégorie de produits, une valeur moyenne d’attention du consommateur à partir du degré d’attention dont ce dernier est susceptible de faire preuve dans différentes situations (arrêt du 12 janvier 2006, Ruiz-Picasso e.a./OHMI, C‑361/04 P, EU:C:2006:25, point 43).
Sur la comparaison des produits
47 La chambre de recours a estimé que les produits visés par la marque demandée étaient identiques aux produits pharmaceutiques à usage humain couverts par la marque autrichienne antérieure et similaires à un degré inférieur à la moyenne aux préparations pharmaceutiques, couvertes par la marque Benelux antérieure.
48 La requérante et l’intervenante ne contestent pas cette appréciation de la chambre de recours.
49 Certes, au point 35 de la requête, dans le cadre de son argumentation relative au risque de confusion, la requérante, en faisant la liste des facteurs pertinents pour l’analyse de ce risque, a notamment souligné que les produits en cause étaient identiques parce qu’ils étaient tous des produits pharmaceutiques.
50 Cela étant, il n’y a pas lieu d’interpréter cette affirmation comme visant à remettre en cause l’appréciation de la chambre de recours selon laquelle les produits visés par la marque demandée étaient similaires à un degré inférieur à la moyenne aux produits couverts par la marque Benelux antérieure au motif que ces produits seraient en fait identiques. En effet, ainsi que la requérante l’a confirmé lors de l’audience, ladite affirmation ne concerne que les produits visés par la marque demandée et ceux couverts par la marque autrichienne antérieure, que la chambre de recours a estimé identiques.
Sur la comparaison des signes
51 L’appréciation globale du risque de confusion doit, en ce qui concerne la similitude visuelle, phonétique ou conceptuelle des signes en conflit, être fondée sur l’impression d’ensemble produite par ceux-ci, en tenant compte, notamment, de leurs éléments distinctifs et dominants. La perception des marques qu’a le consommateur moyen des produits ou des services en cause joue un rôle déterminant dans l’appréciation globale dudit risque. À cet égard, le consommateur moyen perçoit normalement une marque comme un tout et ne se livre pas à un examen de ses différents détails (voir arrêt du 12 juin 2007, OHMI/Shaker, C‑334/05 P, EU:C:2007:333, point 35 et jurisprudence citée).
52 À titre liminaire, la chambre de recours a relevé que les marques en conflit étaient des marques verbales et que les marques antérieures étaient, toutes deux, composées de l’élément verbal « armunia » et la marque demandée de l’élément verbal « aryuna ».
53 La chambre de recours a estimé que ni les marques antérieures ni la marque demandée n’avaient de signification apparente pour le public pertinent et qu’elles devaient donc être considérées comme distinctives. Elle a également considéré que ces marques ne présentaient pas d’élément dominant.
54 S’agissant de la comparaison des signes en conflit sur le plan visuel, la chambre de recours a considéré, en substance, que, même si ces signes présentaient des similitudes visuelles parce qu’ils consistaient tous deux en un élément verbal de longueur similaire et qu’ils avaient en commun leurs lettres initiales et finales, les parties centrales desdits signes constituaient des différences notables. Elle en a conclu que les signes en conflit présentaient un faible degré de similitude sur le plan visuel.
55 S’agissant de la comparaison des signes en conflit sur le plan phonétique, la chambre de recours a considéré, en substance, que, même si les signes en conflit avaient en commun le son des lettres initiales « a » et « r », ainsi que celui de la lettre finale « a », et qu’ils partageaient également les sons des lettres « u », « y », « i » et « n », ils étaient composés de syllabes différentes et présentaient des différences de prononciation en leur milieu. Elle en a conclu que les signes en conflit présentaient un faible degré de similitude sur le plan phonétique.
56 S’agissant de la comparaison des signes en conflit sur le plan conceptuel, la chambre de recours a indiqué que, étant donné que ces signes étaient dépourvus de toute signification spécifique pour le public du Benelux et de l’Autriche, leur comparaison sur le plan conceptuel n’était pas possible.
57 La requérante et l’intervenante ne contestent pas l’appréciation de la chambre de recours figurant au point 56 ci-dessus relative à la comparaison des signes en conflit sur le plan conceptuel.
58 La requérante souligne que les marques en conflit ont en commun cinq lettres dans le même ordre, à savoir les lettres « a », « r », « u », « n » et « a » et qu’elles sont donc similaires. Elle soutient que la chambre de recours aurait dû conclure que les signes en conflit étaient suffisamment similaires pour donner lieu à un risque de confusion.
59 L’intervenante fait valoir que, étant donné que les marques en conflit partagent la séquence de lettres « ar-un-a » et une lettre prononcée comme un « i », à savoir « i » et « y », la chambre de recours aurait dû considérer que le souvenir imparfait de la marque antérieure pourrait facilement conduire à sa mémorisation sous la forme « arimuna », ce qui peut aisément être confondu avec la marque demandée. Il ressort de l’audience que, par cette argumentation, elle entend contester la conclusion de la chambre de recours selon laquelle les signes en conflit sont faiblement similaires sur les plans visuel et phonétique.
60 L’EUIPO conteste les arguments de la requérante.
61 S’agissant de la similitude des signes en conflit sur le plan visuel, si, certes, ces signes ont en commun cinq lettres placées dans le même ordre, à savoir les lettres « a », « r », « u », « n » et « a », elles diffèrent par la présence des lettres « m » et « i », dans les marques antérieures, et celle de la lettre « y », dans la marque demandée. De plus, ainsi que l’a relevé, en substance, la chambre de recours, la différence entre les lettres « m » et « y », situées au milieu des signes en conflit, est particulièrement frappante. Il convient, en outre, de relever que, s’agissant de signes verbaux relativement brefs, tels que ceux en conflit en l’espèce, les éléments centraux sont aussi importants que les éléments figurant au début et à la fin du signe (voir, en ce sens, arrêt du 11 octobre 2023, PASCELMO, T‑435/22, non publié, EU:T:2023:610, point 46 et jurisprudence citée).
62 Partant, la chambre de recours n’a pas commis d’erreur d’appréciation en concluant que les signes en conflit présentaient un faible degré de similitude sur le plan visuel.
63 S’agissant de la similitude des signes en conflit sur le plan phonétique, les marques antérieures seront prononcées en quatre syllabes, à savoir « ar », « mu », « ni » et « a ». La marque demandée sera également prononcée en quatre syllabes, à savoir « a », « ry », « u » et « na ». Même si les signes en conflit ont le même nombre de syllabes et ont en commun le son des lettres initiales « a » et « r », de la lettre finale « a », et qu’ils partagent également les sons des lettres « u », « y », « i » et « n », aucune de leurs syllabes n’est identique, ce qui engendre des différences de rythme et d’intonation lors de la prononciation de ces signes, ainsi que l’a relevé en substance la chambre de recours. En outre, ainsi qu’elle l’a également relevé, les différences relatives aux milieux des signes sont facilement perceptibles à l’oral [voir, en ce sens, arrêt du 15 novembre 2018, Haufe-Lexware/EUIPO – Le Shi Holdings (Beijing) (Leshare), T‑546/17, non publié, EU:T:2018:782, point 54].
64 Partant, la chambre de recours n’a pas commis d’erreur d’appréciation en concluant que les signes en conflit présentaient un faible degré de similitude sur le plan phonétique.
65 Les appréciations figurant aux points 62 et 64 ci-dessus ne sont pas remises en cause par les autres arguments de l’intervenante invoqués lors de l’audience.
66 En effet, d’une part, s’agissant de l’argument de l’intervenante tiré de ce que la chambre de recours s’est focalisée sur les différences internes des signes en conflit parce qu’elle a tenu compte d’un niveau d’attention élevé du public pertinent, il suffit de relever que, contrairement à ce que prétend la requérante, la chambre de recours n’a pas tenu compte du niveau d’attention du public pertinent au stade de son appréciation de la similitude des signes en conflit.
67 D’autre part, s’agissant de l’argument de l’intervenante selon lequel la chambre de recours n’a pas tenu compte du fait que les signes en conflit partageaient une même séquence de voyelles, ce qui aurait dû la conduire à constater que ces signes étaient globalement similaires, ainsi que cela ressortirait de la jurisprudence allemande, il suffit de relever que la chambre de recours a tenu compte du fait que les signes en conflit présentaient une même séquence de lettres, et donc nécessairement de voyelles, et que c’est la raison pour laquelle elle a conclu que ces signes présentaient une similitude faible sur les plans visuel et phonétique et non qu’ils étaient différents.
Sur le caractère distinctif des marques antérieures
68 La chambre de recours a estimé que, les marques antérieures n’ayant pas de signification apparente pour le public pertinent, leur caractère distinctif intrinsèque était normal.
69 La requérante et l’intervenante ne contestent pas cette appréciation de la chambre de recours.
Sur le risque de confusion
70 Selon une jurisprudence constante de la Cour, l’existence d’un risque de confusion dépend de nombreux facteurs et notamment de la connaissance de la marque sur le marché, de l’association qui peut en être faite avec le signe utilisé ou enregistré, du degré de similitude entre la marque et le signe et entre les produits ou les services désignés. Le risque de confusion doit donc être apprécié globalement en tenant compte de tous les facteurs pertinents du cas d’espèce (voir arrêt du 12 juin 2019, Hansson, C‑705/17, EU:C:2019:481, point 41 et jurisprudence citée).
71 L’appréciation globale du risque de confusion implique une certaine interdépendance des facteurs pris en compte et, notamment, de la similitude des marques et de celle des produits ou des services désignés. Ainsi, un faible degré de similitude entre les produits ou les services désignés peut être compensé par un degré élevé de similitude entre les marques, et inversement [arrêts du 29 septembre 1998, Canon, C‑39/97, EU:C:1998:442, point 17, et du 14 décembre 2006, Mast-Jägermeister/OHMI – Licorera Zacapaneca (VENADO avec cadre e.a.), T‑81/03, T‑82/03 et T‑103/03, EU:T:2006:397, point 74].
72 La chambre de recours a relevé que, même si les signes en conflit possédaient plusieurs lettres en commun, cela n’était pas suffisant pour justifier la constatation d’une similitude globale, compte tenu notamment du fait que le public était composé de consommateurs qui feraient preuve d’un niveau d’attention accru à l’égard des produits concernés, et ce nonobstant la circonstance que le consommateur moyen n’a que rarement la possibilité de procéder à une comparaison directe des différentes marques, mais doit se fier à l’image imparfaite qu’il en a gardée en mémoire.
73 La chambre de recours a considéré que, par conséquent, même pour des produits identiques, compte tenu du faible degré de similitudes visuelle et phonétique, du degré normal de caractère distinctif des marques antérieures et du niveau d’attention accru du public pertinent, il y avait lieu de conclure que ce dernier ne croirait pas que les produits en cause proviennent de la même entreprise ou d’entreprises liées économiquement.
74 La chambre de recours a donc conclu qu’il n’existait pas de risque de confusion pour le public pertinent du Benelux et de l’Autriche.
75 La requérante, soutenue par l’intervenante, conteste cette appréciation de la chambre de recours.
76 La requérante et l’intervenante reprochent, en substance, à la chambre de recours de ne pas avoir tenu compte, ou suffisamment tenu compte, dans le cadre de son appréciation globale du risque de confusion, de tous les facteurs pertinents du cas d’espèce.
77 En premier lieu, selon la requérante, la chambre de recours aurait dû tenir compte des situations de confusion entre médicaments postérieures à la vente et de la sécurité des patients.
78 En effet, d’une part, il ressortirait de l’arrêt du 12 novembre 2002, Arsenal Football Club (C‑206/01, EU:C:2002:651, point 57), qu’il conviendrait de tenir compte, lors de l’appréciation du risque de confusion, de situations de confusion postérieures à la vente. Cette approche serait confortée par le fait que l’article 9, paragraphe 2, du règlement 2017/1001 confère au titulaire de la marque le droit d’interdire certains actes, énumérés au paragraphe 3 de cet article, qui se produisent clairement avant ou après le moment de la vente. Ladite approche serait également confortée par le fait que la fonction essentielle de la marque, qui est de garantir aux consommateurs l’identité d’origine des produits, s’étend à toutes les communications d’une marque, à l’occasion de la publicité avant la vente, au moment de la vente et aussi après la vente, lorsque le consommateur, par exemple, utilise le produit, le revoit dans une publicité, ou lorsqu’il lui est donné par une autre personne, par exemple un soignant.
79 D’autre part, la requérante soutient que, même si un niveau d’attention accru devrait être présumé au moment de l’achat d’un produit pharmaceutique, l’aspect de la sécurité du patient devrait être prioritaire dans l’appréciation globale du risque de confusion et l’emporter sur ce niveau d’attention accru. En effet, selon la requérante et l’intervenante, le niveau d’attention du consommateur moyen n’a qu’un impact limité dans cette appréciation. Il ressortirait du considérant 11 du règlement 2017/1001 que le législateur de l’Union a établi une hiérarchie des facteurs à prendre en compte dans le cadre de ladite appréciation et que le niveau d’attention du public pertinent ne figurerait pas parmi les facteurs déterminants.
80 En second lieu, la requérante et l’intervenante soutiennent que la chambre de recours n’a pas suffisamment pris en considération la circonstance que le consommateur n’a que rarement la possibilité de procéder à une comparaison directe des différentes marques, mais doit se fier à l’image imparfaite qu’il en a gardée en mémoire. L’intervenante souligne, à cet égard, que les marques pharmaceutiques sont en général fantaisistes, et donc difficiles à mémoriser.
81 La requérante en conclut que, puisque les produits en cause sont identiques et les marques en conflit similaires, compte tenu de l’aspect de la sécurité des patients, et en partant du principe susmentionné que le consommateur moyen doit, en substance, se fier à l’image imparfaite des marques qu’il a gardée en mémoire, la chambre de recours aurait dû conclure à l’existence d’un risque de confusion au sens de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001.
82 L’EUIPO conteste les arguments de la requérante et de l’intervenante.
83 En l’espèce, il y a lieu de tenir compte, dans le cadre de l’appréciation globale du risque de confusion, du grand public ayant un niveau d’attention relativement élevé (voir point 43 ci-dessus).
84 Or, en tenant compte du faible degré de similitudes visuelle et phonétique des marques en conflit, du degré normal de caractère distinctif des marques antérieures et du niveau d’attention relativement élevé du public pertinent, la chambre de recours n’a pas commis d’erreur d’appréciation en concluant à l’absence de risque de confusion au sens de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001, même pour des produits identiques, et ce nonobstant la circonstance que le consommateur moyen n’a que rarement la possibilité de procéder à une comparaison directe des différentes marques, mais doit se fier à l’image imparfaite qu’il en a gardée en mémoire.
85 En effet, il découle de la jurisprudence que, si le public pertinent n’a que rarement la possibilité de procéder à une comparaison directe entre les différentes marques, mais doit se fier à « l’image imparfaite qu’il a gardée en mémoire », un niveau d’attention accru du public pertinent peut amener à conclure qu’il ne confondra pas les marques en cause malgré l’absence de comparaison directe entre les différentes marques [voir, en ce sens, arrêts du 6 avril 2022, Biogena/EUIPO – Alter Farmacia (NUTRIFEM AGNUBALANCE), T‑370/21, non publié, EU:T:2022:215, point 108 et jurisprudence citée, et du 13 novembre 2024, Interapothek/EUIPO – Q4 Media (miababy), T‑1169/23, non publié, EU:T:2024:814, point 60 et jurisprudence citée].
86 Les arguments de l’intervenante ne sont pas de nature à remettre en question cette jurisprudence. En effet, le niveau élevé d’attention implique précisément que le consommateur s’efforce davantage de mémoriser correctement la marque en question et d’être plus vigilant dans des situations dans lesquelles un risque de confusion peut se produire.
87 L’appréciation figurant au point 84 ci-dessus n’est pas non plus remise en cause par l’argument, soulevé par la requérante et l’intervenante, selon lequel, en substance, le niveau d’attention du consommateur moyen aura un impact limité dans l’appréciation du risque de confusion.
88 Le considérant 11 du règlement 2017/1001, que la requérante et l’intervenante invoquent à cet égard, énonce que « [l]e risque de confusion, dont l’appréciation dépend de nombreux facteurs et notamment de la connaissance de la marque sur le marché, de l’association qui peut en être faite avec le signe utilisé ou enregistré, du degré de similitude entre la marque et le signe et entre les produits ou services désignés, devrait constituer la condition spécifique de la protection ». Le niveau d’attention du public pertinent n’est, certes, pas mentionné dans ce considérant. Cependant, ainsi que l’a relevé l’EUIPO, les facteurs identifiés dans ledit considérant ne sont pas énumérés de manière exhaustive, ainsi que cela ressort de l’utilisation du mot « notamment ». De plus, ce même considérant n’établit pas de hiérarchie entre les facteurs pertinents.
89 En outre, il ressort du libellé de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001 que, pour déterminer si, sur opposition du titulaire d’une marque antérieure, la marque demandée doit être refusée à l’enregistrement, il convient d’apprécier s’il existe un risque de confusion dans l’esprit du public du territoire sur lequel la marque antérieure est protégée. Or, à cette fin, il y a lieu de tenir compte du niveau d’attention de ce public.
90 L’appréciation figurant au point 84 ci-dessus n’est pas non plus remise en cause par l’argumentation de la requérante selon laquelle la chambre de recours aurait dû tenir compte de situations de confusion entre médicaments postérieures à la vente et de la sécurité des patients.
91 À cet égard, il importe de rappeler que, selon la jurisprudence, l’appréciation globale du risque de confusion dans l’esprit du public pertinent doit être effectuée objectivement et ne saurait être influencée par des considérations étrangères à l’origine commerciale du produit. Il s’ensuit que l’examen du risque de confusion au sens de cette disposition doit porter sur le risque de confusion relatif à l’origine commerciale des produits, et non sur le risque, invoqué par la requérante, de confusion entre ces produits et, s’agissant en particulier du consommateur final, sur le risque que celui-ci consomme un médicament à la place d’un autre. Ainsi, les éventuelles conséquences dommageables liées à l’utilisation non conforme d’un produit pharmaceutique, invoquées par la requérante, résultent de la confusion possible, de la part du professionnel de santé ou du consommateur, quant à l’identité ou aux caractéristiques du produit en cause, et non quant à son origine commerciale au sens du motif de refus visé à l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001 [voir, en ce sens, arrêts du 5 avril 2006, ECHINAID, T‑202/04, EU:T:2006:106, points 31 et 32 ; du 23 septembre 2009, GlaxoSmithkline e.a./OHMI – Serono Genetics Institute (FAMOXIN), T‑493/07, T‑26/08 et T‑27/08, non publié, EU:T:2009:355, point 72 et jurisprudence citée, et du 13 mai 2016, Market Watch/EUIPO – El Corte Inglés (MITOCHRON), T‑62/15, non publié, EU:T:2016:304, point 24 et jurisprudence citée].
92 Enfin, il convient de relever que, au point 57 de l’arrêt du 12 novembre 2002, Arsenal Football Club (C‑206/01, EU:C:2002:651), invoqué par la requérante à l’appui de son argumentation selon laquelle la chambre de recours aurait dû tenir compte de situations de confusion postérieures à la vente, la Cour n’a nullement formulé une règle générale dont il pourrait être inféré que, aux fins de l’appréciation du risque de confusion au sens de l’article 5, paragraphe 1, sous b), de la directive 89/104 (qui était l’équivalent de l’article 9, paragraphe 2, du règlement 2017/1001) ou de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement no 2017/1001, il n’y a pas lieu de se référer, de manière privilégiée, au degré d’attention particulièrement élevé dont font preuve les consommateurs lors de l’achat d’une certaine catégorie de produits (voir, en ce sens, arrêt du 12 janvier 2006, Ruiz-Picasso e.a./OHMI, C‑361/04 P, EU:C:2006:25, point 47).
93 Au vu de l’ensemble des considérations qui précèdent, il y a lieu de rejeter le moyen unique invoqué par la requérante au soutien de ses conclusions et, partant, le recours dans son ensemble.
Sur les dépens
94 Aux termes de l’article 134, paragraphe 1, du règlement de procédure, toute partie qui succombe est condamnée aux dépens, s’il est conclu en ce sens.
95 La requérante ayant succombé et une audience ayant eu lieu, il convient de la condamner à supporter, outre ses propres dépens, ceux exposés par l’EUIPO, conformément aux conclusions de ce dernier.
96 En outre, en vertu de l’article 138, paragraphe 3, du règlement de procédure, le Tribunal peut décider qu’un intervenant supportera ses propres dépens. En l’espèce, Marques supportera ses propres dépens.
Par ces motifs,
LE TRIBUNAL (première chambre)
déclare et arrête :
1) Le recours est rejeté.
2) Sandoz AG supportera, outre ses propres dépens, ceux de l’Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO).
3) Marques supportera ses propres dépens.
| Buttigieg | Schwarcz | Bestagno |
Ainsi prononcé en audience publique à Luxembourg, le 1er juillet 2026.
Signatures
* Langue de procédure : l’anglais.
Ordonnance du président du Tribunal du 4 août 2026.#Christoph Klein contre Commission européenne.#Référé – Clause de sauvegarde – Dispositif médical – Demande de sursis à exécution – Demande de mesures provisoires – Défaut d’urgence.#Affaire T-267/26 R.
04/08/2026
Ordonnance du président du Tribunal du 3 août 2026.#Broadcom Inc. et VMware International Unlimited Company contre Commission européenne.#Référé – Concurrence – Article 18, paragraphe 3, du règlement (CE) no 1/2003 – Demande de renseignements – Demande de sursis à exécution et de mesures provisoires – Non-lieu à statuer partiel – Défaut de fumus boni juris – Mise en balance des intérêts.#Affaire T-280/26 R.
03/08/2026
Jurisprudence CJUE — 62026TO0017
22/07/2026
Ordonnance du président du Tribunal du 22 juillet 2026.#Marek Lovás contre Parquet européen.#Référé – Rejet du recours principal – Non-lieu à statuer.#Affaire T-272/26 R.
22/07/2026