| CELEX | 62024TJ0654_RES |
| Type | Jurisprudence CJUE |
| Date | mercredi 1 juillet 2026 |
Affaire T‑654/24
Driss El Hakmaoui Attilah
contre
Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle
Arrêt du Tribunal (première chambre) du 1 juillet 2026
« Marque de l’Union européenne – Procédure de nullité – Marque de l’Union européenne figurative 4011 B552 – Cause de nullité absolue – Mauvaise foi – Article 52, paragraphe 1, sous b), du règlement (CE) no 207/2009 »
1. Marque de l’Union européenne – Renonciation, déchéance et nullité – Causes de nullité absolue – Demandeur de mauvaise foi lors du dépôt de la demande de marque – Critères d’appréciation – Prise en compte de tous les facteurs pertinents existant au moment du dépôt de la demande d’enregistrement – Connaissance de la part du demandeur de l’utilisation par un tiers d’un signe identique ou similaire – Intention du demandeur – Degré de protection juridique des signes en cause – Origine et usage du signe contesté – Logique commerciale à la base de l’enregistrement du signe contesté en tant que marque de l’Union européenne – Chronologie des événements ayant caractérisé le dépôt de la demande de marque
[Règlement du Conseil no 207/2009, art. 52, § 1, b)]
(voir points 25, 29-33, 35)
2. Marque de l’Union européenne – Renonciation, déchéance et nullité – Causes de nullité absolue – Demandeur de mauvaise foi lors du dépôt de la demande de marque – Notion de mauvaise foi – Portée
[Règlement du Conseil no 207/2009, art. 52, § 1, b)]
(voir points 26-28)
3. Marque de l’Union européenne – Renonciation, déchéance et nullité – Causes de nullité absolue – Demandeur de mauvaise foi lors du dépôt de la demande de marque – Critères d’appréciation – Prise en compte de tous les facteurs pertinents existant au moment du dépôt de la demande d’enregistrement – Degré de notoriété de la marque demandée – Profit indûment tiré de la renommée de la marque antérieure ou du nom d’une personne célèbre
[Règlement du Conseil no 207/2009, art. 52, § 1, b)]
(voir point 34)
4. Marque de l’Union européenne – Renonciation, déchéance et nullité – Causes de nullité absolue – Demandeur de mauvaise foi lors du dépôt de la demande de marque – Charge de la preuve
[Règlement du Conseil no 207/2009, art. 52, § 1, b)]
(voir points 35, 36)
5. Marque de l’Union européenne – Renonciation, déchéance et nullité – Causes de nullité absolue – Demandeur de mauvaise foi lors du dépôt de la demande de marque – Marque figurative 4011 B552
[Règlement du Conseil no 207/2009, art. 52, § 1, b)]
(voir points 43-45, 49, 51, 61, 62, 64, 67-72)
Résumé
Saisi d’un recours en annulation, qu’il rejette, le Tribunal précise la portée de la notion de « mauvaise foi », au sens de l’article 52, paragraphe 1, sous b), du règlement no 207/2009 (1). Cette clarification s’inscrit dans le cadre spécifique d’une demande en nullité de la marque contestée ayant été introduite par la personne morale au nom de laquelle cette marque a été déposée et enregistrée.
En 2012, M. Driss El Hakmaoui Attilah, le requérant, a fondé la société Grand Lion 4011, renommée par la suite Bella Tawziaa II, puis a entamé des discussions avec la société Groupe Bellakhdar, une des intervenantes, afin d’établir un partenariat
Le 21 mars 2013, le requérant a présenté, au nom de la société Bella Tawziaa II, dont il était le directeur, une demande d’enregistrement de marque de l’Union européenne pour le signe figuratif 4011 B552 (2) auprès de l’Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO).
En 2022, les intervenantes ont introduit une demande de nullité de cette marque (3) , fondée notamment sur la mauvaise foi du requérant et étayée par quatre droits antérieurs, à laquelle la division d’annulation a fait droit.
Le requérant a formé un recours contre cette décision devant la chambre de recours de l’EUIPO, qui l’a toutefois rejeté en confirmant la décision de la division d’annulation. En se fondant sur l’existence d’une relation commerciale étroite entre le requérant et les intervenantes au moment du dépôt de la demande d’enregistrement, ainsi que sur la similitude entre la marque contestée et les droits antérieurs pour des produits similaires ou identiques, elle a conclu que le requérant était de mauvaise foi au moment de la demande d’enregistrement et qu’il avait une intention déloyale en ce qu’il cherchait, en réalité, à exploiter de manière parasitaire les droits antérieurs.
C’est dans ce contexte que le Tribunal a été saisi d’une demande d’annulation de la décision de la chambre de recours.
Appréciation du Tribunal
En premier lieu, après avoir rappelé la jurisprudence relative à la cause de nullité absolue visée à l’article 52, paragraphe 1, sous b), du règlement no 207/2009, le Tribunal relève, à l’instar de la chambre de recours de l’EUIPO, qu’il existait une relation commerciale entre les parties au moment du dépôt de la demande d’enregistrement de la marque contestée.
En effet, il constate que le requérant a fondé sa société en 2012 sous l’appellation Grand Lion 4011, puis qu’il a entamé des discussions avec une personne liée au Groupe Bellakhdar, dans l’intention d’établir un partenariat entre les deux sociétés. Dans ce cadre, la raison sociale de la société du requérant a été modifiée pour devenir Bella Tawziaa II en septembre 2012, et son capital a été augmenté avec l’entrée de cette personne liée au Groupe Bellakhdar comme associée aux côtés du requérant en octobre 2012.
Dès lors, le Tribunal estime que l’existence d’une telle relation commerciale entre les parties au moment du dépôt de la demande d’enregistrement de la marque contestée, à savoir le 21 mars 2013, indique que le requérant avait connaissance de l’usage des droits antérieurs à ce moment.
En second lieu, le Tribunal examine l’existence d’une intention déloyale de la part du requérant. Tout d’abord, il se prononce sur l’argument du requérant selon lequel le législateur de l’Union n’a en aucun cas voulu viser une situation dans laquelle la personne morale ayant déposé une demande d’enregistrement d’une marque puisse ensuite introduire une procédure de nullité de cette même marque.
À cet égard, il considère que le fait que la personne morale au nom de laquelle la marque a été déposée devienne ultérieurement demanderesse en nullité n’est pas de nature à exclure l’application de l’article 52, paragraphe 1, sous b), du règlement no 207/2009, dès lors que cette disposition vise à protéger l’intérêt général et peut être invoquée par toute personne physique ou morale. En effet, la notion de « mauvaise foi » visée à ladite disposition n’ayant pas été définie par le législateur de l’Union, rien ne s’oppose à ce qu’elle s’applique dès lors qu’il ressort d’indices pertinents et concordants que le titulaire de la marque contestée a agi avec une intention déloyale lors du dépôt.
Ainsi, le fait que le requérant a déposé cette marque au nom d’une société dont il était alors l’administrateur principal et que cette société, sous une autre direction et après son départ, a ultérieurement introduit une demande en nullité de la marque est sans incidence sur l’intention du requérant au moment du dépôt de la demande d’enregistrement.
Ensuite, le Tribunal rappelle qu’il est possible de tenir compte de faits postérieurs à la demande d’enregistrement de la marque contestée, ceux-ci pouvant être susceptibles de confirmer l’intention malhonnête du requérant à cette date.
Le Tribunal indique, d’une part, qu’un certain degré de notoriété ou de renommée des droits antérieurs existait au Maroc pour des produits à base de thé, les éléments de preuve produits par les intervenantes montrant notamment que deux de ces droits antérieurs ont été utilisés essentiellement dans ce pays entre 2012 et 2017. Si les intervenantes n’étaient pas tenues d’établir une telle renommée au Maroc, celle-ci peut être prise en considération aux fins de l’appréciation de la mauvaise foi.
D’autre part, il note que, postérieurement à la date du dépôt de la demande, le requérant a, premièrement, nommé sa sœur comme unique directrice après lui avoir cédé ses parts, puis celle-ci lui a accordé une procuration générale en vertu de laquelle il agissait en qualité de mandataire autorisé. Deuxièmement, il a obtenu l’inscription à son profit de la cession de trois marques de l’Union européenne dont cette société était titulaire. Troisièmement, il a cédé ces marques à un tiers et a demandé la cession totale en sa faveur de la marque contestée. Par conséquent, ces faits postérieurs à la demande d’enregistrement démontrent, selon le Tribunal, que le requérant a déposé la marque contestée dans le but de se l’approprier par la suite.
Enfin, le Tribunal souligne que les marques en conflit sont similaires par le concept du lion qu’elles ont en commun. Au regard de la connaissance que le requérant avait des droits antérieurs, cette ressemblance ne saurait être le simple fruit du hasard. En effet, bien que le requérant fût libre de commercialiser d’autres produits, cela ne lui donnait pas le pouvoir de déposer des marques comportant des éléments susceptibles d’être associés aux marques antérieures. Il aurait pu demander l’enregistrement d’une marque associée ou représentant un autre animal.
Eu égard à ce qui précède, le Tribunal conclut que la chambre de recours a considéré à bon droit que le requérant était de mauvaise foi lors du dépôt de la demande d’enregistrement de la marque contestée, et, partant, il rejette le recours.
1 Règlement (CE) no 207/2009 du Conseil, du 26 février 2009, sur la marque communautaire (JO 2009, L 78, p. 1).
2 Les produits couverts par la marque relevaient de la classe 30 au sens de l’arrangement de Nice concernant la classification internationale des produits et des services aux fins de l’enregistrement des marques, du 15 juin 1957, tel que révisé et modifié.
3 Sur le fondement de l’article 59, paragraphe 1, sous b), du règlement (UE) 2017/1001 du Parlement européen et du Conseil, du 14 juin 2017, sur la marque de l’Union européenne (JO 2017, L 154, p. 1). Au regard de la date d’introduction de la demande d’enregistrement de la marque contestée, c’est l’article 52, paragraphe 1, sous b), du règlement no 207/2009 qui s’applique dans le cas d’espèce.
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