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Jurisprudence CJUE62024TJ0661

Jurisprudence CJUE — 62024TJ0661

CELEX62024TJ0661
TypeJurisprudence CJUE
Datemercredi 15 juillet 2026

Texte intégral

ARRÊT DU TRIBUNAL (troisième chambre)

15 juillet 2026 (*)

« Responsabilité non contractuelle de l’Union – FEAGA et Feader – Arrêt annulant une décision de la Commission écartant du financement de l’Union certaines dépenses effectuées par les États membres au titre du FEAGA et du Feader – Remboursement par la Commission de la somme indûment perçue – Refus de la Commission de verser des intérêts sur le trop-perçu – Obligation de verser des intérêts – Indemnisation forfaitaire de la privation de la jouissance de la somme indûment payée à la Commission – Article 266 TFUE – Violation suffisamment caractérisée d’une règle de droit conférant des droits aux particuliers »

Dans l’affaire T‑661/24,

République tchèque, représentée par M. J. Vláčil, Mmes J. Očková et J. Benešová, en qualité d’agents,

partie requérante,

contre

Commission européenne, représentée par MM. P. Rossi, J. Hradil et Mme M. Salyková, en qualité d’agents,

partie défenderesse,

LE TRIBUNAL (troisième chambre),

composé de Mme K. Kowalik‑Bańczyk, présidente, M. H. Cassagnabère et Mme T. Pavelin (rapporteure), juges,

greffier : M. J. Čuboň, administrateur,

vu la phase écrite de la procédure,

à la suite de l’audience du 5 février 2026,

rend le présent

Arrêt

1 Par son recours fondé sur l’article 268 TFUE, la République tchèque demande, en substance, réparation du préjudice qu’elle aurait subi du fait de l’absence de paiement par la Commission européenne des intérêts qui auraient été dus à la suite de l’annulation, par l’arrêt du 19 décembre 2019, République tchèque/Commission (T‑509/18, EU:T:2019:876), de la décision d’exécution (UE) 2018/873 de la Commission, du 13 juin 2018, écartant du financement de l’Union européenne certaines dépenses effectuées par les États membres au titre du Fonds européen agricole de garantie (FEAGA) et du Fonds européen agricole pour le développement rural (Feader) (JO 2018, L 152, p. 29), lui imposant une correction financière dans le cadre du Feader.

Antécédents du litige

2 La Commission a adopté, le 13 juin 2018, la décision d’exécution 2018/873. Dans cette décision, elle a considéré que certaines dépenses effectuées par la République tchèque au titre du Feader l’avaient été en violation du droit de l’Union européenne et ne pouvaient être financées au titre du Feader, en raison d’une faiblesse identifiée dans le système de gestion et de contrôle national. En conséquence, elle a fait application d’une correction financière forfaitaire de 5 %, pour un montant de 151 116,65 euros (ci-après la « correction financière litigieuse »).

3 Le 10 août 2018, la Commission a mis en œuvre la décision d’exécution 2018/873 en imputant les sommes à recouvrer au titre des corrections financières sur le versement du paiement intermédiaire du deuxième trimestre de 2018.

4 Par arrêt du 19 décembre 2019, République tchèque/Commission (T‑509/18, EU:T:2019:876), le Tribunal a accueilli le recours introduit par la République tchèque à l’encontre de la décision d’exécution 2018/873 et a annulé ladite décision en ce qu’elle a écarté du financement de l’Union les paiements effectués en 2016 par la République tchèque au titre du Feader pour un montant de 151 116,65 euros.

5 Le 16 juin 2020, la Commission a adopté la décision d’exécution (UE) 2020/859, écartant du financement de l’Union européenne certaines dépenses effectuées par les États membres au titre du FEAGA et du Feader (JO 2020, L 195, p. 59), par laquelle elle a acté le remboursement de la somme de 151 116,65 euros, en application de l’arrêt du 19 décembre 2019, République tchèque/Commission (T‑509/18, EU:T:2019:876), sans l’assortir du versement d’intérêts.

6 Le 27 octobre 2020, la Commission a procédé au remboursement de la somme de 151 116,65 euros en faveur de la République tchèque.

7 Par lettre du 26 novembre 2024, la République tchèque a demandé à la Commission de lui verser des intérêts pour la période comprise entre le 10 août 2018, date à laquelle la correction financière litigieuse a été mise en œuvre, et le 27 octobre 2020, date à laquelle la Commission a procédé au remboursement des sommes faisant l’objet de cette correction financière. Les intérêts dont le paiement était réclamé par la République tchèque s’élevaient à au moins 11 722,93 euros et correspondaient à l’application d’un taux d’intérêt de 3,5 % à la somme de 151 116,65 euros qui lui avait été remboursée par la Commission. Le taux d’intérêt demandé correspondait au taux appliqué par la Banque centrale européenne (BCE) à ses opérations principales de refinancement entre le 10 août 2018 et le 27 octobre 2020, majoré de trois points et demi de pourcentage.

Conclusions des parties

8 La République tchèque conclut, en substance, à ce qu’il plaise au Tribunal :

– condamner la Commission à lui payer une indemnité d’un montant de 11 722,93 euros pour le préjudice qu’elle aurait subi du fait du refus par la Commission de lui verser des intérêts sur la somme de 151 116,65 euros pour la période allant du 10 août 2018 au 27 octobre 2020 ;

– condamner la Commission à verser des intérêts moratoires sur cette indemnité, à compter du prononcé de l’arrêt à intervenir et jusqu’au complet paiement, au taux appliqué par la BCE à ses opérations principales de refinancement, majoré de trois points et demi de pourcentage ;

– condamner la Commission aux dépens.

9 La Commission conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :

– rejeter le recours ;

– à titre subsidiaire, dans l’hypothèse où le Tribunal jugerait que les conditions d’engagement de sa responsabilité non contractuelle sont réunies en l’espèce, appliquer le taux des intérêts compensatoires prévu à l’article 109 du règlement (UE, Euratom) 2018/1046 du Parlement européen et du Conseil, du 18 juillet 2018, relatif aux règles financières applicables au budget général de l’Union, modifiant les règlements (UE) no 1296/2013, (UE) no 1301/2013, (UE) no 1303/2013, (UE) no 1304/2013, (UE) no 1309/2013, (UE) no 1316/2013, (UE) no 223/2014, (UE) no 283/2014 et la décision no 541/2014/UE, et abrogeant le règlement (UE, Euratom) no 966/2012 (JO 2018, L 193, p. 1) ;

– condamner la République tchèque aux dépens.

En droit

Sur la réunion des conditions d’engagement de la responsabilité non contractuelle

10 En substance, au soutien de son recours indemnitaire, la République tchèque se prévaut de l’arrêt du 11 juin 2024, Commission/Deutsche Telekom (C‑221/22 P, EU:C:2024:488) pour faire valoir que l’article 266, premier alinéa, TFUE exige que, à la suite de l’annulation d’une décision de la Commission imposant une correction financière dans le cadre du Feader, la restitution à l’État membre du montant de la correction soit assortie d’intérêts. Selon la République tchèque, le paiement d’intérêts constitue une mesure que comporte l’exécution de l’arrêt d’annulation d’une décision portant correction financière, destinée à indemniser forfaitairement la privation de jouissance des sommes faisant l’objet de la correction financière. Elle soutient que des intérêts doivent être versés pour toute la période allant de la date du paiement indu jusqu’à sa restitution à l’État membre.

11 La République tchèque fait valoir que le refus de la Commission de verser des intérêts constitue une violation suffisamment caractérisée de l’article 266, premier alinéa, TFUE permettant d’engager la responsabilité non contractuelle de l’Union.

12 En réponse aux arguments de la Commission, la République tchèque soutient principalement qu’une décision portant une correction financière prive l’État membre de la jouissance des sommes faisant l’objet de ladite correction et ajoute que le financement des dépenses exclues au titre d’une telle correction financière doit être compensé sur le propre budget de l’État membre.

13 En particulier, la République tchèque allègue qu’il est incorrect de considérer que les sommes mises à disposition par la Commission à titre de préfinancement permettaient de compenser l’indisponibilité des sommes remboursées à la Commission à la suite d’une décision imposant une correction financière. Elle souligne à cet égard que l’objet d’une correction financière est précisément d’exclure certaines dépenses du financement de l’Union. Ainsi, tant qu’une décision de la Commission imposant une telle correction financière n’est pas annulée, l’État membre ne pourrait utiliser aucun financement de l’Union pour financer la dépense exclue.

14 La République tchèque ajoute que, dans la pratique, lorsque la Commission décide d’exclure certaines sommes du financement de l’Union, l’État membre est obligé de couvrir ce déficit sur son propre budget. Elle précise que, dans le cas d’espèce, les sommes exclues avaient déjà été versées auprès des agriculteurs et ne devaient pas être remboursées par les bénéficiaires en question.

15 En outre, la circonstance selon laquelle une décision de correction financière relève du régime de la gestion partagée entre la Commission et l’État membre ne serait pas pertinente. Des intérêts pourraient être versés dès lors que la décision de procéder à des corrections financières serait un acte d’autorité de la Commission par lequel celle-ci a le pouvoir de contraindre l’État membre de rembourser certains fonds.

16 La République tchèque précise que les conditions relatives à l’existence d’un dommage et d’un lien de causalité sont également réunies. Elle fait valoir que le dommage subi consisterait en l’absence de versement d’intérêts pour toute la période allant de la date du paiement de la somme indûment perçue jusqu’à son remboursement.

17 La Commission conteste les arguments de la République tchèque.

Observations liminaires

18 Dans le système de contrôle juridictionnel prévu par les traités, l’obligation qui résulte de l’article 266, premier alinéa, TFUE peut être mise en œuvre par la voie du recours en annulation visé à l’article 263 TFUE ou par la voie du recours en carence visé à l’article 265 TFUE, le justiciable pouvant également saisir le juge de l’Union d’un recours en responsabilité non contractuelle au titre de l’article 268 et de l’article 340, deuxième alinéa, TFUE (voir ordonnance du 22 décembre 2022, British Airways/Commission, T‑480/21, non publiée, EU:T:2022:863, point 37 et jurisprudence citée).

19 L’article 340, deuxième alinéa, TFUE prévoit que, en matière de responsabilité non contractuelle, l’Union doit réparer, conformément aux principes généraux communs aux droits des États membres, les dommages causés par ses institutions ou par ses agents dans l’exercice de leurs fonctions.

20 Selon une jurisprudence constante, l’engagement de la responsabilité non contractuelle de l’Union est subordonné à la réunion de trois conditions, à savoir l’existence d’une violation suffisamment caractérisée d’une règle de droit ayant pour objet de conférer des droits aux particuliers, la réalité du dommage et l’existence d’un lien de causalité entre la violation de l’obligation qui incombe à l’auteur de l’acte et le dommage subi par les personnes lésées (voir arrêt du 10 septembre 2019, HTTS/Conseil, C‑123/18 P, EU:C:2019:694, point 32 et jurisprudence citée).

21 Dès lors que l’une des conditions mentionnées au point 20 ci-dessus n’est pas remplie, le recours doit être rejeté dans son ensemble sans qu’il soit nécessaire d’examiner les autres conditions de la responsabilité non contractuelle de l’Union. En outre, le juge de l’Union n’est pas tenu d’examiner ces conditions dans un ordre déterminé (voir arrêt du 5 septembre 2019, Union européenne/Guardian Europe et Guardian Europe/Union européenne, C‑447/17 P et C‑479/17 P, EU:C:2019:672, point 148 et jurisprudence citée).

Sur l’existence d’une violation suffisamment caractérisée

22 Il ressort de l’article 266, premier alinéa, TFUE que l’institution dont émane l’acte annulé doit prendre les mesures que comporte l’exécution de l’arrêt déclarant cet acte nul et non avenu avec effet ex tunc (arrêt du 11 juin 2024, Commission/Deutsche Telekom, C‑221/22 P, EU:C:2024:488, point 51).

23 L’obligation, au titre de l’article 266, premier alinéa, TFUE, de prendre les mesures nécessaires pour anéantir les effets des illégalités constatées peut comporter, dans le cas d’un acte qui a déjà été exécuté, une remise de la partie requérante dans la situation dans laquelle elle se trouvait antérieurement à cet acte (arrêt du 10 octobre 2001, Corus UK/Commission, T‑171/99, EU:T:2001:249, point 50).

24 Ainsi qu’il ressort du point 52 de l’arrêt du 11 juin 2024, Commission/Deutsche Telekom (C‑221/22 P, EU:C:2024:488), et de la jurisprudence qui y est citée, le versement d’intérêts constitue une mesure d’exécution d’un arrêt d’annulation devant être adoptée par la Commission, au sens de l’article 266, premier alinéa, TFUE, en ce qu’il vise à indemniser forfaitairement la privation de jouissance d’une créance.

25 De surcroît, l’obligation de restituer des sommes d’argent perçues en violation du droit de l’Union, par une autorité nationale, une institution, un organe ou un organisme de l’Union, et de majorer cette restitution d’intérêts couvrant toute la période allant de la date de paiement de ces sommes d’argent à la date de leur restitution constitue l’expression d’un principe général de répétition de l’indu (arrêt du 11 juin 2024, Commission/Deutsche Telekom, C‑221/22 P, EU:C:2024:488, point 56).

26 Ainsi qu’il ressort du point 62 de l’arrêt du 11 juin 2024, Commission/Deutsche Telekom (C‑221/22 P, EU:C:2024:488), et, en substance, des points 103 et 104 de l’arrêt du 20 janvier 2021, Commission/Printeos (C‑301/19 P, EU:C:2021:39), lorsqu’une institution, un organe ou un organisme de l’Union est obligé, en vertu de l’article 266, premier alinéa, TFUE, d’assortir d’intérêts le remboursement d’une somme d’argent déterminée, il ne dispose d’aucune marge d’appréciation quant à l’opportunité de verser ces intérêts, de sorte que la simple infraction au droit de l’Union consistant dans le refus de payer lesdits intérêts suffit à établir l’existence d’une violation suffisamment caractérisée de ce droit, susceptible d’engager la responsabilité non contractuelle de l’Union.

27 Enfin, les intérêts devant être versés au titre de l’article 266, premier alinéa, TFUE afin d’indemniser la privation de jouissance revêtent un caractère « forfaitaire », de sorte que l’institution, l’organe ou l’organisme de l’Union ne saurait échapper à cette obligation au motif que la partie requérante n’a pas suffisamment prouvé l’existence d’un préjudice (arrêt du 11 juin 2024, Commission/Deutsche Telekom, C‑221/22 P, EU:C:2024:488, point 62).

28 En l’espèce, par l’arrêt du 19 décembre 2019, République tchèque/Commission (T‑509/18, EU:T:2019:876), le Tribunal a annulé la décision d’exécution 2018/873 par laquelle la Commission a imposé, en application de l’article 52, paragraphe 1, du règlement (UE) no 1306/2013 du Parlement européen et du Conseil, du 17 décembre 2013, relatif au financement, à la gestion et au suivi de la politique agricole commune et abrogeant les règlements (CEE) no 352/78, (CE) no 165/94, (CE) no 2799/98, (CE) no 814/2000, (CE) no 1290/2005 et (CE) no 485/2008 du Conseil (JO 2013, L 347, p. 549), la correction financière litigieuse, excluant la somme de 151 116,65 euros du financement versé à la République tchèque au titre du Feader.

29 Il convient, d’abord, d’examiner le cadre juridique dans lequel s’inscrit une correction financière imposée sur le fondement de l’article 52, paragraphe 1, du règlement no 1306/2013, avant d’analyser s’il existait une obligation, pour la Commission, de verser des intérêts à la République tchèque, à la suite de l’annulation de la décision imposant la correction financière litigieuse.

– Sur le cadre juridique dans lequel s’inscrit une correction financière imposée sur le fondement de l’article 52, paragraphe 1, du règlement no 1306/2013

30 Premièrement, il y a lieu de relever que, conformément à l’article 3, paragraphe 2, du règlement no 1306/2013, le Feader relève du budget général de l’Union. Ainsi que cela est énoncé à l’article 5 dudit règlement, le Feader finance la contribution financière de l’Union aux programmes de développement rural mis en œuvre conformément au droit de l’Union concernant le soutien au développement rural.

31 Deuxièmement, il convient de souligner que, en application de l’article 5 du règlement no 1306/2013 ainsi que de l’article 4, paragraphe 7, du règlement (UE) no 1303/2013 du Parlement européen et du Conseil, du 17 décembre 2013, portant dispositions communes relatives au Fonds européen de développement régional, au Fonds social européen, au Fonds de cohésion, au Feader et au Fonds européen pour les affaires maritimes et la pêche, portant dispositions générales applicables au Fonds européen de développement régional, au Fonds social européen, au Fonds de cohésion et au Fonds européen pour les affaires maritimes et la pêche, et abrogeant le règlement (CE) no 1083/2006 du Conseil (JO 2013, L 347, p. 320), le Feader est mis en œuvre en gestion partagée entre les États membres et l’Union. Conformément à l’article 317 TFUE, dans le cadre de la gestion partagée, la Commission exécute le budget en coopération avec les États membres, sous sa propre responsabilité et dans la limite des crédits alloués. Les États membres coopèrent avec la Commission pour faire en sorte que les crédits soient utilisés conformément aux principes de la bonne gestion financière.

32 L’article 63, paragraphe 1, du règlement 2018/1046 précise, à cet égard, que, lorsque la Commission exécute le budget en gestion partagée, les tâches liées à l’exécution budgétaire sont déléguées aux États membres.

33 Ainsi qu’il résulte des articles 6 à 10 du règlement (UE) no 1305/2013 du Parlement européen et du Conseil, du 17 décembre 2013, relatif au soutien au développement rural par le Fonds européen agricole pour le développement rural (Feader) et abrogeant le règlement (CE) no 1698/2005 du Conseil (JO 2013, L 347, p. 487), l’exécution budgétaire du Feader par les États membres s’inscrit dans le cadre de programmes de développement rural, soumis, par chaque État membre, pour approbation par la Commission.

34 Dans le cadre de la mise en œuvre de ces programmes de développement rural, conformément à l’article 49 du règlement no 1305/2013, la sélection des opérations financées au titre du Feader est gérée au niveau des États membres. L’article 7 du règlement no 1306/2013 prévoit également que la gestion et le contrôle des dépenses du Feader, y compris le paiement desdites dépenses, sont effectués au niveau des États membres. En particulier, ainsi qu’il ressort de l’article 7, paragraphe 1, du règlement no 1306/2013, de l’article 36, paragraphes 1 et 2 dudit règlement et de l’article 22 du règlement d’exécution (UE) no 908/2014, de la Commission, du 6 août 2014, portant modalités d’application du règlement no 1306/2013 en ce qui concerne les organismes payeurs et autres entités, la gestion financière, l’apurement des comptes, les règles relatives aux contrôles, les garanties et la transparence (JO 2014, L 255, p. 59), les paiements aux bénéficiaires sont effectués par les États membres, puis remboursés, trimestriellement, par la Commission surla base d’une déclaration des dépenses.

35 Enfin, il convient de souligner que, conformément à l’article 34 du règlement no 1306/2013, les crédits nécessaires au financement des dépenses du Feader sont mis à la disposition des États membres sous forme d’un préfinancement, de paiements intermédiaires et du paiement d’un solde.

36 Tout d’abord, conformément à l’article 35, paragraphe 1, du règlement no 1306/2013 et à l’article 81, paragraphe 1, du règlement no 1303/2013, après l’approbation d’un programme de développement rural, la Commission verse le préfinancement initial pour l’ensemble de la période de programmation. Conformément à l’article 35, paragraphe 3, du règlement no 1306/2013, les intérêts produits par le préfinancement sont affectés au programme de développement rural et sont déduits du montant des dépenses publiques figurant dans la déclaration finale de dépenses, à la clôture du programme. En outre, conformément à l’article 35, paragraphe 4, du règlement no 1306/2013, le montant versé au titre du préfinancement est apuré avant la clôture du programme de développement rural.

37 L’article 81, paragraphe 2, du règlement no 1303/2013 précise que le préfinancement initial est uniquement utilisé pour des paiements effectués au profit de bénéficiaires lors de la mise en œuvre du programme. Il est mis sans délai à la disposition de l’organisme responsable à cette fin.

38 Ainsi qu’il ressort du considérant 70 du règlement no 1303/2013 et du considérant 25 du règlement no 1306/2013, le préfinancement est précisément versé aux États membres afin que ceux-ci disposent des fonds de l’Union dès la mise en œuvre du programme de développement rural. La mise en place d’un préfinancement vise à assurer un flux régulier permettant d’effectuer de manière appropriée les paiements aux bénéficiaires.

39 Ensuite, des paiements intermédiaires sont versés trimestriellement conformément à l’article 36 du règlement no 1306/2013, en remboursement des dépenses effectivement effectuées par les organismes payeurs de l’État membre au titre du Feader.

40 Enfin, l’article 37 du règlement no 1306/2013 prévoit que le paiement du solde est effectué à la clôture du programme.

41 Troisièmement, l’article 52, paragraphe 1, du règlement no 1306/2013 prévoit que, lorsque des dépenses relevant du Feader n’ont pas été effectuées conformément au droit de l’Union, la Commission procède à des corrections financières en adoptant des actes d’exécution déterminant les montants à exclure du financement de l’Union. Conformément à l’article 85, paragraphe 1, du règlement no 1303/2013, lorsque la Commission procède à une telle correction financière, elle annule tout ou partie de la contribution de l’Union à un programme de développement rural et procède au recouvrement auprès de l’État membre afin d’exclure du financement de l’Union les dépenses déjà effectuées contraires au droit applicable.

42 Conformément à l’article 34, paragraphe 8, deuxième alinéa, du règlement no 908/2014, lorsqu’une décision imposant une correction financière est adoptée en vertu de l’article 52 du règlement no 1306/2013, les montants à déduire du financement de l’Union sont soustraits par la Commission du paiement pour lequel une déclaration de dépenses est présentée par l’État membre après l’adoption de ladite décision.

43 Par ailleurs, il y a également lieu de relever que, selon l’article 54 du règlement no 1306/2013, les États membres ont, sauf dérogations prévues à cet article, l’obligation d’exiger auprès des bénéficiaires un recouvrement des paiements indus résultant d’irrégularités ou de négligences. Selon l’article 56 dudit règlement, les montants retirés du financement de l’Union au titre du Feader et les montants recouvrés ainsi que les intérêts y afférents sont réaffectés au programme concerné. Toutefois, les fonds de l’Union supprimés ou récupérés ne peuvent être réutilisés par l’État membre que pour une opération prévue dans le même programme de développement rural, et sous réserve que ces fonds ne soient pas réaffectés aux opérations ayant fait l’objet d’un redressement financier. Après la clôture d’un programme de développement rural, l’État membre reverse les montants recouvrés au budget de l’Union.

– Sur l’obligation d’assortir le remboursement d’une correction financière d’intérêts

44 C’est à la lumière du cadre juridique exposé aux points 30 à 43 ci-dessus qu’il convient d’examiner si, ainsi que le soutient la République tchèque, l’obligation automatique et inconditionnelle de verser des intérêts, en application de l’article 266, premier alinéa, TFUE, telle qu’elle résulte de la jurisprudence exposée aux points 23 à 27 ci-dessus, s’impose à la Commission dans le cas spécifique de l’annulation d’une décision imposant une correction financière au titre du Feader.

45 En premier lieu, il importe de relever que l’obligation de verser des intérêts, telle que dégagée par la jurisprudence exposée aux points 23 à 27 ci-dessus, et notamment par l’arrêt du 11 juin 2024, Commission/Deutsche Telekom (C‑221/22 P, EU:C:2024:488), l’a été dans le contexte, distinct du cas d’espèce, où une somme avait été indûment perçue auprès d’un administré. En effet, ainsi qu’il résulte des points 53 à 56 de l’arrêt du 11 juin 2024, Commission/Deutsche Telekom (C‑221/22 P, EU:C:2024:488), l’obligation d’assortir le remboursement d’une somme d’intérêts, telle que dégagée par la jurisprudence, concerne la situation d’un « administré » qui a indûment acquitté une somme au titre d’une amende, d’une sanction, d’une astreinte, d’une taxe, d’un impôt ou d’un autre paiement auprès d’une institution de l’Union ou des autorités d’un État membre. Ces considérations concernent ainsi le droit d’un administré à obtenir le versement d’intérêts visant à compenser l’indisponibilité d’une somme indûment perçue par l’administration.

46 Or, ainsi qu’il découle des considérations exposées aux points 30 à 34 ci-dessus, dans le cadre de la gestion partagée, l’exécution du budget de l’Union alloué au Feader et la mise en œuvre de ce fond de l’Union sont déléguées aux États membres, qui ne sauraient donc être assimilés à des administrés.

47 De plus, ainsi qu’il résulte des considérations exposées aux points 30 à 34 ci-dessus, les États membres ne sont pas les bénéficiaires des dépenses du Feader. En effet, les États membres sont chargés, au titre de la gestion partagée, de la gestion et de la mise en œuvre des fonds de l’Union. En conséquence, ainsi que le fait valoir à juste titre la Commission, lorsqu’un État membre doit rembourser des montants au titre d’une correction financière, celui-ci rembourse des fonds de l’Union mis à sa disposition aux fins de la gestion du Feader.

48 Au regard de ces éléments, force est donc de constater que, contrairement à ce que soutient la République tchèque, la situation dans le cas d’espèce est différente des situations visées aux points 53 à 56 de l’arrêt du 11 juin 2024, Commission/Deutsche Telekom (C‑221/22 P, EU:C:2024:488). Les considérations qui y sont exposées ne tiennent pas compte de la nature de la relation entre les États membres et la Commission, ni des spécificités liées à la gestion partagée, ni du fait que les États membres mettent à disposition, de manière déléguée, les fonds de l’Union. Ces considérations ne sont donc pas directement applicables dans le contexte de l’annulation d’une décision imposant une correction financière à un État membre.

49 En second lieu, il importe de relever que l’automaticité et l’inconditionnalité de l’obligation de verser des intérêts, telle que dégagée par la jurisprudence exposée aux points 24 à 27 ci-dessus, repose implicitement, mais nécessairement, sur la prémisse selon laquelle, à la suite de l’annulation d’une décision imposant un paiement à une institution, le destinataire de cette décision subit un dommage réel et certain du fait de la privation de jouissance de la somme devant lui être remboursée.

50 Or, ainsi qu’il ressort des considérations exposées aux points 35 à 43 ci-dessus, une correction financière telle que la correction financière litigieuse s’inscrit dans un ensemble complexe de flux financiers s’étalant sur toute la durée de la mise en œuvre du programme de développement rural. À la différence des situations visées aux points 52, 55 et 56 de l’arrêt du 11 juin 2024, Commission/Deutsche Telekom (C‑221/22 P, EU:C:2024:488), il n’est, dans ce contexte, pas certain que l’annulation d’une décision portant une correction financière implique automatiquement une privation de jouissance pour l’État membre de la somme faisant l’objet de la correction financière.

51 Premièrement, ainsi qu’il ressort des points 35 et 38 ci-dessus, les États membres ont à leur disposition un préfinancement pour effectuer les dépenses du Feader, y compris celles qui font par la suite l’objet d’une correction financière. En conséquence, les États membres ne sont, en principe, pas tenus de mobiliser leurs propres ressources financières pour effectuer les dépenses du Feader.

52 En effet, ainsi que la Commission l’a exposé dans ses écritures, la mise à la disposition de l’État membre de crédits supplémentaires, au moyen des paiements intermédiaires, permet de réapprovisionner le fond de trésorerie initialement constitué par le montant versé au titre du préfinancement. Cela rend le montant initialement versé au titre du préfinancement disponible pour financer, au moyen des fonds mis à disposition par l’Union, les nouvelles dépenses du Feader effectuées par l’État membre, sans que celui-ci soit en principe obligé de mobiliser effectivement ses propres ressources financières pour y faire face.

53 Deuxièmement, une correction financière n’implique pas nécessairement que l’État membre doive procéder à un versement à la Commission directement à partir de ses ressources nationales. En effet, ainsi que cela est exposé au point 42 ci-dessus, conformément à l’article 34, paragraphe 8, deuxième alinéa, du règlement no 908/2014, le montant de la correction financière est déduit des paiements intermédiaires ou du paiement du solde effectués par la Commission en remboursement d’autres dépenses effectuées par l’État membre dans le cadre du programme de développement rural.

54 Dès lors, lorsque le montant d’une correction financière est déduit du montant d’un paiement intermédiaire, le fonds de trésorerie, initialement constitué par le préfinancement, qui est réellement à la disposition de l’État membre pour financer les futures dépenses du Feader, est réduit à concurrence du montant de ladite correction.

55 À cet égard, il y a lieu de relever que la seule diminution du montant du préfinancement effectivement disponible pour financer les dépenses du Feader ne saurait, en tant que telle, être assimilée à une privation de jouissance pour l’État membre d’une partie de ses ressources nationales.

56 En effet, d’une part, ainsi que la Commission et la République tchèque l’ont confirmé lors de l’audience, il découle de l’article 35, paragraphe 3, du règlement no 1306/2013 que la somme versée au titre du préfinancement n’est pas destinée à générer des intérêts au bénéfice des États membres. D’autre part, conformément à l’article 35, paragraphe 4, du règlement no 1306/2013, le montant versé au titre du préfinancement est en tout état de cause apuré avant la clôture du programme de développement rural. Ladite procédure d’apurement consiste à imputer les dépenses déclarées par l’État membre sur le montant mis à disposition au titre du préfinancement au lieu de procéder à un remboursement au moyen d’un paiement intermédiaire ou du paiement du solde. Ce n’est ainsi qu’à la clôture du programme que la Commission recouvre le solde du préfinancement auprès de l’État membre, si le montant versé au titre du préfinancement n’est pas épuisé.

57 Troisièmement, ainsi que cela est exposé au point 43 ci-dessus, les États membres ont, en principe, l’obligation d’exiger auprès des bénéficiaires un recouvrement des paiements indus résultant d’irrégularités ou de négligences imputables auxdits bénéficiaires. Dans le cas où les montants faisant l’objet d’une correction financière imposée par la Commission à un État membre sont recouvrés par l’État membre auprès du bénéficiaire, l’imposition de la correction financière ne peut, en tout état de cause, avoir pour conséquence une privation de jouissance, pour l’État membre, d’une partie de ses ressources financières nationales.

58 Par conséquent, compte tenu de l’absence de certitude quant à l’incidence d’une correction financière sur les ressources nationales de l’État membre, il ne saurait ressortir de l’arrêt du 11 juin 2024, Commission/Deutsche Telekom (C‑221/22 P, EU:C:2024:488), que la Commission serait soumise à une obligation de principe, absolue et inconditionnelle, telle que dégagée dans cet arrêt, de verser automatiquement des intérêts en exécution d’un arrêt annulant une décision imposant une correction financière au titre du Feader.

59 Une telle conclusion n’est pas remise en cause par les arguments de la République tchèque.

60 En effet, contrairement à ce que soutient la République tchèque, la circonstance selon laquelle il existe des cas isolés dans lesquels la Commission a, de son propre chef, assorti d’intérêts le remboursement de corrections financières n’est pas de nature à établir qu’une telle obligation s’impose de manière automatique et inconditionnelle à la Commission en vertu de l’article 266, premier alinéa, TFUE, dès qu’une décision imposant une correction financière est annulée.

61 En outre, contrairement à ce que soutient la République tchèque, la circonstance selon laquelle une décision appliquant une correction financière s’impose à l’État membre concerné ne suffit pas à considérer que des intérêts doivent être versés en cas d’annulation de cette décision. En effet, admettre une telle argumentation ne tiendrait pas compte du fait que des intérêts doivent être versés en application de l’article 266, premier alinéa, TFUE, seulement en ce qu’ils visent à compenser la privation de jouissance de la somme devant être remboursée.

– Sur l’absence d’obligation de verser des intérêts en l’espèce

62 En l’espèce, la République tchèque soutient que, dès lors que les paiements avaient déjà été effectués aux bénéficiaires et n’ont pas pu faire l’objet d’un recouvrement après l’imposition de la correction financière litigieuse, cette dernière a conduit à une privation de jouissance pour la République tchèque du montant correspondant.

63 Toutefois, premièrement, il est constant que le préfinancement a été mis à la disposition de la République tchèque à hauteur de 69 170 219,88 euros, en 2015 et en 2016.

64 En outre, ainsi que le fait valoir la Commission, à chaque fois que la République tchèque a obtenu le remboursement de dépenses effectuées au titre du Feader sous la forme de paiements intermédiaires, le fonds de trésorerie initialement constitué par le préfinancement a été réapprovisionné et est redevenu disponible pour financer les nouvelles dépenses du Feader effectuées par cet État membre, de sorte que la République tchèque n’a pas démontré avoir été contrainte de mobiliser effectivement ses propres ressources nationales pour effectuer lesdites dépenses.

65 Deuxièmement, ainsi qu’il ressort de l’annexe A.1 de la requête, la correction financière litigieuse a été déduite du paiement intermédiaire versé à la République tchèque pour la mise en œuvre du programme de développement rural pour le deuxième trimestre de l’année 2018. La correction financière litigieuse n’a donc pas impliqué un versement à la Commission par la République tchèque au moyen de ses propres ressources financières.

66 Troisièmement, il convient de souligner que le montant mis à la disposition de la République tchèque par la Commission au titre du préfinancement, réduit à concurrence du montant de la correction financière litigieuse, était, en principe, resté disponible pendant la période comprise entre le 10 août 2018 et le 27 octobre 2020, durant laquelle ladite correction financière été mise en œuvre. En effet, il est constant que, en l’espèce, la procédure d’apurement du préfinancement, prévue à l’article 35, paragraphe 4, du règlement no 1306/2013, n’a commencé qu’en 2023.

67 Quatrièmement, la République tchèque, y compris dans ses réponses aux questions posées par le Tribunal au moyen de la mesure d’organisation de la procédure et lors de l’audience de plaidoiries, n’a apporté aucun élément permettant de considérer que le préfinancement n’était pas disponible ou qu’il était insuffisant ni aucun autre élément permettant de démontrer qu’elle a effectivement eu à mobiliser ses ressources nationales pour compenser le remboursement des dépenses momentanément déclarées non éligibles au titre de la correction financière litigieuse.

68 D’une part, les éléments de preuves produits par la République tchèque au soutien de sa requête, à savoir le rapport du paiement intermédiaire concernant le deuxième trimestre de 2018, l’extrait de compte du ministère de l’Agriculture correspondant, daté du 10 août 2018, ainsi qu’un extrait de compte du ministère du l’Agriculture daté du 27 octobre 2020, ne permettent pas d’établir une mobilisation effective des ressources nationales de la République tchèque. De tels documents font uniquement état de la compensation effectuée par la Commission lors du paiement intermédiaire du deuxième trimestre de 2018 ainsi que du remboursement du montant de la correction financière litigieuse en 2020.

69 D’autre part, la République tchèque a produit deux documents comptables dans les annexes E.1 et E.2. Il ressort de ces deux documents que le montant de la correction financière litigieuse a été reporté, successivement, en tant que « comptabilité négative, avec une réduction des recettes », puis en tant que « comptabilisation positive avec une augmentation des recettes » dans les comptes du ministère de l’Agriculture tchèque. Toutefois, l’inscription comptable de la somme correspondant à la correction financière litigieuse dans les comptes du ministère de l’Agriculture ne saurait être interprétée comme signifiant que ladite correction financière a été financée au moyen des ressources nationales de la République tchèque. En effet, ces écritures comptables ne permettent pas, par elles-mêmes, d’établir que la République tchèque a dû effectivement mobiliser ses propres ressources pour compenser la réduction momentanée des fonds disponibles du fait de la correction financière litigieuse, postérieurement annulée.

70 Par ailleurs, la République tchèque affirme que, en pratique, elle n’utilise pas les préfinancements, de sorte qu’elle est obligée de couvrir le montant de la correction financière par ses propres ressources nationales. Toutefois, il y a lieu de constater que, dès lors que les préfinancements à sa disposition ont, en l’absence de preuves contraires, toujours été suffisants pour couvrir les dépenses du Feader qu’elle a effectuées sur la période pertinente, le défaut de recours au préfinancement relèverait du seul choix de la République tchèque. Partant, elle ne saurait argumenter qu’elle a dû couvrir le montant de la correction financière litigieuse à partir de ses propres ressources nationales.

71 Les constatations qui précèdent ne sont pas remises en cause par l’argument de la République tchèque selon lequel l’article 85 du règlement no 1303/2013, ainsi que l’article 52 et l’article 81, paragraphe 2, du règlement no 1306/2013 s’opposent à ce que le préfinancement soit utilisé pour financer la correction financière litigieuse.

72 En effet, il ne s’agit pas de considérer que la correction financière litigieuse est directement financée par la somme mise à disposition au titre du préfinancement, mais que la République tchèque n’a pas dû effectivement compenser la réduction des fonds mis à sa disposition découlant de ladite correction financière au moyen de ses ressources nationales. Or, dès lors que le montant de la correction financière litigieuse était inférieur au solde du préfinancement mis à la disposition de la République tchèque, il n’a pas privé cet État membre de la possibilité d’utiliser le montant versé au titre du préfinancement restant qui était disponible pour financer les autres dépenses au titre du Feader. En outre, ainsi qu’il ressort du point 69 ci-dessus, la République tchèque n’a pas établi avoir été contrainte d’engager ses propres ressources pour compenser la correction financière, dans l’attente de son annulation et, in fine, de son remboursement. De surcroît, contrairement à ce que fait valoir la République tchèque, les dispositions visées au point 71 ci-dessus ne remettent pas en cause le fait que le préfinancement a pu être utilisé initialement pour financer les dépenses de Feader avant qu’elles ne fassent l’objet de la correction financière litigieuse.

73 Au regard de l’ensemble de ce qui précède et en dépit de l’absence de recouvrement auprès des bénéficiaires des sommes ayant fait l’objet de la correction financière litigieuse, il ne peut être constaté que la correction financière litigieuse a impliqué une mobilisation effective des ressources nationales de la République tchèque ni, a fortiori, une privation de jouissance pour cet État membre de la somme correspondant à cette correction financière.

74 En conséquence, le versement d’intérêts ne constituait pas une mesure d’exécution devant être prise par la Commission à la suite de l’arrêt du 19 décembre 2019, République tchèque/Commission (T‑509/18, EU:T:2019:876), conformément aux obligations qui lui incombent au titre de l’article 266, premier alinéa, TFUE.

75 Dans ces conditions, en l’absence d’obligation de verser des intérêts dans le cas d’espèce, la Commission n’a pas commis de violation suffisamment caractérisée de l’article 266, premier alinéa, TFUE, susceptible d’engager la responsabilité non contractuelle de l’Union, en n’assortissant pas d’intérêts le remboursement de la correction financière litigieuse.

76 Dès lors, la première condition d’engagement de la responsabilité non contractuelle de l’Union, relative à l’existence d’une violation suffisamment caractérisée d’une règle de droit conférant des droits aux particuliers n’est pas satisfaite. Conformément à la jurisprudence exposée au point 21 ci-dessus, ce seul constat suffit à écarter la responsabilité non contractuelle de l’Union.

77 Partant, il convient de rejeter le présent recours.

Sur les dépens

78 Aux termes de l’article 134, paragraphe 1, du règlement de procédure du Tribunal, toute partie qui succombe est condamnée aux dépens, s’il est conclu en ce sens. La République tchèque ayant succombé, il y a lieu de la condamner aux dépens, conformément aux conclusions de la Commission.

Par ces motifs,

LE TRIBUNAL (troisième chambre)

déclare et arrête :

1) Le recours est rejeté.

2) La République tchèque est condamnée aux dépens.

Kowalik-Bańczyk

Cassagnabère

Pavelin

Ainsi prononcé en audience publique à Luxembourg, le 15 juillet 2026.

Signatures


* Langue de procédure : le tchèque.

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