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AccueilDroit européen62024TJ0662
Jurisprudence CJUE62024TJ0662

Arrêt du Tribunal (dixième chambre) du 3 juin 2026.#GW contre Commission européenne.#Fonction publique – Fonctionnaires – Pension d’ancienneté – Coefficient correcteur – Indemnité de réinstallation – Décisions des juridictions suédoises sur le lieu de résidence – Refus d’octroi d’un certificat de résidence – Répétition de l’indu – Non-lieu à statuer partiel – Obligation de motivation – Droit d’être entendu – Devoir de sollicitude – Responsabilité.#Affaire T-662/24.

CELEX62024TJ0662
TypeJurisprudence CJUE
Datemercredi 3 juin 2026

Résumé IA

Cet arrêt du Tribunal de l'Union européenne, rendu dans une affaire de fonction publique (T-662/24), oppose un fonctionnaire à la Commission européenne au sujet du refus d'octroi d'un certificat de résidence en Suède. Ce refus, fondé sur des décisions des juridictions suédoises, a conduit la Commission à appliquer un coefficient correcteur différent pour le calcul de la pension et à demander la répétition de l'indu. Le Tribunal statue sur le non-lieu à statuer partiel et examine les moyens tirés de la violation de l'obligation de motivation, du droit d'être entendu, du devoir de sollicitude et de la responsabilité de l'institution.

Texte intégral

DOCUMENT DE TRAVAIL

ARRÊT DU TRIBUNAL (dixième chambre)

3 juin 2026 (*)

« Fonction publique – Fonctionnaires – Pension d’ancienneté – Coefficient correcteur – Indemnité de réinstallation – Décisions des juridictions suédoises sur le lieu de résidence – Refus d’octroi d’un certificat de résidence – Répétition de l’indu – Non-lieu à statuer partiel – Obligation de motivation – Droit d’être entendu – Devoir de sollicitude – Responsabilité »

Dans l’affaire T‑662/24,

GW, représenté par Me L. Levi, avocate,

partie requérante,

contre

Commission européenne, représentée par MM. A. Sauka et A. Sipos, en qualité d’agents,

partie défenderesse,

LE TRIBUNAL (dixième chambre),

composé de MM. S. L. Kalėda, président, M. Jaeger et S. Verschuur (rapporteur), juges,

greffière : Mme A. Audras-Hidelot, administratrice,

vu la phase écrite de la procédure,

à la suite de l’audience du 21 janvier 2026,

rend le présent

Arrêt

1 Par son recours fondé sur l’article 270 TFUE, le requérant, GW, demande, d’une part, l’annulation de la décision de la Commission européenne du 15 décembre 2023 l’informant qu’il n’avait pas droit à l’indemnité de réinstallation et au coefficient correcteur correspondant à la Suède et confirmant le recouvrement des sommes indûment versées à ce titre (ci-après la « première décision attaquée »), de la décision de la Commission du 27 mars 2024 ayant, en premier lieu, confirmé la répétition de la somme concernée au titre de l’article 85 du statut des fonctionnaires de l’Union européenne (ci-après le « statut ») en lui fournissant un échéancier des remboursements et, en second lieu, précisé que la suspension des prélèvements n’était pas prévue par le statut (ci-après la « deuxième décision attaquée »), de la décision de la Commission du 8 mai 2024 confirmant la répétition de la somme au titre de l’article 85 du statut tout en modifiant l’échéancier des remboursements et précisant que la suspension des prélèvements n’était pas prévue par le statut (ci-après la « troisième décision attaquée ») (ci-après, prises ensemble, les « décisions attaquées ») et de la décision de la Commission du 14 octobre 2024 rejetant ses réclamations des 14 mars et 23 mai 2024 contre les décisions attaquées (ci-après la « décision rejetant les réclamations ») et, d’autre part, la réparation du préjudice matériel et moral qu’il aurait subi du fait de ces décisions.

Antécédents du litige

2 Le requérant, fonctionnaire à la retraite ayant la double nationalité suédoise et allemande, a tout d’abord travaillé pour la Cour de justice de l’Union européenne, puis pour la Commission. Il a vécu avec sa famille en Belgique (de 1999 à 2019), pendant ses années de service, avant de prendre sa retraite le 1er septembre 2019.

3 Avant la date effective de son départ à la retraite, le requérant a informé l’Office « Gestion et liquidation des droits individuels » (PMO) de la Commission de son intention de retourner en Suède pour s’y établir définitivement après son départ à la retraite. Il a toutefois précisé qu’il retournerait régulièrement en Belgique, pour des séjours de quelques jours, afin de rendre visite à son épouse.

4 Le 3 juillet 2019, le PMO a informé le requérant que, son lieu d’origine étant la Suède (Jönköping), le coefficient correcteur correspondant à cet État membre lui serait appliqué, après réception des documents prouvant l’établissement de sa résidence conformément à l’article 20, paragraphe 3, de l’annexe XIII du statut.

5 Le 25 juillet 2019, le requérant a informé le PMO qu’il allait établir sa résidence en Suède. À l’appui, il a fourni plusieurs documents, dont sa demande d’inscription au registre suédois de la population, des factures de services publics (électricité et installation prévue de l’internet), une facture d’assurance habitation, une facture pour des travaux effectués dans sa propriété suédoise, une notification du service local des ordures ménagères pour l’installation d’une poubelle et une déclaration de résidence revêtue de sa signature électronique.

6 En outre, le requérant a informé le PMO qu’il avait l’intention de rendre visite à son épouse en Belgique pendant trois mois par an. Cette dernière a la nationalité suédoise et est fonctionnaire de la Commission résidant à Waterloo (Belgique). Elle a pris sa retraite le 1er mai 2023, mais a maintenu, après son départ à la retraite, sa résidence dans le logement en Belgique dont les époux étaient copropriétaires et ne s’est pas réinstallée en Suède.

7 Le 5 novembre 2019, l’administration fiscale suédoise, l’autorité chargée de la gestion du registre suédois de la population, a rejeté la demande présentée par le requérant en août 2019 d’être inscrit au registre suédois de la population, à l’adresse de sa propriété située à Jönköping. En effet, ladite administration a estimé que le requérant avait son lieu de résidence effectif en dehors de la Suède, puisqu’il avait déclaré qu’il passerait 120 jours par an en Belgique, de sorte qu’il ne pouvait être inscrit en Suède.

8 Le 12 novembre 2019, les autorités belges ont procédé à la radiation volontaire du requérant du registre de la population de la commune de Waterloo.

9 Le 18 novembre 2019, après avoir examiné les documents fournis par le requérant le 25 juillet de la même année (voir point 5 ci-dessus), le PMO a appliqué le coefficient correcteur correspondant à la Suède, pour ses droits à pension acquis. Ledit coefficient lui a été versé rétroactivement jusqu’au 1er septembre 2019. À partir de décembre 2019, il lui a été appliqué mensuellement, en même temps que l’indemnité de réinstallation.

10 Le 13 février 2020, le Förvaltningsrätten i Jönköping (le tribunal administratif de Jönköping, Suède) a rendu son jugement par lequel il a rejeté le recours formé par le requérant contre la décision de l’administration fiscale du 5 novembre 2019 (voir point 7 ci-dessus). Il a motivé sa décision par le fait que l’épouse du requérant vivait encore en Belgique et que ce dernier avait indiqué dans sa demande d’inscription au registre suédois de la population qu’il prévoyait de lui rendre visite pendant 120 jours par an. Ledit tribunal a également pris acte du fait que les autorités belges l’avaient radié du registre de la population, mais a jugé que cette circonstance n’était pas pertinente pour l’appréciation de la situation du requérant en Suède.

11 Le 10 mars 2020, le requérant a adressé un courriel au PMO pour l’informer de sa situation en Suède et du jugement du Förvaltningsrätten i Jönköping (tribunal administratif de Jönköping), auquel ni le PMO ni la Commission n’ont répondu.

12 Le 9 décembre 2020, la Kammarräten i Jönköping (Cour d’appel administrative de Jönköping, Suède) a rendu son arrêt à la suite de l’appel formé par le requérant à l’encontre du jugement rendu par le Förvaltningsrätten i Jönköping (tribunal administratif de Jönköping). Notamment, celle-ci a jugé que, étant donné que le requérant avait deux résidences et qu’il allait rendre visite à son épouse en Belgique, il n’était pas prouvé qu’il avait sa résidence en Suède. Par ailleurs, en rejetant sa demande d’inscription, les autorités nationales n’auraient pas enfreint la directive 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil, du 29 avril 2004, relative au droit des citoyens de l’Union européenne et des membres de leurs familles de circuler et de séjourner librement sur le territoire des États membres, modifiant le règlement (CEE) no 1612/68 et abrogeant les directives 64/221/CEE, 68/360/CEE, 72/194/CEE, 73/148/CEE, 75/34/CEE, 75/35/CEE, 90/364/CEE, 90/365/CEE et 93/96/CEE (JO 2004, L 158, p. 77, et rectificatifs JO 2004, L 229, p. 35, et JO 2005, L 197, p. 34), et ce rejet ne pouvait pas, contrairement à ce que soutenait le requérant, constituer une entrave à la liberté de circulation des personnes ni contrevenir en aucune manière au droit de l’Union.

13 Le 27 janvier 2021, la Högsta förvaltningsdomstolen (Cour suprême administrative suédoise) a rejeté le pourvoi du requérant, de sorte que l’arrêt de la Kammarräten i Jönköping (Cour d’appel administrative de Jönköping) est devenu définitif.

14 Le 5 février 2021, le requérant a informé le PMO de la décision de la Högsta förvaltningsdomstolen (Cour suprême administrative suédoise). Par ailleurs, le requérant a déclaré que, en raison de la pandémie de COVID-19 et du fait qu’il n’était inscrit nulle part, il n’avait eu d’autre choix que de se réinscrire en Belgique pour pouvoir se faire vacciner contre le COVID-19.

15 Le 2 mars 2021, le requérant a adressé un nouveau courriel au PMO, dans lequel il a demandé, notamment, des informations sur l’état de son dossier, auquel le PMO n’a pas répondu.

16 Les 26 et 27 avril 2021, le requérant a envoyé deux courriels au PMO afin de l’informer de sa réinscription en Belgique et de lui transmettre une copie de sa carte d’identité belge, auxquels le PMO n’a pas répondu.

17 Le 26 octobre 2021, le requérant a adressé un nouveau courriel au PMO en expliquant sa situation, auquel ce dernier n’a pas répondu.

18 Le 19 février 2022, le PMO a envoyé une lettre au requérant dans lequel il était indiqué que, eu égard au refus des autorités suédoises de l’inscrire au registre suédois de la population, il était nécessaire de recouvrer les sommes indûment perçues par lui au titre du coefficient correcteur correspondant à la Suède à compter du 1er septembre 2019 et de l’indemnité de réinstallation.

19 Les 28 mars et 1er avril 2022, le PMO a envoyé d’autres lettres au requérant, dans lesquelles, en application de l’article 85 du statut, il lui a indiqué le montant dont il était redevable et lui a également fourni un échéancier de la répétition des sommes concernées, allant de mai 2022 à février 2023.

20 Le 6 avril 2022, le requérant a répondu à ces lettres en exprimant son refus de restituer lesdites sommes.

21 À partir de mai 2022, la Commission a commencé à prélever 1 390,02 euros par mois sur la pension du requérant.

22 Le 7 juin 2022, le requérant a introduit une réclamation pour contester ces prélèvements mensuels.

23 Le 28 septembre 2022, le PMO a envoyé une autre lettre au requérant, dans laquelle il a expliqué que, en raison de l’annulation de l’indemnité d’installation, il a procédé au calcul rectificatif de sa pension, et lui a fourni à cet égard le nouveau montant dont il était redevable ainsi qu’un nouvel échéancier de ladite répétition en application de l’article 85 du statut. Le requérant a introduit une réclamation contre cette décision le 30 septembre 2022.

24 Le 10 octobre 2022, la Commission a adopté une décision par laquelle il est fait droit à la réclamation du requérant du 7 juin 2022. En particulier, la Commission a décidé que l’exécution de la répétition serait suspendue et que le requérant devait être entendu, avant que le PMO ne prenne une décision sur la répétition du montant versé au titre du coefficient correcteur correspondant à la Suède.

25 Au cours du mois de novembre, le PMO a remboursé au requérant les montants recouvrés.

26 Le 16 décembre 2022, le PMO a envoyé une lettre au requérant qui annulait et remplaçait celle du 19 février 2022 et celles des 28 mars et 28 septembre 2022. Dans cette lettre, il était indiqué que, compte tenu des observations fournies par le requérant dans sa réclamation du 30 septembre 2022 (voir point 23 ci-dessus), ce dernier n’avait pas démontré son changement de résidence en Suède, au sens de l’article 20, paragraphe 3, de l’annexe XIII du statut et de l’article 6 de l’annexe VII du statut, de sorte que le PMO entendait recouvrir le montant versé au titre du coefficient correcteur et de l’indemnité de réinstallation. Dans la même lettre, le PMO invitait également le requérant à exprimer sa position à cet égard, ce que ce dernier a fait dans une lettre du 23 décembre 2022.

27 Le 23 janvier 2023, le PMO a adopté une décision confirmant le recouvrement du coefficient correcteur et de l’indemnité de réinstallation, en dépit des observations formulées par le requérant. Dans cette décision, le PMO a constaté qu’il avait demandé un certificat de résidence au requérant, qui ne lui a pas été fourni, en ce que les juridictions nationales ont jugé, après un examen du dossier du requérant, qu’il ne pouvait être considéré qu’il avait établi sa résidence en Suède, mais plutôt que celle-ci se trouvait toujours en Belgique. Par ailleurs, à l’instar des autorités suédoises, le PMO a considéré que le fait que l’épouse du requérant résidait en Belgique était un élément essentiel pour parvenir à une telle conclusion. En outre, il a rappelé que les éléments de preuve produits par le requérant démontraient uniquement qu’il entretenait des liens avec son pays de naissance, qui ne permettaient toutefois pas d’établir qu’il avait établi sa résidence dans ledit pays.

28 Le 16 mars 2023, le requérant a introduit une réclamation contre la décision du PMO du 23 janvier 2023.

29 Le 6 octobre 2023, la Commission a annulé ladite décision du 23 janvier 2023, tout en demandant au PMO de réexaminer tous les éléments du dossier et d’adopter une nouvelle décision.

30 Le 15 décembre 2023, le PMO a adopté la première décision attaquée, informant le requérant qu’il n’avait pas droit à l’indemnité de réinstallation et au coefficient correcteur correspondant à la Suède et confirmant le recouvrement des sommes indûment versées à ce titre.

31 Le 4 janvier 2024, le requérant a demandé à la Högsta förvaltningsdomstolen (Cour suprême administrative suédoise) de réexaminer sa décision du 27 janvier 2021 (voir point 13 ci-dessus), en alléguant une insuffisance de motivation et en invoquant l’absence d’un renvoi préjudiciel devant la Cour de justice de l’Union européenne.

32 Le 17 janvier 2024, le requérant a envoyé une lettre au PMO afin d’exprimer ses préoccupations concernant les raisons avancées par ce dernier dans la première décision attaquée, de fournir de nouveaux éléments à l’appui de sa position et de demander la suspension des prélèvements.

33 Le 14 mars 2024, le requérant a introduit une réclamation contre la première décision attaquée.

34 Le 27 mars 2024, le PMO a adopté la deuxième décision attaquée, dans laquelle il a, d’une part, confirmé la répétition de la somme concernée au titre de l’article 85 du statut en fournissant au requérant un échéancier des remboursements et, d’autre part, informé celui-ci que la suspension des prélèvements n’est pas prévue par le statut.

35 Le 29 mars 2024, le requérant a adressé un courriel au PMO pour lui rappeler qu’il avait entamé des procédures judiciaires en Suède et adressé une plainte à la Commission en lui demandant d’ouvrir une procédure en manquement contre la Suède, en vertu de l’article 258 TFUE, en raison d’une violation du droit de l’Union dans ce cadre. Il a, en outre, souligné que l’exécution de cette décision affecterait gravement sa situation financière et a donc demandé à nouveau au PMO de suspendre le recouvrement des montants prétendument indus. Le requérant a reçu de la part de la Commission un accusé de réception dudit courriel.

36 Le 8 mai 2024, le PMO a adopté la troisième décision attaquée, par laquelle il a confirmé une nouvelle fois la répétition de la somme concernée au titre de l’article 85 du statut, tout en modifiant l’échéancier des remboursements, et informé le requérant que la suspension des prélèvements n’était pas prévue par le statut.

37 Le 10 mai 2024, le requérant a envoyé un autre courriel au PMO pour l’informer qu’il avait formé un nouveau recours devant la Högsta förvaltningsdomstolen (Cour suprême administrative suédoise), auquel le PMO n’a pas répondu.

38 Le 23 mai 2024, le requérant a introduit une réclamation contre les deuxième et troisième décisions attaquées.

39 Les 28 et 29 mai 2024, le requérant a envoyé de nouveaux courriels au PMO dans lesquels il a rappelé le fait que les deuxième et troisième décisions attaquées avaient de lourdes conséquences sur sa situation financière. Dans lesdits courriels, il a également dénoncé le manque de cohérence dans le processus décisionnel.

40 Le 30 août 2024, la Högsta förvaltningsdomstolen (Cour suprême administrative suédoise) a rejeté la demande de réexamen du requérant du 4 janvier 2024 (voir point 31 ci-dessus).

41 Le 14 octobre 2024, la Commission a adopté la décision rejetant les réclamations introduites par le requérant les 14 mars et 23 mai 2024 (voir points 33 et 38 ci-dessus).

Conclusions des parties

42 Le requérant conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :

– annuler les décisions attaquées ;

– annuler la décision rejetant les réclamations ;

– condamner la Commission à réparer le préjudice matériel et moral qu’il aurait subi ;

– condamner la Commission aux dépens.

43 La Commission conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :

– rejeter le recours comme non fondé ;

– condamner le requérant aux dépens.

En droit

Sur l’objet du recours

44 À titre liminaire, il convient de rappeler que, selon une jurisprudence constante, des conclusions en annulation formellement dirigées contre la décision de rejet d’une réclamation ont, dans le cas où cette décision est dépourvue de contenu autonome, pour effet de saisir le Tribunal de l’acte contre lequel la réclamation a été présentée (voir arrêt du 5 juin 2019, Bernaldo de Quirós/Commission, T‑273/18, non publié, EU:T:2019:371, point 20 et jurisprudence citée).

45 Cependant, une décision explicite de rejet d’une réclamation peut, eu égard à son contenu, ne pas avoir un caractère confirmatif de l’acte contesté par la partie requérante, notamment, lorsque la décision de rejet de la réclamation contient un réexamen de la situation de la partie requérante, en fonction d’éléments de droit et de fait nouveaux, ou lorsqu’elle complète la décision initiale. Dans un tel cas, le rejet de la réclamation constitue un acte soumis au contrôle du juge, qui le prend en considération dans l’appréciation de la légalité de l’acte contesté (voir, en ce sens, arrêts du 10 octobre 2019, Colombani/SEAE, T‑372/18, non publié, EU:T:2019:734, point 19 et jurisprudence citée, et du 8 juillet 2020, WH/EUIPO, T‑138/19, non publié, EU:T:2020:316, point 35 et jurisprudence citée).

46 En l’espèce, il convient d’observer que, d’une part, dans la première décision attaquée, la Commission a conclu, en substance, que le requérant n’avait pas droit à l’indemnité de réinstallation ni au coefficient correcteur correspondant à la Suède, en ce qu’il n’a pas prouvé qu’il avait établi sa résidence dans ledit pays, de sorte que les versements qui avaient été effectués au titre de ceux-ci devaient être recouvrés.

47 À cet égard, dans la décision rejetant les réclamations, la Commission confirme cette conclusion, mais prend également position sur plusieurs éléments non contenus dans la première décision attaquée, tels que l’issue des procédures administratives et judiciaires engagées par le requérant en Suède, son incompétence afin d’apprécier la compatibilité des règles pertinentes du droit suédois avec le droit de l’Union, la référence aux éléments de preuve fournis par le requérant afin de démontrer que sa résidence était effectivement en Suède et son argumentation sur l’article 85 du statut.

48 Dans ces circonstances, il conviendra d’examiner les conclusions en annulation tant de la première décision attaquée que de la décision rejetant les réclamations pour autant qu’elle concerne cette dernière.

49 D’autre part, par les deuxième et troisième décisions attaquées, la Commission a confirmé la répétition de la somme concernée au titre de l’article 85 du statut en fournissant au requérant un échéancier des remboursements et en l’informant que la suspension des prélèvements n’est pas prévue par le statut (voir point 1 ci-dessus). Toutefois, la décision rejetant les réclamations ne fournit aucune précision supplémentaire concernant ces décisions. Dans ces circonstances, pour autant qu’elle concerne les deuxième et troisième décisions attaquées, la décision rejetant les réclamations est purement confirmative.

50 Il en découle que les conclusions en annulation doivent être regardées comme étant dirigées, d’une part, contre les décisions attaquées et, d’autre part, partiellement contre la décision rejetant les réclamations.

Sur le maintien d’un intérêt à agir à l’égard des deuxième et troisième décisions attaquées

51 Il convient de rappeler qu’un recours en annulation intenté par une personne physique ou morale n’est recevable que dans la mesure où cette dernière a un intérêt à voir annuler l’acte attaqué. Un tel intérêt suppose que l’annulation de cet acte soit susceptible, par elle‑même, d’avoir des conséquences juridiques et que le recours puisse ainsi, par son résultat, procurer un bénéfice à la partie qui l’a intenté. La preuve d’un tel intérêt, qui s’apprécie au jour où le recours est formé et qui constitue la condition essentielle et première de tout recours en justice, doit être rapportée par la partie requérante (voir arrêt du 18 décembre 2024, TB/ENISA, T‑560/21, EU:T:2024:914, point 49 et jurisprudence citée).

52 Cet intérêt à agir doit, au vu de l’objet du recours, exister au stade de l’introduction de celui-ci sous peine d’irrecevabilité et perdurer jusqu’au prononcé de la décision juridictionnelle, sous peine de non-lieu à statuer. La juridiction saisie de l’instance peut soulever d’office et à tout moment de la procédure le défaut d’intérêt d’une partie à maintenir sa demande, en raison de la survenance d’un fait postérieurement à la date de l’acte introductif d’instance (voir, en ce sens, arrêt du 18 décembre 2024, TB/ENISA, T‑560/21, EU:T:2024:914, point 50 et jurisprudence citée).

53 En l’espèce, il convient de rappeler que, les 17 janvier et 29 mars 2024, le requérant a demandé la suspension des prélèvements sur sa pension. En réponse, dans les deuxième et troisième décisions attaquées, la Commission a confirmé la répétition de la somme concernée au titre de l’article 85 du statut, en fournissant au requérant un échéancier des remboursements et en l’informant que la suspension des prélèvements n’est pas prévue par le statut. Dans ces circonstances, par la voie d’une mesure d’organisation de la procédure, le Tribunal a invité les parties à se prononcer sur le maintien d’un intérêt à agir du requérant à l’égard desdites décisions, dans la mesure où le dernier versement a été déduit de sa pension en janvier 2025.

54 En réponse, lors de l’audience, le requérant s’en est remis à la sagesse du Tribunal, en précisant que, si la première décision attaquée était annulée, il n’y aurait, partant, plus de base juridique pour le recouvrement. Toutefois, il n’a fourni aucun élément prouvant qu’il conserverait un intérêt à agir à l’égard des deuxième et troisième décisions attaquées, au sens de la jurisprudence citée au point 51 ci-dessus.

55 Partant, à défaut de preuve d’un tel intérêt, il y a lieu de conclure qu’il n’y a plus lieu de statuer sur le recours pour autant qu’il concerne les deuxième et troisième décisions attaquées, lesquelles statuent sur les demandes de suspension faites par le requérant.

Sur les conclusions en annulation

56 À l’appui de son recours, le requérant soulève trois moyens, tirés, le premier, d’une erreur manifeste d’appréciation et d’une violation par la Commission de l’article 20, paragraphe 3, de l’annexe XIII du statut, de l’article 6 de l’annexe VII du statut et de l’article 85 du statut, le deuxième, de la violation par la Commission du principe de l’interprétation autonome du droit de l’Union et, le troisième, de la violation par la Commission du droit à une bonne administration et du devoir de sollicitude lui incombant.

57 Dans ce cadre, il convient d’examiner, en premier lieu, la première branche du troisième moyen, tirée de la violation de l’obligation de motivation, en deuxième lieu, la première branche du premier moyen, tirée de la violation de l’article 6 de l’annexe VII du statut et de l’article 20, paragraphe 3, de l’annexe XIII du statut, ainsi que le deuxième moyen, tiré de la violation du principe de l’interprétation autonome du droit de l’Union, en troisième lieu, la seconde branche du premier moyen, tirée de la violation de l’article 85 du statut, et, en quatrième lieu, les deuxième, troisième et quatrième branches du troisième moyen, tirées de la violation du droit à un délai raisonnable, de la violation du devoir de sollicitude et de la violation du droit d’être entendu.

Sur la première branche du troisième moyen, tirée de la violation de l’obligation de motivation

58 Le requérant fait valoir que la Commission n’a pas répondu à ses arguments. En effet, dans la première décision attaquée, elle n’aurait fait aucune référence à la violation du principe de l’interprétation autonome du droit de l’Union et, ni dans ladite décision ni dans la décision rejetant les réclamations, elle n’aurait expliqué pourquoi les preuves qu’il a produites seraient insuffisantes afin de démontrer qu’il avait l’intention réelle d’établir sa résidence en Suède et qu’il l’a effectivement établie.

59 Ainsi, la Commission aurait empêché le requérant de comprendre les raisons pour lesquelles elle a décidé de demander le remboursement des sommes prétendument indues et le juge de l’Union de contrôler la légalité de la première décision attaquée.

60 La Commission conteste les arguments du requérant.

61 À titre liminaire, il convient de rappeler que l’obligation pour l’administration de motiver ses décisions, consacrée à l’article 41, paragraphe 2, sous c), de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne (ci-après la « Charte ») et à l’article 296 TFUE, constitue une formalité substantielle qui doit être distinguée de la question du bien-fondé des motifs, celui-ci relevant de la légalité au fond de l’acte litigieux (voir, en ce sens, arrêt du 22 mai 2012, Internationaler Hilfsfonds/Commission, T‑300/10, EU:T:2012:247, point 180 et jurisprudence citée).

62 S’agissant de l’étendue de l’obligation de motivation, si la motivation doit faire apparaître de façon claire et non équivoque le raisonnement de l’administration, elle doit être appréciée en fonction des circonstances de l’espèce, notamment du contenu de l’acte, de la nature des motifs invoqués et de l’intérêt que le destinataire peut avoir à recevoir des explications. Par ailleurs, il n’est, en outre, pas exigé que la motivation spécifie tous les éléments de fait et de droit pertinents, dans la mesure où la question de savoir si la motivation d’un acte est suffisante doit être appréciée au regard non seulement de son libellé, mais aussi de son contexte et de l’ensemble des règles juridiques régissant la matière concernée (voir, en ce sens, arrêts du 30 novembre 2006, J/Commission, T‑379/04, EU:T:2006:368, point 66 et jurisprudence citée, et du 29 avril 2020, CV e.a./Commission, T‑496/19, non publié, EU:T:2020:163, point 40 et jurisprudence citée).

63 Dans ce cadre, il convient de relever que, dans la première décision attaquée, la conclusion de la Commission selon laquelle, en substance, le requérant n’avait pas transféré sa résidence en Suède repose principalement sur le refus opposé par les autorités suédoises de reconnaître le requérant comme résident, mais également sur le maintien de liens familiaux avec la Belgique, où résidait toujours son épouse.

64 Par ailleurs, dans la décision rejetant les réclamations, la Commission rappelle la définition de la notion de « résidence habituelle », au sens du statut, et le fait que, dans l’application de cette notion, tous les éléments factuels doivent être pris en compte, tout en faisant référence au caractère autonome de ladite notion dans le cadre du statut.

65 En outre, dans la décision rejetant les réclamations, la Commission explique que, dans le cadre de l’évaluation d’une demande d’octroi de l’indemnité de réinstallation, le PMO accepte un certificat de résidence dans le nouveau lieu comme preuve crédible de la résidence du fonctionnaire concerné. Ainsi, il serait raisonnable que le PMO demande, d’une part, une preuve de radiation du registre de la population précédent et, d’autre part, une preuve d’inscription au registre de la population du nouveau lieu de résidence dudit fonctionnaire.

66 Ensuite, dans la décision rejetant les réclamations, la Commission résume l’issue des procédures administratives et judiciaires en Suède, dans le cadre desquelles il a été conclu que le requérant possédait deux résidences, mais que sa résidence principale était en Belgique, où il avait les liens les plus importants, et non en Suède. À cet égard, elle avance que, depuis avril 2021, le requérant a résidé sans interruption en Belgique, dans le logement en copropriété à Waterloo, où son épouse, également de nationalité suédoise, est également restée depuis sa retraite en mai 2023. En outre, il est également fait mention du manque de preuves concluantes et cohérentes fournies par le requérant, ce qui aurait entraîné, en vertu du droit suédois, le rejet de son inscription au registre de la population.

67 La Commission en conclut que, dans la mesure où elle n’est pas compétente pour apprécier la compatibilité du droit suédois avec le droit de l’Union, elle ne pouvait ignorer les conclusions auxquelles sont parvenues les autorités suédoises, alors que l’examen des éléments de preuve produits par le requérant ne lui permettait pas de remettre en cause lesdites conclusions.

68 Il convient d’examiner successivement les deux arguments auxquels, selon le requérant, la Commission n’a pas répondu, à savoir ceux concernant la violation du principe de l’interprétation autonome du droit de l’Union et les preuves qu’il a produites afin de démontrer sa résidence en Suède.

69 En l’espèce, en ce qui concerne, d’une part, la violation alléguée du principe de l’interprétation autonome du droit de l’Union, il y a lieu de relever que cet aspect est abordé dans la décision rejetant les réclamations (voir point 64 ci-dessus).

70 De même, en ce qui concerne les preuves produites par le requérant, il y a lieu de constater que, dans la première décision attaquée, aucune référence n’y est faite par la Commission, tandis que, dans la décision rejetant les réclamations, la Commission y fournit également une réponse (voir point 67 ci-dessus).

71 En outre, il convient de relever que la première décision attaquée et la décision rejetant les réclamations sont intervenues dans un contexte connu du requérant, ayant permis à celui-ci de comprendre l’appréciation par la Commission desdits éléments de preuve et au Tribunal d’exercer son contrôle, au sens de la jurisprudence citée au point 62 ci-dessus.

72 En effet, il ressort de la décision du 23 janvier 2023 que la Commission a estimé, en substance, que, même si les preuves que le requérant avait déjà produites dans ses observations du 23 décembre 2022 (voir points 26 et 27 ci-dessus) confirmaient ses liens avec son pays de naissance, c’est-à-dire la Suède, celles-ci ne suffisaient pas à établir sa résidence dans ce pays.

73 À cet égard, lors de l’audience, la Commission a expliqué que les éléments de preuve produits par le requérant démontraient qu’il résidait effectivement en Suède, sans pour autant établir à suffisance que sa propriété en Suède constituait sa résidence principale. Or, un tel cas de double résidence ne serait pas prévu par le statut.

74 Partant, compte tenu de ces explications, il y a lieu de constater que le requérant a été mis en mesure de comprendre les raisons pour lesquelles les éléments de preuve qu’il avait fournis ne permettaient pas à la Commission d’établir qu’il avait sa résidence en Suède, au sens de la jurisprudence citée au point 62 ci-dessus.

75 Il s’ensuit que la première branche du troisième moyen doit être rejetée.

Sur la première branche du premier moyen, tirée de la violation de l’article 6 de l’annexe VII du statut et de l’article 20, paragraphe 3, de l’annexe XIII du statut et sur le deuxième moyen, tiré de la violation du principe de l’interprétation autonome du droit de l’Union

– Sur la première branche du premier moyen, tirée de la violation de l’article 6 de l’annexe VII du statut et de l’article 20, paragraphe 3, de l’annexe XIII du statut

76 Le requérant soutient que la Commission a commis une erreur manifeste d’appréciation et violé les règles applicables en matière d’indemnité de réinstallation et de coefficient correcteur.

77 En premier lieu, il avance que, selon une jurisprudence constante, l’inscription au registre national de la population n’est pas un élément déterminant afin de prouver un changement de résidence, au sens de l’article 6 de l’annexe VII du statut, et que d’autres éléments peuvent – et doivent – être pris en considération. Ainsi, selon le requérant, la Commission accorde erronément une importance excessive au certificat de résidence.

78 En deuxième lieu, le requérant aurait fourni plusieurs éléments de preuve démontrant qu’il avait l’intention claire d’établir sa résidence en Suède de juillet 2019 à mars 2021. Il s’agirait, notamment, de divers documents, tels que sa demande d’inscription au registre suédois de la population, des factures de services publics, une facture d’assurance habitation, une facture pour des travaux effectués dans sa propriété suédoise, une facture de meubles achetés pour ladite propriété, une notification du service local des ordures ménagères pour l’installation d’une poubelle, un document certifiant l’immatriculation de sa voiture en Suède, un certificat médical de son médecin en Suède et une déclaration de résidence revêtue de sa signature électronique. En outre, il aurait payé des impôts et des abonnements pendant son séjour en Suède. Enfin, il aurait ouvert un compte bancaire suédois et engagé de multiples recours contre la décision de l’administration fiscale suédoise refusant son inscription au registre suédois de la population.

79 En troisième lieu, le fait que son épouse vivait encore en Belgique pendant la période de référence (de juillet 2019 à mars 2021) et qu’il lui rendait visite plusieurs fois par an ne suffirait pas à démontrer qu’il n’avait pas changé de résidence ou qu’il n’avait pas la réelle intention de résider en Suède, comme la Commission semblerait le prétendre dans la décision rejetant les réclamations. En effet, depuis le début, il aurait été très transparent avec le PMO et aurait clairement indiqué avoir l’intention de rendre visite à son épouse en Belgique seulement quelques fois au cours de l’année, ce qu’il aurait effectivement fait.

80 À cet égard, le requérant indique qu’il a vécu la plupart du temps seul en Suède, comme l’attesteraient les éléments de preuve, ce que la Commission ne contesterait d’ailleurs pas. Partant, le seul lien qu’il aurait avec la Belgique serait celui qu’il entretenait avec son épouse. Toutefois, l’existence de « liens familiaux » ne constituerait pas, selon une jurisprudence constante, une condition à remplir pour établir la résidence d’un fonctionnaire.

81 Enfin, en raison du caractère illégal du comportement de la Suède, de la pandémie de COVID‑19 et du différend avec la Commission, il n’aurait pas eu d’autre choix que de se réinstaller en Belgique en mars 2021 et de continuer à y résider. Ces raisons expliqueraient pourquoi son épouse n’a pas voulu résider en Suède, dans la mesure où tous deux craignaient d’être confrontés aux mêmes problèmes lorsqu’ils essaieraient à nouveau de s’y enregistrer.

82 La Commission conteste les arguments du requérant.

83 À titre liminaire, il ressort de l’article 6, paragraphe 1, de l’annexe VII du statut que, « [l]ors de la cessation définitive de ses fonctions, le fonctionnaire titulaire, qui démontre avoir changé de résidence, a droit à une indemnité de réinstallation ». Par ailleurs, l’article 20, paragraphe 3, de l’annexe XIII du statut prévoit que, « [l]ors de la fixation des droits à pension du fonctionnaire recruté avant le 1er mai 2004[,] […] la pension est affectée du coefficient correcteur uniquement si le fonctionnaire réside dans son dernier lieu d’affectation ou dans le pays de son lieu d’origine au sens de l’article 7, paragraphe 4, de l’annexe VII ».

84 Dans ce cadre, il y a lieu, tout d’abord, de rappeler que la notion de « résidence » est propre à la fonction publique européenne et ne coïncide pas nécessairement avec les acceptations nationales de ce terme (voir, en ce sens, arrêt du 4 juin 2003, Del Vaglio/Commission, T‑124/01 et T‑320/01, EU:T:2003:153, point 72 et jurisprudence citée).

85 Selon une jurisprudence constante, la notion de « résidence » au sens de l’article 6, paragraphe 1, de l’annexe VII du statut et de l’article 20 de l’annexe XIII du statut vise le lieu où l’intéressé a fixé, avec la volonté de lui conférer un caractère stable, le centre permanent ou habituel de ses intérêts (voir, en ce sens, arrêts du 24 avril 2001, Miranda/Commission, T‑37/99, EU:T:2001:122, point 31 et jurisprudence citée, et du 4 mai 2010, Petrilli/Commission, F‑100/08, EU:F:2010:35, point 32 et jurisprudence citée), et implique, indépendamment de la donnée purement quantitative du temps passé par la personne sur le territoire de l’un ou de l’autre pays, outre le fait physique de demeurer en un certain lieu, l’intention de conférer à ce fait la continuité résultant d’une habitude de vie et de déroulement de rapports sociaux normaux (voir arrêt du 25 mai 2004, W/Parlement, T‑69/03, EU:T:2004:155, point 42 et jurisprudence citée).

86 L’appréciation de l’installation ou du transfert de résidence est une question de fait exigeant la prise en considération de la résidence effective du fonctionnaire (voir, en ce sens, arrêt du 29 septembre 2005, Thommes/Commission, T‑195/03, EU:T:2005:344, point 70 et jurisprudence citée). Partant, il appartient au fonctionnaire d’établir, par toute voie de droit, qu’il a effectivement changé de résidence dans les trois ans qui ont suivi la cessation définitive de ses fonctions (voir arrêt du 25 mai 2004, W/Parlement, T‑69/03, EU:T:2004:155, point 43 et jurisprudence citée). En outre, il incombe au fonctionnaire de fournir la preuve de sa réinstallation effective avec sa famille (arrêt du 8 juillet 2003, Chetaud/Parlement, T‑65/02, EU:T:2003:190, point 64).

87 Dans ce cadre, en appréciant les preuves apportées et en procédant, le cas échéant, à des contrôles, l’institution doit éviter tout abus de ladite disposition (voir, en ce sens, arrêt du 7 novembre 2013, Cortivo/Parlement, F‑52/12, EU:F:2013:173, point 42).

88 Partant, le transfert de résidence visé à l’article 6 de l’annexe VII du statut implique nécessairement un transfert effectif de la résidence de cet agent au nouveau lieu indiqué comme étant celui de la réinstallation (voir, en ce sens, arrêt du 24 avril 2001, Miranda/Commission, T‑37/99, EU:T:2001:122, point 30 et jurisprudence citée).

89 En l’espèce, en premier lieu, il convient de constater, comme le requérant le soutient à juste titre, que, dans la première décision attaquée et dans la décision rejetant les réclamations, la Commission se fonde principalement sur le fait que les autorités nationales suédoises lui ont refusé l’octroi d’un certificat de résidence afin de conclure qu’il n’avait pas sa résidence en Suède.

90 À cet égard, il ressort de la jurisprudence constante que l’inscription au registre d’une localité est un élément purement formel ne permettant pas d’établir la résidence effective de l’intéressé dans ladite localité (voir, en ce sens, arrêt du 24 mai 2023, AL/Commission, T‑714/21, non publié, EU:T:2023:282, point 58 et jurisprudence citée). Partant, le fait de disposer d’un certificat de résidence ou de domiciliation communale, d’être inscrit sur les registres et les listes électorales de la ville concernée, d’y exercer des droits politiques et d’y être domicilié fiscalement ne permet pas d’établir que le centre permanent des intérêts du fonctionnaire se trouve à cet endroit (voir, en ce sens, arrêts du 25 octobre 2005, Herrero Romeu/Commission, T‑298/02, EU:T:2005:369, point 60 et jurisprudence citée, et du 25 octobre 2005, De Bustamante Tello/Conseil, T‑368/03, EU:T:2005:372, point 62 et jurisprudence citée).

91 Or, il y a lieu de constater que la jurisprudence citée au point 90 ci-dessus se prononce uniquement dans l’hypothèse où un certificat a été octroyé par les autorités nationales et non, comme en l’espèce, en l’absence d’octroi d’un tel certificat.

92 Dans ce cadre, il convient de rappeler que, avant son départ à la retraite, le requérant a indiqué au PMO qu’il avait l’intention de retourner en Suède pour s’y établir définitivement après son départ à la retraite. En réponse, le PMO a adressé une note au requérant le 3 juillet 2019, dans laquelle il lui a indiqué que le coefficient correcteur appliqué à sa pension serait déterminé après la transmission des documents justifiant son lieu de résidence au sens de l’article 20, paragraphe 3, de l’annexe XIII du statut, à savoir, notamment, la production d’un certificat de résidence récent. En réponse, le 25 juillet 2019, le requérant a fourni plusieurs éléments de preuve, dont une demande d’inscription au registre de population suédois, qui, après examen par le PMO, ont été jugés suffisants pour le considérer comme étant enregistré en Suède, sous réserve de la production d’un certificat de résidence. Or, force est de constater que, durant la procédure administrative, le requérant n’a pas produit un tel certificat délivré par les autorités suédoises. En outre, le PMO a également indiqué qu’« il se réservait le droit de modifier ou de réviser les droits susmentionnés à tout moment en cas d’erreur ou d’omission, quelle qu’elle soit, et si l’attribution était contraire aux dispositions du statut et de son annexe VIII ».

93 Dans ces circonstances, il apparaît légitime que, en l’absence d’octroi d’un tel certificat par les autorités nationales suédoises, la Commission se soit interrogée sur la réalité de la réinstallation du requérant en Suède. En effet, bien que le certificat de résidence ne constitue qu’un élément purement formel, il n’en demeure pas moins qu’il joue un rôle important dans l’appréciation au titre de l’article 6 de l’annexe VII du statut et de l’article 20, paragraphe 3, de l’annexe XIII du statut et qu’il reflète la position des autorités nationales sur le caractère effectif de la résidence du requérant en Suède. En tout état de cause, eu égard à la jurisprudence citée au point 86 ci-dessus, force est de constater que le requérant n’a pas produit un tel certificat, alors qu’il lui avait été explicitement demandé par la Commission et qu’il avait également été informé du caractère conditionnel de ses droits.

94 En deuxième lieu, le requérant fait grief à la Commission d’avoir ignoré les preuves qu’il a produites afin de prouver sa réinstallation effective en Suède et de ne s’en être tenu qu’aux décisions des autorités nationales suédoises.

95 À cet égard, il ressort de la décision rejetant les réclamations que, selon la Commission, les éléments de preuve que le requérant avait produits n’étaient pas suffisants pour dissiper les doutes sur la réalité de sa réinstallation en Suède, soulevés par les autorités nationales suédoises, qui avaient considéré que la résidence du requérant n’avait pas été transférée en Suède au moment de sa demande d’enregistrement en juillet 2019.

96 Dans ce cadre, il convient de rappeler que l’article 6, paragraphe 1, de l’annexe VII du statut et l’article 20, paragraphe 3, de l’annexe XIII du statut prévoient, en substance, qu’il incombe au fonctionnaire de prouver l’établissement de sa résidence dans le pays concerné. Partant, il y a lieu d’examiner si c’est à bon droit que la Commission a considéré qu’une telle preuve n’avait pas été apportée par le requérant.

97 En l’espèce, il y a lieu de relever que le requérant indique qu’il dispose d’une propriété en Belgique, dont lui et son épouse sont copropriétaires, et également d’une propriété en Suède.

98 Or, la circonstance selon laquelle un fonctionnaire ou un agent dispose d’une propriété immobilière dans un pays, notamment son pays d’origine, ne saurait suffire pour démontrer qu’il habitait de manière permanente ou habituelle, ou qu’il avait l’intention de s’établir dans ce pays (arrêt du 7 septembre 2022, LR/BEI, T‑529/20, EU:T:2022:523, point 32 et jurisprudence citée).

99 Ainsi, la circonstance pour un fonctionnaire ou un agent d’être locataire ou propriétaire de son logement dans un pays, fait qui relève de la liberté d’organiser sa vie personnelle et familiale, ne peut, à elle seule, établir que cette personne a fixé ou non le centre permanent ou habituel de ses intérêts dans ledit pays (voir arrêt du 7 septembre 2022, LR/BEI, T‑529/20, EU:T:2022:523, point 33 et jurisprudence citée).

100 Partant, dans la mesure où la possession d’une telle propriété en Suède ne suffit pas pour considérer que le requérant y a effectivement établi sa résidence au sens de l’article 6 de l’annexe VII du statut et de l’article 20, paragraphe 3, de l’annexe XIII du statut, c’est à juste titre que la Commission a examiné si les preuves qu’il a produites, appréciées globalement, suffisent à cette fin.

101 Dans ce cadre, il ressort du dossier que, le 25 juillet 2019, au moment de son départ à la retraite, le requérant a fourni au PMO diverses pièces justificatives, dont sa demande d’inscription au registre suédois de la population, des factures de services publics, une facture d’assurance habitation, une facture pour des travaux effectués dans sa propriété suédoise, une notification du service local des ordures ménagères pour l’installation d’une poubelle ainsi qu’une déclaration de résidence revêtue de sa signature électronique. Or, il est constant entre les parties que, sur la base desdites pièces, le requérant s’est initialement vu octroyer l’indemnité de réinstallation et le coefficient correcteur correspondant à la Suède.

102 Par la suite, pour démontrer que sa résidence était effectivement en Suède pendant la période de référence (de juillet 2019 à mars 2021), le requérant a produit un document certifiant l’immatriculation de sa voiture en Suède, une facture relative à l’installation d’internet dans sa propriété suédoise, un certificat médical de son médecin en Suède, une facture de meubles achetés pour ladite résidence ainsi que plusieurs factures de sa consommation quotidienne en Suède.

103 À cet égard, s’agissant des diverses factures relatives à sa propriété en Suède, il convient de relever que celles-ci ne démontrent pas que le requérant a fixé le centre principal de ses intérêts en Suède. En effet, si elles mettent en exergue que le requérant dispose réellement d’une propriété immobilière en Suède et qu’il y a passé un temps significatif, elles montrent tout au plus, comme le fait valoir, à juste titre, la Commission, qu’il disposait d’une double résidence, à savoir une résidence principale en Belgique et une résidence secondaire en Suède.

104 Or, il y a lieu de relever à cet égard que ni l’article 6 de l’annexe VII du statut ni l’article 20 de l’annexe XIII du statut ne prévoient l’octroi de l’indemnité de réinstallation et du coefficient correcteur dans un tel cas de double résidence (voir, en ce sens, arrêts du 25 mai 2004, W/Parlement, T‑69/03, EU:T:2004:155, point 48, et du 7 novembre 2013, Cortivo/Parlement, F‑52/12, EU:F:2013:173, point 39).

105 De même, pour ce qui est des autres liens de rattachement avec la Suède, invoqués par le requérant, comme l’immatriculation d’une voiture, les consultations médicales ainsi que le fait d’y être domicilié fiscalement et d’y disposer d’intérêts et de biens patrimoniaux, tels qu’un compte bancaire, il convient de rappeler que, selon la jurisprudence, de tels liens d’un fonctionnaire avec son pays ne permettent pas de démontrer que la résidence se situe dans ce pays (voir, en ce sens, ordonnance du 26 septembre 2007, Salvador Roldán/Commission, F‑129/06, EU:F:2007:166, point 59 et jurisprudence citée).

106 Il en résulte que la Commission n’a pas commis d’erreur d’appréciation en concluant, dans la décision rejetant les réclamations, que les éléments de preuve produits par le requérant ne suffisaient pas à démontrer qu’il avait établi sa résidence en Suède.

107 Cette conclusion ne saurait être remise en cause par l’allégation du requérant selon laquelle les multiples procédures qu’il a engagées contre la décision des autorités suédoises refusant son inscription au registre de la population démontrent son intention de résider de manière permanente en Suède. En effet, quand bien même cette circonstance rendrait compte d’une volonté du requérant de s’établir en Suède, elle ne saurait suffire à prouver qu’un transfert de sa résidence en Suède a effectivement eu lieu, au sens de la jurisprudence citée au point 88 ci-dessus.

108 En troisième lieu, en ce qui concerne l’argument de la Commission dans la première décision attaquée tiré de ce que le requérant n’avait pas sa résidence en Suède dans la mesure où il conservait d’importants liens familiaux en Belgique, il convient de rappeler que, selon une jurisprudence constante (voir point 86 ci-dessus), l’existence de tels liens dans un pays donné joue un rôle essentiel afin de déterminer la réalité d’un transfert de résidence. En effet, il appartient au fonctionnaire de fournir la preuve de sa réinstallation effective avec sa famille.

109 En l’espèce, il est constant entre les parties que, en juillet 2019 (voir point 6 ci-dessus), le requérant a informé le PMO du fait qu’il avait l’intention de rendre visite à son épouse plusieurs fois au cours de l’année dans leur logement familial en Belgique.

110 Or, bien que, lors du départ à la retraite du requérant en 2019, son épouse soit toujours en activité comme fonctionnaire de la Commission et que sa réinstallation en Suède ait donc été impossible pendant cette période, force est de constater que, à la suite de son départ à la retraite en mai 2023, elle a continué à résider dans le logement du couple en Belgique, comme le requérant l’a d’ailleurs confirmé lors de l’audience.

111 Partant, la circonstance que son épouse n’ait pas déménagé en Suède confirme que le requérant n’a pas conféré à ce lieu la continuité résultant d’une habitude de vie et de déroulement de rapports sociaux normaux, de sorte que le centre permanent ou habituel de ses intérêts, au sens de la jurisprudence citée au point 85 ci-dessus, n’a pas été transféré en Suède, mais est resté en Belgique.

112 Il en découle que c’est sans commettre d’erreur d’appréciation que la Commission a tenu compte, dans la première décision attaquée et dans la décision rejetant les réclamations, de la situation de l’épouse du requérant afin de conclure que celui-ci n’avait pas établi sa résidence en Suède.

113 Cette conclusion ne saurait être remise en cause par les allégations générales du requérant tirées de ce que le comportement prétendument illégal de la Suède, la pandémie de COVID-19 et le différend avec la Commission auraient expliqué pourquoi son épouse n’a pas voulu résider en Suède, dans la mesure où tous deux craignaient d’être confrontés aux mêmes problèmes lorsqu’ils essayeraient à nouveau de s’enregistrer dans ce pays. En effet, rien ne prouve que son épouse, étant elle-même de nationalité suédoise, se serait également vu refuser son enregistrement au registre suédois de la population, notamment si elle était amenée à présenter une telle demande d’inscription conjointement avec le requérant. En outre, ces prétendues difficultés ne remettent pas non plus en cause l’obligation qui incombait au requérant de prouver le caractère effectif de sa réinstallation en Suède à ses côtés, au sens de l’article 6 de l’annexe VII du statut.

114 Au vu de ce qui précède, il y a lieu de rejeter la première branche du premier moyen.

– Sur le deuxième moyen, tiré de la violation du principe de l’interprétation autonome du droit de l’Union

115 Le requérant fait valoir que la Commission a méconnu le principe de l’interprétation autonome du droit de l’Union, en ce que, dans la première décision attaquée et la décision rejetant les réclamations, elle se fonde sur des décisions rendues par des autorités et des juridictions suédoises en méconnaissance du droit national et, surtout, du droit de l’Union.

116 À cet égard, en premier lieu, le requérant avance que, même si la Commission reconnaît le caractère autonome de la notion de « résidence » au sens du statut par rapport à la notion équivalente consacrée par le droit national ou la directive 2004/38, elle s’est néanmoins appuyée sur les décisions des autorités et des juridictions suédoises pour soutenir qu’il n’aurait pas dû recevoir l’indemnité de réinstallation ni le coefficient correcteur.

117 En outre, le requérant soutient que la Commission ne saurait invoquer le principe de coopération loyale afin d’éluder son obligation d’interpréter, de façon autonome, la notion de « résidence » à la lumière des dispositions du statut.

118 En second lieu, en se référant à la position des autorités suédoises pour justifier ses décisions, la Commission souscrirait à deux violations du droit de l’Union, à savoir, d’une part, une violation de la directive 2004/38 et du principe de la libre circulation des personnes et, d’autre part, une violation de l’article 267 TFUE.

119 En effet, le requérant aurait dûment informé la Commission qu’il avait adressé une plainte à la direction générale de la justice et des consommateurs de la Commission, dans laquelle il aurait relevé plusieurs manquements de la Suède à ses obligations en vertu du droit de l’Union, dont la Commission serait, en tout état de cause, au courant, puisque d’autres citoyens suédois auraient également rencontré les mêmes difficultés que lui.

120 La Commission conteste les arguments du requérant.

121 À cet égard, il y a lieu de rappeler que, même si la Commission a, dans la première décision attaquée et dans la décision rejetant les réclamations, fondé largement son analyse sur les conclusions des autorités et des juridictions suédoises, elle a également tenu compte d’autres éléments, notamment ceux avancés par le requérant, et du fait que celui-ci avait maintenu des liens familiaux en Belgique (voir points 63 à 66 ci-dessus).

122 Partant, le requérant ne saurait avancer que la Commission a interprété la notion de « résidence » uniquement en suivant l’interprétation que les juridictions nationales ont donnée à cette notion en vertu du droit suédois, et non également au regard de celle prévue par le statut.

123 Dans ce cadre, il y a lieu de relever, d’une part, que le requérant n’a pas été en mesure de fournir des éléments, que ce soit dans ses écritures ou lors de l’audience, afin d’expliquer en quoi l’interprétation de la notion de « résidence » au sens du statut, retenue par la Commission, serait erronée et se distinguerait de son équivalent en droit suédois et, d’autre part, que rien ne faisait obstacle à ce que la Commission fasse référence aux constatations factuelles faites par les juridictions nationales suédoises, dans la mesure où, comme elle le fait valoir à juste titre, elle n’était pas en mesure de procéder elle-même à une vérification matérielle de la résidence effective du requérant, en dehors des éléments fournis par celui-ci.

124 En outre, en ce qui concerne l’argument tiré de la prétendue illégalité des décisions rendues par les autorités et juridictions suédoises et du fait qu’il avait introduit une plainte à la direction générale de la justice et des consommateurs à cet égard, il convient de constater que le requérant se limite à affirmer, dans ses écritures, que celles-ci ont violé la directive 2004/38 et l’article 267 TFUE, sans préciser quelles dispositions de ladite directive auraient été violées en l’espèce et sur quel fondement une violation de l’article 267 TFUE devrait être reconnue.

125 Dans ces circonstances, c’est à bon droit que la Commission a constaté qu’il ne lui appartenait pas, en l’espèce, d’interpréter la législation suédoise à la lumière de la directive 2004/38.

126 Au vu de ce qui précède, il y a lieu de rejeter le deuxième moyen.

Sur la seconde branche du premier moyen, tirée de la violation de l’article 85 du statut

127 Le requérant fait valoir que la Commission n’était pas habilitée à recouvrer les montants qu’il avait reçus au titre de l’indemnité de réinstallation et du coefficient correcteur correspondant à la Suède. En effet, les conditions prévues à l’article 85, premier alinéa, du statut n’étaient pas remplies, dès lors que la prétendue illégalité des paiements ne serait pas, selon le requérant, évidente, même pour un fonctionnaire avec son niveau de responsabilité et de formation.

128 En premier lieu, le PMO n’aurait formulé aucune objection lorsque le requérant l’a informé de son intention non seulement d’établir sa résidence en Suède, mais également de se rendre parfois en Belgique pour voir son épouse. Sur cette base, le PMO lui aurait versé l’indemnité de réinstallation et le coefficient correcteur correspondant à la Suède et n’aurait changé de position qu’après le rejet par la Högsta förvaltningsdomstolen (Cour suprême administrative suédoise) du recours du requérant, rendant ainsi définitif le refus par les autorités suédoises d’inscrire ce dernier au registre de la population.

129 En second lieu, les différents services de la Commission n’auraient pas eu la même position, ou la même analyse, sur la question de savoir si les paiements étaient indus ou non. À cet égard, malgré la transparence et la bonne foi du requérant, l’indemnité de réinstallation et le coefficient correcteur correspondant à la Suède auraient continué à lui être versés, même après son retour en Belgique en avril 2021, quand ces versements n’étaient plus justifiés.

130 La Commission conteste les arguments du requérant.

131 À titre liminaire, il convient de relever que l’article 85, premier alinéa, du statut autorise les institutions à recouvrir, dans certaines conditions, des sommes indûment perçues par un membre de leur personnel.

132 Plus précisément, le Tribunal rappelle que la répétition de l’indu suppose, selon l’article 85 du statut, une irrégularité de versement dont le bénéficiaire a eu connaissance ou dont le caractère erroné est si évident qu’il ne pouvait manquer d’en avoir connaissance. Pour justifier la répétition de l’indu, il suffit donc que l’une des deux conditions exigées par l’article 85 du statut soit remplie.

133 Dans ce cadre, il y a lieu de relever que, selon la jurisprudence, une telle erreur de versement peut résulter d’une carence ou d’une tolérance administrative et peut avoir porté sur une longue période (voir, en ce sens, arrêt du 15 juillet 2004, Gouvras/Commission, T‑180/02 et T‑113/03, EU:T:2004:238, point 104 et jurisprudence citée).

134 S’agissant de la première des deux conditions prévues pour la répétition de l’indu, il appartient à l’administration de prouver que le bénéficiaire avait une connaissance effective du caractère irrégulier du paiement (arrêt du 24 février 1994, Stahlschmidt/Parlement, T‑38/93, EU:T:1994:23, point 18).

135 S’agissant de la seconde condition, en cas de contestation de la part du bénéficiaire et en l’absence de preuve d’une connaissance de l’irrégularité du versement, il y a lieu d’examiner les circonstances dans lesquelles le versement a été effectué afin d’établir si l’irrégularité du versement devait apparaître avec évidence (voir arrêt du 29 septembre 2005, Thommes/Commission, T‑195/03, EU:T:2005:344, point 116 et jurisprudence citée).

136 Ainsi, l’expression « si évidente » figurant à l’article 85 du statut ne signifie pas que le fonctionnaire bénéficiant d’un paiement indu est dispensé de tout effort de réflexion ou de contrôle, mais qu’une restitution est due dès qu’il s’agit d’une erreur qui n’échappe pas à un fonctionnaire normalement diligent. À cet égard, il convient de tenir compte, dans chaque cas d’espèce, de la capacité du fonctionnaire concerné à procéder aux vérifications nécessaires (voir, en ce sens, arrêts du 24 février 1994, Stahlschmidt/Parlement, T‑38/93, EU:T:1994:23, point 19 et jurisprudence citée, et du 29 septembre 2005, Thommes/Commission, T‑195/03, EU:T:2005:344, point 123 et jurisprudence citée).

137 En l’espèce, l’irrégularité est constituée par le fait que le versement de l’indemnité de réinstallation et du coefficient correcteur correspondant à la Suède n’était pas fondé, en ce que le requérant n’avait pas prouvé sa résidence dans ledit pays au sens de l’article 6 de l’annexe VII du statut et de l’article 20, paragraphe 3, de l’annexe XIII du statut.

138 Par ailleurs, la Commission n’ayant pas établi que le bénéficiaire avait une connaissance effective du caractère irrégulier du paiement, au sens de la jurisprudence citée au point 134 ci-dessus, la seconde condition posée pour la répétition de l’indu au sens de l’article 85 du statut est la seule pertinente en l’espèce.

139 Partant, il y a lieu d’examiner si, dans les circonstances de l’espèce, l’irrégularité du versement dont a bénéficié le requérant était « si évidente » qu’un fonctionnaire normalement diligent ne pouvait manquer d’en avoir connaissance.

140 À cet égard, la Commission a indiqué, dans la décision rejetant les réclamations, que, tout au long de la procédure, le PMO a constamment contesté le droit à l’indemnité, et ce depuis au moins sa lettre du 19 février 2022, dans laquelle il était clairement indiqué que le paiement était indu. En outre, compte tenu du fait que le requérant était un fonctionnaire ayant travaillé pendant 25 ans dans la fonction publique européenne, il aurait dû savoir, selon la Commission, que, en ne fournissant pas les documents demandés et en l’absence de preuve concluante d’un changement effectif de résidence, le versement dont il a bénéficié au sens de l’article 85 du statut était irrégulier.

141 Ainsi, en premier lieu, il convient d’écarter l’argument du requérant selon lequel le PMO n’a formulé aucune objection lorsqu’il l’a informé de son intention d’établir sa résidence en Suède, qu’il a, partant, versé l’indemnité de réinstallation et le coefficient correcteur correspondant à la Suède et que ce n’était que lorsque la Högsta förvaltningsdomstolen (Cour suprême administrative suédoise) avait décidé de rejeter son pourvoi que le PMO a changé de position.

142 En effet, comme la Commission le fait valoir à juste titre, sa décision du 18 novembre 2019 mentionnait déjà le caractère conditionnel des droits du requérant à l’indemnité de réinstallation et au coefficient correcteur correspondant à la Suède et la nécessité pour celui-ci de fournir un certificat de résidence en temps voulu.

143 En second lieu, il convient également de rejeter l’argument du requérant selon lequel le fait que les différents services de la Commission n’ont pas eu la même position sur la question de savoir si les paiements étaient indus ou non confirme que sa situation était loin d’être évidente pour lui, malgré son niveau de responsabilité et de formation ainsi que son ancienneté. Dans ce cadre, le Tribunal a déjà jugé qu’il ne s’agissait pas de savoir si l’erreur était ou non évidente pour l’administration, mais si elle l’était pour l’intéressé. En effet, la situation dans laquelle se trouve une administration chargée d’assurer le paiement de milliers de traitements et d’allocations de tout genre ne saurait être comparée à celle du fonctionnaire qui a un intérêt personnel à vérifier les paiements qui lui sont versés (voir arrêt du 29 septembre 2005, Thommes/Commission, T‑195/03, EU:T:2005:344, point 121 et jurisprudence citée).

144 Or, en l’espèce, compte tenu, notamment, des démarches effectuées par le requérant auprès de la Commission afin de l’informer de sa situation en Suède, lesquelles mettent en évidence qu’il avait compris que l’issue de la procédure qu’il avait engagée en Suède pour contester le refus de son inscription au registre de la population jouerait un rôle important dans l’éventuel octroi de l’indemnité de réinstallation et du coefficient correcteur correspondant à ce pays, celui-ci ne pouvait manquer avoir connaissance de l’irrégularité du versement en cause.

145 Dans ces conditions, il y a lieu de conclure que la seconde condition prévue par l’article 85 du statut pour procéder à la répétition des sommes indûment versées est remplie en l’espèce, de sorte que la Commission était fondée à recouvrir lesdites sommes.

146 Partant, il y a lieu de rejeter la seconde branche du premier moyen.

Sur les deuxième, troisième et quatrième branches du troisième moyen, tirées de la violation du droit à un délai raisonnable, de la violation du devoir de sollicitude et de la violation du droit d’être entendu

– Sur la deuxième branche du troisième moyen, tirée de la violation du droit à un délai raisonnable

147 Le requérant fait valoir que la Commission n’a pas respecté son droit de voir ses affaires entendues dans un délai raisonnable, tel qu’il découle d’une jurisprudence constante.

148 À cet égard, le requérant rappelle que plus de deux ans se sont écoulés depuis le début du litige, en février 2022, et que sa situation n’a toujours pas été résolue de manière définitive, de sorte que le délai de traitement de son dossier apparaît déraisonnable et ne peut en aucun cas être justifié par la Commission. En effet, il aurait déjà introduit une première réclamation contre deux décisions contestées de 2022 et 2023, qui auraient finalement été annulées en octobre 2023 par la Commission.

149 Dans ce cadre, le requérant fait valoir que, malgré les nombreux échanges entre les parties et la décision annulant les premières décisions contestées de 2022 et 2023, la Commission a, par la première décision attaquée ainsi que par la décision rejetant les réclamations, décidé de maintenir sa position, nonobstant le désaccord entre les différents services de la Commission, ne lui laissant d’autre choix que de contester ces nouvelles décisions litigieuses en présentant de nouvelles réclamations.

150 Enfin, la Commission n’aurait pas respecté le délai de quatre mois pour répondre à sa réclamation contre la première décision attaquée. En effet, bien qu’elle ait répondu à la réclamation un peu avant la fin du délai de trois mois, augmenté d’un délai de distance de dix jours pour introduire le recours, elle n’aurait pas expliqué, dans la décision de rejet, les raisons du délai particulièrement long pour répondre à ladite réclamation.

151 La Commission conteste les arguments du requérant.

152 À cet égard, il convient de rappeler que l’obligation d’observer un délai raisonnable dans la conduite des procédures administratives constitue un principe général du droit de l’Union dont le juge de l’Union assure le respect et qui est d’ailleurs repris comme une composante du droit à une bonne administration par l’article 41, paragraphe 1, de la Charte (arrêts du 11 avril 2006, Angeletti/Commission, T‑394/03, EU:T:2006:111, point 162, et du 6 décembre 2012, Füller-Tomlinson/Parlement, T‑390/10 P, EU:T:2012:652, point 115).

153 Dans le domaine particulier de la répétition de l’indu prévue à l’article 85 du statut, le temps n’intervient que comme un élément d’appréciation du bien-fondé de l’exercice du droit à répétition, compte tenu, en particulier, d’une part, de l’évidence de l’irrégularité commise par l’administration et, d’autre part, de l’ensemble des circonstances qui peuvent être prises en compte, telles que le montant des sommes exigées, le comportement fautif de l’administration, la bonne foi du fonctionnaire et la diligence normale qui peut être attendue de lui, eu égard à sa formation, à son grade et à son expérience professionnelle (voir, en ce sens, arrêts du 10 février 1994, White/Commission, T‑107/92, EU:T:1994:17, point 47, et du 5 novembre 2002, Ronsse/Commission, T‑205/01, EU:T:2002:269, point 52).

154 Enfin, la violation du respect du délai raisonnable ne justifie pas, en règle générale, l’annulation de la décision prise à l’issue d’une procédure administrative. En effet, ce n’est que lorsque l’écoulement excessif du temps est susceptible d’avoir une incidence sur le contenu même de la décision adoptée à l’issue de la procédure administrative ou d’affecter la capacité des personnes concernées de se défendre effectivement que le non-respect du principe du délai raisonnable affecte la validité de la procédure administrative (voir, en ce sens, arrêts du 25 octobre 2017, Lucaccioni/Commission, T‑551/16, non publié, EU:T:2017:751, point 94 et jurisprudence citée, et du 13 juillet 2018, Curto/Parlement, T‑275/17, EU:T:2018:479, point 104 et jurisprudence citée).

155 Ainsi, il y a lieu de déterminer si la procédure de recouvrement a été conduite par la Commission avec la diligence requise.

156 Dans ce cadre, il convient de distinguer deux périodes, à savoir, d’une part, celle allant du 25 juillet 2019 (lorsque le requérant a informé le PMO qu’il allait établir sa résidence en Suède ; voir point 5 ci-dessus) au 19 février 2022 (lorsque le PMO a informé le requérant du recouvrement des sommes indûment perçues au titre du coefficient correcteur correspondant à la Suède et de l’indemnité de réinstallation ; voir point 18 ci-dessus) et, d’autre part, celle allant du 19 février 2022 au 8 mai 2024 (date d’adoption la troisième décision attaquée ; voir point 36 ci-dessus).

157 En l’espèce, il y a lieu de relever que, s’agissant de la première période, le requérant a introduit des recours devant les juridictions suédoises, qui, à l’instar de ce que fait valoir la Commission, ont eu un impact direct sur la présente affaire et ont ainsi contribué à la longueur de la procédure. Or, il ne saurait être reproché à la Commission d’avoir attendu la fin du contentieux au niveau national avant d’engager la procédure de recouvrement en cause, étant donné qu’elle laissait ainsi ouverte la possibilité de réviser sa position si ce contentieux aboutissait finalement à une issue favorable pour le requérant.

158 Par ailleurs, s’agissant de la seconde période, il convient de constater que celle-ci a duré plus de deux ans. Or, plusieurs circonstances ont contribué à l’allongement de la procédure de recouvrement en l’espèce, telles que l’opposition initiale du requérant à la restitution des sommes qu’il avait perçues, le fait que diverses décisions de recouvrement ont été annulées sur la base de préoccupations liées, notamment, au respect du droit d’être entendu, les nombreuses réclamations introduites par le requérant et le fait qu’il a produit de nouveaux éléments de preuve de sa résidence en Suède.

159 Dans ces circonstances, la durée de la procédure de recouvrement ne saurait être considérée comme déraisonnable, au sens de l’article 41, paragraphe 1, de la Charte.

160 Enfin, s’agissant du non-respect du délai de quatre mois pour statuer sur la réclamation introduite par le requérant le 14 mars 2024 contre la première décision attaquée (voir point 33 ci-dessus), il y a lieu de relever que la Commission a effectivement adopté la décision rejetant les réclamations après l’expiration dudit délai, à savoir le 14 octobre 2024. Or, force est de constater que le requérant n’a apporté aucun élément permettant de conclure que, en l’absence de cette irrégularité, la procédure aurait pu aboutir à un résultat différent, de sorte qu’il y a lieu de rejeter l’argument du requérant tiré du dépassement de ce délai.

161 Au vu de ce qui précède, il y a lieu de rejeter la deuxième branche du troisième moyen.

– Sur la troisième branche du troisième moyen, tirée de la violation du devoir de sollicitude

162 Le requérant avance que l’administration a commis une faute de service et a agi avec négligence à son égard, dans la mesure où la Commission n’a pas tenu compte de ses intérêts avant d’adopter la première décision attaquée et de l’exécuter.

163 En effet, au cours des échanges entre les parties, le requérant aurait souligné que la mise en œuvre de ladite décision pourrait nuire gravement à sa situation financière et a donc invité le PMO à suspendre le recouvrement des montants prétendument indus. Dans ce cadre, il aurait notamment expliqué qu’il devait rembourser des prêts hypothécaires en Belgique ainsi qu’en Suède et qu’il devait supporter des dépenses mensuelles importantes pour ses propriétés dans ces deux pays.

164 Par ailleurs, le requérant rappelle qu’il est âgé de 70 ans, de sorte que le facteur temps et les retards ont eu des implications particulières pour lui. Or, dans la décision rejetant les réclamations, la Commission n’aurait pas répondu à cet argument démontrant une nouvelle fois qu’elle ne se sentait pas concernée par ses intérêts et ses difficultés actuelles.

165 Enfin, la Commission aurait précisé dans la décision rejetant les réclamations que, si le requérant obtenait gain de cause devant les juridictions nationales ou devant la Cour ou si la direction générale de la justice et des consommateurs décidait d’introduire un recours en manquement contre la Suède et que la Cour reconnaissait les manquements de ce pays, elle pourrait alors réexaminer l’affaire du requérant. Or, en agissant ainsi, la Commission l’aurait plongé dans l’anxiété et dans une situation de grande incertitude.

166 La Commission conteste les arguments du requérant.

167 À cet égard, il convient de rappeler que le devoir de sollicitude, qui découle du principe de bonne administration consacré à l’article 41 de la Charte, implique notamment que, lorsqu’elle se prononce sur la situation d’un fonctionnaire, l’autorité compétente prenne en considération l’ensemble des éléments susceptibles de déterminer sa décision et que, ce faisant, elle tienne compte non seulement de l’intérêt du service, mais aussi de celui du fonctionnaire concerné (voir, en ce sens, arrêts du 19 décembre 2019, Wehrheim/BCE, T‑100/18, non publié, EU:T:2019:882, point 87 et jurisprudence citée, et du 6 octobre 2021, AV et AW/Parlement, T‑43/20, non publié, EU:T:2021:666, point 79).

168 En l’espèce, en premier lieu, force est de constater que les allégations du requérant tenant à son âge avancé et au fait qu’il devait rembourser deux prêts hypothécaires en Belgique et en Suède, ainsi que supporter des dépenses mensuelles importantes pour sa propriété en Suède et sa maison en Belgique, ne sauraient prospérer.

169 En effet, le devoir de sollicitude ne saurait en aucun cas contraindre l’administration à donner à une disposition de l’Union un effet qui irait à l’encontre des termes clairs et précis de celle-ci. Dès lors, une partie requérante ne peut invoquer le devoir de sollicitude afin d’obtenir des avantages que le statut ne permet pas de lui octroyer (voir arrêt du 16 mai 2007, F/Commission, T‑324/04, EU:T:2007:140, point 169 et jurisprudence citée). Il s’ensuit que, dès lors que le requérant n’a pas prouvé qu’il remplissait les conditions requises par le statut pour bénéficier de l’indemnité de réinstallation ainsi que du coefficient correcteur correspondant à la Suède (voir point 83 ci-dessus), il ne saurait invoquer le devoir de sollicitude pour recevoir des paiements auxquels le statut ne lui donne pas droit.

170 En second lieu, il convient également de rejeter l’allégation du requérant tirée de ce que la Commission l’aurait plongé dans un état d’anxiété et de grande incertitude en indiquant dans la décision rejetant les réclamations qu’elle serait en mesure de réexaminer l’affaire dans l’hypothèse où il obtiendrait gain de cause devant les juridictions nationales ou devant la Cour. En effet, force est de constater que, en invoquant une telle possibilité, la Commission a tenu compte de ses intérêts, puisqu’elle laisse ainsi ouverte la possibilité de réviser sa position dans l’hypothèse où les procédures que le requérant a engagées à l’encontre des autorités suédoises aboutiraient finalement à une issue favorable pour ce dernier.

171 Au vu de ce qui précède, il y a lieu de rejeter la troisième branche du troisième moyen.

– Sur la quatrième branche du troisième moyen, tirée de la violation du droit d’être entendu

172 Le requérant fait valoir qu’il n’a pas réellement eu la possibilité de présenter ses observations avant l’adoption de la première décision attaquée.

173 À cet égard, le requérant estime que, pour que ce droit soit respecté, l’administration doit d’abord informer le fonctionnaire ou l’agent concerné de son intention d’adopter un acte susceptible de lui faire grief, précisant également que, avant d’adopter une telle décision, elle l’invitera à présenter ses observations, ce que la Commission n’aurait toutefois pas fait en l’espèce. Dans ce cadre, il relève que la première décision attaquée mentionnait déjà la possibilité pour lui d’introduire une réclamation au sens de l’article 90 du statut. Partant, ladite décision serait définitive, indépendamment de ses observations.

174 Le requérant conclut que, si la Commission lui avait permis de présenter ses observations, elle aurait pu adopter une décision différente, sans doute moins préjudiciable pour lui, de sorte que la première décision attaquée doit être considérée comme illégale.

175 La Commission conteste les arguments du requérant.

176 À cet égard, il y a lieu de rappeler que le droit d’être entendu dans toute procédure, prévu à l’article 41, paragraphe 2, sous a), de la Charte, qui fait partie intégrante du respect des droits de la défense, garantit à toute personne la possibilité de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d’une procédure administrative et avant qu’une décision susceptible d’affecter de manière défavorable ses intérêts ne soit prise à son encontre (voir, en ce sens, arrêt du 11 décembre 2014, Boudjlida, C‑249/13, EU:C:2014:2431, points 34 et 36).

177 Plus précisément, le droit d’être entendu exige que la personne concernée soit préalablement mise en mesure, dans le cadre d’un échange écrit ou oral amorcé par l’administration, de faire connaître son point de vue au sujet des éléments qui pourraient être retenus à son endroit dans l’acte à intervenir [voir, en ce sens, arrêt du 9 novembre 2022, QM/Europol, T‑164/21, EU:T:2022:695, point 57 (non publié) et jurisprudence citée].

178 En outre, il convient de constater qu’une violation du droit d’être entendu n’entraîne l’annulation de la décision prise au terme de la procédure administrative en cause que si, en l’absence de cette irrégularité, cette procédure aurait pu aboutir à un résultat différent (voir, en ce sens, arrêt du 10 janvier 2019, RY/Commission, T‑160/17, EU:T:2019:1, point 51 et jurisprudence citée).

179 En l’espèce, il y a lieu de relever que, contrairement aux exigences établies par la jurisprudence citée aux points 176 et 177 ci-dessus, la Commission n’a pas invité le requérant à fournir, par voie écrite ou orale, son point de vue ou des explications supplémentaires, préalablement à l’adoption de la première décision attaquée.

180 Il s’ensuit que, dans le cas d’espèce, la Commission n’a pas respecté le droit d’être entendu du requérant au sens de l’article 41, paragraphe 2, sous a), de la Charte.

181 Toutefois, il y a également lieu d’observer que, préalablement à l’adoption de la première décision attaquée, le requérant a été, au cours de la procédure, mis en mesure de discuter des motifs sur lesquels la Commission s’est fondée. En particulier, dans ses observations du 23 décembre 2022 ainsi que dans sa réclamation du 16 mars 2023, le requérant a soulevé des arguments analogues à ceux avancés dans sa réclamation contre ladite décision (voir point 33 ci-dessus). Ainsi, dans ses observations du 23 décembre 2022 et dans sa réclamation du 16 mars 2023, le requérant faisait déjà valoir, en substance, que la Commission avait commis une erreur et violé le principe d’interprétation autonome du droit de l’Union, en se fondant sur les décisions prétendument erronées rendues par les juridictions nationales suédoises lui ayant refusé l’octroi d’un certificat de résidence.

182 Dans ce cadre, force est de constater que le requérant n’a pas démontré que, s’il avait été mis en mesure d’exercer son droit d’être entendu avant l’adoption de la première décision attaquée, il aurait présenté d’autres arguments que ceux invoqués dans ses observations du 23 décembre 2022 ainsi que dans sa réclamation du 16 mars 2023, dont la Commission avait connaissance lors de l’adoption de ladite décision. Par conséquent, le requérant n’a fourni aucun élément permettant de conclure que, en l’absence de cette irrégularité, la procédure aurait pu, en ce qui concerne la première décision attaquée, aboutir à un résultat différent, au sens de la jurisprudence citée au point 178 ci-dessus.

183 Au vu de tout ce qui précède, il y a lieu de rejeter la quatrième branche du troisième moyen, et, partant, les conclusions en annulation dans leur ensemble.

Sur les conclusions en indemnité

184 Le requérant fait valoir que la Commission a violé, par l’adoption de la première décision attaquée, plusieurs règles de droit et droits fondamentaux, de sorte que cette décision devrait être annulée. Ladite décision lui aurait également causé des préjudices matériel et moral.

185 D’une part, en ce qui concerne le préjudice matériel, le requérant fait valoir que le PMO a prélevé des sommes sur sa pension, alors qu’il était en droit de bénéficier de l’indemnité de réinstallation et du coefficient correcteur, de sorte qu’il est fondé à réclamer le remboursement des sommes indûment déduites de sa pension augmentée des intérêts de retard. Ainsi, au moment de l’introduction du recours, le dommage matériel s’élèverait à 10 697,19 euros hors intérêts de retard, tandis que le montant total à recouvrer serait de 12 935,26 euros au titre de l’échéancier fourni.

186 D’autre part, en ce qui concerne le préjudice moral, le requérant estime qu’ont été des sources d’anxiété et d’incertitude considérables pour lui les circonstances très particulières de la présente affaire, à savoir le fait que le différend aurait duré plus de deux ans en raison du manque de communication ou des divergences de vues entre les services de la Commission quant à sa situation et qu’il aurait dû systématiquement présenter des réclamations pour contester les décisions du PMO, auxquelles la Commission aurait fait droit, le manque de considération de la Commission pour sa situation difficile et son âge, ainsi que la circonstance qu’il n’aurait jamais reçu de soutien ou de réponse de la part de la Commission lorsqu’il a averti celle-ci du fait que les autorités suédoises avaient refusé de l’inscrire au registre de la population et que les juridictions nationales n’avaient pas statué en sa faveur. Le préjudice moral pourrait donc être raisonnablement évalué ex aequo et bono à 10 000 euros.

187 La Commission conteste les arguments du requérant.

188 À titre liminaire, il convient de rappeler que l’engagement de la responsabilité de l’Union est subordonné à la réunion d’un ensemble de conditions, à savoir l’illégalité du comportement reproché aux institutions, la réalité du dommage et l’existence d’un lien de causalité entre le comportement de l’institution et le préjudice invoqué. Il suffit que l’une de ces conditions ne soit pas remplie pour que le recours en indemnité doive être rejeté dans son ensemble, sans qu’il soit nécessaire d’examiner les autres conditions (voir, en ce sens, arrêt du 19 décembre 2019, Wehrheim/BCE, T‑100/18, non publié, EU:T:2019:882, point 30 et jurisprudence citée).

189 En outre, il ressort d’une jurisprudence constante en matière de fonction publique que, si une demande en indemnité présente un lien étroit avec une demande en annulation, le rejet de cette dernière, soit comme irrecevable, soit comme non fondée, entraîne également le rejet de la demande indemnitaire (voir arrêt du 30 septembre 2003, Martínez Valls/Parlement, T‑214/02, EU:T:2003:254, point 43 et jurisprudence citée).

190 En l’espèce, il convient de constater que les conclusions en indemnité sont étroitement liées aux conclusions en annulation, pour autant que ledit préjudice trouve son origine dans les décisions attaquées ainsi que dans la décision rejetant les réclamations. Or, dans la mesure où ces dernières ont été rejetées, il convient d’écarter également les conclusions en indemnité portant sur ledit préjudice.

191 En tout état de cause, pour autant que l’éventuel préjudice ne soit pas lié auxdites décisions, il y a lieu d’observer que le requérant n’a ni précisé ni démontré l’existence d’un comportement illégal qui aurait causé le préjudice, ne s’acquittant ainsi pas de la charge de la preuve de l’illégalité du comportement reproché à l’institution, ainsi que de l’existence d’un lien de causalité entre le comportement et le préjudice invoqué, au sens de la jurisprudence citée au point 188 ci-dessus.

192 Au vu de ce qui précède, il y a lieu de rejeter les conclusions en indemnité et, partant, le recours dans son intégralité.

Sur les dépens

193 Aux termes de l’article 134, paragraphe 1, du règlement de procédure du Tribunal, toute personne qui succombe est condamnée aux dépens, s’il est conclu en ce sens.

194 Le requérant ayant succombé, il y a lieu de le condamner à supporter ses propres dépens ainsi que ceux exposés par la Commission, conformément aux conclusions de cette dernière.

Par ces motifs,

LE TRIBUNAL (dixième chambre)

déclare et arrête :

1) Il n’y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à l’annulation de la décision du 27 mars 2024, ayant, en premier lieu, confirmé la répétition de la somme concernée au titre de l’article 85 du statut des fonctionnaires de l’Union européenne en lui fournissant un échéancier des remboursements et, en second lieu, précisé que la suspension des prélèvements n’était pas prévue par le statut et de la décision du 8 mai 2024 confirmant la répétition de la somme au titre de l’article 85 du statut des fonctionnaires de l’Union européenne tout en modifiant l’échéancier des remboursements et précisant que la suspension des prélèvements n’est pas prévue par le statut.

2) Le recours est rejeté pour le surplus.

3) GW est condamné aux dépens.

Kalėda

Jaeger

Verschuur

Ainsi prononcé en audience publique à Luxembourg, le 3 juin 2026.

Signatures


* Langue de procédure : l’anglais.

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18/06/2026

Jurisprudence CJUE62024CJ0484

Arrêt de la Cour (cinquième chambre) du 18 juin 2026.#NTH Haustechnik GmbH contre EM.#Renvoi préjudiciel – Protection des personnes physiques à l’égard du traitement des données à caractère personnel – Règlement (UE) 2016/679 – Article 5, paragraphe 1, sous e) – Limitation de la conservation – Article 6, paragraphe 1, premier alinéa, sous e) – Licéité du traitement desdites données relatif à un contrat de travail dans le cadre d’une procédure judiciaire – Article 17, paragraphe 3, sous e) – Absence d’obligation de procéder à l’effacement des mêmes données en cas de traitement nécessaire à la constatation, à l’exercice ou à la défense de droits en justice – Données collectées par l’employeur en vue d’établir un manquement grave de l’employé à ses obligations – Utilisation de preuves obtenues de manière illégale.#Affaire C-484/24.

18/06/2026

Jurisprudence CJUE62024CJ0522

Jurisprudence CJUE — 62024CJ0522

18/06/2026

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