Arrêt CJUE62025CC0218

Conclusions de l'avocat général M. R. Norkus, présentées le 3 septembre 2026.###

CELEX62025CC0218
TypeArrêt CJUE
Datejeudi 3 septembre 2026

Texte intégral

Édition provisoire

CONCLUSIONS DE L’AVOCAT GÉNÉRAL

M. RIMVYDAS NORKUS

présentées le 3 septembre 2026 (1)

Affaire C218/25 [Wompou] (i)

BC

contre

Minister van Asiel en Migratie

[demande de décision préjudicielle formée par le Rechtbank Den Haag, zittingsplaats Amsterdam (tribunal de La Haye, siégeant à Amsterdam, Pays‑Bas)]

« Renvoi préjudiciel – Politique d’immigration – Directive 2008/115/CE – Rétention à des fins de retour – Conditions de rétention – Article 16, paragraphe 1 – Centre de rétention spécialisé – Contraintes nécessaires pour assurer un éloignement effectif – Légalité des limitations ou contraintes supplémentaires – Articles 1er, 6, 7 et 11 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne – Étendue du contrôle juridictionnel »






I. Introduction

1. La présente demande de décision préjudicielle du Rechtbank Den Haag, zittingsplaats Amsterdam (tribunal de La Haye, siégeant à Amsterdam, Pays‑Bas) porte sur les conditions de rétention d’un ressortissant de pays tiers faisant l’objet d’une procédure de retour au titre de la directive 2008/115/CE (2). Il est demandé à la Cour de clarifier et de développer sa jurisprudence existante relative à la première phrase de l’article 16, paragraphe 1, de cette directive, qui dispose que la rétention doit s’effectuer en règle générale dans des « centres de rétention spécialisés ».

2. La directive 2008/115 ne définit pas la notion de « centres de rétention spécialisés ». Néanmoins, dans son arrêt Landkreis Gifhorn (3), la Cour a notamment dit pour droit qu’un tel centre est « caractérisé par un agencement et un équipement de ses locaux ainsi que par des modalités d’organisation et de fonctionnement qui sont de nature à contraindre le ressortissant d’un pays tiers en séjour irrégulier qui y est placé à demeurer en permanence dans un périmètre restreint et clos, tout en limitant une telle contrainte à ce qui est strictement nécessaire afin d’assurer une préparation effective de son éloignement » (4). Le rétention dans un tel centre ne poursuit, en outre, aucune finalité punitive et doit éviter, autant que possible, de s’apparenter à un enfermement dans un environnement carcéral.

3. Il est à présent demandé à la Cour de préciser davantage, entre autres, ce qu’il faut entendre par l’obligation de limiter une telle contrainte à ce qui est « strictement nécessaire afin d’assurer une préparation effective de [l’]éloignement ». Elle est également interrogée sur la question de savoir si, et le cas échéant dans quelle mesure, les États membres peuvent appliquer des contraintes supplémentaires qui ne sont pas directement liées à l’objectif de la rétention (5). La Cour est par ailleurs invitée à préciser l’étendue du contrôle juridictionnel que les juridictions nationales devraient appliquer lorsqu’elles évaluent ces contraintes.

4. La demande a été présentée dans le cadre d’une procédure opposant BC, ressortissant d’un pays tiers, au Minister van Asiel en Migratie (ministre de l’Asile et de la Migration, Pays‑Bas, ci‑après le « ministre »), concernant la rétention du requérant au Justitieel Complex Schiphol (complexe judiciaire de Schiphol, ci‑après le « JCS »).

II. Le cadre juridique – le droit de l’Union

5. L’article 16 de la directive 2008/115, intitulé « Conditions de rétention », dispose :

« 1. La rétention s’effectue en règle générale dans des centres de rétention spécialisés. Lorsqu’un État membre ne peut les placer dans un centre de rétention spécialisé et doit les placer dans un établissement pénitentiaire, les ressortissants de pays tiers placés en rétention sont séparés des prisonniers de droit commun.

2. Les ressortissants de pays tiers placés en rétention sont autorisés – à leur demande – à entrer en contact en temps utile avec leurs représentants légaux, les membres de leur famille et les autorités consulaires compétentes.

3. Une attention particulière est accordée à la situation des personnes vulnérables. Les soins médicaux d’urgence et le traitement indispensable des maladies sont assurés.

[...]

5. Les ressortissants de pays tiers placés en rétention se voient communiquer systématiquement des informations expliquant le règlement des lieux et énonçant leurs droits et leurs devoirs [...]. »

III. Le litige au principal et les questions préjudicielles

6. Par décision du ministre du 21 février 2025, BC s’est vu refuser l’entrée au Pays‑Bas en vertu de l’article 14 du règlement 2016/399 (6), lu en combinaison avec son article 6. BC a été placé en rétention le même jour au JCS sur le fondement d’une décision distincte adoptée en vertu de l’article 6, paragraphes 1 et 2, de la Vreemdelingenwet 2000 (loi de 2000 sur les étrangers) du 23 novembre 2000 (7), lu en combinaison avec l’article 6, paragraphe 6, de celle‑ci.

7. BC a formé un recours contre son placement en rétention devant la juridiction de renvoi (8). Il a fait valoir que sa rétention était illégale au motif que le JCS n’était pas un « centre de rétention spécialisé » au sens de l’article 16, paragraphe 1, première phrase, de la directive 2008/115. BC invoquait un jugement rendu dans une autre affaire par la juridiction de renvoi le 31 janvier 2025, dans lequel celle‑ci avait dit pour droit que le JCS n’était pas un « centre de rétention spécialisé » (9). La juridiction de renvoi avait fondé son appréciation sur une inspection du JCS qu’elle avait menée dans le cadre de deux affaires dont elle était saisie (10). Le ministre a fait valoir que, par arrêt du 26 février 2025 (11), le Raad van State (Conseil d’État, Pays‑Bas, ci‑après le « Raad van State ») avait annulé le jugement du 31 janvier 2025 de la juridiction de renvoi et dit pour droit que le JCS constituait un « centre de rétention spécialisé ». Selon le ministre, le JCS doit être qualifié de « centre de rétention spécialisé » au sens de l’article 16, paragraphe 1, première phrase, de la directive 2008/115. Il considère que les conditions de rétention de BC ne sont pas illégales.

8. La juridiction de renvoi relève que, dans son arrêt du 26 février 2025, le Raad van State a jugé que des restrictions qui ont pour objectif de garantir la sécurité des ressortissants de pays tiers ou des membres du personnel peuvent être nécessaires, même si elles ne sont pas directement liées à l’objectif tenant au retour de la personne placée en rétention. La juridiction de renvoi reconnaît qu’elle est, en principe, liée par la jurisprudence du Raad van State, la juridiction administrative suprême des Pays‑Bas. Néanmoins, dès lors que la juridiction de renvoi doit appliquer le droit de l’Union, et eu égard à ses interrogations constantes concernant l’interprétation de la notion de « centre de rétention spécialisé » figurant à l’article 16, paragraphe 1, première phrase, de la directive 2008/115, elle a décidé de surseoir à statuer et de poser à la Cour de justice les questions préjudicielles suivantes :

« 1) Un État membre agit-il conformément à l’article 16 de la directive 2008/115 s’il effectue la rétention en règle générale dans un centre de détention où séjournent à la fois des ressortissants étrangers tels que visés dans la directive 2008/115 et des détenus de droit pénal, dans des quartiers différents et séparément les uns des autres, alors que les bâtiments et l’agencement des quartiers sont identiques et qu’en pratique ils sont, si nécessaire, interchangeables ?

2) Importe-t-il, aux fins de la réponse à la question précédente, que des installations communes soient utilisées tant pour la détention de droit pénal que pour la rétention des ressortissants étrangers et qu’à cette occasion, des contacts puissent avoir lieu entre les personnes placées en rétention au titre du droit des étrangers et les détenus de droit pénal ? À cet égard, que convient-il d’entendre par « séjournent (...) séparément les uns des autres » ? Cela signifie-t-il qu’aucune forme de contact n’est autorisée ? Si tel n’est pas le cas, quelles sont les formes de contact autorisées ?

3) Que convient-il de comprendre par les termes « limiter à ce qui est strictement nécessaire » à l’objectif [de la rétention], comme l’a jugé la Cour dans l’[arrêt Landkreis Gifhorn] ? Cela signifie-t-il qu’en l’absence d’un lien direct entre la contrainte et l’objectif de la rétention, à savoir la préparation effective de l’éloignement, la contrainte n’est, en tant que telle, pas autorisée ?

4) Si un État membre était autorisé à imposer des contraintes supplémentaires qui ne soient pas directement liées à l’objectif de la rétention, quelles conditions ces contraintes devraient-elles remplir, compte tenu également du fait que le plein respect des droits fondamentaux du ressortissant étranger doit être garanti, notamment le droit à la dignité humaine, à la liberté, à la vie privée et familiale et à l’information définis aux articles 1er, 6, 7 et 11 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne ?

5) Si un État membre était autorisé à imposer des contraintes supplémentaires qui ne soient pas directement liées à l’objectif de la rétention, de quelle manière la juridiction nationale devrait-elle contrôler leur légalité ? S’agirait-il d’un contrôle intégral ou d’un contrôle restreint ?

6) Quelles circonstances la juridiction doit-elle prendre en considération pour évaluer si les conditions de rétention applicables dans le centre sont telles qu’elles évitent, autant que possible, que la rétention s’apparente à un enfermement dans un environnement carcéral, propre à une détention à des fins punitives ?

7) Pour déterminer si l’on est en présence d’un centre de rétention spécialisé, la juridiction peut-elle se contenter de comparer la manière dont sont organisés le placement en rétention en droit des étrangers et la détention de droit pénal ? »

IV. La procédure devant la Cour

9. La juridiction de renvoi a demandé de soumettre la présente demande de décision préjudicielle à la procédure d’urgence prévue à l’article 107 du règlement de procédure de la Cour. Le 7 avril 2025, la juridiction de renvoi a indiqué, en réponse aux questions de la Cour, que BC n’était plus placé en rétention au JCS compte tenu de son retour dans son pays d’origine. Par décision du 8 avril 2025, la deuxième chambre de la Cour a rejeté la demande tendant à soumettre la présente demande de décision préjudicielle à la procédure d’urgence au motif qu’il n’apparaissait pas que les conditions posées à l’article 7 du règlement de procédure étaient remplies.

10. La juridiction de renvoi a également demandé de soumettre la présente demande de décision préjudicielle à la procédure accélérée prévue à l’article 105 du règlement de procédure de la Cour. Par ordonnance du 3 juin 2025, le président de la Cour a rejeté cette demande.

11. Des observations écrites ont été présentées par BC, les gouvernements allemand et néerlandais ainsi que la Commission européenne.

12. Compte tenu de la demande de la Cour, je limiterai mes conclusions dans la présente affaire aux troisième, quatrième et cinquième questions préjudicielles du Rechtbank Den Haag, zittingsplaats Amsterdam (tribunal de La Haye, siégeant à Amsterdam).

V. Analyse

A. Les troisième et quatrième questions préjudicielles

13. Par ses troisième et quatrième questions, qu’il convient d’examiner ensemble, la juridiction de renvoi cherche à savoir, en substance, si, et le cas échéant à quelles conditions, il est permis d’appliquer des restrictions ou des contraintes supplémentaires autres que celles qui sont strictement nécessaires afin d’assurer la préparation effective de l’éloignement d’un ressortissant de pays tiers en séjour irrégulier et/ou de procéder à l’éloignement. À cet égard, la juridiction de renvoi a énuméré un certain nombre de restrictions spécifiques imposées aux personnes placées en rétention au JCS, telle qu’elle les avait observées au cours de l’inspection mentionnée au point 7 des présentes conclusions.

14. La juridiction de renvoi a constaté que les personnes placées en rétention étaient systématiquement enfermées dans une cellule pendant la nuit, entre 22 h 00 et 8 h 00. Étant donné que les personnes placées en rétention ne peuvent pas quitter de leur propre chef le quartier dans lequel elles sont retenues, la juridiction de renvoi s’interroge sur la nécessité d’un tel confinement nocturne aux fins de leur retour dans leur pays d’origine. La juridiction de renvoi a également constaté l’application de plusieurs autres restrictions. Parmi celles‑ci figurent l’obligation de partager une cellule à deux personnes, l’obligation d’être accompagné afin de pouvoir profiter des espaces extérieurs, l’impossibilité de se rendre librement au service médical ou de consulter librement un avocat, l’obligation d’être « soumis à une inspection par un détecteur de sécurité » après avoir rencontré des tiers, l’utilisation de caméras de surveillance pendant les visites, l’impossibilité de disposer librement des téléphones portables personnels, l’accès limité à Internet et l’obligation de solliciter l’assistance d’un agent pénitentiaire pour effectuer des activités quotidiennes telles que la cuisine ou retirer de la nourriture du congélateur.

15. Le principal objectif de la directive 2008/115 est la mise en place d’une politique efficace d’éloignement et de rapatriement qui respecte pleinement les droits fondamentaux et la dignité des personnes concernées (12). L’article 15 de cette directive autorise la rétention des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier dans certaines circonstances précises afin de garantir l’efficacité de la procédure de retour. Ainsi, en vertu de l’article 15, paragraphe 1, de ladite directive, à moins que d’autres mesures suffisantes, mais moins coercitives, puissent être appliquées efficacement dans un cas particulier, les États membres peuvent uniquement placer en rétention le ressortissant d’un pays tiers qui fait l’objet de procédures de retour afin de préparer le retour et/ou de procéder à l’éloignement, en particulier lorsqu’« il existe un risque de fuite » ou que « le ressortissant concerné d’un pays tiers évite ou empêche la préparation du retour ou de la procédure d’éloignement ». Toute rétention doit être aussi brève que possible et ne peut être maintenue qu’aussi longtemps que le dispositif d’éloignement est en cours et exécuté avec toute la diligence requise. Le considérant 16 de cette même directive énonce que « [l]e recours à la rétention aux fins d’éloignement devrait être limité et subordonné au respect du principe de proportionnalité en ce qui concerne les moyens utilisés et les objectifs poursuivis. [...] ». Ainsi, ce n’est que dans l’hypothèse où l’exécution de la décision de retour sous forme d’éloignement risque, au regard d’une appréciation de chaque situation spécifique, d’être compromise par le comportement de l’intéressé que les États membres peuvent procéder à la privation de liberté de ce dernier au moyen d’une rétention (13).

16. La rétention en vertu de la directive 2008/115 dans le cadre d’une procédure de retour par suite d’un séjour irrégulier constitue une ingérence grave dans le droit à la liberté, consacré à l’article 6 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne (ci‑après la « Charte ») (14). Une telle rétention est donc une mesure strictement encadrée et exceptionnelle qui n’est autorisée que lorsque des mesures moins coercitives se révèlent insuffisantes.

17. L’article 16 de la directive 2008/115 énonce les conditions matérielles de la rétention. En vertu de l’article 16, paragraphe 1, première phrase, de cette directive, la rétention à des fins d’éloignement de ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier doit, en règle générale, s’effectuer dans des « centres de rétention spécialisés ». Aux termes de l’article 16, paragraphe 1, seconde phrase, de ladite directive, « [l]orsqu’un État membre ne peut les placer dans un centre de rétention spécialisé et doit les placer dans un établissement pénitentiaire, les ressortissants de pays tiers placés en rétention sont séparés des prisonniers de droit commun ». Cette dernière disposition prévoit donc une dérogation au principe selon lequel la rétention à des fins d’éloignement de ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier doit s’effectuer dans des « centres de rétention spécialisés » et cette dérogation doit, en tant que telle, être interprétée de manière stricte (15). Dans l’arrêt Landkreis Gifhorn, la Cour a jugé que la rétention dans de tels centres de rétention spécialisés constituait une mesure coercitive qui prive l’intéressé de sa liberté de mouvement et l’isole du reste de la population, en lui imposant de demeurer en permanence dans un périmètre restreint et clos (16). Étant donné que la finalité des mesures de rétention, au sens de la directive 2008/115, n’est pas la poursuite ou la répression d’infractions pénales, la Cour a dit pour droit que les centres et les conditions de rétention devaient se distinguer des conditions normales d’exécution des peines privatives de liberté dans des établissements pénitentiaires (17). En outre, les conditions de rétention doivent être conçues d’une telle manière que tant les droits fondamentaux garantis par la Charte que les droits consacrés à l’article 16, paragraphes 2 à 5, et à l’article 17 de la directive 2008/115 soient respectés (18). À cet égard, le considérant 17 de cette directive énonce notamment que « [l]es ressortissants de pays tiers placés en rétention devraient être traités humainement et dignement dans le respect de leurs droits fondamentaux et conformément aux dispositions du droit national et du droit international. [...] ».

18. Si, dans l’arrêt Landkreis Gifhorn, la Cour a précisé que la contrainte qui pèse sur la liberté de mouvement d’un ressortissant de pays tiers devait se limiter à ce qui est strictement nécessaire afin d’assurer une préparation effective de son éloignement et qu’elle devait éviter de revêtir un caractère punitif, l’article 16, paragraphe 5, de la directive 2008/115, en ce qu’il exige que les ressortissants de pays tiers placés en rétention se voient communiquer systématiquement des informations expliquant le règlement des lieux et énonçant leurs droits et leurs devoirs, envisage expressément l’imposition de règles (19) et de devoirs autres qu’une limitation de la liberté de mouvement dans un périmètre clos (20). De telles règles et de tels devoirs sont également clairement envisagés dans l’arrêt Landkreis Gifhorn (21).

19. Toutefois, dès lors que la rétention au titre de la directive 2008/115 est, en elle‑même, une mesure coercitive qui constitue une ingérence grave dans le droit à la liberté consacré à l’article 6 de la Charte (22), je considère que des règles et devoirs autres, qui restreignent davantage ce droit ou qui limitent d’autres droits et libertés consacrés par la Charte, doivent respecter l’article 52, paragraphe 1, de celle‑ci. Il convient également de souligner que de telles règles et de tels devoirs ne doivent pas revêtir un caractère punitif ni rendre les conditions de la rétention au titre de la directive 2008/115 similaires aux conditions normales d’exécution des peines privatives de liberté dans des établissements pénitentiaires (23).

20. En vertu de l’article 52, paragraphe 1, de la Charte, toute limitation de l’exercice des droits et libertés reconnus par la Charte doit être prévue par la loi, respecter le contenu essentiel desdits droits et libertés et, dans le respect du principe de proportionnalité, être nécessaire et répondre effectivement à des objectifs d’intérêt général reconnus par l’Union ou au besoin de protection des droits et libertés d’autrui (24). J’estime que des limitations nécessaires et proportionnées des droits des personnes placées en rétention peuvent ainsi être imposées pour, entre autres, prévenir les troubles au sein d’un centre de rétention et protéger les droits et libertés d’autrui, en particulier ceux des autres personnes placées en rétention et des membres du personnel. De telles limitations constituent un élément nécessaire et inhérent à la préparation effective de l’éloignement d’une personne placée en rétention, ainsi que l’exige l’arrêt Landkreis Gifhorn.

21. Lorsqu’il s’agit d’apprécier la proportionnalité des limitations de l’exercice des droits et libertés reconnus par la Charte, il convient de prendre en considération l’effet tant individuel que cumulatif de ces limitations. Il convient en outre de tenir compte de la durée moyenne de la rétention dans le centre.

22. Le droit d’imposer de telles limitations fait l’objet d’une réserve importante. Lorsqu’ils mettent en œuvre la directive 2008/115, les États membres doivent se conformer à l’interdiction des traitements inhumains ou dégradants, telle qu’elle est prévue à l’article 4 de la Charte. Cette interdiction est absolue et ne souffre aucune exception (25). L’article 4 de la Charte exige que toute personne détenue dans le cadre du système de justice pénale soit détenue dans des conditions qui garantissent le respect de la dignité humaine, que les modalités d’exécution de la mesure ne soumettent pas l’intéressé à une détresse ou à une épreuve d’une intensité qui excède le niveau inévitable de souffrance inhérent à la détention et que, eu égard aux exigences pratiques de l’emprisonnement, la santé et le bien-être du prisonnier sont assurés de manière adéquate (26). Ces exigences minimales s’appliquent a fortiori à la rétention des ressortissants de pays tiers au titre de la directive 2008/115 (27).

23. Je considère que les règles et devoirs imposés conformément à l’article 16, paragraphe 5, de la directive 2008/115 respectent, en principe, l’obligation d’être « prévus par la loi », au sens de l’article 52, paragraphe 1, de la Charte (28), s’ils satisfont aux exigences de clarté, de prévisibilité, d’accessibilité et de protection contre l’arbitraire (29). Afin de garantir le respect de ces exigences, tout ressortissant d’un pays tiers placé en rétention devrait se voir communiquer systématiquement, dès son arrivée au centre de rétention ou très peu de temps après, une copie écrite, rédigée de manière claire (30), des « informations expliquant le règlement des lieux et énonçant [ses] droits et [ses] devoirs » (31). Ces informations doivent également être fournies dans une langue qu’il comprend ou dans une langue dont on peut raisonnablement s’attendre à ce qu’il la comprenne (32). Les membres du personnel du centre de rétention devraient, en outre, déployer tous les efforts raisonnables pour expliquer davantage ces règles sur demande (33). Le rapport au gouvernement néerlandais concernant la visite périodique du CPT aux Pays‑Bas du 10 au 25 mai 2022 (34) indique que, au JCS, « la délégation a pu observer elle‑même que les membres du personnel consacraient un certain temps à expliquer les droits et le règlement intérieur aux nouveaux arrivants, lesquels avaient également reçu des documents écrits » (35).

24. Avant d’examiner les préoccupations spécifiques de la juridiction de renvoi quant aux conditions de rétention au JCS, il convient de rappeler que, dans le cadre de l’article 267 TFUE, la Cour n’a pas compétence pour appliquer les règles du droit de l’Union à une espèce déterminée. Il appartient, dès lors, à la juridiction de renvoi de procéder aux qualifications juridiques nécessaires pour la solution du litige au principal. En revanche, il incombe à la Cour de lui fournir toutes les indications nécessaires en vue de la guider dans cette appréciation (36).

25. Il convient de souligner d’emblée que, s’agissant des conditions physiques dans lesquelles les ressortissants de pays tiers sont placés en rétention au JCS, rien ne permet de considérer (37) que ces conditions ne sont pas hygiéniques ou que le centre se trouve dans un état de délabrement (38). En outre, contrairement à ce que soutient BC, le fait que les conditions de rétention au JCS diffèrent des conditions applicables dans d’autres centres de rétention aux Pays‑Bas ou soient plus restrictives que celles‑ci n’indique pas, en soi, que les conditions en vigueur au JCS sont inadéquates au regard, notamment, de l’article 16 de la directive 2008/115.

26. En ce qui concerne la situation personnelle de BC, il s’agit d’un homme adulte qui ne semble pas être accompagné de sa famille. Il ne ressort pas du dossier dont dispose la Cour qu’il s’agit d’une personne vulnérable au sens de l’article 3, point 9, de la directive 2008/115 ni qu’il souffre d’une maladie justifiant des soins médicaux d’urgence. Il s’ensuit que, sous réserve de vérification par la juridiction de renvoi, ni l’article 16, paragraphe 3, première phrase, ni l’article 17 de cette directive ne s’appliquent en l’espèce. Rien n’indique non plus que BC présente un risque pour lui‑même ou les autres personnes placées en rétention, ni qu’il représente une menace affectant un intérêt fondamental de la société ou de la sécurité intérieure ou extérieure de l’État membre concerné. En outre, les règles relatives aux situations d’urgence établies à l’article 18 de ladite directive, lesquelles autorisent, entre autres, des dérogations aux conditions énoncées à l’article 16, paragraphe 1, de cette même directive, ne semblent pas pertinentes en l’espèce. Il semblerait, par ailleurs, que la période de rétention de BC au JCS n’ait pas été excessivement longue, puisqu’elle a duré un mois et demi au maximum.

27. La juridiction de renvoi a toutefois fait part de préoccupations en ce qui concerne, notamment, la double occupation des cellules et les limitations imposées à la liberté de mouvement des personnes placées en rétention au JCS. Selon cette juridiction, les cellules pour deux personnes au JCS, qui mesurent 13,4 m², permettent des déplacements limités en raison de la présence d’une salle de bain et de meubles.

28. L’existence de pièces ou de cellules collectives est clairement envisagée dans la fiche thématique du CPT, pourvu qu’elles soient « équipées de tables et de chaises en fonction du nombre de personnes retenues » (39). Il ne ressort pas du dossier dont dispose la Cour (40) que les cellules en cause sont mal équipées pour une double occupation (41). Dès lors qu’il oblige les personnes placées en rétention à partager une cellule, le JCS doit prendre les mesures appropriées pour garantir suffisamment leur sécurité et leur bien‑être. Ces mesures pourraient comprendre, par exemple, l’évaluation des risques que comporte le partage des cellules (42), un système d’alerte et d’intervention rapides ou d’autres mesures de précaution de ce type (43). Il appartient à la juridiction de renvoi de vérifier l’existence et le caractère adéquat de telles mesures.

29. Si le fait que l’espace personnel dont dispose un détenu dans un cadre carcéral (44) soit inférieur à 3 m² dans une cellule collective fait naître une forte présomption de mauvais traitements au sens de l’article 4 de la Charte (45), il est clair que l’espace offert par les cellules à double occupation du JCS est deux fois supérieur à cet espace « minimum ». En outre, une réduction de l’espace vital individuel peut être compensée par une liberté de circulation suffisante hors de la cellule et des activités hors de la cellule adéquates (46).

30. Dans sa demande de décision préjudicielle, la juridiction de renvoi a indiqué que le JCS était divisé en quartiers d’une capacité maximale de 45 à 48 personnes placées en rétention par quartier. Les personnes placées en rétention dans chaque quartier du JCS ont accès, de 8 h 00 à 21 h 30, à une aire centrale (154,4 m2), à un lieu de silence et de contemplation (82,3 m2), à une cuisine (15,9 m2) et à un espace récréatif intérieur (53,2 m2). Il y a également un espace récréatif en plein air (644,8 m²), partiellement couvert, auquel les personnes placées en rétention peuvent accéder en journée en étant accompagné d’un membre du personnel disponible du JCS.

31. Outre la possibilité de regarder la télévision, d’écouter de la musique et de lire (47), la juridiction de renvoi a également indiqué que les personnes placées en rétention pouvaient s’adonner à une série d’activités telles que la cuisine, le tennis de table, le baby‑foot, le billard hollandais, les jeux vidéo (PlayStation), les jeux de société, le football, le basketball et le jardinage (48). L’on peut admettre que soient exigées la présence ou l’assistance de membres du personnel pour effectuer certaines activités, comme la cuisine ou l’utilisation des espaces extérieurs (49), pourvu que cette présence ou cette assistance soient justifiées par des objectifs légitimes (50) et qu’elles ne soient pas indûment refusées ou retardées (51).

32. Il appartient donc à la juridiction de renvoi d’évaluer de manière exhaustive le caractère approprié de l’espace vital individuel dont disposent les personnes placées en rétention, combiné avec la possibilité de jouir d’une liberté de circulation hors de la cellule et de s’adonner à des activités hors de la cellule, ainsi qu’avec la durée effective de cette liberté, afin de vérifier si les conditions en cause sont adéquates au regard du statut (non pénal) des personnes placées en rétention. En particulier, la juridiction de renvoi devrait s’assurer que les conditions globales ou cumulatives de rétention ne revêtent pas un caractère carcéral ou punitif ou ne portent pas atteinte à la dignité humaine.

33. En ce qui concerne le confinement des personnes placées en rétention au JCS entre 22 h 00 et 8 h 00, il s’agit d’une limitation de la liberté de mouvement de ces personnes au sein du JCS lui‑même. Dans sa demande de décision préjudicielle, la juridiction de renvoi a indiqué que le ministre considérait le confinement comme étant nécessaire pour garantir la sécurité des ressortissants de pays tiers car le fait d’être placé en rétention pouvait susciter des sentiments d’anxiété ou de frustration. Selon le ministre, lorsqu’il procède à la rétention des ressortissants de pays tiers, il assume la responsabilité de leur bien-être (52). La juridiction de renvoi estime que des mesures moins intrusives, telles que celles consistant à autoriser les personnes placées en rétention à verrouiller leur cellule de l’intérieur pendant la nuit ou à augmenter les effectifs, pourraient éventuellement répondre aux préoccupations du ministre en matière de sécurité (53).

34. À mon sens, le confinement en cause peut être nécessaire non seulement pour garantir la sécurité des personnes placées en rétention, mais aussi pour protéger leur santé et leur bien‑être en veillant à ce qu’elles se trouvent dans un environnement leur permettant de bénéficier d’un sommeil adéquat, tant sur le plan de la qualité que sur celui de la durée, dans un cadre calme et relativement silencieux (54). Par conséquent, la juridiction de renvoi devrait notamment contrôler le ou les objectifs de la limitation et vérifier s’ils servent l’intérêt général ou protègent les droits des personnes placées en rétention, et examiner la proportionnalité de cette limitation en tenant compte, en particulier, de sa durée (55). Le rapport de 2023 du CPT concernant les Pays‑Bas indique qu’« il est positif que, au [JCS], les ressortissants étrangers privés de leur liberté puissent bénéficier d’une politique de portes ouvertes tout au long de la journée (les cellules étaient ouvertes de [8 h 00] à [21 h 00]) selon le régime ordinaire » (56). La juridiction de renvoi a en outre précisé que chaque cellule pour deux personnes dispose d’un espace sanitaire, de sorte que l’accès à un tel espace n’est pas restreint pendant la nuit (57). Par ailleurs, il ne ressort pas du dossier dont dispose la Cour que les personnes placées en rétention ne peuvent pas contacter les membres du personnel du JCS en cas de nécessité pendant les périodes en question, ni qu’elles ne peuvent pas lire ou regarder la télévision dans leur cellule pendant la nuit.

35. S’agissant de la possibilité des personnes placées en rétention de consulter un avocat, l’article 16, paragraphe 2, de la directive 2008/115 dispose explicitement que celles‑ci (58)sont autorisées à entrer en contact en temps utile avec leurs représentants légaux. Selon moi, cette disposition concrétise l’article 47 de la Charte, qui consacre le droit à un recours effectif et à accéder à un tribunal impartial, ainsi que l’article 48, paragraphe 2, de la Charte, qui garantit le respect des droits de la défense. Les personnes placées en rétention disposent ainsi du droit d’accès à un avocat dans un délai et selon des modalités leur permettant d’exercer leurs droits de la défense de manière concrète et effective (59). La juridiction de renvoi doit vérifier si cet accès est effectif et s’il peut être obtenu en temps utile. Le fait qu’une personne placée en rétention doit être accompagnée d’un membre du personnel du JCS pour se réunir avec son avocat dans une pièce désignée notamment à cet effet ne porte pas atteinte au droit d’accès au représentant légal pourvu que la réunion elle‑même puisse avoir lieu en privé (60).

36. En ce qui concerne la possibilité pour les personnes placées en rétention de se rendre librement au service médical, l’article 16, paragraphe 3, seconde phrase, de la directive 2008/115 dispose que « [l]es soins médicaux d’urgence et le traitement indispensable des maladies sont assurés ». Il ressort en outre de l’article 35 de la Charte ainsi que de l’article 9, de l’article 114, paragraphe 3, et de l’article 168, paragraphe 1, TFUE qu’un niveau élevé de protection de la santé humaine doit être assuré dans la définition et la mise en œuvre de toutes les politiques et actions de l’Union (61). À mon sens, les soins médicaux devraient être fournis en temps utile, sans retard indu, en tenant compte de la gravité et de l’urgence de la situation. En l’absence de situation d’urgence, il n’est pas déraisonnable d’attendre d’une personne placée en rétention qu’elle prenne un rendez‑vous pour se rendre au service médical et consulter un professionnel de la santé qualifié tel qu’un médecin ou un infirmier (62). Il appartient à la juridiction de renvoi de vérifier s’il est suffisamment satisfait aux exigences établies à l’article 16, paragraphe 3, seconde phrase, de la directive 2008/115. L’obligation pour une personne placée en rétention d’être accompagnée d’un membre du personnel du JCS pour se rendre au service médical ne porte pas atteinte au droit d’accès aux soins médicaux pour autant que la consultation elle‑même puisse avoir lieu en privé (63).

37. La juridiction de renvoi a aussi fait part de ses préoccupations concernant l’inspection des personnes placées en rétention par un « détecteur de sécurité » (64) après avoir rencontré des tiers (65) et le recours à la vidéosurveillance pendant les visites. En principe, l’inspection et la surveillance en question limitent le droit au respect de la vie privée des personnes placées en rétention tel qu’il est garanti par l’article 7 de la Charte ainsi que le droit à la protection des données à caractère personnel les concernant au sens de l’article 8 de la Charte (66).

38. Si l’inspection des personnes placées en rétention par un détecteur de sécurité à l’issue des visites vise incontestablement à détecter tout objet dissimulé et illicite (67), la juridiction de renvoi n’a fourni aucun détail quant à la nature de cette inspection. En outre, elle n’a pas non plus précisé la finalité, la nature, l’étendue ou la durée de la vidéosurveillance en vigueur au JCS, notamment pendant les visites.

39. En principe, l’inspection des personnes placées en rétention par un détecteur de sécurité et la vidéosurveillance des visites constituent un traitement automatisé des données à caractère personnel, au sens de l’article 4, point 2, du RGPD (68), dans le cadre duquel le dispositif en question permet, entre autres, de collecter, d’enregistrer et de stocker des données à caractère personnel (69).

40. Conformément à une jurisprudence constante de la Cour, tout traitement de données à caractère personnel doit respecter les principes régissant les traitements de telles données ainsi que les droits de la « personne concernée », au sens de l’article 4, point 1, du RGPD, qui sont énoncés, respectivement, aux chapitres II et III de ce règlement. En particulier, il doit être conforme aux principes relatifs au traitement de ces données prévus à l’article 5 dudit règlement et satisfaire aux conditions de licéité du traitement énumérées à l’article 6 de celui‑ci (70).

41. S’il incombe à la juridiction de renvoi de vérifier que l’inspection et la surveillance en cause respectent pleinement les dispositions du RGPD, je souhaiterais néanmoins souligner un certain nombre de points importants. En vertu de l’article 5, paragraphe 1, sous a), du RGPD, les données à caractère personnel doivent être traitées de manière licite, loyale et transparente au regard de la personne concernée. Le traitement est licite si, entre autres, il est nécessaire à l’exécution d’une mission d’intérêt public (71). L’inspection des personnes placées en rétention par un détecteur de sécurité après les visites ainsi que la vidéosurveillance des visites et de certaines zones du JCS peuvent être justifiées par des préoccupations en matière de sûreté et de sécurité ainsi que par la nécessité de protéger les droits des personnes placées en rétention et des membres du personnel, de sorte qu’elles sont susceptibles d’être licites. Néanmoins, conformément au principe de minimisation des données, les données à caractère personnel devraient être limitées à ce qui est nécessaire au regard des finalités pour lesquelles elles sont traitées (72). S’agissant de la transparence, ce traitement est soumis aux exigences prévues à l’article 13 du RGPD concernant les informations à fournir lorsque des données à caractère personnel sont collectées auprès de la personne concernée (73).

42. La juridiction de renvoi a également souligné que les personnes placées en rétention ne pouvaient pas accéder librement à leur téléphone portable personnel et qu’elles disposaient d’un accès limité à Internet. Elle s’est référée, en particulier, à l’arrêt du 26 février 2025 du Raad van State faisant part de préoccupations quant à l’accès limité à Internet au JCS. En outre, selon la juridiction de renvoi, les personnes placées en rétention au JCS sont tenues de remettre leur téléphone portable, leur ordinateur portable et d’autres appareils à leur arrivée et ne peuvent y accéder que de manière limitée, par exemple, lorsqu’elles consultent un avocat. Chaque cellule est toutefois équipée d’un téléphone fixe permettant aux personnes placées en rétention de passer des appels téléphoniques externes pour autant qu’elles disposent d’un crédit suffisant. La juridiction de renvoi a indiqué que les personnes placées en rétention recevaient une allocation de 20 euros par semaine (74).

43. L’article 11, paragraphe 1, de la Charte dispose que « [t]oute personne a droit à la liberté d’expression » (75), laquelle comprend « la liberté d’opinion et la liberté de recevoir ou de communiquer des informations ou des idées sans qu’il puisse y avoir ingérence d’autorités publiques et sans considération de frontières ». Par conséquent, les ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier placés en rétention au titre de la directive 2008/115 bénéficient également des droits conférés par l’article 11 de la Charte (76). Il est de jurisprudence constante que les droits et libertés consacrés à l’article 11 de la Charte ne sont pas des prérogatives absolues, mais doivent être pris en considération par rapport à leur fonction dans la société. Des limitations sont donc autorisées conformément à l’article 52, paragraphe 1, de la Charte. Néanmoins, étant donné que l’article 11 de la Charte constitue l’un des fondements essentiels d’une société démocratique et pluraliste, faisant partie des valeurs sur lesquelles est, conformément à l’article 2 TUE, fondée l’Union, les ingérences dans les droits et libertés garantis par cet article 11 doivent être limitées au strict nécessaire (77). À mon sens, l’absence d’accès à un téléphone portable personnel et à Internet constitue une limitation manifeste des droits visés à l’article 11 de la Charte et est susceptible d’augmenter considérablement le sentiment d’isolement d’une personne placée en rétention.

44. La juridiction de renvoi a noté que le ministre soutenait que la limitation de l’accès au téléphone portable personnel était justifiée par des objectifs de protection des données. Le ministre n’a pas précisé le ou les objectifs poursuivis par la limitation de l’accès à Internet des personnes placées en rétention au JCS (78).

45. Dès lors que l’utilisation d’un téléphone portable personnel afin, par exemple, d’enregistrer (79) d’autres personnes placées en rétention et des membres du personnel de centres tels que le JCS est susceptible, en principe, de violer leur droit au respect de la vie privée garanti par l’article 7 de la Charte et leur droit à la protection des données à caractère personnel les concernant au sens de l’article 8 de la Charte (80), j’estime que certaines limitations de l’accès aux téléphones portables personnels équipés d’une caméra et de dispositifs d’enregistrement, imposées par un centre tel que le JCS (81) et destinées à protéger les droits et les intérêts des autres personnes placées en rétention et des membres du personnel, peuvent être légitimes, nécessaires et proportionnées au sens de l’article 52, paragraphe 1, de la Charte (82).

46. Il me semble toutefois qu’une interdiction d’accès quasi absolue aux téléphones portables personnels et aux autres appareils de ce type constitue une ingérence disproportionnée dans les droits conférés par l’article 11 de la Charte, sans que cette ingérence soit justifiée par le besoin, entre autres, de protection de l’intérêt général ou des droits d’autrui. En outre, cette limitation n’est pas atténuée dans une large mesure par le fait que les personnes placées en rétention au JCS peuvent accéder à un téléphone fixe leur permettant de passer des appels externes pour autant qu’elles disposent d’un crédit suffisant. Il convient de souligner que l’accès à un téléphone fixe tend uniquement à fournir (83) l’une des nombreuses fonctionnalités offertes par les téléphones portables personnels modernes et les autres appareils de ce type. En tout état de cause, à défaut de pouvoir accéder à de tels équipements, il se peut qu’une personne placée en rétention ne se souvienne même pas du ou des numéros qu’elle souhaite appeler (84). De plus, la soustraction de tels équipements par un centre est susceptible d’entraver considérablement la réception d’appels, de messages textuels ou de courriels par une personne placée en rétention.

47. La juridiction de renvoi doit examiner s’il est raisonnablement possible pour les centres de rétention de désactiver ou de bloquer les caméras et les dispositifs d’enregistrement sur les téléphones portables personnels et les autres appareils de ce type des personnes placées en rétention. À titre subsidiaire, ces centres pourraient prendre des mesures pour accorder aux personnes placées en rétention un accès raisonnable à leurs téléphones portables personnels et aux autres appareils de ce type pendant certaines heures et en certains lieux. L’on pourrait envisager, par exemple, le recours à des cabines adaptées pour empêcher l’enregistrement des autres personnes placées en rétention et des membres du personnel. Si de telles mesures ne sont pas réalisables, je considère que les personnes placées en rétention devraient, en principe, être autorisées à utiliser leur carte SIM personnelle sur des appareils fournis par le centre et dont la caméra et les dispositifs d’enregistrement ont été désactivés.

48. Étant donné que la finalité des mesures de rétention, au sens de la directive 2008/115, n’est pas la poursuite ou la répression d’infractions pénales, les personnes placées en rétention au titre de cette directive devraient, en principe (85), bénéficier en permanence d’un accès illimité à Internet (86). Un tel accès devrait être facilité par la possibilité d’accéder de manière raisonnable à un poste informatique, en particulier dans une situation où les personnes placées en rétention n’ont pas accès à un smartphone ou à d’autres appareils de ce type. Les centres tels que le JCS peuvent bloquer l’accès à certains sites Internet ou limiter les téléchargement lorsqu’une telle mesure est légitime, nécessaire et proportionnée au sens de l’article 52, paragraphe 1, de la Charte.

49. Eu égard à toutes les considérations qui précèdent, je propose à la Cour de répondre aux troisième et quatrième questions que l’article 16 de la directive 2008/115 devrait être interprété en ce sens que des règles et devoirs autres qu’une limitation de la liberté de mouvement dans un périmètre clos peuvent être imposés à des ressortissants de pays tiers placés en rétention au titre de cette directive, pour autant que ces règles et devoirs ne revêtent pas un caractère punitif ou ne rendent pas les conditions de rétention similaires aux conditions d’exécution des peines privatives de liberté dans des établissements pénitentiaires. Lorsque de telles règles et de tels devoirs limitent des droits et libertés garantis par la Charte, ils doivent satisfaire aux exigences établies à l’article 52, paragraphe 1, de celle‑ci et respecter l’interdiction des traitements inhumains et dégradants prévue à son article 4.

B. La cinquième question préjudicielle

50. Par sa cinquième question, la juridiction de renvoi cherche à déterminer l’intensité du contrôle juridictionnel qu’il convient d’exercer en ce qui concerne les limitations supplémentaires imposées aux ressortissants de pays tiers placés en rétention au titre de la directive 2008/115. Eu égard à la réponse que je propose d’apporter aux troisième et quatrième questions de la juridiction de renvoi, je considère que la cinquième question porte sur l’intensité du contrôle juridictionnel qu’il convient d’exercer à l’égard des règles et des devoirs imposés en vertu de l’article 16, paragraphe 5, de cette directive.

51. La juridiction de renvoi a indiqué que, lorsqu’il s’agissait d’apprécier la nécessité des limitations supplémentaires, le Raad van State avait exercé un contrôle juridictionnel restreint dans son arrêt du 26 février 2025. Le Raad van State a ainsi examiné si le ministre était en droit de considérer que de telles limitations était nécessaires et n’a pas évalué lui‑même leur nécessité par la voie d’un « contrôle juridictionnel strict ». Eu égard aux droits fondamentaux en présence, la juridiction de renvoi s’interroge sur le caractère approprié du contrôle juridictionnel restreint effectué par le Raad van State. Elle considère que, eu égard à l’arrêt Landkreis Gifhorn, l’on peut soutenir que la juridiction nationale doit procéder à un « contrôle juridictionnel strict » et tenir compte, dans ce cadre, de tous les éléments pertinents de fait et de droit.

52. L’intensité du contrôle juridictionnel de la législation de l’Union et des États membres n’est pas un élément anodin dès lors qu’il a trait à des questions fondamentales d’ordre constitutionnel qui se chevauchent, telles que la séparation des pouvoirs, le rôle du pouvoir judiciaire, la marge d’appréciation reconnue aux pouvoirs législatif et exécutif, le niveau de protection des droits fondamentaux et le droit à un recours effectif. S’agissant des droits consacrés par la Charte, la question de l’intensité du contrôle juridictionnel est intrinsèquement liée à celle du contrôle du respect des conditions posées à son article 52, paragraphe 1.

53. Dans l’arrêt du 8 avril 2014, Digital Rights Ireland e.a. (87), la Cour a dit pour droit, en substance, que, en ce qui concerne le contrôle juridictionnel du respect des conditions énoncées à l’article 52, paragraphe 1, de la Charte, dès lors que des ingérences dans des droits fondamentaux sont en cause, l’étendue du pouvoir d’appréciation du législateur de l’Union peut s’avérer limitée en fonction d’un certain nombre d’éléments, parmi lesquels figurent, notamment, le domaine concerné, la nature du droit en cause garanti par la Charte (88), la nature et la gravité de l’ingérence ainsi que la finalité de celle-ci (89).

54. Il convient de relever d’emblée que, si la première phrase de l’article 16, paragraphe 1, de la directive 2008/115 exige que la rétention des ressortissants de pays tiers au titre de l’article 15 de cette directive s’effectue en règle générale dans des centres de rétention spécialisés, et si le paragraphe 5 de cet article envisage l’imposition de limitations supplémentaires, ladite directive ne dit rien de l’intensité du contrôle juridictionnel qu’il convient d’appliquer lorsqu’il s’agit d’examiner si un centre tel que le JCS respecte ces dispositions ou les dispositions de la Charte.

55. De surcroît, la Charte reste elle‑même muette sur la question de l’intensité du contrôle juridictionnel des limitations des droits et intérêts qu’elle garantit. Elle n’établit par ailleurs aucune distinction ni aucune hiérarchie particulière entre ces droits et intérêts (90), ni entre les objectifs d’intérêt général reconnus par l’Union tels qu’ils sont mentionnés de manière abstraite à son article 52, paragraphe 1. Cette hiérarchie est établie par la Cour au cas par cas lorsqu’elle est saisie d’une affaire en la matière.

56. S’agissant des mesures de rétention adoptées en vertu de l’article 15, paragraphes 1 et 3, de la directive 2008/115, la Cour a indiqué qu’elles devaient respecter des conditions strictes pour être légales. Pour assurer le respect de ces conditions, l’autorité judiciaire compétente doit être en mesure de statuer sur tout élément de fait et de droit pertinent pour vérifier cette légalité. À cette fin, elle doit pouvoir prendre en considération les éléments de fait et les preuves invoqués par l’autorité administrative ayant ordonné la rétention initiale. Elle doit également pouvoir prendre en considération les faits, les preuves et les observations qui lui sont éventuellement soumis par la personne concernée. En outre, elle doit être en mesure de rechercher tout autre élément pertinent pour sa décision au cas où elle le jugerait nécessaire. Les pouvoirs qu’elle détient dans le cadre d’un contrôle ne peuvent, en aucun cas, être circonscrits aux seuls éléments présentés par l’autorité administrative (91). De plus, l’autorité judiciaire compétente (92) doit être en mesure de substituer sa propre décision à celle de l’autorité administrative ayant ordonné le placement en rétention et de prononcer soit une mesure alternative à la rétention, soit la remise en liberté de la personne concernée (93).

57. Eu égard à la gravité de l’ingérence dans le droit à la liberté consacré à l’article 6 de la Charte et à l’importance de ce droit, le pouvoir reconnu aux autorités nationales compétentes de placer en rétention des ressortissants de pays tiers est strictement encadré. Une mesure de rétention ne peut ainsi être ordonnée ou prolongée que dans le respect des règles générales et abstraites qui en fixent les conditions et les modalités (94). Les limitations de l’exercice de ce droit doivent s’opérer dans les limites du strict nécessaire (95) et, sur le plan de l’intensité, le contrôle juridictionnel applicable dans de tels cas est strict.

58. En ce qui concerne les conditions de rétention, la Cour a jugé, en substance, dans l’arrêt Landkreis Gifhorn, que la possibilité prévue à l’article 18, paragraphe 1, de la directive 2008/115 de déroger à la première phrase de l’article 16, paragraphe 1, de cette directive (96), lorsqu’un nombre exceptionnellement élevé de ressortissants de pays tiers soumis à une obligation de retour fait peser une charge lourde et imprévue sur la capacité des centres de rétention d’un État membre, est soumise à un contrôle juridictionnel d’une intensité équivalente à celle du contrôle juridictionnel de la rétention elle‑même au titre de l’article 15, paragraphes 1 et 3, de la directive 2008/115 (97).

59. Cet arrêt démontre l’importance cruciale accordée par la Cour à l’exigence selon laquelle la rétention au titre de l’article 16, paragraphe 1, de la directive 2008/115 doit s’effectuer, en règle générale, dans des centres de rétention spécialisés et, par extension, à l’exigence tenant à ce que les conditions cumulatives de rétention qui en découlent ne revêtent pas un caractère punitif. Étant donné le caractère extrêmement varié des règles et des devoirs susceptibles d’être imposés en vertu de l’article 16, paragraphe 5, de cette directive, un contrôle juridictionnel strict n’est justifié qu’en présence d’indices sérieux d’une éventuelle violation de l’article 16, paragraphe 1, de ladite directive.

60. Il convient également de rappeler que la juridiction de renvoi a fait part d’un certain nombre de préoccupations sérieuses concernant des limitations de droits « essentiels » consacrés par la Charte, tels que le droit au respect de la vie privée (article 7 de la Charte), le droit à la protection des données à caractère personnel (article 8 de la Charte) et le droit à la liberté d’expression (article 11 de la Charte). À mon sens, de telles limitations appellent un contrôle juridictionnel strict afin de garantir le respect des conditions énoncées à l’article 52, paragraphe 1, de la Charte. Il s’ensuit que l’intensité du contrôle juridictionnel des règles et des devoirs imposés en vertu de l’article 16, paragraphe 5, de la directive 2008/115 peut varier en fonction de l’effet produit par ces règles et devoirs sur les conditions cumulatives de rétention des ressortissants de pays tiers au regard de cette directive et en fonction de l’existence de limitations des droits consacrés par la Charte et, entre autres, de la nature de ces droits.

61. Selon moi, il découle des considérations qui précèdent que la Cour devrait répondre à la cinquième question en ce sens que, compte tenu de l’impact exercé par la rétention au titre de l’article 15 de la directive 2008/115 sur le droit à la liberté des ressortissants de pays tiers ainsi que de l’impact que les règles et les devoirs imposés en vertu de l’article 16, paragraphe 5, de cette directive sont susceptibles d’exercer sur ce droit et sur d’autres droits fondamentaux (98), les conditions cumulatives de rétention de ces ressortissants de pays tiers doivent faire l’objet d’un contrôle juridictionnel strict de la part de l’autorité judiciaire nationale compétente lorsqu’il existe des indices sérieux d’une éventuelle violation de l’article 16, paragraphe 1, de cette même directive.

VI. Conclusion

62. Eu égard à l’ensemble des considérations qui précèdent, je propose à la Cour de répondre de la manière suivante aux troisième, quatrième et cinquième questions préjudicielles du Rechtbank Den Haag, zittingsplaats Amsterdam (tribunal de La Haye, siégeant à Amsterdam, Pays‑Bas) :

L’article 16 de la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil, du 16 décembre 2008, relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier devrait être interprété en ce sens que :

– des règles et devoirs autres qu’une limitation de la liberté de mouvement dans un périmètre clos peuvent être imposés à des ressortissants de pays tiers placés en rétention au titre de cette directive, pour autant que ces règles et devoirs ne revêtent pas un caractère punitif ou ne rendent pas les conditions de rétention similaires aux conditions d’exécution des peines privatives de liberté dans des établissements pénitentiaires. Lorsque de telles règles et de tels devoirs limitent des droits et libertés garantis par la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, ils doivent satisfaire aux exigences établies à l’article 52, paragraphe 1, de celle‑ci et respecter l’interdiction des traitements inhumains et dégradants prévue à son article 4 ;

– les conditions cumulatives de rétention des ressortissants de pays tiers placés en rétention en vertu de ladite directive doivent faire l’objet d’un contrôle juridictionnel strict de la part de l’autorité judiciaire nationale compétente lorsqu’il existe des indices sérieux d’une éventuelle violation de l’article 16, paragraphe 1, de cette même directive.


1 Langue originale : l’anglais.


i Le nom de la présente affaire est un nom fictif. Il ne correspond au nom réel d’aucune partie à la procédure.


2 Directive du Parlement européen et du Conseil, du 16 décembre 2008, relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier (JO 2008, L 348, p. 98) (ci‑après la « directive 2008/115 »).


3 Arrêt du 10 mars 2022, Landkreis Gifhorn (C‑519/20, ci‑après l’« arrêt Landkreis Gifhorn », EU:C:2022:178).


4 Voir arrêt Landkreis Gifhorn (point 45).


5 Au point 37 de l’arrêt Landkreis Gifhorn, la Cour a indiqué que l’objectif de cette rétention était de préparer le retour et/ou de procéder à l’éloignement d’un ressortissant de pays tiers en séjour irrégulier.


6 Règlement (UE) 2016/399 du Parlement européen et du Conseil, du 9 mars 2016, concernant un code de l’Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes (code frontières Schengen) (JO 2016, L 77, p. 1).


7 Stb. 2000, no 495.


8 Selon la demande de décision préjudicielle, ce recours constitue également un recours en indemnisation en vertu du droit national.


9 ECLI:NL:RBDHA:2025:1161. Ce jugement était basé sur l’article 10, paragraphe 1, de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant des normes pour l’accueil des personnes demandant la protection internationale (JO 2013, L 180, p. 96), qui dispose que « [l]e placement de demandeurs en rétention s’effectue en règle générale dans des centres de rétention spécialisés. [...] ».


10 NL25.511 et NL25.512. S’agissant de l’affaire NL25.511, des images du JCS peuvent être consultées à l’adresse https://uitspraken.rechtspraak.nl/details?id=ECLI:NL:RBDHA:2025:1161.


11 ECLI:NL:RVS:2025:789.


12 Arrêt du 19 juin 2018, Gnandi (C‑181/16, EU:C:2018:465, point 48 et jurisprudence citée). Voir considérants 2 et 4 de la directive 2008/115.


13 Arrêt du 14 mai 2020, Országos Idegenrendészeti Főigazgatóság Dél-alföldi Regionális Igazgatóság (C‑924/19 PPU et C‑925/19 PPU, EU:C:2020:367, point 269).


14 Arrêt du 8 novembre 2022, Staatssecretaris van Justitie en Veiligheid (Examen d’office de la rétention) (C‑704/20 et C‑39/21, EU:C:2022:858, point 72 et jurisprudence citée).


15 Arrêt du 17 juillet 2014, Bero et Bouzalmate (C‑473/13 et C‑514/13, EU:C:2014:2095, point 25). L’article 16, paragraphe 1, de la directive 2008/115 ne s’oppose pas à une réglementation nationale permettant le placement d’un ressortissant de pays tiers en séjour irrégulier en rétention dans un établissement pénitentiaire à des fins d’éloignement, séparé des prisonniers de droit commun, au motif qu’il représente une menace réelle, actuelle et suffisamment grave affectant un intérêt fondamental de la société ou la sécurité intérieure ou extérieure de l’État membre concerné (arrêt du 2 juillet 2020, Stadt Frankfurt am Main, C‑18/19, EU:C:2020:511, point 48).


16 Voir arrêt Landkreis Gifhorn (point 35).


17 Voir arrêt Landkreis Gifhorn (point 36) et arrêt du 8 novembre 2022, Staatssecretaris van Justitie en Veiligheid (Examen d’office de la rétention) (C‑704/20 et C‑39/21, EU:C:2022:858, point 74).


18 Voir arrêt Landkreis Gifhorn (point 46).


19 Il s’agit essentiellement du règlement intérieur du centre de rétention.


20 Le Comité européen pour la prévention de la torture et des peines ou traitements inhumains ou dégradants (ci‑après le « CPT »), établi en vertu de l’article 1er de la convention européenne pour la prévention de la torture et des peines ou traitements inhumains ou dégradants, adoptée par les États membres du Conseil de l’Europe le 26 novembre 1987, désigne ces règles et devoirs par les termes « règlement intérieur ». Voir fiche thématique du CPT sur la rétention des migrants, mars 2017, CPT/Inf(2017)3 (ci‑après la « fiche thématique du CPT »). La fiche thématique et les rapports du CPT sont des sources juridiques non contraignantes. Voir, par analogie, conclusions de l’avocat général Pikamäe dans l’affaire Stadt Frankfurt am Main (C‑18/19, EU:C:2020:130, note en bas de page 65). Voir, également, conclusions de l’avocat général Ćapeta dans l’affaire GN (Motif de refus fondé sur l’intérêt supérieur de l’enfant) (C‑261/22, EU:C:2023:582, note en bas de page 16).


21 Voir point 54.


22 Arrêt du 4 octobre 2024, Bouskoura (C‑387/24 PPU, EU:C:2024:868, point 41).


23 Je considère que ces règles et devoirs ne devraient pas modifier la nature du centre en question de telle manière qu’il ne satisferait plus à l’exigence selon laquelle il doit constituer « centre de rétention spécialisé » au sens de la première phrase de l’article 16, paragraphe 1, de la directive 2008/115.


24 Arrêt du 3 juillet 2025, Al Nasiria (C‑610/23, EU:C:2025:514, point 55 et jurisprudence citée).


25 Voir, également, article 1er de la Charte, qui dispose que « [l]a dignité humaine est inviolable. Elle doit être respectée et protégée ».


26 Voir, en ce sens, arrêt du 25 juillet 2018, Generalstaatsanwaltschaft (Conditions de détention en Hongrie) (C‑220/18 PPU, EU:C:2018:589, point 90 et jurisprudence citée).


27 Voir, en ce sens, arrêt du 12 septembre 2024, Changu (C‑352/23, EU:C:2024:748, point 74). La juridiction de renvoi n’a pas indiqué que l’article 4 de la Charte avait été enfreint en l’espèce.


28 Voir, par analogie, arrêt du 16 novembre 2023, Roos e.a./Parlement (C‑458/22 P, EU:C:2023:871, points 59 à 73). Dans cet arrêt, la Cour a estimé qu’une décision du bureau du Parlement européen sur des règles exceptionnelles en matière de santé et de sécurité régissant l’accès aux bâtiments du Parlement sur ses trois lieux de travail constituait une mesure « prévue par la loi » au sens de l’article 8, paragraphe 2, de la Charte.


29 Voir, par analogie, arrêt du 6 octobre 2022, Politsei – ja Piirivalveamet (Placement en rétention – Risque de commettre une infraction pénale) (C‑241/21, EU:C:2022:753, point 50 et jurisprudence citée). La protection contre l’arbitraire implique, notamment, qu’il ne peut y avoir aucun élément de mauvaise foi ou de tromperie de la part des autorités. Ibid., point 49.


30 Il convient ainsi d’éviter l’emploi de termes compliqués ou de « jargon juridique ». Voir article 34, paragraphe 6, de la proposition de règlement du Parlement européen et du Conseil établissant un système commun en matière de retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier dans l’Union, et abrogeant la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil, la directive 2001/40/CE du Conseil et la décision 2004/191/CE du Conseil [COM(2025) 101 final/2], qui dispose que « [l]es ressortissants de pays tiers placés en rétention reçoivent par écrit des informations, rédigées de manière claire et compréhensible et dans une langue qu’ils comprennent, expliquant les règles applicables dans le centre de rétention et énonçant leurs droits et obligations. [...] ». Bien qu’elle ne soit pas spécifiquement imposée par l’article 16, paragraphe 5, de la directive 2008/115, cette exigence est nécessaire pour assurer l’effectivité de l’accès aux informations en question.


31 Voir article 16, paragraphe 5, de la directive 2008/115.


32 Compte tenu de l’émergence de l’intelligence artificielle et de la traduction automatique neuronale, cette exigence ne fait pas peser une charge déraisonnable sur le centre en question.


33 La juridiction de renvoi a indiqué que les personnes placées en rétention au JCS pouvaient accéder à l’espace de travail des membres du personnel pour leur poser des questions. Voir point 9.3 de la version en langue néerlandaise de la demande de décision préjudicielle.


34 CPT/Inf (2023) 12 (ci‑après le « rapport de 2023 du CPT concernant les Pays‑Bas »).


35 Point 70. Une délégation du CPT a également inspecté le JCS en octobre 2025. Le rapport de cette inspection a été publié le 19 juin 2026. Voir CPT/Inf (2026) 17 (ci‑après le « rapport de 2026 du CPT concernant les Pays‑ Bas »). Dans ce rapport, le CPT a observé que « les ressortissants étrangers placés en rétention n’étaient informés qu’oralement du règlement intérieur lors de leur arrivée dans leur quartier d’hébergement, sans qu’aucune information écrite ne leur soit fournie ». Voir point 33.


36 Voir arrêt Landkreis Gifhorn (point 47 et jurisprudence citée).


37 Sous réserve de vérification par la juridiction de renvoi.


38 Par exemple, il n’est pas avancé que le JCS est humide ou que l’éclairage (tant naturel qu’artificiel) ou la ventilation des installations sont inadéquats.


39 Voir fiche thématique du CPT, page 5.


40 Sous réserve de vérification par la juridiction de renvoi.


41 Le rapport de 2023 du CPT concernant les Pays‑Bas, après avoir décrit en détail les conditions matérielles en vigueur au JCS, a conclu qu’elles étaient « très bonnes ». Voir points 61 à 63. Le rapport de 2026 du CPT concernant les Pays‑Bas a relevé que « les conditions matérielles au [JCS] étaient bonnes et restaient globalement conformes aux conclusions de la visite périodique du CPT de 2022 ». Voir point 35.


42 Voir rapport au gouvernement du Royaume-Uni concernant la visite périodique du CPT au Royaume‑Uni du 27 mars au 6 avril 2023. CPT/Inf (2024) 08, point 41.


43 Dans le rapport de 2026 du CPT concernant les Pays‑Bas, il est indiqué que le régime de double occupation était en vigueur au JCS malgré la présence de cellules vides. Selon ce rapport, « la politique obligatoire des cellules pour deux personnes était une source de tension et de conflit, ce qu’ont confirmé des membres du personnel des quartiers ainsi que les registres médicaux et d’isolement. Le refus de partager une cellule pouvait entraîner des sanctions disciplinaires ». Le CPT a considéré que, « étant donné que de nombreuses personnes restent placées rétention liée à l’immigration pendant plusieurs semaines ou plusieurs mois, la politique obligatoire des cellules pour deux personnes risque de contribuer aux tensions dans les quartiers ». Le CPT a recommandé que « les autorités néerlandaises envisagent une approche plus souple qui contribuerait davantage à la sécurité, au respect de la vie privée et à l’ambiance générale au sein des quartiers, ce qui bénéficierait tant aux personnes placées en rétention qu’aux membres du personnel ». Voir point 44.


44 Qu’il convient de distinguer de la rétention au titre de la directive 2008/115.


45 Voir, en ce sens, arrêt du 25 juillet 2018, Generalstaatsanwaltschaft (Conditions de détention en Hongrie) (C‑220/18 PPU, EU:C:2018:589, points 90 à 93 et jurisprudence citée). Voir, également, Cour européenne des droits de l’homme (ci‑après « Cour EDH »), 20 octobre 2016, Muršić c. Croatie (CE:ECHR:2016:1020JUD000733413, § 124).


46 Ibid., point 93.


47 Le JCS offre un accès à des télévisions, à des équipements musicaux et à une bibliothèque proposant des livres rédigés en différentes langues. Voir points 9.6.1 et 9.6.2 de la version en langue néerlandaise de la demande de décision préjudicielle.


48 Voir points 9.1, 9.5, 9.6.1, 9.6.2 et 11.3 de la version en langue néerlandaise de la demande de décision préjudicielle. Le rapport de 2026 du CPT concernant les Pays‑Bas a relevé l’absence d’un programme d’activités structuré au JCS. Il a réitéré « sa recommandation de longue date tendant à ce que les autorités néerlandaises prennent les mesures nécessaires pour faire en sorte que tous les centres de rétention administrative des ressortissants étrangers prévoient un emploi du temps quotidien approprié avec, notamment, un programme structuré d’activités organisées et motivantes ». Voir points 45 à 47. En outre, au point 62 de ce rapport, le CPT a observé que l’efficacité du traitement de la « dépression, de la psychose ou des troubles liés aux traumatismes [...] était compromise par les conditions de rétention, et notamment par l’absence d’activités porteuses de sens et d’exercices physiques ».


49 Le ministre a considéré que la mesure en question était nécessaire pour garantir la sécurité des personnes placées en rétention. Voir point 33.2 de la version en langue néerlandaise de la demande de décision préjudicielle.


50 Tels que la prévention des troubles et la préservation de la santé et de la sécurité des personnes placées en rétention et des membres du personnel.


51 Le rapport de 2023 du CPT concernant les Pays‑Bas indiquait que « l’accès aux aires d’exercice extérieures dépendaient de la disponibilité d’un nombre suffisant de membres du personnel pour la supervision ». Voir point 67. Voir, également, rapport de 2026 du CPT concernant les Pays‑Bas, point 43.


52 Voir point 33.1 de la version en langue néerlandaise de la demande de décision préjudicielle.


53 Voir point 34.5 de la version en langue néerlandaise de la demande de décision préjudicielle.


54 Il n’existe pas de législation de l’Union relative aux nuisances sonores provenant des activités domestiques et du voisinage. À cet égard, l’article 2, paragraphe 2, de la directive 2002/49/CE du Parlement européen et du Conseil, du 25 juin 2002, relative à l’évaluation et à la gestion du bruit dans l’environnement (JO 2002, L 189, p. 12) dispose que « [l]a présente directive ne s’applique pas au bruit produit par la personne exposée elle-même, au bruit résultant des activités domestiques, aux bruits de voisinage, au bruit perçu sur les lieux de travail ou à l’intérieur des moyens de transport, ni au bruit résultant d’activités militaires dans les zones militaires ». Cette matière peut être réglementée par la législation nationale ou locale.


55 Je considère que les rapports du CPT, de l’Organisation mondiale de la Santé (ci‑après l’« OMS ») et de la communauté scientifique au sens large peuvent fournir des orientations utiles à cet égard. Selon la Réunion technique de l’OMS sur le sommeil et la santé, Bonn, Allemagne, 22‑24 janvier 2004, page 28, les adultes dorment en moyenne sept à neuf heures par nuit ; disponible à l’adresse https://iris.who.int/server/api/core/bitstreams/c470409010c64a08-bf5806b87cc213f7/content. Voir, également, Lignes directrices de l’OMS pour l’Europe concernant le bruit nocturne, publiées en 2009, page 23 ; disponibles à l’adresse https://iris.who.int/server/api/core/bitstreams/43bf485d-2771429786fe-6284430090ef/content.


56 Rapport de 2023 du CPT concernant les Pays‑Bas, point 67.


57 Étant donné que, selon la juridiction de renvoi, l’espace sanitaire n’est séparé que par une demi‑porte, permettant à l’autre occupant de la cellule de voir et d’entendre l’utilisation de la douche ou des toilettes, le droit à la vie privée des personnes placées en rétention, tel qu’il est garanti par l’article 7 de la Charte, est limité. En outre, sous réserve de vérification par la juridiction de renvoi, il est difficile de percevoir l’intérêt légitime que poursuivrait une telle limitation ni pourquoi l’espace sanitaire ne pourrait pas être entièrement cloisonné.


58 Voir, également, article 13, paragraphes 3 et 4, de la directive 2008/115.


59 Voir, par analogie, arrêt du 14 mai 2024, Stachev (C‑15/24 PPU, EU:C:2024:399, point 47 et jurisprudence citée). Le rapport de 2023 du CPT concernant les Pays‑Bas indique que « les personnes placées en rétention pouvaient bénéficier gratuitement d’un accès à un avocat et avaient le droit de parler à un avocat en privé ». Voir point 73.


60 La Cour EDH a souligné que toute personne souhaitant consulter un avocat devrait être libre de le faire dans des conditions qui favorisent une discussion totale et désinhibée. C’est la raison pour laquelle la relation avocat‑client est, en principe, soumise au secret professionnel. Dans un contexte carcéral, la Cour EDH a insisté à de nombreuses reprises sur l’importance du droit du prisonnier de communiquer avec un avocat sans que les autorités pénitentiaires puissent l’entendre (Cour EDH, 17 avril 2012, Piechowicz c. Pologne, CE:ECHR:2012:0417JUD002007107, § 239).


61 Arrêt du 22 juin 2023, Commission/Hongrie (Déclaration d’intention préalable à une demande d’asile) (C‑823/21, EU:C:2023:504, point 55 et jurisprudence citée).


62 Dans le rapport de 2023 du CPT concernant les Pays‑Bas, il est indiqué que le niveau des effectifs pour les soins de santé au JCS était adéquat et que l’accès au service médical semblait plutôt aisé. Les médecins généralistes travaillaient selon un système de rotation, de sorte que la présence d’un médecin était garantie tout au long de la journée du lundi au vendredi. Un médecin généraliste était de garde pendant la nuit et les week‑ends. En outre, la présence d’un infirmier était assurée 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Voir points 77 et 78. Voir, également, rapport de 2026 du CPT concernant les Pays‑Bas, point 49.


63 Le rapport de 2026 du CPT concernant les Pays‑Bas a relevé que « les consultations médicales étaient effectuées sans que le personnel pénitentiaire puisse les entendre ou les voir ». Voir point 60. Voir, toutefois, observations sur l’interprétation.


64 La nature exacte du détecteur n’est pas précisée par la juridiction de renvoi.


65 Dans le rapport de 2023 du CPT concernant les Pays‑Bas, il est indiqué qu’« il est positif qu’il soit recouru à un scanner corporel pour le contrôle de sécurité des [personnes placées en rétention], notamment pour détecter les produits illicites tels que les stupéfiants ». Ce rapport relevait que la législation nationale exigeait que la personne placée en rétention consente à l’utilisation du scanner corporel et que des formulaires de consentement étaient disponibles en plusieurs langues dans tous les centres. Les personnes placées en rétention qui refusaient le recours à cette procédure faisaient l’objet d’une fouille corporelle. Voir point 102. Voir, également, rapport de 2026 du CPT concernant les Pays‑Bas, point 73.


66 Voir, par analogie, conclusions de l’avocate générale Ćapeta dans l’affaire Italie/Parlement et Conseil (Caméras de surveillance sur des navires de pêche) (C‑194/24, EU:C:2026:161, point 60).


67 Rien n’indique qu’il soit procédé à une telle inspection dans d’autres circonstances.


68 Règlement (UE) 2016/679 du Parlement européen et du Conseil, du 27 avril 2016, relatif à la protection des personnes physiques à l’égard du traitement des données à caractère personnel et à la libre circulation de ces données, et abrogeant la directive 95/46/CE (règlement général sur la protection des données) (JO 2016, L 119, p. 1) (ci‑après le « RGPD »).


69 Voir, par analogie, arrêt du 11 décembre 2019, Asociația de Proprietari bloc M5AScaraA (C‑708/18, EU:C:2019:1064, point 35). Voir également, en ce sens, arrêt du 11 décembre 2014, Ryneš (C‑212/13, EU:C:2014:2428, points 23 et 25).


70 Arrêt du 4 septembre 2025, Quirin Privatbank (C‑655/23, EU:C:2025:655, point 39 et jurisprudence citée).


71 Voir article 6, paragraphe 1, sous e), du RGPD.


72 Voir article 5, paragraphe 1, sous c), du RGPD.


73 Voir, en ce sens, arrêt du 18 décembre 2025, Storstockholms Lokaltrafik (C‑422/24, EU:C:2025:980, points 38, 39 et 42).


74 La rapport de 2023 du CPT concernant les Pays‑Bas indiquait qu’il était également possible de passer des appels de vidéoconférence avec sa famille grâce à la technologie de la voix sur IP (ci‑après « VOIP »). Le CPT a néanmoins encouragé les autorités néerlandaises à envisager d’offrir aux personnes placées en rétention la possibilité d’accéder régulièrement à leur téléphone portable. Voir point 98 de ce rapport. Au point 72 du rapport de 2026 du CPT concernant les Pays‑Bas, celui‑ci relève que, « bien que possibles par le passé, les contacts [par VOIP] ne l’étaient plus au [JCS], contrairement à ce qu’indiquait la réponse des autorités néerlandaises au rapport du CPT concernant sa visite aux Pays‑Bas de 2022. [...] Des fonctionnaires de l’Agence des établissements pénitentiaires ont indiqué au CPT que des mesures seraient prises pour rétablir l’accès à des ordinateurs et à Internet ».


75 Mise en italique par mes soins.


76 Voir, par analogie, Cour EDH, 29 avril 2025, Tergek c. Türkiye (CE:ECHR:2025:0429JUD003963120, § 53), concernant les droits des détenus. La même analyse s’applique a fortiori aux personnes placées en rétention au titre de la directive 2008/115. À la page 5 de la fiche thématique du CPT, il est indiqué que « [l]es migrants placés en rétention doivent avoir accès à des ordinateurs disposant de la technologie [VOIP] ou de Skype et d’un accès de base à Internet ». Aucune mention n’y est faite d’un accès aux téléphones personnels. Il convient de souligner que la fiche thématique date de mars 2017 et que, selon moi, les normes sociétales concernant l’usage des téléphones personnels ainsi que l’accès à Internet ont évolué entre‑temps. Il s’agit, en définitive, d’un point qu’il appartient à la juridiction de renvoi d’examiner. Voir, à cet égard, conclusions de l’avocat général Collins dans l’affaire Procura della Repubblica presso il Tribunale di Bolzano e.a. (C‑178/22, EU:C:2023:463, note en bas de page 69), sur l’importance des téléphones portables personnels dans la vie quotidienne de leurs propriétaires.


77 Arrêt du 4 octobre 2024, Real Madrid Club de Fútbol (C‑633/22, EU:C:2024:843, points 45, 47 et 49 ainsi que jurisprudence citée).


78 Voir point 33.2 de la version en langue néerlandaise de la demande de décision préjudicielle.


79 Par exemple, en prenant des photos ou en effectuant des enregistrements vidéo ou vocaux.


80 De tels enregistrements constituent, en principe, un traitement de données à caractère personnel en vertu de l’article 4, point 2, du RGPD. Voir, par analogie, arrêt du 14 février 2019, Buivids (C‑345/17, EU:C:2019:122, points 44 et 46). Sur l’importance de l’image d’un individu, voir arrêt du 8 décembre 2022, Google (Déréférencement d’un contenu prétendument inexact) (C‑460/20, EU:C:2022:962, point 95).


81 En l’absence de tels équipements, ce qui est certes rare à l’heure actuelle compte tenu de la prédominance des smartphones, je ne vois pas en quoi la limitation en cause pourrait être justifiée au titre de l’article 52, paragraphe 1, de la Charte. Il s’agit toutefois, en définitive, d’un point qu’il appartient à la juridiction de renvoi de déterminer.


82 Sous réserve de vérification par la juridiction de renvoi. Il convient de relever que les enregistrements sont souvent interdits ou strictement limités dans certains environnements tels que les hôpitaux, les salles d’audience, les classes, les vestiaires, etc. De tels enregistrements ne relèvent pas de la dérogation prévue à l’article 2, paragraphe 2, sous c), du RGPD concernant l’activité strictement personnelle ou domestique.


83 Dans une mesure limitée, notamment en raison du coût d’un appel effectué à partir d’un téléphone fixe par rapport à celui d’un appel VOIP.


84 Ou de l’adresse électronique à laquelle elle souhaite envoyer un courriel.


85 Sauf, par exemple, lorsqu’une personne placée en rétention représente une menace réelle, actuelle et suffisamment grave affectant un intérêt fondamental de la société ou la sécurité intérieure ou extérieure de l’État membre concerné.


86 Voir, par analogie, principe 3 du chapitre II de la déclaration européenne sur les droits et principes numériques pour la décennie numérique (JO 2023, C 23, p. 1), qui énonce que « [t]oute personne, où qu’elle se trouve dans l’UE, devrait avoir accès à une connexion numérique à haut débit et d’un prix abordable ».


87 C‑293/12 et C‑594/12, EU:C:2014:238, point 47. Dans cet arrêt, la Cour a jugé que, compte tenu, d’une part, du rôle important que joue la protection des données à caractère personnel au regard du droit fondamental au respect de la vie privée et, d’autre part, de l’ampleur et de la gravité de l’ingérence dans ce droit que comporte la directive 2006/24/CE du Parlement européen et du Conseil, du 15 mars 2006, sur la conservation de données générées ou traitées dans le cadre de la fourniture de services de communications électroniques accessibles au public ou de réseaux publics de communications, et modifiant la directive 2002/58/CE (JO 2006, L 105, p. 54), le pouvoir d’appréciation du législateur de l’Union s’avère réduit de sorte qu’il convient de procéder à un contrôle strict. Ibid., point 48.


88 La jurisprudence de la Cour ne traite pas de manière égale tous les droits consacrés par la Charte. Tridimas relève que « le droit à une protection juridictionnelle se trouve au sommet absolu de l’édifice constitutionnel », tandis que le « droit à la protection des données à caractère personnel jouit d’un rang élevé ». Tridimas, T., « Wreaking the Wrongs : Balancing Rights and the Public Interest the EU Way », Columbia Journal of European Law, 2023, Vol. 29.2, p. 185.


89 Gutiérrez-Fons observe qu’« un tel nombre d’éléments a pour conséquence que l’intensité du contrôle de proportionnalité est à “géométrie variable” ». GutiérrezFons, J.A., « The Margin of Appreciation in the Case Law of the Court of Justice: Proportionality and Levels of Fundamental Rights Protection », dans Izquierdo Sans, C., Martínez Capdevila, C. et Nogueira-Guastavino, M. (éd.), Fundamental Rights Challenges – Horizontal Effectiveness, Rule of Law and Margin of National Appreciation, Springer, 2021, p. 231.


90 À l’exception de l’article 1er de la Charte.


91 Voir, en ce sens, arrêt du 8 novembre 2022, Staatssecretaris van Justitie en Veiligheid (Examen d’office de la rétention) (C‑704/20 et C‑39/21, EU:C:2022:858, points 84 à 87 et jurisprudence citée).


92 Ou, à défaut, une juridiction nationale saisie d’un litige en la matière.


93 Arrêt du 14 mai 2020, Országos Idegenrendészeti Főigazgatóság Dél-alföldi Regionális Igazgatóság (C‑924/19 PPU et C‑925/19 PPU, EU:C:2020:367, point 293 et jurisprudence citée).


94 Arrêt du 4 octobre 2024, Bouskoura (C‑387/24 PPU, EU:C:2024:868, point 43 et jurisprudence citée).


95 Arrêt du 30 juin 2022, Valstybės sienos apsaugos tarnyba e.a. (C‑72/22 PPU, EU:C:2022:505, point 83).


96 Qui exige que la rétention s’effectue en règle générale dans des centres de rétention spécialisés.


97 Voir arrêt Landkreis Gifhorn (points 64 et 65 ainsi que jurisprudence citée).


98 Il convient de souligner l’importance des droits fondamentaux des personnes placées en rétention protégés, entre autres, par les articles 7, 8, 11 et 47 de la Charte.