Arrêt CJUE — 62025CC0285
| CELEX | 62025CC0285 |
| Type | Arrêt CJUE |
| Date | jeudi 3 septembre 2026 |
Texte intégral
Édition provisoire
CONCLUSIONS DE L’AVOCATE GÉNÉRALE
Mme JULIANE KOKOTT
présentées le 3 septembre 2026 (1)
Affaire C‑285/25 [Lurdos] (i)
F-I. e. a.
contre
A-I. e. a.
[demande de décision préjudicielle formée par la Gyulai Törvényszék (cour de Gyula, Hongrie)]
« Demande de décision préjudicielle – Concurrence – Actions en dommages et intérêts en droit national pour les infractions aux dispositions du droit de la concurrence – Délai de prescription – Actions de type ‘follow-on’ faisant suite à une décision de la Commission européenne – Délai de prescription d’un an suivant la publication du résumé de la décision au Journal officiel de l’Union européenne – Directive 2014/104 – Applicabilité – Interdiction d’interpréter le droit national contra legem – Principe d’effectivité – Interprétation contraignante de la juridiction nationale suprême liant les juridictions nationales – Primauté du droit de l’Union »
I. Introduction
1. Le respect du droit de la concurrence est de plus en plus assuré dans le cadre du droit privé, par le biais des actions en réparation des préjudices subis par les particuliers du fait des infractions commises en la matière ; ces actions constituent le « deuxième pilier » sur lequel repose la mise en œuvre du droit de la concurrence, parallèlement à l’action publique des autorités compétentes.
2. Dans ce contexte, les auteurs des actions en dommages et intérêts dites « follow-on », faisant suite à des décisions rendues par les autorités de concurrence, sont avantagés par rapport aux auteurs des actions dites « stand-alone » (indépendantes d’une telle décision), dans la mesure où les premiers peuvent s’appuyer sur les constatations des autorités pour exposer les éléments essentiels de l’infraction. Aussi est‑il essentiel, pour assurer l’effectivité de telles actions « follow-on », que les délais de prescription continuent à courir après les décisions administratives pendant une période suffisamment longue pour permettre aux personnes lésées d’introduire leurs actions consécutives.
3. La directive 2014/104/UE relative à certaines règles régissant les actions en dommages et intérêts en droit national pour les infractions aux dispositions du droit de la concurrence des États membres et de l’Union européenne (2) contient des dispositions détaillées concernant les règles de prescription applicables à ces actions. Les actions auxquelles cette directive ne trouve pas (encore) à s’appliquer n’échappent pas, néanmoins, à certaines règles fondamentales découlant des articles 101 et 102 TFUE, lus en combinaison avec le principe d’effectivité, qui exigent que les dispositions nationales en matière de prescription ne rendent pas pratiquement impossible ou excessivement difficile l’exercice du droit de demander réparation reconnu à toute personne.
4. La présente demande de décision préjudicielle soumise par la Gyulai Törvényszék (cour de Gyula, Hongrie) a pour origine une situation à laquelle, finalement, la directive 2014/104, pourtant déjà applicable temporellement, ne trouve pas encore à s’appliquer, en raison de l’interdiction d’interpréter le droit national contra legem. La question se pose de savoir si, dans le cadre d’actions en dommages et intérêts en matière de droit de la concurrence, un délai de prescription d’un an à compter de la publication au Journal officiel de l’Union européenne du résumé de la décision de la Commission européenne constatant l’infraction en cause satisfait à l’exigence d’une mise en œuvre effective de l’article 101 TFUE.
5. Pour répondre à cette question, la Cour peut s’appuyer sur son abondante jurisprudence relative à la prescription des actions en dommages et intérêts en matière de droit de la concurrence, en particulier sur les arrêts du 28 mars 2019, Cogeco Communications , du 22 juin 2022, Volvo et DAF Trucks , ainsi que du 18 avril 2024, Heureka Group (Comparateurs de prix en ligne) .
II. Cadre juridique
A. Droit de l’Union
6. L’article 10, l’article 21, paragraphe 1, premier alinéa, première phrase, et l’article 22 de la directive 2014/104 prévoient ce qui suit :
« Article 10 – Délais de prescription
1. Les États membres arrêtent, conformément au présent article, les règles relatives aux délais de prescription applicables aux actions en dommages et intérêts. Ces règles déterminent le moment à partir duquel le délai de prescription commence à courir, la durée de ce délai et les circonstances dans lesquelles il est interrompu ou suspendu.
2. Les délais de prescription ne commencent pas à courir avant que l’infraction au droit de la concurrence ait cessé et que le demandeur ait pris connaissance ou puisse raisonnablement être considéré comme ayant connaissance :
a) du comportement et du fait qu’il constitue une infraction au droit de la concurrence ;
b) du fait que l’infraction au droit de la concurrence lui a causé un préjudice ; et
c) de l’identité de l’auteur de l’infraction.
3. Les États membres veillent à ce que les délais de prescription applicables aux actions en dommages et intérêts soient de cinq ans au minimum.
4. Les États membres veillent à ce qu’un délai de prescription soit suspendu ou, selon le droit national, interrompu par tout acte d’une autorité de concurrence visant à l’instruction ou à la poursuite d’une infraction au droit de la concurrence à laquelle l’action en dommages et intérêts se rapporte. Cette suspension prend fin au plus tôt un an après la date à laquelle la décision constatant une infraction est devenue définitive ou à laquelle il a été mis un terme à la procédure d’une autre manière.
[...]
Article 21 – Transposition
1. Les États membres mettent en vigueur les dispositions législatives, réglementaires et administratives nécessaires pour se conformer à la présente directive au plus tard le 27 décembre 2016. [...]
Article 22 – Application temporelle
1. Les États membres veillent à ce que les dispositions nationales adoptées en application de l’article 21 afin de se conformer aux dispositions substantielles de la présente directive ne s’appliquent pas rétroactivement.
2. Les États membres veillent à ce qu’aucune disposition nationale adoptée en application de l’article 21, autre que celles visées au paragraphe 1, ne s’applique aux actions en dommages et intérêts dont une juridiction nationale a été saisie avant le 26 décembre 2014. »
B. Droit hongrois
7. En vertu de l’article 324, paragraphe 1, de l’a Polgári Törvénykönyvről szóló 1959. évi IV. törvény (loi n° IV de 1959, instituant le code civil, ci-après l’« ancien code civil »), les créances se prescrivent dans un délai de cinq ans, sauf disposition contraire de la loi.
8. L’article 326, paragraphe 1, de l’ancien code civil prévoit que le délai de prescription commence à courir le jour où la créance est devenue exigible. En vertu de l’article 360, paragraphe 1, de ce code, les dommages et intérêts sont dus dès la survenance du dommage. Toutefois, conformément à l’article 326, paragraphe 2, dudit code, si le titulaire d’une créance est dans l’impossibilité de faire valoir celle-ci pour une raison valable, il peut la faire valoir dans un délai d’un an à compter de la disparition de l’empêchement, même si le délai de prescription est déjà expiré ou si la durée restant à courir est inférieure à un an.
9. L’article 326, paragraphe 1, de l’ancien code civil est libellé comme suit :
« (1) Le délai de prescription court à compter du jour où la créance devient exigible.
(2) Si le titulaire d’une créance est dans l’impossibilité de faire valoir celle-ci pour une raison valable, il peut en poursuivre l’exécution dans un délai d’un an (ou de trois mois, si le délai de prescription est d’un an au plus) à compter de la disparition de l’empêchement, même si le délai de prescription est déjà expiré ou si la durée restant à courir est inférieure à un an (ou à trois mois, si le délai de prescription est d’un an au plus). La présente disposition s’applique même si le titulaire de la créance consent au débiteur, après l’échéance, une prorogation du délai dont il dispose pour s’exécuter. »
10. L’article 88/T de l’a tisztességtelen piaci magatartás és a versenykorlátozás tilalmáról szóló 1996. évi LVII. törvény (loi no LVII de 1996 portant interdiction des pratiques commerciales déloyales ou restrictives de la concurrence, ci-après la « loi sur les pratiques commerciales déloyales »), introduit par la loi no CLXI de 2016 et en vigueur depuis le 15 janvier 2017, dispose :
« (1) Le délai de prescription pour une demande de dommages et intérêts résultant d’une infraction au droit de la concurrence commence à courir lorsque le comportement à l’origine de l’infraction au droit de la concurrence a cessé et que la personne lésée a pris connaissance, ou, en faisant preuve d’une diligence raisonnable, aurait pu prendre connaissance
a) du comportement et du fait qu’il constitue une infraction au droit de la concurrence,
b) du préjudice causé par l’infraction, et
c) de l’identité de l’entreprise qui a commis l’infraction.
(2) Lorsqu’une autorité de concurrence de l’Union [européenne] engage une procédure concernant un comportement anticoncurrentiel, la prescription est suspendue pendant une période qui court à compter de la date d’engagement de la procédure jusqu’à un an à compter de la date de l’adoption de la décision définitive de cette autorité de la concurrence ou de la juridiction qui, le cas échéant, a été saisie d’un recours contre la décision de l’autorité de la concurrence.
(3) Lorsque les parties recourent à un mode de règlement extrajudiciaire des litiges pour résoudre un différend concernant une demande de dommages et intérêts résultant d’une infraction au droit de la concurrence, la prescription est suspendue jusqu’à la fin de la procédure en ce qui concerne l’entreprise participant à la procédure de règlement extrajudiciaire des litiges. »
11. En vertu de l’article 95/E, paragraphe 4, de la loi sur les pratiques commerciales déloyales, l’article 88/T de cette même loi n’est applicable qu’en cas de comportement dommageable causé par une infraction au droit de la concurrence commise après l’entrée en vigueur de la loi n° CLXI de 2016, c’est-à-dire après le 15 janvier 2017.
III. Les faits
12. Le 19 juillet 2016, la Commission a adopté une décision, notifiée sous le numéro C(2016) 4673 final, relative à une procédure d’application de l’article 101 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne et de l’article 53 de l’accord EEE (Affaire AT.39824 – Camions) (ci-après la « décision de 2016 »). Elle y a conclu que différents constructeurs de camions avaient participé à des pratiques concertées et, ainsi, avaient enfreint l’article 101 TFUE et l’article 53 de l’accord EEE pendant la période comprise entre le 17 janvier 1997 et le 18 janvier 2011.
13. La Commission a publié sur son site Internet, ce même 19 juillet 2016, un communiqué de presse concernant cette décision, rédigé en anglais (3). Un résumé en langue hongroise de cette décision a été publié au Journal officiel de l’Union européenne le 6 avril 2017 (4).
14. La directive 2014/104 aurait dû être transposée par les États membres au plus tard le 27 décembre 2016. La règle de prescription introduite par l’insertion de l’article 88/T dans la loi sur les pratiques commerciales déloyales est entrée en vigueur le 15 janvier 2017. Cette disposition ne s’applique toutefois qu’aux préjudices qui ont été causés par des infractions au droit de la concurrence commises après le 15 janvier 2017.
15. Le litige au principal oppose des entreprises du secteur du transport (ci-après les « acheteurs ») à des entreprises qui fabriquent et commercialisent des camions (ci-après les « vendeurs »).
16. Les acheteurs avaient conclu un certain nombre de contrats de vente portant sur des camions concernés par l’infraction au droit de la concurrence constatée dans la décision de 2016. Ils estiment que cette infraction leur a causé un préjudice.
17. Le 6 avril 2018, les acheteurs ont saisi la Gyulai Törvényszék (cour de Gyula), la juridiction de renvoi, d’une action en dommages et intérêts sous la forme d’une action dite « follow-on », dirigée contre les vendeurs (ci-après la « procédure en première instance »). Ils invoquaient, à l’appui de leur action, la décision de 2016, l’article 101 TFUE, la loi sur les pratiques commerciales déloyales et l’ancien code civil. Le 15 juin 2018, l’un d’entre eux (la partie requérante n° III dans la procédure en première instance) a augmenté le montant des dommages et intérêts réclamés.
18. Dans leur mémoire en défense, les vendeurs ont conclu au rejet de la demande. Ils faisaient valoir, à titre principal, que les prétentions des acheteurs – et, en tout état de cause, le droit de la partie requérante n° III dans la procédure en première instance – étaient prescrites. Ils estiment en effet que la publication du communiqué de presse avait déjà fait connaître les principaux éléments nécessaires à l’introduction du recours.
19. Par jugement du 7 mai 2021 (ci-après le « jugement de première instance »), la juridiction de renvoi a jugé que les vendeurs étaient solidairement tenus de verser des dommages et intérêts.
20. Elle a constaté que les droits à réparation des acheteurs étaient régis par les dispositions de l’ancien code civil. En vertu de cette disposition, le délai de prescription pour de telles actions était de cinq ans. Ce délai commençait à courir à compter de la date de la survenance du dommage, indépendamment du moment où la personne lésée prenait connaissance du dommage et de l’identité de la personne tenue à réparation, ainsi que de la date de cessation du comportement illicite.
21. Toutefois, l’article 326, paragraphe 2, de l’ancien code civil prévoyait que, si le titulaire d’une créance était dans l’impossibilité de faire valoir celle-ci pour une raison valable, il pouvait la faire valoir dans un délai d’un an à compter de la disparition de l’empêchement, même si le délai de prescription avait déjà expiré ou si la durée restant à courir était inférieure à un an.
22. La juridiction de renvoi a estimé que, en l’occurrence, l’empêchement avait pu disparaître au plus tôt un an après la date à laquelle la décision de 2016 était devenue définitive, et que les acheteurs disposaient ensuite d’une année supplémentaire pour introduire leurs recours.
23. La juridiction d’appel a adopté une position différente. Le 15 mai 2024, son jugement a toutefois été annulé par une décision de la Kúria (Cour suprême, Hongrie) statuant sur pourvoi en cassation (ci-après l’« arrêt sur pourvoi »). Dans cet arrêt, la Kúria (Cour suprême) a confirmé l’interprétation retenue par la juridiction de renvoi dans le jugement de première instance.
24. Les vendeurs ont formé un recours dans l’intérêt d’une interprétation uniforme du droit contre l’arrêt sur pourvoi. La Kúria (Cour suprême) s’est prononcée sur ce recours par une décision du 14 octobre 2024, rendue dans l’intérêt d’une interprétation uniforme du droit (ci-après la « décision rendue dans l’intérêt d’une interprétation uniforme du droit »). Elle y a expliqué comment il convenait d’interpréter l’article 326, paragraphe 2, de l’ancien code civil au regard du délai de prescription des actions « follow-on » en matière de concurrence.
25. Elle considère que, dans ce cas, la personne lésée est empêchée de faire valoir sa prétention pour une raison valable tant qu’elle n’a pas eu connaissance de tous les éléments pertinents de l’infraction au droit de la concurrence. La date à laquelle elle acquiert cette connaissance est celle de la publication au Journal officiel de l’Union européenne de la décision constatant l’infraction ou, à tout le moins, d’un résumé de celle-ci. Une action en dommages et intérêts pour infraction au droit de la concurrence peut être intentée dans le délai d’un an à compter de cette publication, même si le délai de prescription initial a déjà expiré ou que la durée de ce délai restant à courir était inférieure à un an. En l’espèce, le délai de prescription de cinq ans à compter de la survenance du dommage (infraction ayant eu lieu durant la période comprise entre le 17 janvier 1997 et le 18 janvier 2011) avait déjà expiré au moment de cette publication le 6 avril 2017. Il restait néanmoins aux personnes lésées un an à compter de cette date pour intenter leurs actions en justice. Par conséquent, aucune des actions introduites à la date du 6 avril 2018 dans la procédure en première instance n’était prescrite. La seule créance prescrite est celle qui a été invoquée le 15 juin 2018 par la partie requérante n° III dans la procédure en première instance (voir point 17 des présentes conclusions).
26. En revanche, selon la décision rendue dans l’intérêt d’une interprétation uniforme du droit, la position défendue dans le jugement de première instance et dans l’arrêt sur pourvoi, selon laquelle l’empêchement ne disparaît qu’un an après que la décision de la Commission est devenue définitive, ce qui signifie que les parties lésées disposent ensuite d’une année supplémentaire pour introduire leur action en dommages et intérêts, est une interprétation contra legem de l’article 326, paragraphe 2, de l’ancien code civil. Elle est notamment en contradiction avec l’expression « dans un délai d’un an à compter de la disparition de l’empêchement ».
27. Cette interprétation du droit effectuée par la Kúria (Cour suprême) dans la décision rendue dans l’intérêt d’une interprétation uniforme du droit lie les juridictions hongroises.
28. Dans l’affaire au principal, la juridiction de renvoi est saisie de la procédure qui a été rouverte en raison de l’arrêt sur pourvoi.
29. Toutefois, compte tenu de la décision rendue dans l’intérêt d’une interprétation uniforme du droit, cette juridiction nourrit des doutes quant à l’interprétation correcte des dispositions du droit de l’Union pertinentes en l’espèce.
IV. Procédure devant la Cour et questions préjudicielles
30. Dans ces conditions, la Gyulai Törvényszék (cour de Gyula), par décision du 10 avril 2015, parvenue à la Cour le 15 avril 2025, a décidé de surseoir à statuer et de poser à la Cour les questions préjudicielles suivantes :
1. Faut-il interpréter l’article 10 de la directive 2014/104, l’article 101 TFUE et le principe d’effectivité en ce sens que ceux‑ci s’opposent à la réglementation d’un État membre qui, en ce qui concerne les actions en dommages et intérêts pour les infractions aux dispositions du droit de la concurrence de l’Union, prévoit un délai de prescription de cinq ans commençant à courir à partir du moment où survient le dommage, que la personne lésée ait ou non connaissance de ce dommage et de l’identité de la personne tenue de le réparer, ou encore du fait que le comportement en cause est constitutif d’une infraction au droit de la concurrence, et sans qu’il soit nécessaire que l’infraction ait pris fin, sachant en outre que, en ce qui concerne les actions en dommages et intérêts consécutives à la constatation d’une infraction par une autorité de la concurrence (“follow-on actions”), selon une interprétation contraignante pour les juridictions, la prescription est suspendue tant que la personne lésée n’a pas connaissance de toutes les circonstances pertinentes concernant l’infraction, au motif qu’elle est de ce fait empêchée de faire valoir sa prétention, et ce, jusqu’à la date de publication au Journal officiel de l’Union européenne de la décision constatant l’infraction (ou en tout cas au moins du résumé de cette décision), date à partir de laquelle il est possible de faire valoir une créance fondée sur cette infraction dans le délai d’un an, même si le délai de prescription a déjà expiré ou si le délai restant est inférieur à un an ?
2. Faut-il interpréter l’article 10 de la directive 2014/104 en ce sens que celui-ci s’oppose à la réglementation d’un État membre décrite ci-dessus, au motif que celle-ci ne prévoit pas, dans le cas d’une action en dommages et intérêts introduite après l’entrée en vigueur des dispositions transposant cette directive en droit national, mais en lien avec une infraction au droit de la concurrence ayant pris fin avant l’entrée en vigueur de ladite directive, la suspension du délai de prescription pendant au moins un an à compter de la date à laquelle la décision constatant cette infraction est devenue définitive, dès lors que le délai de prescription applicable à cette action en vertu des règles antérieures n’a pas expiré avant l’écoulement du délai de transposition de la directive ?
3. Au vu, de surcroît, de l’article 267 TFUE, une disposition nationale en vertu de laquelle le juge est lié par une décision rendue par une juridiction suprême dans l’intérêt d’une interprétation uniforme du droit, même s’il estime que, compte tenu de l’interprétation de la Cour, les appréciations de fond qui figurent dans une telle décision ne garantissent pas l’effectivité du droit de l’Union et la sauvegarde des droits conférés aux justiciables, est-elle contraire au droit de l’Union, de sorte que le juge peut en écarter l’application ?
31. La juridiction de renvoi a également demandé que la présente procédure soit soumise à la procédure accélérée prévue à l’article 105 du règlement de procédure de la Cour. Cette demande a été rejetée par ordonnance du 2 septembre 2025 (5).
32. Dans le cadre de la procédure devant la Cour, la Commission européenne, le gouvernement bulgare ainsi que les parties défenderesses au principal nos A-I à A-III et nos A-IX à A-XII ont présenté des observations écrites. Conformément à l’article 76, paragraphe 2, du règlement de procédure, la Cour a renoncé à la tenue d’une audience.
V. Analyse
A. Les deux premières questions préjudicielles
33. Les deux premières questions préjudicielles concernent le délai pour l’introduction d’une action en dommages et intérêts dite « follow‑on », consécutive à la constatation, par la Commission, d’une infraction aux règles de concurrence de l’Union. La juridiction de renvoi cherche ainsi à savoir si l’article 10 de la directive 2014/104 ainsi que l’article 101 TFUE et le principe d’effectivité doivent être interprétés en ce sens qu’ils s’opposent à un régime de prescription comme celui prévu à l’article 326 de l’ancien code civil, tel qu’interprété par la Kúria (Cour suprême) dans la décision rendue dans l’intérêt d’une interprétation uniforme du droit.
34. Avant d’aborder ces questions (sous 2.), il convient de formuler deux observations liminaires concernant l’application temporelle de l’article 10 de la directive 2014/104 ainsi que l’interprétation de la législation hongroise (sous 1.).
1. Observations liminaires
a) L’applicabilité temporelle de l’article 10 de la directive 2014/104
35. L’article 10 de la directive 2014/104 contient des règles détaillées relatives au délai de prescription en ce qui concerne les actions en dommages et intérêts dans le domaine du droit de la concurrence. Il prévoit que le délai de prescription d’au moins cinq ans ne commence pas à courir avant que l’infraction au droit de la concurrence ait cessé et que le demandeur ait pris connaissance ou puisse raisonnablement avoir connaissance du comportement et du fait qu’il constitue une infraction au droit de la concurrence, du préjudice et de l’identité de l’auteur de l’infraction. En outre, pendant toute mesure ou procédure relative à l’infraction concernée, le délai de prescription doit être suspendu ou interrompu pendant une période qui prend fin au plus tôt un an après la date à laquelle la décision constatant une infraction est devenue définitive ou à laquelle il a été mis un terme à la procédure d’une autre manière.
36. D’après l’article 22, paragraphe 1, de la directive 2014/104, les États membres veillent à ce que les dispositions nationales adoptées afin de se conformer aux dispositions substantielles de cette directive ne s’appliquent pas rétroactivement.
37. La Cour a constaté, d’une part, que l’article 10 de la directive 2014/104 est une disposition substantielle, au sens de l’article 22, paragraphe 1, de cette directive. Un recours en dommages et intérêts qui, bien que portant sur une infraction au droit de la concurrence qui a pris fin avant l’entrée en vigueur de ladite directive, a été introduit après l’expiration du délai de transposition de cette même directive et, le cas échéant, après l’entrée en vigueur des dispositions la transposant dans le droit national, relève du champ d’application temporel de l’article 10, dans la mesure où le délai de prescription applicable à ce recours en vertu des anciennes règles ne s’est pas écoulé avant la date d’expiration du délai de transposition de la même directive (6).
38. D’autre part, selon la Cour, indépendamment de l’applicabilité de l’article 10 de la directive 2014/104, l’article 101 TFUE, lu en combinaison avec le principe d’effectivité, exige que les délais de prescription applicables aux recours en dommages et intérêts pour les infractions aux dispositions du droit de la concurrence ne commencent pas à courir avant que l’infraction ait pris fin et que la personne lésée puisse raisonnablement être considérée comme ayant pris connaissance du fait qu’elle avait subi un préjudice en raison de cette infraction ainsi que de l’identité de l’auteur de celle-ci. Dans le cas des actions « follow-on » introduites à la suite de décisions de la Commission, il est généralement considéré que la personne lésée a pris une telle connaissance à la date de la publication au Journal officiel de l’Union européenne du résumé de la décision constatant l’infraction (7).
39. Dans le cas présent, l’infraction a, d’après la décision de 2016, pris fin le 18 janvier 2011, et le recours en première instance a été introduit auprès de la juridiction de renvoi le 6 avril 2018. Conformément à l’article 326, paragraphe 2, de l’ancien code civil, tel qu’interprété par la Kúria (Cour suprême) dans la décision rendue dans l’intérêt d’une interprétation uniforme du droit, les personnes lésées étaient empêchées d’introduire leurs recours jusqu’à la date de publication du résumé de la décision de 2016 au Journal officiel de l’Union européenne, le 6 avril 2017. Après cette date, il leur restait donc encore un an pour le faire. Concrètement, le délai de prescription a ainsi nécessairement pris fin à une date postérieure à l’expiration du délai de transposition de la directive 2014/104, le 27 décembre 2016, ainsi qu’à l’entrée en vigueur, le 15 janvier 2017, de l’article 88/T de la loi sur les pratiques commerciales déloyales qui a transposé en droit hongrois l’article 10 de cette directive.
40. L’article 10 de la directive 2014/104 est donc applicable temporellement dans l’affaire au principal, ainsi que l’a relevé à juste titre la juridiction de renvoi.
41. Indépendamment de la conformité au droit de l’Union de l’interprétation de l’article 326, paragraphe 2, de l’ancien code civil par la Kúria (Cour suprême) dans la décision rendue dans l’intérêt d’une interprétation uniforme du droit, l’article 10 de la directive 2014/104 serait a fortiori applicable temporellement si l’on suivait l’interprétation de la juridiction de renvoi. Selon cette interprétation, l’obstacle à l’introduction d’une action a disparu au plus tôt un an après la date à laquelle la décision de 2016 est devenue définitive, et les acheteurs disposaient ensuite d’une année supplémentaire pour introduire leurs actions. La décision de 2016 était une décision dite de transaction, dans laquelle les destinataires sont parvenus à un règlement transactionnel avec la Commission et qu’ils n’ont pas contestée. Cette décision, émise le 19 juillet 2016, est donc devenue définitive le 29 septembre 2016, à l’expiration du délai de recours de deux mois et dix jours. Selon la juridiction de renvoi, le délai de prescription a donc expiré le 29 septembre 2018.
b) L’interprétation et l’appréciation de la législation hongroise
42. Il ressort de la jurisprudence de la Cour que, dans le cadre d’un litige entre particuliers, la juridiction nationale est tenue d’interpréter le droit national, dès l’expiration du délai de transposition d’une directive non transposée, d’une manière conforme à cette directive, sans toutefois procéder à une interprétation contra legem du droit national (8). Il en va de même en ce qui concerne les dispositions nationales (le cas échéant adoptées ultérieurement) qui sont contraires à une directive et, donc, en cas de transposition incorrecte (9).
43. Ainsi que le relève la juridiction de renvoi, les prétentions litigieuses au principal relèvent bien du champ d’application temporel de l’article 10 de la directive 2014/104, mais pas de celui de la disposition qui a été adoptée par la Hongrie aux fins de sa transposition, à savoir l’article 88/T de la loi sur les pratiques commerciales déloyales. En effet, ce dernier n’est applicable qu’en cas de comportement dommageable causé par une infraction au droit de la concurrence commise après le 15 janvier 2017 (voir point 11 des présentes conclusions). Or, les préjudices qui sont invoqués en l’espèce résultent d’une infraction qui a eu lieu du 17 janvier 1997 au 18 janvier 2011 (voir point 12 des présentes conclusions).
44. La conformité au droit de l’Union de la réglementation susmentionnée semble douteuse au regard des constatations de la Cour relatives à l’applicabilité dans le temps de l’article 10 de la directive 2014/104, telles qu’elles sont exposées au point 37 des présentes conclusions. En effet, selon ces constatations, tous les préjudices, y compris ceux causés antérieurement, relèvent du champ d’application de la directive si le délai de prescription national applicable n’était pas encore écoulé à l’expiration du délai de transposition de la directive. Toutefois, il n’appartient pas à la Cour de se prononcer sur cette question dans le cadre de la procédure préjudicielle (10). Son rôle consiste à fournir à la juridiction de renvoi tous les éléments d’interprétation relevant du droit de l’Union qui peuvent permettre à celle-ci de juger, sur le fondement des dispositions nationales applicables, l’affaire au principal de la manière la plus conforme possible au droit de l’Union (11).
45. La juridiction de renvoi considère que, en raison de la limitation du champ d’application temporel de l’article 88/T de la loi sur les pratiques commerciales déloyales, c’est le régime général de prescription prévu à l’article 326 de l’ancien code civil qui est applicable dans l’affaire au principal. En vertu du paragraphe 2 de cette disposition, le titulaire d’une créance peut faire valoir celle-ci dans un délai d’un an à compter de la disparition de l’empêchement, même si le délai de prescription est déjà expiré ou si la durée restant à courir est inférieure à un an, s’il était dans l’impossibilité de faire valoir celle-ci auparavant pour une raison valable.
46. Les juridictions hongroises, en particulier la juridiction de renvoi et la Kúria (Cour suprême) dans la décision qu’elle a rendue dans l’intérêt d’une interprétation uniforme du droit, sont en désaccord sur la manière dont cette disposition doit être interprétée dans le cadre des actions en dommages et intérêts de type « follow-on », faisant suite à des décisions de la Commission, ainsi que sur ce que signifie, dans ce contexte, une interprétation contra legem.
47. Étant donné que l’interprétation du droit national incombe aux juridictions nationales, il n’appartient pas à la Cour d’apprécier les positions divergentes des juridictions hongroises (12). Son rôle consiste à fournir à la juridiction de renvoi les éléments d’interprétation du droit de l’Union dont celle-ci a besoin pour trancher le litige en interprétant le droit national, dans la mesure que celui-ci permet, de manière conforme au droit de l’Union.
2. Les deux premières questions préjudicielles
a) Observations liminaires
1) La première question
48. Par sa première question, la juridiction de renvoi cherche à savoir si l’article 10 de la directive 2014/104 ainsi que l’article 101 TFUE et le principe d’effectivité doivent être interprétés en ce sens qu’ils s’opposent à une règle comme celle de l’article 326 de l’ancien code civil, tel qu’interprété par la Kúria (Cour suprême) dans la décision rendue dans l’intérêt d’une interprétation uniforme du droit. Il s’agit, en substance, de savoir si ces dispositions font obstacle à un régime de prescription en vertu duquel, dans le cas d’actions en dommages et intérêts de type « follow-on », faisant suite à des décisions de la Commission, la personne lésée dispose encore d’une année, après la publication au Journal officiel de l’Union européenne du résumé de la décision constatant l’infraction, pour introduire son recours.
49. Comme nous l’avons indiqué au point 35 des présentes conclusions, l’article 10 de la directive 2014/104 prévoit un délai de prescription d’au moins cinq ans, qui ne commence pas à courir avant que le demandeur ait pris connaissance ou puisse raisonnablement être considéré comme ayant connaissance des principaux éléments de l’infraction. Ainsi que nous l’avons indiqué au point 38 des présentes conclusions, dans le cas des actions « follow-on » introduites à la suite de décisions de la Commission, il est généralement considéré que cette condition est remplie à la date de la publication au Journal officiel de l’Union européenne du résumé de la décision constatant l’infraction (13).
50. Dans la mesure toutefois où l’article 326 de l’ancien code civil, tant selon son libellé que selon l’interprétation qu’en donne la Kúria (Cour suprême) dans la décision qu’elle a rendue dans l’intérêt d’une interprétation uniforme du droit, prévoit uniquement que le délai continue à courir pendant encore un an à compter de cette date, il est de toute évidence impossible de donner de cette disposition une interprétation qui soit conforme à la directive sans procéder à une interprétation contra legem.
51. Par conséquent, nous nous limiterons ci-après à examiner si l’article 101 TFUE, lu en combinaison avec le principe d’effectivité, s’oppose à la réglementation et à l’interprétation litigieuses.
52. Cette question est d’ailleurs, pour autant que l’on puisse en juger, également (du moins en partie) déterminante pour la solution du litige au principal. Ainsi, les actions initiales en première instance, dont la juridiction de renvoi est maintenant de nouveau saisie à la suite de l’arrêt sur pourvoi, avaient été introduites le 6 juin 2018. Manifestement, ces actions initiales ne sont pas prescrites, que l’on se fonde sur l’interprétation de l’article 326 de l’ancien code civil donnée par la Kúria (Cour suprême) dans la décision qu’elle a rendue dans l’intérêt d’une interprétation uniforme du droit (délai de prescription expirant le 6 avril 2018 (14)), ou sur celle qui est effectuée par la juridiction de renvoi (délai de prescription expirant le 29 septembre 2018 (15)). Pour ce qui est, en revanche, de la prescription des prétentions invoquées par la partie requérante n° III dans le cadre de la procédure en première instance, la conclusion n’est pas la même selon l’interprétation que l’on retient. Ainsi, les prétentions invoquées par cette partie le 15 juin 2018 seraient – sous réserve d’un examen par la juridiction de renvoi – probablement prescrites d’après l’interprétation donnée par la Kúria (Cour suprême) dans la décision que celle-ci a rendue dans l’intérêt d’une interprétation uniforme du droit (16).
2) La deuxième question
53. Par sa deuxième question, la juridiction de renvoi souhaite plus particulièrement savoir si l’article 10 de la directive 2014/104 s’oppose à la réglementation litigieuse, telle qu’interprétée par la Kúria (Cour suprême) dans la décision qu’elle a rendue dans l’intérêt d’une interprétation uniforme du droit, au motif que celle-ci ne prévoit pas que le délai de prescription est suspendu pendant au moins un an à compter de la date à laquelle la décision constatant cette infraction est devenue définitive, et ne recommence à courir qu’après cette date. En effet, l’article 10 de la directive 2014/104 prévoit une telle suspension ou interruption (voir point 35 des présentes conclusions).
54. Ainsi que nous l’avons déjà mentionné au point 26 des présentes conclusions, la Kúria (Cour suprême), dans la décision qu’elle a rendue dans l’intérêt d’une interprétation uniforme du droit, a rejeté comme étant contra legem l’interprétation de l’article 326 de l’ancien code civil selon laquelle l’obstacle à l’exercice du droit à réparation ne disparaîtrait qu’un an après que la décision d’infraction est devenue définitive, et le délai continuerait ensuite de courir encore un an, et il n’appartient pas à la Cour de remettre en cause cette appréciation. Le droit de l’Union n’exige pas une telle interprétation contra legem (voir point 42 des présentes conclusions). La deuxième question préjudicielle, telle qu’elle est formulée par la juridiction de renvoi, se résout donc d’elle-même.
55. Toutefois, pour apporter à cette juridiction une réponse qui lui soit utile, nous rappellerons ce que la Cour a déjà dit à propos de l’article 102 TFUE, et qui est également valable en ce qui concerne l’article 101 TFUE, à savoir que ces dispositions, lues en combinaison avec le principe d’effectivité, n’exigent pas la suspension du délai de prescription jusqu’à ce qu’une décision de la Commission constatant une infraction soit définitive. En effet, tant les personnes lésées que les juridictions nationales peuvent déjà s’appuyer sur les constats figurant dans une décision de la Commission non encore définitive. En outre, si le juge national a la faculté de suspendre la procédure devant lui jusqu’à ce que la décision de la Commission devienne définitive, lorsqu’il l’estime approprié en raison des circonstances du cas d’espèce, il n’est nullement tenu de le faire pour autant qu’il ne s’écarte pas de cette décision (17).
56. Il en va autrement, le cas échéant, des décisions des autorités nationales de concurrence, qui ne sont pas concernées en l’espèce. Le délai de prescription de ces décisions ne peut en effet commencer à courir qu’à partir du moment où le jugement dont elles ont fait l’objet est devenu définitif et a été publié, à tout le moins dans le cas où le juge saisi d’une action en dommages et intérêts n’est lié par le constat de l’existence de l’infraction concernée que lorsque la décision de l’autorité nationale de concurrence est devenue définitive (18).
b) Un délai de prescription d’un an à compter de la publication du résumé de la décision de la Commission est-il conforme au principe d’effectivité ?
57. Il résulte de ce qui précède que, s’agissant des deux premières questions préjudicielles, il reste uniquement à examiner la compatibilité avec l’article 101 TFUE, lu en combinaison avec le principe d’effectivité, d’un délai de prescription qui, dans le cas d’actions en dommages et intérêts de type « follow-on » en droit de la concurrence, qui font suite à des décisions de la Commission, continue à courir encore pendant un an à compter de la publication du résumé de la décision concernée au Journal officiel de l’Union européenne. En revanche, la question, évoquée en marge par la juridiction de renvoi, du délai de prescription dans le cas d’actions en dommages et intérêts « stand-alone », qui ne sont précédées d’aucune décision de la Commission, ne se pose pas en l’espèce.
58. En l’absence de réglementation de l’Union en la matière avant l’expiration du délai de transposition de la directive 2014/104, il appartenait jusqu’à cette date à l’ordre juridique de chaque État membre de régler les modalités d’exercice du droit de demander réparation du préjudice résultant d’une violation des articles 101 et 102 TFUE, y compris celles relatives aux délais de prescription, pour autant que les principes d’équivalence et d’effectivité soient respectés. Ce dernier principe exige que les règles applicables aux recours destinés à assurer la sauvegarde des droits que les justiciables tirent de l’effet direct du droit de l’Union ne rendent pas pratiquement impossible ou excessivement difficile l’exercice des droits conférés par l’ordre juridique de l’Union (19).
59. À titre liminaire, il convient de relever que le délai litigieux ne doit pas être qualifié de déraisonnable au seul motif qu’il est plus court que celui désormais prévu à l’article 10 de la directive 2014/104. Comme nous l’avons déjà exposé dans nos conclusions dans l’affaire Cogeco Communications, ces dispositions de la directive notamment ne sont pas une simple codification de ce qui découlait déjà auparavant de manière implicite du droit primaire. L’objectif des auteurs de la directive était d’harmoniser et de renforcer la mise en œuvre du droit à réparation du préjudice causé par une entente. Cela ne signifie pas que des modalités moins généreuses compromettent ce droit, pour autant qu’elles ne rendent pas son exercice pratiquement impossible ou excessivement difficile (20).
60. Une réglementation nationale fixant la date à partir de laquelle le délai de prescription commence à courir, la durée et les modalités de la suspension ou de l’interruption de celui-ci doit être adaptée aux spécificités du droit de la concurrence et aux objectifs de la mise en œuvre des règles de ce droit par les personnes concernées, afin de ne pas réduire à néant la pleine effectivité des articles 101 et 102 TFUE (21).
61. Ainsi que la juridiction de renvoi le souligne elle-même, afin de déterminer si un délai de prescription national satisfait à l’exigence d’effectivité des règles de concurrence de l’Union, il convient de prendre en considération l’ensemble des éléments du régime de prescription en question (22).
62. Les délais de prescription en question ont notamment pour fonction d’assurer la protection des droits de la personne lésée, celle-ci devant disposer de suffisamment de temps pour rassembler des informations appropriées en vue d’un recours éventuel (23).
63. À cet égard, l’existence d’une infraction au droit de la concurrence, l’existence d’un préjudice, le lien de causalité entre ce préjudice et cette infraction ainsi que l’identité de l’auteur de celle-ci font partie des éléments indispensables dont la personne lésée doit disposer afin d’introduire un recours en dommages et intérêts (24).
64. La Cour a en outre constaté que l’introduction des actions en dommages et intérêts pour infraction au droit de la concurrence de l’Union nécessite, en principe, la réalisation d’une analyse factuelle et économique complexe (25).
65. Cette analyse est compliquée par le fait que les litiges concernant des infractions au droit de la concurrence se caractérisent, en principe, par une asymétrie d’information au détriment de la personne lésée. Il est plus difficile pour celle-ci d’obtenir les informations indispensables pour intenter une action en dommages et intérêts que pour les autorités de concurrence d’obtenir les informations nécessaires aux fins de l’exercice de leurs pouvoirs d’appliquer le droit de la concurrence (26).
66. Pour cette raison, il est nécessaire que le délai de prescription ne commence pas à courir avant que l’infraction concernée n’ait pris fin. Ce n’est qu’ainsi que la personne lésée peut identifier et prouver son existence, sa portée et sa durée, l’étendue du préjudice causé par l’infraction ainsi que le lien de causalité entre ce préjudice et cette infraction (27). Cette condition est remplie en ce qui concerne la réglementation litigieuse en l’espèce.
67. Dans le cas d’actions en dommages et intérêts de type « follow‑on », telles qu’en l’espèce, qui sont fondées sur une décision d’une autorité de concurrence, les éléments essentiels de l’infraction figurent en outre déjà dans cette même décision (28). C’est précisément pour cette raison qu’il est déterminant, dans le cadre de ces actions, que le délai de prescription ne prenne pas fin avant qu’une telle décision ait été émise. Ce principe, dont les modalités concrètes sont désormais définies à l’article 10 de la directive 2014/104, découlait déjà dans ses grandes lignes des articles 101 et 102 TFUE, lus en combinaison avec le principe d’effectivité (29). Cette condition est également remplie en ce qui concerne la réglementation litigieuse au principal.
68. Il ne reste donc plus qu’à déterminer si le délai litigieux d’un an à compter de la publication du résumé de la décision de la Commission au Journal officiel de l’Union européenne a pour effet qu’il est pratiquement impossible ou excessivement difficile, pour les requérants, de rassembler les autres éléments dont ils ont encore besoin pour faire valoir leur préjudice. Il s’agit, à côté des éléments essentiels de l’infraction contenus dans la décision de la Commission, des aspects concernant le préjudice individuel concret et le lien de causalité entre ce préjudice et l’infraction.
69. Les préjudices liés aux ententes étant généralement de nature économique, ceux-ci devraient – contrairement, le cas échéant, aux préjudices corporels – la plupart du temps pouvoir être déterminés dès qu’ils sont survenus ou se sont concrétisés. À cela s’ajoute le fait que, s’agissant des dommages qui se concrétisent sur une période plus longue en raison d’une infraction continue, le délai de prescription ne peut commencer à courir qu’à partir de la fin de cette infraction dans son ensemble (30).
70. Certes, le calcul concret de tels préjudices peut s’avérer tout à fait complexe et nécessiter des études économiques. De plus, le calcul des préjudices économiques en matière de concurrence ne repose pas uniquement sur des données relatives à l’activité commerciale et à la situation financière des personnes lésées, qui sont donc en leur possession, mais également, le cas échéant, sur des données des auteurs de l’infraction, qu’il faut d’abord pouvoir consulter et analyser (31).
71. Néanmoins, en l’état actuel, rien ne permet de dire qu’un délai d’un an qui, comme en l’espèce, commence à courir après la publication du résumé de la décision de la Commission contenant les éléments essentiels de l’infraction, et après la fin de cette infraction, rendrait pratiquement impossible ou excessivement difficile la consultation en temps utile des données nécessaires et la réalisation des études appropriées pour faire valoir effectivement les dommages subis (32).
72. Dès lors, sous réserve de vérification par la juridiction compétente, la règle figurant à l’article 326, paragraphe 2, de l’ancien code civil, telle qu’interprétée par la Kúria (Cour suprême) dans la décision qu’elle a rendue dans l’intérêt d’une interprétation uniforme du droit, semble conforme à l’article 101 TFUE et au principe d’effectivité.
73. Il appartient à la juridiction de renvoi de vérifier, au regard de l’ensemble des circonstances pertinentes, s’il existe concrètement, dans le cas d’espèce, des éléments qui remettent en cause cette constatation. Elle doit ce faisant prendre en compte la réglementation nationale dans son ensemble et, par exemple, vérifier également si les règles de procédure pertinentes permettent aux requérantes, le cas échéant, de présenter des calculs concrets du préjudice après l’introduction du recours. Sous réserve d’une vérification par la juridiction de renvoi, l’exemple de la requérante n° III en première instance ne semble pas réfuter l’existence d’une telle possibilité. D’après l’exposé des parties défenderesses au principal nos A-IX à A-XII, celle-ci, en modifiant ultérieurement sa demande, a de toute évidence non pas précisé ses prétentions initiales, mais en a fait valoir de nouvelles (33).
74. Tout bien considéré, il convient par conséquent de répondre à la première question préjudicielle que l’article 101 TFUE, lu en combinaison avec le principe d’effectivité, ne s’oppose pas à une réglementation nationale en vertu de laquelle le délai de prescription applicable aux actions en dommages et intérêts introduites à la suite d’une décision de la Commission européenne constatant une infraction au droit de la concurrence de l’Union est d’un an à compter de la publication du résumé de cette décision au Journal officiel de l’Union européenne. Il ne pourrait en être autrement que si cette réglementation, lue en combinaison avec les autres dispositions pertinentes du droit national, notamment procédural, rendait pratiquement impossible ou excessivement difficile, en raison des circonstances particulières de l’espèce, l’exercice du droit à réparation du préjudice résultant d’une infraction à l’article 101 TFUE, qui découle de cette même disposition. C’est à la juridiction compétente qu’il appartient d’apprécier ce point.
B. La troisième question préjudicielle
75. Par sa troisième question, la juridiction de renvoi souhaite savoir si le droit de l’Union s’oppose à une disposition d’un État membre en vertu de laquelle elle est liée par une décision rendue par une juridiction suprême dans l’intérêt d’une interprétation uniforme du droit, même si elle estime que cette interprétation est contraire au droit de l’Union.
76. Si la Cour suit notre analyse des deux premières questions préjudicielles, cette troisième question ne se posera plus, car comme nous venons de l’exposer, nous ne considérons pas que l’interprétation donnée par la Kúria (Cour suprême) dans la décision qu’elle a rendue dans l’intérêt d’une interprétation uniforme du droit soit contraire au droit de l’Union. Ce n’est donc qu’à titre subsidiaire que nous répondrons à la troisième question.
77. La Cour a déjà jugé que le droit de l’Union ne s’oppose pas, en principe, à une réglementation nationale selon laquelle les juridictions d’un État membre sont liées par une décision d’une juridiction supérieure de cet État membre (34). Toutefois, la primauté du droit de l’Union s’oppose à ce qu’une juridiction nationale soit liée, conformément au droit procédural national, par les appréciations en droit effectuées par une juridiction supérieure, lorsque ces appréciations ne sont pas compatibles avec le droit de l’Union (35).
78. Ce principe impose au juge national chargé d’appliquer les dispositions du droit de l’Union l’obligation, à défaut de pouvoir procéder à une interprétation de la réglementation nationale conforme aux exigences du droit de l’Union, d’assurer le plein effet des exigences de ce droit dans le litige dont il est saisi. Ainsi, il doit pouvoir laisser au besoin inappliquée toute réglementation ou pratique nationale qui est contraire à une disposition du droit de l’Union d’effet direct, sans qu’il ait à demander ou à attendre l’élimination préalable de cette réglementation ou pratique nationale par voie législative ou par tout autre procédé constitutionnel (36).
79. De même, une juridiction saisie d’un litige qui doit être tranché en vertu du droit de l’Union ne saurait être dissuadée par une réglementation nationale de faire usage de la faculté que lui confère l’article 267 TFUE de saisir la Cour de questions afin de pouvoir statuer sur la compatibilité ou non d’une disposition nationale avec le droit de l’Union (37).
80. Il convient donc, à titre subsidiaire, de répondre à la troisième question de la juridiction de renvoi que le droit de l’Union s’oppose à une réglementation nationale en vertu de laquelle le juge est lié par une décision rendue par une juridiction suprême dans l’intérêt d’une interprétation uniforme du droit, même s’il estime que cette interprétation est contraire au droit de l’Union.
VI. Conclusion
81. Eu égard aux considérations qui précèdent, nous proposons à la Cour de répondre à la demande de décision préjudicielle de la Gyulai Törvényszék (cour de Gyula, Hongrie) de la manière suivante :
L’article 101 TFUE, lu en combinaison avec le principe d’effectivité, ne s’oppose pas à une réglementation nationale en vertu de laquelle le délai de prescription applicable aux actions en dommages et intérêts introduites à la suite d’une décision de la Commission européenne constatant une infraction au droit de la concurrence de l’Union est d’un an à compter de la publication du résumé de cette décision au Journal officiel de l’Union européenne. Il ne pourrait en être autrement que si cette réglementation, lue en combinaison avec les autres dispositions pertinentes du droit national, notamment procédural, rendait pratiquement impossible ou excessivement difficile, en raison des circonstances particulières de l’espèce, l’exercice du droit à réparation du préjudice résultant d’une infraction à l’article 101 TFUE, qui découle de cette même disposition. C’est à la juridiction compétente qu’il appartient d’apprécier ce point.
1Langue originale : l’allemand.
i Le nom de la présente affaire est un nom fictif. Il ne correspond au nom réel d’aucune partie à la procédure.
2 Directive 2014/104/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 novembre 2014 (JO 2014, L 349, p. 1).
3 https://ec.europa.eu/commission/presscorner/detail/en/ip_16_2582.
4 JO 2017, C 108, p. 6.
5 Ordonnance du président de la Cour du 2 septembre 2025, Lurdos (C‑285/25, EU:C:2025:720).
6 Arrêts du 22 juin 2022, Volvo et DAF Trucks (C‑267/20, EU:C:2022:494, points 48, 49, 73 à 75 et 79), et du 18 avril 2024, Heureka Group (Comparateurs de prix en ligne) (C‑605/21, EU:C:2024:324, points 49 et 50).
7 Voir, en ce sens, arrêts du 22 juin 2022, Volvo et DAF Trucks (C‑267/20, EU:C:2022:494, points 61 et 71), et du 18 avril 2024, Heureka Group (Comparateurs de prix en ligne) (C‑605/21, EU:C:2024:324, points 55 et 67).
8 Voir, en ce sens, arrêt du 22 juin 2022, Volvo et DAF Trucks (C‑267/20, EU:C:2022:494, point 77 et jurisprudence citée).
9 Voir, en ce sens, arrêts du 18 janvier 2022, Thelen Technopark Berlin (C‑261/20, EU:C:2022:33, points 30 à 33) ; du 20 février 2024, X (Absence de motifs de résiliation) (C‑715/20, EU:C:2024:139, points 75 et 76), et du 10 juillet 2025, DADA Music et UPFR (C‑37/24, EU:C:2025:551, points 80 à 83).
10 Voir arrêt du 9 avril 2024, Profi Credit Polska (Réouverture de la procédure terminée par une décision définitive) (C‑582/21, EU:C:2024:282, points 31 et 55 ainsi que jurisprudence citée).
11 Voir, en ce sens, arrêt du 26 janvier 2010, Transportes Urbanos y Servicios Generales (C‑118/08, EU:C:2010:39, point 23 et jurisprudence citée).
12 Voir arrêts du 15 décembre 1993, Hünermund e.a. (C‑292/92, EU:C:1993:932, point 8) ; du 19 mars 2015, OTP Bank (C‑672/13, EU:C:2015:185, point 29), et du 15 septembre 2022, Fossil (Gibraltar) (C‑705/20, EU:C:2022:680, point 56).
13 Voir, en ce sens, arrêts du 22 juin 2022, Volvo et DAF Trucks (C‑267/20, EU:C:2022:494, points 61 et 71), et du 18 avril 2024, Heureka Group (Comparateurs de prix en ligne) (C‑605/21, EU:C:2024:324, points 55 et 67).
14 Voir point 39 des présentes conclusions.
15 Voir point 41 des présentes conclusions.
16 Voir points 17 et 23 des présentes conclusions. Les parties défenderesses au principal nos A-IX à A-XII affirment à cet égard que, dans la procédure en première instance, la partie requérante n° III a non pas augmenté le montant de la créance initialement invoquée, mais fait valoir de nouvelles prétentions en rapport avec deux camions qui ne faisaient pas l’objet de son recours initial du 6 avril 2018.
17 Voir arrêt du 18 avril 2024, Heureka Group (Comparateurs de prix en ligne) (C‑605/21, EU:C:2024:324, points 72 à 80), ainsi que nos conclusions dans l’affaire Heureka Group (Comparateurs de prix en ligne) (C‑605/21, EU:C:2023:695, points 50 à 70).
18 Voir, en ce sens, arrêt du 4 septembre 2025, Nissan Iberia (C‑21/24, EU:C:2025:659, points 63 à 67, 74, 75 et 82) ; voir également conclusions de l’avocat général Medina dans l’affaire Nissan Iberia (C‑21/24, EU:C:2025:248, points 50 et suivants).
19 Arrêts du 28 mars 2019, Cogeco Communications (C‑637/17, EU:C:2019:263, points 42 et 43) ; du 22 juin 2022, Volvo et DAF Trucks (C‑267/20, EU:C:2022:494, point 50) ; du 18 avril 2024, Heureka Group (Comparateurs de prix en ligne) (C‑605/21, EU:C:2024:324, point 51), et du 4 septembre 2025, Nissan Iberia (C‑21/24, EU:C:2025:659, point 48).
20 Voir, en ce sens, nos conclusions dans l’affaire Cogeco Communications (C‑637/17, EU:C:2019:32, points 79, 80 et 95),
21 Arrêts du 28 mars 2019, Cogeco Communications (C‑637/17, EU:C:2019:263, point 47) ; du 22 juin 2022, Volvo et DAF Trucks (C‑267/20, EU:C:2022:494, point 53) ; du 18 avril 2024, Heureka Group (Comparateurs de prix en ligne) (C‑605/21, EU:C:2024:324, point 52), et du 4 septembre 2025, Nissan Iberia (C‑21/24, EU:C:2025:659, point 49).
22 Arrêt du 28 mars 2019, Cogeco Communications (C‑637/17, EU:C:2019:263, point 45) ; voir également nos conclusions cette affaire (C‑637/17, EU:C:2019:32, point 81).
23 Arrêts du 22 juin 2022, Volvo et DAF Trucks (C‑267/20, EU:C:2022:494, point 45), et du 4 septembre 2025, Nissan Iberia (C‑21/24, EU:C:2025:659, point 55).
24 Arrêts du 22 juin 2022, Volvo et DAF Trucks (C‑267/20, EU:C:2022:494, point 60) ; du 18 avril 2024, Heureka Group (Comparateurs de prix en ligne) (C‑605/21, EU:C:2024:324, point 64), et du 4 septembre 2025, Nissan Iberia (C‑21/24, EU:C:2025:659, point 58).
25 Arrêts du 28 mars 2019, Cogeco Communications (C‑637/17, EU:C:2019:263, point 46) ; du 22 juin 2022, Volvo et DAF Trucks (C‑267/20, EU:C:2022:494, point 54) ; du 20 avril 2023, Repsol Comercial de Productos Petrolíferos (C‑25/21, EU:C:2023:298, point 60), et du 28 janvier 2025, ASG 2 (C‑253/23, EU:C:2025:40, point 74).
26 Arrêt du 22 juin 2022, Volvo et DAF Trucks (C‑267/20, EU:C:2022:494, point 55), et ordonnance du 6 mars 2023, Deutsche Bank (Entente – Produits dérivés de taux d’intérêt en euro) (C‑198/22 et C‑199/22, EU:C:2023:166, point 35).
27 Voir, en ce sens, arrêts du 22 juin 2022, Volvo et DAF Trucks (C‑267/20, EU:C:2022:494, points 56 et 61), et du 18 avril 2024, Heureka Group (Comparateurs de prix en ligne) (C‑605/21, EU:C:2024:324, point 59).
28 Conclusions de l’avocate générale Medina dans l’affaire Nissan Iberia (C‑21/24, EU:C:2025:248, points 46 et 47) ; voir également, a contrario, arrêt du 18 avril 2024, Heureka Group (Comparateurs de prix en ligne) (C‑605/21, EU:C:2024:324, point 62 in fine.)
29 Arrêt du 28 mars 2019, Cogeco Communications (C‑637/17, EU:C:2019:263, points 51 à 53, et 55).
30 Voir, en ce sens, arrêt du 18 avril 2024, Heureka Group (Comparateurs de prix en ligne) (C‑605/21, EU:C:2024:324, point 62).
31 Voir à ce sujet arrêt du 16 février 2023, Tráficos Manuel Ferrer (C‑312/21, EU:C:2023:99, points 50 et suivants).
32 Dans les arrêts du 22 juin 2022, Volvo et DAF Trucks (C‑267/20, EU:C:2022:494, point 51) et du 4 septembre 2025, Nissan Iberia (C‑21/24, EU:C:2025:659, point 40), la Cour n’a pas émis d’objection à propos d’un délai de prescription d’un an, sans toutefois traiter expressément de cette durée ; voir conclusions de l’avocat général Rantos dans l’affaire Volvo et DAF Trucks (C‑267/20, EU:C:2021:884, points 99 à 102).
33 Voir note en bas de page 19 des présentes conclusions.
34 Voir, en ce sens, arrêts du 21 décembre 2021, Euro Box Promotion e.a. (C‑357/19, C‑379/19, C‑547/19, C‑811/19 et C‑840/19, EU:C:2021:1034, point 230), et du 22 février 2022, RS (Effet des arrêts d’une cour constitutionnelle) (C‑430/21, EU:C:2022:99, points 44 et 45).
35 Arrêts du 9 septembre 2021, Dopravní podnik hl. m. Prahy (C‑107/19, EU:C:2021:722, point 49), et du 12 mars 2026, Shipova (C‑43/24, EU:C:2026:183, points 58 à 62).
36 Arrêts du 5 octobre 2010, Elchinov (C‑173/09, EU:C:2010:581, point 31), et du 22 février 2022, et du 22 février 2022, RS (Effet des arrêts d’une cour constitutionnelle) (C‑430/21, EU:C:2022:99, point 53). Voir également, en ce sens, arrêts du 21 décembre 2021, Euro Box Promotion e.a. (C‑357/19, C‑379/19, C‑547/19, C‑811/19 et C‑840/19, EU:C:2021:1034, point 258), et du 22 février 2022, RS (Effet des arrêts d’une cour constitutionnelle) (C‑430/21, EU:C:2022:99, point 63).
37 Voir arrêt du 5 octobre 2010, Elchinov (C‑173/09, EU:C:2010:581, points 25 à 27 et jurisprudence citée).