Conclusions de l'avocat général M. R. Norkus, présentées le 3 septembre 2026.###
| CELEX | 62025CC0371 |
| Type | Arrêt CJUE |
| Date | jeudi 3 septembre 2026 |
Texte intégral
Édition provisoire
CONCLUSIONS DE L’AVOCAT GÉNÉRAL
M. RIMVYDAS NORKUS
présentées le 3 septembre 2026 (1)
Affaire C‑371/25
FX
contre
Staten genom tillsynsmyndigheten i konkurser
[demande de décision préjudicielle formée par le Sundsvalls tingsrätt (tribunal de première instance de Sundsvall, Suède)]
« Renvoi préjudiciel – Politique sociale – Protection des travailleurs en cas d’insolvabilité de l’employeur – Directive 2008/94/CE – État d’insolvabilité – Procédure collective – Assainissement d’entreprise – Notion d’“insolvabilité de l’employeur” – Indemnité d’insolvabilité – Paiement subordonné à l’obligation pour le travailleur de s’inscrire comme demandeur d’emploi »
I. Introduction
1. Le Sundsvalls tingsrätt (tribunal de première instance de Sundsvall, Suède) est saisi d’un recours intenté par un travailleur ayant été licencié par une société suédoise qui faisait l’objet d’une procédure d’assainissement. Ce recours vise à obtenir de l’État suédois le versement d’une somme au titre de la garantie du paiement des rémunérations relative à l’indemnité de préavis.
2. Dans ce contexte, la juridiction de renvoi demande l’interprétation de l’article 1er et de l’article 2, paragraphe 1, de la directive 2008/94/CE (2), lus en combinaison avec l’article 2, paragraphe 4, de cette directive et l’annexe A du règlement (UE) 2015/848 (3), ainsi que de l’article 12, sous a), et de l’article 13 de ladite directive.
3. Plus précisément, les questions posées par la juridiction suédoise conduiront la Cour à se pencher, notamment, sur la question de savoir si un travailleur salarié licencié par une société soumise à une procédure d’assainissement de droit suédois inscrite sur la liste figurant à l’annexe A du règlement 2015/848 a droit, en vertu de la directive 2008/94, au versement d’une somme au titre d’une garantie de paiement de rémunérations relative à l’indemnité de préavis, et si l’octroi de cette garantie peut être subordonné à l’inscription de ce travailleur auprès de l’agence nationale pour l’emploi. La Cour devra dès lors déterminer au préalable si la procédure d’assainissement prévue par le droit suédois, que le Royaume de Suède n’a pas notifiée conformément à cette directive, relève de ladite directive et, partant, analyser la notion d’« insolvabilité » au sens de celle-ci et l’incidence de l’inscription de cette procédure à l’annexe A de ce règlement. La Cour sera, également, amenée à se prononcer sur l’effet direct des dispositions de la même directive.
II. Le cadre juridique
A. Le droit de l’Union
4. Les considérants 4 et 8, l’article 1er, paragraphes 1 et 2, l’article 2, paragraphe 1, les articles 3, 4 et 11, l’article 12, sous a), et l’article 13 de la directive 2008/94, ainsi que les considérants 10 et 11, l’article 1er, paragraphe 1, l’article 2, point 4, et l’annexe A du règlement 2015/848, revêtent une importance particulière dans la présente affaire.
B. Le droit suédois
1. La loi sur la procédure d’assainissement
5. L’article 1er, figurant au chapitre 1er, de la Lag (2022:964) om företagsrekonstruktion (loi sur la procédure d’assainissement), du 16 juin 2022 (SFS 2022, no 964), prévoit :
« La présente loi s’applique aux opérateurs économiques ayant des difficultés financières qui, à la suite d’une décision de justice, peuvent, dans le cadre d’une procédure spéciale, réorganiser leur entreprise sous la direction d’un administrateur (procédure d’assainissement). »
6. Aux termes de l’article 10, figurant au chapitre 2, de cette loi :
« La procédure d’assainissement ne peut être ouverte que si
1. il y a lieu de supposer que le débiteur est en incapacité de payer ses dettes échues ou que cette incapacité surviendra dans un avenir proche, ou que le débiteur se trouve à tout autre égard dans une situation financière difficile qui comporte un risque d’insolvabilité ; et
2. il existe des raisons valables de penser que la viabilité des activités de l’entreprise peut être assurée au moyen d’un assainissement. »
7. L’article 20, figurant au chapitre 2, de ladite loi énonce :
« Au cours de la procédure d’assainissement, le débiteur conserve le contrôle de ses biens.
Le débiteur ne peut toutefois pas, sans le consentement de l’administrateur,
1. honorer les engagements nés avant la décision d’ouvrir la procédure d’assainissement ou fournir des garanties sur ces engagements,
2. contracter de nouveaux engagements qui ne relèvent pas de la gestion courante des activités, ou
3. transférer, mettre en gage ou céder tout autre droit sur des biens essentiels à l’activité du débiteur.
L’exigence du consentement de l’administrateur figure également aux articles 2 et 9 du chapitre 3. »
2. La loi sur la garantie du paiement des rémunérations
8. L’article 1er de la lönegarantilag (1992:497) (loi sur la garantie du paiement des rémunérations), du 4 juin 1992 (SFS 1992, no 497), dispose :
« En vertu de la présente loi, l’État est tenu de payer les créances de rémunération des travailleurs salariés (garantie d’État pour le paiement des rémunérations) contre des employeurs :
1. dont l’insolvabilité a été constatée en Suède ou dans un autre pays nordique ;
2. qui font l’objet d’une procédure d’assainissement, ou
3. qui, dans un pays de l’Union européenne (UE) ou de l’Espace économique européen (EEE) autre que la Suède font l’objet d’une procédure d’insolvabilité visée à l’article 2, paragraphe 1, de la [directive 2008/94]. »
9. L’article 7 bis de cette loi prévoit :
« Le paiement au titre de la garantie couvre également les créances d’indemnités de préavis pour les périodes postérieures à l’expiration d’un délai d’un mois à compter du jugement déclaratif de la faillite. Il en va de même en cas de décision d’ouverture d’une procédure d’assainissement dans la mesure où le travailleur salarié n’a pas presté et n’aurait pas dû prester un travail pour le compte de l’employeur pendant son préavis.
La garantie s’applique à la créance d’indemnités de préavis au maximum pour la durée du préavis calculée en vertu de l’article 11 de la lag (1982:80) om anställningsskydd [loi (1982:80) sur la protection en matière de licenciement]. Les indemnités de préavis au titre de la période durant laquelle le travailleur ne preste aucun travail pour un tiers ou n’exerce aucune activité non salariée ne relèvent de la garantie que si le travailleur peut rapporter la preuve qu’il s’est inscrit comme demandeur d’emploi auprès de l’agence nationale pour l’emploi. Durant le préavis, la garantie ne porte que sur le salaire ou les rémunérations qui dépassent les revenus perçus par le travailleur au titre d’une activité non salariée ou qu’il a perçus ou aurait dû percevoir dans un autre emploi au cours de la période visée par le salaire ou la rémunération. Pour déterminer dans quelle mesure la créance de salaire ou de rémunération perçue au cours du préavis relève de la garantie, il y a lieu d’assimiler les revenus perçus dans le même temps dans un autre emploi à l’allocation d’activité accordée au participant à un programme de politique de marché du travail, dans la mesure où cette allocation porte sur la même période que le salaire ou la rémunération et où le travailleur salarié est devenu éligible à l’allocation après le préavis.
[...] »
III. Le litige au principal, les questions préjudicielles et la procédure devant la Cour
10. Le 1er septembre 2022, FX a été licencié de son emploi auprès d’une société de droit suédois. Au moment du licenciement, la société faisait l’objet d’une procédure d’assainissement (företagsrekonstruktion).
11. Le 1er octobre 2022, la relation de travail a pris fin. FX a été dispensé de son obligation de travailler pendant la période de préavis. Pendant cette période, FX n’était pas inscrit en tant que demandeur d’emploi auprès de l’agence nationale pour l’emploi.
12. Le 21 octobre 2022, l’administrateur a adopté une décision positive concernant la garantie du paiement des rémunérations relative à l’indemnité de préavis, y compris l’indemnité de congés payés, de FX.
13. Après la cessation de la relation de travail, FX a délivré une attestation au Länsstyrelsen (préfecture du département, Suède) concernant la garantie des rémunérations relative à l’indemnité de préavis. Dans ce certificat, FX a indiqué qu’il ne s’était inscrit auprès de l’agence nationale pour l’emploi qu’après que la relation de travail avait pris fin.
14. L’administrateur a adopté une décision modificative rejetant la garantie du paiement des rémunérations relative à l’indemnité de préavis, au motif que FX n’avait pas été inscrit auprès de l’agence nationale pour l’emploi pendant la période de préavis.
15. Le 19 janvier 2023, FX a assigné l’État suédois devant la juridiction de renvoi en vue d’obtenir le versement d’une somme de 32 000 couronnes suédoises (SEK) (environ 2 892 euros), majorée des intérêts.
16. À l’appui de son recours, FX fait valoir qu’il a droit à la garantie des rémunérations, étant donné que la procédure d’assainissement est une procédure d’insolvabilité au sens du règlement 2015/848 et mentionnée dans la liste figurant à l’annexe A de ce règlement. FX soutient que les procédures d’insolvabilité notifiées par le Royaume de Suède au titre de cette annexe A doivent être considérées comme relevant également de la directive 2008/94. FX ajoute qu’il n’est pas nécessaire que le Royaume de Suède ait notifié à la Commission européenne la procédure d’assainissement en tant que procédure d’insolvabilité pour que cette procédure relève de cette directive. Ladite directive étant d’effet direct, et compte tenu de l’arrêt van Ardennen (4), il ne pourrait pas être exigé qu’un travailleur s’inscrive auprès de l’agence nationale pour l’emploi pour pouvoir bénéficier de la garantie du paiement des rémunérations. L’obligation pour un travailleur salarié de s’inscrire auprès de l’agence nationale pour l’emploi en vertu de la loi sur la garantie du paiement des rémunérations ne vise pas à éviter un abus au sens de l’article 12 de la même directive et, par conséquent, cette obligation est contraire à celle-ci.
17. Le gouvernement suédois fait valoir que la directive 2008/94 n’est pas applicable, étant donné que le Royaume de Suède n’a pas notifié la procédure d’assainissement en tant que procédure relevant de cette directive, et qu’une procédure d’assainissement ne signifie pas que le débiteur est insolvable au sens de l’article 2, paragraphe 1, de ladite directive. Conformément au droit national, une décision d’ouverture d’une procédure d’assainissement peut être prise si une entreprise connaît des difficultés telles qu’il existe un risque d’insolvabilité et que le débiteur, sauf exceptions prévues par cette loi, conserve le contrôle de ses biens.
18. La juridiction de renvoi se demande si un employeur qui fait l’objet d’une procédure d’assainissement, qui peut être ordonnée par un tribunal lorsque l’employeur connaît des difficultés financières comportant un risque d’insolvabilité et entraînant un dessaisissement partiel de ses actifs, peut être considéré comme insolvable au sens de l’article 2, paragraphe 1, de la même directive.
19. Cette juridiction interprète l’arrêt van Ardennenen ce sens que l’insolvabilité de l’employeur, telle que définie à l’article 2, paragraphe 1, de la directive 2008/94, est déterminante, d’une part, pour l’application de cette directive et, d’autre part, pour la question de savoir si des exigences autres que celles autorisées par ladite directive peuvent être imposées par la réglementation nationale en ce qui concerne le droit à la garantie des créances de rémunération impayées.
20. Ladite juridiction relève une différence entre, d’une part, l’article 1er et l’article 2, paragraphe 1, de la même directive et, d’autre part, l’article 1er du règlement 2015/848. Le champ d’application de ce dernier article est étendu, en vertu de son paragraphe 1, deuxième alinéa, aux procédures dans lesquelles il existe une probabilité d’insolvabilité, alors que l’article 1er et l’article 2, paragraphe 1, de la directive 2008/94 ne semblent pas comporter une extension similaire. Selon la législation nationale et, en particulier, l’article 10 de la loi sur la procédure d’assainissement, la probabilité d’insolvabilité constitue précisément l’une des caractéristiques de la procédure d’assainissement.
21. C’est dans ces conditions que le Sundsvalls tingsrätt (tribunal de première instance de Sundsvall) a décidé, par une décision du 30 mai 2025, parvenue à la Cour le 4 juin 2025, de surseoir à statuer et de poser à la Cour les questions préjudicielles suivantes :
« 1) Un employeur doit-il être considéré comme insolvable au sens de l’article 1er et de l’article 2, paragraphe 1, de la [directive 2008/94], lorsqu’il fait l’objet :
a) d’une procédure d’assainissement, en application du droit national, qui peut être ordonnée par une juridiction nationale et qui permet, dans le cadre d’une procédure spéciale, à un opérateur économique ayant des difficultés financières comportant un risque d’insolvabilité de réorganiser son activité sous la direction d’un administrateur, au cours de laquelle l’opérateur économique est partiellement dessaisi de ses actifs ?
b) d’une procédure mentionnée sur la liste figurant à l’annexe A du [règlement 2015/848] et qui constitue ainsi une procédure d’insolvabilité au sens de l’article 2, point 4, de ce règlement ?
2) En cas de réponse affirmative à l’une des questions précédentes ou aux deux, la procédure d’assainissement peut-elle être considérée comme une procédure d’insolvabilité au sens de la directive 2008/94, même si un État membre n’a pas notifié la procédure d’assainissement en tant que procédure devant relever de cette directive, si ce même État membre a notifié la procédure d’assainissement en tant que procédure d’insolvabilité au sens du règlement 2015/848 ?
3) En cas de réponse affirmative à la question précédente, l’article 12 de la directive 2008/94 doit-il être interprété en ce sens qu’il s’oppose à une réglementation nationale qui impose au travailleur salarié de s’inscrire comme demandeur d’emploi auprès de l’agence nationale pour l’emploi pour que la garantie du paiement des rémunérations couvre l’indemnité de préavis au titre de la période au cours de laquelle le travailleur salarié n’a pas effectué un travail pour un tiers (voir [arrêt van Ardennen]) ?
4) En cas de réponse affirmative à cette question, la directive 2008/94 doit-elle être interprétée en ce sens qu’un travailleur salarié peut faire valoir un droit à la garantie du paiement des rémunérations et ainsi fonder sa créance de rémunération impayée directement sur cette directive (voir arrêt du 18 octobre 2001, Gharehveran, C‑441/99, EU:C:2001:551) ? »
22. Des observations écrites ont été déposées devant la Cour par le gouvernement suédois, l’Irlande, les gouvernements espagnol et norvégien ainsi que par la Commission. FX, qui n’avait pas soumis d’observations écrites, et ces mêmes parties intéressées ont pris part à l’audience qui s’est tenue le 7 mai 2026.
IV. Analyse
23. Dans la présente affaire, la juridiction de renvoi a formulé quatre questions préjudicielles. Tandis que les première et deuxième questions concernent le point de savoir si la procédure d’assainissement prévue par le droit suédois relève de la directive 2008/94, la troisième question concerne la subordination éventuelle de l’octroi de la garantie prévue par cette directive à l’inscription du travailleur salarié concerné comme demandeur d’emploi auprès de l’agence suédoise pour l’emploi. La quatrième question porte, quant à elle, sur la possibilité de fonder la créance de rémunération impayée directement sur ladite directive. Par ailleurs, les deuxième à quatrième questions préjudicielles sont posées en cascade dans l’hypothèse où la Cour répondrait à la question immédiatement précédente par l’affirmative. J’examinerai les deux premières questions ensemble ainsi que les troisième et quatrième questions dans le même ordre.
24. Il ressort des observations écrites déposées par le gouvernement suédois, qui ne répond qu’à la première question, l’Irlande et les gouvernements espagnol et norvégien, qui ne répondent qu’aux première et deuxième questions, ainsi que par la Commission que ces parties intervenantes apportent des réponses différentes, au terme de raisonnements distincts, aux questions préjudicielles posées par la juridiction de renvoi.
25. De manière générale, le gouvernement suédois, l’Irlande et le gouvernement norvégien considèrent que la procédure d’assainissement en cause au principal ne relève pas de la directive 2008/94. Pour leur part, FX, qui présente uniquement des observations orales, le gouvernement espagnol et la Commission défendent la position inverse.
26. Je rappelle d’emblée qu’il est de jurisprudence constante que la juridiction de renvoi est seule compétente pour constater et apprécier les faits du litige dont elle est saisie ainsi que pour interpréter et appliquer le droit national (5). Toutefois, appelée à fournir à cette juridiction une réponse utile dans le cadre de la procédure de coopération instituée à l’article 267 TFUE, la Cour est compétente pour donner à ladite juridiction des indications tirées du dossier de l’affaire au principal ainsi que des observations écrites et orales qui lui ont été soumises, de nature à permettre à la même juridiction de statuer (6).
A. Sur les première et deuxième questions préjudicielles
27. Par ses première et deuxième questions, qu’il convient d’examiner ensemble, la juridiction de renvoi cherche à savoir, en substance, si l’article 1er et l’article 2, paragraphe 1, de la directive 2008/94 doivent être interprétés en ce sens qu’un employeur peut être considéré comme étant en « état d’insolvabilité » lorsqu’il a été soumis à une procédure d’assainissement inscrite à l’annexe A du règlement 2015/848, qui peut être ordonnée par une juridiction nationale et qui permet à un opérateur économique ayant des difficultés financières comportant un risque d’insolvabilité de réorganiser son activité sous la direction d’un administrateur, procédure au cours de laquelle cet opérateur est partiellement dessaisi de ses actifs, et ce même si l’État membre concerné ne l’a pas notifiée conformément à l’article 13 de cette directive.
28. Comme je l’ai indiqué ci-dessus, les intéressés sont partagés quant à l’interprétation de l’article 2, paragraphe 1, de ladite directive. Les gouvernements suédois et norvégien font valoir, en substance, que la notion d’« insolvabilité » n’est pas harmonisée au sein de l’Union. Selon ces gouvernements, le fait que la procédure d’assainissement suédoise soit inscrite à l’annexe A de ce règlement ne constitue pas un élément concluant pour déterminer si cette procédure relève du champ d’application de la même directive. Quant à l’Irlande, elle estime que l’application de la directive 2008/94 requiert que ladite procédure soit fondée sur l’insolvabilité réelle entraînant le dessaisissement partiel ou total des actifs de l’employeur ou une restriction du contrôle équivalente.
29. En revanche, FX et le gouvernement espagnol considèrent que les procédures d’insolvabilité ne se limitent pas à celles de liquidation et peuvent inclure également d’autres procédures. Pour sa part, la Commission soutient que l’expression « considéré comme se trouvant en état d’insolvabilité », figurant à l’article 2, paragraphe 1, de cette directive, ne couvre pas seulement les situations dans lesquelles la liquidation d’une société est certaine et imminente. En effet, ces parties intéressées affirment que le fait que la procédure d’assainissement figure à l’annexe A dudit règlement peut être l’un des éléments pertinents pour déterminer si une procédure relève du champ d’application de ladite directive.
30. Concernant la circonstance de l’absence de notification conformément à l’article 13 de cette même directive, toutes les parties intéressées ayant présenté des observations écrites et/ou orales, à l’exception du gouvernement norvégien, estiment qu’une telle absence n’a pas pour effet d’exclure la procédure concernée du champ d’application de la directive 2008/94.
31. Ainsi, pour répondre de manière utile aux deux premières questions préjudicielles, j’exposerai, en premier lieu, quelques considérations concernant les conditions d’application de l’article 2, paragraphe 1, de cette directive (section 1). J’analyserai, en deuxième lieu, le rôle du droit national dans la détermination du champ d’application de ladite directive (section 2). En troisième lieu, j’examinerai la notion d’« insolvabilité de l’employeur » au sens de cette disposition (section 3), en précisant l’incidence de l’inscription de la procédure d’assainissement suédoise sur la liste figurant à l’annexe A du règlement 2015/848 sur l’application de la même directive (section 4). Je présenterai, en dernier lieu, une conclusion intermédiaire concernant ces deux questions (section 5).
1. Considérations générales sur les conditions d’application de l’article 2, paragraphe 1, de la directive 2008/94 : le constat de l’état d’insolvabilité de l’employeur
32. Je relève d’emblée que ce n’est pas la définition de la notion d’« insolvabilité », au sens qui est donné à une procédure collective nationale, qui est à l’origine des doutes de la juridiction de renvoi, mais celle d’« état d’insolvabilité », aux fins de la directive 2008/94, et ce pour déterminer si un employeur soumis à une procédure collective d’assainissement prévue par le droit suédois relève de cette dernière notion et, partant, de cette directive. La juridiction de renvoi indique ainsi qu’il convient d’interpréter l’article 1er et l’article 2, paragraphe 1, de ladite directive pour déterminer si FX a droit, en vertu de la même directive, à la garantie du paiement des rémunérations en cause au principal.
33. En ce qui concerne le champ d’application ratione materiae de la directive 2008/94, je rappelle que l’article 1er, paragraphe 1, de celle-ci dispose qu’elle s’applique aux créances des travailleurs salariés résultant de contrats de travail ou de relations de travail et existant à l’égard d’employeurs qui se trouvent en état d’insolvabilité. Ainsi que la Cour l’a déjà affirmé, cette dernière disposition ouvre le champ d’application de cette directive et, ce faisant, conditionne le déclenchement de la garantie telle que prévue par ladite directive (7). L’état d’insolvabilité de l’employeur est donc déterminant pour considérer qu’une procédure relève du champ d’application de la même directive. En outre, pour définir sous quelles conditions un employeur est considéré comme se trouvant en état d’insolvabilité « aux fins de la [directive 2008/94] » (mise en italique par mes soins), ladite disposition renvoie à son article 2, paragraphe 1.
34. À cet égard, l’article 2, paragraphe 1, de cette directive prévoit qu’un employeur est considéré comme se trouvant en état d’insolvabilité lorsque a été demandée l’ouverture d’une procédure collective fondée sur l’insolvabilité de l’employeur, prévue par les dispositions législatives, réglementaires et administratives d’un État membre, qui entraîne le dessaisissement partiel ou total de cet employeur ainsi que la désignation d’un syndic, ou une personne exerçant une fonction similaire, et que l’autorité qui est compétente en vertu de ces dispositions a soit décidé l’ouverture de la procédure [article 2, paragraphe 1, sous a), de ladite directive], soit constaté la fermeture définitive de l’entreprise ou de l’établissement de l’employeur, ainsi que l’insuffisance de l’actif disponible pour justifier l’ouverture de la procédure [article 2, paragraphe 1, sous b), de la même directive].
35. Dès lors, l’application de la directive 2008/94, et, partant, de la garantie prévue par celle-ci, dépend du constat de l’état d’insolvabilité de l’employeur, dont la portée, aux fins de cette directive, a été définie par le législateur de l’Union. À cet égard, je rappelle que la Cour a déjà précisé qu’il ressort des termes mêmes de l’article 2, paragraphe 1, de ladite directive que deux conditions doivent être réunies pour qu’un employeur soit considéré comme se trouvant en état d’insolvabilité. D’une part, l’ouverture d’une procédure collective fondée sur l’insolvabilité de l’employeur doit avoir été demandée et, d’autre part, soit une décision d’ouverture de cette procédure, soit, en cas d’insuffisance de l’actif pour justifier l’ouverture d’une telle procédure, une constatation de la fermeture définitive de l’entreprise doit être intervenue (8).
36. En particulier, dans le cadre de la première condition, j’observe que l’article 2, paragraphe 1, de la même directive opère un renvoi exprès au droit national. Dès lors, il me semble utile d’analyser la portée de ce renvoi avant d’interpréter l’étendue de la notion d’« insolvabilité de l’employeur » au sens de cette disposition, et ce pour déterminer le rôle du droit national dans la détermination du champ d’application de la directive 2008/94.
2. Sur le rôle du droit national dans l’ouverture du champ d’application de la directive 2008/94
37. Je rappelle qu’il découle des exigences tant de l’application uniforme du droit de l’Union que du principe d’égalité que les termes d’une disposition du droit de l’Union qui ne comporte aucun renvoi exprès au droit des États membres pour déterminer son sens et sa portée doivent normalement trouver, dans toute l’Union, une interprétation autonome et uniforme qui doit être recherchée en tenant compte du contexte de la disposition et de l’objectif poursuivi par la réglementation en cause (9).
38. Toutefois, comme je l’ai déjà souligné (10), l’article 2, paragraphe 1, de la directive 2008/94 contient un renvoi exprès « aux dispositions législatives, réglementaires et administratives d’un État membre » en vertu desquelles l’ouverture d’une procédure collective fondée sur l’insolvabilité de l’employeur doit avoir été demandée. Une telle demande d’ouverture de la procédure est la première des deux conditions cumulatives déjà mentionnées exigées par le législateur de l’Union pour qu’un employeur soit considéré comme se trouvant en « état d’insolvabilité » (11). Se pose donc la question de savoir quelle est la portée de ce renvoi.
39. À cet égard, d’une part, le législateur de l’Union n’a pas subordonné entièrement le champ d’application de cette directive aux définitions de l’insolvabilité prévues par le droit des États membres (12), mais il a défini, de manière autonome, les conditions pour considérer qu’un employeur se trouve en « état d’insolvabilité » aux fins de ladite directive. D’autre part, l’une des conditions visées à l’article 2, paragraphe 1, de la même directive renvoie au droit national. Ce droit joue un rôle en ce sens que, au stade actuel du droit de l’Union, les procédures d’insolvabilité sont des procédures nationales, et c’est uniquement le droit national qui prévoit les exigences matérielles pour leur ouverture (13). Il s’ensuit que, dans la mesure où l’article 2, paragraphe 1, de la directive 2008/94 part du principe de l’ouverture d’une procédure fondée sur l’insolvabilité de l’employeur « prévue par les dispositions législatives, réglementaires et administratives d’un État membre », cette procédure nationale relève du champ d’application de cette directive lorsqu’il s’agit d’une procédure collective et que les autres conditions prévues à l’article 2, paragraphe 1, de ladite directive sont réunies (14). En effet, le renvoi au droit national dans la définition du champ d’application de la même directive opéré par le législateur de l’Union constitue une « porte d’entrée » à l’examen de la seconde condition prévue à l’article 2, paragraphe 1, de la directive 2008/94. Ainsi, le droit national et le droit de l’Union interagissent pour faire appliquer ou, au contraire, exclure l’application de cette directive à certaines procédures nationales (15).
40. Dans cet ordre d’idées, je relève que, malgré une compréhension générale de l’« insolvabilité » comme l’incapacité d’un débiteur à payer ses dettes à l’échéance (16), les États membres se sont toujours opposés à toute tentative d’harmonisation de cette notion par le législateur de l’Union et ont préservé leur autonomie dans la définition de celle-ci (17). Il est donc incontestable que, au stade actuel du droit de l’Union, ils retiennent la compétence pour déterminer les conditions matérielles auxquelles un employeur est considéré comme insolvable en vertu du droit national.
41. Néanmoins, cette conclusion est sans préjudice de la compétence de la Cour pour interpréter la notion autonome d’« état d’insolvabilité de l’employeur » aux fins de la directive 2008/94 (18), notion dont la procédure nationale prévue par les dispositions législatives, réglementaires et administratives d’un État membre est une des composantes. Il convient donc de préciser, comme la juridiction de renvoi le demande, si le renvoi par le législateur de l’Union à une procédure collective fondée sur l’insolvabilité de l’employeur, prévue par le droit d’un État membre, doit être compris comme comportant uniquement un renvoi à des procédures nationales dans lesquelles un employeur est reconnu comme insolvable stricto sensu en vertu du droit national, ou comme incluant aussi d’autres types de procédures dans lesquelles un employeur n’est pas reconnu comme insolvable mais qui ont un lien avec l’insolvabilité (comme c’est le cas des procédures collectives de restructuration), telle qu’elle est définie par le droit national.
42. En procédant à mon analyse de la notion de « procédure collective fondée sur l’insolvabilité de l’employeur » au sens de cette directive, j’aurai recours aux diverses méthodes d’interprétation du droit de l’Union.
3. Sur la portée de la notion de « procédure collective fondée sur l’insolvabilité de l’employeur » au sens de l’article 2, paragraphe 1, de la directive 2008/94
43. En l’occurrence, il ressort du cadre juridique présenté par la juridiction de renvoi que la procédure d’assainissement suédoise en cause au principal ne peut être ouverte que si, d’une part, il y a lieu de supposer que le débiteur est dans l’incapacité de payer ses dettes échues ou que cette incapacité surviendra dans un avenir proche, ou que le débiteur se trouve à tout autre égard dans une situation financière difficile comportant un risque d’insolvabilité et si, d’autre part, il existe des raisons valables de penser que la viabilité des activités de l’entreprise peut être assurée au moyen d’un assainissement (19). En revanche, la juridiction de renvoi n’indique pas si la législation suédoise exige de préciser, au moment de l’ouverture d’une telle procédure, laquelle de ces hypothèses est remplie ni sur laquelle est fondée la décision nationale d’ouverture de la procédure d’assainissement en cause au principal. À cet égard, le gouvernement suédois relève dans ses observations écrites que, pour faire l’objet d’une procédure d’assainissement, l’employeur doit être jugé suffisamment viable pour survivre après celle-ci. Lors de l’audience, il a précisé que, dans le cadre de cette procédure, l’entreprise fait l’objet d’une évaluation permettant d’apprécier si elle est ou non viable, et, si elle ne l’est pas, s’il y a lieu de procéder à l’ouverture d’une procédure de faillite.
44. En ce qui concerne la première des deux conditions exigées à l’article 2, paragraphe 1, de la directive 2008/94, il ressort des indications de la juridiction de renvoi que l’ouverture d’une procédure collective d’assainissement a été demandée conformément à la législation nationale applicable et que les conditions secondaires relatives au dessaisissement partiel des actifs de l’employeur ainsi qu’à la désignation d’un administrateur (sous la direction duquel cet employeur peut réorganiser son activité) sont également remplies. En ce qui concerne la seconde des deux conditions principales, il ressort des précisions apportées par cette juridiction que le tribunal compétent en vertu de la législation nationale a décidé d’ouvrir la procédure collective d’assainissement en cause au principal.
45. Il s’ensuit que, bien qu’elle constate que les deux conditions cumulatives exigées à l’article 2, paragraphe 1, de cette directive pour qu’un employeur soit considéré comme se trouvant en état d’insolvabilité sont réunies (20), la juridiction de renvoi s’interroge néanmoins sur le point de savoir si la procédure d’assainissement en cause au principal relève de la notion de « procédure collective fondée sur l’insolvabilité de l’employeur » au sens de ladite directive. Autrement dit, pour reprendre les termes du débat entre les parties et les intéressés, la question se pose, dans le cadre de la présente affaire, de savoir si un employeur se trouvant dans une situation telle que celle en cause au principal peut être considéré en « état d’insolvabilité » au sens de cette disposition.
a) Le libellé
46. Une première lecture de l’article 2, paragraphe 1, de la directive 2008/94, figurant au chapitre I, intitulé « Champ d’application et définitions », peut faire penser que cette disposition ne concerne pas une procédure collective d’assainissement telle que celle en cause au principal. Les termes « procédure collective fondée sur l’insolvabilité de l’employeur » figurant à ladite disposition pourraient être compris comme exigeant l’insolvabilité de l’employeur pour qu’une procédure collective relève de cette notion. Toutefois, telle n’est pas la seule lecture possible de ces termes. En effet, lesdits termes admettent une autre lecture, selon laquelle ils n’exigent pas nécessairement que la procédure collective présuppose l’insolvabilité (21), mais se limitent à indiquer un lien entre une telle procédure et l’insolvabilité, de sorte qu’une procédure collective dont l’objectif est d’éviter l’insolvabilité de l’employeur pourrait aussi être considérée comme étant « fondée sur l’insolvabilité de l’employeur » (22).
47. Dans la mesure où l’interprétation littérale de l’article 2, paragraphe 1, de cette directive n’est pas conclusive, il me faut poursuivre l’analyse afin d’assurer l’interprétation qui correspond le mieux aux objectifs et au contexte de cette disposition.
b) L’objectif social
48. Je rappelle, en premier lieu, que la base juridique d’un acte est pertinente pour son interprétation, en ce qu’elle peut apporter un certain éclairage sur les objectifs poursuivis par le législateur. À cet égard, il convient de souligner que la directive 2008/94 repose sur l’ancien article 137, paragraphe 2, CE, devenu article 153, paragraphe 2, sous b), TFUE, qui, en vue de réaliser les objectifs visés à l’ancien article 136 CE, devenu article 151 TFUE, accordait aux institutions la compétence pour « arrêter [...], par voie de directives, des prescriptions minimales applicables progressivement », notamment, en ce qui concerne « les conditions de travail » (23).
49. J’observe, en second lieu, que l’objectif social de cette directive ressort clairement de ses considérants 3 et 7. D’une part, ce considérant 3 énonce : « [d]es dispositions sont nécessaires pour protéger les travailleurs salariés en cas d’insolvabilité de l’employeur et pour leur assurer un minimum de protection, en particulier pour garantir le paiement de leurs créances impayées, en tenant compte de la nécessité d’un développement économique et social équilibré dans [l’Union] ». D’autre part, l’expression « objectif social de la directive » est directement employée au considérant 7 de ladite directive (24). En outre, cet objectif a été reconnu par la Cour dans une jurisprudence bien établie (25). Partant, ledit objectif doit guider non seulement l’interprétation de la même directive mais également les États membres dans la mise en œuvre de celle-ci.
50. À cet égard, la Commission relevait dans sa proposition de directive que cet « objectif social principal [...] de protéger les créances salariales impayées des travailleurs en cas d’insolvabilité de l’employeur [...] pourrait, en effet, être mis en cause s’il était permis de soustraire du champ d’application de cette protection les créances impayées des travailleurs dont les employeurs insolvables ne sont pas susceptibles d’être soumis à des procédures collectives de désintéressement (procédures de liquidation) ou qui sont soumis à des procédures d’insolvabilité autres que de liquidation qui sont de plus en plus diverses (concordats, redressements judiciaires, cessation de paiements ou procédures analogues, destinées à assurer le fonctionnement ultérieur de l’entreprise) » (26). En effet, l’existence de cette tendance législative vers une diversité des procédures collectives, qui obéit à un double impératif économique et social, est corroborée par d’autres communications (27) et actes législatifs ultérieurs de l’Union, comme c’est le cas du règlement 2015/848.
51. Ainsi, la Commission fait valoir dans ses observations écrites, et c’est important, que les travailleurs salariés d’entreprises faisant l’objet d’une procédure collective d’assainissement doivent faire face, pour le recouvrement de leurs créances impayées, à des difficultés et à des contraintes semblables à celles des salariés d’entreprises faisant l’objet d’autres procédures collectives d’insolvabilité. En effet, une fois la procédure engagée, il est en principe sans pertinence que l’insolvabilité de l’employeur ne soit pas effective, mais potentielle. L’employeur est dessaisi d’au moins une partie de son actif, les créances des salariés sont traitées dans le cadre de la procédure collective, et l’activité est réorganisée sous la direction d’un administrateur (28).
52. À cet égard, je tiens à rappeler brièvement qu’il ressort de la jurisprudence de la Cour que tout acte de l’Union doit être interprété en conformité avec l’ensemble du droit primaire, y compris en accord avec le principe de l’égalité de traitement, qui exige que des situations comparables ne soient pas traitées de manière différente et que des situations différentes ne soient pas traitées de manière égale, à moins qu’un tel traitement ne soit objectivement justifié (29). Ainsi, la distinction entre l’insolvabilité effective et l’insolvabilité potentielle de l’employeur semble être en contradiction avec l’objectif social de la directive 2008/94. En effet, l’ouverture d’une procédure collective entraîne le dessaisissement partiel ou total de l’employeur (30). Dans ce contexte, le fait que la créance du travailleur salarié A ne soit pas payée par la garantie du paiement des rémunérations lorsque son employeur se trouve en état d’insolvabilité potentielle ayant pour conséquence l’ouverture d’une procédure collective d’assainissement, tandis que la créance du travailleur salarié B est payée par cette garantie lorsque son employeur se trouve dans un état d’insolvabilité effective ayant pour conséquence l’ouverture d’une procédure de faillite, introduirait une différence de traitement injustifiée (31). Dans les faits, les deux travailleurs se trouvent dans des situations comparables aux fins de l’application du droit à la rémunération en vertu de cette directive. Pourtant, seul le travailleur B aurait droit à la protection en vertu de ladite directive. Or, aucune considération objective ne paraît susceptible de justifier une telle différence de traitement (32).
53. Cela est corroboré par le fait que, comme il ressort de la décision de renvoi, l’article 1er de la loi sur la garantie du paiement des rémunérations, qui vise à transposer la même directive, prévoit le paiement des créances de rémunération des travailleurs salariés non seulement lorsque l’insolvabilité de l’employeur a été constatée, mais également lorsque ce dernier fait l’objet d’une procédure collective d’assainissement prévue par le droit suédois (33). J’en déduis donc que, tout en considérant que la procédure collective d’assainissement ne relevait pas du champ d’application de la directive 2008/94, le législateur suédois était conscient du fait que la différence de traitement des travailleurs en fonction de l’objectif de la procédure collective n’était pas justifiée et que les travailleurs engagés par un employeur faisant l’objet d’une procédure d’assainissement méritaient la même protection que les travailleurs d’un employeur insolvable.
54. Il s’ensuit que l’interprétation large de la notion de « procédure collective fondée sur l’insolvabilité de l’employeur » correspond mieux à l’objectif social de cette directive.
c) Le contexte normatif
1) Le contexte interne : l’économie de la directive 2008/94
55. À propos de l’économie de la directive 2008/94, je relève, premièrement, que le considérant 4 de celle-ci énonce qu’en vue d’assurer une protection équitable des travailleurs salariés concernés, il est indiqué de définir « l’état d’insolvabilité » à la lumière des tendances législatives dans les États membres et de couvrir, par la définition de l’« état d’insolvabilité », également des procédures d’insolvabilité autres que la liquidation (34). Il découle donc de l’article 2, paragraphe 1, de cette directive, lu en combinaison avec le considérant 4 de celle-ci, que ladite directive n’exige pas que la procédure collective fondée sur l’insolvabilité soit susceptible d’entraîner la liquidation de l’employeur. À cet égard, il convient de rappeler que la Cour a déjà jugé que, lorsqu’une décision d’ouverture est prononcée, l’article 2, paragraphe 1, de la même directive n’exige pas que la procédure collective en cause doive aboutir à la cessation de l’activité de l’employeur (35).
56. Secondement, j’observe que la volonté du législateur de l’Union de ne pas restreindre le champ d’application de l’article 2, paragraphe 1, de la directive 2008/94 fait également écho à son article 11, second alinéa, qui prévoit que la mise en œuvre de celle-ci ne peut en aucun cas constituer un motif pour justifier une régression par rapport à la situation existant dans les États membres et relative au niveau général de protection des travailleurs salariés dans le domaine couvert par celle-ci (clause de non-régression).
57. Dès lors, l’examen de l’économie de cette directive permet de confirmer la conclusion selon laquelle la notion de « procédure collective fondée sur l’insolvabilité de l’employeur » revêt une portée large et couvre d’autres types de procédures collectives prévues par le droit national qui remplissent les conditions établies par ladite directive.
58. Les travaux préparatoires de la même directive et l’évolution législative du droit de l’Union semblent également plaider en faveur d’une interprétation non restrictive de son article 2, paragraphe 1.
2) Le contexte externe : les travaux préparatoires et l’évolution législative
59. En premier lieu, je remarque qu’il ressort du point 2 de l’exposé des motifs de la proposition de directive de la Commission que celle-ci répond aux nouvelles réalités du marché du travail, à l’évolution des droits des États membres en matière d’insolvabilité, aux restructurations opérées au sein des entreprises, ainsi qu’à la jurisprudence de la Cour ayant révélé les faiblesses et les lacunes des dispositions initiales (36) et, partant, imposant une révision de la directive 80/987/CEE (37) afin de renforcer la protection des travailleurs et d’assurer la cohérence avec les modifications apportées aux directives sur les licenciements collectifs (38) et les transferts d’entreprises (39). Il convient de rappeler que ces directives, avec la directive 2008/94, font partie du paquet dit « restructurations » (40). En particulier, il ressort du point 2 et du point 4.1.1 de cette proposition de directive que celle-ci répond à la nécessité d’une nouvelle notion d’« insolvabilité », « plus large que celle contenue dans la directive [précédente] » et « plus adaptée à [sa] finalité sociale », dont la « définition [serait] basée sur celle figurant [au] règlement (CE) no 1346/2000 » (41).
60. En effet, il y a lieu de rappeler que l’article 2, sous a), de ce règlement définissait la procédure d’insolvabilité comme « les procédures collectives visées à l’article 1er, paragraphe 1 », en précisant que « [l]a liste de ces procédures figur[ait] à l’annexe A ». La Cour a jugé, en interprétant cette disposition, que ledit règlement s’appliquait aux seules procédures énumérées à cette annexe (42). Elle a précisé que, dès lors qu’une procédure est inscrite à l’annexe A du même règlement, elle doit être considérée comme relevant du champ d’application de celui-ci (43). De plus, elle n’a pas exclu qu’une procédure nationale puisse être inscrite à l’annexe A du règlement no 1346/2000, même si cette procédure ne répondait pas aux conditions prévues à l’article 1er, paragraphe 1, de ce règlement (44). L’article 2, point 4, du règlement 2015/848 semble consacrer cette jurisprudence de la Cour. Cette disposition définit donc la « procédure d’insolvabilité » comme étant « les procédures mentionnées sur la liste figurant à l’annexe A » (45).
61. À cet égard, il ressort de la lecture du rapport sur la mise en œuvre et l’application de la directive 2008/94 (46) que le règlement no 1346/2000 « s’appliqu[ait] aux procédures collectives fondées sur l’insolvabilité du débiteur qui entraîn[aient] le dessaisissement partiel ou total de ce débiteur ainsi que la désignation d’un syndic (article 1er, paragraphe 1), c’est-à-dire aux mêmes procédures d’insolvabilité que [cette] directive » (47). Il ressort également de ce rapport que, à quelques exceptions près (48), les États membres avaient de fait confirmé à la Commission que les types de procédures d’insolvabilité nationales entrant dans le champ d’application de ladite directive coïncidaient avec ceux énumérés à l’annexe A de ce règlement et que la Commission entendait approfondir son examen pour s’assurer que toutes les procédures d’insolvabilité visées étaient couvertes (49).
62. En second lieu, la Cour a déjà affirmé, au point 36 de l’arrêt Mustafa, après avoir cité le considérant 4 de la même directive, que l’annexe A dudit règlement déterminait que la procédure de redressement judiciaire en cause dans l’affaire ayant donné lieu à cet arrêt constituait une « procédure d’insolvabilité » au sens de l’article 1er, paragraphe 1, de ce même règlement. Or, selon la Cour, cette dernière disposition décrivait les « procédures collectives fondées sur l’insolvabilité » de la même manière que l’article 2, paragraphe 1, de la directive 2008/94, en ce qu’il est requis que cette procédure entraîne le dessaisissement partiel ou total du débiteur ainsi que la désignation d’un syndic. Dès lors, la Cour a jugé que cette disposition n’exigeait pas, pour que la garantie prévue par cette directive soit applicable, que la cessation des activités de l’employeur ait été ordonnée (50).
63. À cet égard, il a lieu de rappeler que, selon l’article 91 du règlement 2015/848, « [l]es références faites au règlement abrogé s’entendent comme faites au [règlement 2015/848] ». Cette disposition implique que les références figurant, notamment, dans d’autres actes législatifs de l’Union doivent être lues comme des références aux dispositions équivalentes de ce règlement (51).
64. Il est certes vrai que ces références au règlement no 1346/2000 ne ressortent pas directement de la directive 2008/94, mais de ses travaux préparatoires ainsi que d’autres communications de la Commission relatives à cette directive. J’observe toutefois que lesdites références ressortent également de la jurisprudence de la Cour (52).
65. Il est vrai aussi que le champ d’application du règlement 2015/848 est défini de manière plus large que celui de son prédécesseur, le règlement no 1346/2000, de sorte qu’il couvre expressément non seulement les procédures collectives d’insolvabilité, mais aussi des procédures collectives dans lesquelles il n’existe qu’une probabilité d’insolvabilité et dont l’objectif est d’éviter l’insolvabilité du débiteur ou la cessation de ses activités (53). Néanmoins, de nombreuses procédures de ce type étaient déjà inscrites à l’annexe A de ce dernier règlement et entraient ainsi dans son champ d’application.
66. Je considère donc que, dans la mesure où l’un de ses objectifs, en adoptant la directive 2008/94, était d’aligner son champ d’application sur celui dudit règlement, le législateur de l’Union n’a pas seulement pris en compte la définition du champ d’application figurant à l’article 1er, paragraphe 1, de ce même règlement, mais aussi la réalité juridique résultant de ce champ d’application, étendu du fait de l’inscription à son annexe A des nombreuses procédures collectives de restructuration. Ainsi, le fait que ce législateur a précisé le champ d’application du règlement 2015/848 en y incluant explicitement les procédures de restructuration préventive répond à une réalité juridique déjà établie sous l’empire du règlement no 1346/2000 et ne saurait remettre en cause la conclusion selon laquelle le champ d’application de cette directive couvre également ce type de procédures.
67. Par ailleurs, j’observe que l’article 13, paragraphe 1, de la directive 2019/1023 sur la restructuration et l’insolvabilité (54) dispose que « [l]es États membres veillent à ce que les droits des travailleurs individuels et collectifs prévus par le droit du travail au niveau national et de l’Union [...] ne soient pas affectés par le cadre de restructuration préventive » (mise en italique par mes soins). Parmi ces droits, cette disposition énonce sous c) : « les droits garantis par les directives [98/59, 2001/23 et 2008/94] » (mise en italique par mes soins). Il est donc évident que, si les procédures de restructuration préventive n’entraient pas dans le champ d’application de la directive 2008/94, il n’y aurait aucune nécessité pour le législateur de l’Union de prévoir une disposition telle que l’article 13, paragraphe 1, de la directive 2019/1023, parce que les procédures auxquelles ces deux instruments juridiques s’appliquent ne coïncideraient de toute façon pas.
68. La genèse de l’adoption de la directive 2008/94 et les développements législatifs successifs étayent donc l’interprétation selon laquelle la notion d’« insolvabilité de l’employeur » au sens de l’article 2, paragraphe 1, de cette directive couvre des procédures collectives d’insolvabilité autres que la liquidation, ce qui inclut la procédure d’assainissement de droit suédois.
69. Cette interprétation évite ainsi que l’article 2, paragraphe 1, de ladite directive entre en contradiction avec le contexte juridique dans lequel elle s’insère, et c’est la seule interprétation susceptible de garantir la réalisation de l’objectif social poursuivi par la même directive, tel qu’exposé plus haut (55).
70. Par conséquent, je considère, comme je l’ai expliqué aux points 43 à 69 des présentes conclusions, que la notion de « procédure collective fondée sur l’insolvabilité de l’employeur » visée à l’article 2, paragraphe 1, de la directive 2008/94 doit être interprétée en ce sens qu’elle s’étend à une procédure collective d’assainissement prévue par le droit national comme celle en cause dans le litige au principal.
71. Il reste à déterminer l’incidence de l’annexe A du règlement 2015/848 sur l’application de cette directive.
4. Sur l’incidence de l’inscription de la procédure collective d’assainissement à l’annexe A du règlement 2015/848
72. Il y a lieu d’observer que la question de l’incidence de l’inscription de la procédure collective d’assainissement à l’annexe A du règlement 2015/848 sur l’application de la directive 2008/94 trouve sa raison d’être dans la circonstance que le Royaume de Suède n’a pas notifié, conformément à l’article 13 de cette directive, la procédure d’assainissement comme l’un des types de procédures collectives nationales d’insolvabilité entrant dans le champ d’application de ladite directive (56). Je vais donc aborder brièvement ces points dans les considérations qui suivent.
a) Sur l’annexe A du règlement 2015/848 : un élément supplémentaire du contexte normatif de l’article 2, paragraphe 1, de la directive 2008/94
73. Je rappelle que le règlement 2015/848 ne définit pas la notion d’« insolvabilité ». Toutefois, il ressort de son article 1er, paragraphe 1, sous a), que ce règlement s’applique « aux procédures collectives publiques [...] qui sont fondées sur des législations relatives à l’insolvabilité et au cours desquelles, aux fins [notamment] d’une réorganisation ou d’une liquidation [...] un débiteur est totalement ou partiellement dessaisi de ses actifs et un praticien de l’insolvabilité est désigné » (57), à condition que ces procédures figurent à l’annexe A dudit règlement (58).
74. Il s’ensuit que, compte tenu du fait que la procédure d’assainissement suédoise est inscrite à l’annexe A du même règlement, il ne fait guère de doute que le règlement 2015/848 s’applique à cette procédure.
75. La question se pose toutefois de savoir si cette inscription a une incidence directe et significative sur l’application de la directive 2008/94.
76. Certes, en adoptant le règlement 2015/848, qui repose sur l’article 81 TFUE, le législateur de l’Union s’est fixé pour objectif d’assurer la sécurité juridique et la prévisibilité de la détermination du for compétent en recourant à des critères objectifs (59). Cet objectif se distingue clairement de l’objectif social que vise à assurer cette directive. Cela dit, ces objectifs ne sont pas exclusifs l’un de l’autre, de sorte que tant ce règlement que ladite directive abordent, sous des angles différents, les problématiques relatives à l’insolvabilité.
77. Au vu de ces éléments, l’inscription de la procédure collective d’assainissement suédoise dans la liste des procédures figurant à l’annexe A dudit règlement ne permet pas d’établir, à elle seule, que cette procédure relève de la même directive. Cependant, compte tenu des références faites par les travaux préparatoires de la directive 2008/94 au règlement no 1346/2000, abrogé et remplacé par le règlement 2015/848, cette inscription constitue un élément qui fait partie du contexte normatif de cette directive.
78. Par conséquent, je suis d’avis que ladite inscription est un élément du contexte normatif qui tend à permettre de considérer que la procédure collective d’assainissement suédoise relève de ladite directive.
b) Sur l’absence de notification d’une procédure nationale d’insolvabilité conformément à l’article 13 de la directive 2008/94
79. En premier lieu, je relève que l’article 13 de la directive 2008/94, lu en combinaison avec le considérant 8 de cette directive, permet de considérer que le champ d’application de ladite directive ne dépend pas du type de procédure notifié par les États membres. En effet, ce considérant énonce : « [p]our faciliter l’identification des procédures d’insolvabilité, notamment dans les situations transnationales, il convient de prévoir que les États membres notifient les types de procédures d’insolvabilité donnant lieu à l’intervention de l’institution de garantie à la Commission et aux autres États membres » (60).
80. En deuxième lieu, à la différence de la notification dans le cadre de l’annexe A du règlement 2015/848 ou de l’annexe A de son prédécesseur, le règlement no 1346/2000, la notification par un État membre à la Commission en vertu de l’article 13 de la même directive ne prédétermine ni ne limite le champ d’application de la directive 2008/94, mais sert tout simplement à des fins de sécurité juridique en permettant de distinguer aisément les procédures en cause.
81. En troisième et dernier lieu, comme le relève à juste titre la Commission dans ses observations écrites, compte tenu de l’objectif de protection des travailleurs salariés en cas de procédure collective fondée sur l’insolvabilité de l’employeur, l’interprétation contraire signifierait que les États membres pourraient facilement contourner son application en omettant de notifier certaines procédures collectives qui remplissent les conditions prévues par le législateur de l’Union à l’article 2, paragraphe 1, de cette directive.
5. Conclusion intermédiaire
82. Pour résumer cette partie de mon analyse, je considère qu’il ressort des termes, du contexte interne et externe et de la finalité sociale de la directive 2008/94 qu’une procédure d’assainissement telle que celle en cause au principal relève de la notion de « procédure collective fondée sur l’insolvabilité de l’employeur » au sens de cette directive.
83. Il ressort également de cette analyse que la notification d’une procédure nationale d’insolvabilité conformément à l’article 13 de ladite directive ne constitue pas une condition d’application de la même directive, mais une exigence de forme prévue aux fins de transparence, qui ne saurait en effet conduire à une réduction de la protection des travailleurs visée par la directive 2008/94 (61).
B. Sur la troisième question préjudicielle
84. Par sa troisième question, la juridiction de renvoi demande en substance si l’article 12, sous a), de la directive 2008/94 doit être interprété en ce sens qu’il s’oppose à une réglementation nationale qui impose au travailleur salarié de s’inscrire comme demandeur d’emploi auprès de l’agence nationale pour l’emploi pour que la garantie du paiement des rémunérations couvre l’indemnité de préavis au titre de la période au cours de laquelle il n’a pas effectué un travail pour un tiers.
85. Rappelons qu’il ressort de la demande de décision préjudicielle que FX s’est vu refuser la garantie du paiement des rémunérations relative à l’indemnité de préavis en raison du fait qu’il ne s’était pas inscrit auprès de l’agence nationale pour l’emploi pendant la période de préavis mais après la fin de cette période.
86. En premier lieu, je relève que la Cour a déjà eu l’occasion d’interpréter l’article 12, sous a), de la directive 2008/94 en ce sens que, aux termes de celui-ci, cette directive ne porte pas atteinte à la faculté des États membres de prendre les mesures nécessaires en vue d’éviter des abus (62). En effet, l’adoption de ces mesures permet de déroger au socle minimal de protection accordé par ladite directive. Ainsi, la Cour a jugé que cette disposition, en tant qu’elle institue une exception à une règle générale, doit être interprétée de façon restrictive et que son interprétation doit être conforme à la finalité sociale de la même directive (63). En outre, elle a également considéré que les abus visés par ladite disposition sont les pratiques abusives portant préjudice aux institutions de garantie en créant artificiellement une créance salariale et en déclenchant ainsi, illégalement, une obligation de paiement à charge de ces institutions. Les mesures que les États membres sont autorisés à prendre conformément à la même disposition sont donc celles qui sont nécessaires afin d’éviter de telles pratiques (64).
87. En l’occurrence, il ressort de la décision de renvoi que l’objectif de l’obligation imposée à un travailleur de s’inscrire auprès de l’agence nationale pour l’emploi en vertu de la loi sur la garantie du paiement des rémunérations n’était pas d’éviter de telles pratiques abusives (65). Au contraire, l’objectif serait d’empêcher les travailleurs salariés de retarder le moment de la recherche d’un nouvel emploi pendant la période de préavis (66).
88. En second lieu, je rappelle que, dans l’affaire ayant donné lieu à l’arrêt van Ardennen, la juridiction de renvoi cherchait, notamment, à savoir si les dispositions de la directive 80/987 devaient être interprétées en ce sens qu’elles s’opposaient à une réglementation nationale qui subordonnait la possibilité pour les travailleurs dont l’employeur se trouvait en situation d’insolvabilité de faire valoir intégralement leur droit au paiement des créances salariales impayées à l’obligation de se faire enregistrer en tant que demandeur d’emploi. La Cour a jugé que les articles 3 et 4 de cette directive s’opposaient à une telle réglementation nationale (67).
89. Pour répondre à cette question, la Cour a, dans un premier temps, rappelé la finalité sociale de ladite directive, tout en relevant que c’était à ces fins que l’article 3 de la même directive imposait aux États membres de prendre les mesures nécessaires afin que les institutions de garantie assurent, sous réserve de l’article 4 de ladirective 80/987, le paiement de ces créances impayées des travailleurs salariés (68).
90. Dans un second temps, elle a constaté qu’il ressortait du dossier que la législation en cause dans cette affaire ne prévoyait pas de plafond de remboursement et ne relevait donc pas de la faculté prévue à l’article 4, paragraphe 3, de cette directive, en précisant que cet article 4 devait être interprété de façon restrictive et conforme à sa finalité sociale. À cet effet, elle a rappelé que les cas dans lesquels il est permis de circonscrire l’obligation de paiement des institutions de garantie étaient énumérés limitativement par ladite directive et que les dispositions concernées devaient faire l’objet d’une interprétation stricte, eu égard à leur caractère dérogatoire et à l’objectif de la même directive (69).
91. En l’occurrence, comme dans l’affaire ayant donné lieu à l’arrêt van Ardennen, le dossier soumis à la Cour dans la présente affaire ne permet pas de considérer que l’État suédois ait voulu faire usage de la faculté prévue à l’article 4, paragraphe 1, de la directive 2008/94 de limiter l’obligation de paiement des institutions de garantie visée à son article 3. De plus, ainsi que je l’ai déjà indiqué, ni la décision de renvoi ni les observations des parties ne fournissent d’indications quant à l’éventuel abus que l’obligation d’enregistrement comme demandeur d’emploi viserait à prévenir (70).
92. Dès lors, je suis d’avis que les articles 3 et 4 ainsi que l’article 12, sous a), de cette directive doivent être interprétés en ce sens qu’ils s’opposent à une réglementation nationale qui impose au travailleur salarié de s’inscrire comme demandeur d’emploi auprès de l’agence nationale pour l’emploi pour que la garantie du paiement des rémunérations couvre l’indemnité de préavis au titre de la période au cours de laquelle le travailleur salarié n’a pas effectué un travail pour un tiers.
C. Sur la quatrième question préjudicielle
93. Par sa quatrième question, la juridiction de renvoi demande, en substance, si la directive 2008/94 doit être interprétée en ce sens qu’un travailleur salarié peut faire valoir un droit à la garantie du paiement des rémunérations et ainsi fonder sa créance de rémunération impayée directement sur cette directive.
94. Comme l’avocat général Emiliou l’a indiqué dans ses conclusions dans l’affaire Gabel Industria Tessile et Canavesi (71), « [p]eu de questions ont autant fasciné des générations entières de juristes de l’Union que celle de l’effet direct des directives ». Contrairement à cette affaire, si, à première vue, la réponse à la question posée par la juridiction de renvoi peut paraître moins évidente que la première question préjudicielle dans l’affaire Gabel Industria Tessile et Canavesi (72), à la lecture de la jurisprudence de la Cour, la réponse à celle-ci est assez simple. Notamment, bien que la juridiction de renvoi s’interroge sur l’effet direct des dispositions de ladite directive, je relève que la problématique soulevée n’a pas suscité de controverse entre les parties, la Commission étant la seule partie intéressée à y avoir répondu. Cela étant dit, je rappellerai brièvement les grandes lignes de la jurisprudence historique concernant l’effet direct vertical des dispositions des directives, à savoir comme en l’occurrence, dans un litige opposant un particulier à un État membre.
95. Concernant la formule générale consacrée actuellement par la Cour, il ressort d’une jurisprudence constante que, dans tous les cas où les dispositions d’une directive apparaissent, du point de vue de leur contenu, inconditionnelles et suffisamment précises, les particuliers sont fondés à les invoquer devant les juridictions nationales à l’encontre de l’État soit lorsque celui-ci s’est abstenu de transposer dans les délais cette directive en droit national, soit lorsqu’il en a fait une transposition incorrecte (73). La Cour a précisé qu’une disposition du droit de l’Union est, d’une part, inconditionnelle lorsqu’elle énonce une obligation qui n’est assortie d’aucune condition ni subordonnée, dans son exécution ou dans ses effets, à l’intervention d’aucun acte soit des institutions de l’Union, soit des États membres et, d’autre part, suffisamment précise pour être invoquée par un justiciable et appliquée par le juge lorsqu’elle énonce une obligation dans des termes non équivoques (74). La Cour a en outre jugé que, même si une directive laisse aux États membres une certaine marge d’appréciation lorsqu’ils adoptent les modalités de sa mise en œuvre, une disposition de cette directive peut être considérée comme ayant un caractère inconditionnel et précis dès lors qu’elle met à la charge des États membres, dans des termes non équivoques, une obligation de résultat précise et qui n’est assortie d’aucune condition quant à l’application de la règle qu’elle énonce (75).
96. En particulier, en ce qui concerne la directive 2008/94, je rappelle que, dans l’arrêt Francovich e.a., la Cour a déjà jugé, tout d’abord, que les articles 1er et 2 de cette directive sont suffisamment précis et inconditionnels pour permettre à un juge national de savoir si une personne doit ou non être considérée comme bénéficiaire de ladite directive (76).
97. Ensuite, elle a ajouté que l’article 3 et l’article 4, paragraphes 1 et 2, de la même directive, relatifs au contenu de la garantie, accordent aux États membres une certaine marge d’appréciation en ce qui concerne les méthodes de fixation de cette garantie, et que la limitation de son montant n’affecte pas le caractère précis et inconditionnel du résultat prescrit (77). Toutefois, en ce qui concerne la personne tenue de constituer la garantie, la Cour a jugé que les dispositions de la directive 2008/94 ne précisaient pas l’identité du débiteur de cette garantie et que l’État ne saurait être considéré comme débiteur au seul motif qu’il n’avait pas pris dans les délais les mesures de transposition (78).
98. Ce dernier élément a été précisé ultérieurement dans l’arrêt Gharehveran qui concernait également le Royaume de Suède (79). En effet, la Cour a précisé que lorsqu’un État membre s’est désigné lui-même comme débiteur de l’obligation de paiement des créances de rémunération garanties, en vertu de cette directive, il a pleinement utilisé la marge d’appréciation dont il bénéficie, en vertu de l’article 3, paragraphe 1, et de l’article 5 de ladite directive, dans la mise en œuvre de cette dernière et, partant, un travailleur salarié peut fonder son droit au paiement par l’État membre devant une juridiction nationale directement sur la même directive (80). En l’occurrence, le Royaume de Suède a exercé son pouvoir d’appréciation au titre de l’article 5 de la directive 2008/94.
99. Dès lors, il ressort de cette jurisprudence qu’un travailleur salarié est fondé à invoquer le droit au paiement de sa créance de rémunération à l’encontre de l’État membre concerné devant une juridiction nationale, même si la législation de cet État membre a imposé une condition pour ce faire, en violation de cette directive.
V. Conclusion
100. Eu égard aux considérations qui précèdent, je propose à la Cour de répondre comme suit aux questions préjudicielles posées par le Sundsvalls tingsrätt (tribunal de première instance de Sundsvall, Suède) :
1) L’article 1er et l’article 2, paragraphe 1, de la directive 2008/94/CE du Parlement européen et du Conseil, du 22 octobre 2008, relative à la protection des travailleurs salariés en cas d’insolvabilité de l’employeur,
doivent être interprétés en ce sens que :
un employeur doit être considéré comme se trouvant en « état d’insolvabilité » lorsqu’il a été soumis à une procédure collective d’assainissement inscrite à l’annexe A du règlement (UE) 2015/848 du Parlement européen et du Conseil, du 20 mai 2015, relatif aux procédures d’insolvabilité, qui peut être ordonnée par une juridiction nationale et qui permet à un opérateur économique ayant des difficultés financières comportant un risque d’insolvabilité de réorganiser son activité sous la direction d’un administrateur, procédure au cours de laquelle cet opérateur est partiellement dessaisi de ses actifs, et ce même si l’État membre concerné ne l’a pas notifiée conformément à l’article 13 de cette directive.
2) Les articles 3 et 4 ainsi que l’article 12, sous a), de ladite directive
doivent être interprétés en ce sens que :
ils s’opposent à une réglementation nationale qui impose au travailleur salarié de s’inscrire comme demandeur d’emploi auprès de l’agence nationale pour l’emploi pour que la garantie du paiement des rémunérations couvre l’indemnité de préavis au titre de la période au cours de laquelle il n’a pas effectué un travail pour un tiers.
3) La même directive
doit être interprétée en ce sens que :
un travailleur salarié est fondé à invoquer le droit au paiement de sa créance de rémunération à l’encontre de l’État membre concerné devant une juridiction nationale, même si la législation de cet État membre a imposé une condition pour ce faire, en violation de la directive 2008/94.
1 Langue originale : le français.
2 Directive du Parlement européen et du Conseil du 22 octobre 2008 relative à la protection des travailleurs salariés en cas d’insolvabilité de l’employeur (JO 2008, L 283, p. 36).
3 Règlement du Parlement européen et du Conseil du 20 mai 2015 relatif aux procédures d’insolvabilité (JO 2015, L 141, p. 19).
4 Arrêt du 17 novembre 2011 (C‑435/10, ci-après l’« arrêt van Ardennen », EU:C:2011:751).
5 Arrêt du 15 janvier 2026, Verein für Konsumenteninformation (Commission prélevée par un intermédiaire) (C‑45/24, EU:C:2026:2, point 26 et jurisprudence citée).
6 Voir, en ce sens, arrêt du 30 avril 2025, Genzyński (C‑278/24, EU:C:2025:299, point 66).
7 Arrêt du 18 avril 2013, Mustafa (C‑247/12, ci-après l’« arrêt Mustafa », EU:C:2013:256, point 30 et jurisprudence citée).
8 Arrêts Mustafa (points 31 et 32) ainsi que du 25 novembre 2020, Sociálna poisťovňa (C‑799/19, ci-après l’« arrêt Sociálna poisťovňa », EU:C:2020:960, point 50).
9 Voir arrêts du 18 janvier 1984, Ekro (327/82, EU:C:1984:11, point 11) ; du 12 janvier 2023, TP (Monteur audiovisuel pour la télévision publique) (C‑356/21, EU:C:2023:9, point 34), et du 19 mars 2026, Institutul G. Călinescu (C‑649/23, EU:C:2026:213, point 47).
10 Voir point 36 des présentes conclusions.
11 Voir point 35 des présentes conclusions. Voir, sur le caractère cumulatif de ces deux conditions, arrêt Sociálna poisťovňa (point 53).
12 Si tel était le cas, il aurait suffi de définir l’état d’insolvabilité de l’employeur en renvoyant exclusivement à la définition prévue par le droit national.
13 Voir, en ce sens, proposition de règlement du Parlement européen et du Conseil relatif au cadre juridique du 28e régime pour les entreprises – « EU INC. », du 18 mars 2026 [COM(2026) 321 final], 2026/0074 (COD), p. 25, qui comporte, à son chapitre X, une procédure d’insolvabilité pour la liquidation simplifiée des sociétés EU Inc. insolvables qui sont des start-up innovantes.
14 Voir point 34 des présentes conclusions.
15 C’est en ce sens qu’il y a lieu de comprendre le point 37 de l’arrêt du 27 mars 2014, Torralbo Marcos (C‑265/13, EU:C:2014:187), dans lequel la Cour a jugé qu’il ressort des termes de l’article 2, paragraphe 1, de la directive 2008/94 que la question de savoir si un employeur doit être considéré comme se trouvant en « état d’insolvabilité », aux fins de cette directive, relève de l’application du droit national ainsi que d’une décision ou d’un constat de l’autorité nationale compétente.
16 Selon son sens habituel, le terme « insolvabilité » fait référence à l’état d’une personne ou d’une entreprise qui ne peut pas payer ses dettes par insuffisance d’actif disponible (voir, notamment, dictionnaire Larousse et dictionnaire Le Robert). Voir, également, en ce sens, considérant 17 du règlement 2015/848, considérant 28 de la directive (UE) 2019/1023 du Parlement européen et du Conseil, du 20 juin 2019, relative aux cadres de restructuration préventive, à la remise de dettes et aux déchéances, et aux mesures à prendre pour augmenter l’efficacité des procédures en matière de restructuration, d’insolvabilité et de remise de dettes, et modifiant la directive (UE) 2017/1132 (directive sur la restructuration et l’insolvabilité) (JO 2019, L 172, p. 18), ainsi qu’article 13 de la directive (UE) 2026/799 du Parlement européen et du Conseil, du 30 mars 2026, harmonisant certains aspects du droit d’insolvabilité (JO L, 2026/799, p. 1).
17 En témoigne la directive 2026/799, qui renvoie de manière expresse au droit national en ce qui concerne la détermination de l’insolvabilité et de l’incapacité d’un débiteur de payer ses dettes lorsqu’elles deviennent exigibles conformément au droit national [voir considérant 16, article 7, paragraphe 1, sous a), et paragraphe 2, sous b), article 21, paragraphe 1, second alinéa, ainsi qu’article 40, paragraphe 1, premier alinéa, de cette directive].
18 Voir, en ce sens, Lenaerts, K., et Gutiérrez-Fons, J., Les méthodes d’interprétation de la Cour de justice de l’Union européenne, Bruylant, Bruxelles, 2020, en particulier point 32, p. 25, qui n’excluent pas d’emblée que, malgré la présence d’un renvoi exprès au droit national, la notion en question puisse être définie de manière autonome.
19 Voir article 10, figurant au chapitre 2, de la loi sur la procédure d’assainissement. Voir point 6 des présentes conclusions.
20 La juridiction de renvoi indique que, s’il s’était inscrit comme demandeur d’emploi auprès de l’agence nationale pour l’emploi, FX aurait rempli les conditions prévues à l’article 7 bis, deuxième alinéa, de la loi sur la garantie du paiement des rémunérations pour qu’un travailleur salarié puisse bénéficier de la garantie d’État pour le paiement des rémunérations en cas de procédure d’assainissement. Voir, à cet égard, point 9 des présentes conclusions.
21 À cet égard, une procédure « fondée sur l’insolvabilité » ne devrait pas forcément être assimilée à une « procédure d’insolvabilité ».
22 La même ambiguïté linguistique ressort de la majorité des versions linguistiques examinées, notamment, dans la version en langue anglaise « collective proceedings based on insolvency of the employer » ; dans la version en langue espagnole « procedimiento colectivo basado en la insolvencia del empresario » ; dans la version en langue lituanienne « pradėti kolektyvinius procesinius veiksmus dėl darbdavio nemokumo » ; dans la version en langue néerlandaise « een in de wettelijke of bestuursrechtelijke bepalingen van een lidstaat neergelegde, op de insolventie van de werkgever berustende collectieve procedure », et dans la version en langue polonaise « otwarcie postępowania zbiorowego w oparciu o niewypłacalność pracodawcy ». Je constate néanmoins que la version en langue allemande est plus spécifique (« das die Insolvenz des Arbeitgebers voraussetzt ») et suggère l’insolvabilité comme condition préalable à cette procédure.
23 Voir ancien article 137, paragraphe 1, sous b), CE.
24 Le considérant 7 énonce : « Les États membres peuvent fixer des limites à la responsabilité des institutions de garantie, limites qui doivent être compatibles avec l’objectif social de la directive et peuvent prendre en considération les différents niveaux de créances. » Mise en italique par mes soins.
25 Il ressort d’une jurisprudence bien établie de la Cour que la finalité sociale de la directive 2008/94 consiste à garantir à tous les travailleurs salariés un minimum de protection au sein de l’Union en cas d’insolvabilité de l’employeur par le paiement des créances impayées résultant de contrats ou de relations de travail et portant sur la rémunération afférente à une période déterminée. Voir, notamment, arrêt van Ardennen (point 27 et jurisprudence citée). Voir, également, arrêts du 25 juillet 2018, Guigo (C‑338/17, EU:C:2018:605, point 28), et Sociálna poisťovňa (point 64).
26 Voir point 4.1.1 de la proposition de directive du Parlement européen et du Conseil modifiant la directive 80/987/CEE du Conseil concernant le rapprochement des législations des États membres relatives à la protection des travailleurs salariés en cas d’insolvabilité de l’employeur (JO 2001, C 154 E, p. 109, ci-après la « proposition de directive de la Commission »). Mise en italique par mes soins.
27 Voir, notamment, communication de la Commission « Restructurations et emploi. Anticiper et accompagner les restructurations pour développer l’emploi : le rôle de l’Union européenne » [COM(2005) 120 final].
28 Voir point 65 des présentes conclusions.
29 Voir, par analogie, notamment, arrêt du 19 novembre 2009, Sturgeon e.a. (C‑402/07 et C‑432/07, EU:C:2009:716, point 48 ainsi que jurisprudence citée).
30 Dans le cas de la procédure d’assainissement suédoise, il ressort du cadre juridique de l’affaire que, même s’il conserve le contrôle de ses biens pendant la durée de cette procédure, le débiteur ne peut toutefois pas honorer les engagements nés avant la décision d’ouvrir la procédure d’assainissement sans le consentement de l’administrateur (voir point 7 des présentes conclusions).
31 En effet, la nécessité de garantir le paiement des créances impayées à un travailleur ne devrait pas être subordonnée à l’accomplissement d’un plan de restructuration de son employeur.
32 Voir, par analogie, arrêt du 19 novembre 2009, Sturgeon e.a. (C‑402/07 et C‑432/07, EU:C:2009:716, points 50 à 60).
33 Voir point 8 des présentes conclusions.
34 Voir arrêt Mustafa (point 34). Ce considérant énonce également : « [d]ans ce contexte, les États membres devraient avoir la faculté de prévoir, en vue de déterminer l’obligation de paiement de l’institution de garantie, que, lorsqu’une situation d’insolvabilité donne lieu à plusieurs procédures d’insolvabilité, une telle situation est traitée comme s’il s’agissait d’une seule procédure d’insolvabilité ».
35 Voir arrêt Mustafa (point 33).
36 Voir arrêt du 9 novembre 1995, Francovich (C‑479/93, EU:C:1995:372). Selon la proposition de directive de la Commission, cet arrêt avait donné une interprétation littérale de la notion d’« état d’insolvabilité » en ce sens qu’elle s’appliquait à tous les travailleurs salariés dont les employeurs pouvaient, selon le droit national dont ils relevaient, faire l’objet d’une procédure de liquidation du patrimoine. Cette interprétation stricte exigeait donc une adaptation législative de cette notion. Voir point 4.1.1 de cette proposition de directive.
37 Directive du Conseil du 20 octobre 1980 concernant le rapprochement des législations des États membres relatives à la protection des travailleurs salariés en cas d’insolvabilité de l’employeur (JO 1980, L 283, p. 23).
38 Directive 98/59/CE du Conseil, du 20 juillet 1998, concernant le rapprochement des législations des États membres relatives aux licenciements collectifs (JO 1998, L 225, p. 16), telle que modifiée par la directive (UE) 2015/1794 du Parlement européen et du Conseil, du 6 octobre 2015 (JO 2015, L 263, p. 1).
39 Directive 98/50/CE du Conseil, du 29 juin 1998, modifiant la directive 77/187/CEE concernant le rapprochement des législations des États membres relatives au maintien des droits des travailleurs en cas de transferts d’entreprises, d’établissements ou de parties d’établissements (JO 1998, L 201, p. 88). Cette directive a été abrogée par la directive 2001/23/CE du Conseil, du 12 mars 2001, concernant le rapprochement des législations des États membres relatives au maintien des droits des travailleurs en cas de transfert d’entreprises, d’établissements ou de parties d’entreprises ou d’établissements (JO 2001, L 82, p. 16).
40 Voir point 4.1.1 de la proposition de directive de la Commission, sur la mise en conformité de la directive 80/987 avec ces directives.
41 Règlement du Conseil du 29 mai 2000 relatif aux procédures d’insolvabilité (JO 2000, L 160, p. 1). Ce règlement a été abrogé en vertu de l’article 91 du règlement 2015/848.
42 Voir arrêt du 8 novembre 2012, Radziejewski (C‑461/11, EU:C:2012:704, point 24).
43 Voir arrêt du 22 novembre 2012, Bank Handlowy et Adamiak (C‑116/11, EU:C:2012:739, point 33). Voir, également, conclusions de l’avocate générale Kokott dans l’affaire Bank Handlowy et Adamiak (C‑116/11, EU:C:2012:308, points 48 à 52).
44 À cet égard, dans ses conclusions dans l’affaire A (C‑716/17, EU:C:2019:262, points 22 à 32), l’avocat général Szpunar a relevé les doutes exprimés par certains auteurs de la doctrine quant à l’inscription à l’annexe A du règlement no 1346/2000 des procédures nationales qui ne remplissaient pas les conditions énoncées à l’article 1er, paragraphe 1, de ce règlement.
45 En effet, il ressort du considérant 9 du règlement 2015/848 que « [c]es procédures d’insolvabilité sont limitativement énumérées à l’annexe A. En ce qui concerne les procédures nationales qui figurent à l’annexe A, [ce règlement] devrait s’appliquer sans que les juridictions d’un autre État membre examinent si les conditions fixées dans [ledit règlement] sont réunies. Les procédures d’insolvabilité nationales qui ne figurent pas à l’annexe A ne devraient pas relever [du même règlement] ».
46 Rapport de la Commission au Parlement européen et au Conseil sur la mise en œuvre et l’application de certaines dispositions de la directive 2008/94/CE relative à la protection des travailleurs salariés en cas d’insolvabilité de l’employeur [COM(2011) 84 final].
47 Mise en italique par mes soins.
48 Il s’agissait notamment, au moment de la rédaction dudit rapport, de la République fédérale d’Allemagne, de l’Irlande, de la Hongrie et de la République de Slovénie.
49 Il convient de rappeler que cet article 1er, paragraphe 1, du règlement no 1346/2000 définissait le champ d’application de ce règlement en ce sens que ce dernier s’appliquait « aux procédures collectives fondées sur l’insolvabilité du débiteur qui entraînent le dessaisissement partiel ou total de ce débiteur ainsi que la désignation d’un syndic ». Cet article excluait donc du champ d’application dudit règlement les procédures collectives qui permettent au débiteur de conserver le contrôle total de ses biens. Cela dit, il convient de rappeler que de nombreuses procédures de restructuration, de réorganisation, de concordat ou de sauvetage figuraient à l’annexe A du même règlement.
50 Voir arrêt Mustafa (point 37).
51 Voir Moss, G., Fletcher, I. F., Isaacs, S., The EU Regulation on Insolvency proceedings, 3e éd., Oxford University Press, Oxford, 2016, p. 527.
52 Voir point 62 des présentes conclusions.
53 L’article 1er, paragraphe 1, deuxième alinéa, du règlement 2015/848, lu conjointement avec son considérant 10.
54 Voir note en bas de page 16 des présentes conclusions.
55 Voir points 48 à 57 des présentes conclusions.
56 L’article 13, figurant au chapitre V de la directive 2008/94, intitulé « Dispositions générales et finales », dispose, à son premier alinéa, que « [l]es États membres notifient à la Commission et aux autres États membres les types de procédures nationales d’insolvabilité entrant dans le champ d’application de la présente directive ainsi que toutes les modifications les concernant ».
57 L’article 1er du règlement 2015/848 prévoit, au paragraphe 1, deuxième alinéa, que « [l]orsque les procédures visées au présent paragraphe peuvent être engagées dans des situations où il n’existe qu’une probabilité d’insolvabilité, leur objectif doit être d’éviter l’insolvabilité du débiteur ou la cessation de ses activités ». Mise en italique par mes soins.
58 L’article 1er du règlement 2015/848 dispose, à son paragraphe 1, troisième alinéa, que « [l]a liste des procédures visées [à ce paragraphe] figure à l’annexe A ».
59 Arrêt du 19 septembre 2024, Finanzamt Wilmersdorf (Actifs d’indépendant) (C‑501/23, EU:C:2024:776, point 39 et jurisprudence citée).
60 Concernant les situations transnationales, l’article 9 de la directive 2008/94, qui fait partie du chapitre IV de celle-ci, intitulé « Dispositions relatives aux situations transnationales », prévoit à son paragraphe 1 que « [l]orsqu’une entreprise ayant des activités sur le territoire d’au moins deux États membres se trouve en état d’insolvabilité au sens de l’article 2, paragraphe 1, l’institution compétente pour le paiement des créances impayées des travailleurs salariés est celle de l’État membre sur le territoire duquel ils exercent ou exerçaient habituellement leur travail ». L’article 9, paragraphe 2, de cette directive dispose : « L’étendue des droits des travailleurs salariés est déterminée par le droit régissant l’institution de garantie compétente. » Voir, à cet égard, arrêt du 16 février 2023, IEF Service (C‑710/21, EU:C:2023:109).
61 Voir, par analogie, arrêt du 7 septembre 2006, Cordero Alonso (C‑81/05, EU:C:2006:529, point 33).
62 Voir, notamment, arrêt du 16 février 2023, IG et Agenţia Municipală pentru Ocuparea Forţei de Muncă Bucureşti (C‑524/21 et C‑525/21, EU:C:2023:100, point 46). Voir, par analogie, en ce qui concerne l’article 10, sous a), de la directive 80/987, dont le libellé est presque identique à celui de l’article 12, sous a), de la directive 2008/94, arrêt du 11 septembre 2003, Walcher (C‑201/01, EU:C:2003:450, point 36).
63 Voir, par analogie, arrêt du 11 septembre 2003, Walcher (C‑201/01, EU:C:2003:450, points 36 et 38).
64 Voir arrêt du 5 mai 2022, HJ (Cumul de fonctions d’administrateur et de directeur d’une société) (C‑101/21, EU:C:2022:356, point 41 ainsi que jurisprudence citée).
65 Voir article 7 bis de la loi sur la garantie du paiement des rémunérations et point 9 des présentes conclusions.
66 Il ressort de la décision de renvoi que cela se dégagerait de la regerigens proposition 1993/94:208 Förändringar i lönegarantisystemet (proposition législative 1993/94:208 relative à la modification du système de garantie des salaires en cas de faillite), du 24 mars 1994, p. 15, 30, 31, 34 et suiv.
67 Voir arrêt van Ardennen (points 26 et 39).
68 Voir, par analogie, arrêt van Ardennen (point 27). La Cour a déjà indiqué que ces articles correspondent, en substance, aux articles 3 et 4 de la directive 2008/94. Voir arrêt du 28 novembre 2013, Gomes Viana Novo e.a. (C‑309/12, EU:C:2013:774, point 23). Il convient de rappeler que l’article 3, premier alinéa, de la directive 2008/94 dispose : « Les États membres prennent les mesures nécessaires afin que les institutions de garantie assurent, sous réserve de l’article 4 [de cette directive], le paiement des créances impayées des travailleurs salariés résultant de contrats de travail ou de relations de travail, y compris, lorsque le droit national le prévoit, des dédommagements pour cessation de la relation de travail. » La Cour a déjà jugé que l’article 3, second alinéa, de cette directive donne aux États membres la faculté de déterminer la date avant et/ou, le cas échéant, après laquelle se situe la période durant laquelle les créances correspondant à des rémunérations impayées sont prises en charge par l’institution de garantie, et laisse aux États membres la liberté de déterminer une date appropriée. Voir arrêts Mustafa (point 39), et du 16 février 2023, IG et Agenţia Municipală pentru Ocuparea Forţei de Muncă Bucureşti (C‑524/21 et C‑525/21, EU:C:2023:100, point 37).
69 Voir, par analogie, arrêt van Ardennen (points 33 et 34).
70 Voir point 88 des présentes conclusions.
71 C‑316/22, EU:C:2023:885, point 1.
72 Voir conclusions de l’avocat général Emiliou dans l’affaire Gabel Industria Tessile et Canavesi (C‑316/22, EU:C:2023:885, point 18).
73 Voir arrêt du 4 décembre 1974, van Duyn (41/74, EU:C:1974:133, points 13 et 15), ainsi que du 8 mars 2022, Bezirkshauptmannschaft Hartberg-Fürstenfeld (Effet direct) (C‑205/20, EU:C:2022:168, point 17 et jurisprudence citée).
74 Voir arrêt du 5 avril 1979, Ratti (148/78, EU:C:1979:110, points 23 et 24), ainsi que du 8 mars 2022, Bezirkshauptmannschaft Hartberg-Fürstenfeld (Effet direct) (C‑205/20, EU:C:2022:168, point 18 et jurisprudence citée).
75 Voir, par analogie, à propos des articles 1er et 2 de la directive 80/987, arrêts du 19 novembre 1991, Francovich e.a. (C‑6/90 et C‑9/90, ci-après l’« arrêt Francovich e.a. », EU:C:1991:428, point 14), ainsi que du 18 octobre 2001, Gharehveran (C‑441/99, ci-après l’« arrêt Gharehveran », EU:C:2001:551, point 34).
76 Voir, par analogie, à propos des articles 3 et 4 de la directive 80/987, arrêt Francovich e.a. (points 18 et 22).
77 Voir, par analogie, arrêt Francovich e.a. (point 18).
78 Voir, par analogie, arrêt Francovich e.a. (point 26).
79 Il est utile de rappeler que, dans cet arrêt, les questions avaient été soulevées dans le cadre d’un litige qui opposait le Risskatteverket (administration des contributions, Suède) à une travailleuse salariée au sujet du droit de cette dernière d’obtenir un paiement au titre de la loi sur la garantie du paiement des rémunérations à la suite de la mise en liquidation de l’entreprise qui l’employait.
80 Voir, en ce sens, arrêt Gharehveran (points 39 à 43).