Arrêt CJUE62025CC0393

Arrêt CJUE — 62025CC0393

CELEX62025CC0393
TypeArrêt CJUE
Datejeudi 3 septembre 2026

Texte intégral

Édition provisoire

CONCLUSIONS DE L’AVOCAT GÉNÉRAL

M. DEAN SPIELMANN

présentées le 3 septembre 2026 (1)

Affaire C393/25

OC

contre

Okresný súd Banská Bystrica,

en présence de :

KRUK Česká a Slovenská republika s.r.o.

[demande de décision préjudicielle formée par l’Ústavný súd Slovenskej republiky (Cour constitutionnelle de la République slovaque)]

« Renvoi préjudiciel – Protection des consommateurs – Crédit à la consommation – Directive 2008/48/CE – Principe d’effectivité du droit de l’Union – Article 8, paragraphe 1, et article 23 – Obligation du prêteur d’évaluer la solvabilité du consommateur – Réglementation nationale ne permettant pas au juge de l’exécution de vérifier d’office le respect de cette obligation – Impossibilité d’appliquer la sanction prévue par le droit national »






Introduction

1. Par la présente affaire, la Cour est saisie par l’Ústavný súd Slovenskej republiky (Cour constitutionnelle de la République slovaque) d’une demande de décision préjudicielle portant sur l’interprétation de l’article 8, paragraphe 1, et de l’article 23 de la directive 2008/48/CE du Parlement européen et du Conseil, du 23 avril 2008, concernant les contrats de crédit aux consommateurs et abrogeant la directive 87/102/CEE du Conseil (2).

2. Cette demande offre à la Cour l’opportunité d’examiner si le principe d’effectivité s’oppose à une réglementation nationale, ainsi qu’à la jurisprudence nationale subséquente, qui ne permettent pas au juge de l’exécution de contrôler d’office le respect d’une obligation découlant du droit de la consommation lorsque le juge qui a statué dans la procédure ayant donné lieu au titre exécutoire disposait du pouvoir de procéder à un tel contrôle d’office, mais ne l’a pas exercé.

Le cadre juridique

Le droit de l’Union

3. Les considérants 26 et 47 de la directive 2008/48 énoncent :

« (26) Les États membres devraient prendre les mesures appropriées afin de promouvoir les pratiques responsables lors de toutes les phases de la relation de prêt, en tenant compte des caractéristiques particulières de leur marché du crédit. [...] Il importe, en particulier sur un marché du crédit en expansion, que les prêteurs ne soient pas amenés à octroyer des prêts de manière irresponsable ou à accorder des crédits sans évaluation préalable de la solvabilité, et que les États membres exercent la surveillance nécessaire afin de prévenir de tels comportements, et définissent les moyens nécessaires pour sanctionner les prêteurs qui en seraient auteurs. [...] les prêteurs devraient avoir la responsabilité de vérifier la solvabilité de chaque consommateur cas par cas. À cet effet, ils devraient être autorisés à utiliser les informations fournies par le consommateur non seulement pendant la préparation du contrat de crédit en question, mais également pendant une relation commerciale de longue date. Les autorités des États membres pourraient également donner des instructions et des lignes directrices appropriées aux prêteurs. De même, les consommateurs devraient agir avec prudence et respecter leurs obligations contractuelles.

[...]

(47) Il convient que les États membres définissent le régime de sanctions applicables en cas de violation des dispositions nationales adoptées en vertu de la présente directive et veillent à ce qu’elles soient appliquées. Bien que le choix de ce régime soit laissé à la discrétion des États membres, les sanctions prévues devraient être effectives, proportionnées et dissuasives. »

4. L’article 8 de cette directive, intitulé « Obligation d’évaluer la solvabilité du consommateur », dispose, à son paragraphe 1 :

« Les États membres veillent à ce que, avant de conclure le contrat de crédit, le prêteur évalue la solvabilité du consommateur, à partir d’un nombre suffisant d’informations, fournies, le cas échéant, par ce dernier et, si nécessaire, en consultant la base de données appropriée. Les États membres dont la législation prévoit l’évaluation obligatoire par le prêteur de la solvabilité du consommateur sur la base d'une consultation de la base de données appropriée peuvent maintenir cette obligation. »

5. Aux termes de l’article 23 de ladite directive, intitulé « Sanctions » :

« Les États membres définissent le régime de sanctions applicables en cas de violation des dispositions nationales adoptées conformément à la présente directive, et prennent toutes les mesures nécessaires pour faire en sorte qu’elles soient appliquées. Les sanctions doivent être effectives, proportionnées et dissuasives. »

Le droit slovaque

6. L’article 7, paragraphe 1, du zákon č. 129/2010 Z. z. o spotrebiteľskýchúveroch a o inýchúveroch a pôžičkáchprespotrebiteľova o zmene a doplnení niektorých zákonov(loi no 129/2010 du 9 mars 2010 Rec. relative aux crédits à la consommation et aux autres crédits et prêts consentis aux consommateurs et modifiant et complétant certaines lois), dans sa version applicable au litige au principal, disposait ce qui suit :

« Avant de conclure un contrat de crédit à la consommation ou de procéder à une modification d’un tel contrat consistant en une augmentation du montant du crédit à la consommation, le prêteur est tenu d’évaluer avec la diligence professionnelle requise la capacité du consommateur à rembourser le crédit, en tenant compte en particulier de la durée pour laquelle le crédit est accordé, de son montant, des revenus du consommateur et le cas échéant également de la destination du crédit. »

7. L’article 11, paragraphe 2, de cette loi dispose :

« Si le prêteur n’a pas agi avec la diligence professionnelle requise conformément à l’article 7, paragraphe 1, il n’est pas en droit d’exiger du consommateur le remboursement du crédit à la consommation en une seule fois. En cas de violation grave de l’obligation visée à l’article 7, paragraphe 1, le crédit est réputé exempt d’intérêts et de frais. Est considérée comme une violation grave de l’obligation visée à l’article 7, paragraphe 1, l’évaluation de la capacité de remboursement du crédit par le prêteur en l’absence de toutes données sur les revenus, les dépenses et la situation familiale du consommateur ou en l’absence de prise en considération des données émanant de la base de données appropriée ou du registre approprié aux fins de l’évaluation de la capacité du consommateur à rembourser le crédit à la consommation. Est également considérée comme une violation grave de l’obligation visée à l’article 7, paragraphe 1, la violation des dispositions de l’article 7, paragraphes 19 à 42. »

Le litige au principal, la question préjudicielle et la procédure devant la Cour

8. Le 25 mai 2017, OC (ci-après la « requérante au principal » ou la « consommatrice ») a signé avec une banque slovaque un contrat de crédit en vertu duquel la banque a octroyé à la requérante au principal un crédit à la consommation de 20 000 euros, que celle-ci s’est engagée à rembourser en 96 mensualités de 343,77 euros, soit un montant total de 30 000,70 euros. Il ne ressort pas de la présente affaire que la banque ait procédé à une comparaison entre les revenus et les charges de la requérante au principal afin de vérifier la solvabilité de cette dernière, et donc sa capacité à rembourser le crédit.

9. La requérante au principal a remboursé 9 736,37 euros. Le 1er décembre 2020, en raison d’un retard de paiement de la requérante au principal, la banque a déclaré la déchéance anticipée de l’ensemble des échéances à venir. Par contrat du 23 mars 2021, la banque a cédé la créance au créancier actuel, la société KRUK Česká a Slovenská republika s.r.o. (ci-après « KRUK »).

10. KRUK a saisi l’Okresný súd Považská Bystrica (tribunal de district de Považská Bystrica, Slovaquie) d’un recours visant au paiement par la requérante au principal des sommes prévues par le contrat de crédit. Par arrêt du 26 janvier 2022, cette juridiction a ordonné à la requérante au principal de payer à KRUK le solde du crédit, majoré des frais, d’intérêts de retard, de pénalités, de frais d’avocats et des accessoires (ci-après le « titre exécutoire »).

11. Le 13 juillet 2022, KRUK a saisi l’Okresný súd Banská Bystrica (tribunal de district de Banská Bystrica, Slovaquie, ci-après le « juge de l’exécution ») d’une demande d’exécution judiciaire visant le titre exécutoire. Le 28 juillet 2022, le juge de l’exécution a mandaté un huissier de justice pour procéder à l’exécution.

12. Le 10 février 2023, la requérante au principal a déposé auprès de l’huissier de justice une demande de suspension de l’exécution en faisant valoir que, dans son arrêt du 26 janvier 2022, l’Okresný súd Považská Bystrica (tribunal de district de Považská Bystrica) n’avait pas vérifié si le prêteur initial s’était acquitté de son obligation d’examiner la solvabilité de la consommatrice, prévue par la législation nationale transposant l’article 8 de la directive 2008/48.

13. Par ordonnance du 18 octobre 2023, le fonctionnaire de justice supérieur (3) a rejeté cette demande de suspension, considérant que, dans le cadre d’une procédure d’exécution, il ne lui était pas permis de contrôler la légalité du titre exécutoire. Saisi d’un recours contre cette décision, le juge de l’exécution l’a rejeté par ordonnance du 26 août 2024, au motif que les titres exécutoires ne sont pas soumis à un examen au fond au stade de l’exécution.

14. La requérante au principal a ensuite introduit un recours constitutionnel devant la juridiction de renvoi, en soutenant que l’Okresný súd Považská Bystrica (tribunal de district de Považská Bystrica) n’avait pas, dans la procédure ayant conduit à l’adoption du titre exécutoire, vérifié le respect des obligations incombant au prêteur initial en vertu de l’article 7, paragraphe 1 et de l’article 11, paragraphe 2, de la loi no 129/2010 du 9 mars 2010 Rec. Relative aux crédits à la consommation et aux autres crédits et prêts consentis aux consommateurs et modifiant et complétant certaines lois, ainsi que de l’article 8 de la directive 2008/48.

15. La juridiction de renvoi nourrit des doutes quant à la légalité, à l’égard des articles 8 et 23 de cette directive, d’une réglementation et d’une jurisprudence nationales qui ne permettent pas au juge de l’exécution, d’une part, d’examiner la violation, par le prêteur, de son obligation d’évaluer la solvabilité du consommateur et, d’autre part, d’infliger au prêteur la sanction prévue par le droit national transposant cet article 23.

16. Dans ces conditions, l’Ústavný súd Slovenskej republiky (Cour constitutionnelle de la République slovaque) a décidé de surseoir à statuer et de poser à la Cour la question préjudicielle suivante :

« Les articles 8 et 23 de la directive [2008/48] doivent-ils être interprétés en ce sens qu’ils s’opposent à une réglementation, et à la jurisprudence subséquente des juridictions nationales, qui ne [permettent] pas, dans le cadre d’une procédure d’exécution, d’examiner d’office la question de savoir si le prêteur a violé l’obligation d’évaluer la solvabilité du consommateur, et qui ne [permettent] pas d’infliger au fournisseur qui a octroyé un crédit à un consommateur non solvable la sanction consistant en la perte du droit au paiement des intérêts ? »

17. Des observations écrites ont été déposées par les gouvernements slovaque, italien et finlandais, la requérante et la partie défenderesse au principal, ainsi que par la Commission européenne.

Analyse

18. Par sa question, la juridiction de renvoi cherche à savoir, en substance, si l’article 8, paragraphe 1, et l’article 23 de la directive 2008/48, lus à la lumière du principe d’effectivité, doivent être interprétés en ce sens qu’ils s’opposent à une réglementation nationale, ainsi qu’à la jurisprudence nationale subséquente, qui ne permettent pas au juge de l’exécution de vérifier d’office le respect, par le prêteur, de l’obligation d’évaluer la solvabilité du consommateur et, en cas de violation de cette obligation, d’appliquer les sanctions prévues par le droit national.

19. Dans les présentes conclusions, je commencerai par examiner la question de l’obligation du juge national d’apprécier d’office si l’obligation découlant de l’article 8, paragraphe 1, de cette directive a été respectée. Je rappellerai ensuite les principes dégagés par la jurisprudence en ce qui concerne la mise en œuvre d’une telle obligation au niveau national, avant d’examiner dans quelle mesure ceux-ci sont transposables au cadre instauré par ladite directive et, enfin, de les appliquer aux circonstances de l’espèce.

Sur l’obligation du juge national de vérifier d’office le respect de l’article 8, paragraphe 1, de la directive 2008/48

20. La Cour a, à de nombreuses reprises, constaté l’existence de l’obligation incombant au juge national de vérifier d’office le respect de certaines dispositions du droit de l’Union en matière de protection des consommateurs (4).

21. Conformément à une jurisprudence constante, une telle conclusion repose sur deux ordres de considération.

22. Le premier tient à la nature et à l’importance de l’intérêt public sous-tendant la protection des consommateurs. À cet égard, il est constant que le système de protection mis en œuvre par la législation de l’Union en matière de protection des consommateurs repose sur l’idée selon laquelle le consommateur se trouve dans une situation d’infériorité à l’égard du professionnel en ce qui concerne tant le pouvoir de négociation que le pouvoir d’information, situation qui le conduit à adhérer aux conditions rédigées préalablement par le professionnel, sans pouvoir exercer une influence sur le contenu de celles-ci (5). Ainsi, afin d’assurer la protection voulue par la législation de l’Union, la situation d’inégalité entre le consommateur et le professionnel ne peut être compensée que par une intervention positive, extérieure aux seules parties au contrat (6).

23. Le second tient à la nature de la disposition spécifique dont la violation est alléguée. Il ressort en effet de la jurisprudence que les juridictions nationales ne sont pas tenues d’examiner d’office la violation de toute disposition en matière de protection des consommateurs. Il convient, notamment, d’apprécier si l’obligation mise à la charge du professionnel par la disposition en cause revêt une « importance fondamentale » pour la protection du consommateur, dans la mesure où elle contribue à la réalisation de l’objectif poursuivi par l’acte de droit dérivé auquel elle se rattache (7).

24. Comme l’a rappelé la juridiction de renvoi, la Cour a déjà été amenée à se prononcer, dans l’arrêt OPR-Finance (8), sur la question de savoir si le juge national est tenu d’examiner d’office le respect de l’obligation prévue à l’article 8, paragraphe 1, de la directive 2008/48.

25. Je rappelle que, en vertu de cette disposition, le prêteur est tenu, préalablement à la conclusion d’un contrat de crédit, d’évaluer la solvabilité du consommateur à partir d’un nombre suffisant d’informations fournies, le cas échéant, par ce dernier, et, si nécessaire, au moyen d’une consultation de la base de données appropriée.

26. Or, la Cour a considéré que l’obligation découlant de l’article 8, paragraphe 1, de la directive 2008/48 poursuit une double finalité. Elle vise non seulement à responsabiliser le prêteur et à prévenir l’octroi de crédits à des consommateurs non solvables (9), mais également à protéger ces derniers contre les risques de surendettement et d’insolvabilité. Au regard de cette seconde finalité, la Cour a affirmé que l’obligation précontractuelle du prêteur d’évaluer la solvabilité du consommateur contribue à la réalisation de l’objectif de cette directive de garantir un niveau élevé et équivalent de protection des consommateurs tout en favorisant le développement d’un marché intérieur performant du crédit à la consommation (10). Elle a également rappelé, dans ce contexte, qu’il existe, selon la jurisprudence, un risque non négligeable que, notamment par ignorance, le consommateur n’invoque pas la règle de droit destinée à le protéger (11).

27. La Cour en a déduit que l’obligation en cause revêt une importance fondamentale pour la protection du consommateur, de sorte que le juge national est tenu d’en vérifier d’office le respect lorsqu’il dispose des éléments de fait et de droit nécessaires à cette fin (12).

28. En l’espèce, la question porte, en substance, sur le point de savoir si les modalités de mise en œuvre de cette obligation, prévues par la réglementation nationale en cause, sont conformes au droit de l’Union. Il convient d’emblée, à cet égard, de rappeler la jurisprudence pertinente.

Sur la jurisprudence relative aux modalités procédurales de mise en œuvre de l’obligation de procéder à un examen d’office

29. Il convient de rappeler qu’il appartient à l’ordre juridique interne de chaque État membre, en vertu du principe d’autonomie procédurale, de désigner les juridictions compétentes et de régler les modalités procédurales des recours destinés à assurer la sauvegarde des droits que les justiciables tirent du droit de l’Union, à condition que les principes d’équivalence et d’effectivité soient respectés (13). Les interrogations soulevées par la présente affaire concernent uniquement le principe d’effectivité.

30. Au regard de ce principe, la Cour a itérativement indiqué que chaque cas dans lequel se pose la question de savoir si une disposition procédurale nationale rend impossible ou excessivement difficile l’application du droit de l’Union doit être analysé en tenant compte de la place de cette disposition dans l’ensemble de la procédure, de son déroulement et de ses particularités, ainsi que, le cas échéant, des principes sur lesquels repose le système juridictionnel national, tels que la protection des droits de la défense, le principe de sécurité juridique et le bon déroulement de la procédure (14). En outre, elle a précisé que l’obligation pour les États membres d’assurer l’effectivité des droits que les justiciables tirent du droit de l’Union implique une exigence de protection juridictionnelle effective, consacrée notamment à l’article 47 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne. Cette dernière s’applique, entre autres, à la définition des modalités procédurales des actions en justice fondées sur de tels droits (15).

31. Il convient de relever que la Cour s’est déjà prononcée à maintes reprises sur la conformité au principe d’effectivité de réglementations nationales qui ne permettent pas, au stade de la procédure d’exécution, un examen d’office du caractère potentiellement abusif des clauses figurant dans un contrat conclu entre un professionnel et un consommateur au regard des articles 6 et 7 de la directive 93/13 (16).

32. Il convient, à ce stade, de présenter une telle jurisprudence.

33. Dans l’arrêt Finanmadrid EFC (17), la Cour a jugé que la protection effective des droits du consommateur exige que le système procédural national prévoie, dans le cadre de la procédure de délivrance d’une injonction de payer ou dans celui de la procédure d’exécution d’une telle injonction, un contrôle d’office, par un juge, de la nature potentiellement abusive des clauses figurant dans un contrat conclu entre un professionnel et un consommateur. D’après la Cour, dans l’hypothèse où aucun contrôle d’office n’est prévu au stade de l’exécution de l’injonction de payer, une réglementation nationale est de nature à porter atteinte à l’effectivité de la protection du consommateur si elle ne prévoit pas un tel contrôle au stade de la délivrance de l’injonction ou, lorsqu’un tel contrôle est prévu uniquement au stade de l’opposition contre l’injonction délivrée, s’il existe un risque non négligeable que le consommateur concerné ne forme pas l’opposition requise (18).

34. Dans l’arrêt Banco Primus (19), la Cour a dit pour droit que les articles 6 et 7 de la directive 93/13 ne s’opposent pas à une règle nationale interdisant au juge national de réexaminer d’office le caractère abusif des clauses d’un contrat lorsque la légalité de l’ensemble des clauses de ce contrat a déjà été examinée au regard de cette directive par une décision revêtue de l’autorité de la chose jugée. Elle a toutefois précisé que, lorsque le caractère abusif d’une ou de plusieurs clauses n’a pas été apprécié lors de l’examen du contrat litigieux ayant abouti à l’adoption de cette décision, ladite directive exige que le juge saisi d’un recours subséquent puisse procéder à l’examen de celles-ci.

35. Les arrêts Ibercaja Banco (20) et SPV Project s’inscrivent dans le prolongement de cette jurisprudence.

36. S’agissant de l’arrêt Ibercaja Banco, la Cour a considéré qu’une réglementation nationale méconnaissait les articles 6 et 7 de la directive 93/13, lus à la lumière du principe d’effectivité, dans la mesure où, en raison de l’autorité de la chose jugée, elle ne permettait pas au juge de l’exécution hypothécaire de contrôler d’office le caractère abusif des clauses contractuelles ni au consommateur, après l’expiration du délai d’opposition, d’invoquer lui-même ce caractère abusif. En effet, si le juge ayant autorisé l’exécution hypothécaire avait certes procédé à un examen d’office des clauses concernées, la décision autorisant cette exécution ne comportait aucune motivation, même sommaire, permettant d’établir l’existence de cet examen.

37. Dans l’affaire ayant donné lieu à l’arrêt SPV Project, la Cour a été appelée à examiner une réglementation interdisant, au stade de l’exécution, un examen d’office du caractère éventuellement abusif des clauses contractuelles ayant fondé une injonction de payer, au motif qu’un tel examen était réputé avoir eu lieu et être couvert par l’autorité de la chose jugée même en l’absence de toute motivation sur ce point dans la décision ayant prononcé cette injonction. Dans son arrêt, elle a jugé que l’exigence d’une protection juridictionnelle effective requiert que le juge de l’exécution puisse apprécier, y compris pour la première fois, ce caractère abusif (21). La Cour a ensuite précisé, dans l’arrêt Getin Noble Bank e.a. (Contrôle d’office du caractère abusif des clauses), que cette conclusion s’impose, a fortiori, lorsque aucun contrôle d’office dudit caractère éventuellement abusif des clauses du contrat concerné n’est réputé avoir eu lieu (22).

38. Une interdiction analogue était en cause dans l’affaire ayant donné lieu à l’arrêt Investcapital, en raison d’un mécanisme de forclusion faisant obstacle à un nouveau contrôle du caractère abusif des clauses contractuelles lorsqu’un tel contrôle avait déjà été exercé par un juge au stade de la procédure d’injonction de payer. Dans son arrêt, la Cour a néanmoins jugé qu’une telle interdiction ne se heurte pas au principe d’effectivité dès lors que la décision rendue au stade de la procédure d’injonction de payer expose, fut-ce sommairement, les raisons pour lesquelles les clauses concernées sont réputées ne pas présenter de caractère abusif et qu’elle indique que, faute d’exercer les voies de recours prévues par le droit national dans le délai imparti, le consommateur sera forclos à invoquer ultérieurement le caractère éventuellement abusif de ces clauses (23).

39. Selon les gouvernements slovaque et italien, cette jurisprudence doit être interprétée en ce sens que le principe d’effectivité n’est pas méconnu lorsque la réglementation nationale en cause permet au juge, dans le cadre de la procédure ayant conduit à la délivrance d’un titre exécutoire, de contrôler le respect d’une obligation telle que celle prévue à l’article 8 de la directive 2008/48, même si, ultérieurement, le juge de l’exécution ne dispose pas du pouvoir de procéder à un nouvel examen au fond de ce titre (24).

40. Cette position ne reflète pas ma conviction.

41. J’estime, en effet, que l’interprétation préconisée par ces gouvernements ne découle pas de la jurisprudence de la Cour.

42. Il résulte clairement de l’arrêt Finanmadrid et de la jurisprudence postérieure que le respect du principe d’effectivité ne saurait être déduit du seul fait que la réglementation nationale permet un contrôle juridictionnel du caractère potentiellement abusif des clauses contractuelles concernées au stade de la procédure ayant conduit à la délivrance du titre exécutoire. Une telle possibilité constitue, en effet, une condition nécessaire, mais non suffisante, pour garantir l’effectivité de la protection conférée aux consommateurs par le droit de l’Union.

43. Je relève, à cet égard, que, dans les prémisses de son raisonnement juridique, la Cour souligne désormais de manière constante que le respect des droits des consommateurs ne peut être garanti en l’absence d’un contrôle « efficace » du caractère potentiellement abusif des clauses contractuelles. Il s’ensuit, selon la Cour, que les conditions fixées par les droits nationaux, auxquelles se réfère l’article 6, paragraphe 1, de la directive 93/13, ne sauraient porter atteinte à la « substance » du droit que les consommateurs tirent de cette disposition de ne pas être liés par une clause réputée abusive (25).

44. Ce principe trouve une illustration dans l’arrêt Ibercaja Banco. La Cour y a certes reconnu que la protection des consommateurs ne revêt pas un caractère absolu et qu’elle n’impose pas à une juridiction nationale d’écarter l’application des règles nationales relatives à l’autorité de la chose jugée. Elle a néanmoins jugé qu’un contrôle ne saurait être considéré comme efficace lorsque l’autorité de la chose jugée est reconnue à des décisions juridictionnelles sans qu’il ressorte de leur motivation qu’un examen du caractère abusif des clauses contractuelles a effectivement été réalisé (26). En effet, une telle extension de cette autorité de la chose jugée aurait pour conséquence de couvrir des situations dans lesquelles aucun contrôle de ce caractère abusif des clauses contractuelles n’a pu être exercé au cours de la procédure nationale dans son ensemble.

45. En résumé, l’exigence d’une motivation faisant apparaître le contrôle exercé d’office par un juge révèle que la seule reconnaissance, en droit national, du pouvoir de procéder à un tel contrôle ne saurait suffire. Encore faut-il que ce pouvoir ait été effectivement mis en œuvre et que la décision juridictionnelle permette d’en constater l’exercice.

46. Dans ses observations écrites, le gouvernement italien préconise une interprétation plus restrictive de la jurisprudence qui vient d’être examinée. Selon lui, la reconnaissance au juge de l’exécution du pouvoir d’examiner d’office le caractère abusif des clauses d’un contrat conclu entre un professionnel et un consommateur ne se justifie que lorsque la procédure ayant conduit à l’émission du titre exécutoire n’a pas permis l’exercice d’un contrôle du fait de son caractère simplifié.

47. À mon sens, si le caractère simplifié de la procédure est susceptible de révéler l’absence d’un tel contrôle, la seule circonstance qu’une réglementation nationale permette d’y procéder ne saurait suffire, au regard de la jurisprudence de la Cour, à établir le respect du principe d’effectivité. J’estime, en effet, que, pour être conforme à ce principe, une telle réglementation doit être aménagée de telle sorte que le consommateur bénéficie en toute circonstance de la « garantie », pour reprendre les termes de la Cour (27), qu’un contrôle juridictionnel du respect des dispositions concernées du droit de la consommation interviendra à un moment quelconque de la procédure (28).

48. En outre, l’interprétation défendue par le gouvernement italien conduit, en substance, à faire dépendre la protection conférée au consommateur de sa participation à la procédure ayant donné lieu à l’adoption du titre exécutoire ainsi que de l’exercice d’un recours contre la décision constituant ce titre. Or, si la Cour a itérativement indiqué que « le respect du principe d’effectivité ne saurait aller jusqu’à suppléer intégralement à la passivité totale du consommateur concerné » (29), je considère que la jurisprudence consacre un niveau de protection du consommateur plus élevé et, corrélativement, retient une conception de sa passivité nettement plus restrictive que celle qui sous-tend cette interprétation du gouvernement italien.

49. Il convient de relever que, ainsi qu’il ressort des arrêts Ibercaja Banco et Investcapital, une réglementation nationale excluant tout contrôle, par le juge de l’exécution, du caractère abusif des clauses contractuelles n’est compatible avec le principe d’effectivité que si la décision autorisant l’exécution expose, de manière suffisamment motivée, les raisons pour lesquelles les clauses concernées ne présentent pas un caractère abusif. Cette décision doit également indiquer clairement que, en l’absence d’opposition dans le délai prévu par le droit national, le consommateur sera définitivement privé de la possibilité d’invoquer ultérieurement le caractère abusif de ces clauses (30). À défaut d’une telle motivation et d’une telle indication, le consommateur ne serait pas en mesure d’apprécier, en toute connaissance de cause, l’opportunité d’exercer un recours contre ladite décision. Dans ces conditions, aucune passivité ne saurait lui être reprochée.

50. Par ailleurs, l’absence de participation du consommateur à la procédure au fond ne saurait, à elle seule, justifier l’interprétation défendue par le gouvernement italien ni entraîner la perte de la protection que le droit de l’Union lui confère (31).

Sur la possibilité de transposer cette jurisprudence aux violations de l’article 8, paragraphe 1, de la directive 2008/48

51. Dans ses observations écrites, le gouvernement slovaque soutient que la jurisprudence examinée jusqu’à présent ne saurait être transposée aux situations caractérisées par une violation de l’article 8, paragraphe 1, et de l’article 23 de la directive 2008/48. Selon lui, ces dernières dispositions se distinguent des articles 6 et 7 de la directive 93/13 tant par leur nature que par les finalités qu’elles poursuivent. Dès lors, les principes dégagés par la Cour dans le cadre de l’interprétation de ces dernières ne trouveraient pas à s’appliquer mutatis mutandis à l’article 8, paragraphe 1, et à l’article 23 de la directive 2008/48.

52. La thèse défendue par ce gouvernement peut être résumée comme suit. Alors que l’article 6 de la directive 93/13 prévoit que les clauses abusives ne lient pas le consommateur, l’article 8, paragraphe 1, de la directive 2008/48 impose aux États membres de veiller au respect d’une obligation de comportement consistant, pour le prêteur, à vérifier préalablement la solvabilité du consommateur. Cette disposition n’affecte donc pas directement le contenu des stipulations contractuelles convenues entre le professionnel et le consommateur. Dès lors, sa méconnaissance ne saurait, à elle seule, entraîner la nullité des clauses contractuelles concernées, à la différence du mécanisme instauré par l’article 7 de la directive 93/13. Selon cette analyse, la méconnaissance de l’obligation de vérification de la solvabilité requiert uniquement la mise en œuvre des mesures nécessaires pour assurer l’application effective des sanctions prévues par le droit national, conformément à l’article 23 de la directive 2008/48.

53. Pour ma part, je peine à discerner la pertinence d’une telle distinction. En effet, l’obligation de relever d’office une violation du droit de la consommation repose sur la considération que la disposition concernée protège un intérêt public d’une importance telle qu’elle justifie l’intervention du juge indépendamment de toute initiative du consommateur. Elle trouve également son fondement dans le rôle fondamental que cette disposition joue dans la réalisation des objectifs poursuivis par l’instrument normatif dont elle relève.

54. Dans ces conditions, dès lors qu’il est admis qu’une telle obligation existe à l’égard d’une disposition donnée, la nature de cette disposition ainsi que les effets juridiques attachés à sa méconnaissance me paraissent dépourvus de pertinence aux fins de l’application de la jurisprudence de la Cour relative aux modalités procédurales régissant la mise en œuvre de cette obligation.

Application au cas d’espèce

55. En vertu du droit slovaque, les juridictions de l’exécution ne sont compétentes qu’à l’égard des incidents relatifs au déroulement de l’exécution et du contrôle de sa légalité. En revanche, les litiges portant sur des droits substantiels relèvent, en principe, de la compétence des juridictions de droit commun, appelées à statuer dans le cadre de la procédure civile contentieuse. De manière générale, la juridiction de l’exécution est liée par le titre exécutoire résultant de la décision rendue par la juridiction de droit commun et ne saurait procéder à un réexamen du bien-fondé de celle-ci (32). Cette interdiction faite à la juridiction d’exécution ne découle pas du caractère définitif de cette décision, mais simplement de la séparation entre la procédure au fond et la procédure d’exécution, laquelle répond à des considérations de sécurité juridique (33).

56. Une telle interdiction inconditionnelle ne paraît néanmoins pas conforme au principe d’effectivité dans une situation telle que celle de l’affaire au principal.

57. En effet, le titre exécutoire ne fait apparaître aucun examen d’office du respect de l’obligation, énoncée à l’article 8, paragraphe 1, de la directive 2008/48, d’évaluer la solvabilité du consommateur. Il ne comporte pas davantage d’indication selon laquelle, à défaut de recours introduit dans le délai prévu par le droit national, le consommateur serait définitivement forclos à invoquer ultérieurement la méconnaissance de cette obligation.

58. Dans ces conditions, et sous réserve des appréciations qu’il appartient à la juridiction de renvoi d’effectuer, il ne saurait être soutenu, comme le fait le gouvernement italien, que la consommatrice concernée a fait preuve d’une « inertie à double titre » au seul motif que, d’une part, elle n’a pas comparu dans la procédure devant l’Okresný súd Považská Bystrica (tribunal de district de Považská Bystrica) et que, d’autre part, elle n’a pas introduit de recours contre la décision rendue par celui-ci. En effet, au regard de la jurisprudence examinée ci-dessus, un tel comportement ne pourrait être interprété comme traduisant une renonciation à se prévaloir des droits que le droit de l’Union lui confère.

59. Dans ces circonstances, et eu égard aux considérations qui précèdent, le principe d’effectivité requiert que la réglementation slovaque permette au juge de l’exécution d’exercer un contrôle au fond du titre exécutoire pour vérifier, le cas échéant pour la première fois, le respect de l’obligation d’évaluer la solvabilité du consommateur et en tirer les conséquences juridiques prévues par le droit national (34).

60. Partant, je propose à la Cour de répondre à la question préjudicielle que les articles 8 et 23 de la directive 2008/48, lus à la lumière du principe d’effectivité, doivent être interprétés en ce sens qu’ils s’opposent à une réglementation nationale, ainsi qu’à la jurisprudence nationale subséquente, qui ne permettent pas au juge de l’exécution de vérifier d’office le respect, par le prêteur, de cette obligation et, en cas de violation de ladite obligation, d’appliquer les sanctions prévues par le droit national, lorsque ce contrôle n’a pas été effectué par un juge dans le cadre de la procédure ayant conduit à la formation du titre exécutoire.

Conclusion

61. À la lumière des considérations susvisées, je propose à la Cour de répondre comme suit à la question préjudicielle posée par l’Ústavný súd Slovenskej republiky (Cour constitutionnelle de la République slovaque) :

Les articles 8 et 23 de la directive 2008/48/CE du Parlement européen et du Conseil, du 23 avril 2008, concernant les contrats de crédit aux consommateurs et abrogeant la directive 87/102/CEE, lus à la lumière du principe d’effectivité,

doivent être interprétés en ce sens que :

ils s’opposent à une réglementation nationale, ainsi qu’à la jurisprudence nationale subséquente, qui ne permettent pas au juge de l’exécution de vérifier d’office le respect, par le prêteur, de l’obligation d’évaluer la solvabilité du consommateur et, en cas de violation de cette obligation, d’appliquer les sanctions prévues par le droit national, lorsque ce contrôle n’a pas été effectué par un juge dans le cadre de la procédure ayant conduit à la formation du titre exécutoire.


1 Langue originale : le français.


2 JO 2008, L 133, p. 66.


3 Il s’agit d’un fonctionnaire de l’État qui effectue de manière autonome des actes pour une juridiction sur délégation d’un juge.


4 Voir, s’agissant de la directive 1999/44/CE du Parlement européen et du Conseil, du 25 mai 1999, sur certains aspects de la vente et des garanties des biens de consommation (JO 1999, L 171, p. 12), arrêt du 3 octobre 2013, Duarte Hueros (C‑32/12, EU:C:2013:637, point 39) ; voir, au regard de l’article 4 de la directive 85/577/CEE du Conseil, du 20 décembre 1985, concernant la protection des consommateurs dans le cas de contrats négociés en dehors des établissements commerciaux (JO 1985, L 372, p. 31), arrêt du 17 décembre 2009, Martín Martín (C‑227/08, EU:C:2009:792, point 29) ; voir, quant à l’article 6, paragraphe 1, de la directive 93/13/CEE du Conseil, du 5 avril 1993, concernant les clauses abusives dans les contrats conclus avec les consommateurs (JO 1993, L 95, p. 29), arrêt du 4 juin 2009, Pannon GSM (C‑243/08, EU:C:2009:350, point 32). Voir, concernant la directive 2008/48, arrêt du 21 avril 2016, Radlinger et Radlingerová (C‑377/14, EU:C:2016:283, point 70).


5 Voir arrêt du 4 juin 2020, Kancelaria Medius (C‑495/19, EU:C:2020:431, point 30 et jurisprudence citée).


6 Voir arrêt du 29 février 2024, Investcapital (C‑724/22, ci-après l’« arrêt Investcapital », EU:C:2024:182, point 56 et jurisprudence citée).


7 Voir arrêt du 21 avril 2016, Radlinger et Radlingerová (C‑377/14, EU:C:2016:283, point 64).


8 Arrêt du 5 mars 2020 (C‑679/18, ci-après l’« arrêt OPR-Finance », EU:C:2020:167).


9 Voir considérant 26 de la directive 2008/48.


10 Voir arrêt OPR-Finance (points 20 et 21).


11 Voir arrêt OPR-Finance (point 22).


12 Voir arrêt OPR-Finance (points 21 et 23). Voir, également, arrêt du 24 octobre 2024, Horyzont (C‑339/23, EU:C:2024:918, point 31).


13 Voir arrêt du 4 mai 2023, BRD Groupe Société Générale et Next Capital Solutions (C‑200/21, EU:C:2023:380, point 28 et jurisprudence citée).


14 Voir arrêt du 17 mai 2022, SPV Project 1503 e.a. (C‑693/19 et C‑831/19, ci-après l’« arrêt SPV Project », EU:C:2022:395, point 60 et jurisprudence citée).


15 Voir arrêt du 19 mars 2026, UniCredit Bank et Momentum Credit (C‑679/24, EU:C:2026:223, point 64 et jurisprudence citée).


16 L’article 6, paragraphe 1, de la directive 93/13 dispose que « [l]es États membres prévoient que les clauses abusives figurant dans un contrat conclu avec un consommateur par un professionnel ne lient pas les consommateurs, dans les conditions fixées par leurs droits nationaux, et que le contrat restera contraignant pour les parties selon les mêmes termes, s'il peut subsister sans les clauses abusives ». L’article 7, paragraphe 1, de cette directive se lit comme suit : « Les États membres veillent à ce que, dans l’intérêt des consommateurs ainsi que des concurrents professionnels, des moyens adéquats et efficaces existent afin de faire cesser l’utilisation des clauses abusives dans les contrats conclus avec les consommateurs par un professionnel. »


17 Arrêt du 18 février 2016 (C‑49/14, ci-après l’« arrêt Finanmadrid », EU:C:2016:98).


18 Arrêt Finanmadrid (points 45, 46 et 52).


19 Arrêt du 26 janvier 2017 (C‑421/14, EU:C:2017:60).


20 Arrêt du 17 mai 2022 (C‑600/19, ci-après l’« arrêt Ibercaja Banco », EU:C:2022:394).


21 Arrêt SPV Project (points 65 et 66).


22 Arrêt du 18 janvier 2024 (C‑531/22, EU:C:2024:58, point 59).


23 Arrêt Investcapital (point 52).


24 Il convient d’observer que le législateur slovaque semble lui-même avoir retenu une telle interprétation, ainsi qu’il ressort de l’article 53, paragraphe 3, sous e), du zákon č. 233/1995 Z. z. Exekučný poriadok (loi no 233/1995 du 14 septembre 1995 relative aux huissiers de justice et à l’exécution du code de procédure civile). En vertu de cette disposition, le juge rejette la demande d’exécution si le titre exécutoire a été émis dans le cadre d’une procédure dans laquelle il n’était pas possible d’invoquer ou de contrôler des clauses abusives, et où l’existence d’une clause abusive a une incidence sur le droit dont l’exécution est demandée et qui découle d’un contrat conclu avec un consommateur.


25 Voir arrêt du 17 mai 2022, Unicaja Banco (C‑869/19, EU:C:2022:397, points 30 et 31 ainsi que jurisprudence citée).


26 Arrêt Ibercaja Banco (points 42 et 50).


27 Voir arrêt du 20 septembre 2018, EOS KSI Slovensko (C‑448/17, EU:C:2018:745, point 49). Voir, également, arrêt Investcapital (points 37 et 38).


28 Il convient de noter que la Cour considère que la protection du consommateur ne peut être considérée comme effective lorsque le contrôle du caractère abusif des clauses contractuelles n’intervient qu’après l’exécution forcée. En effet, si l’exécution est menée à son terme avant que le juge du fond ne se prononce, le consommateur ne bénéficiera que d’une protection a posteriori, limitée à la réparation des conséquences du préjudice subi. Une telle protection est jugée incomplète et insuffisante pour assurer la pleine effectivité de cette protection. Voir arrêts du 26 juin 2019, Addiko Bank (C‑407/18, EU:C:2019:537, points 61 et 62), ainsi que du 17 mai 2022, Impuls Leasing România (C‑725/19, EU:C:2022:396, points 54 et suiv.).


29 Voir arrêt du 18 décembre 2025, Soledil (C‑320/24, EU:C:2025:993, point 41 et jurisprudence citée).


30 Arrêts Ibercaja Banco (point 51) et Investcapital (points 45 ainsi que 48).


31 Voir, à cet égard, arrêt du 6 octobre 2009, Asturcom Telecomunicaciones (C‑40/08, EU:C:2009:615).


32 Il ressort de la décision de renvoi que la seule exception prévue par le droit slovaque concerne la procédure d’injonction de payer.


33 Ce régime procédural est loin d’être propre à l’ordre juridique slovaque. À cet égard, le gouvernement italien relève, dans ses observations écrites, que la Corte suprema di cassazione (Cour de cassation, Italie) a jugé que, dans le cadre de l’opposition à l’exécution, le principe de l’« intangibilité du titre exécutoire » s’applique à tous les faits antérieurs ou contemporains à sa formation ainsi qu’à l’acquisition de son caractère définitif. Ce principe découle de la réserve au juge du fond de toute question relative au bien-fondé du droit consacré par le titre exécutoire. Il s’ensuit que, lorsqu’un titre exécutoire judiciaire sert de fondement à une mesure d’exécution, le juge de l’exécution ne saurait exercer un contrôle intrinsèque sur ce titre, c’est-à-dire un contrôle tendant à remettre en cause son efficacité au regard d’exceptions ou de moyens de défense qui auraient dû être invoqués dans le cadre de la procédure ayant conduit à son prononcé.


34 Il s’agirait, en l’espèce, d’une sanction consistant en la perte du droit au paiement des intérêts pour le prêteur.