| CELEX | 62025CJ0186 |
| Type | Jurisprudence CJUE |
| Date | jeudi 9 juillet 2026 |
ARRÊT DE LA COUR (septième chambre)
9 juillet 2026 (*)
« Renvoi préjudiciel – Ressources propres de l’Union européenne – Protection des intérêts financiers de l’Union – Règlement (CE, Euratom) no 2988/95 – Fonds européen de développement régional (FEDER) – Règlement (UE) no 1303/2013 – Instrument européen de voisinage – Règlement (UE) no 232/2014 – Règlement d’exécution (UE) no 897/2014 – Programme de coopération transfrontalière pour la région de la mer Noire – Marché public – Directive 2014/24/UE – Attribution directe – Notion d’“irrégularité” – Exécution tardive de la prestation – Absence de mise en œuvre d’une clause pénale – Corrections financières – Proportionnalité – Motivation de la décision imposant la correction financière »
Dans l’affaire C‑186/25,
ayant pour objet une demande de décision préjudicielle au titre de l’article 267 TFUE, introduite par l’Administrativen sad – Varna (tribunal administratif de Varna, Bulgarie), par décision du 26 février 2025, parvenue à la Cour le 7 mars 2025, dans la procédure
Institut po ribni resursi Varna
contre
Rakovoditel na Natsionalnia organ po Savmestna operativna programa za transgranichno satrudnichestvo « Chernomorski baseyn 2014-2020 » i direktor na direktsia « Upravlenie na teritorialnoto satrudnichestvo »,
LA COUR (septième chambre),
composée de M. F. Schalin, président de chambre, MM. M. Gavalec (rapporteur) et Z. Csehi, juges,
avocat général : Mme T. Ćapeta,
greffier : M. A. Calot Escobar,
vu la procédure écrite,
considérant les observations présentées :
– pour le gouvernement bulgare, par Mme T. Mitova et M. R. Stoyanov, en qualité d’agents,
– pour la Commission européenne, par Mmes J. Aquilina, D. Drambozova et C. Ehrbar, en qualité d’agents,
vu la décision prise, l’avocate générale entendue, de juger l’affaire sans conclusions,
rend le présent
Arrêt
1 La demande de décision préjudicielle porte sur l’interprétation de l’article 2, sous m), de l’article 31, paragraphe 3, des articles 52 à 56 et 74 du règlement d’exécution (UE) no 897/2014 de la Commission, du 18 août 2014, fixant des dispositions spécifiques pour la mise en œuvre des programmes de coopération transfrontalière financés dans le cadre du règlement (UE) no 232/2014 du Parlement européen et du Conseil instituant un instrument européen de voisinage (JO 2014, L 244, p. 12), de l’article 2, point 36, du règlement (UE) no 1303/2013 du Parlement européen et du Conseil, du 17 décembre 2013, portant dispositions communes relatives au Fonds européen de développement régional, au Fonds social européen, au Fonds de cohésion, au Fonds européen agricole pour le développement rural et au Fonds européen pour les affaires maritimes et la pêche, portant dispositions générales applicables au Fonds européen de développement régional, au Fonds social européen, au Fonds de cohésion et au Fonds européen pour les affaires maritimes et la pêche, et abrogeant le règlement (CE) no 1083/2006 du Conseil (JO 2013, L 347, p. 320, et rectificatif JO 2016, L 200, p. 140), de l’article 33, de l’article 36, paragraphe 1, de l’article 61 et de l’article 63, paragraphe 2, du règlement (UE, Euratom) 2018/1046 du Parlement européen et du Conseil, du 18 juillet 2018, relatif aux règles financières applicables au budget général de l’Union, modifiant les règlements (UE) no 1296/2013, (UE) no 1301/2013, (UE) no 1303/2013, (UE) no 1304/2013, (UE) no 1309/2013, (UE) no 1316/2013, (UE) no 223/2014, (UE) no 283/2014 et la décision no 541/2014/UE, et abrogeant le règlement (UE, Euratom) no 966/2012 (JO 2018, L 193, p. 1), de l’article 2, paragraphes 2 et 3, du règlement (CE, Euratom) no 2988/95 du Conseil, du 18 décembre 1995, relatif à la protection des intérêts financiers des Communautés européennes (JO 1995, L 312, p. 1), ainsi que de l’article 41 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne (ci-après la « Charte »).
2 Cette demande a été présentée dans le cadre d’un litige opposant le directeur de l’Institut po ribni resursi Varna (Institut des ressources halieutiques, Varna, ci‑après l’« Institut » ou le « bénéficiaire ») au Rakovoditel na Natsionalnia organ po Savmestna operativna programa za transgranichno satrudnichestvo « Chernomorski baseyn 2014‑2020 » i direktor na direktsia « Upravlenie na teritorialnoto satrudnichestvo » (chef de l’Autorité nationale en charge du Programme opérationnel conjoint de coopération transfrontalière « Bassin de la mer Noire 2014‑2020 » et directeur de la direction « Gestion de la coopération territoriale », ci-après l’« autorité nationale ») au sujet d’une décision par laquelle cette autorité a imposé des corrections financières en raison, d’une part, d’un manque de transparence dans une procédure d’attribution d’un marché public et, d’autre part, de l’exécution tardive d’un contrat dans le cadre de la mise en œuvre d’un projet financé par le programme opérationnel conjoint de coopération transfrontalière « Bassin de la mer Noire 2014‑2020 ».
Le cadre juridique
Le droit de l’Union
Le règlement no 2988/95
3 L’article 2 du règlement no 2988/95 prévoit :
« 1. Les contrôles et les mesures et sanctions administratives sont institués dans la mesure où ils sont nécessaires pour assurer l’application correcte du droit communautaire. Ils doivent revêtir un caractère effectif, proportionné et dissuasif, afin d’assurer une protection adéquate des intérêts financiers des Communautés.
2. Aucune sanction administrative ne peut être prononcée tant qu’un acte communautaire antérieur à l’irrégularité ne l’a pas instaurée. En cas de modification ultérieure des dispositions portant sanctions administratives et contenues dans une réglementation communautaire, les dispositions moins sévères s’appliquent rétroactivement.
3. Les dispositions du droit communautaire déterminent la nature et la portée des mesures et sanctions administratives nécessaires à l’application correcte de la réglementation considérée en fonction de la nature et de la gravité de l’irrégularité, du bénéfice accordé ou de l’avantage reçu et du degré de responsabilité.
4. Sous réserve du droit communautaire applicable, les procédures relatives à l’application des contrôles et des mesures et sanctions communautaires sont régies par le droit des États membres. »
4 L’article 4, paragraphes 1, 2 et 4, de ce règlement énonce :
« 1. Toute irrégularité entraîne, en règle générale, le retrait de l’avantage indûment obtenu :
– par l’obligation de verser les montants dus ou de rembourser les montant indûment perçus,
– par la perte totale ou partielle de la garantie constituée à l’appui de la demande d’un avantage octroyé ou lors de la perception d’une avance.
2. L’application des mesures visées au paragraphe 1 est limitée au retrait de l’avantage obtenu augmenté, si cela est prévu, d’intérêts qui peuvent être déterminés de façon forfaitaire.
[...]
4. Les mesures prévues par le présent article ne sont pas considérées comme des sanctions. »
5 L’article 5, paragraphe 1, dudit règlement dispose :
« Les irrégularités intentionnelles ou causées par négligence peuvent conduire aux sanctions administratives suivantes :
[...] »
Le règlement no 1303/2013
6 L’article 2 du règlement no 1303/2013, intitulé « Définitions », prévoit :
« Aux fins du présent règlement, on entend par :
[...]
36) “irrégularité”, toute violation du droit de l’Union ou du droit national relatif à son application résultant d’un acte ou d’une omission d’un opérateur économique participant à la mise en œuvre des [fonds structurels et d’investissement européens (Fonds ESI)], qui a ou aurait pour effet de porter préjudice au budget de l’Union [...] par l’imputation au budget de l’Union d’une dépense indue ».
Le règlement (UE) no 232/2014
7 Le règlement (UE) no 232/2014 du Parlement européen et du Conseil, du 11 mars 2014, instituant un instrument européen de voisinage (JO 2014, L 77, p. 27), énonçait, à ses considérants 9 et 14 :
« (9) En outre, il est important de favoriser et de faciliter la coopération entre l’Union [européenne] et ses partenaires et d’autres pays participants dans leur intérêt commun, en particulier par la coordination la meilleure et la plus efficace possible des ressources fournies et par la mise en commun de contributions provenant des instruments internes et externes du budget de l’Union, en particulier en faveur de la coopération transfrontalière et de projets de coopération régionale, de projets d’infrastructures présentant un intérêt pour l’Union et concernant des pays voisins, et d’autres domaines de coopération.
[...]
(14) L’Union devrait s’employer à utiliser les ressources disponibles de la manière la plus efficace possible, afin d’optimiser l’impact de son action extérieure. Pour ce faire, il faudrait assurer une cohérence et une complémentarité entre les instruments de l’Union pour l’action extérieure et créer des synergies entre l’[Instrument européen de voisinage (IEV)], d’autres instruments de l’Union pour le financement de l’action extérieure et les autres politiques de l’Union. Cela devrait, en outre, se traduire par un renforcement mutuel des programmes élaborés dans le cadre des instruments pour le financement de l’action extérieure. »
8 L’article 7 de ce règlement, intitulé « Programmation et allocation indicative de fonds pour les programmes nationaux et plurinationaux indicatifs », prévoyait, à son paragraphe 7 :
« Lorsqu’il est nécessaire de mettre en œuvre les mesures concernées de manière plus efficace, dans l’intérêt commun de l’Union et des pays partenaires, dans des domaines tels que la coopération et les interconnexions transnationales, le financement accordé en vertu du présent règlement peut être regroupé avec un financement au titre d’autres règlements pertinents de l’Union. Dans ce cas, la Commission [européenne] décide de l’ensemble unique de règles à appliquer pour la mise en œuvre. »
9 L’article 9 dudit règlement, intitulé « Programmation et allocation de fonds pour la coopération transfrontalière », disposait, à son paragraphe 2 :
« Les programmes opérationnels conjoints sont cofinancés par le [Fonds européen de développement régional (FEDER)]. Le montant global de la contribution du FEDER est déterminé conformément à l’article 4, paragraphe 4, du règlement (UE) no 1299/2013 [du Parlement européen et du Conseil, du 17 décembre 2013, portant dispositions particulières relatives à la contribution du Fonds européen de développement régional à l’objectif “Coopération territoriale européenne” (JO 2013, L 347, p. 259)]. Le présent règlement s’applique à l’utilisation de cette contribution. »
Le règlement (UE) no 236/2014
10 Le considérant 8 du règlement (UE) no 236/2014 du Parlement européen et du Conseil, du 11 mars 2014, énonçant des règles et des modalités communes pour la mise en œuvre des instruments de l’Union pour le financement de l’action extérieure (JO 2014, L 77, p. 95), énonçait :
« L’Union devrait chercher à utiliser les ressources disponibles avec un maximum d’efficacité afin d’optimiser l’impact de son action extérieure. Pour ce faire, il faudrait assurer une cohérence et une complémentarité entre les instruments pour l’action extérieure de l’Union et créer des synergies entre les instruments et les autres politiques de l’Union. Cela devrait en outre se traduire par un renforcement mutuel des programmes élaborés dans le cadre de ces instruments et, le cas échéant, le recours aux instruments financiers qui ont un effet de levier. »
Le règlement d’exécution no 897/2014
11 Le considérant 12 du règlement d’exécution no 897/2014 énonce :
« Les programmes étant habituellement mis en œuvre dans le cadre d’une gestion partagée, il y a lieu que les systèmes de gestion et de contrôle soient conformes aux règles de l’Union, notamment au règlement (UE, Euratom) no 966/2012 du Parlement européen et du Conseil[, du 25 octobre 2012, relatif aux règles financières applicables au budget général de l’Union et abrogeant le règlement (CE, Euratom) no 1605/2002 du Conseil (JO 2012, L 298, p. 1)] et au règlement délégué (UE) no 1268/2012 de la Commission[, du 29 octobre 2012, relatif aux règles d’application du règlement (UE, Euratom) no 966/2012 du Parlement européen et du Conseil relatif aux règles financières applicables au budget général de l’Union (JO 2012, L 362, p. 1)], ainsi qu’au règlement [no 2988/95]. Il convient que la Commission veille à ce que les fonds de l’Union soient utilisés conformément aux règles applicables durant la mise en œuvre des programmes. »
12 L’article 2 de ce règlement d’exécution, intitulé « Définitions », prévoit :
« Aux fins du présent règlement, on entend par :
[...]
m) “irrégularités”, toute violation d’une convention de financement, d’un contrat ou de la législation applicable, résultant d’un acte ou d’une omission d’un opérateur économique participant à la mise en œuvre du programme, qui a ou aurait pour effet de porter préjudice au budget de l’Union par l’imputation à celui-ci d’une dépense indue ».
13 L’article 31 dudit règlement d’exécution, intitulé « Autorités nationales et responsabilité des pays participants », dispose, à ses paragraphes 1 et 3 :
« 1. L’autorité nationale désignée conformément à l’article 20, paragraphe 6, point a), est notamment chargée des missions suivantes :
a) elle est responsable de la mise en place et du bon fonctionnement des systèmes de gestion et de contrôle au niveau national ;
[...]
3. Les pays participants préviennent, détectent et corrigent les irrégularités, notamment la fraude, et procèdent, conformément à l’article 74, au recouvrement des montants indûment versés, éventuellement majorés d’intérêts de retard, sur leur territoire. Ils notifient sans délai ces irrégularités à l’autorité de gestion et à la Commission et les tiennent informées de l’évolution des procédures administratives et judiciaires y afférentes. »
14 Le titre VII du même règlement d’exécution comporte un chapitre 4 dans lequel figure une section 1, intitulée « Passation des marchés », qui comprend l’article 52, intitulé « Règles applicables », lequel dispose :
« 1. Lorsque la mise en œuvre d’un projet exige d’un bénéficiaire qu’il passe des marchés de fournitures, de travaux ou de services, les règles suivantes s’appliquent :
a) lorsque le bénéficiaire est un pouvoir adjudicateur ou une entité adjudicatrice au sens de la législation de l’Union applicable aux procédures de passation de marchés, il peut appliquer les dispositions législatives, réglementaires et administratives nationales adoptées en liaison avec la législation de l’Union ou les règles énoncées au paragraphe 2 ;
[...]
2. Dans tous les autres cas, les obligations suivantes sont respectées :
a) le marché est attribué à l’offre économiquement la plus avantageuse ou, selon le cas, à l’offre présentant le prix le plus bas, tout en évitant les conflits d’intérêts ;
b) pour les marchés d’une valeur supérieure à 60 000 [euros], les règles suivantes s’appliquent également :
[...]
3. Dans tous les cas, les règles de nationalité et d’origine définies aux articles 8 et 9 du règlement [no 236/2014] s’appliquent. »
15 L’article 71 du règlement d’exécution no 897/2014, intitulé « Corrections financières effectuées par l’autorité de gestion », prévoit, à son paragraphe 1 :
« Il incombe en premier ressort à l’autorité de gestion de prévenir et de rechercher les irrégularités, de procéder aux corrections financières requises et d’engager des procédures de recouvrement. En cas d’irrégularité systémique, l’autorité de gestion étend ses investigations à toutes les opérations susceptibles d’être affectées.
L’autorité de gestion procède aux corrections financières requises en rapport avec les irrégularités individuelles ou systémiques qui ont été relevées dans les projets, l’assistance technique ou le programme. Les corrections financières consistent en l’annulation de tout ou partie de la contribution de l’Union à un projet ou à l’assistance technique. L’autorité de gestion tient compte de la nature et de la gravité des irrégularités, ainsi que de la perte financière qui en résulte, et applique une correction financière proportionnée. Elle inscrit les corrections financières dans les comptes annuels de l’exercice comptable au cours duquel l’annulation a été décidée. »
16 L’article 74 de ce règlement d’exécution, intitulé « Responsabilités financières et recouvrements », est libellé comme suit, à son paragraphe 1 :
« L’autorité de gestion est chargée de procéder au recouvrement des montants indûment versés. »
La directive 2014/24/UE
17 La directive 2014/24/UE du Parlement européen et du Conseil, du 26 février 2014, sur la passation des marchés publics et abrogeant la directive 2004/18/CE (JO 2014, L 94, p. 65), contient un article 72, intitulé « Modification de marchés en cours », qui dispose, à ses paragraphes 1, 2 et 4 :
« 1. Les marchés et les accords-cadres peuvent être modifiés sans nouvelle procédure de passation de marché conformément à la présente directive dans l’un des cas suivants :
a) lorsque les modifications, quelle que soit leur valeur monétaire, ont été prévues dans les documents de marchés initiaux sous la forme de clauses de réexamen, dont des clauses de révision du prix ou d’options claires, précises et univoques. Ces clauses indiquent le champ d’application et la nature des éventuelles modifications ou options ainsi que les conditions dans lesquelles il peut en être fait usage. Elles ne permettent pas de modifications ou d’options qui changeraient la nature globale du marché ou de l’accord-cadre ;
b) pour les travaux, services ou fournitures supplémentaires du contractant principal qui sont devenus nécessaires et ne figuraient pas dans le marché initial, lorsqu’un changement de contractant :
[...]
c) lorsque toutes les conditions suivantes sont remplies :
[...]
ii) la modification ne change pas la nature globale du marché ;
iii) toute augmentation de prix n’est pas supérieure à 50 % de la valeur du marché ou de l’accord-cadre initial. [...]
[...]
2. En outre, et sans qu’il soit besoin de vérifier si les conditions énoncées au paragraphe 4, points a) à d), sont remplies, les marchés peuvent également être modifiés sans qu’une nouvelle procédure de passation de marché conformément à la présente directive ne soit nécessaire lorsque la valeur de la modification est inférieure aux deux valeurs suivantes :
i) les seuils fixés à l’article 4 ; et
ii) 10 % de la valeur initiale pour les marchés de services et de fournitures et 15 % de la valeur du marché initial pour les marchés de travaux.
Toutefois, la modification ne peut pas changer la nature globale du marché ou de l’accord-cadre. [...]
4. Une modification d’un marché ou d’un accord-cadre en cours est considérée comme substantielle au sens du paragraphe 1, point e), lorsqu’elle rend le marché ou l’accord-cadre sensiblement différent par nature de celui conclu au départ. En tout état de cause, sans préjudice des paragraphes 1 et 2, une modification est considérée comme substantielle lorsqu’une au moins des conditions suivantes est remplie :
a) elle introduit des conditions qui, si elles avaient été incluses dans la procédure initiale de passation de marché, auraient permis l’admission d’autres candidats que ceux retenus initialement ou l’acceptation d’une offre autre que celle initialement acceptée ou auraient attiré davantage de participants à la procédure de passation de marché ;
b) elle modifie l’équilibre économique du marché ou de l’accord-cadre en faveur du contractant d’une manière qui n’était pas prévue dans le marché ou l’accord-cadre initial ;
[...] »
Le règlement 2018/1046
18 L’article 33 du règlement 2018/1046, intitulé « Performance et principes d’économie, d’efficience et d’efficacité », prévoyait, à son paragraphe 1 :
« Les crédits sont utilisés conformément au principe de bonne gestion financière et sont ainsi exécutés dans le respect des principes suivants :
a) le principe d’économie, qui prescrit que les moyens mis en œuvre par l’institution de l’Union concernée dans le cadre de la réalisation de ses activités sont rendus disponibles en temps utile, dans les quantités et qualités appropriées et au meilleur prix ;
b) le principe d’efficience, qui vise le meilleur rapport entre les moyens mis en œuvre, les activités entreprises et la réalisation des objectifs ;
c) le principe d’efficacité, qui détermine dans quelle mesure les objectifs poursuivis sont atteints au moyen des activités entreprises. »
19 L’article 36 de ce règlement, intitulé « Contrôle interne de l’exécution budgétaire », disposait, à son paragraphe 1 :
« Dans le respect du principe de bonne gestion financière, le budget est exécuté selon le principe d’un contrôle interne efficace et efficient, approprié à chaque mode d’exécution et conformément à la réglementation sectorielle pertinente. »
20 L’article 63 dudit règlement, intitulé « Gestion partagée avec les États membres », prévoyait, à son paragraphe 2 :
« Lorsqu’ils effectuent des tâches liées à l’exécution budgétaire, les États membres prennent toutes les mesures législatives, réglementaires et administratives qui sont nécessaires à la protection des intérêts financiers de l’Union, à savoir :
[...]
c) prévenir, détecter et corriger les irrégularités et la fraude ;
[...]
Les États membres imposent des sanctions effectives, dissuasives et proportionnées aux destinataires lorsque la réglementation sectorielle ou des dispositions spécifiques du droit national le prévoient.
[...] »
Le droit bulgare
Le ZUSEFSU
21 L’article 70 du Zakon za upravlenie na sredstvata ot evropeyskite fondove pri spodeleno upravlenie (loi relative à la gestion des ressources issues des fonds européens en gestion partagée) (DV no 101, du 22 décembre 2015), dans sa version applicable aux faits du litige au principal (ci-après le « ZUSEFSU »), prévoit, à son paragraphe 1 :
« Le soutien financier provenant des ressources des fonds européens en gestion partagée peut être annulé en totalité ou en partie en effectuant une correction financière pour les motifs suivants :
[...]
3. pour violation des principes de bonne gestion financière, conformément aux exigences de l’article 33, de l’article 36, paragraphe 1, et de l’article 61 du règlement 2018/1046 ;
[...]
5. aucune piste d’audit et/ou enregistrement analytique des dépenses n’est disponible pour le projet ou une partie de celui-ci dans le système comptable tenu par le bénéficiaire ;
[...]
9. en raison d’une irrégularité constituant une violation des règles de désignation d’un adjudicataire au titre du chapitre quatre, commise par un acte ou une omission du bénéficiaire, qui a ou aurait pour effet de porter préjudice aux fonds européens en gestion partagée. »
22 L’article 73 du ZUSEFSU énonce :
« (1) La correction financière est déterminée quant à son fondement et à son montant par une décision motivée du chef de l’autorité de gestion ayant approuvé le projet.
(2) Avant d’adopter la décision visée au paragraphe 1, l’autorité de gestion doit veiller à ce que le bénéficiaire ait la possibilité de présenter, dans un délai raisonnable, qui ne peut être inférieur à deux semaines, ses objections écrites relatives au fondement et au montant de la correction financière et, le cas échéant, d’y joindre des éléments de preuve.
(3) La décision visée au paragraphe 1 est adoptée dans un délai d’un mois à compter de la présentation des objections visées au paragraphe 2 ; elle est motivée et examine les preuves que le bénéficiaire a présentées et les objections qu’il a soulevées. »
Le ZOP
23 L’article 121 du Zakon za obshtestveni porachki (loi relative aux marchés publics) (DV no 13, du 16 février 2016), dans sa version applicable aux faits du litige au principal (ci-après le « ZOP »), dispose :
« (1) [...] Les pouvoirs adjudicateurs tiennent un dossier pour chaque marché afin d’assurer la traçabilité documentaire (piste d’audit) de toutes leurs actions et décisions, ainsi que des actions des commissions de passation de marchés publics, et ce que les marchés soient ou non passés par voie électronique.
(2) [...] Le dossier contient toutes les décisions, avis, documentations et autres documents complémentaires, explications, invitations, procès-verbaux, rapports finaux de la commission [de passation de marché], offres ou demandes de participation, preuves des mesures prises conformément à l’article 44, paragraphes 3 à 5, une description des raisons pour lesquelles, dans le cadre d’une soumission électronique, des moyens de dépôt de documents autres qu’électroniques sont utilisés. Lorsqu’un contrôle a été effectué par [l’Agentsia po obshtestvenite porachki (Agence des marchés publics)], sont joints l’avis de l’agence et les motifs de l’entité adjudicatrice pour lesquels elle n’a pas suivi des recommandations et, dans les cas visés aux articles 237a et 237b, les rapports sur les travaux des observateurs et le contrôle préalable de la légalité. Le dossier contient le contrat ou l’accord-cadre ainsi que tous les documents relatifs à leur exécution et à leur communication d’informations.
(3) Les pouvoirs adjudicateurs conservent les informations relatives aux contrats lorsqu’ils appliquent les exceptions à la loi. »
24 Le ZOP compte des dispositions complémentaires parmi lesquelles figure un paragraphe 3, qui énonce :
« §3. La présente loi transpose les exigences de :
1. la directive [2014/24] ;
[...] »
25 La Naredba za posochvane na nerednosti, predstavlyavashti osnovaniya za izvarshvane na finansovi korektsii, i protsentnite pokazateli za opredelyane razmera na finansovite korektsii po reda na Zakona za upravlenie na sredstva ot evropeyskite fondove pri spodeleno upravlenie (arrêté relatif à l’identification des irrégularités justifiant l’application de corrections financières et aux pourcentages applicables en vue de déterminer le montant des corrections financières dans le cadre de la loi relative à la gestion des fonds européens en gestion partagée) (DV no 27, du 31 mars 2017), dans sa version applicable aux faits du litige au principal (ci-après la « Naredba »), dispose, à son article 1er :
« Le présent arrêté indique :
1. les cas d’irrégularité constitutifs de violations des règles de désignation d’un contractant au titre du chapitre quatrième du [ZUSEFSU], résultant d’un acte ou d’une omission du bénéficiaire, qui ont ou auraient pour effet de porter préjudice aux ressources des [fonds européens en gestion partagée] et qui constituent des motifs de correction financière au titre de l’article 70, paragraphe 1, point 9, du ZUSEFSU ;
2. les montants minimaux et maximaux des pourcentages de correction financière fixés pour les irrégularités au titre de l’article 70, paragraphe 1, points 1, 3 à 7 et 9, du ZUSEFSU.
[...] »
26 L’article 2 de la Naredba prévoit :
« (1) Les irrégularités au titre de l’article 70, paragraphe 1, point 9, du ZUSEFSU ainsi que les pourcentages de corrections financières applicables à ces irrégularités sont indiqués à l’annexe no 1.
[...]
(3) Les pourcentages de correction financière applicables aux irrégularités au titre de l’article 70, paragraphe 1, points 1, 3 à 7, du ZUSEFSU sont indiqués à l’annexe no 2.
(4) La méthode différentielle est appliquée pour déterminer le montant des corrections financières pour les irrégularités au titre de l’article 70, paragraphe 1, points 2, 8 et 10, du ZUSEFSU. »
27 La Naredba contient des dispositions complémentaires qui sont notamment libellées comme suit :
« §1. La Naredba s’applique également :
[...]
2. aux programmes de coopération territoriale européenne auxquels la République de Bulgarie participe pour la période 2014-2020 ([...], programme de coopération INTERREG V-A Roumanie – Bulgarie, [...], programme opérationnel conjoint de coopération transfrontalière relevant de l’instrument européen de voisinage “Bassin de la mer Noire 2014-2020”). »
28 L’annexe no 1 de la Naredba, à laquelle renvoie l’article 2, paragraphe 1, de celle-ci, comporte un tableau qui prévoit, à son point 16, que « [l]a traçabilité documentaire insuffisante (piste d’audit) pour l’attribution d’un marché public », décrite comme étant constitué par « les documents requis par [le ZOP] dans le dossier des marchés publics [qui] sont insuffisants pour justifier l’attribution du contrat, ce qui entraîne un manque de transparence », conduit à l’application d’un taux de correction de « 25 % ».
29 L’annexe no 2 de la Naredba, à laquelle renvoie l’article 2, paragraphe 3, de celle-ci, comporte un tableau, dont le point 2 indique que la « [v]iolation des principes de bonne gestion financière conformément aux exigences des articles 33, 36, paragraphe 1, et 61 du règlement [2018/1046] » conduit à l’application d’un taux de correction de « 100 % » et que, « [c]onformément au principe de proportionnalité, une correction financière peut être ramenée à 25, 10 ou 5 % lorsque la nature et la gravité de l’infraction individuelle ou systémique ne justifient pas un montant plus élevé. »
Le litige au principal et les questions préjudicielles
30 Le programme opérationnel conjoint de coopération transfrontalière « Bassin de la mer Noire 2014‑2020 » bénéficie d’un financement de l’IEV, du FEDER et de l’Instrument d’aide de préadhésion.
31 Ce programme opérationnel conjoint finance le projet « Promotion des innovations technologiques en matière de surveillance et de modélisation de l’environnement pour l’évaluation des ressources halieutiques et non halieutiques » (ci-après le « projet Timmod »), qui a pour partenaire l’Institut. Ce dernier a conclu, d’une part, un contrat de cofinancement avec le ministère du Développement, de l’Équipement et de l’Administration de la Roumanie et, d’autre part, un contrat de cofinancement, signé le 26 janvier 2021 avec l’autorité nationale. Le paragraphe 1, point 2, des clauses complémentaires de ce dernier contrat reprenait la définition de la notion d’« irrégularité », figurant à l’article 2, sous m), du règlement d’exécution no 897/2014.
32 Dans le cadre de l’exécution du projet Timmod, l’Institut a passé un marché public de service d’une valeur d’environ 10 500 leva bulgares hors TVA (environ 5 000 euros) (ci-après le « contrat de service »). Ce marché a été attribué à Mezhdunaroden chernomorski klub EOOD (ci-après le « contractant »). En vertu de l’article 2 du contrat de service, le contractant s’engageait à produire et à fournir un film dans les délais fixés par le cahier des charges de ce contrat, soit au plus tard pour le 1er mai 2022. L’article 5 dudit contrat stipulait qu’un procès-verbal de réception finale devait être établi pour attester de la bonne exécution du même contrat. L’article 6 du contrat de service prévoyait une clause pénale de telle sorte que, en cas de manquement fautif aux obligations découlant de ce contrat, le contractant était tenu de verser au pouvoir adjudicateur, à savoir l’Institut, une pénalité de 0,1 % par jour de retard, sans que cette pénalité puisse dépasser 20 % de la valeur dudit contrat.
33 À l’issue d’un contrôle administratif, l’autorité nationale a identifié deux irrégularités dans la passation et l’exécution du même contrat, ce qui l’a conduit à adopter, le 5 septembre 2023, une décision imposant deux corrections financières à l’Institut (ci-après la « décision litigieuse »).
34 En premier lieu, l’autorité nationale a constaté que la traçabilité documentaire (piste d’audit) des conditions auxquelles était soumise l’attribution du contrat de service était insuffisante (ci-après la « première irrégularité »). En effet, alors que les documents de marché exigeaient de chaque soumissionnaire qu’il prouve son expérience en fournissant une liste comportant au moins un contrat exécuté au cours des trois années précédant la date de soumission de l’offre qui soit lié à la production de films vidéo (avec indication des montants, dates et destinataires des services exécutés au cours de ces trois dernières années), l’autorité nationale a mis en évidence que le contractant n’avait pas apporté de preuve permettant de conclure à la conformité de sa candidature avec ces exigences de sélection. Cette autorité a ainsi estimé que le contractant ne satisfaisait pas aux exigences minimales fixées dans les documents du marché, ce qui entachait l’attribution du contrat de service d’un manque de transparence et constituait une violation de l’article 2, paragraphe 1, points 2 et 4, ainsi que de l’article 112, paragraphe 1, point 2, du ZOP. Selon ladite autorité, la violation de ces dispositions constituait une « irrégularité », au sens du point 16 de l’annexe no 1 de la Naredba à laquelle renvoie l’article 2, paragraphe 1, de celle-ci, pour laquelle la même autorité a appliqué, conformément à cette disposition, une correction financière de 25 % des dépenses éligibles aux financements de l’Union.
35 En second lieu, l’autorité nationale a constaté que le procès-verbal établissant la réception finale du film vidéo avait été établi le 9 mai 2022, soit avec un retard de huit jours par rapport à la date limite d’exécution indiquée à l’article 2 du contrat de service. En l’absence d’indication dans ce procès-verbal relative à l’imputabilité de ce retard, cette autorité a considéré que celui-ci constituait une violation contractuelle et que l’Institut aurait dû mettre en œuvre la clause pénale prévue à l’article 6 de ce contrat. S’étant abstenu d’appliquer cette clause, l’Institut aurait ainsi engagé des dépenses qui ne seraient pas conformes au budget prévu et aurait violé le principe de bonne gestion financière, au sens de l’article 33, paragraphe 1, du règlement 2018/1046, lequel devait être respecté en vertu de l’article 1er, paragraphe 1.5, du contrat de cofinancement signé, le 26 janvier 2021, entre l’Institut et cette autorité. Partant, ladite autorité a conclu que cette violation constituait une « irrégularité », au sens du point 2 de l’annexe no 2 de la Naredba, à laquelle renvoie l’article 2, paragraphe 3, de celle-ci, lu en combinaison avec l’article 70, paragraphe 1, point 3, ZUSEFSU (ci-après la « seconde irrégularité »), pour laquelle elle a appliqué une correction financière, calculée selon la méthode différentielle prévue par le contrat de service et s’élevant à 84 leva bulgares (environ 40 euros) sur les dépenses éligibles aux financements de l’Union.
36 L’Institut conteste la décision litigieuse devant l’Administrativen sad Varna (tribunal administratif de Varna, Bulgarie), qui est la juridiction de renvoi. Cette juridiction éprouve des doutes de cinq ordres.
37 Premièrement, elle s’interroge sur le cadre juridique applicable au litige dont elle est saisie en se demandant si est applicable le règlement d’exécution no 897/2014, qui comporte des dispositions en matière de marchés publics, ou le ZOP, qui est la réglementation nationale relative aux marchés publics qui a transposé la directive 2014/24, dès lors que ces deux réglementations contiennent de telles dispositions.
38 Deuxièmement, la juridiction de renvoi s’interroge sur la notion d’« irrégularité », qui figure dans des termes analogues mais non identiques, d’une part, à l’article 2, point 36, du règlement no 1303/2013 et, d’autre part, à l’article 2, sous m), du règlement d’exécution no 897/2014. Alors que la décision litigieuse se référerait à la première de ces dispositions, la juridiction de renvoi estime qu’il serait également envisageable d’appliquer la seconde qui figure dans le contrat de cofinancement, signé le 26 janvier 2021, par l’Institut avec l’autorité nationale. Par ailleurs, elle s’interroge sur le point de savoir si un retard de huit jours dans l’exécution de la prestation due au titre du contrat de service est susceptible de constituer une « violation du droit national », au sens de l’article 2, point 36, du règlement no 1303/2013, alors qu’il n’est pas contesté que le service a bien été fourni par le contractant à l’Institut, que ce dernier l’a transmis au chef de file du projet Timmod en Roumanie et que le film vidéo réalisé est utilisé par le programme.
39 Troisièmement, la juridiction de renvoi éprouve des doutes quant au respect, par l’autorité nationale, de l’article 41, paragraphe 2, sous c), de la Charte, selon lequel toute personne a « droit à une bonne administration ». Tout d’abord, il ressortirait du contenu de la décision litigieuse que cette autorité a constaté une irrégularité commise par l’Institut en se bornant à invoquer la violation de l’article 33, paragraphe 1, du règlement 2018/1046, sans exposer plus concrètement les faits constitutifs de cette violation ni expliciter les raisons pour lesquelles ladite violation aurait porté atteinte à chacun des principes d’économie, d’efficience et d’efficacité énoncés dans cette disposition ainsi que son incidence sur le budget de l’Union. Ensuite, ladite autorité n’aurait pas exposé les raisons pour lesquelles elle a examiné les éléments constitutifs d’une telle irrégularité au regard de la définition de cette notion qui figure à l’article 2, point 36, du règlement no 1303/2013, et non au regard de celle ressortant du règlement d’exécution no 897/2014. Enfin, la même autorité n’aurait pas davantage exposé les considérations précises au vu desquelles elle a appliqué le taux de correction financière de 25 % retenu pour calculer la « sanction » correspondant à la première irrégularité.
40 Quatrièmement, la juridiction de renvoi observe qu’il ne ressort ni de l’article 2 du règlement no 2988/95, ni du règlement no 232/2014, ni du règlement d’exécution no 897/2014, ni du règlement 2018/1046 que le législateur de l’Union a adopté des dispositions spécifiques déléguant aux États membres la compétence pour fixer le niveau des sanctions applicables aux irrégularités constatées dans la mise en œuvre des projets relevant de l’IEV. En l’absence d’une telle délégation aux États membres, cette juridiction doute qu’un État membre puisse prévoir, dans sa réglementation nationale, des dispositions fixant le niveau des sanctions pouvant être infligées aux bénéficiaires de tels projets.
41 Enfin, cinquièmement, ladite juridiction éprouve des doutes quant à la proportionnalité des deux « sanctions » infligées, au regard de l’article 63, paragraphe 2, troisième alinéa, du règlement 2018/1046 ainsi que des arrêts du 22 mars 2017, Euro-Team et Spirál-Gép (C‑497/15 et C‑498/15, EU:C:2017:229), et du 4 octobre 2018, Link Logistik N&N (C‑384/17, EU:C:2018:810). Plus particulièrement, pour déterminer le montant des sanctions, l’autorité nationale n’aurait pas dûment tenu compte, d’une part, du fait qu’elle n’avait contesté ni l’exécution du contrat de service, ni la remise du film vidéo au chef de file du projet Timmod et, d’autre part, de l’absence de remarque de ce dernier quant à une exécution défectueuse ou hors des délais indiqués dans le contrat de service.
42 Dans ces conditions, l’Administrativen sad Varna (tribunal administratif de Varna) a décidé de surseoir à statuer et de poser à la Cour les questions préjudicielles suivantes :
« 1) À la lumière du considérant 12 et de la section 1, intitulée “Passation de marchés”, du règlement d’exécution [no 897/2014], est-il possible de considérer comme licite une pratique de l’autorité nationale, telle que celle en cause au principal, consistant, lors du contrôle, à exiger du bénéficiaire qu’il présente des preuves de la capacité de l’adjudicataire à exécuter le marché public, conformément à la législation nationale, à savoir l’article 121 de la [loi sur les marchés publics], sans appliquer les règles de passation des marchés publics prévues par ledit règlement ?
2) Est-il possible de considérer comme licite une pratique de l’autorité nationale, telle que celle en cause dans la présente affaire, consistant – alors qu’il existe une définition légale de [la notion d’]“irrégularité”, figurant à l’article 2, sous m), du règlement d’exécution no 897/2014, applicable [au] Programme opérationnel commun de coopération transfrontalière “[B]assin de la mer Noire 2014‑2020” au titre de [l’IEV], qui est également la définition indiquée pour [la notion d’]“irrégularité” dans le contrat conclu entre le [pouvoir adjudicateur et le chef de file], en exécution du contrat entre l’autorité de gestion et le bénéficiaire (le pouvoir adjudicateur) – à prendre en considération la définition légale de [la notion d’]“irrégularité” donnée à l’article 2, point 36, du règlement [no 1303/2013] et non les éléments constitutifs d’une “irrégularité” prévus à l’article 2, sous m), du règlement d’exécution no 897/2014 ?
En cas de réponse affirmative à cette question, comment convient-il alors d’interpréter la notion d’“irrégularité”, au sens de l’article 2, point 36, du règlement no 1303/2013, et, concrètement, convient-il de considérer comme une violation du droit national l’exécution avec un retard de 8 jours dans la fourniture du service prévu dans le contrat ayant pour objet la “Réalisation d’un film vidéo dans le cadre du projet Timmod”, dès lors que, après que le contractant a livré la prestation au bénéficiaire, ce dernier l’a transmise au chef de file en Roumanie et que le film vidéo réalisé est utilisé par le programme, en d’autres termes, le retard dans l’exécution convenue entre le bénéficiaire et le contractant constitue-t-il une telle violation qui peut être qualifiée, conformément à l’article 2, point 36, du règlement no 1303/2013, de violation du droit national et, à cet égard, la dépense engagée par le bénéficiaire pour effectuer le paiement au contractant au titre du contrat par le bénéficiaire du contrat, sans faire de retenue de 84 BGN (10 500 BGN x 0,1 % = 10,5 BGN par jour x 8 jours = 84 BGN) sur le montant versé, constitue-t-elle une dépense indue pour le budget de l’Union ?
3) À la lumière de l’article 41 de la Charte, convient-il de considérer comme licite une pratique d’une autorité nationale, telle que celle en cause en l’espèce, consistant, dans les motifs de la décision imposant des sanctions pour l’irrégularité commise par le bénéficiaire : 1. à indiquer seulement la règle de droit de l’Union violée [l’article 33, paragraphe 1, du règlement 2018/1046], sans indiquer en quoi consiste précisément la violation de cette règle, ni en quoi cette violation porte atteinte à chacun des principes d’économie, d’efficience et d’efficacité énoncés dans la norme, ni en quoi l’atteinte à ces principes porte préjudice au budget de l’Union ; 2. à ne pas exposer de considérations expliquant pourquoi l’autorité nationale a pris en considération les éléments constitutifs d’une irrégularité, conformément à la définition de cette notion donnée à l’article 2, point 36, du règlement no 1303/2013 et non à celle donnée à l’article 2, sous m), du règlement applicable, à savoir le règlement d’exécution no 897/2014 ; et 3. à ne pas exposer de considérations précises concernant le pourcentage retenu pour la sanction [25 % du montant du contrat] ?
4) À la lumière des dispositions de l’article 2, paragraphes 2 et 3, du règlement no 2988/95, pour réglementer au niveau national la sanction administrative, la nature et la portée, ainsi que le type et la gravité de l’irrégularité à laquelle cette sanction s’applique, doivent-ils être déterminés au préalable par le droit de l’Union et les États membres sont-ils tenus, lorsqu’ils réglementent les mesures et les sanctions en droit national, de prendre en considération ou d’indiquer l’acte [de l’Union] qui les prévoit ? Les dispositions combinées de l’article 31, paragraphe 3, et de l’article 74 du règlement d’exécution no 897/2014 doivent-elles être interprétées comme comportant une délégation de compétence aux États membres pour adopter des dispositions relatives au niveau des sanctions pouvant être infligées aux bénéficiaires des projets relevant de l’instrument européen de voisinage ?
5) À la lumière de l’article 63, paragraphe 2, [troisième alinéa], du règlement 2018/1046, selon lequel “[l]es États membres imposent des sanctions effectives, dissuasives et proportionnées aux destinataires lorsque la réglementation sectorielle ou des dispositions spécifiques du droit national le prévoient”, convient-il de considérer comme licite le montant des sanctions, telles que celles en cause au principal, à savoir une sanction d’un montant de 84 BGN (pour une retenue non effectuée du même montant, pour un retard de 8 jours d’exécution sur le montant versé par le bénéficiaire au contractant) et une sanction de 25 % sur 10 500 BGN, c’est-à-dire sur la valeur des fonds éligibles au titre du contrat conclu entre le bénéficiaire et le contractant (pour violation des principes de bonne gestion financière, conformément aux exigences de l’article 33, de l’article 36, paragraphe 1, et de l’article 61 du règlement 2018/1046) ? »
Sur les questions préjudicielles
Sur la première question
43 À titre liminaire, il y a lieu de rappeler que, selon une jurisprudence constante, dans le cadre de la procédure de coopération entre les juridictions nationales et la Cour, instituée à l’article 267 TFUE, il appartient à celle-ci de donner au juge national une réponse utile qui lui permette de trancher le litige dont il est saisi. Dans cette optique, il incombe, le cas échéant, à la Cour de reformuler les questions qui lui sont soumises (arrêts du 29 novembre 1978, Redmond, 83/78, EU:C:1978:214, point 26, et du 29 avril 2021, Granarolo, C‑617/19, EU:C:2021:338, point 32).
44 À cet égard, la circonstance qu’une juridiction de renvoi a, sur un plan formel, formulé sa demande de décision préjudicielle en se référant à certaines dispositions du droit de l’Union ne fait pas obstacle à ce que la Cour fournisse à cette juridiction tous les éléments d’interprétation qui peuvent être utiles au jugement de l’affaire dont elle est saisie, qu’elle y ait fait ou non référence dans l’énoncé de ses questions. Il appartient, à cet égard, à la Cour d’extraire de l’ensemble des éléments fournis par la juridiction nationale, et notamment de la motivation de la décision de renvoi, les éléments du droit de l’Union qui appellent une interprétation compte tenu de l’objet du litige (arrêts du 29 novembre 1978, Redmond, 83/78, EU:C:1978:214, point 26, et du 29 avril 2021, Granarolo, C‑617/19, EU:C:2021:338, point 33).
45 En l’occurrence, le litige au principal porte, en substance, sur la légalité d’une décision adoptée par l’autorité nationale et imposant deux corrections financières au bénéficiaire d’un projet financé par le programme opérationnel commun de coopération transfrontalière « Bassin de la mer Noire 2014-2020 » au titre de l’IEV, en raison d’irrégularités constatées par cette autorité dans la passation d’un marché public de service et son exécution. À cet égard, bien que, par sa première question posée, la juridiction de renvoi se réfère au considérant 12 et à la section 1, intitulée « Passation de marchés », du chapitre 4 du titre VII, lui-même intitulé « Projets », du règlement d’exécution no 897/2014, il y a lieu de considérer que cette juridiction s’interroge plus particulièrement sur les règles applicables à la passation de marchés qui sont exposées à l’article 52 de ce règlement d’exécution.
46 Eu égard à ce qui précède, il y a lieu de considérer que, par sa première question, la juridiction de renvoi demande, en substance, si l’article 52 du règlement d’exécution no 897/2014 doit être interprété en ce sens qu’il s’oppose à ce qu’une réglementation nationale transposant la directive 2014/24 prévoit que, dans le cadre d’un contrôle portant sur un projet financé par un programme opérationnel conjoint au titre de l’IEV, l’autorité chargée de ce contrôle puisse exiger du bénéficiaire de ce projet qu’il fournisse la preuve de la compétence et de l’expérience de l’adjudicataire auquel il a attribué un marché public de service.
47 À cet égard, il ressort de l’article 52, paragraphe 1, sous a), du règlement d’exécution no 897/2014 que, lorsque le bénéficiaire d’un contrat de subvention conclu dans le cadre d’un programme opérationnel conjoint est un pouvoir adjudicateur, il peut appliquer les dispositions législatives, réglementaires et administratives nationales adoptées en combinaison avec la législation de l’Union ou les règles énoncées au paragraphe 2 de cet article 52.
48 À cet égard, il importe, tout d’abord, de relever que l’article 52, paragraphe 2, sous b), dudit règlement d’exécution énumère un ensemble de règles à respecter pour les marchés d’une valeur supérieure à 60 000 euros. Toutefois, en l’occurrence, cette disposition n’est pas applicable dès lors que le marché de service en cause au principal a une valeur de 10 500 levas bulgares (environ 5 000 euros).
49 Ensuite, il importe de relever que l’article 52, paragraphe 2, sous a), du même règlement d’exécution se borne à exiger que, dans les cas autres que ceux visés au paragraphe 1 de cet article 52, le marché est attribué à l’offre économiquement la plus avantageuse ou, selon le cas, à l’offre présentant le prix le plus bas, tout en évitant les conflits d’intérêts.
50 Enfin, l’article 52, paragraphe 3, du règlement d’exécution no 897/2014 se limite à renvoyer aux règles de nationalité et d’origine définies aux articles 8 et 9 du règlement no 236/2014.
51 Il s’ensuit que ce règlement d’exécution ne comporte aucune disposition de nature à s’opposer à ce qu’une autorité chargée du contrôle d’un projet financé par un programme opérationnel conjoint au titre de l’IEV puisse exiger du bénéficiaire de ce projet la preuve de la compétence et de l’expérience de l’adjudicataire, comme l’exige le ZOP, qui transpose la directive 2014/24.
52 Au demeurant, cette interprétation est confortée par le fait que, ainsi que l’ont souligné le gouvernement bulgare et la Commission, le ZOP s’applique à toutes les procédures de passation de marchés publics subventionnées par des fonds européens, indépendamment de la valeur des marchés (voir, en ce sens, arrêt du 31 mars 2022, Smetna palata na Republika Bulgaria, C‑195/21, EU:C:2022:239, points 44 et 45).
53 Il découle des considérations qui précèdent que l’article 52 du règlement d’exécution no 897/2014 doit être interprété en ce sens qu’il ne s’oppose pas à ce qu’une réglementation nationale transposant la directive 2014/24 prévoie que, dans le cadre d’un contrôle portant sur un projet financé par un programme opérationnel conjoint au titre de l’IEV, l’autorité chargée de ce contrôle puisse exiger du bénéficiaire de ce projet qu’il fournisse la preuve de la compétence et de l’expérience de l’adjudicataire auquel il a attribué un marché public de service.
Sur la deuxième question
54 Par sa deuxième question, la juridiction de renvoi demande, en substance, si l’article 2, sous m), du règlement d’exécution no 897/2014 et l’article 2, point 36, du règlement no 1303/2013 doivent être interprétés en ce sens que sont susceptibles de constituer des irrégularités, au sens de ces dispositions, d’une part, l’exécution tardive d’une prestation de service par rapport à la date prévue dans un contrat passé entre un pouvoir adjudicateur, bénéficiaire d’un projet financé par un programme opérationnel conjoint au titre de l’IEV, et un adjudicataire désigné au terme d’une procédure de passation de marché public, ainsi que, d’autre part, l’absence de mise en œuvre d’une clause pénale de nature contractuelle par ce bénéficiaire en réaction à cette exécution tardive.
55 Il importe, dans un premier temps, de déterminer si la notion d’« irrégularité » applicable est celle qui est définie à l’article 2, sous m), du règlement d’exécution no 897/2014 ou celle qui figure à l’article 2, point 36, du règlement no 1303/2013, avant, dans un second temps, d’examiner si un retard dans l’exécution d’un contrat et l’absence de mise en œuvre d’une clause pénale en réaction à ce retard sont des comportements susceptibles de relever de cette notion.
56 En premier lieu, afin de déterminer la notion d’« irrégularité » applicable, il convient de se référer au contexte dans lequel s’inscrivent les dispositions mentionnées au point précédent du présent arrêt.
57 À cet égard, l’article 7, paragraphe 7, du règlement no 232/2014 prévoit que le financement accordé en vertu de celui-ci peut être regroupé avec un financement au titre d’autres règlements pertinents de l’Union, auquel cas la Commission décide de l’ensemble unique de règles à appliquer pour la mise en œuvre.
58 L’article 9, paragraphe 2, de ce règlement prévoit que les programmes opérationnels conjoints sont cofinancés par le FEDER et que ledit règlement s’applique à l’utilisation de la contribution du FEDER.
59 Il en découle que, lorsqu’un programme opérationnel conjoint fait l’objet d’un cofinancement par le FEDER, les normes de référence sont celles figurant dans le règlement no 232/2014 ainsi que dans le règlement d’exécution no 897/2014. Il s’ensuit que, dans un tel cas, la notion d’« irrégularité » figurant à l’article 2, sous m), de ce règlement d’exécution est applicable.
60 Cette interprétation est au demeurant confirmée par l’objectif affiché par le législateur de l’Union aux considérants 9 et 14 du règlement no 232/2014, au considérant 8 du règlement no 236/2014 et au considérant 12 du règlement d’exécution no 897/2014, visant à allouer les ressources de l’Union de la manière la plus efficace possible, tout en assurant une cohérence et une complémentarité entre les instruments de l’Union pour l’action extérieure ainsi qu’en créant des synergies entre l’IEV, d’autres instruments de l’Union et les autres politiques de l’Union.
61 En tout état de cause, dès lors que le règlement no 1303/2013 et le règlement d’exécution no 897/2014 font partie d’un même dispositif visant à assurer une bonne gestion des fonds de l’Union ainsi qu’à préserver les intérêts financiers de cette dernière, la notion d’« irrégularité » appelle une interprétation uniforme (voir, en ce sens, arrêt du 26 mai 2016, Județul Neamț et Județul Bacău, C‑260/14 et C‑261/14, EU:C:2016:360, points 34 et 37).
62 En l’occurrence, il découle de ce qui précède que l’autorité nationale était tenue d’évaluer les irrégularités qu’elle avait détectées lors d’un contrôle portant sur un projet financé par le programme opérationnel conjoint de coopération transfrontalière « Bassin de la mer Noire 2014-2020 » au titre de l’IEV, au regard de la notion d’« irrégularité » figurant à l’article 2, sous m), du règlement d’exécution no 897/2014.
63 En second lieu, quant à la question de savoir si l’exécution tardive d’une prestation de service et l’absence de mise en œuvre d’une clause pénale en réaction à ce retard sont susceptibles de relever de la notion d’« irrégularité », au sens de l’article 2, sous m), du règlement d’exécution no 897/2014, il importe de rappeler que, conformément à cette disposition, la violation d’une convention de financement, d’un contrat ou de la législation applicable doit résulter d’un acte ou d’une omission d’un opérateur économique participant à la mise en œuvre du programme qui a ou aurait pour effet de porter préjudice au budget de l’Union par l’imputation à celui-ci d’une dépense indue. L’existence d’une telle irrégularité suppose donc la réunion de trois conditions cumulatives, à savoir une violation du droit applicable, un acte ou une omission d’un opérateur économique à l’origine de cette violation et un préjudice, actuel ou potentiel, porté au budget de l’Union (voir, en ce sens, arrêt du 4 octobre 2024, Obshtina Svishtov, C‑175/23, EU:C:2024:853, point 23 et jurisprudence citée).
64 La juridiction de renvoi éprouve des doutes quant au point de savoir si les première et troisième conditions sont remplies en l’occurrence.
65 S’agissant de la première condition, qui vise la violation d’une convention de financement, d’un contrat ou de la législation applicable, il suffit de constater que ce libellé est particulièrement large au point que cette expression est susceptible de couvrir tant l’exécution tardive d’une prestation due dans le cadre d’un contrat passé au terme d’une procédure de passation de marché public que l’absence de mise en œuvre d’une clause pénale en réaction à ce retard.
66 À ce dernier égard, il ressort du dossier soumis à la Cour que l’autorité nationale a considéré que l’absence de mise en œuvre de la clause pénale comprise dans le contrat de service emportait une violation du principe de bonne gestion financière, au sens de l’article 33, paragraphe 1, du règlement 2018/1046, et, partant, une violation de l’article 1er du contrat de cofinancement, signé le 26 janvier 2021 avec cette autorité, qui consacrait l’obligation de respecter ce principe, en ce que le bénéficiaire aurait octroyé des conditions plus favorables au contractant pour exécuter le service que celles qui avaient été convenues dans ce contrat.
67 Or, dès lors que le principe d’efficacité, qui est l’une des composantes du principe de bonne gestion financière mentionné à l’article 33, paragraphe 1, du règlement 2018/1046, exige que les objectifs poursuivis soient atteints au moyen des activités entreprises, il incombe à la juridiction de renvoi de vérifier si l’absence de mise en œuvre de la clause pénale a pu porter atteinte à la réalisation des objectifs poursuivis par le projet. Elle doit effectuer une telle vérification au regard de l’ensemble des circonstances factuelles du litige en cause au principal, telles que, notamment, le léger retard avec lequel la fourniture du film vidéo a été effectuée et la faculté pour les parties, prévue dans le contrat de service, de proroger le délai d’exécution de ce contrat sur la base d’un accord mutuel, et ce jusqu’à la date limite d’exécution de ce contrat de cofinancement. Ce faisant, il ne saurait être exclu que l’absence de mise en œuvre de la clause pénale constitue une violation d’une convention de financement, d’un contrat ou de la législation applicable, au sens de l’article 2, sous m), du règlement d’exécution no 897/2014.
68 La troisième condition requiert que la violation de la convention de financement, d’un contrat ou de la législation applicable par un opérateur économique « a ou aurait pour effet » de porter préjudice au budget de l’Union par l’imputation à celui-ci d’une dépense indue. À cet égard, il résulte des termes mêmes de l’article 2, sous m), du règlement d’exécution no 897/2014, en particulier de l’expression « aurait pour effet », que, si l’irrégularité, au sens de cette disposition, n’exige pas la démonstration d’une incidence financière précise sur le budget de l’Union, un manquement aux règles applicables constitue une « irrégularité » pour autant que la possibilité que ce manquement ait eu une incidence sur le budget du Fonds concerné ne puisse pas être écartée (voir, en ce sens, arrêt du 4 octobre 2024, Obshtina Svishtov, C‑175/23, EU:C:2024:853, point 26 et jurisprudence citée). Partant, cette disposition s’oppose à ce que toute violation d’une convention de financement, d’un contrat ou de la législation par un opérateur économique soit considérée comme portant automatiquement préjudice au budget de l’Union ou comme étant toujours susceptible de porter préjudice à ce budget, indépendamment des effets d’une telle violation sur ce dernier (voir, en ce sens, arrêt du 4 octobre 2024, Obshtina Svishtov, C‑175/23, EU:C:2024:853, point 27).
69 En l’occurrence, pour déterminer si l’exécution tardive de la prestation de service en cause au principal a eu ou aurait pu avoir une incidence sur le budget du Fonds concerné, il y a lieu de relever qu’il ne saurait être exclu qu’un tel comportement ait eu une incidence sur le budget de l’Union dès lors que cette exécution tardive a privé le bénéficiaire de l’utilisation du film vidéo dès la date d’échéance contractuellement prévue, ce qu’il incombe à la juridiction de renvoi de vérifier.
70 Quant à l’absence de mise en œuvre, par le bénéficiaire, d’une clause pénale pour retard dans l’exécution du contrat de service, il y a lieu de relever, à l’instar de la Commission dans ses observations écrites, qu’il ne saurait être exclu qu’un tel comportement ait eu une incidence financière sur le budget de l’Union. À cet égard, il appartient à la juridiction de renvoi d’examiner si ce comportement implique une modification du marché public par rapport aux conditions initiales indiquées dans l’avis de marché ou dans le cahier des charges, de manière non conforme à l’article 72, paragraphes 1, 2 et 4, de la directive 2014/24, au point que ce comportement changerait la nature globale du marché. Si tel était le cas, la possibilité que ledit comportement ait eu une incidence sur le budget du Fonds concerné ne saurait être écartée.
71 Eu égard à ce qui précède, il convient de répondre à la deuxième question préjudicielle que l’article 2, sous m), du règlement d’exécution no 897/2014 doit être interprété en ce sens que sont susceptibles de constituer des irrégularités, au sens de cette disposition, d’une part, l’exécution tardive d’une prestation de service par rapport à la date prévue dans un contrat passé entre un pouvoir adjudicateur, bénéficiaire d’un projet financé par un programme opérationnel conjoint au titre de l’IEV, et un adjudicataire désigné au terme d’une procédure de passation de marché public, ainsi que, d’autre part, l’absence de mise en œuvre d’une clause pénale de nature contractuelle par ce bénéficiaire en réaction à cette exécution tardive.
Sur la troisième question
72 Par sa troisième question, la juridiction de renvoi demande, en substance, si l’article 41 de la Charte doit être interprété en ce sens qu’il s’oppose à l’adoption, par une autorité chargée du contrôle d’un projet financé par un programme opérationnel conjoint au titre de l’IEV, d’une décision imposant des corrections financières au bénéficiaire de ce projet, en raison d’irrégularités, au sens de l’article 2, point 36, du règlement no 1303/2013, commises par ce bénéficiaire et consistant en la violation de l’article 33, paragraphe 1, du règlement 2018/1046, sans que soient apportés des éléments concrétisant la violation de cette disposition et sans que soit fournie une motivation précise justifiant l’application d’une correction financière forfaitaire correspondant à un taux de 25 % de la valeur du marché.
73 À titre liminaire, ainsi qu’il ressort de la jurisprudence mentionnée au point 44 du présent arrêt, il appartient à la Cour, dans le cadre de la coopération instaurée à l’article 267 TFUE, de fournir au juge national une réponse utile, ce qui peut l’amener, le cas échéant, à reformuler les questions posées.
74 En l’occurrence, bien que la juridiction de renvoi vise dans sa troisième question l’article 41 de la Charte, il ressort de la jurisprudence de la Cour que cette disposition s’adresse non pas aux États membres, mais uniquement aux institutions, aux organes et aux organismes de l’Union, de telle sorte que ladite disposition n’est pas pertinente (voir, en ce sens, arrêt du 8 mai 2019, PI, C‑230/18, EU:C:2019:383, point 56 et jurisprudence citée).
75 Toutefois, dès lors qu’un État membre met en œuvre le droit de l’Union, les exigences du principe de bonne administration, en tant que principe général du droit de l’Union, trouvent à s’appliquer dans le cadre de la procédure conduite par l’autorité nationale compétente (voir, en ce sens, arrêt du 6 mars 2025, Obshtina Veliko Tarnovo et Obshtina Belovo, C‑471/23 et C‑477/23, EU:C:2025:155, point 73).
76 Le droit à une bonne administration comporte l’obligation pour l’administration de motiver ses décisions de façon suffisamment spécifique et concrète pour permettre à l’intéressé de comprendre les raisons de la mesure individuelle lui faisant grief, cette obligation constituant ainsi le corollaire du principe du respect des droits de la défense, principe général du droit de l’Union (voir, en ce sens, arrêt du 8 mai 2019, PI, C‑230/18, EU:C:2019:383, point 57 et jurisprudence citée).
77 C’est à la lumière de ces considérations qu’il y a lieu de comprendre la troisième question posée comme portant sur le point de savoir si le principe général de bonne administration doit être interprété en ce sens qu’il ne s’oppose pas à l’adoption, par une autorité chargée du contrôle d’un projet financé par un programme opérationnel conjoint au titre de l’IEV, d’une décision imposant des corrections financières au bénéficiaire de ce projet, en raison d’irrégularités, au sens de l’article 2, point 36, du règlement no 1303/2013, commises par ce bénéficiaire et consistant en la violation de l’article 33, paragraphe 1, du règlement 2018/1046, sans que soient apportés des éléments concrétisant la violation de cette disposition et sans que soit fournie une motivation précise justifiant l’application d’une correction financière forfaitaire correspondant à un taux de 25 % de la valeur du marché.
78 En premier lieu, en ce qui concerne l’incidence de la référence, dans la décision litigieuse, à la notion d’« irrégularité », au sens de l’article 2, point 36, du règlement no 1303/2013, plutôt qu’à la même notion, telle qu’elle est visée à l’article 2, sous m), du règlement d’exécution no 897/2014, il suffit de relever que, ainsi qu’il a été rappelé au point 61 du présent arrêt, ces deux notions doivent être interprétées de manière uniforme, de telle sorte que cette circonstance n’est pas de nature à priver le bénéficiaire de la possibilité de comprendre les raisons sous-tendant les corrections financières imposées par cette décision.
79 En deuxième lieu, s’agissant du caractère suffisant de la motivation de la décision litigieuse en ce que celle-ci renvoie à la violation du principe de bonne gestion financière mentionné à l’article 33, paragraphe 1, du règlement 2018/1046, sans apporter d’éléments concrétisant cette violation, il y a lieu d’observer que la juridiction de renvoi s’interroge ainsi au regard de la seconde irrégularité, relative à l’absence de mise en œuvre de la clause pénale figurant dans le contrat de service.
80 À cet égard, ainsi qu’il ressort de la décision de renvoi, la décision litigieuse a été adoptée en application de l’article 73 du ZUSEFSU, qui prévoit que l’imposition d’une correction financière est effectuée au moyen d’une décision motivée, au terme d’une procédure qui permet au bénéficiaire de présenter ses objections écrites quant au fondement et au montant de la correction financière envisagée ainsi que de présenter des éléments de preuve au soutien de ses objections. Le paragraphe 3 de cet article ajoute que, dans cette décision, les preuves que le bénéficiaire a présentées et les objections qu’il a soulevées doivent être examinées.
81 Dans ce contexte, bien qu’il appartienne à la juridiction de renvoi d’apprécier concrètement si la décision litigieuse est suffisamment motivée, il ressort de la décision de renvoi que, au cours de la procédure administrative à l’issue de laquelle cette décision a été adoptée, le bénéficiaire a émis des objections et présenté des éléments de preuve visant à contester l’existence de la seconde irrégularité, de telle sorte que la motivation de la décision litigieuse apparaît suffisamment précise et concrète pour permettre au bénéficiaire de comprendre les raisons de la correction lui faisant grief. Au demeurant, il ressort de cette décision, qui a été annexée aux observations du gouvernement bulgare, que l’autorité nationale a considéré que cette irrégularité était née de la prolongation illégale du délai de réception de la vidéo par le bénéficiaire, de telle sorte que les résultats escomptés par le contrat n’auraient pas été atteints et que, par son action, le bénéficiaire aurait globalement violé le principe de bonne gestion financière.
82 En troisième lieu, en ce qui concerne la prétendue insuffisance de motivation relative à l’application d’une correction financière forfaitaire d’un taux de 25 % en raison de la première irrégularité, il y a lieu de relever que la Cour a déjà jugé que les États membres peuvent se fonder sur un barème de taux de correction forfaitaires, lorsqu’il n’est pas possible de déterminer avec précision le montant des dépenses irrégulières imputées aux Fonds de l’Union (voir, en ce sens, arrêt du 4 octobre 2024, Obshtina Svishtov, C‑175/23, EU:C:2024:853, points 28 à 34).
83 Il n’en demeure pas moins que la détermination concrète du montant de la correction à appliquer exige toutefois que les autorités chargées du contrôle de l’utilisation des Fonds de l’Union réalisent un examen individualisé et circonstancié, tenant compte de toutes les circonstances qui caractérisent l’irrégularité constatée et qui sont susceptibles de justifier l’application d’un taux de correction plus important ou plus réduit (voir, en ce sens, arrêt du 14 juillet 2016, Wrocław - Miasto na prawach powiatu, C‑406/14, EU:C:2016:562, point 49). Cet examen incombe à la juridiction de renvoi.
84 Eu égard aux motifs qui précèdent, il y a lieu de répondre à la troisième question posée que le principe général de bonne administration doit être interprété en ce sens qu’il s’oppose à l’adoption, par une autorité chargée du contrôle d’un projet financé par un programme opérationnel conjoint au titre de l’IEV, d’une décision imposant des corrections financières au bénéficiaire de ce projet, en raison d’irrégularités, au sens de l’article 2, point 36, du règlement no 1303/2013, commises par ce bénéficiaire et consistant en la violation de l’article 33, paragraphe 1, du règlement 2018/1046, sans que soient apportés des éléments concrétisant la violation de cette disposition et sans que soit fournie une motivation précise justifiant l’application d’une correction financière forfaitaire correspondant à un taux de 25 % de la valeur du marché.
Sur la quatrième question
85 Par sa quatrième question, la juridiction de renvoi demande, en substance, si l’article 2, paragraphes 2 et 3, du règlement no 2988/95, lu en combinaison avec l’article 31, paragraphe 3, et l’article 74 du règlement d’exécution no 897/2014, doit être interprété en ce sens qu’il appartient aux États membres d’établir un régime de sanctions pouvant être appliquées aux bénéficiaires de projets financés par l’IEV.
86 À titre liminaire, il y a lieu de relever que la juridiction de renvoi part de la prémisse que des corrections financières telles que celles en cause dans le litige au principal constituent des sanctions administratives, au sens de l’article 2, paragraphe 2, et de l’article 5 du règlement no 2988/95. En vertu de la première de ces dispositions, aucune sanction administrative ne peut être prononcée tant qu’un acte de l’Union antérieur à l’irrégularité ne l’a pas instaurée. La seconde de ces dispositions énumère, quant à elle, les irrégularités intentionnelles ou causées par négligence pouvant conduire à des sanctions administratives.
87 Toutefois, comme le prévoit l’article 4, paragraphe 4, de ce règlement, une mesure administrative n’est pas considérée comme une sanction.
88 En effet, il ressort d’une jurisprudence bien établie qu’une correction financière, en tant qu’elle vise au retrait d’un avantage indûment obtenu, ne constitue pas une « sanction administrative » exigeant une base légale claire et non ambigüe, distincte du règlement no 2988/95, mais constitue une « mesure administrative », au sens de l’article 4 de ce règlement, au moyen de laquelle sont tirées les conséquences de la constatation que les conditions requises pour l’obtention de cet avantage résultant de la réglementation de l’Union ne sont pas réunies. L’obligation de restituer l’avantage indu constitue donc non pas une sanction, mais une conséquence du non-respect des conditions prévues par la loi et n’est pas soumise au principe selon lequel les infractions et sanctions doivent être déterminées au préalable par le droit de l’Union (voir, en ce sens, arrêt du 13 décembre 2012, FranceAgriMer, C‑670/11, EU:C:2012:807, points 64 et 65 ainsi que jurisprudence citée).
89 En l’occurrence, il y a lieu d’observer, à l’instar du gouvernement bulgare et de la Commission, que les corrections financières imposées au bénéficiaire ont été adoptées sur la base notamment des articles 70 et 73 du ZUSEFSU ainsi que du paragraphe 1, point 2, des dispositions complémentaires de la Naredba, qui sont autant de dispositions relatives non pas à des sanctions ou à des amendes administratives mais à des corrections financières.
90 Toutefois, afin de répondre de la manière la plus complète à l’interrogation de la juridiction de renvoi portant sur le point de savoir si un État membre peut, sur le fondement de l’article 31, paragraphe 3, et de l’article 74 du règlement d’exécution no 897/2014, adopter des mesures visant à appliquer des corrections financières à des bénéficiaires de projets relevant d’un programme financé par l’IEV, il convient d’ajouter que le règlement no 2988/95 se borne à établir des règles générales de contrôles et de sanctions dans un but de protection des intérêts financiers de l’Union. La Cour a ainsi jugé que c’est donc sur le fondement d’autres dispositions, à savoir, le cas échéant, sur le fondement de dispositions sectorielles, que doit s’effectuer une récupération de fonds mal employés (voir, en ce sens, arrêt du 18 décembre 2014, Somvao, C‑599/13, EU:C:2014:2462, point 37 et jurisprudence citée).
91 Il y a donc lieu de vérifier si une « correction financière » peut être adoptée sur le fondement de l’article 31, paragraphe 3, et de l’article 74 du règlement d’exécution no 897/2014.
92 À cet égard, l’article 31, paragraphe 3, de ce règlement d’exécution prévoit que les pays participants préviennent, détectent et corrigent les irrégularités et procèdent au recouvrement des montants indûment versés sur leur territoire, tandis que l’article 74 dudit règlement d’exécution pose des règles relatives aux « [r]esponsabilités financières et recouvrements ». Par ailleurs, l’article 71, paragraphe 1, du même règlement d’exécution confie « en premier ressort » à l’autorité de gestion la responsabilité de prévenir et de rechercher les irrégularités, de procéder aux corrections financières requises en rapport avec les irrégularités individuelles ou systémiques qui ont été relevées dans les projets ainsi que d’engager les procédures de recouvrement nécessaires. Cette autorité procède aux corrections financières requises par les irrégularités individuelles ou systémiques qui ont été relevées dans les projets et en tenant compte de la nature et de la gravité des irrégularités, ainsi que de la perte financière qui en résulte. Ladite autorité applique une correction financière proportionnée.
93 Ces dispositions générales impliquent que les États membres prévoient, dans leur réglementation nationale, d’une part, des règles relatives au niveau des corrections financières qui tiennent compte de la nature et de la gravité des irrégularités et de la perte financière ainsi que, d’autre part, des corrections financières proportionnées, et ce notamment afin de garantir la sécurité juridique (voir, en ce sens, arrêt du 4 octobre 2024, Obshtina Svishtov, C‑175/23, EU:C:2024:853, points 30 à 34).
94 Eu égard aux considérations qui précèdent, il convient de répondre à la quatrième question préjudicielle que l’article 31, paragraphe 3, et l’article 74 du règlement d’exécution no 897/2014 doivent être interprétés en ce sens qu’il appartient aux États membres d’établir, dans leur réglementation nationale, des règles relatives au niveau des corrections financières, qui tiennent compte de la nature et de la gravité des irrégularités, de la perte financière ainsi que des corrections financières proportionnées pouvant être appliquées aux bénéficiaires de projets financés par l’IEV.
Sur la cinquième question
95 À titre liminaire, il convient de relever que, tout comme dans sa quatrième question, la juridiction de renvoi part de la prémisse, dans sa cinquième question, que la décision litigieuse impose des sanctions, au sens de l’article 2, paragraphe 2, et de l’article 5 du règlement no 2988/95. Or, pour les raisons évoquées aux points 87 à 91 du présent arrêt, les corrections financières que cette décision comporte sont non pas des sanctions, mais des mesures administratives, au sens de l’article 4 de ce règlement.
96 Dans ce contexte, si, dans sa cinquième question, la juridiction de renvoi vise l’article 63, paragraphe 2, troisième alinéa, du règlement 2018/1046, qui prévoit que les États membres imposent « des sanctions effectives, dissuasives et proportionnées aux destinataires lorsque la réglementation sectorielle ou des dispositions spécifiques du droit national le prévoient », cette disposition n’est toutefois pas pertinente pour répondre à la question posée. En revanche, dès lors que cette juridiction s’interroge au regard de la proportionnalité des corrections financières imposées par la décision litigieuse, il y a lieu de se référer à l’article 63, paragraphe 2, premier alinéa, sous c), de ce règlement, qui prévoit que, lorsque les États membres effectuent des tâches liées à l’exécution budgétaire, ils prennent toutes les mesures législatives, réglementaires et administratives qui sont nécessaires à la protection des intérêts financiers de l’Union, à savoir, notamment, celles permettant de prévenir, de détecter et de corriger les irrégularités et la fraude.
97 Il s’ensuit qu’il y a lieu de comprendre que, par la cinquième question préjudicielle, la juridiction de renvoi demande, en substance, si l’article 63, paragraphe 2, premier alinéa, sous c), du règlement 2018/1046, lu en combinaison avec le principe de proportionnalité, doit être interprété en ce sens qu’il s’oppose à l’imposition, d’une part, d’une correction financière calculée au moyen d’un taux forfaitaire visant à corriger une irrégularité née d’une insuffisance dans la traçabilité documentaire ainsi que, d’autre part, d’une correction financière calculée au moyen d’une méthode différentielle et visant à corriger des irrégularités nées du retard dans l’exécution d’une prestation de service et de l’absence de mise en œuvre d’une clause pénale.
98 À cet égard, cet article 63, paragraphe 2, premier alinéa, sous c), doit être lu en combinaison avec l’article 71, paragraphe 1, deuxième alinéa, du règlement d’exécution no 897/2014, qui prévoit que l’autorité de gestion procède aux corrections financières requises en rapport avec les irrégularités individuelles ou systémiques qui ont été relevées dans les projets, l’assistance technique ou le programme. Cette autorité tient compte de la nature et de la gravité des irrégularités, ainsi que de la perte financière qui en résulte, et « applique une correction financière proportionnée » qui consiste en l’annulation de tout ou partie de la contribution de l’Union à un projet ou à l’assistance technique.
99 Quant à la proportionnalité du montant de la correction financière, la Cour a jugé qu’il est loisible aux États membres de se fonder sur un barème de taux de correction forfaitaires lorsqu’il n’est pas possible de déterminer avec précision le montant des dépenses irrégulières imputées aux Fonds de l’Union, sous réserve que le montant final de la correction à appliquer soit déterminé au terme d’un examen individualisé et circonstancié, tenant compte de toutes les particularités tenant à la nature et à la gravité de l’irrégularité constatée à corriger, ainsi que de la perte financière qui en résulte pour le Fonds de l’Union concerné, de telle sorte que l’application d’un tel taux respecte le principe de proportionnalité. Il en découle que, en principe, le montant d’une correction financière ne doit pas être déterminé, de manière automatique, sur le seul fondement d’un barème de taux de correction forfaitaires préétabli (voir, en ce sens, arrêt du 4 octobre 2024, Obshtina Svishtov, C‑175/23, EU:C:2024:853, points 29 à 34 et jurisprudence citée).
100 En l’occurrence, ainsi qu’il ressort de la décision de renvoi, par les articles 70 et 73 ZUSEFSU, lus en combinaison avec les articles 1er et 2 ainsi que l’annexe 2 de la Naredba à laquelle renvoie l’article 2, paragraphe 3, de cette dernière, le législateur bulgare a entendu ajuster le taux de correction financière « conformément au principe de proportionnalité, une correction financière [pouvant] être ramenée à 25, 10, 5 ou 2 % lorsque la nature ou la gravité de l’infraction individuelle ou systémique ne justifient pas un montant plus élevé ». Aussi incombe-t-il à la juridiction de renvoi de vérifier si la correction financière de 25 % des dépenses éligibles au titre du contrat de service a bien été imposée à l’issue d’un examen individualisé et circonstancié, tenant compte de toutes les particularités de l’irrégularité constatée par l’autorité nationale dans la décision litigieuse.
101 Ainsi, s’agissant de la première irrégularité, il appartient à la juridiction de renvoi de déterminer si la correction financière de 25 %, appliquée pour insuffisance dans la traçabilité documentaire, est proportionnée au regard de toutes les particularités caractérisant cette irrégularité.
102 De même, quant à la seconde irrégularité, il appartient à la juridiction de renvoi de déterminer si la correction financière, calculée selon la méthode différentielle et appliquée en raison de la violation du principe de bonne gestion financière, est proportionnée au regard de toutes les particularités caractérisant cette irrégularité.
103 Eu égard aux motifs qui précèdent, il y a lieu de répondre à la cinquième question préjudicielle que l’article 63, paragraphe 2, premier alinéa, sous c), du règlement 2018/1046, lu en combinaison avec le principe de proportionnalité, doit être interprété en ce sens qu’il ne s’oppose pas à l’imposition, d’une part, d’une correction financière calculée au moyen d’un taux forfaitaire visant à corriger une irrégularité née d’une insuffisance dans la traçabilité documentaire ainsi que, d’autre part, d’une correction financière calculée au moyen d’une méthode différentielle et visant à corriger des irrégularités nées du retard dans l’exécution d’une prestation de service et de l’absence de mise en œuvre d’une clause pénale.
Sur les dépens
104 La procédure revêtant, à l’égard des parties au principal, le caractère d’un incident soulevé devant la juridiction de renvoi, il appartient à celle-ci de statuer sur les dépens. Les frais exposés pour soumettre des observations à la Cour, autres que ceux desdites parties, ne peuvent faire l’objet d’un remboursement.
Par ces motifs, la Cour (septième chambre) dit pour droit :
1) L’article 52 du règlement d’exécution (UE) no 897/2014 de la Commission, du 18 août 2014, fixant les dispositions spécifiques pour la mise en œuvre des programmes de coopération transfrontalière financés dans le cadre du règlement (UE) no 232/2014 du Parlement européen et du Conseil instituant un instrument européen de voisinage,
doit être interprété en ce sens que :
il ne s’oppose pas à ce qu’une réglementation nationale transposant la directive 2014/24/UE du Parlement européen et du Conseil, du 26 février 2014, sur la passation des marchés publics et abrogeant la directive 2004/18/CE, prévoie que, dans le cadre d’un contrôle portant sur un projet financé par un programme opérationnel conjoint au titre de l’Instrument européen de voisinage (IEV), l’autorité chargée de ce contrôle puisse exiger du bénéficiaire de ce projet qu’il fournisse la preuve de la compétence et de l’expérience de l’adjudicataire auquel il a attribué un marché public de service.
2) L’article 2, sous m), du règlement d’exécution no 897/2014
doit être interprété en ce sens que :
sont susceptibles de constituer des irrégularités, au sens de cette disposition, d’une part, l’exécution tardive d’une prestation de service par rapport à la date prévue dans un contrat passé entre un pouvoir adjudicateur, bénéficiaire d’un projet financé par un programme opérationnel conjoint au titre de l’Instrument européen de voisinage, et un adjudicataire désigné au terme d’une procédure de passation de marché public, ainsi que, d’autre part, l’absence de mise en œuvre d’une clause pénale de nature contractuelle par ce bénéficiaire en réaction à cette exécution tardive.
3) Le principe général de bonne administration doit être interprété en ce sens qu’il s’oppose à l’adoption, par une autorité chargée du contrôle d’un projet financé par un programme opérationnel conjoint au titre de l’Instrument européen de voisinage, d’une décision imposant des corrections financières au bénéficiaire de ce projet, en raison d’irrégularités, au sens de l’article 2, point 36, du règlement (UE) no 1303/2013 du Parlement européen et du Conseil, du 17 décembre 2013, portant dispositions communes relatives au Fonds européen de développement régional, au Fonds social européen, au Fonds de cohésion, au Fonds européen agricole pour le développement rural et au Fonds européen pour les affaires maritimes et la pêche, portant dispositions générales applicables au Fonds européen de développement régional, au Fonds social européen, au Fonds de cohésion et au Fonds européen pour les affaires maritimes et la pêche, et abrogeant le règlement (CE) no 1083/2006 du Conseil, commises par ce bénéficiaire et consistant en la violation de l’article 33, paragraphe 1, du règlement (UE, Euratom) 2018/1046 du Parlement européen et du Conseil, du 18 juillet 2018, relatif aux règles financières applicables au budget général de l’Union, modifiant les règlements (UE) no 1296/2013, (UE) no 1301/2013, (UE) no 1303/2013, (UE) no 1304/2013, (UE) no 1309/2013, (UE) no 1316/2013, (UE) no 223/2014, (UE) no 283/2014 et la décision no 541/2014/UE, et abrogeant le règlement (UE, Euratom) no 966/2012, sans que soient apportés des éléments concrétisant la violation de cette disposition et sans que soit fournie une motivation précise justifiant l’application d’une correction financière forfaitaire correspondant à un taux de 25 % de la valeur du marché.
4) L’article 31, paragraphe 3, et l’article 74 du règlement d’exécution no 897/2014
doivent être interprétés en ce sens que :
il appartient aux États membres d’établir, dans leur réglementation nationale, des règles relatives au niveau des corrections financières, qui tiennent compte de la nature et de la gravité des irrégularités, de la perte financière ainsi que des corrections financières proportionnées pouvant être appliquées aux bénéficiaires de projets financés par l’Instrument européen de voisinage.
5) L’article 63, paragraphe 2, premier alinéa, sous c), du règlement 2018/1046, lu en combinaison avec le principe de proportionnalité,
doit être interprété en ce sens que :
il ne s’oppose pas à l’imposition, d’une part, d’une correction financière calculée au moyen d’un taux forfaitaire visant à corriger une irrégularité née d’une insuffisance dans la traçabilité documentaire ainsi que, d’autre part, d’une correction financière calculée au moyen d’une méthode différentielle et visant à corriger des irrégularités nées du retard dans l’exécution d’une prestation de service et de l’absence de mise en œuvre d’une clause pénale.
Signatures
* Langue de procédure : le bulgare.
Ordonnance du président du Tribunal du 4 août 2026.#Christoph Klein contre Commission européenne.#Référé – Clause de sauvegarde – Dispositif médical – Demande de sursis à exécution – Demande de mesures provisoires – Défaut d’urgence.#Affaire T-267/26 R.
04/08/2026
Ordonnance du président du Tribunal du 3 août 2026.#Broadcom Inc. et VMware International Unlimited Company contre Commission européenne.#Référé – Concurrence – Article 18, paragraphe 3, du règlement (CE) no 1/2003 – Demande de renseignements – Demande de sursis à exécution et de mesures provisoires – Non-lieu à statuer partiel – Défaut de fumus boni juris – Mise en balance des intérêts.#Affaire T-280/26 R.
03/08/2026
Jurisprudence CJUE — 62026TO0017
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Ordonnance du président du Tribunal du 22 juillet 2026.#Marek Lovás contre Parquet européen.#Référé – Rejet du recours principal – Non-lieu à statuer.#Affaire T-272/26 R.
22/07/2026