| CELEX | 62025CJ0447 |
| Type | Jurisprudence CJUE |
| Date | jeudi 2 juillet 2026 |
ARRÊT DE LA COUR (sixième chambre)
2 juillet 2026 (*)
« Renvoi préjudiciel – Environnement – Déchets – Règlement (CE) n° 1013/2006 – Article 12, paragraphe 1, sous a) – Directive 2008/98/CE – Transfert – Objections aux transferts de déchets destinés à être valorisés – Pouvoir de l’autorité compétente de l’État membre de destination de formuler des objections au transfert – Motifs – Non-conformité aux plans nationaux de gestion des déchets »
Dans l’affaire C‑447/25,
ayant pour objet une demande de décision préjudicielle au titre de l’article 267 TFUE, introduite par la Fővárosi Törvényszék (cour de Budapest-Capitale, Hongrie), par décision du 24 juin 2025, parvenue à la Cour le 8 juillet 2025, dans la procédure
Surovina RECE d.o.o.
contre
Pest Vármegyei Kormányhivatal,
LA COUR (sixième chambre),
composée de Mme I. Ziemele, présidente de chambre, MM. S. Gervasoni (rapporteur) et M. Bošnjak, juges,
avocat général : Mme T. Ćapeta,
greffier : M. A. Calot Escobar,
vu la procédure écrite,
considérant les observations présentées :
– pour Surovina RECE d.o.o., par Me Z. Faludi, ügyvéd,
– pour Pest Vármegyei Kormányhivatal, par Mme A. Bartus, MM. Z. Szurovecz et R. Tarnai, en qualité d’agents,
– pour le gouvernement hongrois, par Mme Zs. Biró-Tóth et M. M. Z. Fehér, en qualité d’agents,
– pour le gouvernement autrichien, par Mme J. Schmoll et M. P. Thalmann, en qualité d’agents,
– pour la Commission européenne, par Mmes I. Melo Sampaio, D. Milanowska et Zs. Teleki, en qualité d’agents,
vu la décision prise, l’avocate générale entendue, de juger l’affaire sans conclusions,
rend le présent
Arrêt
1 La demande de décision préjudicielle porte sur l’interprétation de l’article 12, paragraphe 1, sous a), du règlement (CE) no 1013/2006 du Parlement européen et du Conseil, du 14 juin 2006, concernant les transferts de déchets (JO 2006, L 190, p. 1), lu conjointement avec le considérant 39 et l’article 16, paragraphe 1, de la directive 2008/98/CE du Parlement européen et du Conseil, du 19 novembre 2008, relative aux déchets et abrogeant certaines directives (JO 2008, L 312, p. 3).
2 Cette demande a été présentée dans le cadre d’un litige opposant Surovina RECE d.o.o., une société slovène, au Pest Vármegyei Kormányhivatal (services administratifs du département de Pest, Hongrie) (ci-après l’« autorité hongroise ») au sujet d’une décision par laquelle cette dernière a formulé des objections à des transferts de déchets de la Slovénie vers la Hongrie que Surovina RECE envisageait d’effectuer.
Le cadre juridique
Le droit de l’Union
Le règlement no 1013/2006
3 L’article 12 du règlement no 1013/2006, intitulé « Objections aux transferts de déchets destinés à être valorisés », dispose, à son paragraphe 1 :
« En cas de notification concernant un transfert envisagé de déchets destinés à être valorisés, les autorités compétentes de destination et d’expédition peuvent, dans les trente jours suivant la date de transmission de l’accusé de réception par l’autorité compétente de destination conformément à l’article 8, formuler des objections motivées en se fondant sur l’un ou plusieurs des motifs suivants, conformément au traité :
a) le transfert ou la valorisation prévu ne serait pas conforme à la directive 2006/12/CE, et notamment à ses articles 3, 4, 7 et 10 ; ou
b) le transfert ou la valorisation prévu ne serait pas conforme aux dispositions législatives et réglementaires en matière de protection de l’environnement, d’ordre public, de sécurité publique ou de protection de la santé en ce qui concerne des actions qui ont lieu dans le pays à l’origine de l’objection ; ou
[...] »
Les directives 2006/12/CE et 2008/98
4 La directive 2006/12/CE du Parlement européen et du Conseil, du 5 avril 2006, relative aux déchets (JO 2006, L 114, p. 9), a été abrogée, avec effet au 12 décembre 2010 par la directive 2008/98, laquelle prévoit que les références à la directive 2006/12 s’entendent comme étant faites à la directive 2008/98.
5 L’article 7, paragraphe 4, de la directive 2006/12 prévoyait :
« Les États membres peuvent prendre les mesures nécessaires pour empêcher des mouvements de déchets qui ne sont pas conformes à leurs plans de gestion. Ils informent la Commission [européenne] et les États membres de ces mesures. »
6 Le considérant 39 de la directive 2008/98 énonce :
« Conformément au règlement (CE) no 1013/2006, les États membres peuvent prendre les mesures nécessaires pour empêcher des transferts de déchets qui ne sont pas conformes à leurs plans de gestion des déchets. Par dérogation audit règlement, les États membres devraient être autorisés à limiter les entrées des déchets destinés aux incinérateurs relevant de la valorisation, lorsqu’il a été établi que les déchets nationaux devraient être éliminés ou traités d’une manière qui ne concorde pas avec leur plan de gestion des déchets. Il est admis que certains États membres peuvent ne pas être en mesure d’offrir un réseau possédant la panoplie complète d’installations de valorisation finale sur leur territoire. »
7 L’article 16 de cette directive, intitulé « Principes d’autosuffisance et de proximité », prévoit, à son paragraphe 1, second alinéa :
« Par dérogation au règlement (CE) no 1013/2006, les États membres peuvent, en vue de protéger leur réseau, limiter les importations de déchets destinés aux incinérateurs et relevant de la valorisation, lorsqu’il a été établi que de telles importations auraient pour conséquence de devoir éliminer des déchets nationaux ou que ces déchets devraient être traités d’une manière qui n’est pas conforme à leurs plans nationaux de gestion des déchets. Les États membres notifient toute décision de ce type à la Commission. [...] »
8 Aux termes de l’article 28 de la directive 2008/98, intitulé « Plans de gestion des déchets » :
« 1. Les États membres veillent à ce que leurs autorités compétentes établissent, conformément aux articles 1er, 4, 13 et 16, un ou plusieurs plans de gestion des déchets.
Ces plans couvrent, seuls ou en combinaison, l’ensemble du territoire géographique de l’État membre concerné.
2. Les plans de gestion des déchets établissent une analyse de la situation en matière de gestion des déchets dans l’entité géographique concernée, ainsi que les mesures à prendre pour assurer dans de meilleures conditions une préparation des déchets respectueuse de l’environnement en vue de leur réemploi, recyclage, valorisation ou élimination et une évaluation de la manière dont le plan soutiendra la mise en œuvre des dispositions et la réalisation des objectifs de la présente directive.
3. Les plans de gestion des déchets contiennent [...]
4. Les plans de gestion des déchets peuvent contenir [...]
5. Les plans de gestion des déchets respectent les exigences [...] »
9 Selon le tableau de correspondance entre les dispositions de la directive 2006/12 et celles de la directive 2008/98, figurant à l’annexe V de cette dernière, cet article 28 correspond à l’article 7 de la directive 2006/12.
Le droit hongrois
10 Le législateur hongrois a adopté la A hulladékról szóló 2012. évi CLXXXV. törvény (loi no CLXXXV de 2012, relative aux déchets) (Magyar Közlöny 2012/160) afin de transposer la directive 2008/98 dans l’ordre juridique interne.
11 Aux termes de l’article 20, paragraphe 1, de cette loi, dans sa version applicable au litige au principal :
« L’autorité de gestion des déchets s’oppose à l’importation, à l’exportation ou au transit de déchets destinés à être valorisés ou éliminés dans les conditions prévues par le règlement (CE) no 1013/2006. »
12 L’article 21, paragraphe 1, de ladite loi, dans cette même version, dispose :
« Outre les cas visés par l’article 20 de la présente loi, l’autorité de gestion des déchets formule des objections concernant l’importation, l’exportation ou le transit de déchets en Hongrie également, lorsque :
[...]
b) en raison des déchets à importer en Hongrie, les déchets produits sur le territoire de la Hongrie seraient traités d’une manière incompatible avec les plans de gestion des déchets. »
13 La 1704/2021. (X. 6.) Korm. határozat a 2021–2027 közötti időszakra szóló Országos Hulladékgazdálkodási Tervről (décision gouvernementale no 1704, portant plan national de gestion des déchets pour la période 2021-2027), du 6 octobre 2021 (Magyar Közlöny 2021/184) a prévu l’adoption d’un plan national de gestion des déchets. Selon ce plan, l’importation de combustibles issus de déchets d’origine étrangère ne doit pas compromettre la valorisation de combustibles issus de déchets d’origine nationale.
Le litige au principal et la question préjudicielle
14 Surovina RECE a présenté à l’autorité compétente slovène une demande d’autorisation préalable relative à 1 100 transferts, depuis la Slovénie, État membre d’expédition, vers la Hongrie, État membre de destination, de déchets classés comme « combustibles dérivés de déchets » (Refuse Derived Fuel), représentant au total 25 000 tonnes de déchets. Elle a indiqué que ces déchets étaient destinés à la production, par une société établie en Hongrie, de « combustibles solides de récupération » (Solid Recovered Fuel). Cette demande a été transmise à l’autorité hongroise, en sa qualité d’autorité compétente de l’État membre de destination.
15 Par décision du 15 juillet 2024, l’autorité hongroise a formulé des objections aux transferts de ces déchets. Elle s’est fondée, à ce titre, sur l’article 12, paragraphe 1, sous a) et b), du règlement no 1013/2006 ainsi que sur les directives 2006/12 et 2008/98. Selon l’autorité hongroise, ces transferts n’étaient pas conformes au plan national de gestion des déchets pour la période 2021-2027, instrument de planification qui aurait été rendu obligatoire par la directive 2008/98, en vertu duquel l’importation de combustibles d’origine étrangère ne devait pas compromettre la valorisation de combustibles d’origine hongroise. Or, selon les informations dont elle disposait, la quantité de combustibles issus de déchets importés en Hongrie au cours des dernières années a augmenté de telle façon qu’elle compromettait la valorisation des déchets produits en Hongrie.
16 Surovina RECE a formé un recours devant la Fővárosi Törvényszék (cour de Budapest-Capitale, Hongrie), qui est la juridiction de renvoi, tendant à l’annulation de cette décision. Elle a fait valoir que l’autorité hongroise ne pouvait formuler d’objections aux transferts concernés en se fondant sur le règlement no 1013/2006 ainsi que sur les directives 2006/12 et 2008/98, dès lors que cette dernière directive, qui a remplacé la directive 2006/12, n’autorise de telles objections que pour les transferts de déchets destinés aux incinérateurs, ce qui ne serait pas le cas des déchets en cause au principal.
17 L’autorité hongroise a conclu au rejet de ce recours, au motif qu’elle n’aurait pas formulé d’objections sur la base de la directive 2008/98 et qu’elle se serait fondée sur le seul règlement no 1013/2006 et sur la législation hongroise le mettant en œuvre.
18 La juridiction de renvoi s’interroge sur l’interprétation de l’article 12, paragraphe 1, sous a), du règlement no 1013/2006, dès lors que cette disposition renvoie toujours à la directive 2006/12 et notamment à ses articles 3, 4, 7 et 10. Or, l’article 7, paragraphe 4, de cette directive permettait d’empêcher les transferts de déchets non conformes aux plans nationaux de gestion des déchets, de telle sorte que les autorités de l’État membre de destination pouvaient, par une application conjointe de l’article 12, paragraphe 1, sous a), de ce règlement et de l’article 7, paragraphe 4, de cette directive, formuler des objections à un transfert de déchets en invoquant de tels plans. Cette juridiction relève que la directive 2008/98, qui remplace la directive 2006/12, ne comporte toutefois pas de disposition équivalente à cet article 7, paragraphe 4. Elle se demande alors si, par l’application conjointe de cet article 12, paragraphe 1, sous a), et de la directive 2008/98, une autorité de l’État membre de destination dispose de la faculté de formuler des objections à un transfert de déchets destinés à être valorisés qui ne serait pas conforme à son plan de gestion des déchets. Elle souligne, à cet égard, que l’article 16, paragraphe 1, de la directive 2008/98, qui permet à de telles autorités de limiter, en vue de protéger leur réseau, les importations de déchets destinés aux incinérateurs et relevant de la valorisation, viserait un cas différent de celui en cause au principal, dans lequel les déchets concernés ne sont pas destinés à être incinérés. Elle se demande enfin si le droit de formuler des objections à un transfert de déchets non conforme à un plan national de gestion des déchets ne découlerait pas du considérant 39 de cette directive, qui énonce, en termes généraux, la possibilité pour les États membres de « prendre des mesures nécessaires » pour empêcher tout transfert de cette nature. La juridiction de renvoi relève que, bien que le considérant d’un acte soit dépourvu de valeur normative, cet acte pourrait être interprété à la lumière de celui-ci. Elle précise, par ailleurs, que ses interrogations ne portent pas sur l’interprétation de l’article 12, paragraphe 1, sous b), du règlement no 1013/2006.
19 C’est dans ce contexte que la Fővárosi Törvényszék (cour de Budapest-Capitale) a décidé de surseoir à statuer et de poser à la Cour la question préjudicielle suivante :
« L’article 12, paragraphe 1, sous a), du règlement no 1013/2006, lu en combinaison avec le considérant 39 et l’article 16, paragraphe 1, de la directive 2008/98, doit-il être interprété en ce sens qu’un État membre de destination peut formuler des objections au transfert de déchets en provenance d’un autre État membre – d’expédition – qui ne sont pas destinés aux incinérateurs, mais à être valorisés, au motif que le transfert prévu ne serait pas conforme au plan de gestion des déchets de l’État membre de destination ? »
Sur la question préjudicielle
20 Il convient de rappeler que, dans le cadre de la procédure de coopération entre les juridictions nationales et la Cour instituée à l’article 267 TFUE, il appartient à cette dernière de donner au juge national une réponse utile qui lui permette de trancher le litige dont il est saisi. Dans cette optique, il incombe, le cas échéant, à la Cour de reformuler les questions qui lui sont soumises [arrêt du 30 avril 2026, Lidl Italia (Pratiques commerciales déloyales concernant des denrées alimentaires), C‑301/25, EU:C:2026:357, point 25].
21 En outre, dans le cadre de cette procédure, fondée sur une nette séparation des fonctions entre les juridictions nationales et la Cour, toute appréciation des faits de la cause relève de la compétence du juge national, auquel il appartient d’apprécier, au regard des particularités de l’affaire, tant la nécessité d’une décision préjudicielle pour être en mesure de rendre son jugement que la pertinence des questions qu’il pose à la Cour, alors que la Cour est uniquement habilitée à se prononcer sur l’interprétation ou la validité d’un texte de l’Union à partir des faits qui lui sont indiqués par le juge national. Par conséquent, c’est au juge national qu’il appartiendra de vérifier, le cas échéant, l’exactitude des faits pertinents pour la solution du litige dont il est saisi (arrêt du 30 mai 2018, Dell’Acqua, C‑370/16, EU:C:2018:344, points 31 et 32).
22 En l’occurrence, il convient de relever que l’article 16, paragraphe 1, de la directive 2008/98, mentionné par la juridiction de renvoi dans sa question, s’il permet aux États membres de limiter, sur la base de leurs plans nationaux de gestion des déchets, l’importation des déchets afin de protéger leur réseau de traitement des déchets, ne vise que les « déchets destinés aux incinérateurs et relevant [d’une opération de] valorisation ».
23 La Commission fait valoir, dans ses observations, que les déchets en cause au principal, c’est-à-dire des « combustibles dérivés de déchets », seraient destinés à être transformés, par incinération, en « combustibles solides de récupération », cette incinération constituant une opération de valorisation. Toutefois, l’appréciation des faits, en l’occurrence celle de la destination des déchets, relève de la seule compétence du juge national, ainsi qu’il ressort du point 21 du présent arrêt. Or, la juridiction de renvoi vise, dans sa question, des déchets destinés à être valorisés sans incinération. L’autorité hongroise indique également s’être opposée au transfert des déchets en cause sans se fonder sur l’article 16, paragraphe 1, de la directive 2008/98. En conséquence, l’interprétation de cette dernière disposition n’apparaît pas pertinente aux fins de la solution du litige au principal.
24 Dès lors, il y a lieu de considérer que, par sa question, la juridiction de renvoi demande si l’article 12, paragraphe 1, sous a), du règlement no 1013/2006, lu à la lumière du considérant 39 de la directive 2008/98, doit être interprété en ce sens qu’un État membre de destination peut formuler des objections au transfert de déchets en provenance d’un autre État membre, destinés à être valorisés sans être incinérés, au motif que ce transfert ne serait pas conforme au plan de gestion des déchets de l’État membre de destination.
25 Selon une jurisprudence constante, l’interprétation de dispositions du droit de l’Union requiert de tenir compte non seulement de leurs termes, mais également du contexte dans lequel ces dispositions s’inscrivent et des objectifs poursuivis par la réglementation dont elles font partie (arrêts du 17 novembre 1983, Merck, 292/82, EU:C:1983:335, point 12, ainsi que du 29 juillet 2024, Belgian Association of Tax Lawyers e.a., C‑623/22, EU:C:2024:639, point 94). La genèse d’une disposition du droit de l’Union peut également révéler des éléments pertinents pour son interprétation (arrêt du 8 mai 2025, Provincie Oost-Vlaanderen et Sogent, C‑236/24, EU:C:2025:321, point 21 et jurisprudence citée).
26 Premièrement, il ressort du libellé de l’article 12, paragraphe 1, sous a), du règlement no 1013/2006 que les États membres peuvent formuler des objections motivées à un transfert envisagé de déchets destinés à être valorisés lorsque le transfert ou la valorisation prévu ne serait pas conforme à la directive 2006/12. Cette disposition mentionne, à titre non exhaustif, ainsi qu’en atteste l’emploi du terme « notamment », certains articles de cette directive. La directive 2008/98 ayant remplacé, à compter du 12 décembre 2010, la directive 2006/12, les références à cette dernière s’entendent comme étant faites à la directive 2008/98 et sont lues selon le tableau de correspondance figurant à l’annexe V de cette dernière directive. Conformément à ce tableau de correspondance, le renvoi qu’opère l’article 12, paragraphe 1, sous a), du règlement n° 1013/2006 à l’article 7 de la directive 2006/12 doit être compris comme visant désormais l’article 28 de la directive 2008/98, disposition qui régit l’établissement, par les États membres, de plans de gestion des déchets.
27 Il résulte ainsi du libellé de l’article 12, paragraphe 1, sous a), du règlement no 1013/2006 que les autorités compétentes de destination et d’expédition peuvent s’opposer à un transfert des déchets qui n’est pas conforme à la directive 2008/98 et, notamment, à son article 28. Tel est le cas lorsque le transfert concerné n’est pas conforme à un ou plusieurs plans de gestion des déchets adoptés conformément à cette dernière disposition.
28 Deuxièmement, cette interprétation est corroborée par le contexte dans lequel l’article 12, paragraphe 1, sous a), du règlement no 1013/2006 s’inscrit. Elle l’est en particulier par le considérant 39 de la directive 2008/98, également cité par la juridiction de renvoi dans sa question, aux termes duquel, « [c]onformément au [règlement no 1013/2006], les États membres peuvent prendre les mesures nécessaires pour empêcher des transferts de déchets qui ne sont pas conformes à leurs plans de gestion des déchets ». Si ce considérant n’a certes pas de valeur juridique contraignante, il est néanmoins susceptible de fournir des éléments d’interprétation qui sont de nature à éclairer sur la volonté des auteurs de cette directive [voir, en ce sens, arrêt du 11 novembre 2021, Regione Veneto (Transfert de déchets municipaux en mélange), C‑315/20, EU:C:2021:912, point 28 et jurisprudence citée].
29 Il peut également être relevé que, antérieurement à la directive 2008/98, l’article 7, paragraphe 4, de la directive 2006/12, mais également l’article 7, paragraphe 3, de la directive 75/442/CEE du Conseil, du 15 juillet 1975, relative aux déchets (JO 1975, L 194, p. 39), telle que modifiée par la directive 91/156/CEE du Conseil, du 18 mars 1991 (JO 1991, L 78, p. 32), prévoyaient, dans des termes similaires, que « [l]es États membres peuvent prendre les mesures nécessaires pour empêcher des mouvements de déchets qui ne sont pas conformes à leurs plans de gestion ».
30 À cet égard, l’analyse de la genèse de la directive 2008/98 ne fait apparaître aucun élément indiquant que le législateur de l’Union aurait eu l’intention de supprimer, dans cette directive, le motif d’objection relatif au transfert de déchets fondé sur l’absence de conformité aux plans nationaux de gestion des déchets.
31 Par ailleurs, l’article 12, paragraphe 1, sous b), du règlement (UE) 2024/1157 du Parlement européen et du Conseil, du 11 avril 2024, relatif aux transferts de déchets, modifiant les règlements (UE) no 1257/2013 et (UE) 2020/1056 et abrogeant le règlement (CE) no 1013/2006 (JO L, 2024/1157), applicable à partir du 21 mai 2026, prévoit explicitement que les autorités compétentes des États membres peuvent soulever des objections aux transferts de déchets destinés à être valorisés lorsque « les déchets concernés ne seront pas traités conformément aux plans de gestion des déchets ou aux programmes de prévention des déchets établis, respectivement, par les pays d’expédition ou de destination, conformément aux articles 28 et 29 de la directive 2008/98/CE ».
32 Il en résulte que l’article 12, paragraphe 1, sous a), du règlement no 1013/2006, lu en combinaison avec l’article 28 de la directive 2008/98, ne peut être interprété que comme permettant aux États membres de prendre les mesures nécessaires pour empêcher des mouvements de déchets qui ne sont pas conformes à leurs plans de gestion.
33 Troisièmement, l’interprétation figurant au point 27 du présent arrêt est également corroborée par les objectifs poursuivis par l’article 12, paragraphe 1, sous a), du règlement no 1013/2006 et la réglementation relative aux déchets dans laquelle s’inscrit cette disposition.
34 Il convient en effet de rappeler que ce règlement vise à établir un système harmonisé de procédures par lesquelles la circulation des déchets peut être limitée afin d’assurer la protection de l’environnement (arrêts du 16 décembre 2004, EU-Wood-Trading, C‑277/02, EU:C:2004:810, point 34, et du 12 décembre 2013, Ragn-Sells, C‑292/12, EU:C:2013:820, point 49).
35 Il importe également de rappeler que les plans nationaux de gestion des déchets prévus à l’article 28 de la directive 2008/98 comportent une analyse de la situation en matière de gestion des déchets dans l’entité géographique concernée, notamment de la production et des flux de déchets ainsi que des installations d’élimination et de valorisation existantes. Ces plans doivent également déterminer les mesures nécessaires pour assurer, dans des conditions respectueuses de l’environnement, la préparation des déchets en vue de leur réemploi, recyclage, valorisation ou élimination et évaluent leur contribution à la mise en œuvre des dispositions de cette directive et à la réalisation de ses objectifs. En vertu de l’article 28, paragraphe 1, de ladite directive, ces plans doivent en outre respecter la hiérarchie des déchets, établie à l’article 4 de celle-ci, en vertu de laquelle la valorisation est privilégiée à l’élimination, et assurer la protection de l’environnement, comme le rappelle l’article 13 de la même directive.
36 En l’occurrence, le plan hongrois de gestion des déchets pour la période 2021-2027 indique les capacités de traitement des déchets disponibles en Hongrie, notamment les capacités de valorisation des combustibles secondaires en cause au principal. Compte tenu de ces capacités et de l’augmentation des importations de ces combustibles secondaires, qui ont pu conduire à la mise en décharge de déchets nationaux de même nature, ce plan prévoit que ces importations ne doivent pas compromettre la valorisation des déchets nationaux. Selon l’autorité hongroise qui s’est opposée au transfert des déchets en cause, ce plan a été communiqué à la Commission.
37 Or, l’absence de mise en œuvre des mesures prévues par le plan hongrois serait de nature à porter atteinte à l’objectif consistant à privilégier la valorisation des déchets nationaux à leur élimination, conformément à la hiérarchie des déchets fixée à l’article 4 de la directive 2008/98. Elle priverait également les plans nationaux de gestion des déchets de leur effet utile, alors qu’ils constituent le principal instrument de mise en œuvre dans les États membres de la réglementation de l’Union en matière de déchets.
38 En outre, les États membres étant tenus, en vertu de l’article 33, paragraphe 1, de la directive 2008/98, de notifier à la Commission leur plan national de gestion des déchets, celle-ci est en mesure d’en contrôler la conformité aux objectifs et aux dispositions de la réglementation de l’Union en matière de déchets (voir, en ce sens, arrêt du 23 mai 2000, Sydhavnens Sten & Grus, C‑209/98, EU:C:2000:279, point 99), obligation de conformité au demeurant prévue à l’article 28 de cette directive. Il appartient en tout état de cause aux juridictions nationales de contrôler la conformité de ces plans au droit de l’Union, le cas échéant, après renvoi préjudiciel. Il convient par ailleurs de préciser, aux fins d’une réponse utile à la juridiction de renvoi, qu’il incombera également à cette dernière de vérifier que, conformément à la jurisprudence (voir, en ce sens, arrêt du 12 décembre 2013, Ragn-Sells, C‑292/12, EU:C:2013:820, point 64), les objections fondées sur le plan national de gestion des déchets reposent sur des motifs précis propres à chaque transfert envisagé ou à chaque ensemble de transferts présentant les mêmes caractéristiques.
39 Compte tenu de l’ensemble des motifs qui précèdent, il convient de répondre à la question préjudicielle que l’article 12, paragraphe 1, sous a), du règlement no 1013/2006, lu à la lumière du considérant 39 de la directive 2008/98, doit être interprété en ce sens qu’un État membre de destination peut formuler des objections au transfert de déchets en provenance d’un autre État membre, destinés à être valorisés sans être incinérés, au motif que ce transfert ne serait pas conforme au plan de gestion des déchets de l’État membre de destination, lorsque ce plan a été établi conformément à l’article 28 de cette directive.
Sur les dépens
40 La procédure revêtant, à l’égard des parties au principal, le caractère d’un incident soulevé devant la juridiction de renvoi, il appartient à celle-ci de statuer sur les dépens. Les frais exposés pour soumettre des observations à la Cour, autres que ceux desdites parties, ne peuvent faire l’objet d’un remboursement.
Par ces motifs, la Cour (sixième chambre) dit pour droit :
L’article 12, paragraphe 1, sous a), du règlement (CE) no 1013/2006 du Parlement européen et du Conseil, du 14 juin 2006, concernant les transferts de déchets, lu à la lumière du considérant 39 de la directive 2008/98/CE du Parlement européen et du Conseil, du 19 novembre 2008, relative aux déchets et abrogeant certaines directives,
doit être interprété en ce sens que :
un État membre de destination peut formuler des objections au transfert de déchets en provenance d’un autre État membre, destinés à être valorisés sans être incinérés, au motif que ce transfert ne serait pas conforme au plan de gestion des déchets de l’État membre de destination, lorsque ce plan a été établi conformément à l’article 28 de cette directive.
Signatures
* Langue de procédure : le hongrois.
Ordonnance du président du Tribunal du 4 août 2026.#Christoph Klein contre Commission européenne.#Référé – Clause de sauvegarde – Dispositif médical – Demande de sursis à exécution – Demande de mesures provisoires – Défaut d’urgence.#Affaire T-267/26 R.
04/08/2026
Ordonnance du président du Tribunal du 3 août 2026.#Broadcom Inc. et VMware International Unlimited Company contre Commission européenne.#Référé – Concurrence – Article 18, paragraphe 3, du règlement (CE) no 1/2003 – Demande de renseignements – Demande de sursis à exécution et de mesures provisoires – Non-lieu à statuer partiel – Défaut de fumus boni juris – Mise en balance des intérêts.#Affaire T-280/26 R.
03/08/2026
Jurisprudence CJUE — 62026TO0017
22/07/2026
Ordonnance du président du Tribunal du 22 juillet 2026.#Marek Lovás contre Parquet européen.#Référé – Rejet du recours principal – Non-lieu à statuer.#Affaire T-272/26 R.
22/07/2026